ENGOUE LA DYSPNÉE CARDIAQUE
donnez-la sous forme de digitaline, à la dose de i à 3 granules par jour, en en surveillant attentivement l'action, et arrêtez-vous dès que les contractions cardiaques seront suffisamment régularisées. Abstenez-vous d'en prescrire quand les contractions sont faibles, qu'il y a de la cyanose, des congestions viscérales intenses, de l'assoupissement, quand il y a, comme disait Corvisart, anévrysme passif; mais stimulez plutôt le cœur et les vaisseaux à l'aide de frictions avec des teintures alcooliques, et donnez à Tin* térieur le quinquina, les alcoolats aromatiques de cannelle, de menthe, le vin, l'eau-de-vie de Cognac, l'éther, Tacétate d'ammoniaque et surtout le café. C'était la pratique de Monneret, auquel elle a réussi dans des cas presque désespérés ; je la lui ai vu employer étant son interne, je l'ai employée devant vous, et vous en avez pu constater l'efficacité.
Au nombre des symptômes les plus redoutables contre lesquels vous aurez à lutter, se trouve la dyspnée cardiaque. Dans la première période, toute physique, des affections du cœur, elle est liée, comme les palpitations auxquelles elle s'associe ou à l'occasion desquelles elle se montre, aux troubles physiques de la circulation intra-pulmonaire, et se calme comme elles par une petite quantité de digitale ou même, mieux encore, par un peu d'éther sulfurique ou acétique; celui-ci est préféré par certains malades (20 à 60 gouttes dans la journée).
Dans la seconde période, la dyspnée résulte de la lésion géométrique des vésicules, le plus grand volume de la paroi par dilatation des capillaires ayant rétréci la cavité vésiculaire. Tout ce qui peut alors dégorger les vaisseaux pulmonaires calmera cette dyspnée, et je vous ai signalé précédemment les principaux agent* à mettre en œuvre.
Enfin, dans la troisième période, la dyspnée est la conséquence de l'asthénie cardio-vasculaire, d'où résultent d'abord la congestion pulmonaire, puis l'œdème des bases, à la fin de cette période d*astliéaie. Eh bien, c'est dans ces cas que j'ai surtout vu réussir le bromure de potassium. Des individus, infiltrés par la base de leur corps comme par celle de leurs poumons, qui étaient obligés de passer la nuit dans leur fauleuil, où ils trouvaient un sommeil bien peu réparateur, pouvaient, deux h trois jours après avoir pris le PKTBR. — Clin. mM, 1. — 16
médicament à la dose de 2 à 6 grammes, se coucher dans leur lit horizontalement et dormir un grand nombre d'heures de suite. L'amélioration persistait un long temps et je tenais néanmoins le malade pendant une à deux semaines encore sous Tinfluence du bromure à la dose de 1 à 2 grammes.
Ce médicament ne réussit pas seulement dans le cas de dyspnée paroxystique analogue à celle de Tasthme» mais dans la dyspnée continue, sans exacerbation, et telle qu'on l'observe si souvent à la période avancée et presque cachectique déjà des affections cardiaques. Le professeur Germain Sée le donne constamment avec succès dans ces cas; et je le donne h son exemple avec un succès égal.
Quant à Vimomnie, si persistante et parfois si pénible, que vous avez pu observer, comme moi, chez des malades atteints de lé* sions de l'orifice ou des valvules aortiques, elle tient, comme la douleur cardiaque, avec ou sans laquelle elle existe, à un trouble de l'innervation du cœur réagissant par action réflexe ou sym* patbiquement sur l'encéphale, et non pas à un état matériel quelconque de celui-ci, tel que Toligaimie, par exemple, qu'on pourrait invoquer dans le cas d'insuffisance aortique. En effet, chez le malade atteint de cette affection, dont je vous ai parlé dans ma II« leçon, il y avait, au contraire, en même temps que l'insomnie, une congestion passive du cerveau. Eh bien, gardez-vous de combattre cette insomnie par des opiacés, qui achèveraient d'enlever l'appétit, déjà si médiocre; mais donnez encore le bromure de potassium à assez haute dose, deâà6grammes, ou le chloral, qui parfois réussit mieux ; ou bien encore associez ces deux médicaments à la dose de 2 grammes du premier pour i du second. Ces médicaments sont encore indiqués dans les cas de troubles nocturnei survenant tout à coup pendant le sommeil, qu'ils suspendent brusquement, et qui consistent dans une dyspnée intense assez analogue à un spasme glottiqi^* dans une sensation de strangulation, phénomènes de trach^^nie, que j'ai vus se produire au cas de lésions de l'orifi^ aortique (rétrécissement caractérisé par un bruit de souffle au premier temps, à la base, et sans anévrysme de l'aorte, bien entendu) et que je crois ri^sulter d'un phénomène réflexe bulbaire, ayant