‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 212 sur 254 · ENCORE LE RHUMATISME · texte numérisé non relu

ENCORE LE RHUMATISME

quotidien de préférence, ou encore le type tierce. Ici nous voyons la fièvre revenir : au bout de trente-six heures la première fois, de quarante-huit heures la seconde. Cela constitue encore une différence quant au type ; dans la fièvre intermittente, les accès vont croissant d'intensité et se rapprochant ; c'est tout le contraire que nous observons ici.

Ce que nous constatons encore de très-curieux chez notre malade, c'est une diarrhée que rien ne peut arrêter, en même temps que l'absence complète de sueur. Mais, me direz-vous, c'est quelque chose d'assez étrange qu'un rhumatisant qui n'a pas de sueur! C'est étrange en effet, mais que voulez-vous que j'y fasse ? Il a des sueurs du côté de l'intestin ; et j'ose même dire que le premier jour il a sué par son tissu cellulaire, car c'est ainsi que j'explique l'œdème des extrémités inférieures qu'il présentait alors. Vous avez vu quelque chose d'analogue chez ce gros homme du n* iO qui, entré ici pour un rhumatisme sans grandes douleurs articulaires, présentait un œdème considérable, œdème qui a subitement disparu en même temps que survenaient des sueurs abondantes.

En résumé, je vous dirai : Le rhumatisme est une maladie qui détermine volontiers l'hypercrinie; peu importe d'ailleurs qu'elle se fasse par les follicules muqueux ou par les glandes sudoripares ; pourvu qu'elle se fasse.

Eh bien! chez nos deux malades l'hypercrinie s'est d'abord produite du côté du tissu cellulaire ; puis chez l'un l'œdème a disparu pour faire place à la sueur; chez l'autre, au bout de vingt-quatre heures de séjour à l'hôpital, nous avons vu du même coup disparaître l'œdème et apparaître la diarrhée.

Cette diarrhée, sur laquelle j'appelle toute votre attention, est très-abondante; elle n'est pas précédée de coliques, ni colorée par le sang, ni accompagnée d'épreintes ; c'est bien une vraie sueur intestinale, et non cette dysenterie rhumatismale de Stoll si pénible, si douloureuse. Ce qu'il y a encore de curieux, c*est que, tout autant pour votre instruction que pour ma satisfaction personnelle, j'ai tout fait pour chercher à arrêter cette diarrhée et que mes efforts sont restés parfaitement infructueux.

Maintenant ce liquide est absolument séreux ; sa fluidité est PCTER. — CWn. méd. i. — ♦•

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remarquable aussi bien que sa fétidité ; i) p$t enfla trJit-a^QQ^Ant, et cependant le malade n'est pas autrement incommocJé de c^ llux sj tenace et $| copieux. Seulement il a maigri depuis ipî^ entrée, et est un peu prostré.

Ainsi, piessieurs, nous sommes ei; présence d'u^ individi^ qi^l a eu des douleurs articulaires, unç pleuro-pneuroonie, un^ endocardite avec périodicité irrégplière dans les accidents fébriles, et enfin une supur abondante, nqn par la peau, mais par Vioteslia j eh bien, je dis qpe c'est là un fait très-intéressant, pt tel qu'il suffit de l'avoir observé pour conclure, en fî^veur d'anciens ol^servateurs, que le rhumatisme est une maladie générale, toujours la môme au fond, et ne variant que par ^s diverses manifestations, suivant les tissu§ attaqués.

Cela dit, vous pouvez penser que traiter cet homme n'était pas chose facile. C'étaient des accès fébriles, avec un pouls tombant brusquement h '72 et même à 64, avec de la diarrhée, avec de la somnolence. Or, depuis les travaux de Trj^ube et de Uirtz, on emploie volontiers la digitale contrç la pneumonie ; je ne le pouvais ici, par crainte de porter trop loin le ralentissement du pouls qui se produisait déjà de lui-même. Je ne pouvais non plus songer aux antimoniaux, à cause de la diarrhée qu'ils auraient pu rendre cholériforme et par(^uite funeste. Enfin il ne m'était pas permis de combattre la diarrhée eUe-môp:ie par les opiacés, puisqu'il y avait déjà de la somnolence. Vous voyex combien il est nécessaire de discuter les indications et les contreindications, et vous en devez conclure que les formules toutes faites, si elles favorisent la paresse du médecin, constituent en môme temps un vrai danger pour le malade.

Me plaçant donc ici au point de vue du rhumatisme, dont j'espère vous avoir fait toucher du doigt l'existence, j'ordonnai 1 gramme et môme i«,50 de sulfate de quinine; puis je suis revenu à 1 gramme, les phénomènes fébriles s'amendant. De plus, considérant la révulsion à courte distance comme une excellente thérapeutique , j'ai iait appliquer un vésicatoire au sommet gauche en avant, et j'ai prodigué la teinture d'iode sur tout U côté gauche du thorax en arrière.

