MALADIES DE L'ESTOMAC
PREMIÈRE LEÇON
Sommaire. — Opinions des anciens sur les maladies de Testomac : Hippocrate et Galien. — Epoque de la Renaissance : Benivieni, Morgagni, Bonet, CuUen. — Influence de la doctrine de Broussais et de ses élèves. — Ecole clinique : Ghomel, Andral, Louis. — Application de la pepsine : Corvisart. — Découverte du lavage de Testomac : Kussmaul. — Travaux de Bouchard et de Gautier.
Le traitement des affections de restomac est un des chapitres les plus intéressants de la clinique thérapeutique, et je me suis consacré tout particulièrement à cette étude. Mais avant d'aborder le cœur même de notre sujet, je désire vous montrer dans cette première leçon par quelles phases successives a passé l'étude si intéressante de cette cure des affections stomacales.
On peut dire que ce n'est que dans ces vingt dernières années que l'étude des affections de l'estomac est entrée dans une voie scientifique. Est-ce à dire qu'auparavant on ne connaissait pas et on ne traitait pas de pareilles affections? Nullement. Mais, ignorant les procédés minutieux d'examen du travail digestif, on ne possédait pas des con-
naissances exactes sur les actes chimiques de la digestion et sur les modifications que les états pathologiques font subir à cette fonction.
Hippoenito. Lcs aucieus, en particulier, avaient été frappés de la relation qui existe entre la nutrition et l'intégrité des fonctions digestives. C'est ainsi qu'Hippocrate a laissé un aphorisme qui pourrait servir d'épigraphe à tous nos traités sur les affections de l'estomac ; cet aphorisme est le suivant : « Ce que la terre est aux arbres, l'estomac l'est aux animaux » ; et plus loin, il ajoute : « Comme un vase vieux laisse passer le liquide et neuf le retient, ainsi l'estomac sain laisse passer l'aliment et fatigué et malade garde le résidu comme un réservoir (1). »
Un autre point avait frappé l'attention des anciens : c'est la relation qui paraît exister entre certaines affections nerveuses et les troubles de l'estomac. Aussi avaient-ils placé dans les hypocondres le point de départ de toutes ces affections nerveuses, et leur avaient-ils donné le nom générique di hypocondrie.
Écoutez ce passage d'Hippocrate, et vous serez, comme moi, frappés de l'analogie qui existe entre celte description et les états neurasthéniques que nous rattachons aujourd'hui à la dilatation de l'estomac : « Ceux qui sont affectés de cette maladie (hypocondrie) ne peuvent demeurer sans manger ni supporter la nourriture qu'ils prennent, leurs entrailles font du bruit et l'orifice de l'estomac leur fait de la douleur. Ils vomissent tantôt d'une sorte d'humeur, tantôt d'une autre; ils rendent de la bile, de la salive, de la pituite, des matières acres et, après avoir vomi, il leur
(i) Dans ce même Traité des hu- neurasthénie gastrique, enGn il àiê'
meurs (trad. Litt., p. 491 et 493), crlt, sous le nom detiiXacva, une ma-
Hippocrate décrit tous les symptômes ladie qui se rapproche par bien des
qu'aujourd'hui nous rattachons à la symptômes du cancer de l'estomac.
semble qu'ils sont mieux; mais lorsqu'ils ont pris de la nourriture, ils ont des rapports et des rots, ils ont mal à la tête, ils sentent des piqûres sur tout le corps, tantôt dans une partie, tantôt dans une autre, comme si on les piquait avec des aiguilles. Cette maladie ne quitte que dans la vieillesse, à supposer que Ton n'en meure pas avant ce temps-là. > (De morbis.)
Galien, qui a servi de code à toutes les générations médi- cauen. cales jusqu'au xvir siècle, consacre un chapitre entier aux affections de l'estomac, et il revient avec insistance sur la sympathie qui existe entre les symptômes nerveux et les affections de Testomac. « Il y a des gens, dit-il, qui ne sont pas seulement pris de syncope tenant à l'orifice de l'eslomac, tout aussi bien que de syncope tenant au cœur, mais qui sont pris encore de spasme, de carus, d'épilepsie, * de mélancolie tenant à cet orifice. > Puis, il cite le cas intéressant d'un jeune grammairien épileptique chez lequel l'étude des symptômes lui permet de penser que ses accès d'épilepsie dépendent de troubles de l'estomac, et voici le traitement qu'il impose à son malade : c Je lui prescrivis, dit Galien, de s'inquiéter uniquement d'une coction (digestion) régulière; de manger, vers la troisième ou quatrième heure(10 heuresdu matin), un pain soigneusement préparé, tout seul s'il n'avait pas soif, et s'il avait soif, de l'eau avec un vin blanc légèrement astringent, car ces vins fortifient l'estomac et ne portent pas à la tête comme les vins forts, et avec un tel régime il n'éprouva plus aucun accident. > Cette prescription se rapproche, comme vous levoyez,par bien des points, de celle que nous faisons à nos dilatés de l'estomac.
D'ailleurs, tout ce chapitre de Galien (1) esta méditer; il
(1) Galien, consacre un chapitre les maladies nerveuses elles troubles entier aux maladies de Testomac. Il de Testomac. montre les sympathies qu'il y a entre Galien va plus loin encore dans
Benivienf.
montre que toutes les parties de l'estomac peuvent être le point de départ de ces troubles nerveux, et voici comment il termine : « Tout le monde reconnaît que Tacte de la coction (digestion) s'accomplit dans les parties situées aprèsrorifice (cardia), en sorte que cet orifice, s'il est mal conformé, devient la cause de mauvaise coction, lorsque cette mauvaise coction ne résulte pas déjà de l'ingestion désordonnée des aliments ou de leur quantité excessive, ou encore de leur mauvaise qualité. >
C'est sur ces données que la médecine se basa pendant bien des siècles, et il faut arriver au commencement du XVI* siècle pour voir apparaître les premiers éléments d'une science qui devait modifier nos connaissances sur les maladies de l'estomac, je veux parler de Tanatomie pathologique*
C'est ainsi qu'un Florentin, Benivieni (1), abandonnant
ses afGrmations ; il soutient que, par suite de l'affection de Torifice de Testoroac, le cœur éprouve une sympathie telle qu'il en résulte une syncope aiguë. Pour la maladie dite flatulente et hypochondriaque, dit Galien, il n'est personne qui ne répète qu*elle rend les gens tristes, découragés ou maussades, en un mot, reproduisant tous les symptômes de la mélancolie. C'est après de mauvaises coctions qu'on est plus fortement saisi par les susdits symptômes.
Puis, en terminant ce chapitre, Galien montre que les autres parties de Testomacpeuventétre atteintes d'affections organiques, telles que les ulcères et il signale les vomissements de sang comme symptôme de ces ulcères, c II est certainement naturel, dit-il, que la cavité tout entière de l'estomac présente une diathèse semblable à celle de son orifice, que nous avons indiquée, et
qu'elle offre des symptômes semblables; mais ceux de rorifice étant beaucoup plus frappants» il en résulte que les médecins négligent et dédaignent comme n'existant absolument pas, ceux de la partie inférieure de Testomac. Tout le monde reconnaît que l'acte de la coction (digestion) s'accomplit dans les parties situées après l'orifice, en sorte que cet orifice, s'il est mal conformé, devient la cause de mauvaises coctions, lorsque cette mauvaise coction ne résulte pas déjà de l'ingestion désordonnée des aliments, ou de leur quantité excessive, ou eDcoi*e de leur mauvaise qualité (Galien, De locis affectw, chap. vu.
(i) D'après ]A>bstein, Antonio Benivieni aurait signalé le premier les altérations du cancer. On trouve en effet dans son ouvrage De abditis morborum et sanationum causis, publié à Florence en 1507, une observation qui se rapproche de celle
la Iradition exclusive d'Hippocrate et de Galien, publie les observations curieuses que lui fournit sa pratique, et, dans un ouvrage publié en 1507, cinq ans après sa mort, intitulé : De abditis nonnulis ac mirandis morborum et sanationum causiSy on trouve une observation très nette d'un cancer de l'estomac.
Mais il faut arriver au commencement du xviii® siècle, Morgagoi. c'est-à-dire à Morgagni, pour avoir des notions exactes et précises sur Tanatomie pathologique des affections stomacales {\ ). Le médecin de Forli complétait les données que, près d'un siècle auparavant, avait réunies le médecin genevois Bonet, dans son Sepulcretum. On trouve, dans ses lettres, de nombreuses observations de cancer de l'estomac.
En même temps que ces recherches anatomo-pathologi- De la dysques s'accumulaient dans des mémoires spéciaux, on intro- ^''^"^' duisait, dans la pathologie stomacale, un nom qui devait réunir bientôt sous son vocable le plus grand nombre des affections de l'estomac : c'est le mot de dyspepsie^ que, suivant certains auteurs, on devrait attribuer à un médecin du XVI* siècle, Jean de Boris. Les médecins se servaient aussi d'expressions qui caractérisaient ce même trouble fonctionnel : c'étaient celles de bradypepsie et d'apepsie, et vous vous rappelez tous les menaces que formule, dans le Malade imaginaire^ Purgon contre Argan qui ne veut pas suivre ses prescriptions :
du cancer. Benivieni est un des mé- De vomiter, A, 14 et passim; Epist
decins qui, s'éloîgnant de la tradition LV, 3 ; Epist. LVi, i ). jusqu'alors suivie, publiaient les cas Cependant en dehors de ces lé-
corieux observés, il mourut le 15 no- sions de Testomac, les anciens avaient
vembre 1502. décrit sous le nom d'hypocondrie
(i) C'est dans l'ouvrage de Mor- et de mélancolie des troubles parti-
gagni que Fou trouve non seulement culiers qui se rapportent à la neu-
la description des symptômes du rasthénie gastrique. On peut en don
cancer de l'estomac, mais encore des nerun exemple en citant un passage
principales altérations de cette ma- du De morbis d'Hippocrate. Udie (Epiêt. xxix, 6, Epist. xxx,
PuRGON. Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours, vous deveniez dans un état incurable.
Argan. Ah ! miséricorde. PuRGON. Que vous tombiez dans la bradypepsie. Argan. Monsieur Purgon !
PuRGOX. De la bradypepsie dans la dyspepsie. Argan. Monsieur Purgon I PuRGON. De la dyspepsie dans Tapepsie.
cuuen. Mais c'est Cullen qui, vers le milieu du xyiii* siècle, porta le plus loin cette généralisation des dyspepsies à toutes les affections de Testomac, en créant des dyspepsies essentielles, symptomatiques et sympathiques.
Si les connaissances s'étaient accrues en pathologie stomacale, leur traitement n'avait pas suivi la même marche, et l'on était moins avancé à cette époque que du temps de Galien, et la cure des affections de l'estomac était abandonnée à un empirisme des plus vulgaires.
Broussnis. Uu réformatcur, qui, à un moment, produisit une véritable révolution dans le traitement des affections médicales, appela de nouveau l'attention sur le rôle de ces fonctions digestives; je veux parler de Broussais (1). Broussais pro-
(1 ) C'estBroussais quipousse le plus dépendent d'une gastro-entérite. Les loin la doctrine qui veut que Testo- fièvres ne sont jamais que le rémac préside à toutes les affections et sultat d'une irritation du cœur il donne à sa doctrine le nom de doc- ayant pour point de départ cette gastrine physiologique. Broussais était tro-entérite. Toutes les névroses réné le 17 décembre 1772 et mourut sultent de cette même gastro-enléle 17 novembre 1838 aux suites d'un rite.
cancer du rectum. Quand on analyse c L'hypocondrie, dit-il, guérit par
l'ensemble de ses travaux, comme les moyens qui guérissent les gas-
l'a fait Le Pelletier de la Sarthe, on trites chroniques, i
voit que sa vie peut se diviser en En un mot toute la pathologie y
trois périodes : dans l'une il se passe et il arrive à cette extraordi-
montre observateur méticuleux; naire conclusion que Ton peut citer
dans la seconde, il devient réforma- en entier :
teur fougueux et dans la dernière il < La syphilis est une irritation et
adopte un systématisme absolu. Ton prévient sa répétition qui forme
Cette doctrine systématique veut que la diathèse en l'attaquant par les
le plus grand nombre des maladies antiphlogistiques locaux et surtout
fesse que l'estomac préside à toutes les affections et il donne à sa doctrine le nom de doctrine physiologique. Cette doctrine systématique veut que le plus grand nombre des maladies dépendent d'une gastro-entérite, et, pour que vous jugiez jusqu'où vont les idées du fougueux réformateur qui traitait alors toutes ces gastro-entérites par la méthode antiphlogis tique, il me suffira de vous citer la phrase suivante qui est de Broussais lui-même : <l La syphilis est une irritation, et Ton prévient ses répétitions, qui forme la diathèse, en l'attaquant par les antiphlogistiques locaux et surtout par les sangsues. y>
Si, ea effet, l'inflammation est, pour Broussais, le grand fait anomal qui domine la pathologie, l'émission sanguine est le plus efficace des moyens que l'on puisse opposer à cette inflammation, et la thérapeutique tout entière se résume dans l'emploi des antiphlogistiques.
Les doctrines du réformateur du Val-de-Grâce, comme on disait alors, eurent un grand retentissement et, à un moment, jouirent d'une vogue extrême, et son fils a pu écrire la phrase suivante : « Broussais n'a dû qu'à lui-même la place élevée qu'il occupa dans la science; soldat de la médecine, il s'en est fait empereur, et de ce trône conquis par la guerre, qu'il défendait par de continuels combats, il soutint cette mémorable lutte d'où sont sorties ces grandes vérités qui ont changé la face de la médecine. j>
Mais à sa mort, qui eut lieu le 17 novembre 1838, Broussais voyait déjà ses auditeurs devenir de plus en plus rares et sa doctrine délaissée. L'école clinique, conduite par Andral, Chomel et Louis, signalait tous les dangers de
parles sangsues. > (Eoram., tome l"', mal qui domine la pathologie
prop. CDV.) € rémission sanguine est le plus
Quant à la thérapeutique, elle se efficace des moyens que Ton puisse
simplifie considérablement. L*in- opposer à la marche des inflamma-
flammation étant le grand fait ano- tiens >.
la médication systématique de Broussais, et, en ce qui nous concerne tout particulièrement, Chotael montrait sur quelles bases devait être désormais établie Tétudedes dyspepsies, cuoniei. On réunit, en effet, sous ce nom de dyspepsies, tous les troubles fonctionnels de Testomac qui ne se traduisaient pas à l'œil de Tobservateur par des lésions macroscopiques de l'estomac, et l'on passa bientôtà l'extrême opposé, et cela, malgré les réserves qu'avait formulées Chomel, qui s'exprime ainsi dans son introduction : « Ce que je viens de dire sur l'extrême fréquence de la dyspepsie portera quelques personnes à se demander si, après avoir constamment lutté contre le système de Broussais, je n'arriverai pas moimême à des idées analogues aux siennes, comme il voyait lui-même des gastrites ou des entérites dans presque toutes lesmaladies aiguës et chroniques. » Chomel se lave de cette accusation en montrant, d'une paiH, qu'il n'a pas la capacité de se faire réformateur et qu'il ne s'occupe que des dyspepsies dites essentielles.
Beau Cependant, dix ans après, en 4866, Beau franchissait les «âges limites imposées par Chomel, et il considère à son tour la dyspepsie comme l'origine d'un très grand nombre d'affections, le cancer en particulier. C'est, ce qu'il appelle les accidents secondaires et tertiaires des dyspepsies.
D'ailleurs, ce mot de dyspepsie essentielle est appelé à disparaître de la pathologie. Il cache, en effet, notre ignorance, et, quand nous serons mieux renseignés par l'anatomie pathologique, qui chaque jour progresse, quand nous serons mieux éclairés sur les fermentations vicieuses dont l'estomac est le siège, nous pourrons donner à chacune de ces affections réunies sous le nom de dyspepsies esentielles une dénomination particulière, qui permette de la classer dans notre cadre nosologique.
Vers la même époque où Chomel faisait paraître son coryi^n. ouvrage, qui était le couronnement de sa carrière, car il mourut un an après, en 4858, Corvisart appliquait, en 1854, la pepsine à la thérapeutique, pepsine découverte, en 1835, par Schwann, et isolée, en 1839, par Wassmann, donnant ainsi un regain nouveau à l'étude des actes chimiques de la digestion.
Malheureusement, celte étude présentait de grandes diffi- Futuies cultes. Pour se guider, les physiologistes n'avaient que *^*^'^""rétablissement de fistules gastriques chez les animaux, fistules fort difficiles à établir. Ils avaient bien certaines fistules pathologiques chez l'homme, mais ces cas étaient fort rares, elBeaumont seul, en 1833, avec son Canadien, Alexis Saint- Martin, en avait tiré des observations utiles à la physiologie et à la thérapeutique.
On avait abandonné la méthode de Spallanzani, qui avait donné, près de cent ans auparavant, le moyen de reconnaître les modifications qui se passaient dans l'estomac, en y introduisant des tubes renfermant les substances à étudier.
C'est Kussmaul qui, en appliquant le siphon à la cure Pompo des affections de l'estomac, permit d'étudier, et cela d'une **^'"*"*.«façon clinique, les diverses modifications qui se passaient dans l'estomac, chez l'homme sain comme chez l'homme malade.
