‹ Leçons de clinique thérapeutique; (volume 2)Chapitre 12 sur 48 · TRAITEMENT DES TROUBLES SECONDAIRES DUS AUX AFFECTIONS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES TROUBLES SECONDAIRES DUS AUX AFFECTIONS

AORTIQUES

Sommaire. — Du nitrite d*amyle. — Son action physiologique. — Son application aux maladies du cœur. — Son emploi thérapeutique. — Des contre-indications du nitrite d'amyle. — De la trinitrine. — Son mode d'administration. — De l'angine de poitrine. — De son traitement, — De la névrite du plexus cardiaque. — Des révulsifs. — De la cicutine. — Du bromure de potassium. — De Tantipyrine. — De Tiodure d'éthyle.

Messieurs, dans la leçon précédente nous avons vu que, dans les affections aortiques, la morphine ou les opiacés avaient pour but non seulement de combattre l'anémie résultant du trouble apporté à la circulation artérielle par la lésion des valvuves sigmoïdes, mais encore que ces préparalions pouvaient combattre aussi et la dyspnée, si fréquente dans ces affections et les phénomènes angineux qui les accompagoent. Je vais vous montrer, messieurs, que d'autres médicaments peuvent atteindre le même but, et je commencerai tout d'abord par l'étude de deux substances : le nitrite d*amyle (i) et la trinitrine, et vous verrez que cette dernière

0) Découvert en iSU par Balard verdâtre, d'une densité de 0.877; sa le nitrite d*amyle s^obtient par Tac- vapeur est légèrement rutilante; il tion de l'acide nitreux sur Fhydrate est volatil, bout vers 99* quand il d*amjle C*H<>0| et sur Tamylamine est complètement anhydre ; détone CH«Ai; du nitrite de potasse sur vers 260". S'il est récemment prenne solution chaude de chlorhydrate paré» sa réaction est neutre; mais, d'amyIamineC5H**AzCl;deracideni- au contact de l'air et de Teau il sV triquc sur Talcool amylique (Wûrtz). cidiOe par la formation d'acides va- Le nitrite d'amyle, qui a pour for- lérianique^ nitrique et nitreux ^ et mule G*H^^AzO^, est on liquide jaune perd ses propriétés physiologiques;

Du nilrito d'aroyie.

mérite désormais de rester dans la thérapeutique des affections cardiaques aortiques.

Bien que découvert en France par Balard, en 1844^ c'est cependant surtout aux médecins anglais qu'on doit la connaissance des propriétés physiologiques et thérapeutiques du nitrite d'amyle. Guthrie ouvre la marche en 4859; il est bientôt suivi par Benjamin Richardson (1863), Gamgee,

Pour lui enlever son acidité et lui rendre sa pureté, 0. Berger conseille d'y ajouter un fragment de chlorure de calcium sec et une petite quantité de magnésie calcinée.

Le nitrite d'amylc est insoluble dans Teau, mais soiubie dans l'alcool rectifié.

Il faut être prévenu que dans le nitrite impur on peut trouver une plus ou moins grande quantité d'acide cyanhydrique.

. Effets locaux. — Appliqué sur la peau saine» intacte, il ne produit rien ; sur les muqueuses, il provoque de la vésication.

Injecté sous la peau, il ne cause pas d'irritation; mais, appliqué sur le tissu musculaire, il en détruit le pouvoir fonctionnel. 11 peut être considéré comme un poison musculaire (Pick, firunton). Appliqué sur le cœur d'une grenouille, il amène le ralentissement graduel des contractions, puis la paralysie de l'organe. Chez les lapins, au contraire, il provoque une augmentation de fréquence du pouls.

Ingéré par la bouche ou inhalé, il n'a que peu d'action sur le tube digestif ; quelques malades ont eu cependant des nausées et des vomissements.

Circulation. — Il donne naissance à quatre ordres de phénomènes : accélération du pouls, dilatation des

dernières ramifications artérielles, diminution de la pression vasculaire, et abaissement de la température centrale. Quelques gouttes versées sur un mouchoir et inhalées amènent un raptus congestif du côté de la tôte; sensation de plénitude vasculaire, lourdeur de tète, battements des carotides et des temporales ; accélération du pouls (120-180), augmentation et quelquefois irrégularité des battements du coeur.

Le visage devient rouge vermillon, légèrement cyanose; les conjonctives oculo-palpébrales, les lèvres, la langue et les muqueuses buccales sont injectées. Quelquefois on note des éblouissements, des vertiges, du trouble dans les idées, une ivresse passagère. Dans quelques cas exceptionnels, on a constaté la pâleur de la face, de violents vertiges, la perte de connaissance même (S. Ringer).

D'après Goodhart et T. Jones, la rougeur de la face n'arrive que âO ou 30 secondes après l'inhalation, tandis que l'accélération du pouls se montre après 2 ou 3 secondes. Donné à haute dose d'emblée, le pouls tombe brusquement et remonte ensuite à un chiffre très élevé (Bour* neville, Marsat, van Ermengem).

Respiration, — Elle est d'abord accélérée, puis elle diminue.

Les sécrétions sont parfois augmentées : sueurs profuses (Pick), glycosurie (Hoff'mann), diurèse plus

L. Brunton, Haddon, Forster, Farquarhson, Horatio, Wood, etc., qui montrent le parti qu'on peut tirer du médicament; en Allemagne, R. Pick, Guttmann et Eulenberg, Bemheim, Filehne, etc., étudient aussi les propriétés de ce corps.

En France (1873), depuis le travail de Amez-Droz, publié dans les Archives de physiologie, quelques études furent

abondante (Hoffmann, Rutherford, Gattmann).

Sur les animaux, le nitrite d*amyle provoque d'abord les mômes phénomènes que chez Thomme; mais, si OD force la dose, on note de la titubation, des tremblements, quelques eootractions tétaniques attribuées par Wood à Texcitation du bulbe par le sang altéré sous Tinfluence du poison, puis la résolution musculaire et le relâchement des sphincters.

En même temps, gène de la respiration, pâleur de la peau et des mu-> qoeases. Poussé à doses excessives, le nitrite tue par arrêt des mouvements respiratoires.

Boumeville, dans ses expériences sur les chats et les lapins, a constaté que la température baisse généralement et si les inhalations sont faites d*ime manière progressive, avec des intervalles pendant lesquels on laisse Tanimal respirer librement, il pont y avoir abaissement de 8 à

9 degrés au-dessous du chiffre normal. La respiration diminue de fréquence chez ranimai soumis â Tinfluence du nitrite d'amyle.

