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SCARLATINE ET RHUMATISME

d'une insufQsance mitrale, avec hypertrophie considérable du cœur et anémie profonde. Il avait eu plusieurs années auparavant une scarlatine, à laquelle je n'hésite pas à rattacher Torigine de son affection* cardiaque ; car il n'avait jamais eu de rhumatisme articulaire aigu et vous savez que c'est ici môme, dans nos salles, qu'il a éprouvé pour la première fois des accidents articulaires fébriles, alors qu'il avait depuis longtemps déjà son affection du cœur, pour laquelle, je le répète, il était entré dans notre service.

Eh bien, je n'hésite pas davantage à vous dire que ce jeune homme était un rhumatisant qui, ayant la scarlatine, a eu une endocardite dont il n'a pas su guérir. En d'autres termes, il me semble que ce n'est pas par hasard qu'on a des accidents rhumatismaux sous l'influence de la scarlatine, — mais bien parce qu'on est rhumatisant. Les manifestations articulaires y sont rares et frappent surtout les poignets, comme chez notre malade du n* 37 ; l'endocardite y est plus fréquente, et guérit dans la plupart des cas; or, je crois que si elle donne naissance aune affection organique du cœur chez quelques-uns, c'est que ceux-ci étaient de fondation rhumatisants, et que leur endocarde se trouvait, par suite, hors d'état de se remettre de l'insulte scarlatineuse. Supposez, par exemple, que notre malade du n^ 26 fût mort avant cette attaque de rhumatisme; articulaire aigu, qui fut si tardive, et l'on n'aurait pas su comprendre, comme nous le pouvons faire maintenant, de quelle façon la scarlatine avait, — chose rare après tout, — donné naissance à une affection organique du cœur.

Ainsi la femme du n* 37 est également une rhumatisante ; et, ce qui le prouve, ce ne sont pas seulement ses accidents articulaires et musculaires ; ce n'est pas seulement son endocardite ; c'est encore une manifestation nouvelle et tenace dont je vais vous entretenir.

Le 27 mai, dix-huit jours après les douleurs articulaires, et seize jours après l'apparition de l'endocardite, se produisirent des sueurs profuscs, qui sont à la peau de certains rhumatisants ce la diarrhée à l'intestin de certains autres ; et qui, comme

. diarrhée, peuvent graduellement conduire l'organisme à un

afftiiblissement considérable par une spoliation sans relâche. Ce ce qui arrivait chez notre malade.

Il n'était donc pas indifférent de laisser persister ces sueurs o de les faire cesser. Le sulfate de quinine, puis la teinture de col chique, médicaments qu'on emploie habituellement contre 1 principe môme du rhumatisme, furent absolument sans action et cette femme, qui semblait avoir pou de fièvre, maigrissait e s'affaiblissait rapidement. La langueur organique ayant gagné h tube digestif, l'appétit s'était perdu et le peu d'aliments pris étaient mal digérés , alors qu'il eût été besoin d'une alimentation abondante et substantielle pour suffire aux pertes quotidiennes et réparer celles du passé. La malade tournait ainsi dans un cercle vicieux dont il fallait à tout prix la sortir en supprimant cette spoliation par les sueurs, origine de tout le mal. C'est ce que j'essayai de faire en instituant, le 41 juin, la médication suivante :

Supposant que cette sécrétion exagérée des glandes sudoripares tenait à un défaut de tonicité générale de la peau et à un trouble spécial de son innervation, j'espérai tout à la fois stimuler vigoureusement celle-ci, tonifier la peau et ramener ses glandes à leur sécrétion normale, en faisant pratiquer chaque jour une lotion sur tout le corps, avec de l'eau aiguisée de vinaigre ; le tout à la température de la chambre. Il y avait simultanément révulsion et excitation : par l'eau froide j'enlevais brusquement du calorique à la peau, et par suite à l'organisme ; par l'acide du vinaigre, j'irritais légèrement les papilles nerveuses du derme.

D'ailleurs je prenais garde que ce moyen énergique fût habilement et prudemment mis en œuvre : la malade, dépouillée de ses vêtements et laissée sur son lit préalablement garni d'une alèze, était rapidement lotionnée sur toutes les parties de son corps à l'aide d'une grosse éponge imbibée d'eau vinaigrée suffisamment imprégnée, mais non ruisselante. La durée de celle lotion, qui était d'environ une à deux minutes au plus, était et devait ôtre assez courte pour que l'incitabilité du sujet ne fût pas épuisée et que la réaction fût facilement obtenue.

D'un autre côté, pour ne pas brusquement supprimer un flux auquel l'organisme s'était déjà habitué, et pour pratiquer une

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