TRAITEMENT DE LA DYSPNÉE CARDIAQUE
SOUS forme de pastilles par exemple, dont huit contiennent près de 5 centigrammes de kermès ; le malade les croque dans sa matinée. Je donne également volontiers Tipécacuanha sous cette forme : six pastilles, contenant iO centigrammes de poudre, dans le cours de la matinée, pour obtenir un effet simplement expectorant, dans l'espace d'une heure, pour déterminer un état nauséeux ; lequel est un bon moyen décongestif, en ce sens que, rétrécissant le calibre des vaisseaux, il active la circulation.
Je ne conseille ces agents qu'une fois environ par semaine ou par quinzaine ; c'est là une base générale de traitement, et les indications en sont surtout tirées du degré de la dyspnée.
Mais ce que je conseille d'employer presque quotidiennement, ce sont les balsamiques, et principalement le baume de Tolu, qui entretiennent à la surface de la membrane muqueuse respiratoire une salutaire hypéréraie sécrétoire.
Je donne le baume de Tolu sous forme de sirop, à la dose de 30 à 60 grammes par jour, ou en pastilles dont le malade prend une vingtaine dans la journée.
Ou bien encore j'associe le baume de Tolu à la térébenthine (un mélange à parties égales de sirop de Tolu et de térébenthine) et je prescris, lorsque existent les râles bronchiques, la tisane d'infusion de bourgeons de sapin édulcorée au sirop de Tolu.
Les pilules de Morton sont également un excellent médicament à la dose d'une à deux tous les deux à trois jours, lorsqu'il y a de la congestion bronchique.
Un moyen adjuvant qui n'est pas sans mérite, consiste à respirer fréquemment, dans le cours de la journée, un flacon de sel volatil anglais ; ces inhalations n'agissent pas seulement sur le système nerveux : elles provoquent de fortes inspirations qui, d'une part, tendent à décongestionner mécaniquement les vésicules en les déplissant puissamment; d'où le refoulement du sang qui serpente dans leurs parois; d'autre part, ces inspirations servent directement l'hématose, en faisant pénétrer dans les poumons de fortes colonnes d'air.
C'est au môme titre, mais bien plus puissamment encore, qu'agissent les bains d'air comprimé. Ces bains, où la pression est graduellement portée à 30 ou 3-2 centimètres au-dessus de celle de
Tatmosphère, agissent à la fois sur la respiration et la circulation, ainsi qu'il résulte des recherches consciencieuses du docteur Bertin (de Montpellier) (1) : sur la respiration, car la gêne respiratoire disparaît dans l'appareil, dès que la tension de Tair y atteint certaines limites. Ce fait est surtout prononcé chez les sujets atteints d'affections chroniques des voies aériennespoù la congestion joue un rôle important ; — sur la circulation, car les battements du cœur se ralentissent et se régularisent. Ce double fait est d'ailleurs compris entre des limites très-variables : la diminution dans le nombre des pulsations pouvant aller de 4 ou 5 par minute à 30, 36 et môme 45 dans le môme temps. L'air comprimé agirait sur le cœur de deux manières suivant M. Bertin : indirectement, par suite de son influence sur la respiration et des connexions de celle-ci avec les fonctions du cœur ; directement, par une action sédative.
Que ce soit par action mécanique, en comprimant les vésicules pulmonaires, ou par action chimique, en fournissant à l'hématose une plus grande quantité d'oxygèoe sous un môme volume — ou par cette double action, ou môme autrement; toujours est-il que l'air comprimé combat efûcacement les congestions pulmonaires chroniques, et, par suite, joue un rôle utile dans les affections cardiaques (2).
Pour les mômes raisons, les malades atteints d'affections du cœur se trouvent bien du séjour dans les contrées où la pression atmosphérique est le plus considérable : ainsi dans les vallées ou ,au voisinage de la mer (en évitant, bien entendu, Thumidité ou lés causes de refroidissement).
Dans tous ces cas, la pression atmosphérique s'oppose à la dyspnée, en combattant la lésion géométrique dont je vous ai parlé dans ma W leçon.
Il faut seulement avertir les malades de ne point se refroidir dans l'intérieur de la cloche ou en en sortant; un chûle ou un paletot supplémentaire y suffit. Parfois les dames ont besoin d'un chauffe-pieds.
(1) Etude clinique de l'emploi et des effets du hain d'air comprimé, par E. Bertin. 1855.
(î) Bertin, loc, cit., p. 32.
