DIX-HUITIEME LEÇON
Comment débutent un grand nombre de maladies organiques du cœur. — Fièvre rhumatismale, arthrites et endocardite simultanée. — Insuffisance valvulaire aiguë et non rétrécissement d'orifice. — Le rhumatisme frappe spécialement les tissus les moins organist's; et parmi ceux-ci Us plus habituellement fatigués. — Preuves tirées de l'ordre de fréquence des arthrites rhumatismales. — Nouvelles preuves tirées de la fréquence de la péricardite dé même origine.— L'action du froid est générale et non locale; il ne frappe directement ni les articulations, ni l'endocarde, ni les séreuses splanchniques.
Messieurs,
Dans ma première leçon sur les maladies organiques du cœur, je vous ai dit comment elles finissent ; je voudrais vous faire voir aujourd'hui de quelle façon la plupart d'entre elles commencent. Une série de malades atteints de rhumatisme articulaire et d'endocardite simultanée va nous en fournir l'occasion.
Au n^ i de la salle Saint-Paul se trouve un homme âgé de quarante-huit ans, qui en est à sa première attaque de rhumatisme. C'est un individu frôle, pâle, émacié, qui paraît en un mot offrir peu de résistance vitale. Il n'a eu qu'une fièvre modérée au début ; la réaction fébrile franche ne s'est produite qu'au moment où les phénomènes articulaires se sont manifestés et multipliés; il est entré ici le 28 novembre 1868, ne se plaignant que des articulations tibio-tarsiennes ; puis les genoux, les coudes, les épaules ont été pris successivement. Aujourd'hui encore, les articulations
ARTHRITES ET ENDOCARDITE. |5t
scapulo-humérales droite et gauche sont douloureuses, ainsi que le poignet gauche ou du moins les synoviales des extenseurs des doigts au niveau du poignet gauche ; il a donc eu des arthrites multiples et une synovite tendineuse rhumatismales.
Remarquez, je vous prie, que les articulations tibio-tarsiennes et fémoro-tibiales ont été prises les premières ; j'aurai lieu de revenir sur ce point.
J'ai vu ce malade le soir même de son entrée à l'hôpital ; à l'auscultation, on entendait très-nettement, dans le voisinage de la pointe, le souffle caractéristique de Tinsuffisance mitrale ; aujourd'hui, ce bruit de souffle est encore perceptible, mais il est moins net. Je vous répète ici que le maximum de ce bruit ne s'entend pas, comme on a coutume de le dire, à la pointe du cœur, mais plus haut, à la partie moyenne du ventricule.
Vous connaissez la preuve que j'ai donnée du siège réel de ce bruit de souffle. Ayant exactement déterminé pendant la vie le maximum de ce souffle, j'enfonçai sur le cadavre une longue épingle dans le point même correspondant à ce maximum, et nous avons trouvé, après avoir ouvert la poitrine, que l'épingle avait traversé la paroi du ventricule gauche et les lames de la valvule mitrale. La plupart d'entre vous ont pu voir cette démonstration sur une pièce qui était ici l'autre jour.
Au n* 3 est un jeune homme de vingt-trois ans à la figure pâle, aux cheveux blonds et tellement clairs, que leur couleur rappelle celle des cheveux d'un albinos. Sa constitution débile présente tous les attributs du tempérament lymphatique. C'est sa deuxième attaque de rhumatisme; les articulations ont été prises dans l'ordre suivant: d'abord les deux genoux, puis les articulations tibio-tarsiennes, les coudes, les épaules et enfin les poignets. loi encore, vous le voyez, les genoux et les articulations tibio-tarsicnnes ont commencé la série. Chez ce malade, entré quatre jours avant le précédent, la fièvre a été un peu plus prononcée : les douleurs articulaires ont, du reste, complètement disparu aujourd'hui, et ce jeune homme va partir pour Vincennes. A son entrée, il présentait manifestement le bruit de soufOe de l'insuffisance mitrale, ayant son maximum vers le point que vous connaissez maintenant.
35S LE RHUMATISME AIOU.
Le malade couché au n* 5 de la salle Saint-Paul a vingt-trois ans ; il exerce la profession de garçon de caiï. Ceci est important ; le froid est, en effet, une des causes occasionnelles les mieux démontrées du rhumatisme; or les garçons de café et les garçons de marchands de vin, qui passent constamment de Tatmosphère surchauffée de la salle où se trouvent les consommateurs à l'atmosphère très-basse de la cave, doivent être, par suite de ces brusques changements de température si souvent renouvelés, fort exposés aux affections rhumatismales. Ce malade est bien une preuve de ce que j'avance, car c'est la deuxième attaque de rhumatisme qu'il éprouve.
Lors de son entrée, l'articulation tibio-tarsienne gauche seule était atteinte ; la droite fut ensuite affectée, puis les genoux, et enfin successivement les articulations scapulo-humérales , les coudes et les poignets ; ces deux dernières articulations sont encore malades aujourd'hui.
Ce malade offrait également, à son entrée, le bruit de soufQe de l'insuffisance mitrale avec un frémissement cataire très-pro- . nonce au-dessous du mamelon. Aujourd'hui, le bruit de souffle est bien diminué, mais on entend au-dessous du mamelon, immédiatement après le second bruit, un léger frottement péricardique très-superficiel et circonscrit. Ce frottement est déterminé par une de ces plaques laiteuses que l'on rencontre si souvent dans les autopsies et dont la formation aura été déterminée par une péricardite remontant à l'époque de la première attaque.
Au n"" 26 de la même salle se trouve un malade qui, à la suite d'une scarlatine, a eu une endocardite et une endartérite ; on entend très-bien au cœur un bruit de soufQe indiquant une insuffisance, et le long de la colonne vertébrale, un bruit de souffle évidemment dû à un athérome généralisé de l'aorte. Je vous ai déjà longuement parlé de lui ; je vous ferai seulement remarquer que chez lui aussi les articulations tibio-tarsiennes et celles des deux genoux ont été prises les premières ; celles des phalangines avec les phalanges ont été également envahies.
Au n° 6 de la salle des femmes se trouve une chiffonnière; ici encore on peut invoquer comme cause occasionnelle de la manifestation morbide, l'influence du fl:oid et de l'humidité. Cette