LÉSIONS ULTIMES DES VALVULES DU COEUR. U
Mais n'y a-t-il pas une autre transformation également possible, je veux dire V organisation fibreuse du caillot? et ne pourrait-on pas comprendre ainsi le cas de la malade du n<> 3, dont j'ai parlé dans ma VU" leçon? 11 s'agissait, vous vous le rappelex, de végétations globukuseSy formées de tissu fibreux, parcourues par des vaisseaux et contenant du pigment hématique.
L'opinion qui consiste à considérer les végétations que nous venons de voir, comme des coagula sanguins, est celle de Laennec(l). Cependant on peut les interpréter autrement, et y voir des productions de l'endocarde enfiammé ; c'est ce qu'avaient fait Kreysig, Bcrtin et Bouillaud. En faveur de cette dernière opinion, on a invoqué l'examen histologique, qui a permis de reconnaître dans certains végétations verruqueuses les éléments prolifères de l'endocarde. Pour les végétations globuleuses, on les considère plus volontiers comme des concrétions fibrineuses.
En réalité, il y a deux sortes de végétations des valvules du cœur : i*^ des coagulations sanguines, plus ou moins bien organisées, ou même qui ne le sont nullement, véritables thromboses du cœur qui se font dans les derniers temps de la vie et par le fait d'une cachexie quelconque ; â° des proliférations, inflammatoires ou non, de l'endocarde.
Dans le cas où les végétations que nous venons d'étudier ensemble seraient dues à des dépôts de fibrine ultérieurement plus ou moins organisés, elles seraient analogues aux caillots organisés des vaisseaux et en particulier des veines ; caillots dans lesquels on a pu, par l'injection, démontrer l'existence de vaisseaux de nouvelle formation.
Quoi qu'il en soit, et c'est là le côté pratique de cette leçon, si, dans le cours d'une maladie déjà grave, vous percevez les signes d'une lésion valvulaire qui n'existait pas au début de cette maladie, comme le souffle de l'insuffisance aortique chez notre malade du n° i2, vous pourrez croire que cette lésion valvulaire est due à des végétations ultimes et porter un pronostic funeste.
En résumé, l'époque récente du développement des végéta-
(t) Laennec, Des végétations qui se développent sur les valvules et les parois des cavités du cœur, p. 3i6, t. III, de V Auscultation médiate, 1S87.
2i4 LES MALADIES DU COEUR.
lions chez nos malades, les conditions spéciales de ce développement, la texture fibrineuse des végétations les plus jeunes et fibreuse des plus anciennes, les analogies générales et locales du développement de ces végétations avec le développement des thromboses et la phlegmaiia des cachexies me portent à regarder ces végétations cardiaques de nos malades comme formées par la coagulation de la fibrine du sang.
C'est pourquoi, dans cette leçon, j'ai rapproché un fait de throm^ bose veineuse, évidemment dû à la cachexie cardiaque , de lésions valvulaires ultimes du cœur, non moins évidemment dues à une cachexie de diverse origine ; ces cas ayant été observés par nous de façon à ce que nous en connaissions les détails.
11 me semble résulter du rapprochement de ces faits que leur origine est la même, soit qu'il s'agisse de thrombose vasculaire ou cardiaque, et qu'elle consiste dans une cachexie avec dyscrasie consécutive du sang, tandis que la différence de siège est purement éventuelle. En m'éclairant des notions si précises que nous possédons sur la genèse des coagulations dans la phlegmatia alba dolens des veines, sur les lésions consécutives des parois veineuses, sur l'organisation ultérieure des caillots et le rôle réciproque du caillot sur la paroi vivante et de celle-ci sur le caillot, j'espère vous avoir fait comprendre la pathogénie de ces végétations des valvules cardiaques, phlegmatia alba non dolens du cœur, véritables stalactites fibrineuses, à l'origine desquelles la physique intervient beaucoup plus que la vie.
TIIEIZIEME LEÇON.
