‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 84 sur 254 · TRAITEMENT DES CONGESTIONS VISCÉRALES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES CONGESTIONS VISCÉRALES

choses, qu'on ne saurait formuler de précepte positif ni précis, rien n'étant plus divers dans son aspect que la maladie cardiaque à cette période.

Cependant ce qui domine dans cet ensemble périlleux, ce sont les troubles de la circulation pulmonaire et hépatique ; ce qu'il faut, c'est décongestionner les poumons et le foie ; c'est ce que j'ai fait chez notre malade du n"" 20 de la salle Saint-Paul, qui était entré avec de l'ictère et de la dyspnée, et pour lequel j'ai employé une médication très-simple, qui s'adressait à tous les éléments en jeu. Je lui ai fait donner, dans les vingt-quatre heures, un mélange de poudre de scille, de digitale et de calomel, de chaque substance 5 centigrammes, en trois doses dans du miel; et cela tous les trois ou quatre jours. Qu'ai-je fait ainsi? Pour répondre à la question, il suffit de se rappeler ce que sont la scille, le calomel et la digitale. Celle-ci, nous l'avons vu tout à l'heure, agit sur la circulation en la- ralentissant ; mais, c'est de plus un diurétique, et elle fait ainsi coup double en spoliant le sang d'une portion de sa sérosité par la diurèse. La scille, elle aussi, est un diurétique, et c'est un fait d'observation qu'avait signalé Trousseau, que tous les diurétiques sont des sédatifs de la circulation; mais jusqu'ici nous n'avons agi que très-indirectement pour décongestionner le foie; or le calomel est un cholagogue ; il provoque des selles vertes, bilieuses, et, par le flux spécial qu'il occasionne, il tend à dégorger le foie. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'après avoir pris trois fois la dose en question, notre malade du n* 20 avait un foie revenu à son volume normal et redevenu indolent ; qu'il n'avait plus d'ictère, et, se croyant guéri, qu'il demandait à sortir.

D'ailleurs, comme les voies pulmonaires étaient engorgées à un très-haut degré, je lui avais fait prendre 3 grammes de térébenthine sous forme de perles, afin de provoquer une hypercrinie bronchique bienfaisante. A la suite de cette médication, vous l'avez vu devenir frais, presque rosé, et c'est dans cet état qu'il est sorti. Malheureusement, c'est un ouvrier, et la rude hygiène que lui fait sa misère sociale le fera bientôt retomber dans l'état d'où nous l'avons momentanément tiré.

Quand, plus tard, les hypérémies sont plus intenses encore et

plus généralisées, il importe d'agir avec une plus grande énergie, par les drastiques et les diurétiques. Ces derniers, toutefois, devront être donnés avec prudence, afin de ne pas s'exposer à irriter le rein, déjà peut-être morbidement excité jusqu'à Talbuminurie. Un drastique très-bien supporté est Teau- de-vie allemande, ou teinture alcoolique de jalap composée. Vous verrez dans les formulaires qu'elle peut se donner à la dose de 30 ou 40 grammes ; gardez-vous bien d'en administrer de pareilles doses ; vous pourriez déterminer alors des superpurgations cholériformes, qui jetteraient dans une asthénie redoutable votre malade, épuisé déjà. Vous m'avez vu donner souvent cette eau-de-vie allemande à la dose de 5 grammes seulement et obtenir ainsi quatre à cinq selles bilieuses remarquablement bienfaisantes ; que si la dose était trop faible, je l'ai quelquefois doublée, toujours avec avantage et sans danger.

Je vous rappellerai, entre autres, le malade qui était couché, il y a un mois environ, au n» 21 de la salle Saint-Paul. Ce qui dominait chez lui c'était l'œdème pulmonaire, associé à l'emphysème ; son cœur, d'ailleurs, et ses vaisseaux avaient été fort malmenés par l'alcoolisme. Le \0 mai, je lui prescrivais 5 grammes d'eau-de-vie allemande; il alla abondamment à la selle, une dizaine de fois, dit-il, et fut si bien soulagé que, le 13 mai, il quittait l'hôpital sur sa demande.

Je donne souvent, et avec grand avantage, un électuaire drastique, dont je dois la formule à l'un de mes bons maîtres, It professeur Cruveilhier. Cet électuaire est ainsi composé :

^ Poudre de séné 4 grammes.

— de scammonée 1 —

— de gomme gutte 30 centigrammei.

— de Jalap 4 grammM.

Sirop de nerprun.. . * 80 -«

Miel 30

On en donne une cuillerée à café le matin, et l'on porte la dos« à deux ou trois s'il est nécessaire.

En pareil cas encore, le vin diurétique de Trousseau ou de

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