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DIX-SEPTIÈME LEÇON

Autres troubles de ia nutrition par dégénérescence artérielle : Langueur nécessaire des fonctions dans la vieillesse. — Indigestions fréquentes et leur gravité. — ApopUœiê par lésion vasculaire, produisant indifféremment l'hémorrhagie ou le ramollissement.— Inutilité des discussions diagnostiques à

ce sujet. «- Éclampsiê de la vieillesse. — N'est pas Tépilepsie. Produite

indifféremment par anémie ou par congestion passive de Tencéphale. — Eclampsiê^ congestion cérébrale, aphasie, spasmes variés, chez un même individu, ne sont pas des maladies diverses, mais la conséquence d'une même lésion vasculaire.

HÉifORRHAOïES par dégénérescence artérielle. — - Hémorrhagies intra et drcum- oculaires ; leur valeur séméiotique et pronostique dans la vieillesse. — Vceil $xtêmê; ce que c'est; importance de son examen. — ^Hémorrhagie nasale; sa valeur diagnostique et pronostique dans la vieillesse.

ANévRYSMBS MiUAiRES, c'est Tendartérite des petits vaisseaux. — Coïncident avec d'autres lésions de Tendartérite chronique et ont la même étiologie.

Messieurs ,

Nous avons tu que les petites artères sont par excellence les parties vraiment intelligentes du système artériel : munies d'une tunique contractile, elles sont autonomes, se dilatent et se rétrécissent suivant les besoins de l'organe où elles se distribuent, et sont véritablement, dans leur fonctionnement régulier, d'équitables agents de répartition. Or vous comprenez que si la dégénérescence a envahi la tunique moyenne des petits vaisseaux, celle-ci n'obéit plus à l'innervation vaso-motrice : en vain l'incitation nerveuse est-elle envoyée par le sympathique, les mouvements actifs, sagaces, nutritifs et fonctionnels de l'artériole ne s'accomplissent plus ou s'accomplissent mal, d'où les troubles graves de la nutrition comme des sécrétions chez les vieillards, les ivrognes et les diathésiques, les goutteux surtout.

Rien n'est donc complexe comme cet état morbide qu'on appelle la vieillesse : toutes les fonctions languissent, et en particulier la digestion. L'appétit diminue graduellement jusqu'à se PBTSR. — CM», tiwd. u — îl

8tl ENDARTÉRITB ET DÉ0ÉNÉRE8CEWCES ARTÉRIELLES.

perdre, et c'est en vain qu'on essaye de le raviver, la salive fait défaut comme le suc gastrique, et l'indigestion est le résultat de ces tentatives malavisées. L'anorexie du vieillard dérive des besoins de plus en plus faibles de l'organisme ; sa dyspepsie de l'état anatomique de son estomac, où, la circulation se faisant mal, tout fonctionne au minimum, les muscles comme la muqueuse) et dans la muqueuse les glandules à pepsine. Aussi l'mdigestî'on dané là viefUesné est-elle un accident aussi ft*équeht qu'il peut être redoutable ; mais c'est là un point de pathologie que je traiterai un jour à part et complètement.

C'est aU trouble de la tiutrition par lésion sénlle des petits vaisseaux que sont dues ces lésions du système nerveux si ft^équcntes dans la vieillesse, ou ces troubles fonctionnels sans lésions bien déterminées encore : du côté de l'encéphale, le ramollissement, l*hémoi't'hagie oU la cotigestion ; du Côté de la moelle, les m(^n1es lésions ainsi que les diverses variétés de sclérose, ou la paralysie agitante) dont on ne connaît pas encore là lésion.

L'apoplexiCj comme on disait autrefois et comme je suis tente de le redire aujourd'hui, est donc un accident fort naturel de la vieillesse ; il tient au mauvais état anatomique des vaisseaux. La môme lésion athéromateuse ou calcaire peUt produire soit le ramoUissement par diminution de l'apport du sang ou par thrombose ; soit la déchirure du tissu nerveux par rupture du vaisseau ou hémorrhagie ; soit enQn la congestion, mais une congestion passive, par langueur de la circulation. Vous voyez combien étaient oiseuses ces subtiles discussions d'hier encore au sujet du diagnostic différentiel entre l'hémorrhagie cérébrale et le ramollissement du cerveau, puisque la môme lésion vasculaire peut produire ces deux effets morbides chez le môme individu ; et que la congestion peut en être également la conséquence. De sorte que le véritable diagnostic ccyisiste à déterminer si, oui ou non, il y a lésion vasculaire; le reste étant secondaire et subordonné.