Traitement. — Troubles de la première période : palpitafiom, douleurs rélrO' sternales : digitale; bromure de potassium ; antispasmodiques; révulsifs. — Troubles de la deuxième période : dyspnée et anémie: révulsifs; balsamiques; aération ; ferrugineux ; hydrothérapie. -^ Troubles de la troisième période : congestions viscérales : révulsifs; expectoran Is ; drastiques ; diurétiques ; encore l'hydrothérapie; toniques; — hydropisies : mêmes moyens; diaphorétiques; dangers h éviter; mouchetures; ponctions.— Troubles de la qua-
* trième période : cachexie : on fait ce qu'on peut, et câ n'est guère.
Hydrothérapie dans les affections du cœur.
Electrisation du cœur et des vaisseaux.
Hygiène de l'individu atteint d'une affection cardiaque.
Que la lésion orique ou valvulaire n'est pas absolument incurable dans Tenfanoe.
Messieurs,
Ce que je ne saurais trop vous répéter, c'est que vous ne pouvez pas guérir une maladie organique du cœur chez l'adulte ; la seule chose que vous puissiez espérer faire — et c'est beaucoup — est de la retarder dans son évolution, de vous opposer à la venue trop prochaine de l'asthénie des vaisseaux et du cœur, à la production des congestions viscérales ainsi que de toute la série des accidents subordonnés.
Nous avons vu que, le point de départ d'une maladie organique du cœur étant une lésion orique ou valvulaire, les premiers troubles étaient tout physiques. Mais à l'obstacle physique correspond un fait dynamique, le spasme : car c'est une loi de pathologie générale que, toutes les fois qu'existe un obstacle à la fonction d'un organe canaliculé, des spasmes se produisent. Or, dans le cas particulier des maladies du cœur, ces spasmes, qui sont du désordre, et n'ont aucun effet curateur possible ; ces spasmes, qui ne facilitent pas plus la fonction que ne le font les mouvements antipéristaltiques de l'intestin dans le cas d'étranglement, ou les spasmes PETER. — Clin, méd, i. — 15
suffocants dans les cas de croup; ces spasmes sont des palpi* tatfons{\).
Rappelez-vous à cet égard ce que vous disait tout à Theure l'intéressant malade dun^'lO, atteint d'insuffisance mitrale: spontanément, et par suite de son affection, qui n'en est encore qu'à son début, il a éprouvé des palpitations ce matin.
Les palpitations, qui commencent la série des accidents cardiaques et caractérisent la première phase des maladies du cœur, ne sont pas seulement pénibles en tant que spasmes, elles ne sont pas seulement nuisibles en tant que trouble fonctionnel : elles le sont encore en ce sens qu'elles constituent la première des causes de l'hypertrophie du cœur. A tous ces titres, il importe donc de les combattre.
On arrive à ce résultat à l'aide d'un médicament dont vous avez eu maintes fois l'occasion d'apprécier la puissance d'action, et dont, en se plaçant à des points de vue absolument opposés, Bouillaud a dit qu'il était l'opium du cœur, parce qu'il en calme l'agitation; Beau, qu'il en était le quinquina, parce qu'il semble lui rendre sa tonicité ; plus simplement, c'est la digitale.
La digitale agit-elle sur le cœur ou sur les vaisseaux, et n'exercet-elle ainsi sur le premier de ces organes qu'une action indirecte? Si la digitale agit sur le cœur, quel y est son mode d'action ? Enfin quel est le résultat thérapeutique définitif quant à la circulation? Aucune de ces questions n'est résolue sans réplique.
11 me semble, d'après les recherches de M. Homolle, que la digitale agit directement sur le cœur. Ainsi, dans des expériences faites sur des grenouilles et répétées sur des chiens, ce savant médecin a constamment observé, non-seulement un ralentissement notable des battements du cœur, mais la rétraction et l'état exsangue de cet organe dans l'intervalle de ses battements (2).
On peut rapprocher de ces expériences celles de Cl. Bernard, desquelles il résulterait que la digitale met le cœur dans un état tétanique. Ainsi, chez les animaux empoisonnés par la digitale,
(!) Voir, plus loin, pour le développement de cette théorie; ma leçon sur les BéIrMssements,
(2) Expériences physiologiques surla digitale {Archiv, de méd., juillet 1861). — La digitaline, etc. [Union médicale, juin 1864), par le docteur Homolle.