D'après H. Wood, l'inhalation du nitrite d'amyle amène un abaisse* ment de la température (1 à 2 degrés); pour Goodhart et Ladendorf, il y a, au contraire, élévation; chez l'homme elle serait constante et pourrait persister pendant plus d'une heure.

Action sur le sang. — Rabuteau range ce corps parmi les poisons hématiques, le sang d'un animal empoisonné ne présente plus le spectre de l'hémoglobine, et est devenu acide. Ladendorf et Wolf disent avoir constaté que les vapeurs de nitrite d'amyle produisent une vive agitation des globules; le contact direct du nitrite les dissout et leur donne une teinte de laque ; les vapeurs elles-mêmes finissent par le^ dissocier (a).

(«) Bilard, Ann. de ch. tl de phys,, t. XIL — 'Personne, Journ. de pharm.y t XXVI et XXVII. — Guthrie, Journ. of the Chem. Soc, t. XI. — B. Richardson, Med. Times and Ca»., t. II, 1863 ; id., 1864 ; BriL and for. Rev., t. LXXXI, 1868; Mti. Times and Ga*., 1870. — Gamgee, Phil. Transact., 1868. — L. Brunton, \&eriehte und die Verhandl. der kônigl. Sachs. Gesellsch. der Wissensch. z. LeipiiÇy 1868-1871. — Goodhart, The Praclitioner, 1871. — R. Pick, Ueber das Amylnilril •. I. ther. Anwen.f Bonn, 1874. — Guttman et Eulenberg, ReichkerVs Arch.y 1873.

— Bembeim, Pflugefs Arch. fur Phys.j YlII. — Filehne, Arch. f. die Gesellsch. Phys., Hefl 8-9. — Ladendorf, Berlin, klin. WochenschrifU 1875. — Bourncville, So€. biolog.y 1875, et Progrès méd.y 1874. — Ycyrières, De V action ihérap. et pkysiol. du nitrite d'amyle. Thèse de Paris, 1874. — Rabuteau, Soc. de hioL, 1875.

— A. Marsat, Des usages thérap. du nitrite d'amyle, Paris, 1875. — C. Paul, Soc. ^ Ihérap.y 1875. — E. van Ermcngom, Etude sur le nitrite d'amyle, Louvaln, 1876.

nitrile

faites, et nous devons citer le mémoire de Boumeville, les thèses de Marsat et de Veyrières. En Belgique, signalons la monographie publiée récemment à l'université de Louvain, sur ce sujet, par le docteur van Ermengem. Action Le nitrite d'amyle, ou éther amylnitreux, possède la sin- ^quTdu gulière propriété de provoquer une congestion très marquée de la face. Il suffit pour produire ce phénomène, ainsi que bien souvent vous en avez été témoins dans nos salles, de répandre sur un mouchoir quelques gouttes de ce nitrite, liquide très odorant, qui rappelle assez bien Todeur de certaines poires, puis de le faire respirer immédiatement au malade. On voit, au bout de quelques secondes, la face se congestionner, l'œil devenir brillant, le malade accuser môme des vertiges, la peau augmenter de chaleur et le pouls de fréquence; en quelques minutes, l'action du médicament est à son apogée, puis bientôt tout rentre dans l'ordre, et il ne reste plus trace, au bout de quelques minutes, de ce qui s'est passé. Ces phénomènes si marqués du côté du visage, à la dose de 5 à 10 gouttes, deviennent beaucoup plus accusés à dose plus forte : dans ces cas, la face prend une teinte violette, et la congestion est si violente, que le sang paraît prêt à sortir à travers la peau et les muqueuses.

Cette congestion si prononcée de la face atteint aussi l'encéphale; pour s'en rendre compte, il suffit d'expérimenter sur un animal trépané; onvoîtmanifestement à chaque inhalation se produire une congestion très vive au cerveau qui devient turgescent et fait saillie à travers l'ouverture de la voûte crânienne (1).

En même temps qu'il y a congestion cérébrale, il y a

(I) G. Bader, oculiste à Guy's Hos- Engelmann, Steketee, Mac Bride,

pital, dil avoir constaté, à Tophtal- SchûUer, etc., ont constaté, chez des

moscope, Taugmentation de volume animaux trépanés, l'injection vive des

des artères et des veines rétiniennes vaisseaux des méninges et la tuiles-

ainsi que des vaisseaux de la pupille; cence du cerveau lui-même; d'après

modification du pouls, il augmente de fréquence, sa ten« sion diminue, et, si TefFet est trop prononcé, il devient irrégulier.

Je ne veux pas vous faire ici Thistoire physiologique du nitrite d'arayle (1) ; ce serait, je Tavoue, une étude extrêmement intéressante, et donnant lieu à des discussions physiologiques importantes, mais cela nous éloignerait trop de notre sujet. Sans discuter ici les diverses explications physiologiques que Ton a proposées pour rendre compte de cette congestion si vive de la face, soit que Ton adopte l'idée de Richardson, qui veut que le nitrite d'amyle ait une action directe et immédiate sur le cœur, dont il augmenterait les contractions, soit qu'on admette qu'il agisse particulière-

SchûUer, la dilatation des vaisseaux de la pie-mère serait très apparente, après trois à cinq inspirations de nitrite d*amyle (a).

(1) Pour Richardson, le nitrite d*amyle est un stimulant du cœur et la dilatation des vaisseaux est due à la suractivité du muscle cardiaque.

Pour Bernheim et Filehne la dilatation des vaisseaux et la diminution de tension artérielle sont d'origine centrale, et s'expliquent par une dimination de la tonicité vasculaire; pour Steketee et Engelmann, ce phé« oomène dépend d'une action réflexe suspensive exercée sur les centres vaso-moteurs rachidiens. L. Brunton, Pick et d'autres observateurs admettent que le nitrite d'amyle agit directement sur les fibres lisses des vaisseaux, comme sur les fibres contractiles en général» en les paralysant.

Amez-Droz, 0. Berger, Schram, Mayer et Friedrich attribuent à la

dilatation vasculaire une origine périphérique, tandis que Huizinga, d'après ses expériences sur la membrane intcrdigitale des grenouilles, l'explique par la diminution d'activité tonique des cellules nerveuses existant dans la paroi des vaisseaux ; d'autres invoquent l'irritation des fibres musculaires dilatatrices par un sang chargé d'acide carbonique ou une vive stimulation musculaire, à laquelle succède promptement un état de paralysie et de dilatation (Amez-Droz).

