et il\ y ajoutait un gramme de chlorure de
Eaud'Appolinaris. Bien que cette sodium par litre.
très grande, tend à diminuer de jour en jour, à cause du prix minime auquel on peut donner certaines eaux minérales naturelles, et, je l'avoue, je vois à cette substitution d« grands avantages.
Les eaux artificielles, en effet (1), ne présentent pas une union assez intime entre l'eau et Tacide carbonique, introduit artificiellement, de sorte que l'acide carbonique, au lieu de se dégager lentement et progressivement, comme dans les eaux naturelles, se produit à l'état gazeux très rapidement et détermine ainsi, par la brutalité même du dégagement, une action plutôt nuisible que favorable sur la muqueuse de l'estomac. Aussi devrez-vous, chez certains dyspeptiques, défendre l'emploi de ces eaux ; vous ne devez pas non plus, du reste, continuer trop longtemps l'usage des eaux de table naturelles ou artificielles, car l'estomac s'y habitue facilement, et si elles viennent à manquer, la stimulation habituelle do la muqueuse fait défaut et la digestion se trouve plus ou moins entravée. C'est là un inconvénient réel pour le malade, qui ne peut plus alors manger sans avoir son eau minérale; ce qui est un assujettissement qu'il faut éviter.
Je dois encore, au point de vue de l'hygiène alimentaire, Deiconvous parler des condiments et du tabac. Les condiments jouent un rôle notable dans la préparation de nos aliments* mais il ne faut pas oublier que, pris trop longtemps ou an trop grande quantité, ils déterminent une irritation de l'estomac et une inflammation de la muqueuse de cet organe.
(1) A. Gautier a montré que les liage imparfait qui sert à fermer ces
eaux de Seltz renfermées dans des bouteilles. C'est là un incouTénient
siphons contenaient, dans l'immense qu'il faut ajouter à ceux que j'ai déjà
majorité des cas, une certaine quan- signalés (a). tité de plomb qui provient de l'al-
(a) Gautier, Sur Vahsorpiion continue du plomb par les aliments et les bois^ sons {Acad. de méd,f novembre 1881).
Aussi, tout en reconnaissant leur utilité, je vous conseille d'être ménagers dans leur emploi. C'est surtout dans les pays chauds où les Européens, par suite des chaleurs torrides, voient leur appétit décroître de jour en jour, qu'on fait usage des excitants les plus énei^iques. Mais, au lieu d'améliorer l'état de Testomac, on ne fait ainsi qu'aggraver la situation par l'irritation que l'on produit.
Lorsque vous aurez à traiter de ces estomacs fatigués par l'usage trop prolongé d'une cuisine épicée, ayez soin de ne pas proscrire immédiatement et d'une façon rigoureuse l'emploi des condiments; l'estomac, en effet, habitué à cet excitant journalier, ne digérerait plus; aussi ne faut-il aller que graduellement et diminuer peu à peu chaque jour leur quantité, pour amener petit à petit l'organe à l'usage des aliments non épicés. Dans les dyspepsies atoniques, vous pourrez, par contre, recommander l'usage de ces condiments pris en petite quantité.
Permettez-moi de terminer ce chapitre par quelques mots sur l'influence du tabac sur la digestion, et en particulier sur l'estomac. Je sais bien que l'usage de cette plante ne se rattache qu'indirectement à l'alimentation; mais l'habitude de fumer est tellement répandue et l'on termine ainsi si souvent les repas que je crois devoir vous en dire quelques mots.
Do tabac. Dcjà, daus les leçons précédentes, lorsque je vous parlais des maladies du cœur, je vous ai montré que l'abus du tabac déterminent chez quelques individus des accès angineux; ce môme abus peut provoquer du côté de l'estomac des troubles dyspeptiques en quelque sorte comparables à ceux que déterminent les boissons alcooliques. De là les dyspepsies des fumeurs, analogues à la dyspepsie des buveurs. Révillout, qui a signalé ces faits, a montré que Tusage immodéré du tabac produit une atonie spéciale des fonctions digestives •
ALIMENTS COMPLEXES. i07
Telles sont, messieurs, les considérations que je désirais vous exposer au point de vue de l'hygiène alimentaire. Dans la prochaine leçon, nous étudierons les aliments dans leur ensemble, et je vous exposerai ce qu'on appelle le régime alimentaire ou V alimentation.
SIXIÈME LEÇON
Sommaire. — Du régime et de ralimentation. — Bases de ralimentation. — Régimes exclusifs. — Régime végétarien. Ses avantages. — Régime azoté. — Inconvénients des régimes exclusifs. — Régime mixte. — Equivalents nutritifs. — Quantité des aliments. — Alimentation insuffisante.
— Alimentation excessive. — Matières peptogènes. — Indigestion. — ' Dyspepsie des gros mangeurs. — Qualité des aliments. — Digestion du
suc gastrique. — Sens digestif de Blondiot. — Falsification des aliments.
— Intervalle des repas. — Durée de la digestion stomacale. — Régularité < des repas. — Des aliments indigestes. — De la rigueur dans les prescriptions diététiques.
Pris dans sa plus grande acception, le mot régime né signifie pas seulement alimentation ou régime alimentaire, il comprend encore tous les moyens diététiques dont le médecin peut user, soit pour conserver la santé, soit pour combattre la maladie. C'est ainsi, messieurs, que j'interpréterai le mot régime au point de vue de la thérapeutique des affections de l'estomac.
Nous allons passer en revue les moyens hygiéniques qui du régime peuvent soit influencer le développement des affections sto- *Ji"^"' macales, soit permettre de les guérir. En première ligne, il faut placer l'alimentation ou le régime alimentaire.
Dans les leçons précédentes, j'ai examiné la digestion non seulement des principes alimentaires immédiats, mais encore celle des aliments qui, administrés, constituent V alimentation. Celle-ci a pour but de suffire à la nutrition et de réparer les pertes incessantes de l'économie. Je ne vous fournirai ici que quelques données fort concises sur cette
grave question de la ration alimentaire, vous renvoyant à mes leçons sur Vhygiène alimentaire et à la conférence que j'ai consacrée à l'étude de celte question (a).
Les pertes incessantes de l'économie, pertes azotées, par les urines et les matières fécales, pertes carbonées, par la respiration, sont variables selon bien des circonstances, selon l'état de repos, de fatigue, de travail, selon l'âge et le sexe, variables aussi selon les climats ; vous comprendrez donc facilement que le régime alimentaire chargé de réparer ces pertes doit varier, lui aussi, selon toutes ces circonstances. Je ne puis ici vous donner qu'une moyenne et indiquer seulement les bases qui peuvent nous guider dans l'alimentation (1).
Baseï de . Voiciccs bascs : l'hommeperddansles vingt-quatreheures, *iion! tantparlesurinesqueparles matières fécales et l'exhalation
(1) L'homme perd, par les eflfcts Quant à l'eau, l'homme en perd 3 H-
dela nutrition, de l'azote, du carbone, très par jour, par les urines» les
des sels et de Teau. En vingt-quatre sueurs, les transpirations pulmo-
heures, ces pertes s'élèvent pour naires et les matières fécales,
l'azote à 20 grammes ainsi décom- Moleschott a montré qu'il Mail
posés : toujours établir un rapport constant
entre les matières protéiques, les
Dans les urines sous forme hydrocarbures et les corps gras. 11
d'urée et d'acide uriquc. U^S yeut que ce rapport soit entre les
Dans les excréments, les matières protéiques et les hydrocar-
sueurs et le mucus b^^ y^^^^ j^ I ^ 3.47 et celui des corps
^ , , , , . , gras aux matières protéiques de
Pour le carbone, la perte en vingt- î à 0 45 quatre heures est de 310 grammes : ^ ;^^;^^^ ^^^^^^ ^^,^^ ^^^^^^^
250 gr. sont brûlés par le poumon; ^'^ ^^ *PP«"?. ^^ '^^^**^^ "'^^f '^
45 - sont éliminés par les urines ; ^^^ aliments. En se rapportant à ces
15 — se retrouvent dans les autres principes, la ration de l'homme adulte
excrétions de réconomie. devrait contenir :
310 grammes. Matières protéiques.. 424 grammes.
Amidon ou hydrocar-
Les sels sont représentés par une bures 430 —
perte journalière de 30 grammes. Graisse 55 —
(a) Dujardin-Beaumetz, Confér. ihérap, de l'hôpital Cochin, 1885-1886. — Hy^ giène alimentaire. Paris, 1887, p. 113.
cutanée, environ 20 grammes d'azote, et 310 grammes de carbone, dont 250 grammes par la respiration; il faut donc que les aliments azotés ou carbonés fournissent cette quantité d'azote et de carbone. On peut les trouver exclusivement dans le règne végétal ou bien exclusivement dans le règne animal. En effet, comme nous Tavons vu précédemment, les farines contiennent une certaine quantité de matière protéique, de même les viandes et les matières azotées renferment une certaine quantité de graisse. Mais on comprend que ce régime exclusivement herbacé d'une part, ou exclusivement azoté de l'autre, s'il peut suffire à la nutrition, présente cependant de sérieux inconvénients. Par le régime exclusivement herbacé, l'homme devra,
ce qui correspond, par conséquent, à la ration mixte suivante :
Poids.
Gr.
Pain blanc 819
Viande 259
Matières
•zotéet.
Amidon.
Gr.
Graisse.
Gr.
Cest sur ces bases qu'est établie la ration du soldat français, dont voici le détail :
Quantité.
Gr.
Pain 1000
Viande non désossée 300
Légnmes frais 100
Lé^mes secs 30
représentant
20 gr. d'azote.
Azote.
Carbonç.
Gr.
Graisso.
Gr.
Les cbiifres suivants permettront de comparer cette ration à celles des autres nations européennes :
Azoto.
Armée française 18.67
— austro-hongroise . . . > 17.00
— anglaise 17.39
— italienne 17.47
— aUemandc 18.02
Carbone.
Graisse.
Gr.
Gr.
Régime exclusif.
Régime herbacé.
pour atteindre le chiffre d*azote dont il a besoin, absorber une très grande quantité d'aliments, et, par cela même (1), il imposera à certaines parties du tube digestif un travail inutile; tandis que, par un régime exclusivement azoté, le même individu, pour trouver la quantité de carbone qui
Hervé Mangon a donné encore plus de précision à ces chiffres, en rapportant la quantité de carbone et d*azote consommée par jour au poids du corps. D'après lui, la ration moyenne par jour et par kilogramme serait la suivante :
Carbone. Azote.
Pour la Franco entière. 5.179 0.280
Pour Paris 5.675 0.320
Pour la campagne 5.808 0.275
Smith, de son côté, en suivant les règles a montré que Tàge modifiait ces chiffres de la façon suivante :
Carbone. Azote.
Enfance 9.84 0.96
A l'âge de dix ans 6.84 0.40
— seize ans 4.2;7 0.38
— adulte 3.60 0.20
(1) Les aliments végétaux ne se comportent pas de la même façon que les matières animales dans la digestion et la nutrition, comme le démontre Voit. Ainsi, tandis que chez le carnassier les matières absorbées arrivent au rectum dix-huit heures au plus après le repas, chez rherbivore les matières végétales restent dans l'intestin souvent pendant huit jours, et une grande partie n'est pas utilisée. Le carnassier e.\pulse peu d'excréments, Therbivore en expulse beaucoup.
Voit nous montre que, pour un kilogramme de chien nourri de viande, il y a environ 30 grammes d'excréments solides par jour ; pour
100 kilogr. d'homme, avec une nourriture mixte, 50 grammes; pour 100 kilogr. de bœuf, 600 grammes.
L'enveloppe des substances végétales, la cellulose, ne se dissocie pas facitement et est peu digérée; c'est ce qui rend les végétaux moins di- • gestibles. Il est assez intéressant de rapporter les expériences suivantes d'Adolphe Meyer; il prit un chien, lui donna pendant neuf jours iOO grammes de pain par jour (536 de matière sèche) ; il fut expulsé 70 grammes d'excréments secs. L'équivalent de l'albumine de pain a ensuite été donné sous forme de viande, et l'amidon a été remplacé par l'équivalent respiratoire en graisse (2.4 : 1); il devait y avoir dans la ration 377 grammes de viande et 134 de graisse. On n'a obtenu alors par jour que 20 grammes d'excréments secs avec 104 de graisse.
Les expériences de Meyer ont aussi démontré que c'est l'amidon qui fournit la plus grande masse d'excréments ou résidus laissés par les éléments nutritifs simples.
Franz Hoffmann a remarqué que si on ajoute de la cellulose aux aliments d'un homme, à de la viande par exemple^ l'homme expulse plus d'excréments que s'il ne prenait que la viande seule. Et, d'après Meyer, du pain de son qui contient tous les éléments du froment détermine une plus prompte évacuation par le fait même de la cellulose indigeste qui s'y trouve. Il n'en est plus de même
DE L'ALIMENTATION. 4i3
doit entretenir sa respiration et sa circulation, devra prendre une quantité anormale de viande, qui sera aussi, pour la digestion stomacale en particulier, un objet de fatigue très grande.
Mais si on se place au point de vue thérapeutique, il faut du reconnaître que le régime végétarien, c'est-à-dire celui qui ^/^^^^°„ est basé sur le lait, les œufs, les féculents, les légumes verts et les fruits présente de grands avantages. J'ai longuement insisté sur tous ces points dans des leçons sur les nouvelles médications (a) et j'ai consacré une conférence tout entière à Tétude de cet important sujet (1).
Je me suis efforcé de démontrer que si l'homme par sa dentition et par la constitution de son tube digestif est omnivore, il peut trouver dans le régime végétarien des éléments
arec le pain blanc de froment, code de Manou s'exprime ainsi *■
Gommeon le voit par ces exemples, c Celui qui, se conformant à la
on pourrait, pour ainsi dire, par règle, ne mange pas de la chair
rinspection des excréments, parleur comme un vampire, se concilie Taf-
plus ou moins grande quantité, re- fection dans ce monde et n'est pas
connaître le genre de nourriture de affligé par les maladies. »
l'homme. C'est Pythagore de Samos surtout
(i) La doctrine végétarienne a été qui, en 608 av. J.-C, établit les bases
Tivement soutenue surtout en Angle- du régime végétarien, d'où le nom
terre et en Amérique. On trouve en de régime de Pythagore appliqué à
Suisse quelques adhérents de cette ce genre d'alimentation.
pratique; mais en France ses défen- C'est Gleize qui fonda en 1840 les
seurs sont rares. On trouve dans sociétés végétariennes, avec un ou-
l'antiquité des indications de Tuti- vrage en 3 volumes intitulés la
lité de ce régime. Dans Plnde, le Thalysie ou Nouvelle Existence (b),
{a) Nouvelles Médications, 2»* série. Paris, 1890. Du régime végétarien, (6) Dock, Du végétarisme ou de la manière de vivre selon les lois de la nature, Saint-Gall. — Docteur Théodor Hahn, Der Vegetarianer (Recueil mensuel. Saint-Gall). — Heta Welmcr, les Végétariens. Lausanne. — Raoux, Du vrai végétarisme et de ses avantages iManuel d*hygiène générale et de végétarisme. Lausanne). — Bonnejoy, Principes d'alimentation rationnelle. — Cocchi, le Régime de Pythagore. — Algernon Kingsfordt, Alimentation végétale chet Vhomme (Végétarisme). Thèse do Paris, 1880;^ la Réforme alimentaire, janvier 4887. — Edmond Pivion, Elude sur le régime de Pythagore; le végétarisme et ses avantages, Paris, 1885. — Gleize, la Thalysie ou Nouvelle Existence, 3 vol., 1^40-1842. — Docteur Bonnejoy (du Vexin), le Végétarisme rationnel scientifique et le docteur Bonnejoy (du Vexin). Bordeaux, 1889.
de force et de travail; mais j'ai surtout insisté sur ce point que ce régime, réduisant à son minimum les toxines introduites dans l'économie, doit être conseillé dans tous les cas où l'on doit pratiquer l'antisepsie stomacale et intestinale. Vous me verrez donc prescrire ce régime maintes fois dans le cours de ces leçons; et comme son importance est capi* taie, vous me permettrez de vous donner ici la formule de ce régime végétarien.
