INSUFFISANCE AORTIQUE ET MORT SUBITE
ture du cœur ni de l'aorte. Or, dans tous les cinq, il y a lésion de raorle ascendante ; deux fois avec insuffisance des valvules sig-
pas médiocrement dilatée {non parum dilatala) à sa crosse. La paroi interne, dan^ toute l'étendue du vaisseau, présentait çà et là des inégalités parsemées de petites écailles entièrement ossifiées ou en vole d'ossification. Ces lésions commençaient à l'origine même de Taorte, dont les valvules sigmoTdes étaient dures çà et là avec un commencement d'ossification. » (Lettre XXVI, § 31.) — II. a Un vieillard d'une soixantaine d'années, après s'être exposé à un vent froid, fut pris, pendant la nuit, d'une difficulté de respirer. Apporté le matin à l'hôpital, il y mourut subitement pendant qu'il se chauffait. A l'autopsie, le ventricule gauche était dilaté {mus est lalior). Les trois valvules sigmoïdes avaient leur bord libre blanc, induré et de plus d'une ligne et demie d'épais* seur. D'un autre côté, le tronc de l'aorte était très-dilaté dans toute sa portion ascendante, et ses parois épaissies, indurées jusqu'à l'origine des vaisseaux supérieurs, présentaient, en outre, des saillies disséminées, surtout aux points les plus dilatés, avec de très-nombreux points d'ossification. » La lésion des valvules sigmoïdes, ajoute Morgagni, non-seulement gêne le cours du sang, mais les rend insuflisantes {sanguini relabenti, miniis prompte applicaUSf non satis se • objiciunl), (Lettre XXVI, § 33, 34.) — III. « Un homme qui approchait de la soixantaine avait, par intervalles, de la toux sèche avec difficulté de respirer, surtout après le repas. Un jour qu'il venait de souper ti^s-modérément, cette toux survint, puis s'accrut au point que, ayant la bouche déjà pleine d'écume, le malade ordonna qu'on fit venir un médecin; mais celui-ci le trouva mort. 11 n'y avait de lésion que dans l'aorte, qui était dilatée depuis son origine jusqu'à sa crosse. Sa face interne, rugueuse, était parsemée de taches blanches et présentait, en outre, ce qui me parut être la lésion principale, une coloration d'un rouge uoir, comme par le fait d'une inflammation. Tandis que les taohes blanches no dépassaient pas la crosse, ces dernières lésions se continuaient dans toute l'aorte descendante. » Il s'agit bien ici d'une aortitc avec altérations d'autant plus avancées qu'on les observe plus près de l'origine du vaisseau. (Lettre XXVI, § 85.)— IV. a Un jeune homme, remarquable par sa belle mine, avait depuis longtemps de la dyspnée que soulageaient des épistaxis. Dans le cours d'un voyage qui durait depuis deux jours, il fut frappé de mort subite au moment où il se penchait vers ses menus bagages déposés à terre. A l'autopsie, on trouva son cœur plus gros que celui d'un bœuf; mais cette hypertrophie portait spécialement sur le ventricule gauche, dont les parois n'étaient pas plus épaisses que d'ordinaire, mais dont la cavité était aussi dilatée tjue possible. Quant aux valvules sigmoïdes, ce qui sautait aux yeux {quod in oculos statim incurrèbat), c'est que, bien qu'elles ne fussent pas ossifiées, elles étaient dures, petites et ratatinées. La face interne de l'aorte présentait également des sillons longitudinaux un peu obscurs. » Cet état des valvules, ajoute Morgagni, les rendait insuflisantes. (Lettre XXVII, § 12 et 14.) — > V.ff Un mendiant, âgé de cinquante ans, d'une grande maigreur, qui couchait tout nu sur la paille pendant une saison très-froide, fut trouvé mort un matin dans sa cabane. La face interne de l'aorte était parsemée de taches blanchâtres depuis les valvules semi-lunaires jusqu'à la naissance des iliaques, qui présentaient elles-mêmes de ces taches. » il s'agit évidemment ici de plaques athéromateuses généralisées. (Lettre XXVIl, § 16.)
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150 LES MAUDIEg DU COEUR.
moïdes; trois fois sans cette insuffisance. Dans un cas, on trouve nettement décrits les symptômes de Vangine de poitrine ; dans deux autres, on mentionne une rfys/?wee paroxystique.
Ainsi la lésion constante observée par Morgagni est celle de raorte (altération athéromateuse ou calcaire) ; une lésion trèsfréquente est celle des valvules sigmoïdes, dont l'altération peut aller deux fois jusqu'à les rendre insuffisantes; mais vous sentez bien que cette insuffisance n'est qu'un degré tout éventuel de la lésion primitive de l'aorte, un pur accident anatomique. De sorte que, dans ces cas, la mort subite n'est liée constamment ni à l'insuffisance aortique ni à l'angine de poitrine, mais à la maladie de l'aorte.
Discutant la cause de la mort subite de ces malades, Morgagni va même jusqu'à dire : « Il faut donc voir ce que peut Vinflammation de f aorte ^onv produire subitement la mort^ conjointement ou non avec la toux, et peut-être avec des convulsions (1). » Et il rappelle à ce sujet que déjà San torini considérait les lamelles osseuses de l'aorte (u osseas in aorta bracteas ») comme capables, même seules, d'entraîner la mort subite (a vel solas, non dubitabat repente posse hominem interficere »). Or cette opinion de San torini reposait « sur six ou sept exemples [» de sujets morts de cette manière et sur le corps desquels il n'avait pu trouver que ces osselets de l'aorte (« ea ossicula ») auxquels il pût rapporter la mort subite (2).
Un fait nous est donc désormais acquis en toute évidence : c'est la corrélation entre la mort subite et de graves lésions de l'aorte, sans rupture de celle-ci.
Mais il est bien clair que ce n'est pas la maladie de l'aorte, que ce ne sont pas ses atbéromes ou ses ossifications qui peuvent faire mourir subitement; que toutes ces lésions aortiques ne peuvent entraîner pareil accident que par retentissement sur le cœur, et il n'est pas sans intérêt de rappeler ici que, il y a de cela seize siècles, Gœlius Aurelianus disait déjà que la mort subite, survenant sans cause manifeste, dépendait de la paralysie du cœur (3).
(i) Morgagni, XXVI» lettre, § 36.
(S) Id., iàid.
(3) Cœlius Aurelianus, Morb, c^ron., lib. I, cap. i.