LOT DES VIEILURDS, DES IVROGNES ET DES CACHECTIQUES
moins active dans les réseaux vasculaires des sommets, et ceux-ci perdront moins de leur acide carbonique dissous.
Or, comme la nutrition des parois des vésicules s'effectue en grande partie, sinon en totalité, par les réseaux capillaires du système de l'artère pulmonaire , la nutrition des vésicules du sommet des poumons sera d'autant moins active et moins parfaite que le sang qui les nourrit sera moins hématose. D'où résulte la moindre vitalité des vésicules du sommet, et par suite leur moindre résistance à la tuberculisation au cas de tuberculose, comme leur inQammation plus facile au cas de caducité par le fait des ans, des excès ou des passions.
Ces prémisses-étant posées, vous allez comprendre désormais, je l'espère, ce qu'on a dit, et dit justement, mais sans l'interpréter comme je le fais, de la gravité de la pneumonie du sommet en général, puis de la gravité de la pneumonie che2 les vieillards, comme enfin de sa gravité chez les ivrognes et les cachectiques.
Mais, avant d'aborder cette importante partie de mon sujet, laissez-moi vous parler encore de quelques malades de nos salles.
Au n* i2 de la salle Saint-Paul, est entré, le 25 janvier, un homme de cinquante-neuf ans, malade depuis quatre jours. Cet homme toussait beaucoup ; l'exploration de la poitrine nous lit reconnaître, au niveau du sommet droit, une matité notable, avec un souffle intense, presque caverneux, et des râles comme gargouillants. L'expectoration, peu abondante, était manifestement purulente. L'ensemble de ces symptômes pouvait faire songer à l'existence d'une caverne; cependant il y avait là quelque chose d'insolite. Ce malade répondait avec insistance, h nos questions réitérées, qu'il n'était malade que depuis quatre jours et qu'auparavant il n'avait jamais toussé. De plus, j'avais été frappé de l'aspect caractéristique de cet homme; ses yeux hagards, sa parole saccadée, démontraient qu'il était évidemment nerveux ; mais la forme délirante de l'affection, le tremblement des mains, me conduisaient à penser que ce n'était pas là un nervosisme constitutionnel, mais un nervosisme alcoolique. Rapprochant re fait du caractère spécial de la phlegmasie pulmo-
lot LA PNEUMONIE DU SOMMET.
ûâire, je réserval mon diagnostic, tout en vous disant que c'était vraisemblablement là une pneumonie du sommet chex un ivrogne ; et cela malgré l'absence des crachats caractéristiques de la pneumonie.
D'ailleurs la température, qui était le soir de l'entrée de 40», 2, descendit le lendemain matin à 39^,6, le lendemain soir à SO-jS ; et cependant les signes physiques restaient absolument les mêmes. Déjà ce n'était pas là chose naturelle ; mais la marche de la température allait devenir bien plus insolite encore ; ainsi, le soir du troisième jour après l'entrée du malade à l'hôpital, cette température n'était plus que de 35^,6, c'est-à-dire qu'elle était descendue au-dessous de la normale ; le lendemain, la mort n'en survenait pas mohis. Enfin ce malade était bien réellement alcoolique ; les aveux de sa femme vinrent confirmer mon h3rpothèse sur ce point.
Ce devait donc être là une pneumonie suppurée du sommet, on a donné pour caractère à cette suppuration du poumon le rejet des crachats ju$ de pruneau; or le malade dont je vous parle n'a jamais expectoré que des crachats purulents, nsseï rares, je le répète ; et cependant, à l'autopsie, nous avons trouvé, suivant notre attente, une hépatisation grise du lobe supérieur du poumon, sans mélange aucun de granulations tuberculeuses.
Ceci m'amène à vous parler du malade qui occupe aujourd'hui le m S3 de la salle Saint-Paul. Je vous ai dit comment j*avais été amené à voir en cet homme un alcoolique, et chez cet alcoolique une manifestation intestinale fébrile, résultant de cette habitude parisienne qu'ont les ouvriers de « faire le lundi », habitude qui n'est pas sans influence sur leur santé actuelle et sur leur santé future. C'est ainsi que je diagnostiquai deux maladies : d'abord un catarrhe gastro-intestinal fébrile, ensuite un alcoolisme invétéré, au sujet duquel je réserval mon pronostic, y voyant une cause de prédisposition à d'autres affections aiguës ou chroniques.
En effet, hier matin, cet homme crachait du sang : vous l'avez entendu me dire ce matin comment, dans la nuit de dimanche à lundi, il avait été pris de Mssons et comment, à la suite, Il avait expectoré les quelques gnimeanx de sang qui Tinquiétaienl