Aussi, à partir de la communication de Kussmaul, faite Ecoie en 1868 au congrès des médecins allemands de Francfortsur-le-Mein, on voit, grâce au procédé de la pompe stomacale, les études sur les actes chimiques de la digestion se multiplier, et nos confrères d'outre-Rhin se montrer les plus ardents dans cette voie, et vous remarquerez, par les développements dans lesquels je vais entrer, combien sont nombreux et importants leurs travaux ; mais je dois vous signaler surtout ceux de Leube et ceux d'Ewald.
Pour cette école allemande, dont le professeur G. Sée s'est montré l'un des plus actifs propagateurs et vulgarisateurs, tous les troubles dyspeptiques doivent être rattachés à des troubles dans les actes chimiques de la digestion, et G. Sée a pu dire : c Les dyspepsies gastro-intestinales sont des opérations chimiques défectueuses. »
Tout récemment le professeur Hayem, ne trouvant pas dans les recherches faites jusqu'ici sur l'acidité du suc gastrique des données scientifiques suffisamment précises, a repris à nouveau celte étude du chimisme stomacal à l'état normal et à l'état pathologique et en appliquant la méthode de Winter, méthode dont je vous parlerai dans la prochaine leçon et qui a pour but non seulement d'étudier l'acide chlorhydrique libre, mais encore celui qui est combiné avec les substances albuminoïdes, il a montré que tout ce qui paraissait jusqu'ici acquis par les procédés de l'école allemande devait être abandonné et qu'il fallait établir sur des bases nouvelles cette étude si intéressante du suc gastrique. Nous verrons, quand je vous parlerai des dyspepsies, à quelles conclusions arrive le professeur Hayem (a). Bouchard Mais, à côté de ces moyens, que l'on mettait en œuvre en Allemagne pour étudier désormais, d'une manière clinique, les modifications que subit le suc gastrique sous l'influence des états pathologiques, s'élevait une autre doctrine, basée surtout sur l'étude clinique, qui a toujours fait le succès de notre enseignement médical, et le professeur Bouchard nous montrait, en 1884, le rôle considérable qui était dévolu, dans la pathogénie d'un grand nombre d'aff'ections, à la dilatation de l'estomac. Ces recherches cliniques trouvèrent, dans les découvertes d'Armand Gautier sur les ptomaïnes et les leu-
(a) G. Hayem et Winter, Rech. sur le chimisme stomacal à Véiat normal et à Vétat pathologique {Bull, méd., 1889, n"» 95; 1890, n- 8 et 54). — G. Hayem, Dn chimisme stomacal considéré comme élément de diagnostic et comme source d'indications thérapeutiques {Soc. méd. des hôpit,, 18 juillet 1890).
et Gautier.
comaïnes, une éclatante confirmation, et, appuyé sur ces nouvelles doctrines, se basant sur les grandes découvertes microbiennes de Pasteur et de ses élèves, Bouchard a pu établir les fondements de Fantisepsie médicale et, en particulier, de l'antisepsie gastro-intestinale.
C'est grâce à ces deux nouvelles voies, étude chimique et clinique du suc gastrique due à l'école allemande d'une part, de l'autre, à cette étude de la dilatation de l'estomac et à la connaissance de l'antisepsie intestinale, que nous pouvons aujourd'hui marcher dans des voies nouvelles qu'il me reste à vous faire connaître, et je commencerai par l'étude des mo- . difications du suc gastrique et des moyens que le clinicien peut mettre en œuvre pour étudier ces modifications.
CLiyiQin thébàp., 6* édil. i. — la
DEUXIÈME LEjÇON
SoMiiAiRE. — Des fonctions stomacales. — Des contractions de Testomac. — Mouvements de Testomac. — Structure de la muqueuse stomacale. — Des glandes à mucus. — Des glandes à pepsine. — Du suc gastrique. — De Facide du suc gastrique. — De la pepsine et des peptones. — De la pexine. ' Procédés cliniques pour juger la contraction stomacale. — Procédés de Leube. — Procédé de Klemperer. — Procédé d'Ewald, — Procédé ciioiqae pour étudier le suc gastrique. — Des repas d'épreuve. — Procédé pour reconnaître Tacidedusuc gastrique. — Violet de méthyle. — Tropéoline. — Rouge du Congo. — Vert brillant. — Réactif de Gunzburg. — De l'acidité totale du suc gastrique. — Pouvoir digestif de Tcstomac. — Du chimisme stomacal. — Valeur des procédés.
Je désire, messieurs, consacrer cette leçon à l'étude des nouveaux moyens d'investigation qui nous permettent d'apprécier d'une façon clinique les actes de la digestion stomacale, soit à l'état sain, soit à l'état pathologique ; puis nous en examinerons la valeur pronostique, et surtout l'utilité que peut en tirer la thérapeutique pour la cure des affections gastriques.
Dans cette étude, je me guiderai non seulement sur les travaux publiés en Allemagne (a), mais encore sur deux
(fl) Alt, Quelques Nouvelles Méthodes pour la recherche de VHCl libre dans le •«c gastrique {Ceniralbl. f. klin. Med., p. 41-44, 1888). — Boas, Un Nouveau Réactif pour la recherche de VHCl libre (Pharm. Zeilung, p. 752, 1888, et Ceniralbl. f. klin. J/ed., 817-820, 1888). — Bourget, Recherches cliniques des acides de l'es- Umac {Hec. méd. de la Suisse romandcy p. 103-106, 1888). — Boas, le Papier de trùpéoUne\ réactif de VHCl libre {Deutsche med. Woch., p. 852-854, 1887). — BinoemaDQ, la Valeur des réactifs colorants usités dans la recherche de VHCl ifJiss. in Gœttingen, 1888). — Bernbcck, Recherche de VHCl libre dans le suc fsstriqme {Ver. d. Pfdher Aer%te, p. 80, 1887).— Ewald, Nouvelle Méthode pour Im recherche de VHCl dans le suc gastrique {Deutsch. Med. Woch., p. 1006, 1887 ; Mknchcncr med. Woch., p. 903, 1887 ; Berl. Kl. Woch.,p. 914, 1887). — Edinger,
remarquables thèses, Tune soutenue par un de nos internes des hôpitaux, le docteur Gaston Lyon, l'autre ayant pour auteur un élève de la Faculté de Nancy, le docteur Georges, et enfin sur une revue qui a paru dans le Bulletin de thérapeutique et que Ton doit au docteur Paul Chéron (a). ^«s Les fonctions stomacales se résument à deux actes, au
fonctions
«(oiuacaies. poiut de vuc digostif : Tun, acte physique, consiste dans les mouvements qu'imprime la couche musculeuse de restomac aux aliments introduits, les mettant ainsi en contact avec les différents points de la muqueuse, puis les faisant passer, grâce k ces contractions, dans l'intestin. L'autre est un acte
ftechercheslsur la physiologie et la pathologie de l'estomac (Deutsches Arch. f. Klin. Med.y 1881).— Giacosa, Sur les réactions propres à établir la prés, de VHCl libre dans le suc gastrique {Annali di Chim. et Farmac, n» 1, 1889). — Gunzbui^, Nouveau Procédé pour la recherche de VHCl libre {Centralbl. f. Klin. Med.y n* 40, p. 737-740, 1887). — Gunzburg, De quelques nouveaux réactifs de VHCl {Centr. /. Klin. Med.y p. 185, 1888). — Hass, Emploi pratique des réactifs colorants pour la détermination\de V acide du suc gastrique {Munch. Med. Woch.y p. 76-96, III, 1888). — Hôsslin, Un Nouveau Réactif des acides libres (Munch. Med. Woch., D" 35, 1886). — Hirsch, Contribution à la détermination de V acide du suc gastrique chei V homme sain, Wiirzbourg, 1887. — Koot, Modificat. dit procédé par le violet de méthyle pour la rech. de VHCl libre dans le suc gastrique. Diss. inaug., Erlangen, 1887. — Krauss, VUltramarine et le Sulfate de atnc, comme réactifs des acides libres de Vestomac {Prag. Med. Woch., 28 décembre 1887). — Laborde, les Colorants appliqués à la recherche et à la détermin. de Vacide libre du suc gastrique {Bull. gén. de thérap., 30 janvier 1887). — G. Séo, les Maladies de Vestomac jugées par un nouveau réactif chimique {Commun, à VAcad.de méd.,il janvier 1888). — Sansoni, les Réactifs de VHCl {Accad. di Med. di Torino, 1889). — Schœffer, De la valeur des réactifs colorants {Zeitschr. f. Klin. Med. y XY, 1888).
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chimique, qui a pour but de faire subir aux aliments, et en particulier aux albuminoïdes, une modification spéciale qui les rend assimilables.
Quel est le plus important de ces deux actes? Pour certains, Tacte chimique serait de beaucoup supérieur à Tacte physique. Il n'en est rien, messieurs, et la digestion est impossible, si Ton suppose par la pensée un estomac non contractile, tandis qu'au contraire, comme je vous le démontrerai par la suite, grâce aux fonctions pancréatiques, la vie est compatible avec un estomac presque privé de suc gastrique.
Mais, en somme, ces deux actes sont nécessaires et Tun complète l'autre; aussi toute modification apportée à l'un ou l'autre de ces actes aura pour conséquence une modification dans la digestion stomacale, et pourra être le point de départ des troubles fonctionnels auxquels on a donné le nom de dyspepsie. Comme vous le voyez, je repousse l'opinion exclusive du professeur G. Sée, qui a dit que les dyspepsies seraient chimiques ou ne seraient pas.
Nous aurons donc à examiner successivement les nouveaux moyens d'investigation qui permettent d'apprécier les modifications qui peuvent survenir dans les actes physiques et chimiques delà digestion stomacale. Mais, avant d'aborder celte étude, je tiens à vous résumer brièvement ce que la physiologie nous a appris dans ces dernières années sur les mouvements de l'estomac et sur le suc gastrique.
Décrites pour la première fois par Helvétius, les fibres Desconmusculaires de l'estomac constituent chez l'homme, comme J^^.7svous le savez, trois couches : une couche de fibres longitu- *^""*''* dinales, une de fibres circulaires et une troisième de fibres elliptiques. Par leur contraction, ces fibres impriment à l'estomac des mouvements qui ont été bien étudiés dans ces derniers temps par Schiff, Laborde, Hofmeister et Schultze.
ments de Testomac.
Moure- Schiff soutenaît que ces mouvements ne se produisaient que pendant l'acte digestif. Pour lui, les mouvements consisteraient dans un simple froncement qui ride la surface de l'estomac. Ces mouvements, plus actifs sur la partie médiane de l'estomac, diviseraient la grande courbure en deux parties; de plus, Schiff adopte l'opinion de Beaumont, qui soutient que ces mouvements ont pour but de promener circulairement le bol alimentaire sur tous les points de la muqueuse.
Cette idée des mouvements circulaires a été combattue par Laborde, qui avait sur ses prédécesseurs le grand avantage d'examiner l'estomac de l'homme; il opérait, en effet, sur les organes digestifs des suppliciés, quelques instants • après leur mort.
Pour lui, les mouvements se produiraient du cardia vers le pylore et du pylore vers le cardia. De plus, l'estomac serait divisé, par ses contractions, en deux poches: l'une plus volumineuse que l'autre correspondrait au grand culde-sac et à la grande courbure ; l'autre, à la petite courbure. Les liquides pourraient ainsi passer, grâce à cette disposition en deux poches, presque directement du cardia dans le pylore en suivant la petite courbure.
Cette disposition a été confirmée chez le chien par Hofmeister et Schultze, qui comparent l'estomac contracté à un sablier avec un gros renflement correspondant au cardia et un petit au pylore. C'est dans le gros renflement que se passeraient les actes chimiques de la digestion. Mais ces expériences n'ont pas la valeur de celles de Laborde, parce que, comme l'a fait remarquer Collin, chaque espèce animale a des contractions stomacales spéciales et l'on ne peut conclure des contractions chez les animaux aux contractions chez l'homme.
Nous pouvons, d'ailleurs, sans recourir aux expériences
et sans mettre restomac à nu, examiner cliniquement ces contractions. En effet, chez les malades atteints de dilatation de Testomac avec épaississement de la couche musculaire, ces mouvements de l'estomac sont très nettement perçus, et il suffit pour les provoquer dejfaire intervenir le froid. On voit alors se produire un mouvement de reptation des parois stomacales, qui frappe alternativement la grosse tubérosité, puis la région pylorique, et tandis que Tune se laisse distendre, Tautre, au contraire, se contracte, formant ainsi des bosselures et des applatissements fort appréciables à l'œil nu. Ces mouvements présentent une véritable alternance comparable dans une certaine mesure à ce qui se passe du côté des oreillettes et des ventricules, et au rythme cardiaque on pourrait opposer le rythme stomacal.
Beaucoup plus complexe est Tétude du suc gastrique, et vous verrez que, malgré les nombreux travaux faits à ce sujet, il reste encore bien des points obscurs sur cette question.
Je n'ai pas à vous rappeler la structure de la muqueuse structure stomacale ni des glandes qui la constituent pour ainsi dire „,„q«èu8e entièrement. Je tiens cependant à vous dire que Fopinion stomacaio. de Kôlliker, qui admettait une séparation brusque entre les glandes à pepsine occupant le grand cul-de-sac de l'estomac et les glandes à mucus entourant le pylore, n'est plus admise, et que, depuis les travaux de Heidenhain, RoUet et Ebstein, on admet qu'il y a une zone intermédiaire où il existerait à la fois des glandes à mucus et des glandes à pepsine.
Si l'accord paraît être fait sur les glandes à mucus, qui Des seraient caractérisées seulement par des cellules superfi- ^^Ztll. ciel les, il n'en est pas de même pour les glandes à pepsine qui renferment à la fois des cellules volumineuses à gros noyaux et des cellules entourant l'orifice de la glande et dcs qu'on appelle cellules de bordure. En effet, les uns ont à pepsine.
soutenu que c'étaient les cellules principales ou grosses cellules qui sécrétaient exclusivement le suc gastrique ; les autres ontprétendu que ce rôle appartiendrait exclusivement aux cellules de bordure. Enfin, il existe une troisième opinion mixte qui veut que le suc gastrique soit sécrété à la fois par les grosses cellules et par les cellules de bordure. Je passe maintenant à Tétude du suc gastrique. Du suc Ce qui caractérise essentiellement le suc gastrique, c'est gastrique, g^j^ extrême acidité. C'est là un des faits les plus saillants de celte sécrétion de Téconomie. On a très longuement discuté sur la nature de Tacide ; les uns soutenaient qu'il s'agissait d'acide lactique, d'autres d'acide chlorhydrique. Do lacido Aujourd'hui, on paraît d'accord pour admettre les faits gastrique, que voici : il existe à l'état normal, dans le suc gastrique, de l'acide lactique et de l'acide chlorhydrique ; mais l'acide lactique est toujours le produit de la digestion, tandis qu'au contraire l'acide chlorhydrique est l'acide du suc gastrique, et il apparaît dans ce suc au moment de l'entrée des aliments dans l'estomac. Les recherches d'Ewald sont à cet égard absolument démonstratives.
Je ne parle pas de l'opinion de Poulet (de Plancher-les- Mines), qui a soutenu que cet acide était l'acide hippurique ; cette hypothèsen'étantadmise par aucun physiologiste. Ainsi donc, l'acide chlorhydrique est l'acide normal du suc gastrique. Est-il libre? Est-il combiné avec d'autres produits? Ici encore des opinions contradictoires ont été soutenues.
Ewald, ainsi qu'Hayem ont soutenu qu'il n'était pas libre et qu'il était combiné avec les diverses substances albuminoïdes qui sont en contact avec lui. Cependant, Ewald repousse l'hypothèse de Richet, qui avait prétendu que l'acide chlorhydrique était combiné avec la leucine ; cette leucine, comme la tyrosine, étant toujours un produit de décomposition des ingesta.
MOYENS D'EXPLORATION DES FONCTIONS DIGESTIVES. 297 Hayem (a) en continuant ses intéressantes recherches avec Wintersur le chimisme stomacal à l'état normal et à l'état pathologique, pense que l'acide chlorhydrique est combiné àTalbumine dans le suc gastrique à l'état de chlorhydrate d'acides amidés. Ces acides amidés résulteraient d'un dédoublement de la molécule albuminoïde primitive.
On discute encore pour savoir si, à jeun, l'estomac sécrète du suc gastrique, et Pick affirme que cette sécrétion cesse à jeun, ou est tellement réduite, qu'on peut la considérer comme nulle.
Outre l'acide chlorhydrique, le suc gastrique contient »« ^ p«pdeux ferments : la pepsine et le lab-ferment ou pexine. Je poptonet. vous apprendrai peu de choses sur la pepsine; nous savons qu'elle transforme les albuminoïdes eu peptones (4), mais.
(I) Noos empruntons les indications suÎTantes à TexceUente thèse de A. Uenninger, sur la nature et le rôle physiologique des peptones.
Henoingeraopéré avec des solutions aqueuses de peptones à 10 p. 100.
i* Chaleur. Ne trouhle pas.
2* Acide chlorhydrique, sulfurique.
azotique et acétique. Ne troublent ni à froid, ni à chaud, ni après Taddition des sels neutres des métaux alcalins.
3* Alcool. Précipite des flocons conglohants, solubles dans Peau, même après un contact prolongé avec Talcool.
i* Ferrocyanure de potassium additionné d'acide acétique. Ne trouble pas. (L*albumiue-peptone et la fibrinepeptone doivent être puriflées par la dialyse pour que ce caractère se vérifie!)
5*Acidemétaphospborique. Préci-
pité blanc, soluble dans les excès de réactif et de peptone.
