ANEMIE CARDIAQUE
quant à savt)ir si les fibres charnues «ont intactes ou en voie de dégénérescence graisseuse, c'est encore par Tétat fonctionnel qu'on en juge. Dans la seconde période des maladies du cœur, que nous venons d'étudier ensemble, le muscle cardiaque est eucore intact ; ce n'est que dans la troisième et à la fin de celle-ci que le muscle dégénère, et sa dégénérescence granulo-graisseuse est souvent le double résultat dô la persistance d'action de la cause première (vieillesse, alcoolisme, goutte ou rhumatisme) et de la malnutrition de l'organe : !• par gône de sa propre circulation (gêne tenant à la lésion orique ou valvulaire et à l'altération athéromateuse ou calcaire possible des artères coronaires); 2° par altération de la crase du sang.
Eh bien, chez le jeune homme du n*» 45, atteint de cette forme de rhumatisme qu'on a donnée comme caractéristique du rhumatisme lîlennorrhagique, et qui n'est en rien propre à la biennorrhagie, à savoir : la localisation du mal et sa persistance au genou avec synovite tendineuse concomitante des tendons de la patte d'oie ; comme il y a, en môme temps que ces accidents et sans blennorrhagie, un souffle sous-mamelonnaîre au premier temps du cœur, la question était de savoir si ce souffle d'insuffisance mitrale était le signe d'une endocardite actuelle ou passée. Or, le souffle s'endwidait en dehors du mamelon ; donc le cœur était hypertrophié. D'ailleurs, la percussion faisait voir que la pointe du cœur descendait à 7 centimètres au-dessous du mamelon; tandis que chez un malade voisin, dont le cœur était sain, la distance de ce mamelon à la pointe n'était que de 3 centimètres : la pointe du cœur était donc abaissée de 4 centimètres, preuve nouvelle d'hj-pertrophie. lia conséquence de cette première investigation, c'est que l'hypertrophie du cœur prouve l'ancienneté de la lésion valvulaire. D'un autre côté, les contractions du cœur se sentant énergiquement, le pouls ayant de la forc^ et les [artères n'étant pas rigides, on en peut conclure que les fibres musculaires de son cœur hypertrophié sont intactes encore.
C'est tout le contraire chez le malade du no 28, dont l'afiection cardiaque est d'origine sénile, et chez le malade du n* 6, où elle a pour origine l'alcoolisme. Chez ces deux individus, qui ont de-
puis longtemps dépassé la seconde et même la troisième période des' affections du cœur, et qui en sont arrivés à la phase cachectique, il y a augmentation de volume de l'organe ; mais l'impulsion précordiale est faible, mais la pouls est petit, mais les artères sont en partie rigides et il y a le plateau athéromateux sur le tracé sphygmographique ; mais enfln, et c'est là-dessus que j'in» siste, parce que ce signe est accessible à' tous et ne nécessite aucun instrument spécial d'investigation, il y a un cercle sénik autour de la cornée transparente.
Or, ce cercle sénile — qu'on ferait mieux d'appeler cerele graiaeuXj d'abord parce qu'il est graisseux, ensuite parce qu'on peut l'observer en dehors de la vieillesse (je vous ai déjà dit l'avoir observé chez un goutteux de quarante-deux ans, et je vais vous eu citer tout à l'heure un cas plus intéressant encore) ; enfin, parce que ce dépôt de graisse dans les lamelles de la coméf transparente n'eit pas un fuit isolée mais, phénomène de malnutrition, s'effectue dans la cornée en môme temps qne dans d'autres organes, tels que l'endartère, l'endocarde et le myocarde -— or, ce cercle graisseux de la cornée est un signe i^ez probant d'une altération de môme nature du myocarde. J'ai trouvé un parallélisme constant entre l'existence et la largeur du cerole graisseux de la cornée, d'une part, et fexistenôe et l'intensité de lésions semblables dans le système eardio-vasculaire, d'autre part. De telle façon — et c'est là le point pratique — qu'étant donné le cercle graisseux cornéen, vouç pouvez en induire immédiatement l'existence d'une altération Ae môme nature à peu près certaine dâtis l'endartère, dans l'endocarde et le myocarde. Mes recherches sont ici d'accord avec celles de Canton) qui a le premier signalé le fait (1).
Maintenant la réciproque n'est pas nécessairement vraie, c'està-dire qu'on peut avoir une lésion valvulaire sans cercle graisseux cornéen ; par exemple, une insuffisance mitrale d'origine rhumatismale. Mais à la longue, et par le fait de la malnutrition générale, le cercle graisseux surviendra prématurément.
(1) Voir De Varc sénile et de ses rapports avec la dégénérescence graisseuse du cœur^ par Edwin Canton, dans Archives de médecine, t. VIII, p. 401. 1S56.