‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 141 sur 254 · ANGINE DE POITRINE ET ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

ANGINE DE POITRINE ET ÉPILEPSIE

pecioris prennent plus lard de véritables attaques du mal comitial ; de même que, chez d'autres, l'angine de poitrine a pu être autrefois précédée d'accidents épileptiformes bien nettement caractérisés (i). »

Or, chez le vieillard du n® il, dont je vous ai parlé dans mes leçons sur les dégénérescences artérielles (2), nous avons pu observer précisément des accidents vertigineux éclamptiques et des attaques d'angine de poitrine avec ralentissement progressif du pouls. Et nous avons trouvé à l'autopsie la raison anatomique de ces accidents (tellement indépendants en apparence), dans une même lésion du système artériel : les douleurs de l'angine dérivaient d'une grave altération de l'aorte ascendante, comme les accidents vertigineux d'une ossiflcation des artères du bulbe. Or je vous ai assez dit qu'il n'y avait pas d'épilepsie chez ce malade.

D'un autre côté, dans la névropathie cérébro-cardiaque, décrite par Krishaber, il y a simultanément des vertiges et des attaques d'angine de poitrine véritablement névrosiques, sans qu'il y ait davantage d'épilepsie. De sorle que, sans rejeter l'opinion de mon illustre maître, je me demande avec Krishaber s'il n'y a pas lieu d'y apporter certaines restrictions, et si les faits qu'il a observés n'étaient point analogues à ceux que je viens de mentionner et qui sont contraires à sa doctrine.

Je me demande même si, dans les cas d'origine épileptique, apparente ou réelle, on a toujours soigneusement distingué l'angine de poitrine de la névralgie du nerf phrénique^ avec sa douleur à la base du sternum — stemalgie inférieure — et ses irradiations à l'épaule, au coude et au cou, qu'on observe également dans l'angine de poitrine. La confusion est plus facile qu'il ne pourrait sembler d'abord, témoin le fait d'un malade que j'ai obser\'é à l'hôpital Saint-Louis, salle Napoléon, n» 26, où quelque chose d'assez semblable à une attaque d'angine de poitrine est quelquefois le prélude d'une attaque complète 1 d'épilepsie. Or, chez cet homme (je l'ai fait souvent remarquer aux élèves), il y a tous les signes de la névralgie diaphragma tique,

(i) Trousseau, Clinique médicale, t. II, p. 537, 4« édit, ii) Voir VEndartérite, %VW leçon, p, 3î4,

LES PpiNTS PP CPTÉ.

c'0st-à-dire douleur ^ux insertious diapbragm^tiqups antéripurcs, surfoMj aux deui: premières, pi aux in^çtjpps postéiieurpç, ain$| qu'à répig^tre ; douleur J^ \^ pression du diaphragffie \^^^ refoulement en haut de la paroi abdominale, le maladif disant alors q^p cel^ arrêta ^ respiration ; dpuleur par la pression du phréniqup, en ^vant du sçal^ne ^i^térjepr; epfin douleur daps la a palette de Tépaule » et à la partie interne du bras gauche. Seulement, ce qq'il y a de remarquable, c'est que la douleur du pbrénique est persistante, tandis que les accidents épileptiques sont intermittepts. Au moment où Tattaque doit survenir, la dopleur du phrénique s'exaspère et rayonnp du poude jusqu'aux deux derniers doigta de la n^ain ; une autre plus profonde se fait septir au cœur, et bientôt Ip m^l^de sent comme un « bouillonnpfflpnt » dans cette région ; puis il perd connaissance et a des secousse^ convulsives — c'est l'attaque d'épilepsie corpplète, flqnt Tapf^ pst partie du pl^fénjqqp. Ce qu'il y a de remarquable enpore, c'est que le bras gauche est ^ pep près impotent : le maladp ne peut donner que 9 kilogfaipmps de pression de la main gauche, alors qu'il en donne 44 fje ]9l fp^in droite ap dynamomètre de CoUiq. par ponséquent, l'irradiation du phréipque ap plexus |}racbi^l n*est pas douteuse.

La douleur est (J'ailleurs persistante à la partje gauche d^ di^phr^gpie, et il en résulta que le malade pp ^prouve upe gAne de la respiration qi^'il traduit ep dis^pt que » c'est k gauche comme un soufflet dont |l ne peut soulpver U v^l^e » .

f^es symptômes douloupeu^ de l'angipp dp poitrine peuvent être assez grossièrement simulés par ceu2^ de la névralgie diapbragmatiquc (c|vec sa douleur à l'épaule et sps irr«)$}iations niultiples), pour que j'attire un instant votfp attentiop sur cette cause possible d'erreur.

De cette longue exposition, que j'ai cependant faite ausri concise que j'ai pu, il résulte que les découvertes de l'anatomie pathologique permettent de mettre de l'ordre dans ce petit chaos nosologique qui s'est appelé Vangine de poitrine^ et autorisent à rayer désormais ce mot du vocabulaire médical.