6® Eau de chlore. Précipité.
7» lodure de potassium. Précipité rouge brun.
8* Acides phosphomolybdique et métatungstique. Précipité.
9* Tanin. Précipité blanc, très volumineux.
10^ Acide picrique. Précipité jaune très volumineux, soluble dans un excès de peptone.
11* Sels biliaires (bile cristallisée de Platter). Pas de précipité. Si on ajoute une goutte d*acide, précipité abondant, soluble dans un excès d'acide, et reparait par addition d'eau. La solution des sels biliaires peu concentrée ne donne, avec l'acide acétique, qu'un léger trouble ; mais si l'on ajoute une solution de peptone, il se produit un épais précipité, combinaison des peptones avec
(a) Hayem et Winter, Recherches sur le chimitme stomacal à Vétat normal et à télût pathologique {Bulletin médical, n» 95, i*' décembre 1889; n»8, 26 jan- Tier 1890; n* 54, 6 juiUet 1890).
malgré les nombreuses recherches faites à ce sujet, nous ignorons la véritable nature de ces peptones. Nous savons seulement qu'à chaque espèce d'albumine correspondraient
Jes acides biliaires; Taicool contenant une petite quantité d'acide chlorhydrique le décompose en s^emparant des acides biliaires et laissant du chlorhydrate de peptone. La réaction des sels biliaires sur la peptone est très sensible, mais nullement caractéristique, car Talbumine, la fibrine et la syntoniue dissoutes dans Tacide acétique se comportent de môme.
12® Bichromate de potassium et acide acétique. Rien.
13* Chlorure ferrique. Coloration rouge brun ; pas de précipité.*
1^** Alun. Rien.
15* Sulfate de cuivre. Colore en bleu verdâtre, pas de précipité ; si on y ajoute un excès de potasse, le liquide prend une magnifique coloration intense. La nuance est d'un beau rose si on a employé une très petite quantité de sulfate de cuivre, et passe au pourpre, et finalement au bleu, à mesure que la proportion du sel cuprique devient plus grande.
La coloration pourpre est due à rabsorption partielle des rayons verts ; les radiations jaunes et bleues sont également affaiblies.
16» Liqueur cupro-potassique et sucre. Peptones entravent la réduction de la liqueur de Fehling par le sucre, ou plutôt elles empêchent la précipitation de Toxyde cuivreux produit (la gélatine, la créaline, la tyrosine, leucine, glycocolle, etc., agissent de même).
i?" Acétate de plomb. Rien.
IS'^Sous-acétate de plomb. Trouble, après addition d'une petite quantité d*ammoniaque, il se forme un préci-
pité abondant, assez solublc dans un excès de sous-acétate:
19" Chlorure mercurique. Précipité blanc, soluble dans un excès de potasse, peu soluble dans Teau ou dans un excès de chlorure mercurique.
20" Azotate mercurique. Précipité blanc, volumineux, peu soluble dans un excès de réactif.
SI*» Azotate d'argent. Rien ; après addition d'une petite quantité d'ammoniaque, on obtient un précipité blanc, soluble dans l'ammoniaque et dans l'acide azotique.
22» Chlorure aurique. Précipité jaunâtre, conglobant.
23* Chlorure platinique. Précipité jaune peu abondant.
24» Anhydride acétique. N'agit pas à froid ; mais, en chauffant, vers 80% un mélange de 10 grammes de peptone sèche et de 24 grammes d'anhydride acétique, la masse se liquéfie bientôt en bninissant légèrement. La température étant maintenue pendant une heure, on sépare ensuite une partie de l'anhydrid acétique par distillation dans le vide.
Le liquide qui passe est un mélange d'acide et d'anhydride acétique. Le résidu du ballon, contenant encore beaucoup d'acide acétique, est repris par l'eau chaude, qui en dissout la plus grande partie. La solution trouble est abandonnée à elle-même pendant plusieurs jours, pour permettre aux parties insolubles de se déposer. On soumet ensuite à la dialyse le liquide clair, jusqu'à ce qu'il n'off're plus qu'une très faible réaction acide. 11 présente alors les caractères suivants :
a. Par la chaleur, il se coagule et
MOYENS D'EXPÎ.ORATION DES FONCTIONS DIGESTIVES. 299
despeptones spéciales (1), et d'après les recherches d'Henninger, on est à peu près d'accord pour considérer ces pep-
foarnit on précipité insoluble dans une petite quantité d'acide nitrique ; h. Par Tacide nitrique, précipité blanc, soluble dans un grand excès d'acide ;
c. Par Tacide acétique et le ferrocyanare de potassium, précipité abondant;
d. Avec une très petite quantité dépotasse, précipité abondant, qui se redissout dans le moindre excès d'alcali ;
e. Par des solutions de sels neutres (sulfate de sodium, nitrate de potassiam, chlorure d'ammonium, sulfate de magnésium, etc.), précipité facilité par un excès d'acide acétique ;
f. ÀTec le sulfate de cuivre, l'acétate de plomb, le chlorure mercurique, précipité.
25» Acide azotique concentré. Go-»
loration jaune, passant à l'orange rouge après addition d'ammoniaque (acide xanthoprotéique).
:2B« Réactif de Millon. Golore en rose.
27* La solution de la peptone dans Pacide acétique cristallisable se colore en un beau violet bleu, lorsqu'on y ajoute de l'acide sulfurique et montre en même temps une faible fluorescence verte.
(1) Dans l'estomac, par la digestion, les matières albuminoîdes se dédoublent, d'après Meissner, en peptones assimilables et en parapeptoue non susceptible de se transformer plus tard par l'action du suc gastrique. D'après Mulder et Brake, Il parapeptone pourrait se convertir ultérieurement en peptone. SchilT nie ce fait et ajoute que si, après avoir isolé la parapeptone, on la soumet à une digestion artificielle, on
ne parvient pas à la transformer en peptone ; mais que, au contraire, elle devient de moins en moins soluble et se rapproche de plus en plus de la dyspeptone.
La métapeptone est précipitée par les acides minéraux concentrés. On la trouve en grande quantité dans les matières vomies par les enfants, et elle est produite par la digestion de la caséine. Par une action prolongée de la pepsine, elle se transforme en peptone.
Le dyspeptone est le résidu insoluble qui résulte de l'action prolongée du suc gastrique sur la caséine; elle est insoluble dans Tenu et dans l'alcool et n'est plus modifiée par la pepsine. Quand on a extrait du produit de la digestion stomacale la parapeptone, la métapeptone et la dyspeptone, il reste encore, comme l'a observé Meissner, les trois peptones a, bf c.
La peptone a est précipitée par le ferrocyanure de potassium, après addition d'un peu d'acide acétique, précipitée aussi par l'acide nitrique concentré.
La peptone b est précipitée par le ferrocyanure de potassium et Pacide acétique, mais non précipitée par l'acide nitrique concentré.
La peptone c n'est précipitée ni par l'acide nitrique ni par le ferrocyanure de potassium. Cette peptone est seule considérée par Schiff comme le produit définitif de la digestion.
Les peptones a, 6, c sont solubles dans l'eau et les acides dilués.
Les peptones sont lévogyres, et, suivant les observations de Corvisart, la déviation de 1 degré du
Do la poxino.
tones comme des hydrates des matières albuminoïdes (i). Le lab-ferment ou pexine est cette substance qui amène la coagulation du lait, et pour ceux d'entre vous qui désireraient connaître cette pexine, je les renvoie à une thèse soutenue à Paris par le docteur Pages (2).
saccharimètre de Soleil con*espond à 80 milligrammes de Ûbrine-peptone, 100 milligrammes de myosinepeptone, 104 milligrammes de gélatine-peptone» et 140 milligrammes d'albumine-peptone, dissoutes dans 100 centimètres cubes d*eau.
D*après Henninger, la caséinepeptone possède un pouvoir rotatoîre beaucoup plus élevé que la fibrinepeptone.
Henninger considère aussi comme trop grand Fécart entre le pouvoir rotatoire de l'albumine-peptone et de la flbrine-peptone, indiqué par CorvisaH.
(1) Pour Mialhe, les peptones seraient des modifications isomériques des substances albuminoïdes.
Adamkiewick, de son côté, soutient que les peptones sont des matières albuminoïdes privées de sels minéraux.
Herth et Lehmann ont combattu celte manière de voir et ont avancé
que les matières albuminoïdes étaient les polymères des peptones.
Cette opinion n'a pas été admise par tous les chimistes; Wurtz, Hoppe-Seyler professent au contraire que les peptones sont formées par une hydratation des matières ali)u* minoïdes.
Henninger a étudié l'action des déshydratants sur la fibrine-peptone et a obtenu ainsi un corps qui se rapproche de la syntonine débarrassée de l'acide par la dialyse ; aussi pour ce chimiste, les peptones résulteraient-elles d'une fixation d'eau sur les matières albuminoïdes, et l'on pourrait comparer ainsi les peptones aux acides uramiques, tels, que l'acide alloxanique, oxalarique, etc., qui résultent de l'action de l'eau sur les uréides (a).
(2) C'est Selmi, en 1846, qui démontra que la présure agit indépendamment de l'acide lactique. £n 1856, Joly et Filbol publièrent leurs
{a) Denis, Études chimiques y physiologiques et médicales sur les matièreê ai6tfminoides, 1842. — Nouvelles Etudes chimiques^ physiol. et médicales sur les sub^ stances albuminoïdes, iSbQ. — Miilder, Sur la composition de quelques substances animales {Bull, des se. physiques et naturelles de Néerlande, 1838). — Chemistry of Animal and Vegetable Physiology. — Zur Geschichte des Porteins {Joum. fiûr prakt. Chemie, 1847). — Dumas, Traité de chimie, I, YII, p. 439. — Panum, Sur les substances albuminoïdes {Ann. de chimie, 1853, 3* série, t. XXYII). — Miable, Mémoires sur la digestion et l'assimilation des matières albuminoïdes. Paris, 1847. — Chimie physiol. appliquée à la digestion. Paris, 1856. — Lehmann, Lehrbruch der physiologischen Chemie, t. U» 1850. — Corvisart, Etudes sur les ali • ments et les nutriments. Paris, 185i, et Ga*. hebd. de méd., 1857, t. lY.— Meisxner, Untersuchungen ûber die Verdauung der Eiweisskàrper (Zeitschr. fur ration. Mediiin, 1859, t. VllI, p. 1, 1860 ; t. YUI, p. 280 ; t. IX, p. 1. — Henninger, De la nature et du rôle physiologique des peptones. Thèse de Paris, 1878. — Charles Richet, Du suc gastriqt^e chez Vhomme et les animauXy 1878.
(2) Henninger, De la nature des peptones, 1878, p. 57.
Les nouvelles théories pastoriennes ont peu modifié nos idées sur ces deux ferments, pepsine et pexine. Si Duclaux et surtout Vignal nous ont montré que la cavité buccale contient un grand nombre de microbes qui ont pour effet
expériences sur la présure animale et la présure végétale et ils démontrèrent ce fait que Testomac d'un mammifère ne peut coaguler convenablement que le lait de l'espèce à laquelle il appartient.
En 1857, Bouchardat et Quevenne reprennent les travaux de Joly et Filliol et démontrent que la présure coagule fort mal le lait bouilli. En 1874, Al. Schmidt découvre dans le suc gastrique le ferment lab qui veut dire en allemand présure; puisHammarsten sépare très nettement les deux ferments pepsme et pexine. A partir de ce moment on doit signaler les recherches d'Helwes, de Klemperer, et le travail de Duclaux et de Cb. Richet. Voici les conclusions de 'a thèse de Pages sur la pexine :
1* La pexine animale, la pexine végétale et les acides présentent, dans leur action sur le lait, des différences qualitatives; l'un de ces agents favorise, il est vrai, l'action de l'antre, mais le coagulum engendré peut toujours être rattaché à l'un des trois types : pexine animale, pexine végétale ou acide.
2* La pexine animale et la pexine végétale diffèrent aussi par l'action qu'exercent sur elles le sang et le foie.
3* Introduite dans les veines de la circulation générale, la pexine animale est en grande partie détruite
par le sang, et s'élimine, dans une faible proportion, par le rein.
4* Introduite dans la veine porte, elle ne reparaît ni dans la bile ni dans l'urine ; elle est donc détruite, en tant que ferment coagulant, par le foie.
5® La pexine animale ne parait pas exister dans l'urine normale ou pathologique de l'homme et des grands animaux.
6* Contrairement à la pexine animale, la pexine végétale résiste à Talcalescence du sang.
7* Elle n'est pas détruite non plus par l'organe hépatique.
8® Introduite expérimentalement dans le tube digestif, elle reparaît dans l'urine et communique à ce liquide des propriétés coagulantes énergiques.
9' Chez la chèvre laitière, ce ferment s'élimine également par le lait qui acquiert ainsi la propriété de coaguler spontanément quelques heures après la traite.
10^ Lorsque l'homme et les animaux consomment des aliments contenant une assez grande quantité de pexine végétale, l'urine acquiert des propriétés coagulantes, et le lait la faculté de donner spontanément un coagulum du type correspondant, surtout si l'action du ferment est favorisée par la température extérieure (a).
(a) Al. Schmidt, Beiirage %ur Kenntnits der Milch., Dorpat, 1874. — Hansen, Milchieitung, 1874, n* 86. — Hammarsten, Zur Kenntniss des Caseins und der Wirkung des LabfermenU, Upsala, 1877, in Maly's Jahresbenchte, t H, lY, VII und X. — Boas, Maly in Hermann's Handb. der Physiologie, t. Y, 2* partie, p. 53 ; Centralblalt fur die med, muemchaftcn, 1887, p. 418 ; ZeiUchrift fur klin. Me-
de peploniser les album inoïdes, Dastre, de son côté, a démontré qu'en stérilisant le suc gastrique, on ne détruit pas son pouvoir digestif, mais on l'atténue considérablement, de telle sorte que Ton peut dire que certains micro-organismes sont favorables à la peptonisation.
Quant à Torigine et de l'acide et des ferments du suc gastrique, tout est obscurité. L'ancienne théorie des substances peptogènes, si en vogue il y a quelques années, paraît abandonnée ; on semble admettre que l'estomac ne forme pas directement la pepsine, mais un corps, le pepsinogène ou propepsine, qui se transformerait ensuite en pepsine.
Quant à l'acide chlorhydrique, il proviendrait de la décomposition des chlorures contenus dans le sang, et les récentes recherches du professeur Hayem tendent à donner raison à cette manière de voir.
J'arrive, après ces prolégomènes, à l'étude des nouveaux procédés qui nous permettent d'apprécier et les mouvements de l'estomac et le chimisme de cet organe. Commençons tout d'abord par les procédés qui permettent d'apprécier les mouvements de l'estomac.
Procédés Je vous ai dit tout à l'heure que l'on pouvait, dans certains
cliniques • i • i -i ii
pour juger cas,juger rf^ VISU des mouvements de 1 estomac a travers
tl-lc'iurô '^s parois abdominales. Mais ce sont là des cas excep-
stomacaic. tionucls, ct pour apprécier la contraclilité stomacale, on
peut user de procédés plus ou moins complexes ; le plus
simple et le plus commode est à coup sûr le procédé de
Leube.
dicin., t. XIV. — Hehvcs, Ueber Lab ferment im menslichen Ham, 1888 ; Séparât^ Abdruck aus dem Archiv fur d. ges. Phys., Bd 43. — Johnson, ZeiUch, fur kliiv. Med.y t. XIV, p. 24^. — Klemporer, /6id., p. 280. — Seimi, Journal de chimie et de pliarmacie, 3* sér., t. IX, 18^16. — Joly et FilhoL C. R. de l'Ac. royale de BelgitfUCy 1856. — Bouchartiat et Quevenne, Du lail, iu-8'*, 1857. — Ch. Richct, f^o^ grès mèdicaly 1881, p. 175, 198. — Duclaux, Mémoire sur le lait {Ann. de l'instUul agronomique, 1882). — Duclaux, Chimie biologique, 1883. — C. Richet, Sur la fer-* menlation lactique. Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. LXXXVl, p. 550, et t. LXXXVll, p. 750. — Patçes, liecherches, sur la pexine» Thèse de Paris» 1888.
Se fondant sur des données physiologiques, Leube a sou- Procédé tenu que, sept heures après un repas normal, Testomac devait être absolument vide à Tétat sain. Il vous suffira donc de donner au malade un repas composé de viande, d'œufs et de pain, puis de pratiquer le lavage de Testomac sept heures après ce repas, vous devez alors trouver l'estomac absolument vide.
Klemperer a proposé un procédé dérivé de la même mé- P"»««<*<^
* * * *^ . Klemperer.
thode, mais beaucoup plus complexe. C'est le procédé dit de Yhuile. Il est basé sur ce fait, qu'à l'état physiologique 70 à 80 grammes d'huile passent de l'estomac dans l'intestin en deux heures. On introduit donc, à l'aide d'une sonde œsophagienne, 400 grammes d'huile, puis avec la pompe stomacale, on aspire au bout de deux heures le contenu de l'estomac. On lave ensuite l'estomac avec de l'eau, on laisse déposer, on reprend l'huile par l'éther, et on calcule ensuite combien d'huile est passé dans l'intestin. C'est là un procédé fort compliqué et qui ne présente aucune supériorité sur celui de Leube.
