TRAITER LE MALADE ET LA MALADIE. 59H
branes n'ont pas eu le temps de s'organiser, je n'ai pas h constater ces souffrances ultérieures dues aux tiraillements qu'elles font parfois ressentir. »
Cette pratique, qui est l'ancienne et la bonne, est la mienne. Si je ne saigne pas habituellement les pleurétiques de l'hôpital comme je le fais parfois en ville, c'est en raison ou de la faiblesse radicale de la population de ces asiles, ou de la date déjà reculée de leur affection ; au moins je leur fais appliquer des ventouses en nombre proportionné à l'intensité actuelle de leur pleurésie ; plus tard on leur met un ou plusieurs vésicatoires.
C'est là le traitement de la lésion locale, et en cela consiste seulement la médication quand la pleurésie est simple, c'està-dire franchement inflammatoire ; mais quand il y a complication bilieuse ou saburrale, qu'il y a de l'adynamie, ou, comme on disait autrefois, quand la fièvre est bilieuse, gastrique ou nerveuse, je modifie la médication en conséquence; c'est le traitement de l'état général.
Vous m'avez vu varier celui-ci suivant la constitution médicale régnante , comme aussi suivant la constitution de l'individu.
Par exemple, quand l'hiver est doux comme celui de cette année, que la température est celle des contrées méridionales, la constitution médicale est surtout bilieuse ou gastrique : la langue est sale et jaunâtre, la face jaune sans être ictériquc ; il y a de l'anorexie, de la dyspepsie, des nausées le malin ; la bouche est au moins mauvaise, le goût perverti, tout semble insipide ou amer; le ventre est ballonné, il y a de la constipation ou de la diarrhée. Dans ces cas, indépendamment des moyens locaux qui s'adressent à la lésion, je traite l'état général, en réalité primitif, par la médication éméto-cathartiquc : un vomitif d'abord, et c'est l'ipécacuanha, lequel prostré bien moins que le tarlrc stibié; puis des purgations légères et répétées, à l'aide d'un sel qui fatigue pou le malade, le sel de Seigneltc, à la dose de iO à 20 grammes au plus. S'il y a prostration, je prescris les toniques, le vin et le quinquina.
La rémillence dans la fièvre est quelquefois bien marquée et se trouve liée à l'étal de Tappareil digestif; c'est la fièvre rémittente gastrique d'autrefois : alors vous la combattrez victorieuse*
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ment par la médication éméto-cathartique. S'il n'y a pas d*élat saburral, le sulfate de quinine en triomphe.
Par cette méthode, qui s'inspire de tous les éléments morbides en action, qui ne considère pas dans le malade la lésion seulement, mais encore et surtout son état général, je n'ai jamais vu, si la maladie a été prise h son début, se former ces vastes épanche ments dont la résorption est impossible, et n'ai jamais dû recourir à la ponction de la poitrine, j'entends pour les pleurétiques que j'ai traités dès l'origine de leur maladie et comme je viens de le dire.
Môme quand l'épanchement est fait, et qu'il n'est pas trop considérable — que le malade a été traité par la glorieuse méthode du sinapisme et de la tisane sucrée — vous m'avez vu arrêter l'extension de l'épanchement et en obtenir la résorption, à L'aide de ventouses scarifiées et de vésicatoires. La ponction est alors loin d'être nécessaire encore et de l'être exclusivement. Nous en verrons bientôt l'unique et pressante indication, ou plutôt je vais vous la dire en quelques mots, que je développerai à loisir en les motivant dans une autre leçon : quand Vépanchement est considérable et que la fièvre est tombée^ la résorption est impossible, la ponction seule est de mise.
Voici quelques exemples empruntés à la pratique de la ville et à celle de l'hôpital :
Le il juillet dernier, j'étais appelé auprès d'une jeune dame de vingt-trois ans, qu'on me disait être très-malade depuis quelques heures. Dans la matinée, et à la suite d'un bain froid de vingt minutes de durée, elle avait été prise d'un frisson assez prolongé, avec mal de tête et nausées. Deux heures plus tard environ était survenu un point de côté ù la base droite de la poitrine, et l'anxiété respiratoire avait commencé. 11 y avait une petite toux sèche, peu fréquente, mais très-pénible. Comme cet ensemble de troubles ne faisait que s'accroUi:p, on était venu me chercher.
En effet, je trouvai la jeune dame en proie à une grande oppression avec fièvre très-vive. La respiration so faisait 40 fois par minute, et chaque inspiration, accompagnée d'un petit gémissement, était entravée par la douleur. Instinctivement, ia