‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 171 sur 254 · PLEURKSIE AIGUË ET MÉDICATION SANGUINAIRE · texte numérisé non relu

PLEURKSIE AIGUË ET MÉDICATION SANGUINAIRE

Le lendemain, vésicatoire de 6 pouces sur le côté gauche. Dans la soirée, faible moiteur ; un léger dévoiement s'établit.

Le sixième jour de la médication, on trouve « pour la première fois le pouls tout à fait apyrétique et la peau de chaleur naturelle. Le son était sensiblement moins mat ; le' bruit respiratoire commençait à s'entendre un peu à gauche inférieurement, tandis que les jours précédents il était nul; Tégophonie persistait. Le dévoiement avait cessé depuis quarante-huit heures ; Tappétit était excellent.

Les jours suivants ses forces revinrent rapidement ; les signes de répanchement furent de moins en moins évidents.

Ouinzc jours après y être entré, cet homme quittait Thôpital complètement guéri : « le son et le bruit respiratoire n'offraient plus de difl'érence dans les deux côtés de la poitrine. »

Chez un neuvième malade il y avait pleurésie gauche avec épanchoment au sixième jour de l'affection. « Empêcher celui-ci d'augmenter et en favoriser la résorption, telle parut être l'indication à remplir. » Saignée de 16 onces, quarante sangsues sur le côté gauche. Lq lendemain deux vésicatoires aux jambes. Le surlendemain, le point de côté avait entièrement disparu ; sueur la nuit.

Dans les cinq jours qui suivirent, il y avait chaque soif un redoublement fébrile très-marqué; « répanchement ne paraissait pas avoir augmenté depuis l'entrée du malade, mais il n'avait pas non plus diminué. La pleurésie semblait tendre h passer à l'état chronique. » Dans cet état de choses, M. Lerminier (chez lequel M. Andral recueillait ces observations) fit couvrir le côté gauche d'un très-large vésicatoire, et en même temps il chercha à entretenir une utile diaphorèse par l'administration de 15 grains de poudre de Dower.

Dans un dixième cas, il s'agit d'un malade chez lequel il y eut une seule application de sangsues, au nombre de douze, le quatrième jour de sa pleurésie. Le cinquième jour il entrait à la Charité avec un épanchement qui occupait tout le côté droit au moins ; les signes étaient tels que la poitrine était mate depuis la clavicule et l'épine de l'omoplate jusqu'aux dernières côtes, et que la respiration ne s'entendait nulle part en ces points.

Un large vésicatoire fut appliqué et entretenu ; la sécrétion des urines fut sollicitée par le nitre et les scillitiques.

Le seizième jour, on entendit pour la première fois un faible bruit respiratoire immédiatement' au-dessous de la clavicule el le son y était moins mat.

Quatre jours après, le malade voulut quitter Thôpital. Quelques jours plus tard, M. Andral rencontre dans une rue cet homme, qui était charretier, conduisant ses chevaux ; il était plein de force comme de gaieté et assurait quHl se portait à merveille.

M. Andral ne rapporte pas d'autres cas, « parce que, dit-il, ils ne seraient que l'exacte répétition des précédents; » et il cite des observations de pleurésie terminée par la mort, Tinflammation de la plèvre ayant eu pour cause la tuberculisation pulmonaire, la gangrène du poumon, un épanchement de sang, etc.

M. Bouillaud (i) a traité, du mois d'avril 1831 au mois de mars 1836, vingt et un individus atteints de pleurésie aiguë, soit simple, soit compliquée de péricardite ou d'endopéricardite. Un seul de ces pleurétiques a succombé. Chez aucun des vingt qui ont guéri, la pleurésie n'est passée à l'état chronique.

Le malade qui a fini par mourir avait une constitution profondément débilitée par suite de deux maladies pour lesquelles il était entré successivement à l'hôpital Necker et à Bicêtre. Sa pleurésie datait de douze jours, était double et compliquée de péricardite. Malgré ces fâcheuses conditions, les saignées avaient été très-bien supportées et il était même survenu une amélioration qui eût pu faire espérer la guérison, sans une grave lésion du gros intestin.

Voici les détails du traitement antiphlogistique employé par M. Bouillaud, sur sept des vingt et un malades atteints de pleurésie avec épanchement :

Chez un premier malade, extraction de onze palettes de sang par trois saignées, et de neuf par trois applications de ventouses scarifiées. Vésicatoire et pilules de calomel. Guérison dis sept jours après l'entrée à l'hôpital.

Second malade, onze palettes de sang par trois saignées,

(l) Bouillaud, Clinique méJicale de la Charité, t. H, p. 254 et suiv.; IS37.