Le troisième moyen est basé sur des réactions chimiques. Il est un corps aujourd'hui très utilisé en chirurgie, c'est le salol, qui résulte de la combinaison de l'acide salicylique avec le phénol. L'un de mes élèves, le docteur Lombart (a), a montré toutes les applications thérapeutiques que l'on peut faire du salol. Ewald a utilisé cette propriété pour apprécier la contractilité de l'estomac. Il administre 1 gramme de salol au malade, et recherche dans les urines à quel moment apparaît l'acide salicylique ou plutôt l'acide salicylurique. A l'état normal, c'est au bout d'une demiheure à trois quarts d'heure qu'apparaît cet acide. Quand il y a retard, Ewald admet que ce retard tient à ce que l'esto-
(a) Lombard, Recherches sur les propriélés physiologiques et thérapeutiques du talof. Thèse de Paris, U87.
Procédé d'£wald.
30i LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
mac paresseux n'a pas fait passer dans l'intestin son contenu.
On peut faire à ce procédé bien des objections. Dans une thèse récompensée par la Faculté et due à une de mes meilleures élèves, Mlle le docteur Chopin (a), on voit que l'élimination de l'acide salicylique dépend en grande partie de l'état du rein, et qu'elle peut être considérablement retardée chez les vieillards, par exemple. D'autre part, selon la nature des repas, et surtout selon la quantité de liquide ingérée, on peut faire varier d'une façon considérable, comme l'a montré Bourget, l'apparition de cet acide salicylique.
Les mêmes objections peuvent être faites aux modifications qu'Hubert a apportées au procédé d'Ewald, en examinant non plus le moment d'apparition de l'acide salicylique dans les urines, mais celui où disparaît la réaction, époque très reculée chez les gens à estomac paresseux. Procédés Aussi faut-il repousser ces procédés chimiques et s'en tenir exclusivement au procédé de Leube. J'aborde maintenant les moyens cliniques mis en usage pour étudier le suc gastrique.
Tous ces moyens cliniques sont exclusivement basés sur l'emploi de la sonde stomacale munie ou non d'une pompe pour retirer le liquide de l'estomac. J'ai déjà exposé, dans monHygiène alimentaire {b)^\es procédés autrefois employés pour recueillir le suc gastrique. Tous ces procédés sont abandonnés, sauf celui de la pompe que je vous présente, pompe que l'on doit à Colin, et qui est un modèle aussi parfait que possible. Quand vous n'avez pas de pompe (voir la figure ci-jointe) vous pouvez utiliser le simple siphon stomacal. Mais avant de recueillir le suc gastrique, il est nécessaire de donner au malade un repas, appelé repas d'épreuve. Des repas Bicu dcs repas d'épreuve ont été conseillés. C'est ainsi
cliniques pour étudier le suc gastrique.
d'épreuve.
(a) G. Chopin, De rélimination de l'acide salicylique. Thèse de Paris, 1889.
(b) Dujardin-Beaumetz, Hygiène alimentairett^ édition, 1889, p. 201.
que Riegel, Gluzinski, Jaworski, Boas, Ewald» Ritter,
flirsch (1), et eafîn le professeur G. Sée ont proposé chacun
un repas d'épreuve.
Au point de vue clinique, deux seulement sont à garder :
Pompe stomacale.
celui d'Ewald et celui de G. Sée. Celui d'Ewald est presque exclusivement employé en Allemagne, où il porte le nom de probefruhstiick. Il se compose d'un petit pain blanc de 35 grammes, d'un verre et demi (300 grammes) d'eau ou de thé léger sans sucre, ni lait. Ce repas est donné le matin à
(1) Voici d'après G. Lyon la composition des différents repas d'épreuve.
Repas de RiegeL — Riegei propose ttn repas dont la composition est analogue à celle du repas deLeube; seulement il pratique l'extraction du suc gastrique au bout de quatre à cinq beores, afin de pouvoir l'analyser.
An bout de cinq heures la quantité de THCl est déjà en sensible décroissance, et il nous semble difficile ifafoir ainsi une notion exacte sur sa sécrétion.
Repas de Gluzinski et Jaworskù — Us font prendre le matin à jeun, denx blancs d'œofs durs et 100 cent, cubes d'eau distillée, et l'on aspire le mélange, enfin on Lave l'estomac jusqu'à ce que le liquide de lavage ne contienne plus de fragments d'aï-
CURIQUI TBtiAP., G" édit
bumine; dans les conditions normales, la digestion de ce repas doit être terminée au bout de i h. 1/2 environ; ce repas uniquement composé de matières albuminoïdes est le plus défectueux de tous ceux qui ont été proposés ; ainsi, on ne peut se rendre compte des troubles de la digestion des amylacées; mais son défaut capital provient de ce que les matières albuminoïdes produites en excès se combinent à l'UGl, libre.
Repas d'Ewald et Boas, — Ce repas {probefrUhstUck) est actuellement le plus employé en Allemagne^ il est donné le matin et se compose d'un petit pain blanc (35 gr.), et de 300 grammes environ d'eau ou de thé léger sans sucre ni lait; le suc gastrique est retiré au bout d'une I. — 20
jeun, et on examine le suc gastrique une heure après Tingestion des aliments.
Sée donne un repas plus complexe, composé de viande (60 à 80 grammes) hachée très menu, de pain blanc (iOO à 150 grammes) et d'un verre d'eau. Il recommande au malade une mastication prolongée. L'examen du suc gastrique se fait deux heures après l'ingestion de ce repas.
Georges soutient que ce repas donne lieu à la production d'acide lactique. Aussi préfère-t-il le repas d'Ewald, auquel il ajoute deux œufs à la coque.
Il est bien entendu que l'aspiration faite avec la pompe ne doit pas être trop vive, et il suffit de 20 à 25 cent, cubes de suc gastrique pour en pratiquer l'examen. On filtre le suc gastrique, puis on fait agir sur lui les réactifs dont j'ai maintenant à vous parler.
Procédas Presque tous ces réactifs (1), sinon tous, sont basés sur rnnahre '^^ modificatious que fait subir l'acide chlorhydrique aux
l'acide du
suc pis- heure. La digestion de ce repas dans grammes de lait bouilli, de deux
^ ^"^' un estomac normal est terminée au œufs» et de pain blanc; Texamen
bout de 2 heures ou 2 heures i/t, doit être pratiqué au bout de trois
Einhorn a fait des expériences heures. Ce repas, comme celui de
comparatives sur la valeur du repas Gluzinski et Jaworski, donne lieu à
d'Ewald et du repas de Riegel ; il a une trop grande production de ma-
constaté que le premier est préfé- tières albuminoldes, et d'autre part
rable, si Ton tient uniquement à le lait peut donner lieu à la forma-
s'assurer du degré d^acidité du suc tion d'acide lactique, de sorte que
gastrique; plusieurs fois l'HCl man- Ton est exposé à commettre des
quait après le repas de Riegel, i^lors erreurs d'interprétation ; malgré ces
qu'on pouvait le constater, si Ton inconvénients, Klemperer a récem-
donnait le repas d*Ëwald. ment proposé Temploi du lait (a).
Repas divers. — On a encore pro- (1) Voici une série d'autres réac-
posé d'autres repas d'épreuve ; c'est tifs que nous empruntons à la thèse
ainsi que Ritter et Hirsch recom- de G. Lyon,
mandent un repas composé de 500 Réactif de Rheoch, — Ce réactif
(a) Einhorn, Probemillagsbrod ou Probe frùh*tûck? {Berlin, Klin, Woch., p. 647, 1888). — Ewald, Id. BerL Klin. Woch., 736-788, 1888. — Jurgenscn, Id. Berlin. Kl. Woch., !!• 28, 1889. — Gluzinski et Jaworski, Berlin, klin. Woch., p. 527-529, 1884. — Klemperer, Charité- Annalen^ p. 228, 1889. — Sticker, Berlin. Klin. UVx?*., p. 733-774, 1888. — Lyon, Analyse du suc gastrique. Thèse de Paris, 1890, p. 30.
divers colorants tirés du goudron de houille, et je commencerai par le réactif le plus anciennement employé, le violet de méthyle.
C'est Laborde et Dusart («) qui, en 1874, il y a seize ans, ont les premiers préconisé le violet de méthyle pour l'étude des modifications du suc gastrique. Il est vrai qu'ils l'appliquaient plutôt à des études physiologiques qu'à des études
Violet de méthyle.
indiqué par Szabo a été modifié par Rheoch ; sa composition est la suirante :
Acétate de fer à 5 p. 100.. i centigr. Silfocpnure de potassium
àlOp.lOO 4 -
Eau disiaiée.... 15 —
Ce réactif présente une coloration d'an brun rouge; si Ton étale un peu de cette solution dans une capsule de porcelaine, et que Ton fasse tomber une goutte de liquide contenant de mCl, le réactif prend une coloration rouge cerise tirant légèrement sur le brun (rouge de marmelade de pniues). Une plus grande quantité d acide fait Yirer la teinte au brun acajou.
La réaction est également produite par les acides lactique et acétique en solutions concentrées; de plus les phosphates du suc gastrique produisent un précipité jaunâtre de phosphate de fer, qui altérerait la coloration rouge due à THCl.
«iuoi qu'il en soit, ce réactif est assez sensible, mais il n'est guère utilisable dans la pratique, car il se décompose rapidement.
Réactif de Mohr, — On a donné plusieurs formules pour la composition de ce réactif.
Ëwald propose la suivante :
Sulfocyauure d'aninio- \
nium à 0.5 p. 100.. i Tartrate ferrico-potas- > parties égales.
sique fraichement )
préparé à 0.5 p. 100. i
On peut également formuler ainsi :
Solution de sulfocyanure de K à 10 p. 100.... t cent, cubes.
Solution neutre d'acétate d'oxyde de fer.. 0**5
L'addition de suc gastrique contenant de J'HCl, détermine une coloration d'un rouge rubis, due à la formation de. sulfocyanure de fer.
On a également préparé un papier à l'aide du réactif de Mohr, mais il est facilement altérable. Ce réactif est peu sensible (moins que le violet de méthyle et la tropéoline), mais il a, sur ces matières colorantes, l'avantage de ne pas être influencé par les peptones et les sels.
Vert de malachite. — Employé par Kôstor, il a tous les inconvénients des réactifs précédents dont il ne possède pas la sensibilité.
Vert de smaragdite. — Considéré par Voigt comme un bon réactif. Les solutions concentrées d'HCl le colorent en rouge brun, les solutions très diluées en gris ou en jaune verdàtre; les acides organiques n'ont pas d'influence sur lui.
Matière colorante du vin de Bor-
la) Labordc, les Colorants appliqués à la recherche el a la détermination de i:acide libre du suc gastrique (Bulletin de thérapeutique y (iXlI, pp. 861, 884).
CLITtlQUE THÉRAP.» T. II. CARTON.
cliniques. Depuis, Maly (a) a repris le procédé de Laborde et en a fait, en 1877, des applications pratiques. Pour faire usage de ce procédé, voici comment il faut agir :
Dans 50 cent, cubes d'eau, vous faites tomber trois à quatre gouttes de violet de méthyle, dit violet de Paris, puis
deaux — Ce réactif, ainsi que les trois suivants, a été préconisé par Uffelmann. II se prépare de la façon suivante : un demi-cent. cube de vin de Bordeaux pur et non trop vieux, additionné de 3 cent, cubes d'alcool à 90» et de 3 cent, cubes d'éther sulfurique donne une solution incolore; cette solution, sous TefiFet de THCl, même en proportions minimes prend une teinte rosée, tandis que Tacide lactique n'agit de la même façon qu'en solution très concentrée.
Les peptones, les albuminates, les sels, n'apportent aucun obstacle à la réaction. Sliénon a employé ce réactif qui lui a paru sujet à caution, étant donnée la variabilité de la matière colorante du vin de Bordeaux.
Matière colorante de la myrtille.
— L'extrait obtenu par l'alcool amylique du suc frais ou de la décoction aqueuse de la myrtille sert à colorer des feuilles de papier buvard. Ce papier, de teinte bleu sombre, vire au rouge par les acides minéraux et organiques; mais tandis que l'HCl fait virer la matière colorante à partir de 0.3 p. 1,000, les acides organiques n'agissent qu'à 4 à 7 p.
1,000 de concentration; de plus, la coloration rouge que donnent ces derniers disparaît par l'étber; enfm les albuminates, les peptones et les sels peuvent masquer la réaction.
Matière colorante de la mauve,
— On en imprègne du papier buvard ;
ce serait un bon réactif mais d'une préparation difficile.
Phénate de fer. — Pour préparer ce réactif, on dilue dans SO cent, cubes d'eau distillée, 10 cent, cubes d'une solution d'acide phénique pur à 4 p. 100 et l'on ajoute une goutte de 4)ercblorure de fer liquide ; on obtient ainsi un liquide de teinte améthyste.
Si l'on mélange quelques gouttes de suc gastrique à 1 ou 2 cent, cubes du réactif, celui-ci se comporte d'une façon variable ; tantôt il se décolore, tantôt il prend une coloration jaune brunâtre, ou bien une coloration d'acier. C'est surtout, comme nous le verrons plus loin, un réactif de l'acide lactique, il ne doit pas être utilisé pour la recherche de l'HGl.
Réactif de Boas. — Le plus récent des réactifs est celui qu'a proposé Boas eu 1888; une solution de résorcine additionnée de sucre de canne; chauffée avec de l'UGl, prend une coloration qui va du rouge fleur de pêcher au rouge pourpre, tandis qu'avec les acides organiques, cette coloration ne se produit pas.
On prépare une solution renfermant pour 100 grammes d'alcool dilué 1 gramme de résorcine et 3 grammes de sucre; on ajoute 2 ou 3 gouttes de ce réactif à 5 ou 6 gouttes de suc gastrique, et si l'on chauffe le mélange dans une capsule de porcelaine au-dessus d'une très petite flamme, on obtient, après éva-
(a) Richard Maly, Unlersuchungen uber die Mittel iur ZsRure BUdung inOrganismus und ûber einige Verhaltmisse der Bluserum {Zeitschrifl fut Physiologiêclie Chemi», t. 1, p. 174, 1887.)
TOUS versez le suc gastrique à examiner dans la solution, et le violet passe au bleu s'il existe de Tacide chlorhydrique. Il faut au DaoinsO.5 pour 1,000 d'acide chlorhydrique pour produire la réaction.
L'acide lactique produit aussi la même réaction, mais il faut qu'il soit très concentré (10 p. 1,000). La présence des peptones à 4 p. 100 empêche la réaction de se produire, même quand l'acide chlorhydrique est à 1 p. 1,000.
Le second procédé est celui de la tropéoline préconisée parLeube, et, en 1884, j'ai fait connaître les bénéfices que Ton peut tirer de ce réactif (a).
Voici comment on procède avec la tropéoline ou orangé
Tropéoline.
poration complète, un vernis rose ou roage vif qui s'étale sur les parois de la capsule. La coloration disparaît rapidement par le refroidissement. Au lieu d'employer celte solution, on peut se servir de bandes de papier trempé dans le suc gastrique et dans lesquelles on fait tomber one ou deux gouttes de réactif; on fhaoffe alors avec précaution et très lentement au-dessus d'une très petite flamme ; il se produit une tache d'abord violette, puis rouge brique. Boas propose encore de faire prendre la résorcine au malade quelques minutes avant l'extraction du suc gastrique; il fait absorber une cap« sale de gélatine contenant 0" 20 de résorcine et 0^ 10 de sucre de canne; quelques gouttes du contenu stomacal, filtré ou non et évaporé dans une capsule de porcelaine, sufGraient à produire la réaction. Le réactif de Boas peut déceler l'HCl à partir de 0^ 05 p.
1,000; il présente le même défaut que le réactif de Gunzburg, c'est-à-dire qu'il ne donne pas de résultat positif,lorsque les matières albuminoïdes viennent à neutraliser en totalité mCl du suc gastrique; nous avons plusieurs fois essayé le réactif de Boas, comparativement avec celui de Gunzburg et nous avons obtenu constamment des résultats identiques avec les deux réactifs; mais l'emploi du réactif de Boas, présente un inconvénient que n'a pas la phloroglucine-vanilline ; il faut prendre de très grandes précautions pour empêcher le sucre de se carboniser et de donner un dépôt brun de caramel, au lieu de la réaction rouge que l'on attend. Gomme, d'une part, le réactif de Boas n'offre aucun avantage sur le réactif de Gunzburg et que, de l'autre, il présente les défauts que nous venons de signaler, il n'existe aucune raison de le substituer A ce dernier.
(a) Dnjardin-Beaumetz, De la valeur diagnostique des procédés employés pour reconnaUre V acidité du suc gastrique (Société médicale des hôpitaux, décembre 188i , et Gaiette hebdomadaire ^ 4 décembre 1884, p. 804).
Congo.
Poirrier n"* 4 : sur deux verres de montre placés sur une surface blanche (papier ou carreau blanc), vous versez les solutions suivantes : soil une solution aqueuse au centième, soit une solution alcoolique contenant 1 partie d'alcool pour trois parties d'eau distillée, et toujours au centième; puis dans un des verres de montre, vous versez le suc gastrique à étudier; le liquide prend alors une couleur rouge carmin très caractéristique, surtout si on le compare à la coloration jaune normale de la solution. ^
Comme le violet de méthyle, la réaction peut se produire aussi avec l'acide lactique ; mais il en faut une grande quantité, 2 p. 1 ,000; ce procédé est très sensible et peu influencé par les peptones. Aussi Georges le place-t-il en tête des procédés à employer.
