FAUX RAISONNEMENTS THÉORIQUES
ai parié. Eh bien, la lésion s'éiant ainsi accrue, cet indiridu qui asphyxiait hier matin, qui hier soir encore avait 4i^,4, cet individu n'est presque plus malade, il n'a que 37",8, et, pour un peu, il demanderait à s'en aller.
Or, messieurs, je ne pense pas que je doive me repentir de l'avoir saigné. Il n'est pas douteux pour moi, ni, je l'espère, pour vous, que ce jeune homme s'en allait rapidement de vie à trépas par le fait d'une asphyxie rapidement croissante.
Que si maintenant nous essayons de tirer de ce fait sa conséquence pratique, nous dirons qu'il est des cas où le médecin le plus temporisateur a la main forcée par l'urgence et qu'il ne faut ni prescrire ni proscrire la saignée d'une façon aussi absolue qu'on l'a fait naguère et aujourd'hui.
Chose étrange, dans ces derniers temps, et au nom de la physiologie pathologique mal interprétée et partant compromise, invoquant le raisonnement là où l'observation avait seule droit d'intervenir, on [a dit qu'il était étonnant que Vinutilîté de la saignée dans la pneumonie ne fût pas dès longtemps démontrée. Et l'argumentation théoricienne a porté sur la lésion et sur le malade; c'est-à-dire qu'on a raisonné analy tiquement là où l'analyse était impossible.
Au point de vue de la lésion^ on a dit que celle-ci consistait dans une exsudation albumine fibrineuse solidifiée dans le poumon, et que le but à atteindre était la résorption de l'exsudat. Or, toujours dans cette manière de raisonner, la résorption ne peut avoir lieu qu'après liquéfaction préalable, et la liquéfaction . ne peut s'opérer qu'à l'aide d'une exhalation séreuse fournie par les vaisseaux de la partie enflammée. Enfin il faut de toute nécessité un certain temps, assez long, pour que toutes ces choses s'accomplissent. Et, dans tout cela, on ne voit guère — toujours au point de vue du raisonnement — un rôle utile pour la saignée.
Cependant on veut bien admettre que la saignée, en diminuant la masse du sang en circulation, augmente par cela même la force d'absorption et par suite peut activer la résorption de l'exsudation. A ce seul titre, la saignée pourrait être utile dans la pneumonie. L'argument d'hydraulique invoqué en faveur de la
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saignée n'est vraiment pas très-heureux; car, en admettant avec Valentin que la masse du sang d'un homme adulte soit d'enviroo i% kilogrammes, une saignée de 500 grammes diminuant d'un yingt-quatrième la masse du liquide en circulation, n'augmenta que d'un vingt-quatrième la force de résorption des vaisseaux pulmonaires : ce qui est un assez mince résultat. Ou bien encore on pourrait dire, toujours dans cette manière de voir que je combats, que la masse du liquide sanguin qui circule étant diminuée d'un vingt-quatrième, l'apport morbide au poumon est diminué d'un vingt-quatrième : ce qui doit produire, si l'arithmétique n'est pas une vaine science ni la logique un vain moi^ un vingt-quatrième de mieux-ôtre matériel. Or, je le demande i tous ceux qui ont observé un pneumonique après une saignéa faite d'une certaine façon que je dirai tout à l'heure, est-ce un aussi piètre résultat qui a été obtenu? Bien au contraire de cette fraction de mieux-être, et de mieux-être nécessairement tardifs que la théorie hydraulico-physiologique permet d'induire, il y a un bien-être absolu, immédiat. La douleur a diminué ou disparu, la dyspnée a subi les mêmes modifications et la fièvre est moindre en même temps que le pouls moins fréquent, et la température moins élevée. Tel était notre malade, tels ils sont tous après la saignée, en pareil cas.
Mais d'ailleurs est-ce bien de la résorption d'un exsudât pulmonaire qu'il s'agit ici? Et est-ce cette résorption que se proposaient d'obtenir ceux qui, pour la première fois, saignèrent dans la pneumonie ? Eux qui ignoraient non-seulement l'existence de cet exsudât, mais à fortiori son siège et sa nature ; qui ignoraient souvent la nature même de l'inflammation. Mais ce qu'ils sa^ vaient de science certaine, c'est qu'il y avait là une maladie inflammatoire j caractérisée par de la fièvre, de la douleur de côté, de la dyspnée ; que cette maladie siégeait à coup sûr dans la poi* trine et que (peut-être?) c'était le poumon qui était affecté ; — car ils ne pouvaient affirmer qu'il y eût pneumonie qu'après avoir constaté l'expectoration. Et ils saignaient pour combattre la maladie inflammatoire, parce qu'ilssavaient qu'immédiatement après une hémorrhagie la fièvre était toujours moindre et le mieux* être considérable; qu'une détente générale s'opérait, souvent
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suivie d'une sueur bienfaisante — et tout cela immédiatement. Et ils savaient encore que ces résultats étaient accompagnés, dans le cas de pneumonie, d'une douleur moindre et d'une moindre dyspnée. Et c'est pour arriver h ces fins qu'ils saignaient, mais non point pour obtenir ta résorption d'un exsudât qui n'existe pas encore alors que la fièvre est le plus véhémente, et qui persiste après la cessation de celle-ci, produit plus ou moins tardif de la fièvre ; eflet et non point cause; lésion et non point maladie.
