‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 202 sur 254 · SAIGNÉE £T PNEUMONIE · texte numérisé non relu

SAIGNÉE £T PNEUMONIE

le suffoquait; en effet, il respirait soixante-huit fois par minute. D'ailleurs le pouls battait de 128 à 132 fois dans le môme temps.

Il y avait ainsi disproportion évidente entre les mouvements respiratoires et les contractions cardiaques ; puisque le rapport entre ceux-là et celles-ci était presque de 1 à 2 au lieu d'être de 1 à 4, comme il est ordinaire. Le malade, couché sur le côté gauche, était plongé dans une somnolence de mauvais augure, dont nos questions le tiraient à grand'peine. La dyspnée était donc excessive et le péril imminent.

D'un autre côté, on constatait l'existence d'un œdème pâle et non douloureux des malléoles et des paupières de l'œil gauche, surtout de la paupière supérieure. Le malade était-il albuminurique ?

Se trouvait-on, par hasard, en présence d'une anasarque scarlatineuse , anasarque consécutive à une de ces scarlatines que laissent méconnues le peu d'intensité des symptômes et l'absence de rougeur à la peau? Mais le malade aurait eu, au moins antérieurement, du mal de gorge et actuellement sa langue aurait présenté cet aspect lisse qui résulte de la desquamation de l'épithélium. 11 importait donc de savoir si les urines étaient albumineuses.

Le diagnostic absolu, pathogénique, était, comme vous voyez, assez difficile jusque-là.

Mais si cette partie du problème clinique restait indécise, il n'y avait pas à hésiter quant à l'état grave des fonctions respiratoires. Je dis des fonctions ei non des organes^ du côté desquels on observait seulement d'abord une diminution générale de la sonorité thoracique, avec submatité plus prononcée vers les bases, et un affaiblissement du murmure raspiratoire. Cependant, à force d'investigation, je trouvai au niveau de la région mamelonnaire gauche quelques bulles de râle quasi-crépitant sur une étendue telle que l'oreille la pouvait recouvrir.

Il y avait disproportion évidente entre ces signes et le trouble énorme de la respiration. De sorte qu'on pouvait se demander, en voyant la suffusion œdémateuse des paupières et des extrémités inférieures, s'il n'y avait pas aussi un œdème pulmonaire, œdème assez peu ancien pour n'avoir pas encore donné naissance

71C LIS PNBUMONIQUIS.

à des râles ; ou bien si ce n'était pas là une congestion pulmonairt assez étendue pour supprimer déjà le champ de l'hématose, bien qu'assez récente pour ne pas avoir déterminé encore la pluie de râles caractéristiques. G'est à cette dernière opinion que je m'ar* rêtai, me fondant sur ce que cet individu paraissait à peine malade la veille, et sur ce que son crachoir contenait quelques crachats sanglants et non visqueux. Mon diagnostic fut donc : congestion pulmonaire généralisée, caractérisée par ime dyspnée asphyxique et par des crachats sanglants non pneumoniques.

Mais alors quel traitement mettre en œuvre au profit de ce malade qui allait périr ainsi étouffé ? Le traitement? il était parfaitement indiqué : c'était la saignée; et, si vous m'avez vu perplexe durant quelques secondes, c'est en raison de l'aspect peu brillant du malade, lequel semblait être celui d'un albuminurique ; mais lorsqu'il me fut démontré que les urines ne contenaient pas d'albumine, mon hésitation si courte ce^^. Et d'ailleurs la congestion pulmonaire eût-elle été d'origine albominurique, et associée à un peu d'œdème des bases, que j'étais décidé à passer outre et à saigner quand même, sachant par expérience (je vous le dirai dans d'autres conférences à propos de Véclampsie urinémique) la merveilleuse utilité de la saignée en pareille circonstance- Un des internes actuels de la Pitié, que la saignée sauva ainsi, en est un survivant témoignage. Je prescrivis donc une saignée de quatre palettes, sans me laisser arrêter davantage par l'habitude du malade qui trahissait la faiblesse et l'anémie.

La saignée faite, je vous invitai à venir avec moi en constater les résultats immédiats.

En arrivant vers le malade, nous le trouvâmes s'endormant ; le jeu dyspnéique des narines avait cessé. Le malade était donc mieux. Et, en effet, le pouls était à 108, la respiration à 48 : c'està-dire que sa fréquence avait brusquement diminué d'un tiers et cela en moins de cinq minutes. Ainsi l'amélioration était évidente au point de vue de la respiration ; j'ai le regret de n'avoir pas fait prendre la température avant et après la saignée, mais les accidents étaient trop pressants. Or la décroissance de la chaleur est la règle en pareil cas. L'observation d'autrui est assez

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