Le malade se nourrira exclusivement d'œufs, de féculents, de légumes verts et de fruits.
A. Œufs sous toutes les formes : œufs à la coque, œufs brouillés, omelettes, crèmes, etc., etc.
B. Les féculents seront à l'état de purée : purées de pommes de terre, de haricots, de lentilles ; racahout, farine lactée, chocolat, revalescière; bouillies au gruau de blé, de riz, d'orge, de maïs, d'avoine; panades passées; riz sous toutes les formes; pâtes alimentaires, nouilles et macaroni.
C. Tous les légumes verts sont autorisés. Purées de carottes, de navets, de julienne, salades cuites, épinards, etc.
D. Les fruits seront en compote; la pâtisserie est autorisée.
Lcpain est permis.
Comme boisson, boire soit de la bière, soit de Textraitde malt coupé avec de l'eau d'Alet, soit encore du lait. Le vin pur et les liqueurs sont défendus.
Vous pouvez d'ailleurs varier à Tinfini un pareil régime et vous guider, pour modifier les menus, sur les livres de cuisine que chaque ménage possède, ou bien encore sur les livres spéciaux faits à ce sujet, par exemple sur celui du docteur Bonnejoy du Vexin.
Mais, je ne saurais trop le répéter, l'habitude et le climat jouent à l'égard du régime un rôle prépondérant, et selon que rhomme doit lutter contre les grands froids ou bien contre
les chaleurs très élevées, le régime alimentaire devra être modifié. Les peuples du Nord sont forcés de prendre des aliments azotés et beaucoup de graisse. Les peuples du Midi, au contraire, suffiront à leur nutrition par une alimentation herbacée des plus minimes.
Il faut pour nos climats tempérés un régime mixte, c'està-dire que rhomme doit, pour répondre aux besoins de l'économie, puiser dans l'union des aliments hydrocarbonés et des substances azotées les principes nécessaires à sa nutrition. Ce régime mixte a été l'objet de travaux importants ; Boussingault êtPayen, en se fondant sur les données physiologiques, ont établi pour l'homme et les animaux les équivalents nutritifs, c'est-à-dire la quantité des différents aliments à prendre pour suffire à la nutrition, soit pendant le repos, soit pendant le travail. Pour que vous puissiez vousmême juger et apprécier exactement les règles qui doivent servir de base à la constitution du régime alimentaire, je mets sous vos yeux un tableau qui traduit sous une forme schématique, déjà mise en usage par un médecin russe, le docteur de Nedats (a), les données fournies par Payen, et qui vous permettra ainsi de juger rapidement la constitution en carbone, azote et eau des différents aliments.
En consultant ce tableau, que j'ai établi avec grand soin, il vous sera facile, je le répète, de fixer, selon les circonstances, un régime suffisant. L'alimentation, en effet, peut être insuffisante, suffisante ou excessive; cela dépend de deux circonstances : de la quantité de la masse alimentaire et de la qualité nutritive des aliments : car, comme le dit le professeur Bouchardat, « ce n'est pas ce qu'on mange qui donne des forces, mais ce qu'on utilise ». Etudions donc cette question sous ses deux faces : quantité, qualité.
(d) De NedaU, Tableau comparatif de la compoiition det alimenU et des tisanes. Bruxelles, 1870.
Quantité
des aliments.
Alimenta* tion.
insuffisante.
Nous devons prendre pour guide la physiologie expérimentale ; vous savez déjà qu'au point de vue de la nourriture insuffisante elle nous a fourni des données précieuses; aussi ne citerai-je ici que les travaux de Chossat et de Bouchardat (1), pour appeler votre attention sur les effets de Tinanition, si bien établie par ces deux auteurs. L*alimentation insuffisante entraîne des troubles qui frappent lés différents points de l'économie et finissent par entraîner la mort.
Cette alimentation insuffisante a particulièrement des
(1) D*après le professeur Bouchardal (thèse sur V Alimentation insuffisante), c ralimentatioD sera suffisante lorsqu'elle sera réglée de telle façon que, toutes les fonctions de Téconomie s'exécutant régulièrement, les attributs de la santé seront conservés, qu'aucun dépérissement ne sera noté; les aliments étant utilement employés au renouvellement et, s'il en est besoin, au développement, à l'accroissement des organes, en ajoutant à leur substance nu en réparant leurs pertes.
€ On peut le dire a priori, d'une façon absolue, que dans les conditions ordinaires une alimentation est insuffisante quand l'aliment digéré et utilisé n'est pas proportionnel à la dépense.
€ L'alimentation peut être insuffisante : l*" par diminution dans la quantité; 2° par insufGsance dans la qualité; 3" elle peut être suffisante en apparence pour la quantité et la qualité, mais devenir insuffisante pour des raisons particulières (incontinence morbide, maladie, convalescence, âge, sexe, climat, saison, exercice, etc.). >
D'une façon générale, les effets de l'alimentation insuffisante, bien décrits par Chossat et Bouchardat, sont les suivants : on note la diminution
du poids du corps; pour Chossat, la mort arrive lorsque le poids du corps est réduit de 1 à 0,i de son poids normal. Tout d'abord, les animaux maigrissent, le muscles perdent leur puissance et se décolorent, les sécrétions se tarissent plus on moins rapidement.
Chez quelques-uns, la faim se fait vivement sentir; chez d'autres, au contraire, elle est totalement abolie.
On note en même temps des troubles circulatoires et respiratoires :
les battements du cœur s'affaiblissent et les mouvements respiratoires diminuent. La température du corps s'abaisse; elle peut descendre jusqu'à 16' (Chossat).
Les modifications que subit le sang, d'après Becquerel et Rodier, sont les suivantes : 1* la quantité d'eau augmente considérablement, en même temps que diminuent les matières solides que le sang tienten dissolution ; 2"* diminution dans la quantité des globules (120 grammes, 110, 100 et au-dessous); 3* diminution de l'albumine, elle descend de 80 grammes à 60 et même 50; 4* la fibrine diminue rarement; 5*" les sels inorganiques diminuent aussi. Ces différentes modifications rendent compte des hydropisies, des hémorragies, de l'anémie que l'on observe si souvent
iqriÊ ,in*a*ai>euD^il€
TABLEAU SCHtMAT
le
iiiiiiniiliillililgglllii
conséquences fâcheuses pour l'estomac : elle détermine souvent chez les faméliques des douleurs vives du côté de Torgane, de véritables dyspepsies gastralgiques très douloureuses. Je pense qu'il faut chercher la cause de ces dyspepsies dans le fait signalé par Schiff. Ce dernier, en effet, contrairement à Topinion admise par les physiologistes qui veulent que le suc gastrique soit sécrété seulement si Taliment pénètre dans Testomac, soutient que, s'il est vrai que chez un animal à jeun le suc gastrique ne se montre pas dans les premières heure« d'abstinence, il n'en [est pas moins vrai aussi qu'après un certain temps (4) il apparaît cependant à la surface de la muqueuse. Or, c'est probablement à la présence de ce suc gastrique non absorbé par l'aliment qu'est
i la suite d'alimentation insuffisante, vingt-quatre heures qu'apparaît une
On constate parfois du délire, de quantité appréciable de pepsine. Mais
Tagitation, des hallucinations, avant après quarante-huit heures il est pos-
qae l'individu tombe dans le col- sible de reconnaître la pepsine, même
lapsus ou soit emporté par une ma- chez un chien vivant, et Ton n'a pas
ladie intercurrente; une gastro-en- besoin de recourir à l'infusion sto-
térite aiguë est souvent la cause de macale. Gorvisart a constaté que,
la terminaison fatale. chez des chiens morts d'inanition,
Les effets de l'alimentation insuf- l'estomac était aussi gorgé de pep-
fisante se font plus ou moins rapide- sine que si les chiens avaient été
ment sentir selon Tâge, le sexe et tués en pleine digestion.
les habitudes du patient. Ainsi les Pour Schiff, l'estomac se sature de
enfants succombent d'abord, puis les pepsine aux dépens du corps même
vieillards, puis les adultes (a). de l'animal, et lorsqu'après un jeune
(1) Schiff a vu, après de nom- prolongé les animaux entrent, pour
breuses expériences, que c'est de ainsi dire, en autodigestion d'eux-
neuf à seize heures après une bonne mêmes, les éléments résorbés des
digestion que les parois gastriques tissus agissent à la manière devrais
contiennent leur minimum de pep- peptogénes et chargent Vestomac de
sine. Chez des chiens qu'on soumet pepsine*
ao jeûne, ce n'est qu'au bout de
(«) Collard de Martigny, Recherches expérimentales iur les effets deVahsiinencé (Joum. de phys. de Magendie, 1828, t. III). — Hebray, De Vinftuencede Valimentation insuffisante sur ^économie animale. Thèse de Paris, 1849. — Piorry, De CaksUnence, de l^alimentation insuffisante et de leurs dangers {Joum. hebd.y 1830). — Chossat, Recherches expérimentales sur Vinanition, Paris, 1844. — - Bouchardat, AUmcntatian insuffisante. Thèse d'agrégation. Paris, 1852.
CLIlfIQUB THÉBAP., 6* édit. 1. — 27
due la sensation douloureuse éprouvée par le malade soumis à une alimentation insuffisante.
Aiimenu- Lorsque les aliments sont pris en trop grande quantité, il excesTivc. survieut des troubles de deux ordres : d'abord des accidents aigus, c'est l'indigestion vulgaire ou dyspepsie aiguë; puis des accidents plus lents et sui^enant à la longue à la suite d'alimentation trop copieuse. Schiffa donné de ces faits une explication nette et précise; il a démontré, en effet, que la sécrétion du suc gastrique n'est pas toujours proportionnelle à la quantité d'aliments ingérés. S'il est vrai que la sécrétion de ce suc augmente au moment du repas, il est certain aussi que lorsqu'il y a dans l'estomac une masse alimentaire trop considérable, la sécrétion se tarit, et il faut, pour la reproduire, introduire artificiellement, soit par le rectum, soit par les veines, certaines substances dites peptogèneSy qui jouissent de la propriété de ramener la sécrétion du suc gastrique.
tnâiges- Qu'arrive-t-il chez les individus qui prennent trop d'aliments azotés? Ceci : le suc gastrique ne pouvant les digérer toutes, ces substances jouent le rôle de véritables corps étrangers, et, selon que l'estomac sera complaisant ou non, elles seront rejeiées par le vomissement ou bien elles passeront dans le tube digestif en provoquant des coliques vives et tous les phénomènes qui accompagnent l'indigestion*
A propos de ce fait : indigestion par suite de l'introduction dans l'estomac d'une trop grande abondance d'aliments azotés, permettez-moi une remarque et une courte digression. Lorsqu'on mange une grande quantité de viande, il faut favoriser le plus possible la sécrétion du suc gastrique et faire en sorte d'augmenter son acidité. Nous avons vu que les matières peptogènes excellent pour cette sécrétion ; de là cette conséquence que les gros mangeurs doivent, au début des repas, prendre une grande quantité de soupe. De
(ion.
là aussi rexplicalion physiologique de cette coutume, que vous connaissez probablement tous, de prendre, après des repas plantureux, une soupe à Toignon. De là aussi cet autre précepte, au point de vue de l'acidité du suc gastrique : lorsqu'on mange beaucoup de viande, il faut boire du vin en certaine quantité. Vous savez, en effet, que les boissons alcooliques augmentent l'acidité du suc gastrique : ainsi, logiquement et par enchaînement physiologique de la digestion, les gros mangeurs sont fatalement de grands buveurs.
Au contraire, les individus qui prennent une alimentation non azotée peuvent sans inconvénient supprimer l'usage des alcools. Et ceci, messieurs, donne raison à la secte de tempérance américaine dite des légumistes, qui, en supprimant de son alimentation les boissons alcooliques, en a aussi supprimé les viandes.
Mais revenons à la question. Je vous ai donné Texplication ùjtpépsïG de l'indigestion a cra/m/a; cette même explication nous don- ^n^eurl. nera la clef de la dyspepsie des gros mangeurs. Elle résulte de deux faits : d'une part, fatigue excessive des tuniques muqueuse et musculaire; d'autre part, irritation de la muqueuse stomacale et intestinale par la présence de substances non peptonisées. Ce qui se traduit par la dyspepsie soit atonique, soit irritative, fréquente chez les personnes qui font des excès de table.
Il est une autre cause, indirecte, c'est vrai, mais réelle cependant, de la dyspepsie par l'alimentation surabondante : c'est la présence dans le sang d'un excès d'acide urique. En effet, la diathèse urique, conséquence d'une alimentation azotée exagérée, détermine, vous le verrez, des dyspepsies goutteuses ou arthritiques chez les malades atteints de celte diathèse. Ainsi donc, au point de vue des affections de Testomac, il faut recommander la sobriété, et sans aller jusqu'à
Qiialitédcs ulimenls.
ordonner le régime si sévère de Cornaro (1) il faut cependant régler d'une façon sage et modérée la quantité d'aliments que Ton doit prendre chaque jour.
Je me suis, jusqu'ici, occupé delà quantité des aliments; voyons un peu la qualité. Il ne suffit pas d'introduire des substances dans l'estomac pour que celles-ci deviennent des aliments pouvant servir à la nutrition. Il est nécessaire que
0)Cornano (1462-1566), après avoir atteint Tâge de quarante ans et avoir fait de nombreux excès, se soumit à une hygiène très sévère : il prenait 12 onces d'aliments solides par jour et H onces de vin. Il vécut ainsi plus que centenaire, et lit paraître à Page de quatre-vingt-trois ans, un livre sur la sobriété (Discorti délia vita sobria, Parme, 1558). Ce livre a été traduit en français par La Bornardicre(1701).
