VINGT-QUATRIEME LEÇON
L'angine de poitrine (suite), — Toutes les dissidences comme toutes les opinions à son sujet s'expliquent par une compréhension incomplète de la question I n'est ni une ossiflcation des cartilages éostaux; ni une ossifloatioù des artères coronaires j ni une stemalgie ; ni la goutte diaphragmatique ; ni une névrose pure et simple du nerf pneumo-gastrique ; c'est tout cela et plus que tout cela : c^est, dans un très-grand nombre de cas, une névrite du plexus cardiaque, compliquée le plus habituellement d*une nétfHtê diaphragmatique.
— Névrite cardiaque chronique et aigu6. — Tétanos des petits vaisseaux par douleurs du grand sympathique. — La gravité de Tangine de poitrine résulte de la multiplicité des lésions. — Angine de poitrine par névralgie cardiaque^
— Tabagisme et angine de poitrine. — Angine de poitrine et épilepsie. — Pourquoi le mot d'angine d^ poitrine est à rayer du vocabulaire médical. — Névrite cardiaque bien différente de la névralgie ; la première tue, la seconde ne fait que des menaces* de mort. — Traitement de la névrite cardiaque et de la névralgie.
Messieurs,
"Vous are* pu voir, récemment couchée au h* 9, une ftmme atteinte de maladie du cœur. Elle entrait pour une grande dyspnée avec angoisses ; palpitations violentes, fréquence excessive du pouls, qui est très-petit, et douleurs vers la base du cœur, ou, plus exactement, au niveau du troisième cartilage costal gauche et de la région sternale correspondante.
Une première fois déjà, l'année dernière, j'ai eu l'occasion de la soigner à la Pitié ; c'était dans le service de mon collègue M. Bernutz, que je remplaçais, et elle présentait les mêmes symptômes d'angoisse douloureuse. Elle réclamait à grands cris la médication que ce judicieux médecin avait une première fois déjà mise en oeuvre pour elle et qui la soulageait aussitôt. Cette médication, c'était l'application de ventouses scarifiées à la région du cœur. J'imitai mon collègue, dont je partage complètement les idées thérapeutiques à cet égard, et la malade fut soulagée par deux applications successives de six ventouses scarifiées chaque fois.
456 LES POINTS DE tOTÉ.
Actuellement encore, j*ai suivi la même méthode de traitement et avec le môme succès. J*ai d'ailleurs employé la digitaline pour ramener son pouls à un rhythme plus régulier et à une moindre fréquence ; la scille et le calomel pour exciter la diurèse et la cholépoièse ; j'ai fait tous mes efforts enfln pour combattre les symptômes dyspnéiques dont la double raison se trouvait au cœur et dans les poumons. J'ai réussi. Quant à l'émission sanguine locale, elle allait le plus vite au plus pressé, qui était la douleur.
Qu'était donc cette douleur? comment survenait-elle? Et n'y a-t-il pas contradiction ici avec ce que je vous ai*dit des maladies du cœur (I), qu'elles étaient le plus souvent indolentes quant au cœur? Et d'abord, relativement à ce dernier point, je vous ferai remarquer que sur plus de quarante malades atteints d'affections organiques du cœur que vous avez déjà vus dans nos salles, celleci est la seule qui ait souffert, ou tout au moins dit souffrir à la région cardiaque. Voilà pour la fréquence.
Maintenant, quelle est cette douleur? Elle a son maximum à la région du cœur vers la base de l'organe, et rayonne de là en haut vers le cou et l'épaule gauche, en bas vers les insertions gauches du diaphragme, et la pression l'augmente en tous ces points. De sorte que, s'il n'est pas douteux que cette malade souffre de son cœur, il ne l'est pas davantage qu'elle souffre aussi de son nerf phrénique gauche.
D'ailleurs ces douleurs associées sont au maximum et apparaissent quand la malade se livre à des efforts un peu énergiques, ou qu'elle est vivement émue (ce qui arrive facilement, la malade étant assez impressionnable), ou qu'enfin, comme actuellement, il y a congestion des poumons et des principaux viscères, en même temps que de l'œdème commençant aux extrémités inférieures : c'est-à-dire quand apparaît ou s'accroît à la périphérie l'obstacle à l'impulsion cardiaque et quand, par suite, le travail du cœur malade est augmenté d'autant.
La lésion du cœur est un rétrécissement de l'orifice aortique, caractérisé par un bruit de souffle rude à la base de l'organe et au premier temps; souffle qui se propage avec ce caractère de
(1) Voir les Points de côté^ XX« leçon, p. 395.