RAISON DES LÉSIONS VALVULAIRES
Il faut concevoir que la maladie affaiblit momentanément la résistance normale ou vitale de tous les tissus de l'organisme ; qu'elle en réduit même quelques-uns à l'incapacité fonctionnelle, et ce sont précisément les plus vivants, les plus richement doués, les plus activement fonctionnants dans l'état de santé ; ainsi, pour bien fixer la pensée, la membrane muqueuse de l'estomac et ses glandules à pepsine sont si bien amoindries et troublées, que l'anorexie et la dyspepsie sont de règle dans tout état fébrile, et que l'indigestion résulte immédiatement de toute tentative inopportune d'alimentation. Mais il est bien évident que les tissus épithéliaux sont impressionnés comme* les autres, amoindris peut-^ ôtre même davantage; cependant leurs fonctions continuent pour quelques-uns d'entre eux, parce qu'elles ne peuvent cesser sous peine de mort; telle est la fonction circulatoire et celle par conséquent de l'endocarde. Or c'est dans cet état de moindre résistance que ce tisssu est plus souvent et plus fortement frappé par l'ondée sanguine, en raison de la suractivité fébrile de la circulation.
Quant à cette altération de nutrition des tissus épithéliaux.par le fait d'une maladie fébrile intense, elle est démontrée à ciel ouvert par les ongles, qui présentent après la guérison, ainsi que le faisait remarquer Beau, une dépression dont la profondeur et l'étendue correspondent à l'intensité et à la durée de la maladie ; c'est-à-dire que pendant celle-ci le tissu unguéal avait été moins abondamment sécrété.
Ainsi, les troubles de nutrition de l'endocarde, par suite d'une maladie générale fébrile, ne sont qu'un cas particulier de l'altération, générale alors, des tissus épithéliaux, et la lésion de l'endocarde se conçoit aussi dans ce cas par la suractivité même des causes physiques de son altération.
Il y a donc deux raisons pour une d'endocardite dans les maladies générales fébriles.
Il me reste maintenant à vous dire quelles sont les parties de l'endocarde le plus souvent atteintes. A ce sujet tous les auteurs sont d'accord pour affirmer que ce sont les valvules. Mais pourquoi les valvules? C'est ici qu'intervient utilement la notion de la fonction.
37t L ENDOCARDITE.
Ce que je vous ai dit de la bassesse hiérarchique des tissus que frappe de préférence le rhumatisme (4), vous a déjà fait comprendre pourquoi l'endocarde est si souvent frappé par lui. Ce que je viens de vous dire de ïaî texture spéciale des valvules doit vous faire saisir la raison pour laquelle la valvule est la partie de l'endocarde ordinairement la première, souvent la seule, toujours le plus fortement frappée. L'explication de cette élection pathologique sera complète quand je vous aurai rappelé le mode de fonction de ces replis de l'endocarde. Vous verrez alors quelles valvules et quels points des valvules doivent être atteints, et le sont habituellement, ainsi qu'au plus haut degré (2).
Fonctionnellement parlant, la valvule est un simple instrument d'hydraulique ; c'est une soupape. A sa fonction purement physique, devait con*espondre une structure presque physique, et Ton conçoit, à la rigueur, qu'une soupape de caoutchouc ou de gultapercha y aurait sufQ. Dépourvues de toute action spontanée, elles n'avaient nul besoin de muscles, et n'en ont pas ; — obéissant passivement, automatiquement, la sensibilité leur était inutile (attendu que la ;sensibilité implique le mouvement spontané et réciproquement), aussi n'ont-elles pas de nerfs et sont-elles insensibles, ainsi que le prouvent l'anatomie et les expériences de Chauveau et Marey, qui ont pu déchirer les valvules du cœur sans que les animaux témoignassent de la moindre sensation douloureuse. N'ayant à vivre que d'une existence aussi végétative, tenant le milieu entre les substances organisées et inorganiques, les vaisseaux ne leur étaient pas indispensables, et elles vivent d'une existence parasitaire, par imbibition, ne présentant qu'à leur base quelques rares vaisseaux terminaux.
Or c'est dans de telles conditions de structure et de vitalité, que ces valvules sont plus de soixante fois par minute tendues par l'action des muscles papillaires, frappées par le choc d'une ondée sanguine animée d'une quantité de mouvement consi-
(i) Voir leçon sur le Rhumatisme^ p. 358.
(2) Tout ce qui va suivre est une réponse à un desideratum très-expressément formulé par Stokes : « Il est difficile d'expliquer pourquoi les signes de l'endocardite et des lisions anatomiques les plus évidentes sont limités aux valvules. » {Traité des maladies du cœur^ p. 101.)