ACCIDENTS CÉRÉBRAUX
C'était chez un homme d'mie soixantaine d'années, qui a occupé en Belgique une assez haute position politique et qui avait une lésion de Torifice mitral. Ce malade, infiltré par les jambes et par les poumons, en proie à tous les accidents de l'asthénie cardiovasculaire, a eu pendant près de quarante-huit heures une véritable attaque d'aliénation mentale. Lui qui ne pouvait quitter son fauteuil ou son lit, il se lève tout à coup, s'habille avec l'assistance de son valet et sort en voiture a pour aller à la Chambre. » Il se croyait en Belgique.
Or je vous assure que jusque-là, et par suite d'une sorte d'égoîsme bien permis aux malades, il s'inquiétait bien plus de l'état de sa santé que des intérêts de son pays, objet de sa préoccupation presque exclusive autrefois. Et ainsi, deux jours de' suite, il fit le tour des Champs-Elysées sous prétexte d'affaires politiques, étonnant son entourage par l'abondance de sa diction, qui contrastait avec sa tacitumité de malade. Puis, après cette période d'excitation, il retomba dans le collapsus en recouvrant toute sa lucidité d'esprit, et mourut une quinzaine de jours plus tard. J'ai observé ce fait avec le professeur Germain Sée, qui voyait fréquemment avec moi ce malade en consultation.
Eh bien, notre malade du n® 37 vient de nous présenter des phénomènes presque semblables. Vous savez qu'il est affecté d'une double lésion mitrale (insuffisance et rétrécissement, caractérisés par un bruit de soufQe au premier temps, près, mais un peu au-dessous du mamelon, et par un dédoublement du second bruit). L'administration de la digitale a tellement ralenti la circulation chez lui qu'il n'a plus que quarante pulsations à la minute, ce qui rend les bruits que je viens de vous signaler trèsfaciles à percevoir.
Or cet homme, qui a mené une vie assez accidentée et dont l'intelligence paraît singulièrement développée, vient d'être pris d'accidents cérébraux depuis quarante-huit heures. C'est la nuit qu'il se livre à des divagations de toute sorte ; les yeux largement ouverts, il voit sa femme (ce qui est une véritable hallucination), et il converse avec elle sur le ton d'une discussion quelque peu animée ; il parle de dettes qu'il aurait à payer et de beaucoup • d'autres choses de nature également déplaisante.
Remarquez, messieurs, que les accidents de notre malade sont surtout nocturnes et viennent justifier cette proposition nettement formulée par Corvisart, à savoir, qu' <( à la dernière période de l'anévrysme cardiaque on observe parfois du délire, et surtout la nuit. » Il y a là tout à la fois l'affirmation d'un fait vrai et une induction pronostique : ces accidents cérébraux nocturnes ne s'observent en effet qu'à la dernière période des affections dp cœur et indiquent que la fin n'est pas loin.
Tout récemment encore, je voyais en consultation avec M. Leroy-Dupré, à Bellevue, une dame qui — dans les huit derniers jours d'une maladie cardio-aor tique (rétrécissement et insuffisance aortiques, dégénérescence athéromateuse et calcaire avec anévrysme consécutif de l'aorte), et en proie à l'asthénie cardiovasculaire la plus intense qui se puisse voir, avec congestions et infiltrations de toutes parts — avait chaque nuit des hallucinations, voyait un enfant au pied de son lit,* conversait avec lui, et se souvenait parfaitement pendant le jour de ses visions nocturnes, sur la vanité desquelles elle n'était pas même alors complètement édifiée.
Quelle est donc, maintenant, la pathogénie de ces singuliers phénomènes? Évidemment la môme que celle du coma, de la somnolence, et môme des phénomènes sub-apoplectiques signalés par les auteurs. Il y a de l'hypérémie cérébrale créée par la stase veineuse ; seulement, cette hypérémic frappe des cerveaux d'une certaine qualité, des cer>'eaux très-excitables, dont les couches corticales ne peuvent pas s'h}T)érémier sans qu'il en résulte des troubles de la pensée, et dont peut-être les couches corticales s'hypérémient à un plus haut degré et plus spécialement que les autres portions de l'encéphale, précisément en raison de la facile excitabilité du cerveau de ces individus. Le fait est que notre malade halluciné du n» 37 est doué d'une intelligence peu ordinaire, et qu'il en était ainsi des deux personnes dont je viens de vous parler.
Deux faits doivent ici vous frapper, la manifestation nocturne du délire et la période de la maladie où cet accident se produit.
Eh bien, si l'hypérémie cérébrale (l'hypérémie des couches