‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 32 sur 254 · QUATRIEME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRIEME LEÇON

Scarlatine et rhumatisme. — Rhumatisme articulaire scarlatin avant l'endo* cardite. — Sueurs rhumatismales persistantes; bon eftet des lotions froides.

Rapports du cœur avec la paroi thoracique. — D'une médiocre importance clinique. — Bruits de souffle et subtilités cliniques à leur sujet. — Reconnaître Texistence d'une lésion d'orifice ou do valvule est un problème de séméiotique élémentaire. — Déterminer l'état général consécutif est un problème clinique plus difficile et plus important.

Messieurs ,

Je vais appeler d'abord un instant votre attention sur la malade couchée au n« 37 de la salle Saint-Charles, et qui offre un très-bel exemple de la série des accidents rhumatismaux possibles à la suite de la scarlatine ; — série complète, ôt dans laquelle furent successivement intéressés les articulations, les muscles, le cœur et la peau.

Cette femme est entrée le 5 mai en pleine éruption de scarlatine, avec cette particularité qu'elle avait du délire et 130 pulsations à la minute. Ces troubles de l'innervation et de la circulation, assez fréquents d'ailleurs dans la scarlatine, semblaient indiquer que la maladie était intense, bien que l'éruption le fût peu.

Comme la scarlatine est, de toutes les fièvres éruptives, celle qui donne le plus volontiers naissance à l'endocardite (ou au moins celle où, jusqu'ici, on l'a le mieux observée), j'auscultais chaque jour très-attentivement la malade à ce point de vue ; et non-seulement moi, mais M. Duguet, mon chef de clinique, et M. Quertier, son assistant ; et non-seulement le matin, mais encore le soir.

Le résultat de cette investigation est resté négatif jusqu'au il mai. Or, dès le 9, notre malade, débarrassée d'ailleurs de son éruption et de sa fièvre dans ce que celle-ci avait

d'excessif, avait éprouvé des douleurs vagues, rhumatoïdes, dans les articulations des poignets et des pieds, bien qu'il n'y eût encore rien au cœur.

Le lendemain, JO, ces douleurs vagues cessaieût pour faire place dans la soirée à un rhumatisme du muscle stemo-mastàïdien droit, produisant un torticolis très-douloureux. Enfin, le lendemain de cette seconde manifestation rhumatismale, nous avons entendu pour la première fois, d'une manière non douteuse, un bruit de souffle d'endocardite, au premier temps et sous le mamelon, indice d'une légère insuffisance mitrale.

Ainsi, voilà une femme qui, dans le décours de la scarlatine, a eu du rhumatisme articulaire d'abord, puis du rhumatisme musculaire, et ensuite du rhumatisme endocardique. Je désire que vous vous rappeliez ce fait qui vous apprend que, dans la scarlatine, le pronostic s'aggrave de l'imminence possible d'une' endocardite ; manifestation rhumatismale latente , indolente , dont le malade n'a pas conscience et dont il faut que vous ayez conscience pour lui. Vous devez donc ausculter avec soin chaque jour le cœur d'un scarlatineux, pour y rechercher l'endocardite naissante et la combattre en temps utile. C'est ce que j'ai essayé de faire ici par l'application successive de ventouses scarifiées et de vésicatoires : le souffle n'a pas complètement disparu, mais il s'est amoindri, bien loin d'augmenter d'intensité.

L'endocardite scarlatineuse de cette femme vient à l'appui de ce que je vous disais dans ma dernière leçon sur l'origine possible des maladies du cœur (i). Il en est ici de la scarlatine, ce qu'il en est dans d'autres cas de la chorée : une affection du cœur étant reconnue chez un individu qui n'a jamais été atteint de rhumatisme, mais qui a eu la chorée ou la scarlatine, faites hardiment remonter à ces maladies l'origine de la lésion cardiaque : il a eu à ce moment une endocardite latente et méconnue.

Rappelez-vous à ce sujet notre jeune malade du n* 26 de la salle Saint-Paul que j'ai gardé si longtemps dans nos salles, et qui est arrivé chez nous avec une maladie du cœur nettement caractérisée par un bruit de souffle sous-mamclonnaire, indice

(1) Voir III» leçon, p. 41.

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