Voici comment il s'exprime luimême sur l'état de sa santé :
< Tous ceux qui me connaissent, dit-il, certifieront que la vie que je mène n'est pas une vie morte et languissante, mais une vie aussi heureuse qu'on peut le souhaiter en ce monde. Ils diront que ma vigueur est encore assez grande, à quatrevingt-trois ans, pour monter seul à cheval; que non seulement je descends hardiment un escalier, mais encore une montagne, tout entière, de mon pied ; que je suis toujours gai, toujours content, toujours de belle humeur ; que rien ne m'empêche de passer agréablement mon temps et de goûter tous les plaisirs d'une société honnête. Je me promène dans mes jardins, le long de mes canaux et de mes espaliers, où je trouve toujours quelque petite chose à faire qui m'occupe et me divertit. Jeprends quelquefois le divertissement de la chasse, mais d'une chasse qui con-
vient à mon âge, comme celle da chien couchant ou du basset.
< Je vais quelquefois rendre visite à mes amis dans les villes voisines.
Je visite les édifices publics, les palais, les jardins, les antiquités, les places, les églises, les fortifications, n'oubliant aucun endroit où je paisse contenter ma curiosité ou acquérir quelque nouvelle connaissance.
< Enfin les plaisirs que je prends ne sont pas imparfaits pour la faiblesse des organes. Je vois et j'entends aussi bien que j'ai jamais fait; tous mes sens sont aussi libres et aussi complets qu'ils aient jamais été, particulièrement le goût, que j'ai meilleur, avec le peu que je mange à présent, que je ne l'avais lorsque j'étais esclave des voluptés de la table. J'ai conservé toutes mes dents.
Le changement de lit ne m'empêche pas de dormir; je dors partout tranquillement, et si je rôve, je ne fais que des songes agréables. S'il m'est permis de citer des bagatelles en traitant un sujet comme celui-ci, je dirai qu'à l'âge de quatre-vingt-trois ans la vie sobre m'a conservé assez de liberté d'esprit et de gaieté pour composer une comédie qui, sans choquer les bonnes mœurs, est fort divertissante.
c Pour comble de bonheur, j'ai onze petits-enfants. Je m'amuse à badiner avec les cadets, les enfants à trois à cinq ans étant ordinairement
les substances ingérées présentent des qualités nutritives, et il ne faut pas croire que, parce qu'on a rempli son estomacde corps étrangers et qu'on a, comme on dit, trompé sa faim, on a suffi pour cela à sa nutrition. Or, c'est ce qui arrive malheureusement très souvent dans la population ouvrière, où Ton voit, en effet, des hommes et des femmes, des femmes surtout, qui, ne pouvant consacrer à leur nourriture qu'une somme minime, recherchent, plutôt dans la quantité que dans la qualité, la base de leur alimentation.
Ici encore la physiologie nous donne une explication de sécrétion ces faits. Schiffa montré Terreur de ses devanciers, et de ^l^^,^, Beaumont en particulier, qui pensaient qu'il suffisait de toucher ou d'irriter localement la muqueuse de l'estomac pour voir sous cette influence se produire la sécrétion du suc gastrique; il a prouvé que, s'il se fait une sécrétion dans ce cas,*ce n'est pas de suc gastrique, mais de mucus (1). Pour
de petits bouffons assez divertissants.
Ceux qui sont plus âgés me tiennent meilleure compagnie, je les fais souvent chanter et jouer des instruments; je me mêle quelquefois à leurs concerts, et j'ose dire que je chante et que je soutiens ma voix mieux que je n'ai jamais fait. Ma mémoire et mon cœur sont à présent ce qu'ils étaient dans les plus belles années de mon adolescence, et mon jugement n'a rien perdu de sa netteté et de sa force. Je suis persuadé que cela Tient de la diminution que j'ai fait des aliments à mesure que je vieillis. »
(i) Schiff prit des chiens auxquels il lia le pylore pour empêcher le liquide sécrété de passer dans l'intestin; puis, après les avoir éthérisés, douxe à quinze heures après un repas abondant,* il introduisit par TcBSOphage de ces chiens soit du sable, soit de petites pierres calcaires
en quantité suffisante pour distendre l'estomac plus ou moins complètement. L'œsophage fut lié ensuite et les animaux tués six heures plus tard.
Il fut quelquefois possible d'obtenir, dans Testomac, 12 grammes de liquide acide et muqueux, mais il n'était pas possible de faire digérer^ c'est-à-dire de faire transformer en peptone par ce liquide une quantité appréciable d^albumine.
Schiff admet que dans certains cas il est possible de faire sécréter du suc gastrique, môme à l'estomac vide, mais ce n'est pas de la pepsine de nouvelle formation qu'on obtient, c'est de la pepsine dont étaient chargées les parois de l'estomac et qu'une sécrétion acide provoquée par un irritant externe a pu dissoudre et entraîner au dehors, formant ainsi uu peu de suc gastrique.
En faisant ses expériences, Blondiot
ifî LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
rétablir la sécrétion régulière du suc gastrique, il faut donner des aliments digestibles, et SchifT, en faisant absorbera des chiens des bols alimentaires contenant seulement de la silice, n'obtenait pas la sécrétion du suc gastrique.
Nous avons vu aussi, à cet égard, qu'il ne fallait pas admettre Popinionde Blondlot, qui attribuait à l'estomac un sens particulier, le sens digestif, qui permettait à cet organe de sécréter le suc gastrique proportionnellement à la valeur nutritive des aliments introduits, mais qu'il fallait revenir à cette pénétration de substance peptogène fournie par l'aliment lui-même pour avoir l'explication de ce fait. Il est donc facile de comprendre comment des individus qui prennent une grande quantité de substances non alimentaires déterminent, par cela même, une irritation profonde de la muqueuse stomacale et éprouvent alors les symptômes de la dyspepsie irritative.
Pahifica- Mais il ne suffit pas que la substance alimentaire présente une qualité nutritive suffisante, il faut encore qu'elle soit saine, c'est-à-dire qu'elle n'ait pas subi une altération trop profonde ou une falsification trop éhontée. Je ne puis entrer ici dans les détails de cette question de la qualité des aliments et de leurs falsifications, je vous renvoie, pour cela, aux traités spéciaux et aux traités d'hygiène.
Intervalle Cc n'cst pas tout, mcssicurs, d'avoir fixé la qualité et la quantité des aliments, il faut encore régler d'une façon pré-
n'avait pu obtenir par Tirritation un estomac rempli d*aliments. mécanique de Testomac que de 8 à L. Gorvisart a fait les mêmes expé- 12 grammes de liquide mélangé de riences, et, pour lui, le liquide rematière muqueuse, lorsqu'il opérait cueilli dans Testomac, après les irrisur Testomac vide; mais il obtenait tations mécaniques les plus Tariées, quelquefois jusqu'à 100 grammes de ne présente que des traces du pou* suc gastrique lorsqu'il opérait sur voir digestif (a).
(a) SchifT, Phytiologie de la digestion, t. II. — Bidder et Schmidt, Die Ver^ dauungsœfte und der Sioffwechtel, 1852. — Tiedeman et Gmelin, Expérieneet i kl digestion. — Blondlot, Traité analytique de la digestion.
tiens des aliments.
des repas.
cîse rheure et rintervalle des repas. Voyons un peu ce point de la question.
La durée de la digestion stomacale dépend de plusieurs ï^»«^» circonstances et surtout de la nature des aliments introduits digei uon dans Testomac. Nous avons montré déjà que, pour la diges- *'**"***'* ** tion de la viande, le bol alimentaire ne pouvait franchir le pylore que lorsqu'il était à Tétat de pulpe sous l'influence de Taction chimique et mécanique de Testomac. Lorsqu'on administre au contraire des substances qui ne sont pas attaquées par les sucs de l'estomac, comme les matières végétales et les graisses, leur séjour dans la cavité stomacale est plus long. Le pylore, en un mot, ne laisse passer que les substances qui sont réduites à un état semi-liquide par l'estomac. Le plus souvent ces aliments restent deux à trois heures dans la cavité stomacale. A ce moment, les contractions de l'estomac augmentent d'intensité et les poussent avec énergie dans l'intestin.
Je vous ai montré, dans une de mes premières leçons, sur quelles bases Leube avait établi la digestibilité normale de Testomac, et cela par les indications que lui avait fournies le lavage de Testomac. A l'état physiologique, au bout de sept heures l'estomac doit être vide des aliments qui ont été ingérés. Toute prolongation de cette période de temps doit être considérée comme un trouble pathologique qui résulte, ou de la trop grande quantité d'aliments introduite, ou du mauvais fonctionnement de l'estomac. Vous verrez parla suite pour certaines affections stomacales, et en particulier pour la dilatation de l'estomac, combien est importante la prescription d'un long intervalle de temps entre les repas.
Il est un point sur lequel vous devez beaucoup insister Régulaauprès des dyspeptiques, c'est sur la régularité des repas, "^pj*" C'est là un fait important, et on peut dire que, dans notre
niasliea
iU LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
profession, la plupart des dyspepsies dont souffrent les médecins résultent de ces deux circonstances : Tirrégularité dans rheûre des repas et le peu de temps que nous y consacrons. Ce n'est pas tout, en effet, d'avoir des heures régulières, pour que la digestion s'effectue bien ; il faut encore que les aliments soient bien et lentement mastiqués. Déjà, du reste, je vous ai signalé la nécessité de la mastication, au point de vue de la digestion des matières amylacées qui doivent subir l'action de la salive.
Do 1» Recommandez surtout la mastication complète des alilion! ments. Que de dyspeptiques qui ne peuvent invoquer d'autre origine à leur mal qu'une mastication insuffisante ! Chez les vieillards surtout qui sont privés de dents, c'est là une cause fréquente du trouble des fonctions digestives. Vous ordonnerez donc à vos malades dont la mâchoire est dégarnie de porter des pièces artificielles, qui, lorsqu'elles sont bien faites, permettent une mastication relativement satisfaisante, et, dans les cas où les pièces ne peuvent être supportées, ayez soin de faire prendre les aliments à l'état de hachis ou de purée. C'est dans ces circonstances que ces pulpeurs de viande, dont je vous ai déjà parlé, peuvent être utilisés avec grand avantage. Pour ma part, j'ai pu observer un très grand nombre de dyspeptiques qui ont vu disparaître tous leurs troubles fonctionnels en faisant usage de ces pulpeurs.
Si la distribution des repas, lorsqu'elle est mal comprise, est souvent la cause unique des dyspepsies, il faut reconnaître aussi que, bien ordonnée, elle peut à elle seule amener la guérison de la maladie. Brown-Séquard considère même la fixation des repas comme le meilleur traitement des dyspepsies et, dans tous les cas de troubles fonctionnels de l'estomac, ordonne aux malades, non de manger aux heures habituelles, mais de prendre à chaque heure du jour une
petite quantité d'aliments ; il prétend par ce moyen pouvoir guérir le plus grand nombre des dyspepsies (1). Vous verrez qu'en suivant une marche tout inverse, c'est-à-dire en éloignant le plus possible les repas et en mettant au moins huit heures entre le déjeuner et le dîner, nous agissons très favorablement dans le traitement de la dilatation de l'estomac.
Telles sont les règles qu'on peut fixer à propos du régime Dos «lialimentaire. Mais n'oubliez pas, messieurs, que les lois indigestes. bromatologiquesque je viens de formuler ne peuvent jamais s'appliquer dans toute leur rigueur, et que l'estomac, comme le dit Fonssagrives, se révolte souvent contre les arrêts que le médecin a décrétés contre lui. Rien de plus bizarre, rien de plus personnel que les fonctions digestives ; ce qui convient à l'un déplaît à l'autre, et tel aliment réputé indigeste est quelquefois supporté avec la plus grande facilité par un estomac très délicat; aussi l'axiome si naïf qui veut que l'aliment le plus digestif soit celui qu'on digère bien, est-il plus profond qu'on ne le pense.
A chaque pas, vous rencontrez les irrégularités les plus curieuses au point de vue de la digestion ; il vous faudra donc suivre l'estomac pour ainsi dire pas à pas, étudier ses tendances, examiner ses goûts et ses préférences, et tâcher de faire concorder vos prescriptions avec les prédispositions individuelles du malade.
Toutes ces restrictions que je vous signale ne doivent pas. De u messieurs, vous empêcher de mettre dans vos prescriptions d^"7e9 diététiques et hygiéniques une grande rigueur, et je partage ^^iom'* complètement l'avis d'Hamelin, qui veut que tout soit for
tions diététiques.
(i) Brown-Séquard recommande est applicable d'après lui à toutes les aux dyspeptiques de faire jusqu'à variétés de dyspepsies (a). soixante repas par jour. Ce procédé
(«) Brown-Séquard, BuU, de ihérap,, t. LXXXIV, p. 73.
mulé et rigoureusement observé. Ne cédez pas au caprice du malade; efforcez-vous, au contraire, par votre ténacité, par votre énergie à prescrire ces règles bromatologiques, de faire comprendre au malade l'importance capitale que vous attachez à ce que vous venez de formuler. « Ce que nous prenons par onces et par livres doit nous affecter autant que ce que nous prenons par grains et par scrupules >, disait Huxham. Ces paroles, messieurs, le médecin doit toujours les avoir en vue et ne jamais les oublier lorsqu'il fixe les bases du régime alimentaire. Nous reparlerons, du reste, de ces faits, lorsque nous traiterons en particulier du traitement des diverses affections de l'estomac.
SEPTIÈME LEÇON
Sommaire. — De l'exercice. — Son utilité. — La gyrana^ique. — Ses variétés. ^ Gymnastique suédoise. — Gymnastique abdominale. — De Tentralnement. — De la pratique des œuvres de charité. — De Tinfluence de Tair. — Air de la ville et de la campagne. — Air marin. — Des influences morales. — De rinaction. — Du coït et de la masturbation. — Des vêtements. — Du corset et des bretelles. — De Thydrothérapie. — Des bains de mer. — Des bains. — Des excréta.
Je VOUS ai dit que sous le nom de régime on comprenait Dorégime. non seulement Talimentation et les règles qui y président, mais encore tous les autres moyens hygiéniques qu'on peut employer dans la cure des maladies. C'est Tétude de ces moyens que nous allons aborder dans cette leçon.
Et tout d'abord, voyons quelle est l'influence de l'exercice? De Elle est capitale, et, comme le disait avec raison Chomel : € On digère autant avec ses jambes qu'avec son estomac. » Aussi, c'est parce qu'elles ne se livrent pas à un exercice suffisant, quoique ayant une alimentation surabondante, que nous voyons tant de personnes, jouissant d'une certaine fortune, atteintes si fréquemment d'affections de l'estomac.
En effet, un grand nombre d'individus, tout en faisant usage d'une alimentation azotée, ne produisent pas un travail physique suffisant; cette disproportion entre l'alimentation exagérée et le défaut de travail détermine l'apparition des troubles gastriques. Dans ces cas, il vous suffira de prescrire un exercice régulier, méthodique, pour voir disparaître tous les accidents.
nastiquo.
