LOT DES VIEILLARDS, DES IVROGNES ET DBS CACHECTIQUES
et que nous trouvions mêlés à de véritables crachats péripneumoniques, visqueux, adhérents au vase et offrant la teinte du sucre d*orge. J'explorai aussitôt la poitrine et je trouvai au sommet droit, d'abord de la matité, puis un souffle intense, tellement intense, que je ne pus songer qu'à une hépatîsation, qui s'était produite en l'espace de quelques heures. Remarquez, messieurs, combien cette marche avait été rapide; remarquez aussi quel était le siège de la phlegmasie.
La marche avait été des plus rapides, on n'en pouvait douter. La veille, le malade avait été ausculté par le chef de clinique ; il l'avait été ensuite par des élèves aussi instruits que zélés; je l'avais enfin ausculté moi-môme avec soin. S'il y avait eu à ce moment quelque chose au poumon, les signes physiques n*auraient guère pu échapper à notre examen successif. Je le répèle donc, le développement de Taffection avait été d'une exceptionnelle rapidité.
Ce matin, on trouve en arrière une matité qui embrasse presque la moitié supérieure du poumon ; le souffle en ce point est intense à faire presque croire à l'existence d'une caverne, et la bronchophonie est en rapport avec le souffle; je dirais volontiers que c'est une bronchophonie peu commune ; ce qui vous laisse à juger h quel degré doit être portée l'hépatisatioii. En avant, il y a également de la matité, arec une crépitation abondante, accompagnée d'un bruit de souffle lointain. 11 y a donc hépatîsation du lobe supérieur du poumon droit.
Il était indispensable, ces choses constatées, de voir ce qu'était l'état général. Or le malade a du délire la nuit depuis qu'il est entré à l'hôpital; il est surtout « tourmenté par des diablotins »; c'est bien là ce qui arrive généralement chez les alcooliques eu proie à une affection fébrile. Ce n'est donc pas par hasard que cet homme a une pneumonie ; il a une pneumonie, comme il a eu une gastro-entérite fébrile, parce que l'altération de son organisme le prédispose aux phlegmasies. Le cas est donc grave, et d'autant plus grave qu'il s'ajoute aux symptômes de la phlegmasie pulmonaire un état adynamique inquiétant.
Je pourrais vous citer bien d'autres cas do ce genre. Dans les premiers temps de mon entrée en fonction dans ce service, un homme de soixante-quatorze ans venait occuper également un
des lits de la salle Saint-Paul, pour une pneumooie des plus étendues, avec prédominance de signes physiques au sommet. Cela se passait le 46 novembre 1868; le i7, je voyais le malade et je vous signalais la gravité de son cas; le 18, il était mort. Il était atteint depuis quatre jours à peine lors de son entrée ; il a donc succombé en six jours. La pneumonie était caractérisée chez lui par une matité considérable et un souffle très-intense, avec une adynamie telle, que tous mes efforts pour le relever restèrent impuissants. L'autopsie révéla une hépatUation grue de tout le poumon gauche, avec une purulence surtout évidente au sommet.
Sans entrer dans une énumération fastidieuse autant qu'elle est navrante, je dois vous parler encore du cas du malade autrefois couché au n° 26.
C'était un homme de soixante aas et c*était de plus un ivrogne impénitent; il ne se grisait jamais moins de trois ou quatre fois par mois, sans parler de ce qu'il pouvait boire quotidiennement. Quatre jours avant d'entrer à l'hôpital, il éprouva un certain malaise, sans frissons d'ailleurs, ni point de côté. Ce malaise l'obligea à garder la chambre, et comme enfin l'état de ses finances ne lui permettait pas de se soigner chez lui, il se détermina à venir à l'hôpital.
Le soir même de son entrée, il fut vu par deux médecins fort distingués, MM. Gouraud et Quertier, qui ne lui trouvèrent rien de bien net, tout en soupçonnant cependant une pneumonie du sommet. Le malade avait de la fièvre ; à l'auscultation, on percevait des râles de bronchite dans toute l'étendue des deux poumons ; à la percussion, un peu de submatité au sommet droit ; enfin l'expectoration, assez visqueuse, était à peine safranée. Ces messieurs diagnostiquèrent une bronchite, et vraiment ils ne pouvaient guère mieux faire : j'insiste sur ce point; vous en verrez tout à l'heure la raison.
Le lendemain, à la visite du matin, en arrivant au lit du malade, je lui trouvai le pouls fréquent, la peau chaude et sèche ; ce qui, joint à la prostration qu'indiquait le décubitus, me fit dire : oCe malade doit avoir une pneumonie du sommet. » Je le fis asseoir; et, servi par lo hasard, je percutai tout fraboni le s^>miuet droit...