PLEXUS PULMONAIRES RESPECTÉS DANS LA PLEURÉSIE. 4S
OU du septième espace intercostal que s'observe le plus souvent la plus vive douleur. C'est aussi la douleur la plus vive qui sera seule accusée ; de sorte que le malade ne se plaint, le plus habituellement, que d'un point douloureux, le plus ordinairement sous le mamelon ; mais il est facile de se convaincre, par la pression, qu'il existe d'autres points douloureux au-dessus, audessous et en arrière de celui dont se plaint le malade.
En résumé, la douleur si vive de la pleurésie est une douleur d'emprunt ; pour Beau, c'est une névropathie intercostale, résultant d'une névrite.
Longtemps avant- Beau, M. Bouillaud avait déjà rapporté la douleur de la pleurésie, non pas à la plèvre, « mais aux nerfs des parois thoraciques comprimés ou souffrants par suite de la phlegmasie ou de l'épanchement ». De son côté, M. Piorry était arrivé aux mômes conclusions. Quant à cette douleur, à ces points de côté de la pleurésie, M. Bouillaud les considère comme étant l'expression d'une névralgie Intercostale.
Ainsi, en résumé, le point de côté de la pneumonie est une douleur pleurétique, et la douleur pleurétîque n'est elle-même qu'une névropathie intercostale.
C'est telle lieu d'aborder une question doctrinale d'une certaine importance, bien qu'elle n'ait pas encore été soulevée, la question de savoir pourquoi — à cela près des troubles mécaniques qu'elle peut entraîner — la pleurésie est la plus innocente de toutes les phlegmasies des membranes séreuses viscérales.
Il y a de ce fait une double raison, suivant moi, et je vais vous l'exposer tout à l'heure.
Remarquez d'abord, je vous prie, que la gravité de l'inflammation d'une membrane séreuse est en raison directe de l'importance et du nombre des organes auxquels elle confine, ainsi que de son voisinage avec des plexus nerveux dont le grand S3rmpathique fait partie.
Par exemple, la méningite n'est grave que parce que l'inflammation des méninges en se transmettant h la substance corticale du cerveau provoque le délire ; en produisant un épanchement, comprime l'encéphale et entraîne le coma, puis la paralysie ; parce
qu*enfin, se propageant jusqu'au bulbe, rinflammation méningée • excite les convulsions éclamptiques terminales.
De môme, \dL péricardite entrave plus ou moins les contractions du cœur par une myocardite corticale de voisinage ; mais, lorsqu'elle est générale, elle menace bien autrement les fonctions circulatoires et la vie par la névrite aiguë du plexus cardiaque. Ici le grand sympathique est intéressé, et nous en verrons bientôt les formidables conséquences (4).
Enfin \dL péritonite trouble les fonctions des organes les plus nombreux comme les plus importants, et particulièrement celles de l'appareil digestif tout entier, qu'elle enveloppe d'une véritable tunique de Nessus. Mais , alors qu'elle est généralisée et rapide en ses allures, il y a embrasement de la totalité du système nerveux de la vie végétative, du plexus solaire à ses dernières ramifications ; alors aussi apparaissent les phénomènes de sidération, conséquences des troubles de ce système.
Eh bien, la pleurésie est incapable de pareils méfaits. Pariétale, elle enflamme (nous venons de le voir) quelques nerfs intercostaux, et produit une douleur qui, si intense qu'elle puisse être, n'est jamais redoutable. Viscérale, elle intéresse quelques points de la couche corticale du poumon, et produit un trouble fonctionnel médiocre en invalidant un certain nombre de vésicules pulmonaires ; mais c'est là tout le mal qu'elle peut faire.
En effet, les plèvres n'ont aucun rapport de voisinage avec ks plexus pulmonaires y de sorte que l'incendie pleurétique ne saurait les atteindre. Le plexus pulmonaire postérieur (formé par un renflement gangliforme des pneumo- gastriques et quelques filets du sympathique) est situé, vous le savez, derrière la terminaison de la trachée-artère, et pénètre dans les poumons le long des bronches, dans la membrane muqueuse desquelles il se termine. Le plexus pulmonaire antérieur, plus petit, pénètre de la même façon, à la racine des poumons, le long de la face antérieure des bronches. Et ni Tun ni l'autre de ces plexus ne sont en contact avec la plèvre médiastine, ni avec la plèvre pulmonaire, qui s'arrête aux bronches.
(1) Voir, plus loin, leçon XXIV.