Mais entrons plus avant dans la question et voyons ce qua nous donne rexpérimentation physiologique. Elle nous montre ce fait intéressant, c'est que le repos absolu, immédiatement après le repas, chez les animaux, les chiens, par exemple, atténue l'activité de la digestion, mais sans l'entraver, tandis qu'un exercice exagéré paraît, au contraire, arrêter brusquement le travail digestif. Ainsi, après avoir fait manger copieusement un chien, si on l'emmène à une chasse à courre, on peut, longtemps après le repas, constater, en ouvrant l'animal, que le travail digestif ne s'est pas accompli. Ce fait a une importance réelle; il démontre en effet, qu'après le repas il ne faut ni un exercice exagéré ni une inaction absolue, et à cet égard, le sommeil qui suit les repas, chez certaines personnes, est tout aussi nuisible, tout aussi dangereux que le travail forcé qu'on ferait exécuter à un homme après qu'il a mangé abondamment. Deiaffym- Pour combattrc les troubles gastriques causés par la non équilibration entre la quantité alimentaire introduite et le travail de Téconomie, vous avez divers moyens : en première ligne, la gymnastique bien comprise, méthodiquement pratiquée, rend de grands services dans la cure de ces affections, surtout s'il s'agit de jeunes gens, qui sont, vous le verrez, très sujets aux troubles fonctionnels de l'estomac.
Il ne m'est pas possible d'entrer ici dans les détails de la gymnastique; vous les trouverez dans les conférences que j'ai consacrées à la kinésithérapie à l'hôpital Gochin pendant l'année 1886-1887. J'ai exposé dans ces conférences tout ce que la thérapeutique pouvait tirer de l'application de la gymnastique. Je vous renvoie donc à ces leçons (a), et je ne puis ici que vous fixer les grandes lignes qui présideront aux prescriptions de ces mouvements.
(a) Dujardin-Beaumetz, Confér. de VhâpUal Cochiny 1886-1887 : De rhygiène thérapeutique ; Leçons sur la kinésithérapie, p. 1 et suiv. Paris, 1888.
Il y a trois grandes variétés de gymnastique. L'une se fait variétés avec des appareils spéciaux; elle est assez compliquée ; c'est ci^s'^^mla gymnastique avec appareils et c'est elle qu'on pratiquait '"»'*^"^•• dans nos collèges et lycées jusque dans ces dernières années ; elle est constituée par les trapèzes, les barres parallèles, les portiques, etc. Ces exercices développent chez les individus, une certaine agilité (1) mais ils peuvent devenir dange-
(1) On divise les exercices gymnastiques en trois groupes : i^ les exercices actifs dans lesquels les mouvements sont spontanés et s'exécutent sons rinfiuence de la volonté; 2"* les exercices passifs; 3** les exercices mixtes, pour lesquels agissent la volonté et une force extérieure.
Les exercices actifs peuvent être divisés (Leblond) en mouvements libres, en mouvements liés et en mouvements demi-liés.
Les mouvements libres qui se font sous rinfluence de la volonté, sans le secours d'appareils, peuvent être exécutés isolément ou par plusieurs personnes à la fois ; dans ce dernier cas, ils constituent la gymnastique d'ensemble.
Ils consistent en mouvements de la tête (flexion, extension, rotation, inclinaison latérale) ; mouvements du tronc (flexion en avant et en arriére, rotation); mouvements des membres supérieurs : bras (adduction, abduction, rotation, projection en avant et en arriére), avant-bras et main (pronation, supination, etc.); mouvements des membres inférieurs : cuisse (flexion, extension, abduction, adduction, rotation en dedans, rotation en dehors), jambe (flexion, extension), pied (flexion, extension, abduction)...
enfin divers mouvements d'ensemble, la marche, la course, le saut, la danse, la natation, la lutte (avec toutes ses variétés, pugilat, ,boxe, lutte des
phalanges, des poignets, des avantbras, etc.). Les mouvements demi-liés sont exécutés avec l'aide d'appareils mobileSj portatifs (mils, haltères, barres à sphères, exercices de projection, sauts avec instruments, escrime, etc.) ou non portatifs (exercices du portique : échelles de cordes, trapèze, bascule brachiale, vindas).
Les mouvements liés sont exécutés à l'aide d'appareils fixes (barres de suspension, échelles fixes, barres parallèles, planches à rainures, chevaux de bois).
Parmi les exercices passifs, il faut ranger la vectation, la navigation, le massage, la faradisation.
Enfin, les exercices mixtes consistent en des mouvements volontaires et en des mouvements involontaires; ce sont : l'équitation, la natation (Michel Lévy), le vélocipède et la gymnastique suédoise.
Tous les moments ne sont pas bons pour faire de la gymnastique ; en efl'et, s'il est utile de faire un exercice modéré après le repas, il faut proscrire totalement les exercices très actifs, après le repas, et ne les exécuter par exemple que le matin, ou le soir, plusieurs heures après avoir mangé.
L'usage de la gymnastique comme traitement des maladies nerveuses, chorée, hystérie, épilepsie, scrofule, etc., est introduit depuis longtemps dans les hôpitaux, et c'est en
reux, et ils n'exercent qu'un nombre limité de muscles ; aussi celte méthode tend-elle à être abandonnée^ pour faire place à cette gymnastique dite de mouvements et (T assouplissements que Laisné, depuis longtemps déjà, a mise en pratique à Thô-* pital des Enfants et qui s'est répandue surtout dans les pays allemands.
1847 que Laisnè a installé son premier gymnase médkal à Thôpital des Enfants, d^abord, puis à la Salpêtrière.
On fait faire aux enfants, aux malades, des marches, des courses, des manœuvres et les mouvements divers qu'indique le professeur, et, pendant leur exécution, tous chantent un air dont le rythme s'accorde avec les mouvements ordonnés. Par ce moyen, on améliore rapidement la santé générale et on peut arriver à guérir certaines affections nerveuses : la chorée, etc., comme le démontre le rapport de Blache sur ce mode de traitement. Voici, en effet, les conclusions de ce rapport (a) :
l"* Aucun des modes de traitement appliqués â la danse de Saint-Guy n'a donné un nombre de guérisons aussi considérable que la gymnastique, soit seule, soit associée aux bains sulfureux ;
2« La gymnastique peut être employée dans presque tous les cas sans qu'on soit arrêté par les contre-indications qui se présentent à chaque pas dans l'usage des autres médications ;
3 La guéri son est obtenue dans un
nombre moyen de jours à peu près égal à celui que réclame Femploi des bains sulfureux; mais elle semble plus durable et la sédation se montre des les premiers jours;
4* En même temps que le désordre des mouvements disparait, la constitution des enfsmts s'améliore d'une manière très sensible» et les malades sortent guéris, non seulement de la chorée, mais encore de l'anémie ipii l'accompagne le plus souvent;
B"* Des exercices gymnastiques, que l'on pourrait au premier abord croire périlleux, surtout eu égard à l'état des enfants qui s'y livrent, n'offrent aucune espèce de danger, et, de plus, ils peuvent être mis en œuvre sans inconvénient dans toute saison, avantage que n'ont pas les bains;
6* 11 est fort important de diviser les exercices en deux catégories :
l"* les exercices dits passifs, qui peu* vent être seuls employés dans la période de l'affection où la volonté n'a pas de prise sur les puissances musculaires ; ^2** les exercices aciils que les enfants exécutent d'euxmêmes, avec ou sans l'aide de machines (6).
(a) Blache, Mém. de VAcad. de méd.^ t. XlX.
(b) Mcrcuriali, De arte gymnastica. Yenetis, 1569. — P. Fullcr, Medicinm ffymnastica or trealUe of the power of exercice with respect to the animal ecenomy, London, 1704. — Tissot, Gymnastique médicale et chirurgicalCf ou Essai sur Vutilité du mouvement et des différents exercices du corps dans la cure des maladies. Paris, 1780. — Londe, Gymnastique médicale, ou l'Exercice appliqué aux orfones de l'homme^ diaprés les lois de Ul physiologie^ de l'hygiène tl de la théraptm"
Cette gymnastique se fait pour ainsi dire sur place, et elle consiste en des mouvements pratiqués méthodiquement et d'une façon cadencée, mouvements qui permettent de faire fonctionner presque tous les groupes musculaires de l'éco^ nomie. Cette méthode, de beaucoup la meilleure, ne réclame pas d'appareils spéciaux, et peut être pratiquée sans incon* Yénients et par les grandes personnes et par les enfants. Elle est en usage aujourd'hui dans les pensionnats et dans l'armée; elle vous suffira dans le plus grand nombre des cas.
Il y a encore une autre gymnastique, dite gymnastique sué' Gymna*doise. La Suède occupe, vous le savez, au point de vue sucdorso. gymnastique, le premier rang parmi les nations ; sous Tinspiration de Ling (1), elle a institué de véritables facultés de
(1) Pierre-Henri Ling est né le 1* Le mouvement musculaire ac^
15 novembre 1776 et est mort le tive la circulation artérielle ou cen-r
3 mai 1839. Ses principaux élèves trifuge, en même temps qu'il active
ont été Liedbeck et Géorgie en Suéde» la nutrition des parties qui exécutent
Branting et Indebeton en Angleterre, les mouvements, et cela dans une
fiolhstein et Neumann en Allemagne, proportion déterminée par la quan-
Voici, en résumé, la doctrine de tité des exercices ;
Ling : %" On peut, par des exercices ré-
liqne. Paris, 1821. — Amoros, Traité d'éducation physique , gymnoêtique et morâle, — F. Egtn, BoxioMa, ou esquisses du pugilat ancien et moderne, London, 1820-24 ; Manuel de gymnastique, 1847. — IHiUy, Cinésiologie ou science du mourement dans ses rapports avec léducalion, l'hygiène et la thérapeutique. Paris, 1847. — Legrand (Max), Thèse do Paris, 1848. — Vilain, Thèse de Paris, 1840. — Liîsné, Gymnastique pratique, 1850 ; Gymnastique des demoiselles, Paris, 1854 ; Traité élémentaire de la gymnastique classique, avec chants notés à l'usage des enfants des deux sexes, Paris, 1867. — Blache, Du traitement de la chorée par la gymnastique {Mim. de VAcad. de méd., 1855). -~ Scbreber, Système de gymnastique de chambre médicale et hygiénique, trad. par van Ordt. Paris, 2* édit., 1867.
— Daily fils. Plan d'une thérapeutique par le mouvement fonctionnel, Paris, 1859.
— Meding, De la gymnastique suédoise. Paris, 1862 (Rapport annuel à Tinstitut médico-gymnastique suédois). — Theis, Programme de gymnastique systématique et raisonné, Bnixellefl, 1861.— Game, Traité pratique de gymnastique de chambre hygiénique et médicale, Paris, 1868. — Gigot, De la propagation de la gymnastique dans l'armée. Us villes et les écoles. Paris, 1868. — E. Hillairet, Rapport sur renseignement de la gymnastique, Paris, 1868. — Gallard, la Gymnastique et les Exercices corporels dans les lycées {Bull, de l'Acad, de méd., 1868). — Dumesnil, art. Gymnastique, Dict. de méd. et de chirurg. pratiques, — Pichery, Gymnastique de l'opposant, etc., Paris, 1870. — Nycander, Gymnastique rationnelle suédoise. Paria, 1874. — N.-A. Lo Blond, Manuel de gymnastiqtie hygiénique et médicale, Paris, 1874.
gymnastique, dans lesquelles des professeurs démontrent méthodiquement tout ce qui peut se rapporter à Texercice du corps humain. Les exercices sont basés sur le fait suivant : lorsqu'on veut effectuer des mouvements, si on s'oppose à leur exécution, il se produit, dans le groupe musculaire qui veut vaincre l'obstacle, des contractions plus ou moins énergiques. Les Suédois font donc exécuter au malade certains mouvements, tout en s'opposant, dans une certaine mesure, à leur exécution, et c'est par l'application multipliée et
glés, activer la nutrition dans des muscles déterminés ; ' 3" Pour régler ces sortes de mouvements, il faut déterminer d^avance les attitudes qui seront le point de départ des mouvements, corn me celles qui représenteront le point d'arrivée;
4" 11 faut que le gymnaste qui dirige ces mouvements, règle la portion et le mouvement de son corps sur la position et les mouvements du patient;
5' La vitesse d'un mouvement gymnastique quelconque doit toujours être isochrone, c'est-à-dire que le corps ou la partie du corps mise en mouvement doit parcourir des espaces égaux dans des temps égaux ;
G" Tout organe qu'on met en action agit sur toutes les autres fonctions de l'économie. L'effort musculaire, par exemple, tire la poitrine dans l'inspiration, ralentit la circulation de l'artère pulmonaire, et par suite celle des grosses veines qui se rendent au cœur, augmente la tension veineuse, congestionne le cerveau, etc. De grandes inspirations suivies d'expiration ont l'effet opposé, etc. Les muscles, en compri-
mant les rameaux artériels au moment même et pendant la durée de leur contraction, font refluer Tcrs les régions éloignées une masse de sang proportionnée à la capacité de leur système capillaire. De là les vertiges, les congestions cérébrales, les palpitations qu'éprouvent, au moindre mouvement actif, les personnes sujettes à ces sortes d'affections.
Quand la contraction cesse, le sang se porte, au contraire, dans le réseau capillaire des muscles;
7* Pour obtenir ces effets, Ling a institué trois ordres d'exercice. Dans le premier, les mouvements sont simplement actifs ; ce sont les mouvements exécutés par le malade seul : l'attitude, la marche, le sant, les exercices gymnastiques ordinaires et les mouvements partiels du corps. Dans le second ordre, qae Ling appelle ordre des mouvements actifs passifSf le malade fait un mouvement auquel le gymnaste résiste, et, dans le troisième ordre, celui des mouvements passifs actifs, le gymnaste fait subir aux membres des déplacements contre lesquels le patient lutte en faisant contracter ses muscles (a).
(a) Trousseau et Pidoux, addition de Gonstaotin Paul, TraiU de thérapeuHçue^ 1877, t. 11, p. 125.
variée de ce moyen qu'ils développent tous les muscles de Téconomie.
Tout en reconnaissant la grande utilité de cette méthode, je pense que si elle est appelée à donner de bons résultats pour les troubles musculaires, elle n'est pas, au point de vue qui nous occupe, supérieure à la gymnastique des mouvements; de plus, elle réclame la présence d'un maître auprès de chaque exécutant, ce qui constitue par cela même une complication qui rend difficile sa généralisation. Ce dernier inconvénient a disparu avec la méthode dite de l'opposant. Pichery, Fauteur de cette méthode, a remplacé l'action active du professeur par des ressorts à boudin sur lesquels on exerce des tractions plus ou moins vives. Si cette gymnastique n'a pas la précision de la méthode suédoise, elle a le grand avantage d'être pratiquée en tous lieux, même dans la chambre du malade et sans la présence constante d'un aide. Vous la voyez appliquée dans cet hôpital où elle nous rend journellement de grands services.
Mais la gymnastique suédoise ne s'en est pas tenue là, elle cynuiasa voulu faire davantage : on a inventé une gymnastique des viscérale. viscères, et pour ce qui a trait plus particulièrement au sujet qui nous occupe, on a créé une gymnastique, ou plutôt une kinésithérapie abdominale ^ et Nycander (de Stockholm), a indiqué les principaux mouvements que l'on doit exécuter pour combattre la dyspepsie et la constipation (1).