Rouge du . C'est encore sur un changement de coloration que sont basés les procédés avec le rouge du Congo et le vert brillant. On peut se servir pour le premier soit de solution, soit de papiers imprégnés de la solution colorante qui, sous l'influence de l'acide chlorhydrique, passe du rouge clair au bleu. Il suffit de 1 milligramme p. 1,000 d'acide chlorhydrique pour obtenir cette coloration. Il faut 1»^20 p. 1,000 d'acide lactique pour produire la même réaction. D'après Georges, se serait un bon procédé. Vert C'est le professeur Lépine qui a proposé le vert brillant. Il se sert d'une solution à 2 p. 100, et la présence de l'acide fait passer le mélange du bleu verdâtre au vert. L'inconvénient réside dans la difficulté d'apprécier le passage du bleu verdâtre au vert.
Réactif de Enfin, le réactif de Gunzburg, surtout vanté par G. Sée et ses élèves, est le plus sensible de tous. Il peut déceler jusqu'au vingtième p. 1,000 d'acide chlorhydrique; seulement ce procédé est assez complexe, et comme il faut faire intervenir la chaleur, c'est un procédé peu clinique.
brillant.
Gunzburg^.
Voici d'abord la composition de ce réactif.
Phloroglucine 2 grammes. •
Vanilline 1 —
Alcool à 80 degrés 100 —
Cette solution est d'un jaune rouge.
Dans une capsule de porcelaine, vous mettez une dizaine de gouttes de suc gastrique à examiner, et vous ajoutez trois à quatre gouttes de réactif. Puis vous chauffez légèrement le mélange, en ayant soin de ne pas élever la température au delà de 38 à 40**; il se produit alors, sur les bords de la capsule, une coloration rouge cinabre.
Si ce réactif est extrêmement sensible, il présente le sérieux inconvénient que ses réactions sont masquées par lespeptones et les corps albuminoïdes.^Aussi, en résumé, je crois que nous devons surtout garder la tropéoline et le violet de méthyle, et ne nous servir du réactif de Gunzburg que dans des cas exceptionnels.
Dans certaines circonstances, il faut rechercher Tacide lactique; pour cela, il n'y a qu'un réactif, celui proposé par Uffelmann. 11 faut le préparer extemporanément, comme le conseille Lyon. On fait tomber dans un mélange de 20 cent, cubes d'eau distillée et de 10 cent, cubes d'acide phénique à 4 p. 100, deux à trois gouttes de perchlorure de fer. Le mélange a une teinte améthyste qui vire au jaune serin en présence de l'acide lactique.
Il faut encorejuger de l'acidité du suc gastrique; je ne vous De ladparlerai pas des procédés de Léo et de Winter (1), qui sont du ^^^"^
gastrique.
(i) Voici les procédés de dosage exactement l'HCl dans un suc gas-
de Léo, Bourget, Winter et Hoflf- trique. Ce procédé permet de déter-
nann d'après la thèse de Lyon. miner Facidité qui revient aux phos-
Procedé de Léo, — Léo a récem- phales acides, celle qui est due aux
inent proposé un procédé plus simple, acides organiques, enfin l'acidité
qtti permet également de doser très propre à THCI libre ; il peut être
des procédés de laboratoire, et je ne vous entretiendrai que des procédés cliniques. Voici comment, dans ce cas, on procède : on prend 10 cent, cubes de suc gastrique, et on y ajoute quelques gouttes d'une solution de phénol-phtaléine, qui a la propriété de virer au rouge vif en présence d'un alcali libre. On fait agir alors goutte par goutte une solution normale décime de soude, et on se base sur ce que 1 cent, cube
appliqué à l'analyse qualitative comme à l'analyse quantitative.
Traitons d'abord le premier point.
Lorsqu'on mélange à la température ordinaire une solution de phosphates acides de K ou de Na avec du carbonate de chaux sec pulvérisé, il ne se produit aucune réaction des deux sels l'un sur l'autre; le papier bleu de tournesol est aussi bien rougi par la solution contenant du carbonate de chaux que par la solution primitive de phosphate acide; si l'on fait le titrage de Tacidité avant et après l'addition du carbonate de calcium, les chiffres trouvés pour les sels de K ne différent pas, et ne différent que très peu pour les sels de sodium.
Par contre, la solution d'un acide libre, par exemple d'IlCl ou d'acide lactique, est aussitôt neutralisée, à froid, par le carbonate de chaux. Si donc on a déterminé d'une façon positive la réaction acide du contenu stomacal, au moyen du papier de tournesol, on peut faire instantanément l'estimation qualitative des acides.
On opère de la façon suivante :
on mélange dans un verre de montre une pincée de carbonate de calcium et quelques gouttes de suc gastrique. Si le papier de tournesol n'est plus rougi par le suc gastrique additionné de carbonate, c'est que le liquide primitif ne contient pas de
sels acides, mais seulement des acides libres. Si l'on obtient une coloration rouge moins intense da papier de tournesol, c'est qne le suc gastrique contient à la fois des sels acides et des acides libres. EnGn, si la réaction acide ne subit pas de modifications, c'est qu'il n'y a pas d'acides libres, mais seulement des sels acides. Si l'on a eu soin de traiter par l'éther le suc gastrique filtré, avant Taddition de carbonate de calcium, et d'extraire ainsi les acides gras et Tacide lactique qui peuvent s'y trouver, on peut se rendre compte en quelques minutes de la présence ou de l'absence d'HGl dans le contenu stomacal. Léo a vérifié l'exactitude de cette méthode dans un grand nombre de cas ; il a toujours constaté la présence de l'HCl là où le rouge congo et la phloroglucine-vanilline donnaient des résultats positifs, il a pu même déceler l'HGl, alors que les réactifs colorants ne donnaient aucun résultat.
Quant à l'analyse quantitative, elle permet également de déterminer la part qui revient aux acides organiques, à l'HGl, aux phosphates acides, dans l'acidité totale. Pour séparer les acides organiques, il suffit de traiter le suc gastrique par l'éther : d'autre part, en ajoutant du carbonate de chaux au suc gastrique, on sature l'HGl, tandis que
MOYENS D'EXPLORATION DES FONCTIONS DIGESTIVES. 313 de la solution neutralise 0.003646 d'acide chlorhydrique. A rétat normal, il faut 4 à 6 cent, cubes de solution de soude au dixième pour produire la réaction.
Enfin, il est bon de juger du pouvoir digestif du suc gastrique en pratiquant avec lui des digestions artificielles ; pour cela, on met dans un tube à essai 5 cent, cubes de suc gastrique etun petit cube d'albumine ayant 5 à 6 millimètres de côté. On place le tout dans une étuve à 38 ou 40\ On
Pouvoir digestif do restomac.
les sels acides ne sont pas modifiés.
Si donc on prend 10 cent, cubes de soc gastrique filtré et traité par Téther, et qu'on en fasse le titrage par la soude, on obtient Tacidité totale due aux sels acides et à THCl; à 10 autres cent, cubes de suc gastrique, on ajoute alors du carbonate de chaux en excès, on filtre, on fait bouillir pour chasser Facide carbonique et on procède à un second titrage ; le chiffre obtenu donne l'acidité due aux sels acides et par suite la différence entre les résultats du premier et du second titrage donne la teneur en HCl ; pour n'avoir pas à tenir compte de l'influence des sels de chaux qui peuvent se trouver dans le suc gastrique, Léo recommande d'ajouter au suc gastrique avant chaque titrage, une certaine quantité de chlorure de calcium, soit 5 cent, cubes d'une solution concentrée de chlorure de caldum, pour les 10 cent, cubes de suc gastrique. Nous avons souvent employé le procédé de Léo, qui est d'une extrême simplicité et nous paraît la plus recommandable des méthodes d'analyse quantitative applicables à la clinique ; chaque examen n'exige guère plus d'une demi-heure.
Procédé de M. Bourget — L'analyse qualitative et quantitative du soc gastrique se fait de la façon sui-
vante : H. fiourget ajoute au suc gastrique quelques gouttes d'une solution d'acide picrique à 1 p« 1 ,000 ; en présence des peptones, il se produit un précipité plus ou moins abondant, qui doit se redissoudre complètement en chauffant ou en ajoutant 2 ou 3 gouttes d'acide nitrique.
11 emploie ensuite le réactif de Gunzburg qui donne la coloration rouge, seulement dans le cas où il reste encore une minime quantité d'HCl libre ; la coloration ne se produit pas dans les cas où tout cet acide est fixé par l'albumine.
Le réactif picrique indique donc s'il y a eu de l'HGl à un moment donné, et le réactif de Gunzburg, s'il y en a encore. Les liquides stomacaux qui n'ont contenu que de l'acide lactique ou d'autres acides organiques ne donnent pas le précipité de peptones par l'acide picrique, ou bien, s'ils donnent un précipité (à cause des matières albuminoîdes en dissolution), il ne se dissout ni par la chaleur ni par l'acide nitrique ; au contraire, ce précipité se coagule davantage.
Pour l'analyse quanti tative,M. Bourget réunit au premier liquide gastrique retiré, celui qui provient du lavage de l'estomac, continué jusqu'à ce que l'eau du lavage ne présente plus de réaction acide ; le procédé
31i LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
peut faire parallèlement des digestions artificielles à l'aide de pepsine.
Mais, pour vous montrer jusqu'où va la minutie des procédés employés en Allemagne pour juger du pouvoir digestif du suc gastrique, permettez-moi de vous citer le procédé conseillé par Gunzburg pour apprécier le pouvoir chimique de Testomac. Ce procédéest basé sur la présence de Tiodure
employé est une modification de celui de Sjôqvist et nécessite deux liqueurs titrées :
1* Une solution contenant exactement 1 p. 100 d*HGl.
I"" Une solution de soude dont iO cent, cubes neutralisent exactement 1 cent, cube de la solution précédente.
< On introduit une quantité va* riable de liquide stomacal soit 10, 20 ou 30 cent, cubes, etc., dans un creuset de porcelaine en lui mélangeant une petite quantité de carbonate de baryum pur; on chauffe doucement et, le liquide une fois complètement évaporé, on augmente progressivement la chaleur jusqu'à carbonisation complète de la masse. Les sels organiques du baryum et surtout le lactate, sont détruits; seul, Je chlorure de baryum n'est pas décomposé. Après refroidissement le résidu est détaché avec précaution des parois, et autant que possible pulvérisé; ensuite, on j'épuise par l'eau bouillante jusqu'à ce qu'on ait extrait tout le chlorure de baryum contenu dans la masse chfirbonneuse. L'opération est achevée lorsque le liq\iide qui traverse le filtre ne donne plus de précipité (avec l'acide sulfurique); mais, on ne doit procéder à ce contrôle qu*après avoir bien lavé le filtre à l'eau bouillante pour ne pas perdre trop de substance. Le liquide filtré
est précipité par quantité suffisante d*une solution concentrée de carbonate de sodium (1 : 3). Le précipité de carbonate de baryum formé est recueilli sur un très petit filtre, lavé et arrosé avec de l'eau distillée, jusqu'à ce que le liquide de lavage ne donne plus de réaction alcaline avec le papier de tournesol. On introduit alors le filtre et le précipité, dans un ballon jaugé de 100 cent, cubes et on verse dessus 10 cent, cubes de la solution titrée d'HG à 1 p. iOO.
On agite violemment de manière à désagréger complètement le filtre, et on remplit le ballon jusqu'au trait de jauge. Les différentes couches de liquide une fois bien mélangées, on filtre, puis on prend 10 cent, cubes de ce liquide filtré qu'on introduit dans un petit vase à précipiter ; on ajoute 3 ou 4 gouttes de phénolphtaléine en solution alcoolique à 1 p. 100 ; on peut aussi employer le tournesol, mais H. fiourget lui préfère la phénolphtaiéine, qui donne, dans les milieux acides, un liquide incolore, passant au rouge carmin par les alcalis. On apprécie plus facilement ce changement brusque d« coloration que le passage du rouge au bleu de tournesol. A l'aide d'une pipette graduée ou d'une burette de Mohr, on titre la quantité d'acide non saturé, au moyen de la solution de soude caustique. Le nombre de cent, cubes saturés indique immé*
de potassium dans la salive, lorsque cet iodure a pénétré dans réconomie.
Gunzburg prend une pastille d'iodure de potassium, qu'il place dans une enveloppe de caoutchouc fermée à l'aide de fils de fibrine conservés dans Talcool. Ces petites pastilles sont plongées dans de la glycérine.
On prend une de ces pastilles, on la place dans une cap-
diatement la quantité (1*HC1 contenu dans le volume du liquide employé pour l'expérience, et une simple multiplication renseigne sur la totalité de l'HCl contenu dans Testomac.
Pour connaître la proportion des acides organiques, il suffira de déduire la quantité d'HCI trouvé, de Tacidité totale déterminée au commencement de l'opération. Ces acides organiques peuvent être calculés comme acide lactique.
Jusqu'à présent on a toujours exprimé l'acidité du suc gastrique en pour 1,000. 11 est vrai qu'il y a un certain intérêt à connaître ce rapport, car la digestion se fait plus ou moins bien selon le degré d'acidité du liquide ; mais il y a aussi un non moins grand intérêt à connaître la quantité totale de l'HCl contenu dans l'estomac ; on pourra plus facilement établir une limite entre l'hyperchlorhydrie et l'hypochlorhydrie. Toute une série do recherches faites sur l'estomac sain (avec le repas d'épreuve suivant : viande rôtie, hachée, 50- 80 grammes, 50 grammes de pain ordinaire, 2 verres d'eau) ont donné une quantité totale d'HCl allant de 50 à 80 centigr. à la troisième heure de la digestion. »
Procédé de M, Winter. — Ce procédé exposé par M. le professeur ilayem {Bulletin médicaly V décembre 1889), diffère des précédents, en ce qu'il permet de doser l'HCl
combiné aux matières albuminOldes et PHCl libre.
c On prélève sur le liquide stomacal filtré, trois fois 5 cent, cubes que l'on distribue dans trois capsules : a), b), c). On porte à l'étuve à i 00** ou au bain-marie les trois capsules ainsi préparées. Après dessiccation on porte a) progressivement et avec précaution au rouge sombre naissant en évitant les projections et en ne dépassant pas cette température. Pour hâter la destruction des matières organiques et diminuer l'action de la chaleur, on agite fréquemment avec une baguette de verre. On cesse de chauffer dès que la masse ne présentant plus de points en ignition devient pâteuse par un commencement de fusion du carbonate de soude.
c L'opération ne doit durer que quelques minutes et la calcination être juste suffisante pour fournir une solution blanche. Après refroidissement, on ajoute de l'eau distillée, et un léger excès d'acide nitrique pur; on fait bouillir pour chasser l'excès d'acide carbonique; on ramène alors la solution à la neutralité ou même à une très légère alcalinité par addition de carbonate de soude, on est d'ailleurs averti que cette dernière limite est atteinte par une abondante précipitation à chaud de sels calcaires entraînant tout le charbon.
suie de gélatine, et on fait avaler le tout au malade. Puis on examine la salive du malade, et on note le moment où l'amidon révèle la présence de Tiode; on juge ainsi, parle temps qui s'est écoulé, de la valeur digestive du suc gastrique, car ce suc gastrique a dû détruire les fils de fibrine pour mettre à nu les pastilles d'iodure de potassium. Je ne sais si la méthode de Gunzburg est appliquée en
c Après filtration sur papier Berzélius et laTHge du résidu à Teau bouillante, on réunit toutes les liqueurs et on dose le chlore à Taide de la solution déci-normale de nitrate d'argent en présence du chromate neutre de K.
c L'addition, comme il est dit plus haut, d'un très léger excès d'acide nitrique favorise la pénétration et la dislocation du résidu charbonneux empâté de carbonate de soude. L'addition finale de carbonate de soude en très léger excès, exalte, sans la gêner, la sensibilité de la réaction indicatrice. En opérant comme il vient d'être dit et en s'entourant de toutes les précautions nécessaires en pareil cas, on obtient des résultats absolument constants avec un même liquide ; la sensibilité de la méthode au chromate d'argent est d'ailleurs extrême.
c Le nombre fourni par a) et exprimé en HGl, représente la totalité du chlore contenu dans le liquide stomacal.
€ b) Après une évaporation prolort" gée à 100% d'une durée d'une heure après disparition de tout liquide, on y verse un excès de carbonate de soude ; on évapore à nouveau et on achève comme ci-dessus.
< Le nombre fourni par b) représente tout le chlore, moins celui qui a été chassé par Tévaporation prolongée à 100% c'est-à-dire moins
THCl libre : a — b = HQ libre. Par l'évaporation au bain-marie à 100* on obtient d'ailleurs les mêmes résultats qu'à l'étuve à 110% Mais si l'on dépasse quelque peu cette dernière température, la masse dégage des fumées blanches et les résultats changent. Aussi pour voir des résultats absolument constants faut-il préférer l'évaporation prolongée à 100*.
< Dès que la portion c) est desséchée, on la calcine avec ménagement sans aucune addition. En écrasant le charbon, on hâte la fin de l'opération qui, pour être suffisante, n'exige que fort peu de temps. Ici surtout toute surélévation de température doit être évitée. On s'arrête dès que le charbon est devenu bien sec et friable. M. Winter se sert d'une capsule assez profonde dont le fond seul est léché par la flamme du bec et dont la paiHie supérieure est garantie par une toile métallique.
