‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 214 sur 254 · TODTK MÉDICATION SYSTÉMATIQUE EST MAUVAISE · texte numérisé non relu

TODTK MÉDICATION SYSTÉMATIQUE EST MAUVAISE

ment malfaisantes : elles ne s'opposent pas seulement à la guérison spontanée, elles ajoutent au mal primitif le mal qui résulte de leur application à contre-sens.

Tandis que Texpectation ne peut mal faire qu'indirectement. Mais à ceux-là qui l'emploient je ne sais aucun gré des guérisons : ils n'y sont pour rien ; je ne les tiens responsables que des morts : qu'ont-ils fait pour emj)êcher la catastrophe?

Maintenant, si l'on ne catégorise pas les pneumonies, si Ton n'y sait pas distinguer les indications spéciales, et si l'on veut appliquer indistinctement à toutes une exclusive médication, il faut le reconnaître, l'expectation sera la moins périlleuse de ces médications déraisonnables. C'est une arme non chargée mise aux mains des maladroits, qui ne tue pas, mais ne sait pas défendre.

Ainsi, l'expectation est mauvaise en tant que médication systématique exclusive ; mais elle est la moins mauvaise de toutes les médications systématiques.

L'expectation ! mais c'est la médication primitive I Le premier qui, malade, se coucha au pied d'un arbre ou dans un trou, attendant patiemment que Jupiter lui vint en aide, a fait de l'expectation : inventeur sans le savoir, il découvrait une méthode : la méthode de l'animal ou du sauvage.

L'expectation! mais j'en ai vu certains résultats ! Et c'était de la belle et bonne expectation, sans intervention aucune d'aucun agent thérapeutique, dans des cas de pneumonie franche ; et les malades en sont morts : ce furent les plus beaux cas de pneumonie suppurée que j'aie vus. J'étais alors interne de M. Cruveilhier : dans son service entrait un homme de vingt et un ans, porteur d'eau, très-vigoureux ; il était tranquillement resté chez lui avec sa pneumonie au type inflammatoire, prenant pour unique traitement la tisane que lui préparait une voisine compatissante ; il n'entra à l'hôpital, au huitième jour de sa maladie, que pour y mourir ; on trouva presque tout le poumon à l'état d'hépatisation grise. Le second cas était celui d'un maçon, tout aussi jeune et tout aussi vigoureux, qui mourut dans les mêmes conditions. Assurément ici la nature n'a pas été troublée dans ses opérations, et la suppuration a été toute spontanée. Eh bien,

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je dis qu'on n*a pas le droit de mourir de suppuration du poutaon, quand on est ainsi jeune et vigoureux.

Je vous ai cité tout à l'heure les chiffres de Dietl ; mais ils ont été contestés à Vienne même. Et d'abord, sur une seconde série de 730 pneumonîques soumis par Dietl à l'expectation, c'està-dire traités par les seuls moyens diététiques, 69 sont morts ; ce qui fait une mortalité de près de H pour lOO — chiffré déjà plus élevé que 7,4. D'Uti autre côté, Mittchell a foit voir que la mortalité des pneumoniques, à l'hôpital général de Vienne, a été, pendant les annéôs bù expérimentait Dietl, de plus de 20 pour 100. (Elle était de 20,8 en 1850, année où s'arrêta la seconde série expérimentale de Dietl.)

Mais tenons un moment pour exacts ces chiffres contestés de Dietl, l'expectation ne serait pas encore la meilleure des médications systématiques, le traitement par les toniques donnant des résultats blfen autrement brillants.

Et qui les a obtenus ces résultats^ — Bennett.

Où ? — A Edimbourg,

Où, dans Edimbourg? — A L'HOPrTAL.

C'est-à-dire, en précisant leS termes et en interprétant les faits, que ces résultats bienfaisants de la médication tonique ont été réalisés sur des pneumoniques provenant de la population outrière d'une capitale où l'abus des substances alcooliques est généralisé, et de la partie la plus pauvre de cette population laborieuse, c'est-à-dire enfin de celle qu'ont épuisée les exc^s, la fatigue et la misère.

Or notez que le fait n'est pas isolé ; après Bennett, d'Edimbourg, un second partisan de la médication tonique estTodd, de Londres ; autre médecin d'une autre capitale, où l'ivrognerie est péché mignon du haut en bas de l'échelle sociale. Qu'on se grise avec le sherry et le claret, ou qu'on se grise avec le gin, l'ivresse n'en est pas moins l'ivresse ; seulement on arrive peut-être un peu moins vite à la dégradation alcoolique par le fait des boissons moins brutales qu'ingère l'aristocratie.

Voulez-vous une dernière preuve de l'influence du milieu sur le choix de la médication à laquelle s'arrêtent des médecins distingués, vous la trouverez dans ce fait que plus loin encore

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