INSUFFISANCE AORTIQUE ET ANGINE DE POITRINE
tableau vivant qui se refuse à toute description et nous offrait l'image d'une souffrance qu'on ne peut imaginer ni décrire.
« Lorsque l'accès était terminé, le malade retrouvait une tranquillité parfaite; il semblait sortir d'une lutte soutenue avec désespoir... Le plus petit effort musculaire suffisait pour déterminer l'invasion de l'accès... Vers la fin, les accès devinrent de plus en plus fréquents; l'action de manger suffisait pour les ramener; aussi le malade éprouvait-il une grande crainte lorsqu'il s'agissait de prendre de la nourriture. S'il lui venait à t idée qu'il était placé de façon à ne pouvoir prendre, à volonté, la position qui pourrait le soulager, cela suffisait pour déterminer un accès. La plus petite émotion morale avait le même effet. Pendant longtemps il ne put voir aucun de ses amis ; il descendait dtner à cinq heures, et, ri quelqu*un remarquait son arrivée ou lui demandait de ses n^uvelksy il survenait un accès.
«... Bien souvent la nuit, fatigué par ses efforts pour empêcher l'accès et vaincu par le sommeil, bien qu'il restât levé, il tombait sur le sol et se relevait brusquement eu proie à un accès d'une violence inaccoutumée.
« ... Cet homme fut trouvé mort dans son lit... La mort paraissait avoir été facile.
« A l'autopsie, le ventricule gauche est hypertrophié et dilaté à un degré extraordinaire. Vhypertfvphie est limitée au côté gauche du cœur, et le ventricule droit est bien loin d'atteindre la pointe de l'organe... Les sinus de t aorte sont presque complètement remplis par des dépôts calcaires hérissés de rugosités.
« Le double murmure signalé plus haut se produisait évidemment de la manière suivante : Le premier bruit doux et prolongé était dû au passage du sang sur la face ventriculaire des valvules sigmoïdes; la rudesse du deuxième bruit, au contraire dépendait du sang qui passait sur la face artérielle, rugueuse, de ces mêmes valvules tapissées par les produits de décomposition calcaire... Vorifiee aortique était parfaitement libre, bien que les valvules fussent insuffisantes. » Ainsi le diagnostic rétrécissement aortique déduit, classiquement, de l'existence d'un souffle au premier temps et à la base était erroné. Ce souffle résultait de l'état maladif des valvules sigmoïdes et de l'aorte à son origine.
Il est inutile d'insister sur Tétat névropatbique général du sujet ; les phrases que j'ai soulignées tout à l'heure à propos de la futilité des causes occasionnelles des accès sufQsent à le démontrer. Quant à ce qui avait développé ou entretenu un pareil état de nervosisme, voici ce que nous apprend l'histoire du malade:
<( L'usage des stimulants diffusibles avait toujours été suivi d'une grande amélioration et, sans aucun goût réel pour les boissons fortes, ce jeune homme prit, pendant de longues années^ l'habitude de boire, chaque jour, dix-huit grands verres de punch.Vne attaque de delirium tremens le détermina à cesser cette pratique et à lui substituer Vusag^ de /'opium. Avec beaucoup de ménagements et de précautions, il réduisit la dose de ce dernier médicament à une pinte de laudanum par semaine; encore fallait-il que ce laudanum contint de l'opium de la meilleure qualité. »
J'espère qu'ici tout est assez clair : Yaordle, Vinsuffisance valvulaire par aortite, et V hypertrophie ventriculaire gauche par aortite et insufûsance valvulaire. D'autre part, Y alcoolisme produisant, du côté du système artériel, 1 aortite, comme il produit, exagère et entretient, du côté du système nerveux, Vétat névropathique chez un sujet peut-être prédisposé. Puis l'intoxication par l'opium succédant à l'intoxication par l'alcool. Et, comme résultante de ces lésions locales, de leur irradiation au plexus cardiaque voisin, et de l'état névropathique général, de formidables attaques d'ongine de poitrine.