Pour d'autres, enfin, on pourrait rapporter les divers phénomènes que produit le nitrite d'amyle à l'action du médicament sur les centres nerveux et sur les éléments anatomiques de la paroi vasculaire, et aussi à la modification plus ou moins grande que subit le sang par l'accumulation de l'acide carbonique (6).

(a) Bader, The Lancet, 1875. ~ Steketee. Thèse dUtrecht, 1873. — Mac Bride, Tke Chicago Joum., 1875. — Schûller, Berlin, klin. Wochenschrifly 1875.

(b) Voir art. Nitbitb d*amyle, in DicL de thérap. de Dujardin-Beaumetz.

ment enparalysantlesnerfs constricteurs des petits vaisseaux, soit enûn qu'on invoque son action particulière sur le sang, le phénomène n'en existe pas moins, et, au point de vue de Faction physiologique du nitrited'amyle, il faut surtout faire ressortir les deux points suivants : tension artérielle moindre, fréquence des battements du cœur et congestion vive de la face, du cerveau et de ses enveloppes.

On comprend facilement que la tension soit moindre; cette congestion si vive permet, en effet, un passage plus facile au sang et diminue le travail actif du cœur. Mais il n'en est pas moins vrai que, soit directement par action sur le cœur, soit indirectement par action sur les nerfs ou sur le bulbe, le nitrite excite les contractions du muscle cardiaque et agit comme tonique de la circulation.

Cette action tonique sur la circulation, surtout à faible dose, est, je le reconnais, très fugace, et fait place, si les doses sont plus élevées, à des phénomènes tout opposés, c'est-à-dire à une véritable paralysie cardiaque. C'est là, messieurs, un fait bien fréquent dans l'étude des médicaments ; je vous l'ai montré par la digitale ; vous avez vu que merveilleux tonique du cœur, elle devenait à haute dose un paralysant de cet organe; il en est de même pour le nitrite d'amyle : selon les doses, les résultats sont différeiits.

Ces données acquises, il m'a paru logique d'appliquer ces propriétés incontestables d'excitation du cœur et de congestion encéphalique au traitement des affections cardiaques (1).

(1) Guthrie, en 1859, a proposé de Bordier, Schûller, Goodhart, Bader, remployer pour c raminer les défail- Munro montrent quels résultats allants >, et, depuis, bien des médecins cellents on peut tirer du nitrite d'ase sont servis de ce corps pour cora- myle pour lutter contre Tanémie battre avec succès les syncopes brus- cérébrale due au chloroforme. Et ques et les pertes de connaissance aujourd'hui Faction antidotique de liées à rancraie cérébrale. Les tra- Téther amyl-nitreux et du chlorevaux de W.-C. Dabney, T.-A. Bural, forme paraît assez bien établie. 11

Comme tout corps nouveau, Téther amylnitreux a été appliqué à la cure de nombreuses affections, depuis le choléra jusqu'à Tépilepsie, en passant par le tétanos, etc., maladies contre lesquelles le médecin a si peu d'action. Mais aucune application réelle aux maladies cardiaques n'a été faite, sauf cependant à l'angine de poitrine (4). C'est contre cette angine dépendant le plus souvent d'une maladie du

n'en pas de même de Tantidotisme qni.pourRichardson, existerait entre le nitriie d*amyle et la strychnine (a).

(1) Le docteur Lauder-Brunton, médecin de Saint-Bartholomew's Hospital, fit son premier essai sur un jeune homme de vingt-six ans, atteint d'insuffisance aortique, avec hypertrophie du Tentricule gauche. Les accès re?enaient toutes les nuits et duraient une heure. Après avoir, sans succès, ordonné la digitale, Taconit, lalobélie, Feau-de-vie, les stimulants, les ventouses, etc., Lauder-Brunton pratiqua de petites saignées qui produisirent d'assez bons résultats, puis s'adressa au nitrite d'amyle, comme à un médicament destiné à diminuer la tension vasculaire. On versa cinq à dix gouttes de nitrite d'amyle, sur un mouchoir, et, après une inhalatioD de 30 à 60 secondes les douleurs disparurent. Ces inhalations furent renouvelées toujours avec succès, et l'on remarqua que l'accès de la nuit nÛTante était généralement supprimé.

Lauder-Brunton dit avoir vu, dans tous les cas, la maladie guérir après l'osage d'une once de nitrite d'amyle.

fiwis les cas d'anévrisme, où là douleur était continue, elle no cédait pas au médicament.

D'autres médecins ont employé aussi le nitrite d'amyle avec succès ; le docteur Madden, atteint d'insuffisance mitrale et sujet à des accès d'angine de poitrine, s'est guéri par des inhalations de cinq gouttes de nitrite.

En 1873, Âmez-Droz a publié dans les Archives de physiologie une observation très intéressante d'angine de poitrine, très améliorée par le nitrite d'amyle. Boumeville (Société de biologie) et d'autres observateurs ont relaté des faits analogues.

Depuis la publication de ces Leçons de clinique thérapeutique, il a paru quelques travaux sur l'emploi du nitrite d'amyle dans les maladies du cœur. Parmi ces travaux, il faut signaler celui d'Egard Kurz (de Florence) qui s'est montré très partisan du nitrite d'amyle pour le traitement des accidents syncopaux dans les maladies du cœur.

Voici en résumé, d'après M. le docteur Egard Kurz, les principales indications de l'emploi du nitrite d'amyle.

i* Affections organiques du cœur avec affaiblissement marqué de cet organe; 2* affaiblissement consécutif aux diarrhées cholériformes ; 2* hydrocéphalie des enfants ; 4** attaques

(«) Dabney, The Richmond and Louis. Med. Journ., 1874. — Burral, Neiv-York Med. C«., 1870. .— Bordicr, Journal de thérap., 1874. — SchuUcr, Berlin, klin. Vfockentchriflt 1874. — Bader, The Dangers of Chloroforma etc., and Nitrite of Am^l {The Uncel, 1875).

Îi8 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

cœur, que Brunton a conseillé lenitrite d'amyle; mais en dehors de ces cas, on parait ne pas avoir fait usage de ce médicament. Pour moi, je pense qu'on peut trouver, qu'on trouve même dans le nitrite d'amyle un puissant moyen pour le traitement des affections aortiques, moyen venant après Topium, et qui, dans bien des cas, combattra heureusement non seulement l'angine, mais encore et surtout la tendance aux syncopes des individus porteurs de lésions aortiques. Mode d'ad- Comment devez-vous employer ce médicament? Il faut tion. que le nitrite d amyle soit pur, et, à ce propos, sachez que, s'il est exposé à l'air, ce médicament s'altère et subit une transformation importante à connaître : il s'y développe de l'acide cyanhydrique. Conservez-le donc dans un flacon bien bouché, à l'abri des rayons lumineux, et assurez-vous que la réaction ne devient pas acide.