Voici maintenant où en sont les choses au point de vue local.

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Nous n'avom plus d8 matité que dans le cinquième, mettez, $i vous le voulez, dans le quart inférieur du thorax ; répanchement est donc maintenant très-restreint. La respiration est revenue dans le reste du poumon ; elle est seulement un peu soufflante au sommet en arrière, manifestement iSronchique dans l'aisselle, et mêlée de quelques grosses bulles de crépitation au niveau de la clavicule.

Donc, il n'y a plus que : 1<» un peu de pneumonie au sommet; â"* un peu d'épanchement à la base : il n'y a plus de congestion étendue comme au début. Or je vous ai dit que la pneumonie rhumatismale était plus souvent congestive qu'exsudative. £h bien, l'expectoration 'est visqueuse, mais elle ne renferme pas de filaments ûbrineux. Ce n'est pas là cette pneumonie que, par une abusive extension, les Allemands ont appelée croupale; c'est une simple splénisation, et vous comprenez que la résolution sera autrement prompte que s'il y avait là un bloc de fibrine dont le malade dût opérer la résorption.

Ainsi cette pneumonie se rapproche beaucoup de la pneumonie rhumatismale. Elle en diffère par la non-mobilité des phénomènes ; en effet, la localisation s'est fôite au sommet du poumon gauche, et le poumon droit, que nous avons sans cesse ausculté matin et soir, est resté constamment indemne.

La pleurésie diffère aussi du type classique de la pleurésie rhumatismale qu'on nous représente comme brusquement envahissante, donnant aussitôt naissance à un épanchement abondant, puis disparaissant aussi subitement qu'elle était venue ; ce n'est pas ici le cas, mais vous avez déjà vu, au n^ 40, une pieu* résie évidemment rhumatismale qui différait tout autant que celle-ci de ce type. Elle s'y rattachait bien par Tabondance de répanchement, mais elle s'en est écartée en ce que cet épanche* ment a été persistant et si bien persistant, qu'il nous a fallu avoir recours à la thoracocentèse pour débarrasser le malade. Ceci dit pour vous engager à ne pas formuler trop vite un pronostic heureux en présence d'une pleurésie rhumatismale et à vous défier un peu des assertions à ce sujet.

Le traitement n'était donc pas chose indifférente dans le cas qui nous occupe; déjà à cette occasion j'ai dû effleurer le

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traitement de la pneumonie, j'y vais longuement reyenir aujourd'hui.

Voyez-vous, ce qui doit dominer de beaucoup Tétude de la lésion dans la pneumonie, ^est l'étude approfondie de l'état général, de la fièvre concomitante ; de là en effet se déduit la thérapeutique.

Quel est Vétat général de ce pneumonique? Ainsi se pose le vrai problème médical. Y a-t-il fièvre légère ou fièvre intense ? intégrité de l'appareil de la digestion ou état bilieux prononcé? intégrité de l'appareil d'innervation, ou adynamie, ataxie, ataxoadynamie ? En d'autres termes, la fièvre est-elle légère, inflammatoire, bilieuse ou nerveuse ?

V Au pneumonique dont la fièvre est légère convient l'expectation ou une médication équivalente; boissons émollientes, et même] limonade si on en a l'audace, julep gommeux, bouillons et potages, un verre de vin de Bordeaux coupé de deux tiers d'eau ; bientôt après alimentation plus substantielle. Contre la lésion, si elle occasionne trop de douleurs, cinq ou six ventouses scarifiées ou un vésicatoire. C'a été le traitement de tous ceux de mes malades qui se trouvaient dans ce cas. Et vous en avez vu les résultats.

2** Au pneumonique dont la fièvre est inflammatoire et véhémente, le traitement antiphlogistique, proportionné à l'intensité même de la fièvre : saignée du bras au début, nouvelle saignée le lendemain, s'il est nécessaire ; tartre stibié à la dose de 30 centigrammes dans une potion de 120 grammes chaque jour. C'était la pratique que j'ai vu employer par Chomel, dont j'ai suivi les dernières leçons cliniques ; celle deCruveilhier, dont j'ai été l'interne ; et môme ce grand médecin insistait plus sur la saignée que ne le faisait Chomel. Cette méthode leur était commune avec Laennec, dont Cruveilhier avait été l'ami ; seulement Laennec donnait 5 centigrammes de tartre stibié ^d'un coup toutes les deux heures, tandis que les deux médecins que je cite n'administraient la potion stibiéc que cuillerée à cuillerée toutes les heures, avec recommandation d'augmenter l'intervalle d'une cuillerée à l'autre, s'il survenait des vomissements ou de la diar-

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