Après refroidissement, on achève comme ci-dessus. Le nombre trouvé représente le chlore des chlorures fixes : b — c indique par conséquent le chlore perdu pendant la calcination ménagée des résidus, c'est-àdire le chlore combiné aux matières organiques et à l'ammoniaque. De nombreux dosages comparatifs ont appris qu'en opérant de la sorte, on n'éprouve pas, par le fait de la dissociation, de pertes appréciables de chlorures fixes. »
le, mais il faut reconnaître que c'est là un procédé ingénieux et qui ne réclame pas de la personne qui le met en jeu de grandes connaissances chimiques. C'est un procédé clinique, et Marfan qui a utilisé cette méthode la considère comme donnant des résultats cliniques suffisants. Je ne partage pas cette manière de voir et j'avoue que les résultats que j'en ai obtenus ne m'ont guère servi à éclairer mon diagnostic.
Vous voilà donc en possession de trois ordres de moyens v.ieurdos qui vous permettent de reconnaître la présence de l'acide p"^^^^'chlorhydrique libre, la présence de l'acide lactique, la valeur acide du suc gastrique et enfin son pouvoir digestif.
Avec tous ces procédés, pouvez- vous vous passer de l'examen clinique et, sur ces seules données, établir un diagnostic, et une thérapeutique? Non, messieurs, et quand on voit les efforts incessants de ces recherches chimiques et le maigre résultat auquel on arrive, on est tenté de dire que la montagne accouche d'une souris. En effet, comme le dit fort bien Georges, les maladies de l'estomac, au point de vue chimique, se grouperaient en deux classes : celles où il y a hypersécrétion d'acide chlorhydrique et celles où il y a hyposécrétion.
Procédé d^Hoffmann. — Hoffmann a récemment proposé d'employer le polarimétre à la détermination de licidité du suc gastrique. Ce procédé esït fondé sur le principe suivant : le SQcre de canne, en solution aqueuse afec des acides, absorbe de Teau et M décompose en dextrose e( lévulose; par suite, le coefficient de polarisation se modifie et on peut déterminer facilement bi quantité do sacre transformée en un temps délenniné. Les différents acides ont ane action qui diffère pour chacun
d'eux, et de tous c'est THCl qui agit le plus énergiquement sur la transformation du sucre de canne en dextrose et lévulose, tandis que les acides organiques n'exercent aucune action, à moins qu'ils ne soient à un degré de concentration très élevé.
Nous n'entrerons pas dans les détails techniques et nous ne ferons pas l'énumération des causes d'erreur inhérentes à cette méthode; plus compliquée que les méthodes précédentes, elle ne parait pas leur être supérieure en précibion.
318 LEÇOiNS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
Dans le premier groupe, il n'y aurait qu'une maladie: c'est l'ulcère simple de l'estomac ; dans l'autre, se grouperaient toutes les autres affections : gastrites, dilatation de Testomac, en un mot les affections les plus disparates de tout le groupe nosologique des affections stomacales. Aussi Hayem, dans les recherches récentes, a montré que la présence de l'acide chlorhydrique libre ne permet pas de juger les affections de l'estomac, puisque sa présence est un fait exceptionnel.
Est-ce à dire qu'il faut abandonner ces recherches? Nullement. C'est un complément d'information qui nous permet de confirmer dans une certaine mesure le diagnostic posé parles autres moyens cliniques. Mais c'est toujours cette dernière qui doit occuper la première place, et l'étude du traitement des diverses maladies dans laquelle je vais entrer sera une preuve absolue de ce que j'avance, et cette preuve, je liens à vous la fournir aussi complète que possible, en étudiant d'abord le cancer de l'estomac et son traitement.
Mais avant il me faut vous faire connaître le lavage de l'estomac qui joue un rôle si important dans la cure et le diagnostic des affections stomacales et vous fournir des données précises sur l'alimentation qui est l'agent le plus actifde l'hygiène thérapeutique applicable à ces affections. Je commence par ces dernières.
TROISIÈME LEÇON
Sommaire. — Thérapeutique générale des maladies de restomac. — De Taliment et de ralimentation. Définition de Faliment. — De la nutritibilité et de la digestibilité des aliments. — Expériences faites sur l'homme. — Fistules gastriques. — Anus contre nature. — Aliments lourds et légers. — Division des principes alimentaires. — Digestion des matières albuminoîdes. — Des peptones, leurs caractères» leurs variétés, leur nature. ~ Valeur nutritive des principes albuminoSdes. — Digestion des fécules, des sucres et des graisses. — Des principes salins.
Messieurs, comme je vous le disais à la fin de la dernière leçon avant d'aborder l'étude du traitement de chacune des affections stomacales en particulier, je tiens à vous exposer dans plusieurs leçons sur quelle base scientifique vous devez faire reposer l'hygiène alimentaire ; aussi ai-je réuni dans ce chapitre les acquisitions les plus récentes de la physiologie moderne sur Talimentaiion. Depuis la publication de ces premières leçons, frappé de l'importance de l'hygiène alimentaire, j'ai consacré mes leçons faites à l'hôpital Cochin pendant Tannée 4 885-4 886 à cette question (tt), et pour ceux qui voudraient étudier plus complètement ce sujet, je les renvoie à ces conférences.
On donne le nom d'aliment à toute substance qui, intro- De raiiduite dans l'économie par le tube digestif, sert à la nutrition ; '"''"*' mais, avant d'aborder l'étude des aliments, je dois examiner avec vous un des points les plus délicats de la question. Que devons-nous entendre par les mots : valeur nutritive d'un
(a) Dujardin-Beaumetz, Conférences de Vhôpital Cochin, 1885-1886; l'Hygiène •limentaire, Paris, 1887.
ncnces.
wgestibi- aliment ou nutritibililé, et valeur digestive ou digcstibilité? C'est là, je répète, un point fort difficile, et, avant de
Nutritibi- prendre à cet égard une conclusion quelconque, je vais exposer les expériences sur lesquelles est basée l'étude de la digestibilité des aliments. Je ne m'occuperai que des expériences faites sur l'homme, car la valeur digestive des aliments est tellement variable avec les espèces, qu'il est difficile de comparer ce qui se produit chez le chien et chez le ruminant avec ce qui se passe chez l'homme. Eipé- Les uns, comme Spallanzani, ont introduit dans l'estomac des boules creuses, ou des tubes, ou des sacs contenant des substances alimentaires, et ensuite, lorsque ces boules étaient rendues, soit par vomissement, soit par défécation, ils ont examiné les modifications apportées aux substances contenues dans leur intérieur. C'est ainsi que Stevens (a), profilant des dispositions d'un bateleur qui avalait des corps étrangers qu'il rendait facilement ensuite par vomissementa étudié la digestibilité des aliments. Ces expériences ont peu de valeur ; elles dérobaient, en effet, les aliments à l'action musculaire de l'estomac, et on n'observait que les effets de l'imprégnation par le suc gastrique ; de plus, comme ces corps étrangers étaient rendus à des heures indéterminées, il était difficile d'obtenir de ce mode expérimental des résultats sérieux.
Dans d'autres cas, on profitait, soit de la faculté qu'avaient certaines personnes de vomir à volonté, comme le faisait Gosse (1) par exemple, en avalant une gorgée
(i) Gosse (de Genève) mit à profit des aliments. Il remarqua que les la faculté qu'il possédait de vomir à substances qu'il digérait le plus favolonté en avalant une gorgée d'uir, cilement, c'est-à-dire en une ou deux pour étudier le degré de digestibilité heures, étaient : les œufs frais à la
(a) Stevens, in Milne-Edwards, Leçons sur la physiologie et Vanatomie compa-réeSy t. V. — W. Bcaumont, Exper. and Observ. on the Gastric /uice. Plattsburg, 1^33. — C. Richct, Du suc gastrique che% Vhomme et les animaux. Paris, 1878.
d'air ; OU bien encore on observait ce qui se passait dans Teslomac, au moyen de fistules permanentes produites dans l'organe (i). C'est ce que fit Beaumont sur son Canadien, c'est ce que, plus récemment et d'une façon plus rigoureuse, Ch. Richet fit sur cet homme, nommé Marcelin, auquel le
Fistules gastriques.
coque, le lait de vache, la chair d'agneau, de veau, de poulet et des volatiles tendres, le poisson frais cuit, les épinards, les asperges, les artichauts, le céleri, les fruits cuits, pommes et pruneaux, le gruau, le pain rassis de froment et de seigle, les pommes de terre et le sagou.
D'autres substances n'étaient digérées qu'au bout de quatre, cinq ou six heures: la viande de porc, le sang cuit, les œufs durs, les huîtres, les salades, la laitue, la chicorée, le cresson, les choux, 'les choux-fleurs, les carottes, les oignons crus ou cuits, les radis, la pâtisserie.
D'autres substances, enfin, étaient fort difficiles à digérer et restaient très longtemps dans l'estomac : c'étaient les parties tendineuses et aponévrotîques, les morceaux d'os, Ja couenne de lard, les champignons, les truffes, les graisses huileuses, les noix, amandes, pistaches, noisettes, le cacao, le raisiné, les écorces d*oranges et de citrons confits, les enveloppes des haricots, des pois et des lentilles cuits. Quant aux pépins de raisin, de groseille, cerise, prune, poire, pomme, abricot et pèche, aussi bien que les noyaux de ces derniers, Gosse a constaté qu'ils étaient complètement indigestes.
(i) W. Beaumont ayant examiné pendant plusieurs années la digestion sur un robuste Canadien, A. de Saint-Martin, porteur d'une fistule gastrique consécutive à un coup de feu, a donné le tableau suivant, qui
CLIXtOUE THÉRAP., 6* édit.
indique les résultats de ses expériences :
Subslsmcos.
Riz
Sagou
Tapioca
Orgo
Lait
Gélatine
Pieds de cochon..
Tripes
Cervelle
Venaison
Moelle épinièro...
Dinde (basso-cour).
Dinde (basse-cour), Dinde sauvage....
Oie
Cochon de lait. . . .
Foie de bœuf, frais.
Agneau frais
Poulet
Œuf frais
Préparation.
bouilli
Ijouilli
bouilli
bouillie. ..
bouilli.. ..
non bouilli, bouillie.. . .
bouillis
bouillies. .
bouillie... .
grillée
bouillie. ..
rôtie
bouillie. .. .
rôtie
rôtie
rôti
grillé
grillé
fricassé ....
cuits durs., à la coque.
frits
rôtis
Crème
Morue salée
Truite saumonée
fraîche.
Limande
Saumon salé
Huîtres fraîches...
Bœuf frais maigre.
Bcefsteak
Bœuf frais, maiijrc (avec du sel)....
crus
fouettés
cuite au four, bouillie
frite
frite
bouilli. . .
crues
rôties
étuvées . . .
rôti
grillé
bouilli
Digcst.
professeur Verneuil avait pratiqué avec succès la gastrostomie.
Vous connaissez tous l'histoire de ce garçon qui, à la suite de Tintroduction d'un corps caustique dans Toesophage, avait vu se produire une oblitération complète de ce conduit. Verneuil par la gastrostomie, lui permit de vivre, et, chose étrange et bien extraordinaire, ce garçon, ainsi privé d'oesophage et dans l'impossibilité de boire, a succombé à la tuberculose, amenée par l'abus des boissons alcooliques qu'il se faisait introduire par sa fistule gastrique.
C'est grâce à l'observation de cet homme que Ch. Richet
Substances.
Bœuf avec moutarde
Mouton frais
Veau frais
Volaille (bassecour)
Canard
Canard sauvage. . .
Graisse de bœuf...
— de mouton.
Beurre
Fromage vieux, fort
Soupe (bœuf, légumes, pain)....
Soupe au bouillon d'os
Soupe aux fèves. . .
— à l'orge.. ..
— au bouillon de mouton
Blé vert, fèves....
Bouillon de poulet.
Soupe aux huîtres.
Bœuf frais
Préparation Digest.
bouilli 3^01
grillé 3.15
cru 3.00
étuvé 3.00
rôti 3.15
grillé 3.15
bouilli 3.00
grillé 4.00
frit 4.30
bouillie 4.00
rôtie 4.00
rôti 4.00
rôti 4.30
bouillie 5.30
bouillie 4.30
fondu 3.30
cru 3.30
bouillie 4.00
bouillie 4.15
bouillie 3.00
bouillie 1.30
bouillie 3.30
bouillis 3.54
bouilli 3.00
bouillie... . 3.30
frit 4.00
Substances.
Bœuf vieux, salé..
Porc maigre (fessier)
Porc entrelardé...
— salé, récent..
Uachis (viande et
légumes)
Saucisse fhitche. . .
Cœur
Tendons
Cartilages
Aponévroses
Fèves
Pain de blé frais..
Gâteau de blé
— de Savoie.
Pudding (pommes).
Pommes sûres,
dures
Pommes sûres,
blettes
Pommes douces. . .
Panais
Carottes
Navets
Pommes de terre..
Choux (têtes de)..
Choucroute
Choux
Préparation. Digest.
bouilli 4M5
«rillé 3.15
rôti 5.15
bouilli 4.30
frit 4.15
réchauffé.... 2.30
grillée 3.20
frit 4.00
bouillis 5.30
bouillis....^ 4.15
bouillies.... 3.00
bouillies.... 2.30
cuit au four. 3.30
cuit au four. 3.00
cuit au four. 2.30
bouilli 3.00
crues 2.50
crues 2.00
crues 3.10
bouillis 2.40
bouillies.... 3.15
bouillis 3.30
bouillies 3.30
rôties 2.30
cuites au four. 2.30
crus 2.30
crue 2.00
bouillis 4.30
apu donner cette étude (1) si consciencieuse et si remarquable sur le suc gastrique, étude sur j laquelle j'aurai à revenir souvent dans cette partie de notre sujet. Herzen (de Lausanne) (a) a aussi profité d'un malade porteur de fistule gastrique pour étudier les phénomènes de la digestion stomacale, et cette étude a fourni des faits intéressants que nous utilisefons par la suite.
Ce procédé d'observation, quoique supérieur aux précédents pour étudier la digestibililé, ne peut nous suffire ; la digestibilité de l'alijnentne peut, en effet, se juger par un seul acte des fonctions digestives; elle ne peut être appréciée que par l'ensemble des forces digestives; aussi les résultats obtenus ne concernent que la digestibilité stomacale de certains aliments.
La pratique du lavage de l'estomac a été aussi appliquée à l'étude de la digestibilité des aliments et elle a servi aux médecins allemands et en particulier à Leube et àEwald (A), à établir, comme nous avons vu précédemment, les bases du diagnostic des diiférentes affections de l'estomac. Mais les mêmes réflexions que nous venons de faire à propos des expériences précédentes sont applicables à ces recherches très importantes au point de vue de la digestion stomacale, elles
0) Le professeur Verneuil a fait R. M., âgé de dix-sept ans, apprenti
sur ce malade, à FAcadémie de mé- maçon, avala, le 4 février 1876, par
dedne, une communication extrême- mégarde, une solution de potasse
ment intéressante, dans laquelle il d'Amérique. Cet accident détermina
décrit minutieusement la brillante une inflammation des plus intenses
opération qu'il a faite à Marcelin. du côté de l'œsophage, inflammation
Nous regrettons de ne pouvoir don- qui amena Toblitération de ce con-
ner m extenso cette communication duit. Le professeur Verneuil pra-
qui se trouve dans les Bulletins de tique la gastrostomie le !26 juillet et
rAcadémie,séancedu31octobre1876. au mois de novembre le malade était
Voici un très court résumé de cette complètement guéri, obserration :
(a) Herzen, Digestion stomacale, Lausanne, 1886.
(6) Ewald, Leçons cliniques sur la pathologie de la digestion. Pai'is, 1888^
Anus contre nature.
ne nous fournissent aucune donnée sur la digestion totale des aliments (a).
Les expériences de Londe, de Lallemand et celles plus récentes de Braune (1), faites sur des personnes atteintes d'anus contre nature, permettant d'examiner à un moment voulu les matières introduites précédemment dans le tube digestif, paraissent constituer une méthode préférable, et on doit tenir grand compte des observations recueillies par ce moyen. Que nous montrent ces observations? C'est que certaines substances traversent rapidement le tube digestif,
(1) Lallemand, expérimentant sur des individus atteints d'anus contre nature, a remarqué que les substances végétales séjournent moitié moins longtemps dans Testomac que les viandes et qu'elles se présentent plus rapidement au niveau de la fistule intestinale. Ce physiologiste a constaté que les haricots, lentilles, pommes de terre, même à Tétat de bouillie, subissaient peu d'altération ; les fruits crus n'étaient pas altérés; les épinards, les pruneaux, provoquaient rapidement de la diarrhée, et se présentaient avec leur aspect et leur couleur à l'orifice fistuleux; le lait provoquait aussi du dévoiement, et surtout au bout d'une demi-heure à une heure, il apparaissait en grumeaux coagulés. Les viandes rôties, chez ces individus, séjournent plus longtemps que le pain et les viandes bouillies.
De ces expériences nombreuses, que nous ne pouvons relater ici, Lallemand est arrivé aux conclusions suivantes :
1" S'il est vrai que les substances alimentaires les plus animalisées sont
celles qui nourrissent davantage, et vice versâj il ne s'ensuit pas qu'elles sont plus promptement digérées;
2« Au contraire, le travail de la digestion est d'autant plus long et plus pénible que, sous un volume donné, l'aliment contient p?us de matériaux nutritifst et vice ver$â;
3" Les aliments ne sortent pas de l'estomac dans l'ordre suivant lequel ils ont été introduits; ce ne sont pas ceux qui sont le plus altérés par la digestion qui sortent les premiers; ce sont ceux qui, contenant plus de matériaux alimentaires, sont plus réfractaires aux forces digestives.