Il y a deux et même trois modes d'introduction de ce médicament : la voie pulmonaire ou les inhalations, la voie buccale et la voie hypodermique (1).

De tous ces moyens, le plus certain, celui qui donne les meilleurs résultats, c'est l'inhalation, procédé d'ailleurs très

tétaniques ou éclamptîques ; 5« accès sont employées dans les expériences

d'asthme ; 6* Msson palustre. Au dé- sur les animaux, mais Font été assez

but de l'administration, on en donne rarement chez l'homme : elles ont

deux à trois gouttes, ensuite on peut été conseillées par H. Wood, mais

aller jusqu'à dix ; il faut s'arrêter dès elles sont inûdéles. qu'apparaissent des symptômes de Les injections intra-veineuses ne

congestion. sont pas usitées ; d'après Amez-Droz,

Quant aux contre-indications, il elles donnent des résultats moins

ne signale que les suivantes : rapides que les inhalations.

i"* L'hyperhémie cérébrale; 2* l'a- S. Ringer fait prendre aux épUep-

thérome (à cause du danger d'apo- tiques le nitrite par la voie buccale,

plexie) ; 3* la pléthore avec tendance il le donne à la dose de trois à cinq

hémorragique (a). gouttes dans un mucilage.

(i) Les injections sous-cutanées

(a) Kurz, le Nitrite d*aTnyley son emploi dam les accidents tyncopaux qui «tirviennent dans les affections cardiaques (Memorabil.y XXYI Jahrg., Heit 2, p. 65).

facile, puisqu'il suffit de répandre 5, 6, 7 et même 10 gouttes sur un mouchoir, qu'on fait ensuite respirer doucement au malade, pour produire en quelques instants les phénomènes congestifs que Ton recherche. L'évaporation du nitrite d'amyle est tellement rapide, que, en Angleterre, les médecins usent d'un moyen plus commode. On prend un tube capil-* laire de verre, on y verse 10 gouttes de la substance, puis on ferme le tube à la lampe; il suffit ensuite, au moment voulu de briser le tube et de respirer son contenu. Vous trouvez aujourd'hui ces ampoules de nitrite d'amyle dans toutes les pharmacies.

On administre aussi le médicament par la voie buccale; j'ai expérimenté, dans le service, ce moyen employé en Angleterre, et je l'ai trouvé bien inférieur à la méthode des inhalations. Enfin, comme il est peu irritant, le nitrite d'amyle a été employé en injections hypodermiques ; je n'ai pas, je l'avoue, essayé cette méthode, trouvant que le premier procédé donne de bons résultats.

L'introduction du nitrite d'amyle dans le traitement des maladies du cœur était un progrès. Cependant l'usage de ce médicament ne s'était pas encore répandu et ceci résultait surtout de la difficulté de son administration d'une part, et, de l'autre, de son action trop fugace, mais l'introduction dans la thérapeutique de la trinitrine qui, comme vous allez le voir, a tous les avantages du nitrite d'amyle sans en avoir les inconvénients, a fait faire un progrès très notable au traitement des affections aortiques.

Lorsque je vous ai parlé du traitement des angines de poitrine, qui sont sous la dépendance de la sclérose du cœur, je vous ai développé longuement les propriétés physiologiques et thérapeutiques delà trinitrine, et je ne peux faire mieux pour cela que vous renvoyer à cette leçon (a); et je

(«) Lefont 9ttr les maladies du cœur, II* loçon.

ne veux ici que vous rappeler les principes de Tadministrationdu médicament dans les angines de poitrine relevant des lésions de Taorte.

Usage thé- Comment devrez-vous employer la trinitrine ? Vous ne dlTtrini- devez vous servir que de la solution alcoolique au centième ^'*"^- et à la dose de dix gouttes dans 100 grammes d'eau, dont vous ferez prendre une cuillerée à bouche trois fois par jour.

Vous formulez par exemple de la façon suivante :

¥ Solution alcoolique de trinitrine au centième. XXX gouttes. Eau 300 grammes.

Une cuillerée à soupe le matin, à midi et le soir.

Lorsque vous voudrez avoir une action plus prompte, vous pourrez alors vous servir de la voie hypodermique et injecter trois gouttes de la solution de trinitrine au centième.

Vous prescrirez la solution hypodermique suivante :

% Solution de trinitrine au centième XXX gouttes.

Eau 10 grammes.

Et vous injecterez une seringue de cette solution.

Par remploi de la trinitrine vous obtiendrez dans les affections aortiques qui se compliquent d'anémie cérébrale de bons résultats ; mais là où ce médicament, comme le nitrite d'amyle, se montre véritablement supérieur, c'est dans le traitement des phénomènes douloureux qui accompagnent si fréquemment les affections aortiques, et que Ton décrit sous le nom générique d'angine de poitrine.

Mais à côté de l'opium, de la trinitrine et du nitrite d'amyle, et peut-être au-dessus d'eux, vous devez placer le groupe si important des analgésiques qui trouvent tous ici leur emploi. Je n'y reviendrai pas ici, vous signalant seulement les bénéfices que vous pourrez tirer del'antipyrine.

deTacétanilide, de la phénacétine et deTexalgine. De toutes ces préparations je place en première ligne Tantipyrine et Texalgine. Vous administrerez la première à la dose de 4 à 4 grammes par jour dans du café noir sucré ou en cachets médicamenteux.

Pour la seconde vous utiliserez la potion suivante ; .

^ Exalgine 2 gr. 50

Alcoolat de menthe 10 gr.

El ajouter:

Eau de tilleul 120 gr.

Sirop de fleurs d^oranger 30 gr.

Une cuillerée à bouche à prendre matin et soir.

Outre ces accès d'angine, vous observez chez les malades »«» atteints d'aflFections aortiques, comme Ta montré Peter, des points douloureux à Torigine de Taorte. Ces points douloureux seraient, pour ce médecin, une preuve de la névrite qui accompagne presque toujours le développement exagéré de l'aorte; il importe de les combattre, et vous arriverez à ce résultat soit parles révulsifs, soit par des vésicatoires;souvent répétés, soit par les cautères, soit par les pointes de feu. Ce dernier moyen me parait de beaucoup préférable, il est peu douloureux et permet de faire une révulsion très énergique sans provoquer une suppuration gênante pour le malade. Il est bien entendu que c'est avec le thermo-cautère Paquelin que vous devez appliquer les pointes de feu, et vous les ferez le plus superficiellement possible sur la région du cœur et de l'aorte.

