‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 70 sur 254 · ACCIDENTS PULMONAIRES GRAVIDO-CARDIAQUES · texte numérisé non relu

ACCIDENTS PULMONAIRES GRAVIDO-CARDIAQUES

fis appliquer douze sangsues à la base de la poitrine. Les râles avaient notablement diminué d'étendue et de finesse, Texpectoration n'était plus qu'à peine rosée et la malade finit par s'endormir. De tout cela je peux vous répondre, ayant passé la nuit avec M. Campbell auprès de la malade.

Vers les sept heures du soir, la malade était accouchée sans grande douleur d'un enfant mort. Et l'on eut le bon goût de ne m'attribuer ni la fausse couche ni la mort de cet enfant qu'avait tué l'asphyxie maternelle.

Le lendemain, je m'alitais pour une piqûre anatomique qui me tint près de trois semaines à l'écart et je ne pus de nouveau ausculter cette dame ; mais de mon lit de malade je dirigeai encore le traitement pendant les quarante-huit heures qui suivirent*. C'est ainsi que je fus tenu au courant de la situation. En trois jours, tout était terminé ; la malade entrait en convalescence ; elle fut plus tôt guérie que moi.

La rapidité d'évolution des accidents vers le pire comme vers le mieux n'était point celle d'une phlegmasie franche, pneumonie ou bronchite, mais bien celle d'une congestion pulmonaire rapidement suffocante et hémoptysique. Mais, quant à la cause première de ces accidents, qui était toute matérielle, comme on le verra, elle m'était restée inconnue, n'ayant ausculté la malade qu'au milieu du bruit des râles du catarrhe suffocant et n'ayant pu la revoir alors que ce tapage avait cessé.

Bientôt après elle quitta Paris pour aller à Tours, où son mari était appelé à occuper une grande situation militaire. Or, deux ans et demi plus tard, j'étais mandé dans cette ville par dépêche télégraphique ; les mômes accidents s'étaient reproduits dans le cours d'une grossesse arrivée à son cinquième mois, comme en 186i, c'est-à-dire à une époque où le sang du fœtus commence à avoir une certaine masse. Seulement, prévenus par le mari, les médecins avaient renouvelé la médication instituée la première fols avec succès. La malade avait été saignée, et une potion ker* métisée lui avait été administrée. Aussi, quand j'arrivai vingtquatre heures après le début des accidents, l'expectoration sanglante avait-elle presque cessé ; mais on entendait encore des rates crépitants dans la moitié inférieure des deux côtés en

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arrière ; U y avait de la dyspnée avec coloration encore un peu violacée des lèvres.

Vivement intrigué par cette répétition d'une congestion pulmonaire double avec hémoptysie dans le cours d'une grossesse , ne doutant pas d'ailleurs que celle-ci ne fût la cause des accidents congestifs et bémorrhagiques, mais ne sacbant comment associer ni expliquer matériellement ces phénomènes, j'auscultais la poitrine, ayant l'esprit préoccupé du problème, lorsque tout à coup je perçus un bruit morbide qui en donnait la solution. C'est du cœur que venait tout le mal ! Dans la région sous-mamelonnaire s'entendait au premier temps du cœur un bruit de souffle rude, presque râpeux, et le second bruit cardiaque était dédoublé. 11 n'y avait pas à en douter, une insuffisance de la valvule mitralc existait, et c'était la maladie du cœur qui, la grossesse aidant, causait la congestion pulmonaire et l'hémoptysie.

J'appris alors que la jeune dame, de vingt-quatre ans, avait eu un rhumatisme articulaire aigu à l'âge de dix ans, lequel avait duré assez longtemps. Or il n'était pas douteux que la maladie organique du cœur, dont je venais de constater l'existence, ne dérivât de l'endocardite rhumatismale de quatorze ans antérieure. De sorte que cette maladie cardiaque avait été absolument latente pendant douze ans, et que, dans les deux dernières années de cette période de quatorze ans, le silence morbide n'avait été rompu qu'à l'occasion de deux grossesses successives, c'est-à-dire quand à la vie intrinsèque de la dame venait se surajouter une existence extrinsèque; quand ce cœur malade était obligé de battre pour deux; quand ce ventricule, hypertrophié par la grossesse, faisait refluer dans l'oreillette une masse de sang augmentée par cette même grossesse; quand enfin la valvule mitrale était ainsi devenue doublement insuffisante.

Coname les accidents asphyxiques immédiatement conjurés ne prirent pas les proportions de la première attaque congestive, l'enfant ne fut pas asphyxié dans le sein maternel, et la fausse couche n'eut pas lieu. Premier résultat d'une médication opportunément énergique.

Mais, comme la grossesse avait encore quatre longs mois à parcourir pour parvenir à son terme ; que nous connaissions mainte-

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