TRAITEMENT DES CONGESTIONS VISCÉRALES
THÔtel-Dieu agit également bien à la dose de 50 à 100 granames par jour. Trousseau en a donné ainsi la formule :
ly Vin bUne 750 crr^mmit.
Baips de genièvre 50 «^
Scille 5 —
Digitale 10 —
Faites macérer quatre jount. Ajoutei :
Acétate de potasse 15 —
Filtrez.
Dans ces conditions, j'ai souvent observé, ce que vous potlrrez observer à votre tour, qu*à la suite de Tadministration d'un drastique à un malade qui, par son affection cardiaque, a de l'albuminurie, la quantité d'albumine diminue dans les urines proportionnellement à l'abondance des évacuations alvines. Alors également, si, comme il arrive le plus souvent, le malade a de l'anorexie et souffre de ses mauvaises digestions, il demande à manger et digère mieux dès le lendemain du purgatif.
Pour agir sur la masse du sang à mouvoir et soulager immédiatement le eœur, il est un moyen puissant, la saignée générale. Celle-ci serait d'ailleurs mieux indiquée à la phase congestive de cette troisième période qu'à sa phase hydropique, et ne l'est que dans les cas urgents où la dyspnée est intense, comme la congestion hépatique considérable. Elle est alors bienfaisante et soulage instantanément les malades à ce point qu'ils la réclament de nouveau ; à vous de ne pas céder à cet imprudent désir. Jamais vous ne m'avez vu employer ce moyen à l'hôpital : d'abord, parc^ que nous avons affaire à une population débilitée, anémique de fondation ; ensuite, parce que les malades nous arrivent généralement à celte dernière période de leur affection, où la saignée ne pourrait que les aider à mourir. Mais en ville, mais à la campagne surtout, vous vous trouverez en présence d'individus d'une autre race, pléthoriques, que la saignée soulagera manifestement; gardez-vous seulement d'en abuser et de précipiter ainsi la venue de l'anémie, à laquelle les prédispose leur affection. Ce sontde petites saignées et non de grandes qu'il faut faire ; et vous comprenez qu'il ne s'agit pas ici de ce traitement barbare, préconisé par Valsalva, et justement abandonné aujourd'hui. La saignée, qui com-
bat les congestions, tend, si elle est trop abondante ou trop fréquemmentrenouvelée, à ramener ces congestions en affaiblissant le cœur, les vaisseaux et l'organisme, comme aussi en appauvrissant le sang. Elle est contre-indiquée, dit Monneret, dans les cas d'anémie, quand il y a de l'embonpoint, qui s'accompagne d'une trèsimparfaite réaction ; dans la vieillesse, ou quand il y a de l'emphysème et une expectoration très-difficile.
Un moyen aussi bienfaisant et moins périlleux est la saignée lo^ cale, pratiquée à l'aide de sangsues ou de ventouses appliquées au niveau des viscères congestionnés. Nous avons au n<» 10 de la salle Saint-Charles une malade atteinte de rétrécissement aortique et qui est entrée avec une dyspnée en rapport avec l'état de ses voies respiratoires. Je lui ai fait dès l'abord mettre des ventouses scarifiées à la base de la poitrine, après quoi je lui ai donné de la digitale et de l'éther. Elle a été rapidement soulagée, et, ses accidents dyspnéiques passés, grâce au bon état de son tube digestif, elle a eu bien vite refait le sang qu'on lui avait retiré.
Puis vous m'avez vu, en pareil cas, employer une thérapeutique également efficace : chez le malade du n° 8, j'ai fait mettre des vésicatçireSf qui le soulagent assez sensiblement pour qu'il en réclame lui-môme l'application nouvelle. Vous comprenez que ce soit là une ressource précieuse quand l'anémie vous empêche de recourir à la saignée, même locale. Or cet homme est profondément anémique, de par son alcoolisme qui, en même temps qu'il altérait son cœur, rendait ses vaisseaux athéromateux et son foie cirrho tique.
Ici, je veux vous parler encore une fois de la digitale. On la donne volontiers et d'une façon presque banale dans les maladies du cœur; cependant il faudrait bien se garder de la prescrire sans réserve dans la période d'asthénie cardio-vasculaire, attendu qu'elle diminue la force contractile du cœur sans diminuer la masse du liquide à mouvoir; aussi, dit Monneret, est-elle alors plus dangereuse que la saignée qui, elle au moins, diminue du môme coup la masse à mettre en mouvement et la force motrice. Cependant quand il y a désordre tumultueux des contractions du cœur, que les palpitations sont péniblement supportées,