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douze par trois applications do ventouses scarifiées. Un vésicatoire. Guérison onze jours après rentrée à Thôpital.

Troisième malade, huit palettes par deux saignées, trois par une application de ventouses. Un vésicatoire. Guérison onze jours après l'entrée.

Quatrième malade, quatre palettes par une saignée, sept par deux applications de ventouses. Un vésicatoire. Guérison dixneuf jours après l'entrée.

Chez un cinquième malade, six palettes par deux applications de ventouses. Un vésicatoire. Guérison en onze jours.

Dans un sixième cas, chez un* jeune homme de seize ans, la pleurésie datait de onze jours au moment de l'entrée à l'hôpital. La matité remontait en arrière et en avant jusqu'à la seconde côte ; il y avait un souffle bronchique très-fort et de l'égophonie. Trois saignées de trois palettes chacune, faites coup sur coup ; une application de ventouses scarifiées de trois palettes; vingtcinq sangsues et un large vésicatoire enlevèrent en seize jours l'épanchement pleurétique.

Dans l'autre cas, la pleurésie occupait le côté gauche et datait de huit jours ; la matité, le souffle bronchique, l'égophonie, l'absence de vibration thoracique, etc., rien ne manquait au diagnostic de l'épanchement. On pratiqua coup sur coup deux saignées de trois palettes et demie chacune ; on tira six palettes de sang par une double application de ventouses scarifiées, et deux vésicatoires furent ensuite appliqués. En quinze jours, l'épanchement fut entièrement résorbé. Pour que rien ne manquât au diagnostic de ce cas, un beau frottement pleural existait à la sortie du malade, qui jouissait d'ailleurs aloi^s de la santé la plus complète.

Vous trouverez, dans la Clinique de la Charité (\)y\c:i détails des observations; vous verrez très-souvent, comme dans les cas rapportés par Andral, des phénomènes critiques tels que des sueurs apparaître après une émission sanguine et, dans tous les cas, la guérison s'opérer en un très- court espace de temps, sans reliquat d'épanchement ni de fausses membranes organisées. Combien

(1) Bouillaud, Clinique médicale de l^hôpilal de la Chariié, t. II, p. 331; 1837. PETER. — Clin, méd, i. — 38

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tout cela est différent de ce que nous observons de nos jours !

De son côté, Louis, qui saignait et qui ventousait ses pleurétiques, disait en pleine Académie que la pleurésie n'entraîne jamais ou presque jamais la mort ; ce qui veut dire au moins que la médication suivie par lui était loin d'être malfaisante.

J*ai vu Chomel saigner aussi ses pleurétiques et ceux-ci n'en aller que mieux. Mais, c'est un des derniers médecins, avec Cruveilhier, que j'aie vu agir ainsi. Et, chose bizarre! Chomel, s'il revenait, serait fort étonné, lui qui ne discutait que la formule des saignées coup sur coup, de se voir ainsi débordé et d*ôtre rangé dans le camp des médecins qui abusaient des émissions sanguines.

En général, les médecins provinciaux qui approchent de la cinquantaine ou qui l'ont dépassée ont su résister à Tinvasion des doctrines abstentionnistes. « Vous faites à Paris, me disait un médecin des plus éclairés de la province, vous faites de nombreuses leçons sur la ponction de la poitrine dans la pleurésie; vos journaux sont remplis de récits de cette opération; vous inventez instruments sur instruments pour la pratiquer ; mais nous n'avons guère besoin de la faire en nos pays. Pour ma part, je ne sais pas ce que c'est que ces vastes épanchements pleurétiques qui la nécessitent ; il est vrai que la population à laquelle j'ai affaire et le ^traitement que j'emploie sont différents de la population de Paris ainsi que de votre médication actuelle : mes pleurétiques sont vigoureux et la maladie débute chez eux avec une si grande impétuosité, l'oppression est si vive et la douleur si intense, que je suis presque toujours obligé de commencer mon traitement par une saignée, sans quoi je crois qu'ils étoufferaient. En tout cas, le soulagement, au double point de vue de la dyspnée et de la souffrance, est si grand et si immédiat, que les malades m'en remercient chaleureusement. A quelques heures de là, j'applique des ventouses scarifiées sur le côté malade ; j'en renouvelle rapplicalion si besoin est; puis je prescris un h deiLX vésicatoircs au plus, et, au bout de douze à quinze jours, le pleurétique est guéri sans convalescence, pour ainsi dire. J'entends successivement le souffle et l'égophonie qui disparaissent, et, comme l'affîiire a été menée rondement, que les fausses mem-

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