Cette gymnastique abdominale est un véritable massage,
(i) Voici les diverses manipulations lies; il se fait avec la face palmaire
que Nycander (de Stockholm), em- de la main dans une direction con-
prante à la kinésithérapie suédoise forme î\ celle de la digestion. Pour
poar -combattre les affections des ce mouvement ainsi que pour tous
voies digestives et, en particulier, la ceux qui suivent, le sujet occupe gé-
constipation et la dyspepsie : néralement une position telle que
a. Glissement du côlon, soit dans tous les muscles de Tabdomen soient
toate son étendue, soit, suivant le relâchés.
cas, daos Tune ou l'autre de ses par- 6. Glissement transversal de l'ab
CLINIQUE THÉRAP., 6' édit. I. — 28
qui, comme vous le verrez, rend de grands services pour combattre certaines inerties stomacales et intestinales, et en particulier la constipation. Comme pour la kinésithérapie, je vous renvoie aux leçons que j'ai consacrées à la massothérapie {a)^où ce sujet est traité complètement. Je vous signalerai seulement ici les avantages que mon élève, le docteur Rubens Hirschberg (b) a tiré du massage de Teslomac pour la cure de la dilatation de cet organe. Nous y reviendrons d'ailleurs quand je vous parlerai du traitement des ectasies stomacales.
Vous prescrirez donc à vos malades un exercice gymnastique modéré. Vous le leur ferez faire surtout avant les repas,
domen. Les deux mains de Topérateur étant jointes sur la ligne médiane de l'abdomen et s'en écartant . chaque fois en exerçant une pression plus ou moins forte suivant le cas, le mouvement se fait de haut en bas à partir du creux épigastrique jusqu'à l'os pubis.
c. Glissement cycloïde. Il se fait d'après les mêmes principes.
d. Foulement transversal de Tabdômen.
Dans cette opération les mains de l'opérateur, superposées sur l'abdo'* men du sujet, refoulent la masse intestinale, tantôt à droite, tantôt à gauche.
e. Foulement circulaire. Celui-ci 8*opère dans une direction conforme à celle de la digestion.
f. Poussée en jet latéral de l'abdomen.
Les mains de l'opérateur, placées chacune sur un des flancs, poussent
la masse intestinale alternativement à droite et à gauche.
g, Secouement de Tabdoroen. I^ main de l'opérateur placée sur l'abdomen, imprime à la masse intestinale des secousses vives et régulières.
h. On emploie aussi la pression des plexus solaire et sacré.
Contre la constipation, voici les manœuvres que Nycander conseille d'exécuter et qui auraient le même effet, d'après lui, que les douches rectales.
Le sujet étant debout, les bras tendus en avant et fixés à un appui, quatre opérateurs l'entourent et poussent son bassin tantôt en arrière, tantôt en avant, de sorte que les muscles antérieurs de l'abdomen se trouvent tantôt tendus, tantôt relâchés, pendant que les aides exercent une pression faible et régulière sur l'abdomen {Société (ThydrologiCy séance du 22 décembre 1878)«
(a) Dujardin-Bcaiinietz, Confér. de VhopUal Cochin, 1886-1887. — Hygiène thé^ rapeutique, — Leçons sur la massothérapie^ p. 59. Paris, 1888.
(6) Rubens Hirschberg, Massage de l'abdomen (Bull, de thérap., 1887, t GXIII, . p. 248).
DU RÉGIME. .i3r>
une ou deux fois par jour. Vous pourrez augmenter le travail musculaire en ajoutant, aux exercices des mouvements, Tusage de ces haltères qui, par leur poids plus ou moins considérable, vous permettront de graduer pour ainsi dire le travail musculaire.
Comme la gymnastique, messieurs, tout autre exercice vous conduira au même but; ainsi l'escrime, la natation, le canotage même. Mais il faut reconnaître que ces exercices du corps développent presque exclusivement certains groupes musculaires au détriment des autres; aussi je leur préfère la gymnastique, et cependant, comme ils plaisent souvent plus au malade, vous serez obligés de les ordonner.
Les Anglais, qui sont de beaucoup nos maîtres dansTéducation physique à donner à la jeunesse, nous ont montré depuis longptemps déjà la marche à suivre pour obtenir le développement régulier des forces corporelles. Ils ont institué sur des bases scientifiques et médicales tout un ensemble de mesures, décrit sous le nom d'entraînement (1), qui a
(1) Dans sa thèse inaugurale, le docteur G. Bossion donne la prescription suivante du traitement indiqué par Goots, pour les sujets soumis à ]*entrainement: c Six semaines sont ordinairement le délai accordé pour se préparer à un combat ou à aoe course. Commencez par prendre une pilule (blues pils) le soir, et une médecine noire le lendemain matin, et cela deux fois pendant la première semaine. Quand vous êtes convenablement purgé, prenez vos quartiers d^entratnement, choisissez une habitation commode, à quelque distance des villes populeuses ; que vos exercices soient modérés au début, pour les graduer de jour en jour sur Taccroissement de vos forces. Le sujet en train doit se lever de bonne heure (six heures), se laver
Des excrcicr^ du corps.
avec soin, puis prendre un œuf cru en mélangeant le jaune dans un demi-verre de bon vin de sherry, après quoi, il fera une promenade au pas, d'environ deux milles, avant rheure du déjeuner (dix heures). L'exercice doit d'ailleurs être proportionné au degré de condition de l'individu. Plus il est chargé d'embonpoint, plus longues seront les épreuves. Après déjeuner, il fera une promenade de deux milles, entremêlée de petites échappées de 300 mètres t^ toute vitesse et terminée par une course d'un mille pour amener une suée que l'on séchera immédiatement avec une serviette. Puis il se rhabillera et marchera doucement pendant quelque temps. S'il a soif, il boira un peu de xérès coupé d'eau.
Vers onze heures, il pourra prendre
De l'crttraincluent.
pour but de substituer à la graisse, tissu inutile dans l'économie, la fibre musculaire, et de donner ainsi avec le moins de volume possible, la force musculaire la plus énergique. Je ne puis malheureusement pas entrer dans les détails de cette question, que Bouchardat a fait connaître en étudiant avec soin l'entratnement du pugiliste. Je vous signalerai seulement les leçons que j'ai consacrées à cet entraînement, que j'ai étudié dans mes conférences sur l'hygiène alimentaire et sur l'hygiène thérapeutique (a). Je ne vous en dirai donc ici que quelques mots.
un quart de pinte de porto aromatisé, ou une demi-pinte de vieille aie. Il doit avoir constamment dans sa poche un biscuit dur pour prévenir la faim.
Souvent môme il préviendra la soif en mâchant du biscuit, plutôt que d'user trop fréquemment des liquides qui portent à la transpiration et nuisent à rhaleine. 11 dînera vers une heure, ou deux, si Tappétit n*est pas bien ouv'ert. Après dîner un exercice modéré, tel que bêcher la terre, lancer le disque ou mouvoir des dombsbclls, du poids de 4 livres chacun ; enfin choisir le genre d'exercice qui plaît le plus, sans s'exposer à des efforts outrés. Il faudra faire encore dans la journée une nouvelle course d un mille. Si la fatigue cause de la somnolence, on se permettra une heure de sommeil. Le dernier repas aura lieu vers deux heures du soir, sept heures avant de se mettre au lit. On fera bien de s'abstenir de fumer.
Proscrivez de votre régime les spiritueux, le lait, les soupes, tous les ragoûts et les aliments épicés. Les
repas se composeront de viandes maigres, si, bien entendn, on a déjà rhabitude de ces sortes d'aliments, mais quel que soit votre mode d'alimentation, restreignez-le toujours au simple nécessaire. Une selle par jour (chaque matin, après déjeuner, est l'heure désirable) indiquera que le corps fonctionne avec régularité.
Plus de fréquence procédera d'excès d'exercices et alors on les diminuera, ou du changement de régime, et dans ce dernier cas on prendra l'aliment qui tentera le plus, mais en petite quantité. Pesez-vous chaque jour, et quand vous êtes au poids voulu, bornez vos exercices à des promenades légèrement prolongées, sans oublier de continuer les petites courses rapides pour vous entretenir l'haleine. Évitez de garder de la flanelle humide ; ayez bien soin de vous frotter ou faire frotter, on de changer aussitôt après les transpirations.
Tous les exercices dangereux doivent être interdits (b).
(a) Dujardin-Beaumetz, Confér. de thôpital Cochin, 1885-1886 ; Hygiène oiimentaire; Leçon sur le traitement de l'obésité, p. UO. Paris, 1887. — Conf. de V hôpital Cochin, 1886-1887; /fyj^icnc thérapeutique; Leçon sur la kinésithérapie, p. 35. Paris, 1888.
{b) Worlliington, Sur le traitement de Vobésité par V entraînement. Thèse de Paris, 1875. — G. Boisson, De Ventraînement, Thèse de Paris, 1877i
L'entraînement . consiste dans Tadminislration, sous un petit volume, d'une alimentation azotée et nutritive, et dans des exercices du corps gradués et progressifs; en même temps, on active les fonctions de la peau par des suées abondantes et par Thydrothérapie, et Ton agit sur le tube digestif par des purgations souvent répétées. C'est après avoir subi cet entraînement que les Anglais se portent à ces joutes qui, parleur ensemble, constituent le sport et qu'ils vont partout -disputer les prix aux courses, soit achevai, soit à pied, soit à la rame.
En France, nous sommes loin de ces exercices sportiques, et c'est à peine si de temps en temps nous voyons quelques individus se livrant avec ardeur à ces pratiques saines et utiles. Aussi ne serez-vous pas étonnés, lorsque vous parlerez de faire de la gymnastique, d'essuyer un refus plus ou moins déguisé, et ce refus, messieurs, vous le rencontrerez surtout tenace chez les jeunes filles. C'est là, en effet, un défaut dans l'éducation de la femme de notre pays. Tandis que, en Angleterre, toute jeune fille appartenant à un certain monde se livre avec ardeur à l'équitation et aux exercices de corps; en France, au contraire, ces exercices sont abandonnés, même dans la vie à la campagne, et Ton considère le plus souvent la gymnastique comme pénible et ennuyeuse. Nous devons donc, messieurs, encourager de tous nos eflForts l'introduction de la gymnastique dans l'éducation de la jeunesse, et en particulier dans les classes primaires de garçons et surtout de filles. La jeune fille, autant, si ce n'est plus que l'homme, a besoin de ces exercices; c'est elle qui, en ejQfet, devenue femme sera la mère de vos enfants, et autant que possible nous devons favoriser son développement physique. Pardonnez-moi cette digression, qui ne s'éloigne pas autant de notre sujet que vous pourriez le penser, car bien souvent les troubles de la digestion, la dyspepsie, chez
rhomme comme chez la femme, dépend du défaut d'exercice.
Des Chomel, frappé de Tinfluence du défaut d'exercice mus-
deTharité. culaire sur le développement des affections stomacales, frappé aussi de leur fréquence dans les classes riches et oisives, avait employé, pour les combattre, un procédé ingénieux; il conseillait aux riches de faire la charité, il leur disait : « Faites la charité, mais par vous-mêmes, allez visiter les malades, intéressez-vous à des familles nécessiteuses, montez dans les mansardes, et, tout en faisant une bonne action, vous vous guérirez, par cet exercice, des troubles dyspeptiques que vous éprouvez. t> Ce conseil messieurs, est parfait. Donnez-le donc le plus possible, mais n'oubliez pas, non plus, pour les jeunes gens, les exercices du corps et prescrivez-les aussi "avec grand soin.
Influence L'air, a dans le développement et la cure des affections de l'estomac, une influence aussi importante que l'exercice, et c'est un fait vulgaire d'observation que de voir les troubles de l'estomac plus fréquents à la ville qu'à la campagne. Pour le dyspeptique, vous le savez bien, du reste, il suffit quelquefois du séjour au grand air pour qu'il voie disparaître tous les phénomènes morbides; et déjà je vous ai démontré quelle influence on devait faire jouer à cet air de la campagne dans les cures de lait et de raisin, si favorables dans le Iraiment des dyspepsies.
Lorsqu'un habitant de la campagne vient dans nos villes, il subit un véritable acclimatement, qui porte surtout sur les fonctions digestives, et cela résulte non seulement des nouvelles conditions atmosphériques dans lesquelles il se trouve, mais encore des modifications dans le
Air des ohangement du régime alimentaire auquel il est soumis.
villes et A la ville, avec une alimentation plus azotée et meilleure
pa^^è». qu'à la campagne, on voit se développer un ensemble de
troubles dyspeptiques qu'à la campagne, malgré une nourriture incomplète et souvent insuffisante, Touvrier n'éprouve presque jamais. Cette différence résulte de Tair respiré, air salubre à la campagne, vicié et malsain à la ville ; et si dans les hôpitaux vous voyez les affections de l'estomac résister à nos médications, bien que les malades soient soumis à une alimentation bien dirigée, cela tient surtout à Tair insalubre qu'ils y respirent. Au grand air, l'appétit est activé, les fonctions digeslives se régularisent, et si vous y joignez l'exercice, dans bien des cas les troubles de l'estomac se guériront sous cette double influence.
L'air de la mer a aussi une influence favorable. Lorsque les habitants des grandes villes vont au bord de la mer, ils voient leur appétit renaître rapidement, et il n'est pas rare alors qu'ils passent à un autre excès, c'est-à-dire qu'ils prennent une alimentation beaucoup trop abondante. S'ils ne se surveillent pas, bientôt surviennent les troubles dyspeptiques, véritables indigestions dues à l'absorption d'une trop grande quantité d'aliments souvent indigestes. Ces faits s'observent, messieurs, assez souvent dans nos ports de mer à l'époque où les étrangers y affluent, c'est-à-dire à l'époqujB des bains de mer.
Comment expliquer cette action si favorable de l'air dans les fonctions digestives? C'est là une question que Ch. Richet a élucidée et qui réside tout entière dans l'action de l'oxygène sur la digestion stomacale.
La production de l'acidité du suc gastrique est un des pomts les plus mtéressants de la sécrétion de ce suc, et les de idyphysiologistes se sont efforcés de saisir le mécanisme de ,.acuuirdu cette sécrétion. Cl. Bernard (4), par des expériences ingé- T
(1) Malgré les résultats contraires commeindiscutable; cette expérience obtenus par Frerichs, on regarde consiste dans Tinjection, dans les Fexpérience de Claude Bernard veines d'un lapin, de lactate de fer
nieuses, a montré que Tacidilé s'effectue surtout à la surface de Testomac ; analysant plus complètement ce phénomène, Ch. Richet (1) a constaté que ce fait d'acidité devait être rapporté à l'action générale de l'oxygène : ce serait une véritable oxydation des sucs sécrétés par les glandes stomacales. Ces glandes puiseraient dans le réseau sanguin si considérable de l'estomac, réseau turgide au moment des digestions, une quantité notable d'oxygène, et cet oxygène, pris dans le sang, servirait à l'oxydation du suc gastrique.
C'est là, vous le voyez, un fait d'une grande importance; il vous montre Tinfluence directe de Toxygène dans l'acidification du suc gastrique; il vous explique comment les gens qui n'absorbent pas par les poumons un air sain ni assez oxygéné, éprouvent tous les symptômes qui tiennent à un défaut de qualité du suc gastrique. Ces personnes ressentent, en effet, toutes ou presque toutes, les symptômes qui caractérisent la diminution du pouvoir digestif de l'estomac.