Braune a fait plus récemment des recherches sur un cas d'anus contre nature, pratiqué sur rintestin grêle à 24 centimètres de la valvule iléocaecale. D'après cet observateur, le chyme serait neutre à jeun et acide pendant la digestion. La muqueuse serait toujoui-s alcaline. La viande ingérée par la bouche mettait trois heures pour apparaître à la fistule et au bout de cinq à six heures il n'en restait plus de traces {b).
(a) Lcubc, Deulsches Archiv fur klin. Mediciriy 1883, t. XXIII, p. 1. (6) Trousseau, Des principaux alimenU au point de %me de leur digestibililé el de leur valeur nutritive. Thèse de concours, 1838.
mais sans y subir de modifications bien appréciables ; c'est ce qui arrive pour les aliments contenant de la cellulose végétale. Dira-t-on que ces aliments sont plus digestibles que d'autres, parce qu'ils ont traversé rapidement l'intestin? Ce serait une erreur. Il ne suffit pas, en effet, qu'une substance passe vite de la bouche à l'anus, pour dire qu'elle soit digestible, il faut encore qu*elle ait fourni à l'économie le plus d'éléments nutritifs possible; aussi, tout en distinguant la valeur nutritive de la valeur digestive de l'aliment, dirai-je comme Trousseau : « L'aliment le plus digestible est celui quifournit à l'économie la plus grande quantité d'éléments réparateurs, en exigeant le moins de .travail possible de la part des forces digestives (a). 3
Ne croyez pas cependant, messieurs, que les aliments les AUmonu plus nutritifs soient les plus digestibles ; nous verrons, au wgo*r*! contraire, que certaines substances très nourrissantes sont d'une digestion lente et laborieuse. II faut reconnaître, d'ailleurs, que bien des causes viennent modifier les règles précises qu'on voudrait établir au point de vue de la digestibililé des aliments, il serait difficile de classer aujourd'hui les matières alimentaires en aliments lourds et légers. Une des principales causes qui s'opposeraient à cette classification, c'est la prédisposition individuelle; tel, en effet, digère des substances qui produiraient infailliblement une indisposition chez tel autre.
Joignez à cela l'habitude, qui fait que le tube digestif s'accommode à tel ou tel aliment. Si, sur ce point, les irrégularités sont innombrables, il en est un autre, au contraire, sur lequel tout le monde est d'accord, cliniciens etphysio-
(a) Spallanzani» Stevens, De alimentorum concoclione. Edimbour(^, 1717. — Gosse, OpuMCules de physique animale et végétale, par Spallanzani, t. II, 1718. — Beaumont, Exper. and Observ. on the Gaslric Juice. Plattsburg, 1833. — Lallemaod. Observations pathologiques propres à éclairer plusieurs points de physiologie. Thèse de Paris, 1818. — Londe, Arch. yen. de mérf., 1" série, t. X. — Brauiic, Lanrel, 1860, vol. XIX, p. 460-i91.
mcntaires.
logistes, c'est l'importance de Tétat de cohésion que présente Taliment ; plus cette cohésion sera lâche et moins intense, plus la digestion sera rapide ; il existe à cet égard dans une même substance des différences très grandes, selon les différents aspects sous lesquels elle est présentée, et rien n'est plus curieux que les résultats que SchiflF donne sur la digestibilité d'une quantité d'albujnine prise en une masse solide et compacte ou bien administrée au contraire à l'état de division extrême (1). Nous aurons, du reste, à revenir sur celte question lorsque nous nous occuperons des poudres alimentaires.
Dirision Ou divisait autrefois les aliments primordiaux en deux dp'es'Iri- classes, les aliments plastiques^ qui étaient albuminoïdes et les aliments respiratoires composés de substances hydrocarbonées ; celte division était toute théorique, et elle doit être abandonnée pour lui substituer une division plus conforme aux données modernes de la chimie physiologique. Les éléments primordiaux des aliments peuvent être divisés en deux grandes classes, les principes organiques et les principes inorganiques. Ces deux classes se subdivisent ellesmêmes en deux groupes : les principes organiques en principes azotés et principes non azotés; les principes inorganiques comprennent les éléments salins et l'eau.
Les principes azotés comprennent : les substances albuminoïdes proprement dites, les substances gélatigènes et
(1) Leven a fait à cet égard des de blanc d^œuf durci, on le tue deux
expériences récentes qui viennent heures après et on trouve daps Tes-
confirmer celles des autres expéri- tomac 15 grammes de blanc d*œuf. raentateurs. Sur un autre animal on administre
Il donne à un chien 50 grammes 88 grammes de blanc d'œuf durci,
de blanc d'œuf liquide, le chien est trois heures après on retrouve dans
tué une heure après, et l'on trouve l'estomac 31 grammes de cette albu-
Testomac complètement vide ; puis mine durcie (a), il donne à un autre chien 25 grammes
(a) Leven, Traité des maladies de V estomac, 1879, p. 33.
noTdcs.
certains alcaloïdes qui existent dans nos aliments; les principes non azotés comprennent les graisses neutres et les hydrates de carbone.
J'ai dit que la vieille division des aliments en plastiques et respiratoires doit être abandonnée; nous verrons, en effet, que les albuminoïdes fournissent à la fois des éléments pour la réparation des tissus et pour la respiration.
Nous allons étudier l'action de la digestion sur chacun de Digestion ces principes. Commençons par la digestion des matières uèrosTibualbuminoïdes, qui sont presque exclusivement digérées par ™*"^"*°*le suc gastrique.
Les princides albuminoïdes ou protéiques correspondent d^s sub-
, , stances al-
tous aune constitution uniforme pouvant être résumée dans bumiune formule générale. Leur composition élémentaire centésimale serait représentée par les nombres suivants :
Carbone 53.5
Hydrogène 7.0
Azote 15.5
Oxygène 22.4
Soufre 1.6
Pour Mùlder, les substances protéiques ont pour base fondamentale un corps spécial auquel il a donné le nom de protéine (i). Actuellement cette conception est abandonnée et les travaux d'A. Gautier tendent^à prouver que les albuminoïdes ont pour squelette des composés cyanhydriques, et que l'économie se débarrasserait de ces combinaisons
(1) La protéine (de wpwToç, premier) la protéine. Pour 100 de protéine
s*obtient en dissolvant une matière pure, on trouve à l'analyse 45 de car-
albuminotdc dans une ^solution bone, 15àl6 d*azote, environ? d'hy-
aqueuse de potasse, maintenue à drogène et 22 d'oxygène. Mûlder
la température de 50". En ajou- formulait la protéine G*^ïP^Az*°0**;
tant à cette dissolution un léger ex- elle est insoluble dans Teau, dans
ces d'acide acétique, on voit appa- l'alcool et dans réther. raltre on précipité gélatineux : c'est
toxiques, sous forme de leucomaïnes. Quoi qu'il en soit l'accord est loin d'être fait et en réalité nous ignorons encore la constitution intime des substances albuminoïdcs.
Les matières albuminoïdcs possèdent la propriété de se coaguler, de se précipiter par la chaleur et les acides énergiques; et les précipités ainsi formésnesontquedes isomères de la substance protéique primitive.
En présence de certains réactifs, et en particulier de l'acide nitrique concentré, il se produit un précipité jaune auquel on donne le nom diacide xantho protéique. Avec le nitrate nitreux de mercure, ou réactif de Millon, on obtient une coloration rouge orange caractéristique.
Les substancesalbuminoïdes quaternaires sont très répandues dans les matières organiques. Ce sont elles qui constituent la gélatine des os, la musculine ou myosine des viandes, la fibrine du sang, la caséine du lait, l'albumine de l'œuf, le gluten du pain, etc. (1).
Do8 pop- Lorsqu'on les met en contact avec la surface de l'estomac, ou bien lorsqu'on pratique des digestions artificielles, ces matières albuminoïdcs, en présence du suc gastrique, subissentdiverses modifications : d'abord, précipitation ou dissolution incomplète do la substance albuminoïde. Mialhe, qui a fort bien étudié ce problème, appelait le nouveau corps ainsi formé, albumine caséifornie; c'est ce qu'on décrit aujourd'hui sous le nom de syntonbie^ qui n'est autre chose que le résultat de l'action des acides sur les matières protéiques. Puis, si l'action du suc gastrique continue, il survient une autre modification de ces albuminoïdcs, qui
(1) Les matières albuminoïd es pro- rhémoglobine, la caséine, la légu-
preinent diles sont: les albumines mine, la fibrine du sang, la musculine
ies œufs (mammifères, oiseaux, pois- des muscles, la fibrine du gluten et
sons), celles qui se trouvent dans le la glutine ; les albumines coagulées;
plasma musculaire, la serine du la musculine cuite, Tosséine, la gé-
sérum, la vitelline, la globuline, latine, etc.
toncs.
des poptones.
acquièrent alors des propriétés nouvelles ; on obtient ce que Mialhe a appelé albuminose^ et hç\imdLXiXi peptone.
Quelles différences y a-t-il entre les matières albumi- caractères noîdes et les peptones ? Les voici : bien que les peptones conservent les réactions caractéristiques des matières albuminoïdes, c'est-à-dire bien qu'elles fournissent avec le réactif de Millon (nitrate nitreux de mercure) la coloration rouge orange caractéristique, ou qu'elles donnent avec Tacide azotique concentré le précipité jaune d'acide xanthoprotéique, les peptones cependant ont perdu la propriété de se coaguler sous l'influence de la chaleur et des acides. Les peptones ont une réaction spéciale avec les réactifs cupro-potassiques et cupro-sodiques ; elles les font virer au violet ; de plus, tandis que les matières albuminoïdes sont à peine dialysables, les peptones subissent les loisdela dialyse. Enfin, lorsqu'on injecte dans les veines d'un animal une substance albuminoïde non modifiée, on la retrouve dans les urines ; il n'en est pas de même avec les peptones, qui sont absorbées dans l'économie et dont on ne trouve pas trace dans les urines à l'état physiologique lorsque la quantité injectée n'est pas trop considérable. Telles sont les différences essentielles qui séparent les matières albuminoïdes des peptones.
Mais on a été plus loin : on a voulu connaître les diffé- Des dinérences entre les diverses peptones, et Meissner, qui a fait un travail considérable à ce sujet, a décrit de nombreuses variétés de peptones. Il a trouvé successivement les parapeptone, métapeptone, dyspeptone, et même des peptones </, ô, c.
Je n'entrerai pas dans la description de ces diverses espèces, parce que les opinions de Meissner ne sont pas universellement adoptées ; et, depuis quelques années, on tend à abandonner de plus en plus les conclusions auxquelles ce
rentes peptones.
physiologiste était arrivé. On pense aujourd'hui, au contraire, et c'est l'opinion soutenue par Herîninger, que les peptones diffèrent selon la substance qui les a fournies, et qu'on doit étudier successivement les fibripeptones, les albuminipeptones, les caséipeplones.
Si la chimie est incapable de donner par l'analyse les différences qui existent dans la constitution atomique de ces différents corps, l'application de la polarimétrie montre que ces substances modifient d'une façon différente la lumière polarisée, et ce fait permet de penser que chaque peptone doit constituer une individualité.
Nature des Quaut à k uaturc môme des peptones, il y a deux opinions peptones. ^^ présencc. Les uns pensent que ceç corps sont les polymères des substances protéiques ; les autres prétendent qu'il s'agit d'une modification moléculaire spéciale, et, pour Wûrtz, Hoppe-Seyler, Herîninger, la peptonisation des matières albuminoïdes consisterait en une hydratation de ces substances. Toujours est-il que ces principes alimentaires se dissolvent plus ou moins rapidement dans le suc gastrique, et, à cet égard, voici quelle serait leur digcstibilité : la caséine serait plus rapidement digérée; puis viendrait la fibrine, et enfin l'albumine.
Valeur nu- Quaut à leur valeur nutritive, il est bien démontré, par '"rind tr '^^ expériences de Magendie, de Leuret et Lassaigne, de aibumi- Tiedemann et Gmelin, de Bœcker, de Tegard, de Brown-
noîdes.
Séquard et d'Hammond, que, prises isolément, ces matières albuminoïdes ne peuvent soutenir l'homme qu l'animal auquel on les administre (4), et pour qu'elles acquièrent une
(1) Hammond s'étant soumis à la proportion des substances azotées
une alimentation exclusive avec de s'accroissait dans Turine. Après dix
Falbumine, a trouvé : 1*^ que sa cha- jours de cette alimentation exclusive,
leur ne s'abaissait pas ; !2° quMl mai- il dut cesser, la diarrhée, les doa-
grissait; 3"* que la quantité d'albu- leurs abdominales et la céphalalgie
mine augmentait dans le sang-^i^^que ayant pris une grave intensité. Pen-
valeur nutritive réelle, il faut qu'elles soient associées entre elles. C'est là, vous le voyez, un fait important, que les expériences sur les animaux nous ont démontré, et que Texpérimentation sur l'homme a bien mis en lumière, à propos de celte question, oubliée aujourd'hui (1), et cependant fort intéressante, du bouillon à la gélatine inventé par Darcet. Ce bouillon, en effet, loin de soutenir les malades, était dépourvu de toute valeur nutritive.
dant dix autres jours il n*a pris que de l*ainidoii et il a encore cruellement souffert des pyrosis et de la céphalalgie; sa perte de poids a été encore plus copsidérable qu'avec Talbamiae (a).
(1) L'idée de Papin (1681), de Changeux (1775), de Proust (1791) de faire servir à l'alimentation la gélatine extraite des os a été reprise par Darcet en 1810, qui fit préparer do bouillon à la gélatine extraite des os par la vapeur.
Rapidement il y eut un grand engouement pour cette alimentation, une usine fut créée au Gros-Caillou et des appareils furent installés à Paris, à Lille, à Lyon, à Strasbourg, en Russie, en Pologne, en Hollande, au Mexique et à la Nouvelle-Orléans.
A Paris, du 7 octobre 18^ jusqu'en 18i0, l'appareil de rhôpital Saint- Louis a fourni 1,463,950 litres de dissolution gélatineuse et 7,240 kilogrammes de graisse, et ces produits ontsenri à préparer 3,456,307 rations d'aliments à la gélatine. En onze ans il y a eu (malades, convalescents, employés et gens de service, indigents) 94,5i2 personnes nourries avec des aliments à la gélatine. Dans les magasins de droguerie et d'épicerie,
la gélatine convertie en feuilles ou en tablettes se vendait couramment pour les préparations culinaires.
Cependant des plaintes s'élevèrent sur ce mode d'alimentation, des malades soumis à ce régime se plaignirent; les expérimentations de Donné, de Magendie, de Lecœur, etc., vinrent battre en brèche la valeur de la préparation de Darcet; une commission fut nommée (Acad. des sciences) et ses conclusions ne furent pas favorables. Il est vrai de dire que d'autres commissions, entre autres celle nommée par la Faculté de médecine de Paris en 1814, avait reconnu que, préparé par le procédé de Darcet, le bouillon à la gélatine était aussi agréable que le bouillon ordinaire des hôpitaux. Malgré cela, malgré ses défenseurs, Girardin, Arago, Edwards et Balzac, le bouillon à la gélatine fut à peu près complètement laissé de côté et rejeté.
Voici quelles étaient les conclusions de la commission dite de la gélatine :
i* Les chiens se laissent mourir de faim à côté de la gélatine dite alimcn" iaire^ après en avoir essayé ou non pendant les premiers jours ;
2* Si, au lieu de celte insipide gé-
(a) Hammond, Becherchet sur la valeur nutritive de l'albumine, de r amidon et de la gomme employés isolément comme aliment {Trans. of American }fedical Assoe,, 1857).
Nous verrons cependant que, prise sous un autre aspect, cette question mérite d'être étudiée à nouveau, et je vous montrerai que,sicertaines de ces substances prises isolément ne sont pas nutritives, elles peuvent cependant, comme Schiff Ta constaté, favoriser la sécrétion du suc gastrique et jouer, par cela même, un rôle important dans la digestion.
Ce rôle de peptonisation est-il réservé exclusivement à l'estomac? Non; si la plus grande partie de la digestion se passe en présence du suc gastrique, il faut reconnaître cependant que d'autres liquides sécrétés par le tube digestif possèdent les mômes propriétés.
Claude Bernard, Corvisart, Meissner, Kûhne, ont démontré en effet, que le suc pancréatique peut transformer la matière albuminoïde en peptone, et la substance ayant cette
latine, on donne ceUe agréable gelée l'un et de Tautre, les animaux vivent
que les charcutiers préparent par la plus longtemps, mais ils maigrissent
coction de différentes parties de et finissent par périr au soixantième
porc et d'abatis de volailles, les ou quatre-vingtième jour ; chiens la mangent comme nous avec -i* Enfin si on expérimente avec
un plaisir extrême les premiers jours, le bouillon de viande seule, et celui
puis ils n'y touchent plus et meurent qui résulte d*un mélange d'une petite
vers le vingtième jour, presque quantitéde viande et d'un équivalent
aussi vite que s'ils n'avaient pas de gélatine, on constate que les
mangé; chiens, qui maigrissent vite avec la
3** Si on associe la gélatine, en soupe à la gélatine, reprennent leur
notable quantité, à une petite pro- embonpoint avec celle qui ue con-
portion de pain ou de viande ou de tient que le bouillon (a).
