‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 217 sur 254 · HÉMOPTYSIES ET TUBERCULISATION PULMONAIRE · texte numérisé non relu

HÉMOPTYSIES ET TUBERCULISATION PULMONAIRE

pour que celui-ci conduise mieux, en les exagéranl, les bruits respiratoires, et pour que là vous entendiez du souffle. Enfin les différences de densité des diverses tranches du poumon entraînent une différence corrélative dans l'élasticité, et par suite dans le déplissement des vésicules, d'où la respiration saccadée, laquelle n'est autre que le résultat du déplissement successif des vésicules et du retardement de quelques-unes sur les autres : les parties du poumon les moins denses se déplissant d'abord, les plus denses se déplissant ensuite (inspiration saccadée); les parties les plus élastiques revenant les premières sur ellesmêmes, les moins élastiques ne le faisant qu'un peu après (expiration saccadée). Quoi qu^il en soit de mon explication de ce point de séméiotique, en désaccord avec celle qu'en a donnée l'un des plus distingués agrégés du Val-de-Gràce, le docteur J. Amoult, qui attribue la respiration saccadée à' des frottements pleuraux ; quoi qu'il en soit, dis-je, de mon explication, sur laquelle je reviendrai dans mes leçons sur la Phthisie y la signification du bruit n'est point douteuse : il veut dire modification de texture du poumon, pour moi densification partielle et disséminée, dans l'espèce densification par des granulations plus ou moins nombreuses, plus ou moins conglomérées.

De sorte que le groupement de tous ces faits, dont chacun, isolé, a peu de valeur, constitue un ensemble de signes trèsprobants de tuberculisation pulmonaire. Ainsi, en définitive, cette femme du n^ 10 est tuberculeuse, bien qu'elle le soit encore à un faible degré.

J'ajoute maintenant que la faiblesse du bras droit est synergique de la douleur du sommet droit de la poitrine et que vous verrez parfois, comme je l'ai observé, la douleur liée à la présence des tubercules (points pleurétiques, névritiques ou névralgiques) rayonner jusqu'au cou, à l'épaule, ou au bras du côté correspondant à la lésion, et entraver proportionnellement la fonction musculaire.

J'ajoute encore que si le souffle ne s'entendait que dans la fosse sous-épineuse et non point, comme ici, sous la clavicule, et que s'il existait seul, étant perçu ù droite, I*\ où normalement (en pKTEn, — Clin, méd. i. -^*^

786 LES HÉH0PTT8IQUES.

raison du voisinage de la grosse bronche), on peut l'entendre ehef certains individus, je ne lui attribuerais aucune valeur.

Maintenant si, pour moi, chez cette femme, la tuberculisation est la cause de l'hémoptysie, elle n'en est que la cause éloignée ; la cause prochaine de Thémorrhagie pulmonaire étant la grossesse, en général, par suite de l'état de pléthore habituelle du poumon résultant des conditions physiologiques de la circulation dont je vous ai parlé dans ma leçon X (1), et ici, en particulier, en vertu d'une congestion paraphymique éventuelle, bien différente de la fluxion péripkymique, ainsi que j'espère vous le démontrer plus tard dans mes leçons sur la Phthisie pulmonaire.

Enfin, et par surcroît, voulez-vous que je vous dise pourquoi encore je crois à la tuberculisation chez cette femme? C'est que des neuf enfants qu'elle a eus, trois sont morts en bas Age : le deuxième en date est mort à onze mois d'une bronchite tukercu* kuse (diagnostic du médecin) ; le troisième à seize mois, d'une bronchite capillaire (qui pourrait bien avoir été de même origine] ; le quatrième enfin, d'une méningite (que nous avons également tout lieu de croire tuberculeuse) ; c'est qu'aussi cette femme est pâle, d'une pâleur toute spéciale, et que ses sclérotiques ont un reflet bleuâtre et transparent que je n'aime pas.

Voilà donc pour le diagnostic ; quant au pronostic, il est subor* donné aux circonstances : si cette femme cesse d'être mère et nourrice, elle aura une de ces phthisies apyrétiques, à longues périodes de rémission, qui sont les moins redoutables de toutes, et pour lesquelles la thérapeutique peut être le plus efficace, comme le médecin le plus bienfaisant.

11 me reste à vous parler maintenant du traitement que j'ai mis en œuvre contre cette hémoptysie. Comme il a pu heurter quelques-unes de vos idées et qu'il est contraire à bien des traditions, j'ai presque dit des préjugés, je tiens à le justifier par son résultat d'abord, en attendant que je le motive par d'autres faits et par le raisonnement ^ ce qui sera la tâche d'une prochaine leçon.

Vous savez qu'une des choses que redoutent le plus les sages* femmes et même les accoucheurs, qui sont volontiers sages-

(I) Voir, plu» haut, leçon X, p. 187.

Page 1