Ils savaient aussi qu'une saignée à large ouverture soulage le mieux et le plus vite, et, depuis Arétée, ils faisaient un précepte formel d'ouvrir largement la veine; la saignée n'agissant pas seulement par la spoliation de l'organisme, mais aussi par la façon dont celle-ci est faite. Or, au point de vue de l'hydraulique, la fait est indifférent ; ce qui importe, c'est la quantité du liquide tirée. Mais au point de vue de la clinique, ce qui importe bien davantage, c'est la perturbation qu'on va produire, et plus rapide est la perte de sang, plus brusque est la perturbation, qui peut aller jusqu'à la syncope. Il n'y a pas là d'action directe exercée sur la maladie ni sur la lésion, il y a action indirecte. Ce qu'on a directement et immédiatement amoindri c'est la vitalité, dans cet être dont brusquement on a fait ainsi baisser le pouls, baisser la respiration, baisser la température ; et c'est indirectement, par l'amoindrissement momentané de sa vitalité, qu'on arrive à l'amoindrissement de sa maladie.
Ou encore, pour parler un langage plus précis et partant plus en rapport avec la science moderne, cette langueur relative, à plus forte raison cet état lipothymique créé par la saignée, qui se traduit par la pâleur de la face et celle des extrémités, ne produit cette pâleur que par un moindre afflux de sang dans ces régions, c'est-à-dire par une diminution du calibre vasculaire, c'est-à-dire enfin par une contracture des parois des petits vaisseaux ; et, comme l'effet de la saignée est général, la môme contracture se produit nécessairement du côté des petits vaisseaux du poumon. Il s'ensuit une double cause d'anémie pour l'organe enflammé ; car, d'une part, la contracture vasculaire ralentit le cours du sang (par résistance à l'ondée cardiaque : le cœur étant alors
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forcé de se contracter plus violemment le fait avec moins de fk*équence dans un temps donné), et, d'autre part, le calibre des petits vaisseaux pulmonaires est amoindri : ainsi, dans l'unité de temps, moins de sang lancé par le cœur entravé, et moins de sang péné* trant dans les petits vaisseaux contractures : c'est-à-dire, en d'autres termes, que la saignée coupe les vivres à t inflammation.
Vous verrez plus tard que le môme résultat est précisément réalisé par l'efTet nauséeux que produit l'émé tique, sans spoliation aucune : de part et d'autre, c'est par l'intermédiaire d'une action sur le système nerveux vasculaire qu'on a modifié tous les autres systèmes organiques.
D'ailleurs et quelle que soit la théorie, qui n'est ici que l'exposition même des faits, l'amélioration est aussi générale que rapide et incontestable après la saignée : seule chose qui nous intéresse. Et ce n'est pas sur la lésion, mais sur la maladie inflammatoire et par une modification de tout l'être, que la saignée exerce son action.
D'un autre côté, on a encore rejeté théoriquement la saignée au nom même du malade. Comme c'est lui qui doit payer les frais de la guerre, on a eu grande compassion du malheureux, et l'on a voulu ne pas l'appauvrir à l'avance par la saignée. Ici il y a encore plus qu'une erreur d'observation — ce qui suffirait contre, le raisonnement — il y a une erreur de logique. Le malade n'est-il pas bien autrement affaibli, bien autrement appauvri dans tout son être et par suite dans tout son sang, par la longue persistance de sa fièvre et l'intensité de celle-ci, par la longue persistance de sa douleur et de son insomnie, par la persistance et l'aggravation du trouble de son hématose et de celui de toutes ses fonctions, par l'anorexie et l'inanition, bien autrement affaibli et appauvri, dis-je, qu'il ne l'est par une saignée — qu'on pourra répéter une fois encore au besoin ? Cette perte de sang qui le soulage, qui le mène au bien par le mieux, et de la façon que j'ai essayé d'indiquer, il la réparera plus tard et bien vite à l'aide des aliments.
Il ne faut cependant pas, par une compassion aussi touchante qu'elle est inopportune, et en vue de la réparation future, trop économiser le sang dans le présent ; et parce qu'on a qualifié la