Exercice modéré et régulier, promenade au grand air, séjour à la campagne, si c'est possible, séjour dans les montagnes, au bord de la mer, voilà, messieurs, vous le voyez,
et de ferro-cyanure de potassium, con, il fit passer de Toxygène pen-
Ces deux sels ne peuvent donner, dant deux heures. Au bout de ce
mis en contact, du bleu de Prusse temps, ayant mesuré Tacidité de run
que dans un milieu acide. Dans Tes- et de l'autre liquide, il remarqua
tomac des animaux en expérience, que le liquide dans lequel l'oxygène
la coloration bleue de la muqueuse avait passé avait une acidité totale
ne se produisait qu*à sa surface. Les de 0.49, tandis que Tautre n'avait
glandes tubulaires ne présentaient que 0.28.
au contraire aucune coloration. Avec du suc gastrique d*autres
(1) Ch. Richet, ayant pris la mu- animaux, le résultat fut le même,
queuse du caecum stomacal d'un De plus, d'après Mathieu et Urbain,
congre, l'ayant broyée et traitée par la quantité d'oxygène contenu dans
beaucoup d'eau, sépara l'infusion en le sang diminuerait au moment de
deux parties, qu'il plaça ensuite la digestion (a), dans i'étuve à 40^. Dans un fla-
(a) Mathieu et Urbain, Des ga% du sang {Arch, de physiologie, 1874, p. 712), — Charles Richet, Du suc gastrique, p. 76.
pissions.
des éléments importants pour la cure des troubles de la digestion stomacale.
Les influences morales s'ajoutent aussi aux circonstances do» précédentes pour expliquer le développement des affections mort"er stomacales. Vous savez, en effet, combien les impressions morales retentissent du côté de Testomac. Et pour cela, je m'en rapporte à vous, messieurs, rappelez-vous vos examens, vos concours et la perte d'appétit qui précède ces épreuves, perte qui, heureusement, n'est que passagère.
Les chagrins, les passions vives surtout, ont une influence dcs bien plus grande, et, sachez-le, dans beaucoup de cas, lors- "^ "de"'*^' que vous ne pourrez pas relever le moral du malade, lorsque vous ne dissiperez pas la peine qu'il éprouve, ou que vous ne parviendrez pas à chasser les chagrins qui le dévorent, vous ne pourrez rien sur son affection stomacale. Ce qu'il faut, c'est une médecine morale qui varie avec les cas observés. Ici, le médecin ne s'attardera pas à formuler, car tout l'arsenal pharmaceutique serait impuissant, il devra viser plus haut; puisant des conseils à une source plus élevée, il s'efforcera d'agir sur l'esprit de son malade; il mettra tous ses soins à écarter lentement et graduellement les souvenirs douloureux et à ramener ainsi peu à peu le calme dans cet esprit troublé.
Dans ces cas, les distractions, l'exercice au grand air, le changement des habitudes, les voyages, l'imprévu, toutes circonstances souvent si efficaces dans la cure de ces dyspepsies, vous seront encore d'un grand secours.
Mais n'oubliez pas que si les influences morales peuvent troubler profondément les fonctions digestives, à leur tour les affections de l'estomac réagissent sur le moral et lorsque je vous parlerai delà dilatation de l'estomac, je vous montrerai qu'il existe un état paiticulier caractérisé essentiellement par des idées tristes et des troubles nerveux qui dépendent
4i2 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
de celle dilatation ; c'est ce que j'ai décrit sous le nom de
neurasthénie gastrique. Pour guérir ces troubles nerveux,
il suffit d'améliorer le fonctionnement du tube digestif.
De Chomel, qui a tracé do main de maître ce chapitre des
pbTsVque influences morales, signale un fait dont vous connaissez
""'tueuc*''^' certainement des exemples. Il nous montre un homme qui,
après être parvenu, par un travail incessant, par un labeur
long et pénible, soit à rassembler une certaine fortune, soit
à occuper un poste élevé dans l'armée, la magistrature ou
l'administration,' va enfin se livrer au repos qui a été le rêve
de sa vie; il nous montre, dis-je, cet homme, qui, malgré
ses travaux, avait toujours joui d'une bonne santé, dépérir
alors peu à peu, devenir dyspeptique, morose, et ne guérir
qu'en reprenant la vie active qu'il vient de quitter.
Maintes fois, certainement, vous avez été témoins de faits semblables. Le médecin lui-même n'est pas à l'abri de ces accidents, et je ne puis vous citer de meilleur exemple que celui d'Astley Cooper. Cet illustre médecin, après avoir conquis une situation unique dans la chirurgie anglaise, après avoir acquis une fortune considérable, fatigué des labeurs imposés par une clientèle nombreuse, s'était retiré dans une de ses propriétés, croyant y trouver un repos bien gagné et une vie calme et tranquille. Erreur profonde ! Asley Cooper devint triste, morose, chagrin et, à ses amis qui le félicitaient de son nouveau genre de vie, il disait qu'en se promenant dans son parc, il cherchait, parmi les beaux arbres qui l'ornaient, celui auquel il pourrait bien se pendre, Asley Cooper voulut reprendre sa clientèle, mais il était trop tard, et il ne put recouvrer la santé.
Vous le voyez, messieurs, l'inaction intellectuelle, comme l'inaction physique sont deux conditions dont il faut tenir grand compte, et, lorsque vous soignerez des individus atteints d'affections de l'estomac, n'oubliez donc pas de
prescrire un travail proportionné à la force et à Tactivilé inlellectuelle de l'individu.
Je vous ai parlé des passions et des impressions morales ; ^es je dois vous dire aussi quelques mots |des rapports sexuels, «cxucis. Il est certain qu'ils ont une influence notable dans le développement des dyspepsies, et tous les jours on voit des jeunes gens devenir dyspeptiques parce qu'ils se livrent à des excès de coït. Mais, en dehors de l'excès, il y aussi la pratique du coït immédiatement après le repas qu'il faut vous signaler comme funeste. Il y a dans ce cas, un arrêt brusque dans la digestion, dans sa période d'activité, et des troubles graves peuvent survenir dans les fonctions stomacales. La masturbation produit les mêmes effets que le coït, et nombre de jeunes garçons ne doivent leurs dyspepsies qu'à cette cause; dans ces cas, on observe surtout une dyspepsie spéciale, à forme gastralgique, accompagnée de crampes d'estomac.
Ce que l'hygiène comprend sous le nom d'applicatay les Dos vêtements, les bains, joue aussi un rôle important dans le développement des dyspepsies. Pour les vêtements, j'ai deux points à vous signaler : d'une part, l'usage du corset chez la femme, d'autre part, l'absence des bretelles chez l'homme. Je vous demande pardon d'entrer dans ces détails qui vous paraissent peut-être vulgaires, mais ils ont, je vous l'affirme, une réelle importance.
Pour le corset, il suffit de se rendre compte de ce qui se du corset. passe pendant la digestion, pour comprendre quelle influence mauvaise peut avoir une ceinture rigide qui entoure la région stomacale. A l'état normal, après un repas abondant, l'estomac, qui est le siège d'une congestion extrêmement active et dont le volume est augmenté par les matières alimentaires qu'il renferme, soulève légèrement la région épigastrique ; si, par une pression brutale, vous vous oppo-
iii LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
sez à ce développement, vous perturberez profondément la digestion stomacale ; or, c'est ce que produit le corset lorsqu'il est trop étroit.
Aussi, messieurs, observez ce qui se passe dans ces grands dîners auxquels il est de règle que les femmes assistent en toilette décolletée; voyez vos voisines, elles mangent peu, à peine touchent-elles aux mets ; ce n'est pas, certes, faute d'appétit, c'est par raison qu'elles agissent ainsi ; car, si elles mangeaient trop abondamment, vous les verriez bientôt rougir, étouffer, suffoquer même, sous l'influence d'une digestion troublée par un corset trop serré.
Si vous le pouvez, exigez donc de vos clientes que ce corset, puisqu'il est nécessaire, n'exerce pas une constriction trop forte, et si elles doivent dîner en ville, par conséquent faire toilette, engagez-les à ne pas troubler leur digestion par l'excès d'une coquetterie mal entendue.
Je vous montrerai lorsque je vous parlerai de la dilatation de l'estomac qu'il est une autre affection provoquée aussi par l'usage du corset c'est le rein flottant. Chez les femmes atteintes de dilatation de l'estomac, on trouve souvent une ectopie rénale droite qui est produite par la congestion du foie qui abaisse le rein et le déplace, et si ce déplacement est plus fréquent chez la femme que chez l'homme c'est que le corset entraîne lui-même un abaissement de la glande hépatique.
Des Chez l'homme, la question est un peu différente, mais im-
brcicues. pQ^^g^Qi^ aussl. Lcs jeunes gens trouvent malséant de porter des bretelles ; ils les laissent aux hommes mûrs, et quelques-uns mêmes seraient très froissés si on leur disait qu'ils en portent. C'est là une mauvaise habitude, messieurs ; elle a les mêmes conséquences qu'un corset trop serré. Pour soutenir le pantalon, en effet, il faut un lien qui comprime la partie supérieure de l'abdomen et la région épigastrique.
Au repas, le lien ne cède pas, et Testomac, coupé pour ainsi dire en deux, ne peut fonctionner normalement; delà une cause fréquente de dyspepsie ; il faut donc conseiller à vos malades d'avoir des bretelles.
Les bains ont aussi une influence notable, non pas dans le développement, mais dans le traitement des troubles de la digestion. Vous le verrez, l'hydrothérapie, méthodiquement employée, et les bains froids, sont de puissants moyens dans la cure de ces affections, et, associés à la gymnastique, ils peuvent, dans bien des cas, provoquer la guérison (1).
Les bains de mer ont aussi une heureuse influence ; mais ï>«» »»!"»
de mer.
je fais ici une réserve. D'une façon générale, dans nos grandes villes, on envoie la plupart des clients passer une partie de Télé aux bords de la mer ; cette pratique, rendue facile par la rapidité de nos communications, s'est généralisée, et on l'applique indistinctement aux enfants, aux adultes, aux gens nerveux ou non ; eh bien, messieurs, cette
({) L'hydrothérapie peut jouer un grand rôle dans le traitement des dyspepsies; mais comme le fait remarquer Beni-Barde, il faut qu'elle soit employée d'une façon méthodique, il faut que les procédés mis en usage s'appliquent bien àla lésion qu'on veut combattre. Ainsi dans les dyspepsies dues à la goutte, au rhumatisme, à la scrofule, il faut associer le calorique et le froid ; dans ces cas, on se trouve bien des étuves, des maillots ou de l'eau chaude avant les applications froides. Dans les dyspepsies symptomatiques, c'est contre l'afleclion primitive qu'on devra diriger le traitement hydrothérapique.
J^a dyspepsie est-elle accompagnée de phénomènes d'excitabilité, on emploiera les immersions tempérées, les lotions, les affusions et les douehes tièdes, les maillots humides, de
courte durée. La dyspepsie se présente-t-elle avec les signes qui dénotent l'épuisement des forces de tout l'organisme, on se trouvera bien des applications toniques, de Taffusion froide, de la friction avec le drap mouillé, de la douche en pluie ou en jet, et surtout des bains de cercles, qui constituent, pour fieni-fiarde, le procédé le plus énergique et le plus efUcace, quand il peut être facilement supporté par les malades.
Dans certains cas de dyspepsie douloureuse, on se trouve bien de l'application, sur l'épigastre, des sacs à eau chaude de Chapman.
Gomme on le voit, pour obtenir du traitement hydrothérapique de bons effets, il faut constamment varier les procédés selon la forme de la maladie.
pratique est mauvaise. Je reconnais les heureux effets de3 bains de mer dans le développement des jeunes enfants, surtout ceux de nos villes ; les enfants strumeux ou lymphatiques s'en trouvent, en effet, extrêmement bien ; mais il n'en est pas de même pour les femmes nerveuses ou atteintes d'hystérie, de nervosisme, et qui présentent de la neurasthénie gastrique.
J'ai vu bien des affections nerveuses aggravées par l'usage des bains de mer. L'action excitante de ces bains dépasse souvent le but, et les enfants qui étaient seulement turbulents deviennent insupportables. Mais c'est surtout chez les femmes nerveuses que cette excitation est le plus accusée. Déjà, dans les leçons précédentes, je vous ai montré l'influence mauvaise de l'eau de mer sur les affections du cœur; rappelez-vous donc que ces deux faits, état nerveux très développé ou affection cardiaque, doivent vous faire repousser dans ces cas l'usage des bains de mer. Des bain» H cst uu poiut, daus cette question, qui doit encore nous arrêter un instant : quelle est l'influence des bains pris immédiatement après le repas ? peuvent-ils amener des accidents graves ou mortels, comme quelques personnes le soutiennent ?
C'est là une question fort difficile à juger. On comprend qu'après un repas copieux et au moment où commence la digestion, l'immersion dans l'eau froide puisse déterminer une perturbation du côté de l'estomac et provoquer une indigestion qui, elle aussi, peut avoir des conséquences graves. On comprend aussi que les phénomènes congestifs, ainsi arrêtés du côté de l'estomac, puissent déterminer dans les autres organes, dans l'encéphale en particulier, des congestions plus ou moins vives. Aussi je pense qu'il est prudent de ne pas se plonger dans l'eau immédiatement après avoir mangé.
froids.
On a dit -aussi que, deux heures après le repas, Feau froide n'avait plus d'influence sur le travail digestif. Cependant, k ce moment, la digestion n'est pas terminée, et, de plus, il est démontré qu'on peut manger sans inconvénient dans Teau ; les restaurants, dans les établissements de bains, sont là, du reste, pour prouver que cette habitude n'est pas dangereuse. Comme vous le voyez, messieurs, dans cette question obscure, les opinions sont contradictoires, il est difficile de se prononcer ; je pense cependant, sans y attacher grande importance, qu'il est toujours plus prudent d'attendre deux heures après les repas avant d'aller au bain.
Les excréta^ enfin, ont aussi de l'influence sur la production des troubles de la digestion. Nous reviendrons plus longuement sur cette question, lorsque nous nous occuperons des troubles digestifs qui surviennent chez les malades atteints de rétention soit des matières fécales, soit des urines.
Telles sont, messieurs, les considérations générales que je voulais vous exposer dans l'hygiène thérapeutique des maladies de l'estomac. Vous me pardonnerez, j'espère, la longueur de ces leçons en songeant à l'importance capitale quejoue la diététique dans le traitement de ces aff'ections. Vous savez que je considère comme un point des plus utiles de la clinique thérapeutique la possibilité de réunir, pour le traitement de la maladie, les considérations thérapeutiques aux considérations hygiéniques, et vous voyez ici quelle part considérable est faite h ces dernières.
Je suis peut-être entré dans des détails bien minutieux et qui ont dû vous paraître bien vulgaires; mais lorsque vous serez aux prises avec la clientèle, vous verrez combien ces petits riens ont une influence considérable dans le traitement des aff^eclions de l'estomac. Rien, en effet, ne doit échapper au médecin dans le traitement de ces maladies, et
il doit mettre la même rigueur à prescrire les moindres conseils hygiéniques qu'à ordonner les substances médicamenteuses les plus actives.
