‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 97 sur 254 · TROUBLES FONCTIONNELS. Î · texte numérisé non relu

TROUBLES FONCTIONNELS. Î

Et d'ailleurs tout cela est nécessaire.

Nous no devions pas avoir à nous occuper des mouvements de la vie organique ; de sorte que la mise en action des muscles préposés à ces mouvements devait avoir son origine au lieu môme de sa production et au moment de Tacte; la sollicitation devait partir de Yobjei môme qui devait être mû. Ainsi les muscles de la vie organique, soustraits à la volonté, ne pouvaient avoir qu'une sensibilité inconsciente et n'agir que par action réflexe; le point de départ de leurs mouvements devait consister dans une sensibilité locale ; de sorte que toute irritation locale y est une sollicitation à la contraction locale, de sorte enfin que la douleur, qui est une irritation exagéréCy y entraîne le spasme, qui n'est qu'une action exagérée.

Tout rétrécissement peut donc se compliquer d'un ensemble de phénomènes où le spasme joue son rôle, et dont je vais essayer de vous faire voir l'enchaînement symptomatique.

Et d'abord, dans tout rétrécissement il y a trouble fonctionnel du canal modifié dans ses dimensions : y a-t-il rétrécissement des voies aériennes, vous constaterez la dyspnée ; s'agit-il d'un rétrécissement de l'intestin, comme notre malade nous en offre un exemple, vous observerez un arrêt plus ou moins complet des matières fécales. La notion du trouble fonctionnel propre à chaque canal doit être induite de la notion physiologique que vous avez de ce canal. Voilà un premier fait d'ordre physique.

En voici un deuxième d'ordre dynamique : c'est le spasmCy qui s'ajoute au rétrécissement et en aggrave plus ou moins les symptômes, selon son intensité.

En troisième lieu se manifestent des phénomènes d'un ordre plus général : c'est le trouble consécutif à la fonction troublée, lequel est proportionnel à l'importance physiologique de l'organe altéré, et alors surviennent les troubles fonctionnels généraux. C'est ainsi que, dans le rétrécissement intestinal, l'appétit diminue, les digestions se font mal : tout l'organisme souffre. C'est ainsi que, lorsque le rétrécissement siège dans un point des voies aériennes, on voit survenir la dyspnée, l'orthopnée, et finalement l'asphyxie avec ses terribles conséquences. C'est ainsi enfin que si les voies circulatoires sont rétréciesen quelque point du cœur, on PETER. — CWn. méd. i. — «»

voit se produire les palpitations qui ne sont que des mouvements spasmodiques temporaires de Torgane. En effet, les individus atteints de maladies cardiaques ne sont pas seulement exposés aux accidents qu'entratne la gêne permanente de la circulation, ils sont encore sujets à des troubles d'origine spasmodique, qui augmentent temporairement la gravité des symptômes.

On observe enfin un quatrième fait : c'est la dilatation en amont du canal rétréci. Aussi, voyez-vous chez le vieillard du n' 22 un ballonnement qui donne à son ventre un volume disproportionné avec l'apparence amaigrie des parties supérieures de son corps.

Ainsi, messieurs, il y a dans tout rétrécissement des phénomènes comparables, et qui ne diffèrent qu'en raison de l'importance physiologique du canal altéré. Vous pouvez donc toujours, et c'est à cette conclusion que je veux arriver, induire d'un rétrécissement quelconque tout l'ensemble des symptômes auxquels il peut donner naissance.

Un point reste à élucider; notre malade n'a phis de spasme, bien qu'il ait toujours un rétrécissement, et par suite les vomissements stercoriformes ont également disparu. Comment peut-on comprendre cette disparition complète de la cause productrice du spasme? Ici nous sommes obligés de nous en tenir à des probabilités ; et d'abord, je vous ai dit que nous nous trouvions en présence d'une affection cancéreuse de l'intestin. Eh bien, supposons que la maladie ait son siège en dehors de la paroi intestinale, que par exemple les ganglions mésentériques soient atteints; or ces ganglions peuvent avoir changé de place, et la paroi de l'intestin a pu ainsi échapper en partie à la compression. Faisons, si vous le voulez bien, une autre supposition : cette fois, admettons que c'est bien la paroi intestinale qui a été atteinte par le cancer; ne peut-il pas arriver que la masse morbide s'ulcère et subisse une notable diminution de volume ? Alors, le spasme vînt-il à se produire, il est hors d'état d'empêcher la circulation des matières alvines dans un canal revenu à ses dimensions primitives. Enfin, il peut se faire une destruction de la paroi qui, intéressant à la fois la membrane muqueuse et la couche musculaire, supprime du mdme coup et la sensibilité qui est le point de

