‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 195 sur 254 · KAIBLE FONCTIONNEMENT DES SOMMETS · texte numérisé non relu

KAIBLE FONCTIONNEMENT DES SOMMETS

quelques.-uncs des divisions bronchiques, et précisément dans celles des lobes supérieurs.

En effet, l'examen le plus simple du squelette des bronches (tig. 40) fait voir que l'air s'engouffre avec une très-grande facilité dans la bronche secondaire qui dessert le lobe inférieur gauche, cette bronche continuant à peu près la direction de la

ric. 40. (Cettt flffnrt etl rapruBtée h VÀtlaâ d^0iuttomiê de HatM, pi. XLVItI, flg 7.)

bronche primitive B , et la voie parcourue par l'air se trouvant ainsi être sensiblement restée la même.

Combien les choses sont différentes pour la bronche B' qui dessert le lobe supérieur! Ici toutes les directions sont renversées. Et

ê0g» LA PNEUMONIE DU SOMUET.

d'abord, vous remarquerez que la bronche secondaire B' qui se rend au lobe supérieur, à droite comme à gauche, naît à angle droit de la bronche maîtresse B ; que les rameaux qu'elle fournit ea B' au sommet du lobe supérieur sont dirigés verticalement, de façon que Tair y circule en sens absolument opposé à celui qu'il suivait dans la trachée<artère T ; qu'il est de ces rameaux où la direction de l'air est complètement différente de la voie parcourue dans la bronche maîtresse ; et qu'enfin dans certains ramuscules l'air a deux fois au moins changé sa direction primitive, ainsi que l'indiquent très-bien les flèches de la figure 40.

En vain objecterait-on que cela n'est pas d'importance ; que l'air, obéissant à la loi d'expansion des gaz, chemine avec une égale facilité dans toutes les voies qui lui sont offertes ; car il est bien évident que, toutes choses égales d'ailleurs, il pénétrera le plus facilement et le plus vite dans les lieux où la voie d'arrivée est le plus directe, le moins sinueuse et le moins rétrograde ; ce qui n'est pas le cas des lobes supérieurs et surtout du sommet de ces lobés.

A côté de ces obstacles mécaniques à la pénétration de l'air au sommet des poumons, s'en ajoute un autre tout physique, la pesanteur. En effet, l'air inspiré est, dans les conditions normales de la respiration, plus froid que l'air resté dans les poumons ; il est ainsi plus pesant ; il a donc moins de tendance à se diriger en haut qu'en bas des voies respiratoires.

Enfin Vexpértence suivante que je fais devant vous, et que vous pouvez répéter facilement et à loisir, vous démontrera directement, mieux par conséquent que tous les raisonnements, la proposition fondamentale que je développe, à savoir : la faible activité fonctionnelle des lobes supérieurs, et surtout des sommets de ces lobes.

Après avoir dénudé la trachée-artère de ce lapin, je divise transversalement ce conduit, je lie le bout inférieur sur un tube à insufflation et j'ouvre rapidement la poitrine ; le sternum et la partie antérieure des côtes étant enlevés, les poumons s'affaissent aussitôt par le fait de la pression atmosphérique, et toute respiration cosse ; bien que les poumons soient encore aussi vivants ffue possible. Dans ces conditions, et ceux-ci étant toujours con-

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tenus dans ce qui reste de la cage thoracique, si je pratique Tinsufflation de manière à simuler la respiration, voici ce que vous voyez :

i" Ze déplissement pubnonaùe s' effectue de la base au sommet; ce qui est d'accord avec ce que nous venons de voir de la direction des conduits bronchiques ;

2" Le dépUssement pulmmxaire est toujours maximum à la base.

Maintenant si nous analysons attentivement chacun de ces phénomènes concordants, voici ce que nous constatons : dans une insufflation modérée, correspondant à une inspiration peu profonde, les poumons ne se dilatent pas seulement de la base aux parties supérieures, mais^encore il arrive que quelques portions des sommets ne se dilatent aucunement, il y a donc, dans les respirations ordinaires, des vésicules du sommet qui restent sans emploi.

Dans une insufflation plus considérable, on voit ces parties des sommets, tout à l'heure immobiles, se déplisser enfin et se remplir d'air. Il faut donc de grandes inspirations pour utiliser toutes les vésicules pulmonaires.

Enfln pour dilater au maximum ces mêmes vésicules du sommet, il faut pratiquer une très- vigoureuse insufflation, et alors vous observez, comme chez le lapin sur lequel nous expérimentons, que les bases pulmonaires sont distendues au point d'en être presque emphysémateuses.

Ehh\en,Vanatomie pathologique est ici d'accord avec les déductions anatomiques que je viens d'exposer comme avec l'expérience que je viens de faire ; c'est, en efl'et, aux bases pulmonaires et au bord tranchant de ces bases, que l'emphysème vésiculaire s'observe d'abord et au maximum. « Quel que soit, dit Louis, le degré de l'emphysème, la dilatation des vésicules pulmonaires n'est pas uniforme, et c'est toujours au bord tranchant du poumon que j'ai trouvé cette dilatation à son maximum. — Le bord tranchant des poumons est tellement la partie de ces organes dont les cellules ont le plus de tendance à la dilatation, que quand cette dilatation a atteint ses limites, quand les cellules sont déchirées et forment des espèces d'appendices, c'est encore le lonfr An b^rd tranchant que r^la a lieu, soit antérieurement,

soit à la base des poumons (1). » Et l'observation de Louis chez rhomme concorde avec celle de Delafond sur les animaux; c'est-à-dire que ce qui peut se dilater à s'en rompre, ce sont les vésicules qui fonctionnent le plus et le plus énergiquement, celles des bases.

De tout ceci il résulte que les inspirations ordinaires ne déplissent pas les poumons dans leur totalité ; qu'il est des portions de ces organes qui restent aloi's dans un repos relatif et même absolu ; que ces portions sont situées dans les lobes supérieurs et au sommet de ces lobes ; que ceux-ci ne sont mis en réquisition que dans les grands besoins de l'organisme, quand il faut fournir dans un temps donné la plus grande somme d'hématose ; qu'ils sont ainsi ce que j'appelle des lobes auxiliaires ou de renfort.

Mais de ce que, dans les conditions ordinaires delà respiration, ces parties du*-poumon se trouvent dans un état d'inertie relative ou absolue, il en découle des conséquences assez inattendues, et qu'il faut que je vous signale :

Nous avons vu que, pour des raisons toutes mécaniques (la direction rétrograde des rameaux et ramuscules bronchiques), pour des raisons purement physiques (la pesanteur), l'air inspiré pénètre plus difficilement au sommet qu'à la base du conoïde pulmonaire ; mais ce qui est vrai de l'entrée de l'air est également vrai de sa sortie ; en conséquence l'air contenu dans les lobules supérieurs éprouve mécaniquement et physiquement les mêmes obstacles pour sortir — mécaniquement, cela va de soi — physiquement aussi, car, étant plus chaud, il a d'autant moins de tendance à descendre. 11 y a donc stagnation relative des gaz aux sommets pulmonaires.

Mais l'endosmose et l'exosmose des gaz étant proportionnelles à la différence de leur composition ainsi qu'à la facilité de leur mélange, l'air contenu dans les vésicules des sommets pulmonaires étant moins mélangé, sera moins endosmotique et plus riche ainsi en acide carbonique ; par conséquent l'hématose sera

(1) P.-Ch.-A. Louis, Emphysème dts poiitwoiw, dans ÙkUwnain de médecine, en 30 volumes, t. XI, p. 84i.

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