(c) Papin, La manière d'amollir les os. Paris, 1681. — Changeux, Observ. sur l'extraction de la gélatine des os {Observ. sur la physique, l'histoire naturelle et les arts, de l'abbé Rozier, t. VI). — Proust, Recherches sur les moyens daméliorer la subsistance du soldat. Ségovie, 1791. — Darcet (J.-P.-J.), Mémoire sur les os provenant de la viande de boucherie, sur les moyens de les conserver, den extraire la substance gélatineuse, etc. Paris, 1829. — Nouveaux documents relatifs à l'emploi de la gélatine. Paris, 1840. — Girardin, Rapport sur l'emploi de la gélatine des os dans le régime alimentaire. Rouen, 1831. — Edwards et Balzac, Arch. de méd., 2* série, Paris, 1833. — Donué, Expériences sur les propriétés de la gélatine {Comptes rendus de l'Acad. des se, 1841). — Magendie, Rapport au nom de la commission de la gélatine, 1841. — Trousseau, Des principaux aliments. Thèse de concours, 1838. — Lecœur, Expériences sur les effets de la solution gélatineuse de V Hôtel-Dieu {Comptes rendus de VAcad. des se, 1844). — Bérard, Cours de physiologie. Ps^ris, 1848. — Rapport sur la gélatine considérée comme aliment {Uull. de l'Acad. de méd., Paris, 1850, t. XV).
propriété serait la trypsine (a) ; ce qui caractériserait Taction de ce ferment, c'est qu'il pourrait produire la transformation en peptone dans un milieu alcalin (1).
On a prétendu aussi que le suc intestinal pouvait jouir de la même propriété; mais ici la difficulté est grande, car, sans nier la présence de ce suc, les uns ont prétendu qu'il ne possédait pas de propriétés digestives, les autres ont affirmé ces mêmes propriétés. Je crois, d'après des expériences, sur lesquelles nous reviendrons du reste, qu'il ne faut pas dénier au suc intestinal toute propriété digestive quelque faible qu'elle soit.
Telle est la digestion des matières albuminoïdes, que certains physiologistes, et en particulier Charles Richet, ont considérée comme une véritable oxydation. On est donc porté à croire que cet acte particulier de la digestion est une sorte de fermentation et que, entre la fermentation, la peplonisation et la putréfaction, les points de contact sont des plus intimes. Vous verrez par suite combien cette idée de fermentation est utile à connaître pour expliquer et guérir certaines formes de dyspepsie.
Les féculents sont l'objet d'une digestion toute spéciale. Digestion Ce sont les glandes salivaires et le pancréas qui fournissent les éléments de cette digestion, qui consiste en une action spéciale de ce corps que Dubrunfaut a découvert et décrit sous le nom de diastase dans les graines fermentées des céréales, et que Miahle a retrouvé dans la salive ; c'est
(1) William Roberts a étudié Tac- plus rapidement Talbumine de Tœuf
tion comparative de la pepsine et de que la trypsine, mais que pour le
la trypsine sur les matières albumi- lait ; au contraire, sa digestion est
noides et a montré ce fait intéressant beaucoup plus complète avec la
qoe la pepsine attaque beaucoup trypsine qu'avec la pepsine (b).
(a) Kûhnc, Cenlralbl. f. d. med. Wm., 1876, p. 636.
(b) William Roberts, Des ferments digestifs {Revue internationale des sciences^ 1881, t. VUl, p. 69, 206, 320).
des fcculonts.
ce corps qui transforme l'amidon et le rend assimilable.
Cette transformation est des plus complexes et a été le sujet des travaux de Musculus, de O'Sullivan et surtout de William Roberts qui nous ont montré que la molécule d'amidon se transformait d'une part en un sucre particulier, la maltose, et de Tautre, en une série de dextrines d'un type inférieur auquel on a donné le nom d'achro-dextrine (i).
Cette action est limitée aux glandes salivaires, mais se prolonge dans le tube digestif, et Charles Richet a montré que l'acidité de l'estomac, au lieu d'atténuer la transformation des matières amylacées, la favorise au contraire d'une façon notable. Mais ajoutons que le suc gastrique par luimême est impuissant à produire cette transformation (2). Il n'en est pas de même du pancréas, et les remarquables travaux de Bouchardat et Sandras ont mis en lumière l'action saccharifiante du suc pancréatique.
Digestion Quaut au sucre de canne, c'est Claude Bernard qui le pre-
des matiëros
«ucréos. (0 William Roberls, qui a étudié 10(C4«H«0040) -f 8H«oo ^ 8(C"HW0")
avec un grand soin cette digestion des Amidon soiubie Eau iiaitose
matières féculentes, a montré, en se + 3(r**H««0*o).
basant sur les expériences de Mus- Achro-dcxirine (a).
culus, de O'Sullivan, de H.-F. Brown (2) Leven soutient que le suc gas-
et J. Héron, que, sous Finfluence de trique change la fécule en dextrine,
la diastase, le dédoublement de la ^ais ne peut transformer celte der-
molécule d'amidon (G4îH«oO*o) en une ni^re en glycose. Pour le démontrer
molécule de dexlrine et une de sucre Jl verse dans un liquide où a raacérê
de raisin n'était pas exacte, et qu'il une muqueuse stomacale de Taraidon
fallait considérer cette molécule et immédiatement ce dernier perdrait
comme constituée par la réunion sa propriété de bleuir par la tein-
d'un grand nombre d'autres mole- ture d'iode. Ce changement serait dà
cules, et que la réaction finale de- à la pepsine et non à l'acide; mais la
vait être représentée par la formule modification de l'amidon s'arrêterait
suivante : ià ; car ce liquide ainsi obtenu ne
peut réduire la liqueur de Barres-
will (6).
(a) O'Sullivan, Joum. of the Chemical Society^ 1872-1876. — F.-H. Brown et J. Héron, Journal ofihe Chemical Society y 1879. — William Roberts, Des ferments digestifs {Revue internationale des sciences y t. YIII, p. 89, tOh et 320).
(6) Leven, Traité des maladies de V estomac, 1879, p. 301.
mier a montré que ce sucre devait, pour être assimilé, subir raction de la digestion, c'est le suc intestinal qui a la curieuse propriété de transformer le sucre de canne en sucre interverti ou assimilable (1). Richet a cependant soutenu que cette propriété de transformation de sucre de canne en sucre interverti pouvait être aussi attribuée à la salive (a). La présence en grande quantité de ces matières sucrées dans Testomac retarde l'action digestive, et cela en proportion notable.
Enfin, les matières grasses ne sont modifiées ni par le suc Digestion gastrique, ni par la salive; leur digestion est réservée au suc uèr"' pancréatique, qui les émulsioime. Je ne saurais trop, mes- ^"*®** sieurs, appeler votre attention sur le rôle considérable du pancréas, qui, placé à la suite des cavités buccale et stomacale, est chargé de compléter l'action des digestions qui se passent dans ces deux parties de l'appareil digestif; il modifie non seulement les matières albuminoïdes et les féculents qui ont échappé à l'action de la salive et du suc gastrique, mais il possède encore le pouvoir exclusif de la digestion des matières grasses. Tout récemment, Defresne, qui a fait de Tétude du suc pancréatique l'objet de longues recherches, a attribué à trois ferments distincts qui se trouveraient dans ce liquide les trois propriétés que je viens de vous signaler. Vamylapsine serait chargée de saccharifier l'amidon, la stéapsine favoriserait le dédoublement de la graisse; enfin,
(i) Le sucre de canne ou saccha- la même propriété et agit comme un
rose, que Ton trouve dans la racine ferment qui transforme ce sucre en
de betterave et dans la canne à sucre, sucre interverti comme le montre la
subit dans la plante vivante Taction formule suivante :
d'un ferment qui le transforme en ci«H220»4+2H30=C*3H«*0*24-c*«H2*0*-
SUCre interverti. Le suc intestinal a Saccharose Eau Dcxlroso Lévulose {b).
(a) Charles Richet, Du suc gastrique, p. 116.
ib) Claude Bernard, Leçons sur les phénomènes de la vie. t. II, p. 36. Paris,
Des ma-
tiôres sa-
linos.
la myapsine dissoudrait les matières alimentaires albuminoïdes (a).
Quant aux substances salines, elles sont aussi utiles que les principes réparateurs et les principes respiratoires. Liebig a démontré ce fait depuis longtemps, elles expériences plus récentes de Fôrster sont à cet égard démonstratives. En effet, tous les animaux privés de substances salines meurent rapidement. Bûng (1) a montré aussi qu'à l'égard des sels de
(1) Des expériences nombreuses de Kemmerich, Liebig, Voit, Fôrsler, BischofT, etc., ont démontré la nécessité et l'importance des sels dans Talimentation. D'après Kemmerich, J'action du bouillon de viande est due aux sels de potasse qu'il contient et les résidus de viande, sans les éléments du bouillon, ne peuvent soutenir les animaux qui en sont nourris qu'à la condition d'y ajouter du sel de cuisine.
Bischoffa vu un chien, nourri avec du pain seulement, avoir un accès de manie aiguë ; puis, au bout de quelque temps, de la paralysie s'est montrée aux membres postérieurs.
11 a été remarqué que, si on continuait Fexpérience, le chien succombait; qu'il se rétablissait, au contraire, si on lui redonnait la nourritui'e mélangée ordinaire.
Fôrster a donné à des pigeons, à des souris et à des chiens une nour-
riture très pauvre en sels, et il a remarqué que les souris ont vécu vingt et un à trente jours, les pigeons treize à vingt-neuf jours, et les chiens vingt-six à trente-six jours.
Les expériences de Boussingauit sur les taureaux montrent bien aussi l'importance des sels et leur utilité dans l'alimentation.
D'après Barbier, l'homme doit prendre par jour, en vingt-quatre heures, 12 à 20 grammes de sel, soit pur, soit mélangé aux aliments.
Quand l'homme ne peut, pour une cause ou pour une autre, prendre la quantité nécessaire de sel, il présente les mêmes accidents que les animaux ; il tombe, comme le montre Barbier, dans un état de langueur et de faiblesse, et présente au bout d*un certain temps tous les symptômes de l'anémie par diminution de la production des globules et deTalbumine du sang (d).
(a) Académie des sciences, séance du 10 juin 1875.
(b) Barbier, Note sur le mélange du sel marin aux aliments de Vhomme (Gm. méd. de PariSy 1848). — De Blainvillc, Cours de physiologie générale et comparée. — Liebig, Nouvelles Lettres sur la chimie^ \%ht. — Dailly, Compter rendut de VAcad. des se. de Paris y mars et avril 1847. — Boussingauit, Economie rurale. Paris, 1852. — Boussingauit, Mémoires de chimie agricole et de physiol. Paris, 1854. — Saive, Mém. à l*Ac. de Bruxelles. — Plouviez, Bull, de VAcad. de méd. de Paris ^ t. XIV. — Rôle que joue le chlorure de sodium dans l'alimentation de l'hommCy 1848-49. — Goubaud (Arm.), Du sel marin et de la saumure {Comptes rendus de VAc. des se, t. XLllI, 1856). — Voit, V Alimentation animale et l' Alimentation végétale. Importance des sels nutritifs et des condiments (Sitzungsberichte der kônigl. bayer. Akademie der Wissenscliaften »u Mûnchen, 18G9, II, n?n 4, p. 483, et Revue scientifique, 1872, p. 1020).
potasse et des sels de soude, tandis que dans les viandes il existait une part égale entre les sels de soude et ceux de potasse, dans les végétaux, au contraire, les sels de potasse dominaient; de là la nécessité d'ajouter du sel marin à l'alimentation herbacée.
L'eau joue un rôle considérable dans la nutrition et elle »« >'«»"• est absolument nécessaire à l'entretien de la vie. Bien des opinions ont été émises sur lavaleur de l'eau ; les uns comme Flack, Bischoff, Genth, Alb. Robin, soutiennent que l'eau augmente la quantité d'urée excrétée ; d'autres, comme Debove, affirment que cette augmentation de l'urine n'existe pas sous l'influence de l'administration de l'eau ; il reconnaît toutefois que pour que la nutrition se fasse bien, il est nécessaire de donner au minimum à l'homme un litre d'eau par jour. Les curieuses expériences auxquelles se sont soumis certains individus, et en particulier Merlatti, qui grâce à l'administration d'une quantité considérable d'eau a pu supporter un jeûne absolu de quarante jours, montrent cependant l'influence favorable de l'eau dans la nutrition (1).
(i) Voici le résultat des expériences de Genth et d'Alb. Robin, montrant action dénutriûante de l'eau :
Efspirience de Genth.
Expérience S Alb. Robin.
1 Urée.
Rapport de 1 l'urée aux ■ mat. toi.
Is
rtdo aux sol.
îi
Gr.
G . Gr.
Moyenne
Gr.
Gr.
Gr.
Régime ord.
de 5 jours
S lit d'eau.
Id. arec
1,250 gr.
d'eau ....
Debove a fait des expériences avec son chef de laboratoire, Flamant, qui servait de sujet. Il a montré que le seul modificateur de Turée était la quantité d'aliments, et que Teau n*y jouait aucun rôle quoiqu'il fit varier
CLIXIQUC TDÉRÀP.y 6* édit.
dans l'expérience la quantité d'eau absorbée de 1 à 4 litres.
Scbiff et Vigier ont fait, eux, des expériences in vitro.
ScbilF établit d'abord le pouvoir digestif de l'estomac d'un animal.
Telles sont, messieurs, les conditions qui président à la digestion et à Tabsorption des principes alimentaires primordiaux.
Dans la prochaine leçon, nous entrerons plus avant dans le cœur de la question et nous commencerons Tétude des aliments complets et complexes.
Il prend un chien au moment de la tats. Si Ton place dans quatre flacons période digestive, le sacriûe, enlève séparés 60 grammes d*eau acidalée Testomac qu*il coupe par petits mor- à 1/100, 50 grammes de pepsine et ceaux et fait infuser dans 500 gram- 10 grammes de fibrine, si Ton ajoute mes d'eau acidulée, puis il dose la dans trois d'entre eux des proportions quantité d*albumine que peuvent di- de peptones variables et qu'on ne gérer ces 500 grammes d'eau. Elle fasse pas cette addition pour le quavarie en moyenne de 70 à 75 gram- triéme, on voit que c'est dans ce dermes, mais gi l'on augmente la quantité nier seul que la digestion est comd'eau dans des proportions considé- plète au bout de six heures, tandis râbles, jusqu'à 200 litres, ce n'est que, dans les autres, elle est d*auplus 70 grammes qui sont digérés, tant plus retardée que l'addition des mais 75 kilogrammes. peptones a été plus considérable (a). Vigier est arrivé aux mêmes résul-
(a) Albert Robin, Influence de Veau sur la nulrition {Complet rendus de là Société des hôpitaux, séance du 22 janvier 1886, p. 23). — G. Sée, Traitement physiologique de Vobésilé (Acad. de méd.y séances des 29 septembre et 6 octobre 1885). — Debove et Flamant, Recherches sur l'influence de la quantité d^eau ingérée dans la nutrition (Soc. des hôpitaux, janvier 1886, et Ga*. hebd., 9 avrU 1886). — Schiff, Cenne sulle recherche fatte del prof. Schiff nel laboratorio del museo de Pisenze durante l'anno 1872 {Giomale la Naiione et Centralblatl). — Vigier, Du mode d'essai de la pepsine et de ses préparations pharmaceutiques (Bull, de thér., i, CIX, p. 463).
QUATRIÈME LEÇON
Sommaire. — Aliments complels. — Du lait, sa composition. — De la digestion du lait. — De la diète lactée. — Du petit-lait, sa composition. — Cure de petit-lait ; avantages et inconvénients de cette cure. — Du koumys, sa composition. — Des œufs. — Des aliments complexes, leur division. — Des viandes, leur division. — Leur digestion. — Leur valeur nutritive. — Leurs variétés. — Aliments azymes et aliments métazymes. — Comparaison entre la chair des mammifères, des poissons, des crustacés et des mollusques — Des ptomaînes.
Messieurs, dans la leçon précédente nous avons étudié la digestion des principes immédiats alimentaires; ces principes, pris isolément, ne peuvent servir à la nutrition et ne deviennent véritablement des aliments qu'à la condition de s'associer entre eux. Lorsque vous les rencontrez réunis en proportions convenables dans une même substance alimentaire, vous pouvez dire que vous avez un aliment complet; lorsque quelques-uns, au contraire, sont prédominants ou font défaut, vous avez un aliment complexe. C'est Tétude de ces aliments complets et complexes que je vais aborder aujourd'hui devant vous, au point de vue spécial de l'étiologie et de l'hygiène thérapeutique des aflfections de l'estomac.
Les aliments complets sont rares, et nous ne pouvons donner véritablement ce nom qu'à deux substances : le lait et les œufs. Le lait renferme, en effet, des matières albumineuses : la caséine, la lacto-protéine et l'albumine ; une matière grasse, le beurre; une matière sucrée, la lactose ou sucre de lait, et des principes salins : les phosphates et les chlorures, et enfin de l'eau. Nous retrouvons ici, vous le
Du lait.
voyez, tous ces principes immédiats que j'ai passés eu revue (1).
Je ne m'occuperai pas de Tétude chimique et comparative du lait; mais lorsque je vous parlerai de la dyspepsie des nouveau-nés je reviendrai longuement sur ce point, et, à cette occasion, j'exposerai les différences du lait suivant
(1) La densité moyenne du lail est crèche expérimentale établie à TUos-
de 1.0302 minima, de 1.0388 maxima pice des enfants assistés, M. Henry
(Quévenne) ; le lait de femme a une Fery (a) a établi la moyenne suivante
densité moyenne de 1.030 à 1.054. au point de vue de la composition
Dans un récent travail fait à la comparée des différents laits.