‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 59 sur 254 · INSUFFISANCE AORTIQUE ET MORT SUBITE · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE AORTIQUE ET MORT SUBITE

induire, en constatant cette Origine, que rinsufûsance aortique est artérielle et non pas cardiaque, et qu'elle se complique ainsi d'une lésion de Tendartère. Au contraire, si l'insuffisance est d*origiiie rhumatismale, vous aurez plus de raison de croire qu'elle dérive d'une lésion do l'endocarde et qu'elle est simple, c'est-àdire non accompagnée d'une lésion concomitante de l'endartère. Le rhumatisme est, en quelque sorte, une cause aiguëy qui frappe avec rapidité et intensité les parties de l'appareil circulatoire qui fonctionnent le plus activement et subissent les chocs et les frottements les plus considérables, c'est-à-dire les valvules en général, et en particulier les lames de la valvule mitrale. En effet, le frottement des lames de cette valvule est bien plus intense que cehii des valvules sigmoïdes de l'aorte. Je vous l'ai dit déjà pour la valvule mitrale, le frottement s'opère sous l'impulsion de la contraction du ventricule ; tandis qu'il s'effectue, pour les valvules sigmoïdes, sous l'influence de la réaction artérielle : or cette réaction a bien moins de puissance que la contraction ventriculaire. D'où probablement la prédominance des lésions de la valvule mitrale dans le cas do rhumatisme.

Au contraire, la goutte et l'alcoolisme sont, pour ainsi dire, des causes chroniques^ comme la vieillesse, qui est le type de ces causes à longue échéance, et elles agissent comme celle-ci, lentement, fkir taii/*e, en détériorant les vaisseaux aux points de prédilection que j'ai indiqués tout à l'heure.

En résumé, je distingue l'insuffisance aortique en insuffisance 5an5 lésion de l'aorte et en insuffisance ûvw lésion de l'aorte.

El ce n'est pas là une distinction subtile et sans valeur pratique, attendu qu'elle sert à comprendre les particularités symptomaliqucs de la plupart des cas d'insuffisance aortique, les troubles nerveux cardiaques de certafais autres, ainsi que les différences d'origine et de terminaison.

J'ai suffisamment insisté sur tout ce qui a trait aux particularités de symptômes et d'origine ; il me reste à vous parler de celles de la terminaison.

Une terminaison qui semble être plus spéciale à l'insuffisance aortique, c'est la mort subite.

Vous venez d'en voir un exemple dans le cas de Stokes, que je vous ai longuement rapporté, et le seul malade atteint d'affection du cœur qui soit mort subitement dans notre service avait une insuffisance aortique.

C'est Gendrin qui, le premier, a fait remarquer cette particularité de terminaison possible de l'insuffisance aortique. Après lui, deux de ses élèves les plus distingués, Aran et Mauriac, ont spécialement insisté sur ce point de doctrine qui est, depuis lors, à peu près généralement admis en France.

Cependant Stokes dit positivement le contraire. S'il en croit son observation, « la maladie des valvules mi traies offre des chances plus grandes de mort subite que les affections analogues de l'aorte (1). » Et, ce qui prouve que c'est bien là pour lui une vérité d'observation, il ajoute plus loin, en parlant de Yaffection des valvuksaortiques : « La mort est ordinairement lente ; elle peut être subite. J'ai déjà fait remarquer que cette terminaison paraît être moins commune dans les maladies des valvules aortiques que dans celles des valvules mitrales (2). )>

Quoi qu'il en soit de cette assertion de Stokes, qui repose sur une coïncidence, mais qui prouve au moins que la mort subite n'est pas l'apanage exclusif de l'insuffisance aortique, le fait est que la doctrine de Gendrin est néanmoins la vraie.

Voici d'abord des faits et des chiffres. Nous verrons tout à l'heure s'il n'y a pas de cette mort subite et de sa fréquence des raisons pathogéniques toutes spéciales à l'insuffisance aortique ; je veux dire à la maladie de Paorie.

On trouve dans Morgagni (3) cinq cas de mort subite sans rup-

(1) Traité des maladies du cœurt p. 134,

(2) ïbid., p. 219.

(S) De la mort subite, XXVI* et XXVII» lettre du De sedib, et caus. morbomm.— Voici l'analyse de ces cas : I. « Une mère de famille, âgée de quarantedeux ans, avait été pendant longtemps valétudinaire et sujette à un paroxysme qui consistait, après des mouvements violents du corps, en une angoisse incommode dans l'intérieur de la partie supérieure gauche de la poitrine, avec de la difficulté de respirer et un engourdissement du bras gauche... Un jour qu'elle se trouvait en voiture, elle fut prise du même paroxysme et mourut subitement » Voilà bien nettement décrite l'attaque d'angine de poitrine avec sa terminaison si habituelle, la mort subite. Voici les lésions : « Le cœur étuit hypertrophié {i^lius magnum), exlrt^monicnt dur cl vigoureux. L'aorte n'était

Page 1