En conséquence : i^ je propose de donner le nom de HivarrE

chrmigm A* pkxm cardiaque, ou, plus «Implemeat encore, de vimu çqrdiaçue chronique aux symptômes ((ils d'angine dç poiirine liés à l'existence d'une altération de l'aorte (dilatation, anévrysme faux, iasufBsance slgmoïde : c'est tout un, chacune de ces lésions n'étant qu'une modalité éventuelle d'une maladie primitive de l'aorte, Vaortité) :

À. La pévrit^ cardiaque cbroniqi^e est simpky alors qu'il n'y a que les troubles fonctjonnels cardiaques (dépendant directement de ta lésion des nerfs cardiaques) et les troubles fonctionnels indirects (résultant du retentissement de la lésion névrîtique cardiaque sur le territoire du pneumo-gastrique et sur celui du grand sympathique) ;

B. ï^a névrite cardiaque chronique est compliquée de névrite diupkragmatique, quand aux symptômes précédants sont associés les signes de cette flernière névrite. Ces pas sont de beaucoup les plus fréquents, et nous savons désormais que c'est le péricarde qui sert de trait d'union morbifique à ces deux névrites ;

3^ Je donnerais le nom ()e névrite cardiaque aiguë aux mêmes phénomènes douloureux et fonctionnels se rattachant à la péricardite aiguô ; phénomène^ dont j'ai fourni des exemples en en déterminant le n^écapisme pathogénique. Cette névrite cardiaque aigutt est toujours compliquée de névrite diaphragmatique, l'inflammation du péricarde déterminant l'une et l'autre névrite;

3^ J'appellerais névralgie cardiaque ce môme ensemble symptomatiquo,indépei)dant de toute lésion de l'aorte ou du péricarde. Ces faits de névralgie sont ceux que j'ai signalés d^s la seconde catégorie de cas de cette leçon ; ce sont ceux que Trousseau considérait commp une sorte de névralgie épilepliforme, et qui se rattac)ient ordinairement à un état névropathiquc plus ou moins prononcé. Cette névralgie cardiaque présente tous les symptômes de la névrite de ce nom, moins les signes de la lésion du péricarde ; aussi n'est-elle pas compliquée des doideurs de la névralgie diapkragmatique^ laquelle, en effet, n'a, dans ce cas, aucune raison d'être matérielle ;

4* Enfin, j'ai donné le nom de névrite diaphragmatique à l'inflammation du nerf phrénique, comme j'ai donné celui de

NÉVRALGIE dtaphragmottque à la névrose de ce nerf, en signalant les symptômes propres aux troubles fonctionnels du nerf phrénique et les symptômes associés que sa névrite ou sa névralgie provoquent par irradiation. Ces symptômes associés sont d'ordre périphérique, ils s'observent dans le territoire des plexus cervical et brachial et sont absolument en dehors du domaine du plexus cardiaque. Je viens de dire que la névrite diaphragmatique compliquait habituellement la névrite cardiaque, et j*en ai donné précédemment les raisons anatomiques ; il n'en est pas ainsi de la névralgie diaphragmatique par rapport à la névralgie cardiaque ; elles ont Tune et l'autre une existence parfaitement indépendante.

Ce ne sont pas là, messieurs, de pures subtilités nosologiques : le point de pratique est de la plus haute importance ; la névrite cardiaque tue, la névralgie cardiaque ne fait que des menaces de MORT non suivies d'effet; la névrite cardiaque tue, non pas tant parce qu'il y a lésion des nerfs cardiaques, que parce qu'il y a simultanément lésion du cœur, et que cet organe est mis ainsi hors d'état de résister indéfiniment aux troubles de son innervation ; la névralgie cardiaque ne tue pas, pour des raisons précisément inverses ; si troublé nerveusement que puisse être le cœur, il résiste par la validité de sa fibre musculaire et survit à l'orage : ce sont ces cas-là qui guérissent; la névrite cardiaque chronique ne guérit pas.

Comme la névrite cardiaque chronique est la conséquence de l'aortite, et que vous n'avez d'autre moyen clinique de reconnaître la première qu'en découvrant la seconde, et qu'après tout c'est chose assez facile, cherchez donc, avec la plus scrupuleuse attention, la lésion de l'aorte, chez un individu qui vous présentera l'ensemble symptomatique de ce qu'on a appelé Vangine de poitrine ; cherchez-la par tous les moyens possibles ; cherchez-la par l'auscultation et la percussion ; tenez compte des moindres bruits insolites, des plus faibles modifications de timbre, comme aussi de l'intensité plus forte de l'impulsion ; mesurez avec minutie le diamètre des vaisseaux; et, si les bruits sont secs, à plus forte raison s'ils sont soufflants ; si l'impulsion est considérable, à plus forte raison s'il y a des battements portiques ; si le diamètre

Page 1