‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 189 sur 254 · ÉPANCHEMENT SÉRBUX TRANSFORMÉ EN PURULENT · texte numérisé non relu

ÉPANCHEMENT SÉRBUX TRANSFORMÉ EN PURULENT

part, on n'est jamais sûr que l'épanchement ne se reproduira pas, pourquoi ne pas rester médecin ? et à quelle fin tenter une aventure chirurgicale dont le bénéfice n'est rien moins que certain et qui présente au contraire les chances mauvaises d'une opération quelle qu'elle soit?

Vainement citera-t-on des faits — et en tel nombre qu'on voudra — de guérison à la suite d'une seule ponction pratiquée quelques jours seulement après le début de la pleurésie; je ne vois dans ces cas heureux que des faits où la résorption aurait eu lieu par tout autre moyen que la ponction, et par un traitement médical ou la marche naturelle de la pleurésie. La guérison de la pleurésie s'est alors effectuée malgré l'opération.

Tandis que dans les cas incontestables où la transformation et l'aggravation de la maladie ont suivi la thoracocentèse, celle^^i seule est à incriminer.

En effet, la ponction capillaire dans la pleurésie aigu6, j'entends pendant qu'il y a fièvre et pour tirer de petites quantités de liquide seulement -^ alors que le médecin n'a pas la main forcée par l'abondance de l'épancbement — cette ponction estelle toujours innocente?

Hardiment je réponds non!

Irrationnelle en ce sens qu'elle ne combat qu'un effet de la pleurésie et reste impuissante contre l'acte sécrétoire ultérieur, elle est malfaisante en cet autre sens que la sécrétion, primitivement séreuse, peut changer, et change souvent de nature, pour devenir purulente. Que s'est-il passé? En quoi la perforation par le trocart, même capillaire, de la plèvre enflammée, a-t-elle pu modifier à ce point l'acte inflammatoire, que celui-ci change de type et fasse du pus au lieu de faire de la sérosité? L'hypothèse la plus vraisemblable me semble être la suivante :

La phlegmasie d'une membrane séreuse quelconque a pour condition primordiale, nécessaire, obligatoire, une hypérémie. Or cette hypérémie passe d'autant plus volontiers au mode hypercrinique que la fonction physiologique de la séreuse est de sécréter de la sérosité. En conséquence, Thypérémie inflammatoire n'est que l'exagération de l'hypérémie nécessaire à toute sécrétion; d'où il suit qu'on n'a au fond, dans l'inflammation d'une séreuse» qu'une

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hypérémie sécrétoire pathologique ou exagérée, au lieu d'ane hypérémie sécrétoire physiologique, c'est-à-dire enfin une sécrétion exagérée, au lieu d'une sécrétion normale limitée à de certaines proportions.

Le but du médecin devrait donc être de combattre, pour la diminuer, cette hypérémie inflammatoire ou exagérément sécrétante, et cela par les antiphlogistiques, les révulsifs et les dérivatifs. Mais s'il soutire le liquide exsudé sans rien faire contre Thypérémie, il laisse celle-ci en l'état, de sorte que les vaisseaux hjrpérémiés sécrètent à nouveau et que la sérosité sera d'autant plus riche en éléments figurés, c'est-à-dire en leucocytes, que les vaisseaux seront épuisés davantage ; et il adviendra pour la plèvre hypérémiée physiologiquement à la suite de ces traites successives ce qu'il advient pour la mamelle hypérémiée physiologiquement dans le cours môme de l'acte sécrétoire physiologique. En effet, si l'on met à part les divers produits que l'on obtient successivement dans une même traite, on voit que les derniers produits obtenus sont infiniment plus riches en globules de graisse que les premiers produits, qui sont beaucoup plus riches en eau. Au lieu de la sécrétion physiologique du lait par la mamelle, sup* posez la sécrétion pathologique de la sérosité par la plèvre enflanmiée, vous comprendrez que les dernières traites obtenues des vaisseaux pleuraux épuisés par la ponction soient également plus riches en leucocytes.

Au fond le phénomène me parait analogue, sinon identique.

Ou bien encore, et la chose a peut-être une analogie plus prochaine, il se passe, pour la plèvre hypérémiée par la phlogose et morbidement sécrétante, ce qui s'accomplit dans la mamelle graduellement épuisée par une lactation prolongée : le lait, dans ce cas, devient de plus en plus riche en globules de graisse ; seulement pour la plèvre malade, qu'épuisent ces traites chirurgicales, ce sont des globules de pus qui abondent de plus en plus dans le produit de sécrétion.

Quoi qu'il en soit de la comparaison, les faits sont là qui révèlent, dans un nombre notable de cas, cette succession de phénomènes : pleurésie aiguB séreuse, ponction de la plèvre, pleurésie devenue purulente.

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