CAUSES VRAIES DE L^IRRÉOULARITÉ DU POULS. SOI
force actuelle du muscle, subordonnée elle-même à l'état de sa fibre, à l'état de son innervation, à la longue durée de sa lutte contre un obstacle, et enfin au concours d'un obstacle nouveau, le barrage commençant ou confirmé dans une partie plus ou moins considérable des capillaires de l'hématose et de l'hématopoièse par asthénie vasculaire; obstacle secondaire qui, s'ajoutant à l'obstacle primitif créé par la lésion d'orifice ou de valvule, augmente le travail du cœur et en provoque la fatigue ; d'où l'irrégularité et l'inégalité de ses contractions ?
Stokes ne s'y est pas trompé et il rapporte au muscle cardiaque, ainsi que je le fais, ce que les auteurs français ont attribué aux valvules. « Quant à l'irrégularité du pouls, dit-il, à propos des symptômes de l'afTection de la valvule mitrale, l'expérience a démontré qu'elle se rattache plus intimement à Yaltération des muscles qu'à celle des valvules du cœur. Dans une affection valvulaire, sans obstacle considérable à la circulation, et sans complication dt une lésion organique ou fonctionnelle des cavités du cœur, il n'y a rien qui puiue causer r irrégularité du pouls; il est probable que les cas où le pouls est régulier l'emportent beaucoup en nombre sur ceux où il y a irrégularité. »
Un peu auparavant, et toujours à propos des lésions mitrales, il avait dit : « Dans le plus grand nombre des cas où l'on rencontre Virrégularité permanente des contractions du cœur, et où on a voulu en faire un symptôme caractéristique (de cette affection valvulaire), il s'est produit probablement une lésion organique des cavités cardiaques elles-mêmes. En effet, on observe fréquemment une impulsion du cœur semblable à celle de l'état de santé et un pouls qui ne diffère du pouls normal ni par son rhythme, ni par sa force, ni par sa rapidité, dans les cas où existe depuis longtemps un murmure mitral manifeste (1). »
Ces citations vous font voir que je ne suis pas seul à refuser aux altérations de la «valvule mitrale toute influence directe sur la production de l'irrégularité du pouls; et j'avoue qu'il ne m'a pas été indiff'érent de trouver dans l'auteur anglais c^t appui pour ma façon d'interpréter les faits.
(1) Stokes, Traité d$s maladies du cœur et de faorle, traducUon de Sénac, p. i7« et 1T7.
l\ s^ÂI de tout ce que je viens de vous dire que Tirrégulapiié du pouls daiis les maladies du c<a^ur n'esi pas une affaire de diagnosl^^ , mais de pronostic: qu'elle a'iudique pas spécialemenl telle ou telle lésion, mais l'état anatomique et fonctionnel du muscle consécutif à cette lésion ; elle vous apprend» cette irrégularité^ non pas que la lésion orique ou vaWutaire s*est aggravée^ mais que le muscle ca^iaque est fatigué, que la maladie entre ou va entrer dans une période plus sérieuse de son évolution, que le péril va venir et qu'il tabut aviser.
Alors, en effet, vous pouvez observer, indépendamment des troubles de la petite circulation et des altérations fonctionnelles de rhématose (pâleur et dyspnée), des troubles commençants de la grande circulation avec altération fonctionnelle corvélative de rbématopoièse : des congestions se font du côté du foie, de la rate et des reins ; à la pâleur de la seconde période commence à se joindre la cyanose de la troisièipe, cyanose surtout visible aux lèvres, et à Tanémie par anoxémie commence à s'ajouter Tanémie par anhématie. St tout cela dure parfois un très-long temps; soust l'influence d'un traitement approprié, décongestionnant, où le repos joue un rôle dominateur, ki circulation de rbématopoièse se fait mieux et le pouls se régularise.
Ce qui prouve bien, s'il en était besoin, que l'irrégularité du pouls ne tient pas à la lésion valvulaire, qui, elle, n'a pas changé, bien mieuiç, qui s'est plutôt aggravée par le fait même du temps et de la fatalité de son nisuM formatwut paorbide.
