SAIGNÉE ET PNEUMONIE
concluante sur ce point pour que tous puissiez me croire sur parole.
Ce n'est pas tout ; le malade interrogé répondit « qu'il se trouvait beaucoup mieux ; qu'il souffrait moins et respirait plus facilement. » Il ne demandait qu'une chose, c'était qu'on le laissât dormir, et il s'endormit bientôt d*un sommeil paisible.
Voici d'ailleurs ce qu'il racontait maintenant que l'angoisse aspbyxique était dissipée : trois jours auparavant, le dimanche, ses jambes avaient été un peu enflées; puis il avait été pris subitement mardi de ses accidents pulmonaires. Aujourd'hui jeudi, un peu mieux éclairé par la marche des accidents et par la méditation à leur sujet, je l'ai interrogé sous une autre forme, et il m'a dit avoir éprouvé de la douleur dimanche en même temps qu'il remarquait l'œdème au voisinage des malléoles. Je me gardais bien de prononcer le mot de rhumatisme quand, spontanément, il me dit qu'il était entré le 13 du mois dernier à l'hôpital Beaujon pour un rhumatisme articulaire. Les symptômes ayant été bénins, il voulut sortir trop tôt et c'est ainsi qu'il éprouva des accidents rhumatismaux d'un autre ordre. Voilà donc comment, après une manifestation bénigne du côté des membres inférieurs, il a été en proie aux angoisses d'une fluxion rhumatismale sur le poumon.
Pour continuer l'action bienfaisante de la saignée, je prescrivis l'application de douze ventouses scarifiées, à pratiquer dans la matinée.
Le soir, l'oppression était redevenue assez vive pour que M. Duguet, mon chef de clinique, fît appliquer immédiatement vingt ventouses sèches sur la poitrine. En même temps cet habile clinicien constatait du souffle bronchique, non-seulement aux points où le matin s'entendaient quelques râles crépitants douteux, mais aussi jusque vers la clavicule. Il y avait de la matité dans la région mamelonnaire. Le pouls était à 108 , la respiration à 48 et la température de 4i*,4. Le sang de la saignée était peu couenneux.
Voici maintenant l'état actuel des choses. Ce matin, jeudi, le pouls est à 88 pulsations et la température à 38 degrés ; mais, si nous examinons l'appareil respiratoire, nous constatons un dés-
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accord formel et des plus remarquables entre la lésion et la maladie. On trouve d'abord, à la base gauche, une matité assez étendue, de forme parabolique ; et, comme le malade est resté couché toute la nuit sur le côté gauche, cette matité est bornée exactement à la face externe gauche du thorax (1).
Dans la moitié inférieure de cette matité, il y a abolition du murmure respiratoire ; plus haut et sur une ligne concentrique à celle qui limite la matité parabolique, on entend de la broachoégophonie ; plus haut encore, sur un point restreint, près du mamelon, de la bronchophonie et circonférentiellement de la crépitation.
Enfin la percussion fait reconnaître un bruit skodique type au niveau de la région sous-clavière.
Il y a donc, sous le mamelon et sur une étendue peu considérable, de rhépatisation pulmonaire ; de plus, la matité du côté gauche dénote la présence d'un épanchement et nous conduit à affirmer que quelques points de la plèvre se sont enflammés par propagation. Le liquide séro-fibrineux, épanché en quantité assez peu considérable, donne cependant une matité assez étendue, parce qu'il s'est épanché horizontalement (ce malade étant couché sur le côté) dans la gouttière costale. Je me suis assez appesanti sur le mode de production de la courbe de Damoiseau pour n'avoir pas besoin d'insister sur ce point ; et c'est là un fait de plus en faveur des idées de cet observateur sagace.
Maintenant, pourquoi n'y aurait-il pas une hépatisation dans toute l'étendue où l'on entend la matité? C'est qu'avec une matité pareille nous aurions un soufQe et une bronchophonie des plus intenses, là où, au contraire, nous constatons un silence absolu.
De plus, il y aurait une expectoration caractéristique qui fait presque absolument défaut, il n'y a qu'un crachat un peu visqueux dans le crachoir.
Notez que cet individu avait en ce même point, où l'on entend du souffle aujourd'hui, quelques bulles crépitantes seulement : ce matin, outre le souffle, il a encore l'épanchementdont je vous
(i) Voir, plus haut, la leçon sur la Pleurésie, p. 524.