Tels sont les différents moyens dont peut user le médecin dans la thérapeutique des affections aortiques accompagnées ou non d'accès angineux.

Jusqu'ici, nousne nous sommes occupésque du traitement ^"^^J.

Delà cicutine.

des troubles résultant, soit de ranémie cérébrale, soit des phénomènes douloureux qui accompagnent si fréquemment l'insuffisance aortique; pour compléter cette question, il me reste à vous parler des moyens thérapeutiques dont vous pouvez user pour combattre la dyspnée à forme intermittente, véritable asthme cardiaque, qui est un compagnon si fréquent des affections aortiques. Les meilleurs médicaments dans ces cas sont les sels de potassium, bromure et iodure; pour le bromure, cet excellent tonique du cœur, agissant sur le bulbe, diminue son irritabilité et combat ainsi efficacement les phénomènes dyspnéiques et angineux. Je vous ai déjà indiqué le mode d'administration de ce médicament, je n'y reviendrai pas. Vous pourrez aussi associer, pour combattre cet asthme cardiaque, la cicutine au bromure de potassium.

La cicutine, ou conine, ou conicine, est, comme vous le savez, messieurs, l'alcaloïde de la grande ciguë, du Conium maculatum (i) ; malgré les nombreuses recherches qui ont

(1) Ciguë. — Plusieurs plantes de la famille des Ombellifères portent ce nom : La petite ciguë, ^thusa cynapium L. (éthuse, ciguë des jardins, faux persil, ache des chiens), Ombellifères-séselinées ; — la ciguë vireuse, Cicuta virosa L. (ciguë d*eau, cicutaire aquatique), Ombellifôres-ammlnées; — et la grande ciguë, qui seule doit nous occuper

Grande ciguë, Conium maculatum L. (ciguë commune, ciguë tachetée, ciguë officinale), Ombellifères smyrnées (pentandrie digynie L.). Herbe bisannuelle, à tige haute de 80 centimètres à 1 et 2 mètres, droite, cylindrique et creuse, épaisse, glabre, légèrement striée, d'un vert clair avec quelques taches rouge&tres à la base.

Feuilles alternes, grandes (quelques-

unes peuvent atteindre 20 centime' tres^, d'un vert sombre, engainantes à la base, ayant une odeur spéciale (odeur de souris). Fleurs en ombelles terminales, blanches, petites ; involucre à quatre ou cinq foUoles ; calice court, quinquélobé; cinq pétales inégaux, cinq étamines alternes avec les pétales ; ovaire simple. Fruit largement ovoïde, un peu comprimé latéralement, formé de deux achaines à côtes saillantes, ondulées, crénelées. La racine est épaisse, blanche, pivotante, peu ramifiée.

Parties employées : les feuilles et les fruits. Les feuilles sèches ne contiennent pas souvent de conine (Geiger, Pereira, Halley) ; les fruits, pour être actifs, doivent être recueUlis avant la maturité sur une plante de deux ans.

été faites sur ce corps, nous ne connaissons pas encore d'une façon complète son action physiologique, et cela résulte, non pas de l'inexpépience des expérimentateurs, mais des impuretés que présente cet alcaloïde; ce n'est, en effet, que depuis les travaux de Mourrut, qui a fourni à la thérapeutique une combinaison stable de cet alcaloïde, le brom-

Composition : huile Yolatile,rèsine, matière colorante, albumine^ligneux, sels et cicutine ou conicine; par la distillation de fleurs fraîches, Werihelm a retiré un principe cristallisable, la conhydrine, soluble dans Teau, réther et Taicool.

Le principe actif de la grande ciguë, la cicutine, se retire de toutes les parties de la plante, mais en particulier des fruits ; il a été entrevu par Brandes (1826), qui lui a donné le nom de conin ; séparé Tannée sui- Tante pour la première fois par Giesezke (1827), appelé conéine par Geiger (1834), conicine par Boutron- Charlard et 0. Henry (1834).

La cicutine peut s*obtenir (Hugo Seiff) en faisant agir de l'ammoniaque alcoolique sur Taldéhyde butyrique.

Le liquide ainsi obtenu, quoique ayaat de grandes analogies avec la cicutine vraie, n*a pas été cependant expérimenté au point de vue physiologique.

La cicutine se présente sous Tâspect d*un liquide oléagineux, inco* iore, plus léger que Teau, d'une saveur Acre, d'odeur vireuse très prononcée. On la trouve dans le commerce sous deux aspects différents : celle qui vient d'Allemagne, de Darmstadt, est blanche, ambrée ; celle qui est d^origine française a mie coloration rouge noirâtre. Ces différences tiennent à la plus ou moins grande pureté de la cicutine, qoi doit être incolore lorsqu'elle est

débarrassée des matières étrangères qu'elle renferme. Sa densité est égale à 0.89 à + 15*; elle bout à 212« (Wurtz), 172* (Pelissard), 146*5 (Wertheim).

Pour A. Petit, la conicine pure présente les propriétés suivantes ; elle bout à 170, à la pression de 760 millimètres. Sa densité est 0.846 à 12\ Son pouvoir polarimétrique est égal à + 11'» quand elle vient d'être préparée, et diminue pour devenir à peu près constant à + 10" 36. Ce dernier nombre correspond à Hi* saccharimétriques, pour un tube de 2 centimètres de longueur rempli de conicine pure.

Un centigramme de conicine pure doit donner 1.093 de chlorhydrate anhydre, contenant 2.19 pour 100 do chlore et doit saturer exactement 6««65 d'une solution d'acide sulfurique monohydraté contenant 50 gr.

par litre. L'éther, l'huile, la benzine sont sans action sur le pouvoir rotatoire; le chloroforme le diminue, mais beaucoup moins que l'alcool, qui l'abaisse à + 7M2.

D'après von Planta et Kékulé, la conicine est composée de deux bases ternaires : la conicine, C*H** Az, et la méthylconine, €• H" Az.

La composition atomique de la cicutine, C^H^'^Az, peut faire considérer cet alcaloïde comme une ammoniaque dans laquelle deux atomes d'hydrogène sont remplacés par un corps hydrocarboné auquel Wer-

22i LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

hydrate de cicutine, que nous possédons un sel pur et cris- J^allisable de cicutine.

On rangeait, il y a peu de temps encore, Talcaloïde de la piguê, au point de vue de son action toxique, à côté de ces combinaisons méthyliques si curieuses (méthyl-brucium, mélhyl-morphium, etc.), étudiées par Brown et Fraser, et

'theim (186i) a donné le nom de conylène C*H»*.

