‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 34 sur 254 · SCARLATINE ET RHUMATISME · texte numérisé non relu

SCARLATINE ET RHUMATISME

dérivation au bénéfice de la peau, j'essayai d'exciter les reins par la scille et le foie par le calomel, de manière à provoquer chez chacun d'eux un flux compensateur. A cet efl'et, je fis donner à la malade 5 centigrammes de l'une et de l'autre substance, en trois paquets à prendre d'heure en heure.

Voici quel fut le résultat : dès le premier jour après la lotion, la malade sua beaucoup moins ; Je troisième jour, les sueurs étaient à peu près nulles; elles étaient supprimées le quatrième. Je n'en fis pas moins continuer les lotions deux jours encore. Le 16 juin, les lotions furent suspendues, et, depuis six jours, la malade n'a pas sué une seule fois.

Voici, d'autre part, ce que devinrent le pouls et la température sous l'inBuence de cette médication : le 10 juin, au matin, avant toute lotion, la température axillaire était de 39°,8, et le pouls à 100; le soir, température de 40**, 4, pouls à 108; c'està-dire que la température atteignait les chiffres élevés d'une inflammation intense, et il y avait des sueurs abondantes le jour et la nuit. Le 11, on pratique la première lotion, et ce soir-là, la température tombe à 39*^,6 (baissée de 0^,8), et le pouls ne donne que 100 (baissé de 8). Le 12, au matin, rabaissement continue : température à 38**,4 (baissée de 1*»,4 par rapport à celle du 10 au matin, et il n'y a eu encore qu'une seule lotion faite !) ; pouls à 92 ; le mémo jour, au soir, température à 38*»,8 (baissée de 1<»,6 par rapport à celle du 10, et de 0o,8 par rapport à celle du H ; ainsi, à la suite de la première lotion, baisse de 0°,8 ; à la suite de la seconde, baisse du double : deux fois 0»,8 ou 1*,6); pouls à 92. Le 13, même résultat : température du matin, 38*,2, pouls à 96; le soir, la température n'est pas prise, ce jour-là étant un dimanche. Le 14, température à 38 degrés, pouls à 84; le soir, température à 37*,4 (plus basse de 0**,6 que celle du matin, au lieu d*ôtre plus élevée) ; pouls à 80. De sorte que, au bout de quatre lotions, la température avait baissé de 3 degrés (quantité relativement énorme), et on l'avait ramenée, ainsi que le pouls, à son chiffre normal, qui ne fut plus dépassé désormais (I).

(1) Observation rociioillie par M. Finot, cltvo du service, dont le concour» m'a toigours été si utile.

Ce fait ne prouve pas seulement le bon effet des lotions froides, il démontre encore que les sueurs de cette rhumatisante n'étaient pas un simple trouble fonctionnel, mais se rattachaient à l'existence d'un état fébrile, véritable fiivrt rhumatismale, sans autre expression phénoménale bien évidente que ces sueurs mômes. Et les lotions firent disparaître du môme coup la fièvre et son expression.

D'ailleurs, dès le surlendemain de l'administration du calomel, cette femme avait trois à quatre selles dans les vingt-quatre heures, selles molles et abondantes, dont la couleur verte dénotait assez l'action du calomel. Il est probable que la scille agît aussi de son côté; seulement la malade le remarqua moins, comme il est assez naturel.

Quant aux sensations produites par la lotion, elles étaient loin d'être désagréables : la malade disait qu'à leur suite « elle se sentait plus légère et comme plus vivante ».

Cependant, malgré la cessation de ses sueurs, cette femme est toujours languissante et manque d'appétit. Je lui fais donner, avant chaque repas, deux gouttes amères de Baume dans une cuillerée d'eau froide, ainsi que du vin de quinquina, et j'engage la sœur du service non-seulement à faire lever la malade, mais à lui faire prendre de l'exercice en l'occupant à de petits travaux manuels dans la salle , l'exercice musculaire étant un moyen naturel d'activer les combustions organiques et de faire renaître l'appétit (1).

Enfin, pour continuer l'action des lotions froides vinaigrées, qui ont terminé leur œuvre, je donne chaque jour des bains sulfureux tièdcs. Vous m'avez entendu demander ce matin quelle en était la durée ; et la malade m'a dit y rester une heure : c'est trop. La durée doit être ici de vingt à vingt-cinq minutes au plus, un bain stimulant trop prolongé épuisant au lieu d'exciter. Si je prescris les bains de Baréges au lieu des douches ft*oides,

(1) Dans ces anorexies avec allanguisseniont général, M. Marchai (de Calvi) donne, une hcurefavant chacun des deux principaux repas, une cuillerée à soupe de sirop d'écorces d'orange amère, additionné d'iodure de potassium dans la proportion de 4 grammes pour 180 grammes de sirop (Tribun» médicak, 29 mai 1870). — C'est là une bonne médioatiou^ que je recommande après ce médecin disUngué.

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