Indépeudamment de l'irrégularité du pouls quant à sa force, ce qui constitue le pouls inégal^ vous pouvez observer l'irrégularité quant à son rhytbme \ ainsi ou les intervalles entre les puisasions sont ^ég^u^, et le pouls est ù'réguli'er; ou il y a absence plus ou moins périodique d'une pulsation, et le pouls est inkrmit- (eut. L'interwttence du pouls peut être isolée ^ c'est-à-dire n'eiUster qu'au pouls, bien que le cœur se soit contracté ; elle peut être simultanée h une intermittence du copur, qui ne s'est réellement pas contracté. L'intermittence que j'appelle iso/ée, a été désignée sous le nom de fausse im(firmittfince ; et je ne sais trop pourquoi, attendu qu'une intermittence du pouls ne saurait être fausse : elle est ou elle n'est pas, et quand elle est, ell^ e^t vraie.
POULS KT LÉSI6MS ÂWrÉRIELLES. aOS
DiamriiilerfBilieace du poub (aoUe^ vous eonslale» une absenee de pulsation artérielle en dépit d'iuie contraction du eœur; mais cette contraction a été inaufftsante pour faire parvenir Tondée sanguine jusque dans k totalité du réseau artériel, tt y a eu alors ce que M. Bouillaud a pittoresquement appelé un /btur pas du eceur. Souvent à te suite se produit une petite série de battements précipités.
Daqe rii^tenvUtleikoe tjwnJtenér du pomb artéri^ e| eafdiaque (interantllei^ee wm des auteurs), voiis eeaataleï i^Meiament que l'absence du pouls artériel tient & Tabsence de contraction du cœur.
L'intennittence isolée a une ûgniAoation évidemment moins sérieuse que l'intermittence simultanée, puisque si te première correspond à uae contraction ventricuteire trop faible, te seconde tient à une contraction ventriculaire nulle. Si donc l'intermittence isolée du pouls iudique une faiblesse du cœur, l'intermittence simultanée en dénote l'épuisement momentané.
Je imn iri mihrt^ fah IMt eewtotet eea ifèéstcmèm» w Ht des malade», et Jeioui 41) signalé tour letetlon avee un état plus grave du ccBVf el ém iFetaieaux ainrà qu'avec des t?eub)ea viscéraux plus pi€«oneée, quelle que fût d'ailleurs te lésion d'ofIDçe ou de valvule.
Mais l'exploration du pouls n'indique pas seulement les inégalités de force et 1^ irrégularités de rhythme des contractions du cœur ; elle traduit encore Y4(at maUrnl des arêères : leur dureté, indice de l'altération athéromateuse ou calcaire; leur flexuosité, indice de la perte de leur élasticité ; l'un et l'autre signe correspondant à une sénilité des parois artérielles prématurée ou yenne en son temps.
Cette sénilité se révèle au sphygmographe par un plateau plus ou moins prononcé. Au point de vue spécial des affections du cœur, l'existence de ce pteteau et la constatation par le toucher de ces altérations artérielles ont une liante valeur pronostiqMç, puisqu'elles apprennent que les artères de la grande circulation ont perdu une partie certainement de leur ressort élastique et
probablement de leur force contractile ; lesquels servent si puis* samment l'un et l'autre à la circulation.
Voici (fig. 23 et 24) quelques tracés de ces pouls séniles que j'emprunte à l'ouvrage de Marey (i), et où vous voyez que les principaux caractères sont, d'après cet auteur : i" une gronde amplitude du tracé par hypertrophie ventriculaire, gros volume de l'artère,
Fi». S9« ~ 85 ani.
transformation de l'impulsion cardiaque par suite d'une moindre élasticité ; 2« une ascension brusque, quelquefois saccadée, par diminution de l'élasticité qui normalement transforme le mouvement du sang du centre à la périphérie, ascension brusque qui fait ressembler le début de la pulsation artérielle au début de la systole ventriculaire ; 3"* un plateau horizontal ou ascen-
Fio. 34. — 90 ans.
dant formant le sommet de la pulsation, et établissant une nouvelle ressemblance entre la pulsation artérielle et la systole ventriculaire ; la durée de cette systole artérielle est quelquefois très-grande chez les vieillards et se traduit par la longueur du plateau ; 4* la chute brusque de la courbe après ce plateau systolique par abaissement brusque de la tension résultant du défaut d'élasticité artérielle; ce caractère n'est pas constant; 5» enfin une ligne de descente dépourvue en général de rebondissements, absence presque absolue de dicrotisme résultant encore de la perte de l'élasticité artérielle.
Indépendamment de ces caractères du pouls sénile que Marey nous a fait connaître, il a encore signalé ce fait, à savoir, que
(1) Physiologie médicali d$ la circulation, flg. iU et 133, p. 418.