Az«ÀzH3 C8H** Ammo- Cony- f .

niaque. lène. ^'^* H

Ar=C8H«Az.

Si on remplace dans cette formule Tatome d'hydrogène par un radical alcoolique, le méthyle, Téthyle, etc., on obtient la méthylconicine, Téthylconicine.

La cicutine se combine avec les acides pour former des sels ; l'acétate, Tazotate, le sulfate, le taitrate sont à peu prés incristallisables ; le chlorhydrate cristallise en aiguilles, mais il est déliquescent et s'altère rapidement ; le bromhydrate, au contraire, étudié par Blythe en 1835, et récemment d'une façon bien plus complète par Mourrut, cristallise en prismes , rhomboîdaux incolores ; il est stable, fixe, non déliquescent, et se conserve bien à Tair. 11 est soluble, à proportions variables, dans Teau, Talcool et Téther. Mourrut obtient ce sel en faisant agir directement Tacide bromhydrique sur la cicutine. Le bromhydrate de cicutine ne contient pas trace de méthylconicine ; il a, d'après Portes, la formule suivante :

C'HSAzHBr

^e qui correspond en poids à 0.405 d'acide bromhydrique, et 0.595 de cicutine pure; de telle sorte que lorsqu'on administre ce sel on donne

plus de moitié de poids de cicutine pure.

Pour A. Petit, le bromhydrate et le chlorhydrate sont de beaux sels anhydres très stables, même à 120*, très solubles dans l'eau et l'alcool, ayant un pouvoir rotatoire six fois plus élevé en solution alcoolique qu'en solution aqueuse.

Le meilleur procédé pour les pré* parer consiste à saturer par l'acide chlorhydrique ou bromhydrique de laconicinepure distillée dans un cou* rant d'hydrogène (Petit). On emploie seulement ce qui passe à la température fixe de 170*, Par évaporation lente au bain-marie, on obtient ces sels en beaux cristaux incolores.

Action physiologique delà canine ou cicutine. — Cette action, caractérisée par Gûbler du nom de cicutisme, se manifeste par des troubles apportés dans le système nerveux et en particulier dans les fonctions des nerfs moteurs et par des modifications dans le liquide sanguin, ce qui explique comment, selon qu'ils ont vu prédominer tel ou tel phénomène, les difiérents physiologistes ont rangé la cicutine ou dans les paralysants du système nervo-moteur (G. Sée), ou dans les modificateurs du sang(Casaubon, Pelvet et Martin-Damourette).

On a rapproché, au point de vue de l'action sur le système nerveux, la cicutine et ses sels du curare ; d'après Bochefontaine et Tiryakian,

TROUBLES DUS AUX AFFECTIONS AORTIQUES. t*l^

qui constituent une classe de poisons ayant des propriétés identiques à celles du curare. D'après les dernières recherches de Bôchefontaine et Tiryakian, ce serait non pas à la cicutine, mais bien à une matière résinoïde qu'elle renferme à Tétat impur, que Ton devrait cette propriété spéciale paralysante des nerfs moteurs. La cicutine, à l'état pur, agirait

la similitude d'action serait due à une matière résinoïde que Mourrut a pu séparer de la conine, et qui possède, comme le curare, la propriété d'empêcher les nerfs moteurs d'agir sur les muscles, ainsi que Vulpian l'a démontré. D'après Jolyet, Cahours et Pelissard, le curare et la cicutine o'agissent pas de même sur le pneumogastrique; ainsi chez un chien curarisé, l'intégrité ou la neurilité du pneumogastrique (Vulpian) reste complète, tandis que chez un chien empoisonné par la cicutine elle est atteinte : le pneumogastrique ne conserre pas sa *conductibilité, et les excitations électriques ne déterminent plus l'arrêt du coeur. Cette différence entre la cicutine et le curare est encore plus marquée lorsqu'on se sert des autres composés extraits de la cicutine.

Les premiers effets que produit l'absorption de la cicutine sont : un affaissement général, sensation de vertige, difûculté au travail intellectuel et une diminution considérable au pouvoir musculaire ; la marche devient incertaine, vacillante, impossible, les mouvements spontanés sont abolis. En même temps, il y a des troubles oculaires, lourdeur dans les yeux, dilatation des pupilles et impossibilité de maintenir les paupières ouvertes. A petites doses, l'inicUigence reste intacte et le sujet revient assez rapidement à lui.

La paralysie déterminée par la ci-

CU5IQUE TIÉRAP., 6* édit.

cutine peut quelquefois être précédée de phénomènes convulsifs ; cela tient à deux causes : la dose administrée et la pureté du produit. Ainsi, chez un animal, lorsque la dose est considérable et donnée en une fois, l'animal est pour ainsi dire foudroyé, et les phénomènes paralytiques se produisent immédiatement sans convulsions. Ces convulsions, du reste, sont rares si la cicutine est pure, fréquentes au contraire lorsque la conine renferme de la méthylconicine, d'après Fraser, et surtout de l'éthylconicine, d'après Pelissard.

La sensibilité est atteinte aussi dans le cicutisme, mais d'une manière lente et progressive. Quelques observations permettent d'admettre que des applications locales de la substance amènent la perte de la sensibilité (Pelissard, Gûbler).

L'action sur la circulation est peu marquée. D'après Casaubon, Peîvet et Martin-Damouretle, la cicutine agirait sur le sang en perturbant l'organisation et le fonctionnement des hématies.

Le bromhydrate de cicutine détermine à peu près les mêmes symptômes chez rhomme ; et les effets physiologiques se fontsentir à la dose de 15 centigrammes.

Chez les animaux, si, à un chien de 7 à 8 kilogrammes, on administre par la voie stomacale 5 centigrammes de cicutine, on observe un peu de somnolence : avec iO centigram-

cependant d'une façon élective sur le centre respiratoire bulbaire.