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Avant rapparition des râles bronchiques et comme moyen préventif, il faut utiliser la sympathie qui relie le contenant au contenu, les parois du thorax aux poumons, en activant la circulation capillaire de la peau de ces parois à Taide de frictions stimulantes avec le baume de Fioraventi, qu'on pratique le matin (une cuillerée à soupe de ce baume, en frictions pendant cinq minutes sur les parties antérieures de la poitrine et surtout au niveau des insertions diaphragmatiques).
A fortiori^ quand ces râles se sont fait entendre, insisté je sur les révulsifs, en commençant par le sinapisme, pour passer à la teinture d'iode, aux ventouses sèches ou même aux ventouses scarifiées.
11 arrivera que vous serez appelés pour des malades que vous savez atteints d'une affection du cœur, mais n'en ayant eu jusque-là que les accidents de la première période, et qui, tout à coup, seront pris d'accidente analogues à ceux du catarrhe suffocant ou de la bronchite capillaire généralisée. A l'auscultation, vous entendrez des râles uns extrêmement étendus, il y aura de l'expectoration rosée et même sanglante : c'est une double congestion pulmonaire qui s'est brusquement produite. Alors n'hésitez pas, ouvrez largement la veine ; appliquez ensuite des ventouses scarifiées, puis faites administrer un vomitif, en mettant, bien entendu, dans chacun de ces actes thérapeutiques un intervalle suffisant. En agissant ainsi, vous n'avez pas simplement produit une décongestion rapide et directe des poumons, vous provoquez un état demi-syncopal assez durable pour entraîner la petitesse du pouls, c'est-à-dire un rétrécissement du calibre vasculaire et, par suite, un acte décongestif ; enfin, par le vomitif, vous ne faites pas seulement vomir l'estomac, mais — passez-moi l'expression — vous faites aussi vomir les bronches.
C'est par cette médication variée, qui s'inspire des accidents et tient compte de leur cause pathogénique, que vous parviendrez pendant longtemps à prévenir ou à combattre la dyspnée et Tanémie, sa conséquence nécessaire. Et ne croyez pas qu'il soit contradictoire de signaler les émissions sanguines parmi les moyens propres à prévenir V anémie désaffections cardiaques : le sang que vous tirez avec une sage audace dans les conditions que je dé-
termine, loin de servir à Thématose, s'y opposant, est une cause indirecte et puissante d'anémie.
Nous avons vu que celle-ci était due à Tanoxémie par le rétrécissement du champ de l'hématose; il importe donc que le malade respire un air plus riche en oxygène et plus abondant, et vous comprenez ainsi le bon effet des bains d'air comprimé, du séjour à la campagne et de préférence dans des lieux peu élevés, les vallées ou le voisinage de la mer. Ici l'instinct du malade est d'accord avec la science.
Contre cette anémie commençante ou confirmée les ferrugineux sont indiqués — mais ce qui est surtout bienfaisant et ce qu'on n'emploie guère en pareil cas, c'est l'hydrothérapie. Or l'eau froide, sagement employée, a des effets complexes et salutaires.
Je la conseille sous forme de lotions froides, pratiquées à l'aide d'une grosse éponge chaque matin au réveil, et non sous celle d'affusions et encore moins de douclies en pluie, qui saisissent trop le malade et peuvent être sinon dangereuses, au moins devenir l'occasion de spasmes pénibles et inquiétants.
Ces lotions ne stimulent pas seulement la peau, elles l'aguerrissent encore contre le froid et préservent ainsi le malade des accidents que celui-ci peut provoquer.
11 vous reste encore à combattre l'imminence morbide pour les affections des voies respiratoires créée par la tendance aux congestions. A cet égard, vous conseillerez à vos malades d'éviter le refroidissement brusque, qui cause des affections inflammatoires, telles que la pneumonie ou la pleurésie , et, chez de tels sujets, peut provoquer une congestion pulmonaire active, généralisée et formidable ; d'éviter également le refroidissement persistant et surtout humide, qui produit les affections catarrhales. Ici encore l'hydrothérapie est un excellent moyen préventif. Mais j'insisterai bientôt spécialement sur cette puissante médication.
Quand la maladie cardiaque est devenue une affection générale, c'est-à-dire que la maladie est entrée dans sa troisième période, qu'il y a des congestions viscérales multiples, la thérapeutique est aussi variée que le sont les lésions et les troubles fonctionnels. Vous avez pu voir qu'il faut s'inspirer alors de l'état des