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départ de toute contraeture réflexe, et l'ôlément contractile, sans lequel on ne peut comprendre la production de cette contracture. Voilà comment on peut se rendre compte de la disparition des phénomènes spasmodiques cbee notre malade. Un fait me porte à croire que c'est à l'ulcération de la masse cancéreuse qu'il faut attribuer la diminution des accidents ; il y a eu, en effet, plusieurs Jours de suite une diarrhée extrêmement fétide et comme ichoreuse; toutefois, je me hâte d'ajouter que je n'ai trouvé dans les matières aucun lambeau de muqueuse ulcérée, ni aucun produit cancéreux.

J'ai donc été amené, messieurs, h propos d'un cas particulier, à vous faire la pathogénie des accidents qui peuvent accompagner tout rétrécissement, et Je vous al fourni, à l'appui de la loi que je pense vous avoir suffisamment démontrée, des preuves physiologiques, cliniques et pathologiques. Rappelez-vous donc que tout rétrécissement entraîne le spasme, et que l'Irritation nécessaire à la manifestation du spasme local peut consister en une lésion matérielle ; que l'Irritation est assez souvent la conséquence de manœuvres chirurgicales, comme il arrive à la suite du cathétérisme ; qu'enfin le contact de matières Irritantes, telles qu'un calcul, telles que l'urine ou les matières fécales arrêtées et altérées est capable de la déterminer.

Vous pourrez ainsi, étant donné un rétrécissement, prévoir par analogie les phénomènes auxquels il donnera nécessairement lieu. Et voilà qu'à propos d'un cas particulier, je vous ai fait une leçon de pathologie générale, déduite de la clinique; c'est que la clinique n'est rien moins que la pathologie illustrée par le malade. En effet, sachez-le bien, le cas du malade du n» 22 n'est pas un fait individuel, mais un fait général.

En résumé, messieurs, tous les conduits rétrécis peuvent présenter des phénomènes semblables, parce que leur structure est analogue. Les conduits biliaires ont leur spasme, comme le cœur a le sien, qui se nomme palpitation. Le larynx se convulsé dans le croup, et il en est ainsi des petites bronches dans la bronchite capillaire; dans ce dernier cas, les petites bronches sont rétrécies par les produits Inflammatoires, et de temps à autre l'Irritation de la muqueuse aérienne amène une suffocation spasmodique

d'autant plus grave que le spasme se produit sur une étendue considérable. La même pathogénie rend compte des accès d'asthme dont vous avez un exemple au n<»i6 de la salle Saint-Charles; l'asthme, en effet, n'est souvent que l'expression spasmodique d'un rétrécissement par fluxion des canaux bronchiques. Le processus est encore ici identique à celui que je vous exposais tout à l'heure ; il y a toujours une irritation primitive, qui est le point de départ d'une dyspnée réflexe suffocante, due aux spasmes des muscles de Reissesen. Dans la coqueluche, c'est encore le même mécanisme, mais se produisant alors du côté du larynx.

En fait, messieurs, ce que j'ai voulu vous démontrer, c'est l'existence de cette loi générale, à savoir, que o tout rétrécissement s'accompagne de spasme , » et que « la cause prochaine de ce spasme est l'irritation. »

Le corollaire thérapeutique de cette loi , c'est l'intervention des antispasmodiques dans le traitement des rétrécissements, et l'action puissante en pareil cas de la belladone .

Rappelez-vous donc, à propos du fait isolé que je viens d'étudier avec vous, la loi générale que j'en ai déduite, et dont vous connaissez maintenant la formule.

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