Je ne saurais trop insister sur le fait précédent : il vous montrera, messieurs, pourquoi la cicutine n'a jamais pris droit de cité dans la pratique journalière ; il vous montrera aussi la cause des résultats contradictoires obtenus par les

mes, paralysie du train postérieur; boulbène), ulcères atoniques (Bayle), avec 40 centigrammes, la paralysie se affections vénériennes (Zeller)» excigénéralise; mais, au bout de quatre tations génésiques (Ârétée), phtisie heures, ces phénomènes disparais- pulmonaire (Quarin), affections du sent, et ranimai revient à la vie; avec cœur (Paroda, Bottini), péritonite 50 centigrammes administrés d'un chronique (Trousseau), épilepsie seul coup, paralysie généralisée et (Sauvage), névralgies (Fothergill), mort sans qu'il se produise de con- maladies de peau (Wier), gale (Giovulsions très accusées (a). vanni Pellegrini), helminthes (Mal- La cigué a été préconisée pour le tucci), etc., etc. C'est surtout contre traitement d'une foule de maladies ; les phénomènes convulsifs et en cancer et tumeurs malignes (Stœrk, particulier contre les symptômes Devay), tumeurs lymphatiques, scro- réflexes qui ont pour point de départ fuie (Itaudelocque, M. Simon, La- le pneumogastrique que la ciguë et

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thérapeutes et les physiologistes; enfin, il vous fera toucher du doigt les difScutés de la thérapeutique expérimentale, qui résultent, non pas seulement du mode expérimental, mais encore de la pureté et de la fixité du corps chimique employé.

Toujours est-il que la cicutine, que Ton considérait

ses sels paraissent donner de bons On pourrait employer pour injec-

résnltats (a). ^ons sous«cutanées la formule sui«

Voies et modes dUniroduclion ^a»^ •

dii la cicuUiM. — La voie hypoder- „ . ^ * j ...

m que est préférable à la voie stoma- ^^j^^,,;,^ ,^ ^

cale ; les sucs intestinaux paraissent Alcool !«' 50

avoir une action destructive sur les gau de laurier-ccriso. . . 23 grammeà.

propriétés physiologiques et toxiques

de la cicutine, comme le suc gastri- 1 gramme de liquide contient

que, du reste, en a sur le curare; t centigrammes dé sel cristallisé, la

dans une expérience faite sur un goutte en contient un milligramme.

chat de 3 kilogrammes, il a été cous- Par la voie stomacale on pourra

taléqac, tandis que iO centigrammes se servir soit de granules, soit de

de bromhydrale de cicutine ont sirop, soit de solution.

amené une paralysie qui a duré 1"* Sirop de bromhydrate de cicu-

qoatre heures,. 10 centigrammes seu- line :

lement introduits sous la peau ont ^,j . ,

j ... , , , , r , Sirop simple ou aroma-

produit des phénomènes bien plus ^^, . ^^^^^^, y^ grammes.

intenses, et pendant plus de seize Bromhydrate de cicu-

hcares on a pu constater des traces Une cristallisé, blanc

de cicutisroe. et pur I gramme.

fciret thérap., i* édil., 187 i, p. 783. — Brandes, Philosophical Magaûne (Arch, pkÊTm.t vol. XX, 1817).— Giesecke, Journ. de pharm., vol. XUI, p. 366; Arch. de phwm.f voir Brandes, vol. XX, p. 97, 1825. — Geiger, Magaiin fût P/iarm., l. XXX, p. 7i et 159, et t. XXXV et XXXVI, 183i. — Boutron-Charlard et 0. Henry, .4iNi. de chim. et de phys., t. LXl, p. 337, 188i. — Ortigosa, Ann. de chim. et de phtrm., t LXII, p. 113, 1834. — Blyth, Ann. de chim. et de pharm., t. LXX, p. 73, 1835. — Gerhardt, Comptes rendus des travaux de chimie, p. 373, 18i9, et Traité it chim. org.y t. IV, p. 1, 1856. — Wertheim, Journ. fur prakt. Chem., t. LXXXVI, p. m, 1862, et t. XC, p. 26i, 186i. — Kékulé et Planta, Comptes rend. méd. et chim,, t. LXXXIX, p. 130, 1852, et Ann. de chim. et phys., t. XLI, p. 182. — Wârtz, Traité de chimie élémentaire, p. 563, 1865, et Dictionnaire de chimiet «rt. CoxiciNE, 187U. — Hugo Schiff, BulL de thérap., i. LXXXI, p. 356, 1871. — Mourrot, Bull, de Ihérap., t. XC, p. 446, mai 1876.

«•) Stœrck, Libellus, que demonstralur ciculam, etc., 1760-1761. — Baudelocquc, Bull, de Ihérap., t. XIII, p. 165. — Max Simon, BulL de thérap., t. XXVll, p. 3il. — Dcv9y, BuU. de thérap., t. LXII, p. 529. — Trousseau, Bull, de thérap., t XXXII, p. 517. — Parola, Bull, de thérap., t. XLIV, p. 8i. — Bottini, BuU. de Ihêrêp., p. 339. — Laboulbène, BuU. de thérap., t. LXIII, p. 280. — Harley, Bull. it tkérap.y t. LXXX, p. 232. — Wclch, Lancet, 6 mars 1859, et Bull, de Ihérap.,

comme un alcaloïde très toxique, peut, à Tétat pur, être donnée par la voie stomacale à la dose de 10 centigrammes dans les vingt-quatre heures; vous pourrez placer celte dose dans une solution bromurée. On a aussi conseillé les injections hypodermiques de cicutine, et malgré les expériences de Bochefontaine, qui prétend que chez les animaux cet alcaloïde est moinstoxiquepar la peau quepar l'estomac, je fais à cet égard de grandes réserves et je crois que chez l'homme il faut, au conti*aire, n'employer en injections hypodermiques les sels de cicutine et le bromhydrale en particulier qu'à doses faibles, de 1 à 2 centigrammes dans les vingt-quatre heures. Quoi qu'il en soit, que vous vous serviez delà voie stomacale ou de la voie hypodermique, ayez soin de formuler la cicutine à l'état de sel pur et cristallisé, soit sous forme de bromhydrate, soit sous celle de chlorhydrate, comme le conseille Petil,en vous rappelant quel rôle considérable jouent au point de vue toxique les impuretés que peut renfermer cet alcaloïde.

10 grammes de sirop contiennent grammes de sel, ou i milligramme

i centigramme de sel ou 6 milli- d*alcaloïde.

grammes de cicutine pure. 3« Solution de bromhydrate de ci-

!^ Granules de bromhydrale de ci- cutine :

cutine :

Bromhydrate de cicutine

Bromhydrate de ciculiiic cristallisé 30 ccnti^r.

cristallisé 2 grammes. Eau de menthe 50 grammes.

Sucre de lait j Q. S. Eau distillée 2ô0 —

Sirop de gomme ( pour 1000 gr. .„,,.. . .