Pour en revenir au sujet de cette leçon, qui est l'insuffisance aortique, je pense que la description si saisissante de ce malade, que je vous ai citée malgré sa longueur, vous fait assez voir les rapports qui existent entre l'insuffisance aortique et l'angine de poitrine.
J'espère, en conséquence, que vous n'oublierez jamais ni cette corrélation anaiomique entre les lésions graves de l'aorte et l'insufGsance sigmoïde; ni cette môme corrélation symptomatique entre l'insuffisance sigmoïde et l'angine de poitrine — efl'ets tous deux alors de la maladie de l'aorte ; — ni enfin cette corrélation étiologique, d'une part, entre les lésions athéromato-calcaires de
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l'aorte et Talcoolisme ; d'autre part, entre Tangine de poitrine et Talcoolisme, ou encore entre Tangine de poitrine et la narcolisâtion par Topium ou par le tabac, ceux-ci produisant une décadence prématurée de l'individu et la sénilité anticipée de ses tissus épithéliaux ; exemple encore le cas suivant :
J'ai eu l'occasion de voir à deux reprises différentes un monsieur atteint d'insuffisance aortique type, avec souffle au second temps et dans la région sus-mamelonnaire,, pmils bondissant et, de plus, palpitations et dyspnée habituelles. Il ressent une vive douleur à la région diaphragmatique, dans l'épaule gauche et le bras correspondant ; il éprouve enfin de la souffrance à la partie supérieure du sternum. Tous ces phénomènes s'exaspèrent ^sez souvent et deviennent alors de véritables attaques, pendant lesquelles le malade oppressé au plus haut degré croit que c'en est fait de lui. Le ventricule gauche s'est hypertrophié consécutivement, mais l'aorte n'est nullement dilatée. La cornée transparente est entourée du cercle sénile.
Une circonstance pathogénique des plus importantes *est que ne malade fumait jusqu'à ces derniers temps au moins une quinzaine de pipes par jour.
11 est facile de reconnaître par ce que je viens de dire que ce malade a des attaques d'angine de poitrine concomitantes de sa lésion aortique. Mais comme les auteurs des traités de pathologie interne n'ont guère signalé cette angine parmi les accidents possibles de l'insuffisance des valvules sigmoïdes, vous comprenez la raison de mon insistance à ce sujet, et pourquoi j'ai emprunté à Stokes la remarquable observation de tout à l'heure.
Quant à la lésion simultanée de tout U système artériel, c'est-àdire quant à sa dégénérescence athéromateuse ou calcaire, elle vous sera révélée par la nature du pouls : l'artère radiale n'est pas alors bondissante seulement, elle est dure et parfois flexucuse. D'ailleurs cette lésion athéromateuse vous sera bien mieux encore démontrée par le tracé sphygmographique.
Ainsi, au lieu de présenter cette forme signalée par Marey dans le tracé suivant (fig. 10), où la période d'ascension est représentée par une ligne verticale (exprimant la brusque expansion du vaispETF.n. — Clin. méd. i. — 10
seau) qui se termine en pointe aiguë ou crochet, au lieu de cela, dis-je, vous aTCKj comme chex notre malade du n» 7 de la salle
Fis. 10.
Saint-Paul (flg. H), le crochet de l'insuffisance, puis le plateau de
rathérome. ^
FiG. u.
Mieux encore, si la lésion artérielle est plus avancée, et que l'artère soit ossifiée ^ le plateau surmonte le crochet, comme dans le tracé suivant (fig.i2),égaletnent emprunté à l'ouvrage de mon savant ami (1).
Fio. 12.
J'ajoute ici, ce que je vous ai déjà dit dans une autre leçoh^ que l'existence dans ces cas du cercle sénik de la cornée transparente devra vous faire songer à la même altération de l'endartère, et vous en faire redouter la généralisation à tout le syslèttie artériel, suivant que ce cercle sera plus large et plus opaque.
La notion de la cause apporte également au diagnostic son Contingent d'induction quant à l'existence d'une altération simultanée do l'aorte et du système artériel : la goutte et Valcootisme ihippant ordinairement l'endartère, vous serez conduits à en
(1) Physiologi9 médicale de la circulation du iang, p. 513.