‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 157 sur 254 · BRUIT RESPIRATOIRE DE PROPAGATION · texte numérisé non relu

BRUIT RESPIRATOIRE DE PROPAGATION

chaque inspiration, que la voix soit entrecoupée pour reprendre haleine au milieu d'une phrase, pensez de suite à un épanche ment pleurétique très-abondant. Une simple tape appliquée alors du plat de la main sur le côté du dos suspect confirmera votre soupçon et complétera le diagnostic. Tout récemment j'ai eu l'occasion de vous signaler à distance un de ces vastes hydrethorax, chez un malade venu à la consultation de Thôpital. Ce qu'il y avait de plus piquant dans le cas de cet homme, c'est qu'il sortait de l'asile de convalescence de Vincennes, après avoir séjourné près de trois mois dans un service de cet hôpital-ci, et qu'il avait traîné dans chacun de ces lieux son épanchement méconnu. Il avait 3 litres d'eau dans le côté gauche de la poitrine, que je lui retirai le lendemain de son entrée dans nos salles. C'était donc là une pleurésie latente, s'il en fut ; et les médecins qui l'avaient vu ignoraient sans doute ce signe que je vous indique. J'espère que vous n'oublierez pas Taspect du malade et la façon dont il se tient, lorsqu'un côté de sa poitrine est rempli et alourdi par un vaste épanchement pleurétique.

Au moment où j'allais ponctionner la poitrine de ce malade, il se produisit un incident dont il faut que je vous parle : les élèves du service, vivement préoccupés, m'avertirent qu'ils avaient entendu le murmure vésiculaire à la base môme de la poitrine, du côté où je leur avais annoncé l'épanchement, et ils me demandèrent si, nonobstant leur remarque, j'allais procéder à l'opération.

Ils avaient parfaitement entendu, mais mal interprété; je veux donc vous prémunir contre cette cause possible d'erreur : en effet, la matité est absolue comme dans le cas de ce malade, dans tout un côté de la poitrine ; il y a de la voussure, une notable dilatation constatée par la mensuration au cyrtomètre ou au ruban ; le foie est abaissé ou le cœur refoulé à droite ; tout enfin vous dénote l'existence d'un vaste épanchement dans un côté de la poitrine et néanmoins un doute obsède encore votre esprit et arrête votre trocart — vous entendez la respiration tout le long de la gouttière costo-vertébrale, et surtout à la base de la poitrine. Vous auscultez à diverses reprises ; il n'y a pas de doute, c'est bien le murmure vésiculaire que vous percevez en ces PETER. — CHn, méd. i. — 35

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points. Mais, s'il y a murmurô vésiculaire, c'est donc que le poumon n'a pas disparu, c'est donc qu'il n'y a pas d'épanchement et que la ponction est contre-indiquée.

Eh bien, en pareil cas, le bruit respiratoire est incontestable, mais la conclusion déduite erronée : c'est d'un bruit de propaga* tion qu'il s'agit.

La démonstration du fait est facile à donner et fut, en effet, fournie séance tenante. Par suite même de la suppression de tout un poumon par l'épanchement, le seul poumon qui soit désormais perméable reçoit la totalité de la colonne d'air trachéale et respire avec une ampleur et une force inusitées : c'est la respiration puérile, exagérée^ laquelle, en raison de son exagération même, se transmet au côté opposé de la poitrine, à celui qui ne respire pas, et s'y transmet aux parties adjacentes, c'est-à-dire à la portion du thorax la plus voisine de la ligne médiane, à la gouU tière costo-vertébrale. Pour résoudre la question, auscultez alors successivement par tranches horizontales, du côté sain au côté malade, et alors voici ce que vous entendrez : du côté sain un murmure respiratoire intense presque soufflant; du côté malade ou suspect, encore le murmure respiratoire, mais beaucoup moins intense déjà ; — puis, faisant toujours cheminer votre oreille suivant une ligne horizontale, en vous éloignant toujours ainsi davantage de la colonne vertébrale, vous arrivez bientôt à un point où le murmure respiratoire disparaît absolument ; dans la région axillaire le silence est complet.

Ce sont là des minuties d'auscultation ; mais vous voyez, par l'incident, qu'elles ne sont pas sans importance, minma magm momenti.

Dans de prochaines conférences, je vous parlerai des Pleuré* tiques et.de ce qu'il faut leur faire.

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