La cuillerée a bouche contiendra

Chaque granule contient t milli- i centigramme de sel.

l. LXXVIII, p. 333. — Foihcrgill, }fed, Obs., t. III, p. 400. — Bazin, Leçons théoriques et pratiques sur la scrofule, 2* édit., p. 340. — Meyer, Mautncr, Murawiew, CansialVs Jahresb., t. II et V, p. 136, lOi et 125. — Matlucci, Bull, de thérap,^ t. XXX, p. 70. — Sclilesingcr, DulL de méd., t. LVIII, p. 379. — Hufeland, Traité des scrofules, p. 236. — <:orry, /?«//. de thérap.y t. LV, p. 180. — Baylc, Diblio^ thèque de thérapeutique. — Cazin, Traité des plantes médicinales^ 4" édit., 1876, p. 30i. — Dujardin-Bcaumetz, Sur les propriétés physiol. et thérap. des seU de cicutine et en particulier du bromhydrate de cicutine {Uull. de la Soc. de thérap.^ 1876). — A. Petit, Soc, de thérap. j 1877. — Bochefontaine et Tiryakian, Acad. des se, séance du 20 mai 1878.

Quoi qu'il en soit, la cicutine n*est pas encore entrée dans le domaine de la thérapeutique courante, elles résultats qu'on en a obtenus dans le traitement des phénomènes angineux et dans celui de Tasthme cardiaque sont des plus incertains. Il n'en est pas de même de l'iodure de potassium, qui est un des plus précieux médicaments pour combattre l'asthme cardiaque, et surtout les altérations athérofflateuses de l'aorte, et dans la leçon sur les anévrismes et dans celle sur l'asthme, je vous montrerai les effets de la médication iodurée.

On a aussi conseillé le chloral et le chloroforme. Vergely (de Bordeaux) a même cité des cas où les inhalations de chloroforme auraient calmé les phénomènes angineux (a). Je crois que l'on doit user de ces deux substances avec ménagement dans le traitement des affections aortiques, parce Texpérience nous a montré qu'elles ont l'une et l'autre une action paralysante sur le cœur.

A côté de la morphine, à côté de la trinitine, il faut oc ran* placer ces corps analgésiques si intéressants tirés de la **»*^""** classe des antilhermiques et sur lesquels j'insisterai loi*sque je vous parlerai du traitement des névralgies (ft).Je veux parler de l'antipyrine, de l'acétanilide, etc., qui sont des médicaments s'adressant particulièrement à l'élément douleur. G. Sée (c), dans ses communications successives à l'Académie des sciences et à l'Académie de médecine, a montré que Tantipyrine en particulier combattait efficacement les douleurs angineuses des cardiaques. L'antipyrine, grâce à sa solubilité, se prête à tous les modes d'adminis-

(i) Vcrgely (de Bordeaux), Sur l'emploi du chloroforme dans les a/fecUom cardkquet {Soc. méd. des hôp. de Paris, et Union médicale, 3° série, t. XXX, 1880 p.41l, «1, 433).

(M Voir t. ni, Maladies du système nerveux. — Leçon sur le traitement des *m9lçies.

(c) G. Sée, Des propriétés analgésiques de l'antipyrine {Acad. de méd. y août et leptembrf! 1887).

tralion ; vous pouvez Tadministrer en cachets médicamenteux par fractions de 50 centigrammes, de manière à donner dansles vingt-quatre heures une dose totale de 3 à4 grammes. Vous pouvez remployer en solution :

y Antipyrine 7 grammes.

Eau 120 —

Une cuillerée à dessert à prendre dans un verre d'eau sucrée additionnée de quelques gouttes de rhum ou de cognac*

Vous pouvez enfin vous servir de la voie hypodermique, et injecter le mélange suivant :

^ Antipyrine 0,50 centigr.

Eau 1 gramme.

On peut aussi se servir de Tacétanilide et, dans ce cas, vous le formulerez sous forme de cachets médicamenteux de 50 centigrammes. Le malade prend un cachet le matin, un autre le midi et le troisième le soir. L'exalgine, comme je vous Tai dit plus haut, peut aussi être administrée à la dose de 0,25 centigr. par jour. Desnos, Gaudineau et moimême, avons cité des cas d'affection de l'aorte où ce médicament a grandement réussi.

Ainsi donc, pour me résumer, vous aurez pour combattre les affections aorliques et les phénomènes douloureux qui en résultent souvent les trois grands moyens que voici : la morphine (1),la trinitrine, les analgésiques antithermiques,

(1) Picard et Reatbel viennent de cdté de la circulation : !• abaissefaire des épreuves intéressantes sur ment souvent considérable de la Faction des sels de morphine sur le pression moyenne ;2<' ralentissement cœur. Us ont constaté que, chez le des battements du cœur, qui coïncide chien, après une injection de chlor- avec cet abaissement, hydrate de morphine, deux phéno- Des recherches instituées pour remènes importants se montrent du chercher la cause de ce phénomène.

et enfin la médication iodurée, auxquels vous pourrez ajouter la médicalion révulsive et quelquefois rélectricité. Tels sont les conseils que. je crois devoir vous donner pour le traitement des maladies du cœur, soit lésions mitrales, soit lésions aortiques. Il me resterait, pour compléter cette question, à vous parler de la thérapeutique des affections aiguës du cœur et de ses enveloppes. L'endocardite, la péricardite réclament, en effet, unemédication active, mais vous la connaissez bien; elle réside presque uniquement dans remploi des révulsifs appliqués sur la région cardiaque. Ce sont là les raisons qui m'ont conduit à insister surtout sur les maladies à longue durée, qui réclament du médecin un traitement varié et une thérapeutique pouvant se modifier suivant les circonstances et suivant les accidents qui se produisent.

Les maladies du cœur sont très fréquentes, et dès vos premiers pas dans la clientèle vous aurez à soigner ces affections; vous pourrez même, pendant de longues années, suivre ces mômes maladies : il faut donc que vous soyez prêts à combattre les accidents qui surviennent, et c'est pour cela que j'ai pensé qu'il vous serait plus profitable d'insister presque exclusivement sur les affections chroniques, c'est-à-dire sur les lésions mitrales et aortiques.

Dans la prochaine leçon j'aborderai le traitement des anévrismes de Taorte, qui, quoique bien plus rares, méritent cependant toute votre attention.

abaissement de la pression moyenne blit son action. Si, en eiïet, après

et ralentissement des battements du avoir coupé les deux pneumogastri-

cœur, on peut conclure que la mor- ques à un chien, on lui pratique une

phine porte son action sur le cœur injection de morphine, le cœur, mal-

loi-méme : elle agit sur le système gré cela, ralentit ses battements

nerveux excitateur du cœur et affai- (Société de biologie).

TRAITEMENT

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