Si donc, chez un vieillard, vous constatez des accidents cérébraux apoplectiformes fugitifs, préoccupez-vous médiocrement de savoir si c'est une congestion qui les a causés, mais recherchez attentivement quel est l'était des vaisseaux; explorez le

APOPLEXIE. JHia

pouU) Auscultez le cœur^ auscultez l'aorte» voyez si la cornée présente le cercle sénile» et, si oui, à quel degré; puis si de ces recherches vous arrive^ à la conclusion que les vaisseaux sont séniles^ c'est-à-dire dégénérés» portez hardiment le pronostic du retour et de l'aggravation futurs des accidents actuels, considérant ceux-ci comme un avertissement qu'à plus ou moins bref délai le vieillard aura une nouvelle attaque d'apoplexie avec hémiplégie cette fois; qu'il en restera paralysé, ou qu'il en mourra, suivant la gravité do la lésion cérébrale. C'est là de la pratique et de la science autrement positives que de faire du byzantinisme anatomique à propos de l'hémorrhagie ou du ramollissement. En ^ffet, vous savez alors une chose de certitude absolue, c'est qu'il y a lésion des vaisseaux : de là à induire la probabilité plus ou moins prochaine d'une apoplexie par malnutrition ou par rupture vasculaire, la tâche n'est point malaisée, et vous pouvez être prophète sans grand effort.

Mail ce qui est vrai du vieillard étant vrai du goutteux, quant à là lésion vasculaire» recherchez-la attentivement chez un goutteux qui présente des accidents cérébraux apoplectiformes, et redoutez Alors pour lui de véritables attaques d'apoplexie. C'est par lésion prématurément sénile de leurs vaisseaux que les goutteux sont prédisposés à cette affection ; et telle est la raison anatomique de l'assertion si vraie de Morgagni, à savoir» que « la goutte entraîne souvent après soi une affection calculeuàe ou apoplectique 0). »)

Indépendamment de l'apoplexie, la sénilité des vaisseaux de l'encéphale provoque fréquemment le vertige et Véclampsie : je dis réolampsie et non l'épilepsle, voulant très-expressément indiquel* par là qu'il s'agit de phénomènes épilepttfortnes, et non pas d'épilepsie comme l'ont dit très-improprement la plupart des auteurs.

8'il û*j avait là qu'une simple erreur doctrinale, je ne m'y arrêterais pas ^ mais la faute nosologique entraîne de graves

(1) « Àrthriiis ipsù, qum sœpe catcvîosam aliaÈ âpoptécHcam qvoqwpost se trahit afftctionem, » (De «fd. el caus mor6or., l. 1, cpist. II, p. ÎOjédit. de n6t>.)

conséquences pronostiques, et c'est ce qui me fait y insister, L'épilepsie (j'entends l'épilepsie vraie) est une maladie nerveuse, dont les attaques complètes suppriment d'abord l'être intelligent, qui perd immédiatement connaissance, et frappent ensuite l'être animal, qu'elles secouent de convulsions ; — dont les attaques incomplètes, qui ne sont pas les moins probantes, suppriment seulement l'être intelligent ou moral, en produisant le vertige j l'absence ou la manie épileptique. Cette maladie nerveuse est si bien et si essentiellement constitutionnelle, qu'elle s'observe dans les familles de nerveux, où se trouvent des fous, des hypochondriaques ou des ataxiques, qu'enfin elle se transmet par hérédité ; et c'est ici que l'erreur nosologique, qui consiste à confondre l'éclampsie des vieillards avec l'épilepsie, a les plus graves conséquences pratiques, puisqu'elle laisse supposer que les descendants de ce vieillard pourront à leur tour être atteints d'épilepsie; tandis qu'en réalité les phénomènes éclamptiques (supposés épileptîques) de la vieillesse sont absolument accidentels, contingents, et liés à des troubles de la circulation du bulbe ou des parties voisines du mésocéphale(4).

C'était le cas du malade couché au n® 44 de la salle Saint- Charles. Cet homme, âgé de soixante-quatre ans, m'avait été adressé comme atteint a d'affection vertigineuse avec perte consécutive de connaissance ». L'attaque débutait par une sensation d'ivresse; le malade faisait quelques pas en avant, trébuchait comme un homme a en ribote, » puis tombait, perdait connaissance et avait des secousses convulsives ; au bout de quelques minutes il revenait à lui, ignorant de tout Ce qui s'était passé, et s'endormait. L'intelligence était restée absolument intacte. Les accidents s'étaient montrés pour la première fois depuis deux mois seulement, et s'étaient reproduits trois ou quatre fois dans ce laps de temps. Jamais il n'y avait eu d'accidents nerveux d'aucune espèce jusque-là. Convaincu qu'il s'agissait dans ce cas d'accidents symptomatiques d'un trouble circulatoire par lésion vasculaire de l'encéphale, j'explorais la radiale du malade pendant

(1) Cette question de Pépilepsie, de réclampsic et des expérienceslphysiologiques qui simuleut Tépilopsie, est traitée complètement dans des leyons spéciales sur VEpilepsk que l'on trouvera plus loin.

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