POINTS DE COTÉ DE LA PHTHISIË PULMONAIRE. 4Ô
mençante. El, en effet, je trouvai et vous fis voir qu'il y avait de la matité aux deux sommets, avec craquements humides à droite, craquements secs et respiration rude à gauche. Ainsi la tuberculisation pulmonaire est incontestable, et je vous assure que c'est la douleur « entre les épaules » ou, plus exactement, des sommets de la poitrine, qui me l'a fait attentivement rechercher; alors que ridée de catarrhe chronique de la vieillesse semblait bien plus naturelle et surgissait dans l'esprit de la plupart d'entre vous.
Ainsi, encore, chez une femme de quatre-vingt-trois ans, que j'ai eue récemment à traiter et qui m'avait été signalée par un collègue comme atteinte d'un simple catarrhe des bronches, la douleur à la partie externe de la fosse sus-épineuse droite, éveillant mes soupçons, me fit découvrir les signes les plus certains de la tuberculisation pulmonaire (craquements humides dans les fosses sus et sous-épineuses, souffle en ces points ; craquements secs dans la région sous-clavière ; submatité de tout le sommet droit; défaut d'élasticité et respiration très-faible au sommet gauche).
Interrogeant alors cette malade dans ce sens, j'apprenais qu'elle avait eu une hémoptysie en 4830 (il y avait trente-neuf ans I) ; que cette hémoptysie avait duré trois semaines, pendant lesquelles presque chaque jour un demi- verre de sang rutilant avait été rejeté ; que cette hémoptysie était survenue quelques mois après la perte du mari ; enfin, que depuis cette époque cette femme avait toussé, mais que sa toux, sèche d'ailleurs, avait été si rare, qu'ellç n'avait jamais attiré l'attention.
Or il n'est guère douteux qu'ici la tuberculisation ne se soit développée à la suite du chagrin, de la fatigue et des privations; que l'hémoptysie n'ait été l'indice de cette tuberculisation, et que la tuberculisation ne soit ainsi restée latente pendant près de quarante ans.
Seulement, depuis cinq ans, cette malade avait « un rhume » tous les hivers, lequel n'était autre chose que l'expression de l'intolérance* momentanée du poumon pour ses tubercules ou, en d'autres termes, le signe d'une poussée congestive et inflammatoire autour de ces mêmes tubercules, tolérés pendant la saiapn PETsn. — CM», méà i. — 32
chînide. Enûn, cet hiver elle s'est alitée définitivement; sop (( rhume » ne pensant pas, son appétit faisant défaut et sps forces déclinant. Il y avait tous les soirs un petit accès de fièvre qqe faisait momentanément disparaître le sulfate de quinine et que n'expliquerait guère un simple catarrhe. Cette poitrinaire ^^ quatre-vingt-trois ans s'est éteinte dans le dernier degré du marasme trois mois ^près avoir pris le lit. Les signes de la tqbercMlisatiqu pulmonaire (assez douteux chez elle pour ^voir pu être pris par un de mes collègues des plus expérimentés pour des indices de siipple catarrhe, et qui consistaient dans les symptômes que je vous ai dits, plus les points de côté supérieurs sur lesquels j'appelle votre attention et qqe mon collègue n'avait pas recherchés), les signes de la tuberculisation pulmonaire, dis-je, devinrent au bout d'un mois plus évidents ; le gargouillement vint hieplôt démontrer l'existence de cavernes assez rapi^iemenl creusées. Et cependant, à part la fébricule du soir, qui du reste n'était pas constante, cette rapide destruction du parenchyme pulmonaire s'est accomplie sans fièvre ; la température restant, môq^e les derniers jours delà vie, aux alentours de 37%5, te jour de la mort, alors que l'hématose se faisait si incomplètement, la température n'était que de 37%3, le pouls étant à i2p,
Il n'y eut jamais ni diarrhée colliquative ni sueurs profuses, ainsi qu'il est d'ailleurs assez ordinaire h la phthisie chronique des vieillards ; ce qui, joint à l'insidiosité des autres signes, ne contribue pas médiocrement à faire f^ire fausse roule au diagnostic.
Cette phthisie de l'extrême vieillesse, sans sueurs, saus ^iar^hée et presque sans expectoration, je l'appelle volontiers pMisie SÈCHE, en dépit du pléonasme apparent, et par allusion à cett^ absence de sécrétion : le corps se momifiant, pour aiqsi dire, sans déperdition extérieure appréciable.
Du reste, la tuberculisation pulmonaire est infiniment plus fréquente qu'on ne le croit généralement dans la vieillesse ; mais elle est ordinairement méconnue, parce qu* « on ne s'y attend pas ». Recherchez donc, chez un individu qui tousse depuis uu certain temps, môme et je dirais presque « surtout » s'il est un vieillard, cette douleur des sommets ; tenez-en grand compte et