DOUBLE ATROPHIE OPTIQUE AVEC AMAUKOSE TOTALE
sinus contourne le canal en haut en se prolongeant par un diverticule dans la base de la petite aile du sphénoïde. La paroi de séparation en est mince, papyracée et parfois percée de trous par ostéoporose, auquel cas la muqueuse sinusique et la gaine dure-mérienne du nerf se touchent ; vous concevez, dès lors, combien la propagation d'une sinusite à la portion intra-canaliculaire du nerf, qui se trouve ainsi comprimé et comme étranglé par le gonflement de ses gaines, se réalise facilement. En supposant que les choses se soient passées de la sorte, on s'explique l'atrophie descendante et l'amaurose consécutive.
Plus difficile est l'interprétation de l'atrophie du nerf optique du côté opposé ayant eu pour conséquence lhémianopsie temporale gauche, avec réduction notable de l'acuité visuelle. On pourrait penser tout d'abord à une double sinusite sphénoïdale, soit d'emblée, soit après perforation de la cloison intersinusique, mais, outre que la sinusite sphénoïdale bilatérale ne constitue pas un type commum, il faut songer à l'épaisseur de la cloison, qui rend toute communication de l'inflammation d'un sinus à l'autre impossible ou tout au moins moins fréquente que pour les sinus frontaux ; d'ailleurs cela expliquerait mal le fait de l'hémianopsie, par atrophie des fibres qui se rendent à la moitié nasale de la rétine gauche. Il me parait dès lors plus probable que la lésion de la portion intra-canaliculaire du nerf optique droit s'est propagée jusque dans la moitié correspondante du chiasma et à la bandelette du même côté d'où proviennent les fibres chiasmatiques entre-croisées : de la sorte, une seule sinusite à droite suffirait pour nous expliquer l'atrophie que nous constatons sur les deux nerfs optiques, et pourquoi cette atrophie, complète à droite, est incomplète à gauche. En supposant que, plus Panas. — Leçons. 18
tard, l'amaurose devint totale sur l'œil gauche, il y auraitlieudese demander si la lésion du sphénoïde ou des méninges attenantes ne s'est pas propagée d'un canal optique à l'autre le long de la gouttière de même nom, car, vous le savez, les fibres optiques qui innervent la moitié temporale de la rétine du côté opposé sont directes et proviennent du tractus correspondant.
Le fait clinique important qui ressort de l'analyse de notre malade, c'estleretentissementde l'affection ozéneuse sur les tractus optiques : un tel méfait n'est pas le seul, et vous observez des cas où la lésion nasale gagne directement la cavité crânienne , en se propageant à travers la lame criblée de l'ethmoïdeet donnant lieu à une pachyméningite de la base, sans fracas. En pareil cas, il faut explorer avec grand soin les perversions de l'odorat par lésion des filets et bulbes olfactifs. Il m'est arrivé dans certains cas d'amblyopie progressive, avec ou sans altérations ophtalmoscopiques de la papille, de diagnostiquer l'origine nasale de l'affection. Il en était ainsi chez une malade de la ville, que j'ai examinée avec mon confrère et ancien élève Chevallereau, chez laquelle nous avons attribué l'amblyopie progressive accompagnée de dysosmie à une rhinite chronique : quelques mois plus tard, cette malade succombait avec des accidents méningitiques confirmant la gravité du pronostic porté.
Un autre retentissement que j'ai cherché à établir, c'est celui qui se produit des fosses nasales vers l'orbite ; on y trouve toute une classe d'ostéo-périostites avec ou sans suppuration, puis envahissement du labyrinthe ethmoïdal, ou des cellulites orbitaires chroniques, pouvant simuler un sarcome.
Vous voyez, d'après ce que je viens de vous exposer, combien il importe aujourd'hui de bien connaître les