Mais, avant d'aborder l'étude de la cure des affections de l'estomac proprement dites, il me paraît nécessaire de vous dire quelques mots des procédés mécaniques de traitement qui s'adressent à un très grand nombre d'affections de l'estomac : je veux parler du lavage et du gavage- C'est ce que je ferai dans la prochaine leçon.
HUITIÈME LEÇON
Sommaire. — Du lavage de l'estomac. — Historique. — Du manuel opératoire. — Du siphon stomacal. — Son introduction. — Liquides à employer pour le lavage de Festomac. — Du pansement de la muqueuse stomacale. — Quantité de liquide. — De la pompe stomacale. — Du gavage. — Des poudres alimentaires. — Des poudres de viande. — Des poudres féculentes.
Vous avez vu dans Tune de nos précédentes leçons que du i«vage toutes les méthodes qui ont été imaginées pour étudier le icstomâc chimisme stomacal étaient basées sur le lavage de l'estomac, et si j*ajoute que c'est un procédé qui nous rend de signalés services dans la cure des affections de cet organe, vous comprendrez quel rôle capital ce lavage joue dans la pathologie stomacale, aussi je désire consacrer une leçon tout entière à cet important sujet.
L'idée de retirer les liquides de Testomac par un procédé maioiiquc. mécanique est une idée toute française : j'ai montré dans la première édition de mes Leçons de clinique thérapeutique que c'est à Casimir Renault qu'on doit l'attribuer (4) ; c'est
(1) Boerhaave a conseillé, le pre- Voici ce qu'il dit à ce sujet : t Je ne
micr, d'injecter dans le ventricule sache point qu'il soit venu à l'esprit
des liquides au moyen d'une sonde de personne de vider Festomac mé-
œsophagienne, mais il n'a pas parlé caniquementetsans le secours d'au-
de l'extraction de ces liquides. C'est cune force vitale; cependant, rien
Casimir Renault (180^) qui, dans sa n'était plus facile à imaginer, car les
thèse, a conseillé le premier l'emploi mêmes instruments mis en usage
de la déplétion mécanique de l'es- pour le remplir peuvent servir à le
tomac contre les empoisonnements, désemplir. >
CLIXIQUE THÉRAP., 6* ëdit. I. — 29
encore un Français, Blatin, qui a eu, en 4832, la pensée du lavage de Testomac, mais, je reconnais néanmoins que c'est Kûssmaul qui fit passer cette idée toute théorique dans le domaine pratique et c'est à lui que revient l'honneur de cette nouvelle médication.
C'est en 4867, au Congrès des médecins allemands qui
Quelques années plus tard (1810), Dupuytren flt un grand nombre d'expériences à ce sujet et montra Tinnocuité et Tavantage de la déplétion mécanique de Festomac. Vers la même époque, un médecin anglais, Edward Jukes, renouvela ces essais et flt sur lui-même une expérience des plus intéressantes; il s'empoisonna avec Topium, et pour éviter les effets de cet empoisonnement, il se flt vider Testomac par une pompe stomacale qu'il avait inventée.
D'ailleurs, les instruments employés à cet usage ont peu varié, et c'est une seringue plus ou moins modifiée que l'on a employée. Un des premiers appareils a été inventé par le docteur Physick (de Philadelphie) ; Read (de Londres) avait aussi inventé une pompe qu'Âstley Cooper avait adoptée. Lafargue, en France (1837), avait imagine une pipette analogue au siphon.
Arnold en 1829, Sommervilleà la même époque, puis Plosz, ont ima* giné des tubes mous et appliqué la
théorie du siphon à là sortie des liquides de Testomac; mais tubes mous ou siphons étaient tombés dans l'oubli et ce n'est que depuis les travaux d'Oser et ceux de Faucher (1868) que le siphonage de l'estomac est devenu d'une pratique courante.
En 1832, Blatin écrivait ce qui suit, à propos de la gastrite, c 11 y aurait avantage à associer le lavage du viscère phlogosé et l'introduction de vapeurs simples ou médicamenteuses aux moyens thérapeutiques ordinaires. » Blatin conseille d'employer à cet effet une sonde dont l'extrémité servant d'entonnoir recevrait la canule d'une pompe aspirante. Jamais ridée de Blatin n'a été appliquée à cette époque.
C'est en 1867, lors de la quarantième réunion des naturalistes et médecins allemands à Francfort-surle-Mein que Kûssmaul fil connaître les résultats de sa méthode et il fat suivi bientôt par Niemeyer, Bartels, Liebermeister et surtout par Reich (de Stuttgart) (a).
{a) Casimir Renault, Euai sur U$ cotUrepoisons de VarserUc, Paris, an X, n* 39. Thèse. — Lafargue, De la déplétion mécanique de Vettomac au moyen de Im pompe stomacale (Bull, de thérap.^ t. XXII, p. 507). — Blatin, Du lavage deVettomac et de la médication atmidriatique interne dans quelques cas de gastrite aiguë (Revue médicale française et étrangère, journal clinique de VUélel-Dieu et de la Charité, t. !•% mars 1832, p. 367). — Kûssmaul, SchmidCs Jahrbûch., vol. CXXXVI, p. 386. — Arch. gén, de méd., 1878, 1. 1", p. 445 et 557.— P. Rcich (de Stuttgart), Die Anwendung der Magenpumpe bei chron. Erkrankungen det Magens, 30 juiu 1868. — Faucher, Du siphon stomacal {Acad. de méd,, 25 novembre 1879; Joum. de thérap., 1881 ; Thèse de Paris, 1881). — Dujardin-Bcaumetx, Du lavage de Vestomac {BulL de thérap,, 1880, t. XCIX, p. 337). — Germain Sée, Des dyspepsies gastro-intestinales. Paris, 1881, p. 298. — Sevestre, Du lavage de
se tenait à Francfort-sur-le-Mein, que ce médecin a fait connaître le résultat de sa pratique. Il employait l'ancienne sonde œsophagienne, à laquelle on adaptait une seringue aspirante et foulante, et c'était par le jeu de cet instrument, qu'il décrivait sous le nom de pompe stomacale, que Ton pouvait introduire des liquides dans l'estomac ou bien en retirer. Cette méthode, si elle avait des avantages, présentait aussi des inconvénients ; l'introduction du tube rigide était pénible; de plus, l'exlrértiité de cette sonde irritait, par sa présence, les parois de l'estomac (4); aussi, après avoir fait quelques tentatives avec la pompe de Kûssmaul, j'abandonnai cette méthode. Mais la découverte que fit Faucher (a), en 4879, et celle que fit presque en même temps, en Allemagne, Oser, vinrent modifier mon opinion.
Cette découverte consistait dans l'introduction d'un tube mou et flexible dans la cavité de l'estomac et dans l'application de la théorie physique du siphon à l'introduction et à à la sortie des liquides contenus dant cet organe. A partir de ce jour, j'ai multiplié les applications du siphon stomacal, et l'un de mes élèves, le D' Joseph Lafage, a réuni, dans son excellente thèse, un grand nombre de ces observations ; et depuis que je pratique si fréquemment le lavage de l'estomac, je n'ai eu qu'à me louer de la détermination que j'avais prise.
(i) Les accidents déterminés par queuse entraînée dans les yeux de la
la pompe aspirante et foulante de sonde subir des déchirures; d'autres
Kûssmaul, adaptée à une sonde œso- fois, on a observé des hémorrhagies
pfaagienne rigide; ont été souvent et Wiesner en a signalé un cas. notés. Ainsi, Ziemssen a vu la mu-
r estomac {Progrès médical^ 1881). — Dobove ot Broca, Du lavage de l* estomac et talimentation artificielle dans quelques a/feclions chroniques de l'estomac (Progrès médical, 30 novembre 1882, n" 39, p. 735). — Lafago, Traitement de la dilatation de Vestomac par le lavage. Thèse de Paris, 1881. — 0. Ârmangué (de Barcelone), Ajunlas hisloricos sobre et lavabo gastrico y el extension del estomago {Rev. del ciene, med., 1882, n'' 7 à 50).
(a) Faacher, Du lavage de l'estomac (Académie de médecine, novembre 1870 et TbèM de Paris, 1881).
Manuel opératoire.
Siphon stomacal.
Comment se pratique le lavage de Testomac? et ici nous avons à nous occuper de Finslruraent qu'il faut employer, de la manière de s'en servir et des liquides dont on doit user pour laver la cavité stomacale.
Le siphon stomacal, comme vous pouvez le voir est en caoutchouc souple, il présente une longueur de 4"* 50; un index saillant placé sur la paroi vous indique à quelle profondeur il doit pénétrer. Il existe dans le commerce trois dimensions de ces tubes que Ton dénomme sous le nom de tubes nM , n^ 2, n"* 3, le premier ayant un diamètre de 8, le
3QBE
Siphon stomacal.
second un diamètre de 10 et le troisième un diamètre de
12 millimètres; à ces tubes s'ajoute un entonnoir en verre.
Debove (1) a modifié fort heureusement ce tube Faucher,
en augmentant la résistance de ce tube dans la portion qui
(1) Galante a construit, sur les indications de Debove, un tube Faucher qui ne présente pas dans toute sa longueur des parois de même épaisseur. La partie inférieure, qui doit pénétrer dans l'estomac, présente une épaisseur assez considérable et une surface extrêmement
lisse, ce qui permet de l'introduire facilement dans Testomac, grâce à la rigidité relative que présente ce tube.
La partie supérieure, qui reste hors de la cavité buccale et qui ne sert qu'au siphon, est, au contraire, en caoutchouc beaucoup plus mince et beaucoup plus souple.
doit pénétrer dans l'estomac, de telle sorte que cette portion du tube, tout en conservant son élasticité, possède encore une résistance suffisante pour qu'on le fasse pénétrer par poussées successives dans l'intérieur de l'estomac.
On a aussi proposé d'introduire dans l'estomac des sondes à double courant, pour permettre une irrigation continue
Siphon gtomacal do Dcbore.
dans la cavité stomacale; Audhoui a construit Tune de ces sondes (1) à double courant, sondes que le D' Boisseau du
(1) La sonde du docteur Audhoui est formée de deux tubes de caoul- ^ouc anglais, de calibre inégal, Tun grand, l'autre petit, joints ensemble dans la partie qui doit pénétrer jusqu'à l'estomac, isolés dans la partie qui doit rester au dehors. Cette disposition donne à la sonde la forme d'un Y.
La longueur totale de la sonde est de 1 ■ 45 ; la longueur de la partie sondée de 0" 60. Enfin, le petit tube ne va pas du côté stomacal jusqu'au boni de la sonde ; il s'ouvre par un oriSce latéral à 12 centimètres de celte extrémité.
Le calibre du gros tube représente le n* 29 de la filière de Charrière
(9«nin 2/3), Son diamètre intérieur est de 6 millimètres. Le calibre du petit tube représente le n« 15 de cette filière (4 mm.). Son diamètre intérieur est de 3 millimètres.
L'orifice stomacal du petit tube a 5 millimètres de long sur 2 millimètres de large. De son côté, le gros tube présente trois ouvertures :
celle de l'extrémité et deux latérales.
Ces dernières, ovales, ont 1 centimètre de longueur sur 5 millimètres de largeur.
Pour faire jouer l'appareil, on introduit la sonde à la manière ordinaire et l'on fixe le conduit sur un réservoir capable de donner une grande masse d'eau sous une pression
IntrodaO"
tion.
du siphon.
Rocher (1) a perfectionnées dans ces derniers temps. Malgré tous ces perfectionnements, les sondes à doubles courants sont peu appliquées dans la cure des affections de Testomac.
Lorsque chez un malade vous appliquerez pour la pre-
suffisante. La longue branche du siphon tombe dans un bassin placé à côté du sujet.
L'appareil étant disposé de la sorte, on ouvre le robinet du réservoir.
L'eau jaillit dans Testoraac et s'y accumule.
Un effort léger, une secousse de toux amorcent le siphon, et le courant, une fois établi, peut [durer en quelque sorte indéfiniment.
Cette sonde à double courant*a été placée à demeure à l'établissement de Ghâtel-Guyon et, grâce à elle, on peut faire passer à travers l'estomac des malades un courant plus ou moins prolongé de cette eau (a).
(i) Voici sur quelles bases est construite la sonde à double courant de Boisseau du Rocher :
L'instrument se compose d'un tube en caoutchouc à double courant, sur les parties libres duquel se fixent un appareil à injection et un appareil d'aspiration.
Le tube, construit par] un procédé spécial de fabrication, est fait de telle sorte que les deux courants aient le même diamètre, le diamètre total extérieur étant cependant inférieur à la somme des deux diamètres intérieurs. Par exemple, le tube ayant un diamètre extérieur de 11 millimètres, le diamètre de chacun des deux courants a 7 millimètres. Ce résultat est obtenu en façonnant le tube de telle manière
que le courant d'aspiration ait dans l'un de ses diamètres 8 millimètres, dans l'autre 6 millimètres. Les diamètres du courant d'injection ont 10 millimètres et 4 millimètres. La paroi du courant de sortie, épaisse de 2 millimètres, est assez forte pour résister à l'aspiration et pour empêcher que le tube ne s'aplatisse aux différentes courbures. La paroi d*injection, très faible, mais cependant suffisante pour résister à une forte pression du liquide injecté, est assez élastique pour ne pas s'affaisser dans les courbures. L'affaissement qui se produit par l'introduction du tube et en réduit la grosseur, tout en laissant à la colonne liquide un passage suffisant pour se mouvoir, distendre la paroi, et la ramener à ses dimensions normales, facilite l'introduction, et permet d'employer des tubes beaucoup plus gros que par le passé.
La partie libre du courant d'injection se fixe sur un robinet gradué qui fait suite à deux poires en caoutchouc, l'une dilatable et Tautre rétractile : le réservoir, l'autre destinée à puiser le liquide à injecter.
L'appareil d'aspiration, fixé sur l'autre partie libre du tube, est constitué, en haut, par on tube en métal à double courant (de courants inégaux) en forme d'Y; en bas, par un autre tube de même disposition, ces deux tubes étant reliés entre
(a) Audhoui, Journal de thérap, contemp.y n<* 38, 21 septembre 1881, et Traité du nettoiement des voies digestives. Paris, 1881.
raière fois le siphon stomacal, je suis d'avis que vous vous serviez d*un tube Debove de petit diamètre (tube a' 4), puis, lorsque le malade sera habitué à cette introduction, vous pourrez employer un siphon ordinaire d'un diamètre beaucoup plus considérable.
L'introduction de cet instrument est le plus souvent des plus faciles. Vous vous placez en face du malade^ auquel vous faites ouvrir la bouche et porter la langue en avant; vous enfoncez alors l'extrémité du tube dans l'arrièrebouche, et une fois que vous avez atteint la base de la langue, vous faites exécuter au malade des efforts de déglutition et à mesure que ces mouvements s'exécutent, vous poussez le tube dans l'œsophage. Une fois la première partie de l'œsophage franchi, vous pouvez activer beaucoup vos pressions et faire descendre alors le tube avec une certaine rapidité.
