‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 72 sur 254 · ACCIDENTS PULMONAIRES ORAVIDO-CARDIAQUES · texte numérisé non relu

ACCIDENTS PULMONAIRES ORAVIDO-CARDIAQUES

systolique et sous-mamelonnaire, indice trop évident d'une insuffisance mitrale; souffle que je n'avais pas entendu à ma première consultation, pour cette bonne raison que je n'avais pas ausculté le cœur (convaincu que j'étais qu'il s'agissait d'une tuberculisation aiguë), et que d'ailleurs le bruit des râles, d'une part, et la fréquence, comme la faiblesse, des battements cardiaques, d'autre part, devaient amoindrir l'intensité du souffle cardiaque actuellement perceptible dans une grande étendue de la région précordiale. Je ne pouvais donc partager complètement la joie qu'on éprouvait de cette espèce de résurrection, et je dus, rectifiant le diagnostic, porter pour l'avenir un pronostic très-réservé. En attendant, et pour mener à bien une grossesse qui avait causé de tels périls, je conseillai le plus grand repos et les précautions nécessaires pour éviter tout retour offensif de la congestion pulmonaire. On était heureusement dans la saison chaude. L'accouchement eut lieu à terme et l'enfant fut confié à une nourrice.

Ainsi, comme dans le cas précédent, des accidents pulmonaires redoutables par leur rapide généralisation (congestion, puis bronchite capillaire) furent le résultat d'une grossesse intercurrente dans un cas de maladie du cœur latente jusque-là, et, comme dans le cas précédent, c'est au cinquième mois de la grossesse que les accidents débutèrent.

Pourquoi au cinquième mois? parce qu'à cette époque de la grossesse le volume du fœtus est devenu assez considérable et ses besoins assez pressants pour que la masse du sang qui lui est nécessaire soit notablement augmentée et accroisse d'autant celle qui, dans les sinus utérins, s'en vient lui apporter les éléments de sa nutrition. D'où il suit que le travail du cœur de la mère commence vers le cinquième mois à être plus actif. On sait d'ailleurs que c'est à cette môme époque que le cœur fœtal devient accessible à l'auscultation.

Je rapprocherai de ces deux faits, presque identiques, les suivants, physiologiquement analogues, à la gravité près. Une femme atteinte d'insufflsance mitrale — toujours une insuffisance mitmle ; c'est, en effet, la plus fréquente des maladies du cœur, — atteinte, dis-je, d'insufflsance mitrale, est actuellement couchée

dans notre service de la Charité ; elle n'avait, à la fin de son troisième mois de grossesse, d'autres troubles secondaires causés par celle-ci qu'une excessive fréquence du pouls, une grande pâleur et de la dyspnée sans râles. La faiblesse était devenue telle, que cette femme avait dû cesser son travail de blanchisseuse et entrer à l'hôpital. Je ne doutais pas que la grossesse ne fût cause de tous ces accidents , et je lui fis garder le repos. Malgré la digitaline donnée progressivement à la dose de 6 à 8 milligrammes, jamais je ne pus faire tomber son pouls au-dessous de 120 ; mais cette fréquence du pouls n'était pas accompagnée de fièvre ; la température était restée à 3"? degrés. Vers le cinquième mois, et en dépit du repos, la malade restant plus souvent au lit que levée ; en dépit des précautions contre tout refroidissement, à la dyspnée s'ajoutèrent des râles congestifs aux deux bases pulmonaires et de la toux. Au sixième mois, les râles s'étaient encore étendus; ils occupaient le tiers postéro-inférieur de chaque poumon, et, à la fréquence du pouls, qui était restée la môme, s'étaient jointes des intermittences nombreuses, toutes les dix ou douze pulsations. — Je dis des intermittences simultanées du cœur et du pouls. — Ainsi la malade était entrée dans la phase d'asthénie des vaisseaux de l'hématose, et le cœur tout entier traduisait sa fatigue plus grande et sa propre asthénie commençante par l'intermittence de ses contractions.

Comme chez les deux malades précédents, tous les accidents se sont bornés au chaftip de l'hématose ; il n'y a eu d'asthénie prononcée que dans le système de la petite circulation ; le cœur droit et la grande circulation sont restés intacts ; il n'y a ou de congestions viscérales nulle part dans ce système, encore moins d'hydropisies, et les malléoles ne se sont point tuméfiées.

J'ai l'occasion d'observer attentivement les deux premières malades : M"* F... habite Paris et M»* H..., qui réside actuellement à Orléans, vient assez souvent me consulter. Chez toutes deux, l'affection cardiaque a rétrogradé vers la première phase de ces affections (palpitations, pâleur et dyspnée facilement provoquée); chez toutes deux, le cœur s'est hypertrophié considérablement, ses battements sont péniblement supportés et le bruit de souffle est des plus intenses ; chez toutes deux, enfin, la santé n'est qu'en

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