ACCIDENTS PULMONAIRES ORAVIDO-CARDIAQUES
nant la cause première des accidents congestifs (je veux dire Tinsuffisance mitrale); que les poumons allaient se trouver pendant ces quatre mois en état d'imminence morbide continuelle, par le fait de la grossesse compliquant l'insuffisance ; qu'il suffisait alors d'une cause innocente en d'autres temps (un refroidissement, par exemple, ou un effort un peu énergique) pour transformer cette imminence morbide en réalité ; que l'automne était pluvieux et qu'on allait entrer dans l'hiver : il fut convenu avec MM. Thomas (de Tours) et Grozat, médecin et accoucheur de la dame, que celle-ci ne sortirait pas de ses appartements durant les quatre prochains mois, et qu'elle éviterait toute cause d'émotion, d'effort ou de fatigue jusqu^u terme de sa grossesse ; ce qui fut fait. 11 n'y eut aucun retour offensif de la congestion, et quatre mois plus tard la dame mettait au monde une belle petite fille, résultat nécessaire de mesures physiologiquement combinées.
11 y a près d'un an j'étais appelé par un médecin d'Asnières pour voir sa sœur. M"' H..., qu'il craignait bien d'être phthisique. Cette jeune dame avait été prise au cinquième mois de sa grossesse — au cinquième mois, je vous prie de le remarquer — à*QCcidenti pulmonaires qui, en deux mois, étaient devenus des plus formidables ; et, comme sa mère est asthmatique au plus haut degré, qu'un de ses frères a succombé déjà à la tuberculisation pulmonaire, que la phthisie rapide est chose fréquente chez les femmes enceintes prédisposées à cette affection, le pauvre médecin osait à peine ausculter sa sœur, tant il craignait de découvrir les indices révélateurs de la maladie qu'il redoutait. Je vis cette jeune dame avec un praticien distingué qui devait l'accoucher, et avec un autre médecin du quartier de la Madeleine.
L'aspect de la malade était en effet celui d'une phthisique. Elle était pâle, considérablement amaigrie, avait perdu tout appétit et vomissait même parfois, à la suite de quintes de toux, le peu d'alimenU qu'elle prenait. Il y avait une petite fièvre continue, et le pouls battait 120 à 160 pulsations. La toux était des plus fréquentes, surtout la nuit, l'expectoration mucoso-purulente excessivement abondante. Quant à te dyspnée, elle était
devenue telle que la malade passait, depuis près d'une semaine, ses jours et ses nuits dans un fauteuil. Il n'y avait pas de sommeil, en raison de l'oppression comme de la toux, et, dès que la malade s'assoupissait un peu, elle se réveillait couverte de sueur. J'auscultai la malade et j'entendis des râles fins et humides dans toute la poitrine, en arrière et des deux côtés. Il y avait un peu de submatité. L'état d'anxiété de la malade rendait d'ailleurs cet examen physique assez difficile.
En raison de tous les faits que je viens d'énumérer : antécédents de famille, grossesse, vomissements par le fait de la toux, sueurs nocturnes, émaciation rapide et fièvre continue, j'avoue que, prévenu, comme je l'avais été, par le frère, je considérai ces râles comme des craquements humides et crus à l'existence de cette espèce de broncho-pneumonie de la tuberculisation aiguë. C'était d'ailleurs l'avis des trois autres médecins.
Cependant, comme il fallait au moins soulager la malade que nous ne pensions pas pouvoir guérir, je conseillai : contre la toux quinteuse et la dyspnée, l'iodure de potassium à la façon de Green, de New-York (2 grammes dans une potion gommeuse avec addition de 4 grammes de teinture de lobelia inflata); contre l'affection thoracique, de petits vésicatoires successifs; contre l'anorexie, les gouttes amères de Baume (trois avant chaque petit repas) ; contre la dyspepsie, l'acide chlorhydrique étendu (trois gouttes après chacun de ces mêmes repas dans quatre cuillerées d'eau sucrée); comme analeptique, la viande crue râpée ; comme tonique, le vin de quinquina au malaga par petites cuillerées.
A quinze jours de là, on me fit savoir que la malade était en voie de guérison, et qu'on dédirait me revoir. Comme on ne guérit pas de ces phthisiques-là, je n'eus garde de ne pas me rendre à l'invitation. L'amélioration était en eflet des plus sensibles, et les râles ne s'entendaient plus que dans la moitié inférieure de la poitrine. C'était décidément à une bronchite capillaire que nous avions eu affaire, et je m'étais complètement trompé. Je cherchai alors à me rendre compte de cette erreur commise en bonne compagnie et j'en trouvai l'origine dans le cœur. Il y avait là un bruit de souffle intense, presque râpeux,