Récemment Faucher (a) a soutenu que l'introduction du
eox par des tubes de caoutchouc et au gré de Topérateur, avec une
séparés par une soupape contenue pression variable voulue et déter-
dans un ajutage en verre. Les deux minée par les indications,
branches de plus petit calibre des En prenant la minute pour unité
. tubes en Y sont reliées entre elles de temps, le tube de sortie débite :
par une poire en caoutchouc destinée sans aspiration, 2 litres ; avec aspi-
â faire le vide depuis la soupape ration, 2 litres et demi,
jusqu'à Textrémité stomacale. La Le courant de sortie étant établi
disposition intérieure des tubes en par la dilatation de la poire compris
Y permet de faire l'aspiration sur la mée, le liquide s'écoule comme dans
colonne liquide en mouvement, et le siphon. Si Ton veut augmenter le
dans le sens du courant, de sorte que débit et par conséquent la vitesse
la quantité de liquide qui s'écoule du courant de sortie, il sufût de faire
normalement et sans aspiration est des aspirations répétées. Et plus
augmentée de la quantité aspirée, grande est la vitesse du courant,
La vitesse du courant de sortie est plus vite sont entraînés les détritus
doncaugmentée au gré de l'opérateur, à l'orifice du tube, plus est complet
La quantité du liquide injecté varie et rapide le lavage (b).
(a) Faucher, Procédé opératoire à employer pour le lavage de Veslomac {Revue d'hygiène thérapeuiiquej juin 1890, p. 163).
(6) Boisseau du Rocher, Nouvel Appareil pour le lavage de Cestomac (Soc. de Ihérap.y séance du 28 mai 1884; Bull, et mém., 1884, p. 7).
tube Debove était plus douloureuse et plus brutale que celle du siphon qu'il a imaginé. Je ne puis admettre cette opinion, je reconnais au contraire que, grâce à la semi-rigidité du tube Debove, on peut précipiter le mouvement d'introduction et pénétrer ainsi avec une extrême rapidité dans Testomac, diminuant ainsi la durée de cette période d'angoisse qui se produit dans les premières applications du siphon stomacal.
Pour rendre cette descente du tube dans l'estomac plus facile on a conseillé de l'enduire de substances gîtasses ; les uns ont proposé l'huile, d'autres la vaseline, d'autres enfin la glycérine. Il faut repousser absolument tous ces corps gras qui laissent souvent à leur suite un goût désagréable dans la bouche, et, pour faire pénétrer votre tube, il vous suffira de le tremper dans l'eau de Vichy, soit encore, ce qui vaut mieux, dans le lait.
Une fois que le tube est ainsi introduit jusqu'à la marque saillante qui y est tracée, vous y ajoutez l'entonnoir, vous le remplissez de liquide puis, au moment où le liquide va disparaître à sa partie inférieure, vous l'abaissez rapidement, et les liquides contenus dans l'estomac vont s'écouler dans le seau que vous avez eu soin de placer entre les jambes du malade.
Pendant l'introduction du tube, il se produit certains phénomènes qu'il faut que vous connaissiez ; l'un des plus importants, à coup sûr, c'est la dyspnée qu'éprouve le malade. Les yeux s'injectent, la figure devient rouge, et le malade prétend qu'il ne peut respirer. Aussi je ne saurais trop vous recommander, soit pendant l'introduction du tube, soit surtout lorsqu'il est en place dans l'estomac, de faire respirer largement le malade.
A cette dyspnée se joignent les nausées et les vomissements qui résultent de cette introduction ; ces accidents se
b{] LAVAGE ET D[] GAVAGE DE L'ESTOMAC. 457
produisent à deux périodes : lorsqu'on commence à faire franchir la première portion du pharynx, ou bien lorsque le tube arrive dans l'estomac. Chez un certain nombre de personnes, la sensibilité de Tarrière-bouche est telle, qu'on ne peut y toucher sans amener des nausées et des vomissements pénibles.
Lorsque nous ne possédions pas la cocaïne, je prescrivais pendant quelques jours, avant la première tentative de cathétérisme, une médication bromurée (bromure de potassium ou poly bromure), dont l'effet, vous le savez, est d'anesthésier le pharynx dans une large mesure.
Depuis que nous connaissons ce précieux aneslhésique, le chlorhydrate de cocaïne, on peut très facilement supprimer presque complètement tous les phénomènes réflexes, il suffît pour cela de badigeonner le pharynx avec une solution au vingtième de ce médicament; l'introduction de la sonde œsophagienne peut alors se faire sans aucune gêne pour le malade.
Aussi ai-je toujours l'habitude de procéder à ce badigeonnage de Tarrière-gorge chez tous les malades dont je dois laver l'estomac, surtout pour les premières tentatives. Il est bien entendu que vous mettrez cinq minutes au moins entre ce badigeonnage et l'introduction du tube.
Les seconds phénomènes, c'est-à-dire ceux que détermine la présence du tube dans l'estomac, sont plus difficiles à éviter; d'ailleurs ils sont beaucoup plus rares, et le plus souvent, vous les ferez disparaître en introduisant de suite une certaine quantité d'eau dans l'estomac. Vous éloignerez ainsi les parois de ce dernier de l'extrémité du tube, et vous éviterez la révolte de l'organe.
D'ailleurs, la tolérance du pharynx, de l'œsophage et de l'estomac s'établit avec une extrême facilité, et je puis affirmer que, toujours, après trois à quatre séances, les
malades supportent sans aucun inconvénient la présence de ce tube, A partir de ce moment ils peuvent eux-mêmes faire cette introduction, et chez la plupart de mes clients, soit en ville, soit à l'hôpital, je laisse le malade pratiquer lui-même, à partir de la quatrième séance, le lavage de Testomac.
Cependant, il est deux circonstances qui présentent à Tintroduction du siphon un obtacle souvent insurmontable. Ce sont d'abord les spasmes œsophagiens chez certaines hystériques, spasmes qu'il est souvent difficile de vaincre, même avec un instrument rigide ; puis les ulcérations de Tépiglotte et de la partie postérieure du larynx qui rendent souvent sa pénétration des plus douloureuses. Aujourd'hui, grâce à la cocaïne, ces inconvénients n'existent plus, puisque nous pouvons anesthésier localement tous les points de la muqueuse pharyngienne et même laryngienne. En dehors de ces deux faits, et bien entendu des obstacles mécaniques, comme le cancer de l'œsophage, je n'ai jamais trouvé de malade rebelle^^à l'introduction du tube Faucher.
Une fois ces premières questions vidées, il nous faut maintenant discuter deux autres points intéressants, la nature et la quantité du liquide qu'il faut introduire. Liquides à Le plus ordinairement on se sert d'eau alcaline, soit d'eau de Vichy ou de Vais, soit d'eau dans laquelle on met 4 grammes de bicarbonate de soude par litre. Je me sers aussi souvent, suivant en cela la pratique allemande, d'eau contenant 6 grammes de sulfate de soude par litre : vous pouvez aussi vous servir de l'eau de Châtel-Guyon, qui 'contient, comme vous le savez, du chlorure de magnésium.
Dans certains cas il est nécessaire, non seulement de laver l'estomac, mais encore de le désinfecter; dans d'autres, il faut calmer les crampes et les douleurs dont il est le siège ; dans d'autres, enfin, il est utile de combattre des tendances
employer.
nu LAVAGE ET DU GAVAGE DE L'ESTOMAC. 459
hémorragiques; dans ces cas, les solutions à employer sont différentes (4).
Dans le premier, ce sont les liquides antiseptiques qu'il faut utiliser, et en particulier la résorcine et le naphtol. Andeer s'est montré très partisan delà résorcine,. et j'ai moimême fait avec le docteur Callîas de nombreuses expériences a?ec ce médicament, dans les cas de gastrite chronique. Les solutions de résorcine, même à 4 p. 400, sont irritantes, mais elles amènent une désinfection complète des liquides de l'estomac; aussi, lorsque j'emploie ce médicament, j'abaisse considérablement la dose et je n'admets que 5 grammes par litre d'eau. La résorcine est un bon désinfectant, mais outre qu'elle est irritante pour l'estomac, son absorption est loin d'être inoffensive : aussi je lui préfère de beaucoup les solutions naphtolées.
Il y a, comme vous savez, deux variétés de naphtol l'a et le |3, et je vous décrirai ces corps lorsque je vous parlerai de l'antiseptie intestinale et stomacale. C'est le naphtol a qu'il faut choisir c'est le plus soluble et vous en dissolvez 0^25, dans un litre d'eau qui servira à faire les lavages.
Contre les douleurs de l'estomac, la meilleure solution à employer est le lait de bismuth. Vous placez 20 grammes de sous-nitrate de bismuth dans un demi-litre d'eau : vous avez soin bien entendu d'agiter constamment la solution
(1) Paul Schliep emploie pour le gétaux; 4* Pacide borique comme
lavage de l'estomac : 1" le bicarbo- désinfectant ;5Ma teinture de myrrhe,
nate de soude, quand il y a de la dans la dyspepsie atonique. dyspepsie acide ; ^ le permanganate J. Andeer a utilisé la résorcine
de potasse, dans la dyspepsie pu- pour les lavages désinfectants. 11 se
trîde; 3** Tacide phénique, quand sert de la pompe stomacale et em-
Testoroac renferme des parasites vé- ploie des solutions à 2 p. 100 (a).
(fl) Schliep, DeuUches Arc h. f. klin. M éd., vol. XIII. p. 455. — Andeer, Dit Anwendung, des Iie$orcins bei Magenbden {Séparât. Abdruck aus der Zeitschrift fur klinische Medicin^ Bd II, Heft 2). — Dujardin-Bcaumetz et Hippocrate Gallias, De larésorcine et de son emploi thérapeutique (/?»//. de thérap., 1881, t. CI, p. 59).
do liquide.
m LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
avant de Tintroduire dans reslomacet vous avez soin aussi,
une fois qu'elle a pénétré dans le ventricule gastrique, de la
laisser séjourner pendant quelques minutes pour permettre
au bismuth de se déposer en couche mince sur la muqueuse
stomacale.
Enfin, pour les hémorragies, ce qui réussit le mieux, ce sont les solutions très étendues de perchlorure de fer (une cuillerée à bouche, par exemple, dans un litre d'eau). Voilà pour les diverses solutions dont vous pourrez vous servir pour les lavages et pour ce que Ton décrit sous le nom de pansement de la muqueuse stomacale.
Quantité Quant à la quantité de liquide à employer, elle est des plus variables et dépend du degré de dilatation de Testomac et de la tolérance plus ou moins grande de cet organe. Il est^des malades chez lesquels on peut impunément introduire 2, 3, 4 et même 5 litres de liquide; il en est d'autres, au contraire, chez lesquels 500 grammes amènent des efforts de vomissement. C'est donc à vous de tâter, pour ainsi dire, la susceptibilité individuelle de chacun de vos malades. Mais quelle que soit cette susceptibilité, il faut, autant que possible, laver l'estomac jusqu'à ce que le liquide qui sort par le tube soit limpide et analogue à celui qui y est entré.
Cette sortie du liquide par le siphon stomacal se fait généralement bien; cependant il survient des circonstances qui s'opposent à son issue et que vous devez connaître. Dans certains cas, il arrive que tout d'un coup le jet de liquide cesse, ceci résulte de la présence de particules alimentaires qui ferment les yeux de la sonde ; il vous suffit, dans ce cas, de remettre un peu d'eau dans l'estomac pour repousspr cet obstacle. D'autres fois, et cela vous arrivera surtout avec des estomacs très dilatés, ou lorsque vous aurez enfoncé trop profondément votre tube dont l'extrémité, en se courbant.
gagne la partie supérieure de l'estomac, il vous arrivera que les yeux de la sonde ne seront plus en contact avec le liquide et le siphon cessera alors de fonctionner. Il vous suffira dans ces cas, d'avancer ou de retirer le tube dans la bouche du patient. Maispourvider complètémenl l'estomac des liquides qui y ont été introduits, n'oubliez pas de vous servir des muscles abdominaux et du diaphragme, et ayez soin, soit par des efforts de toux, soit par des pressions sur le ventre, d'aider la sortie du liquide.
Vous devez toujours pratiquer le lavage à jeun, et l'heure de la journée la plus favorable est le matin, au lever. Le plus souvent il sera suffisant de pratiquer ce lavage une fois par jour; en effet si on multiplie ces opérations, on risque d'irriterinutilement la muqueuse del'estomac et on empêche dans une grande mesure la peptonisation des substances azotées.
Le siphon est-il suffisant dans toutes les dilatations de Deia l'estomac? Oui, dans l'immense majorité des cas. Cependant il faut reconnaître que, lorsque la dilatation est énorme et lorsque l'estomac contient une grande quantité de liquide putride, comme cela arrive dans quelques cas de cancer du pylore, il faut, pour le nettoyer, employer alors la pompe stomacale qui, grâce à la force d'impulsion qu'elle imprime au liquide, permet d'atteindre tous les points de la cavité de l'estomac. La pompe dont je me sers le plus habituellement, dans ces cas, est celle de Colin, qui est de beaucoup la plus simple (I). Je vous ai déjà dit que, pour les recherches que
(i) Dans la seringue de Collin, le en caoutchouc dont son extrémité est
mouvement du manchon, qui permet pourvue. L'un de ces tubes commu-
de tenir immobile la seringue, per- nique à un réservoir d'eau, tandis
met aussi, lorsqu'on lui fait subir que l'autre est directement fixé au
un mouvement de rotation, de faire tube œsophagien,
communiquer la cavité du corps de Dans la seringue de Matthieu, la
pompe avec l'un ou Tautre des tubes tige du piston est creuse, deux sou-
pompo stomacale.
Ton avait faites pour étudier le chimisme stomacal, c'est celte pompe qu'il faut employer.
Laver Teslomac, désinfecter les liquides qui y sont contenuSy panser la muqueuse stomacale, tels sont les résultats que vous obtiendrez avec le siphon, mais ce n'est pas tout ! Vous pouvez aussi, par le même moyen, alimenter le patient et pratiquer ce que Debove [a appelé la suralimentation^ ce que Mesneidi dénommé V alimentation artificielle et que je décris sous le nom, vulgaire et peu français, de gavage. Dugavigo. C'est Debove (1) qui a eu le premier l'idée d'appliquer le
papes placées aux extrémités de cette il a remplacé ce mélange alimentaire
tige règlent la sortie et Tentrée du en y introduisant des poudres de
liquide par ses orifices. Suivant que viande, et, par ce moyen, il a obtenu
la seringue est adaptée à la canule chez les phtisiques une très notable
du trocart par Tune ou l'autre de ses augmentation de la nutrition, qui
extrémités, elle agit comme pompe s'est traduite par un accroissement
foulante ou comme pompe aspirante, en poids et un accroissement très
La seringue de Matthieu peut être considérable de la quantité d'urée
employée avec un grand avantage sécrétée en vingt-quatre heures, dans le traitement des abcès par Des résultats identiques ont été
congestion et des kystes de Tovaire, obtenus par Dujardiu-Beaumetz, et
pour le lavage de^ Teslomac et les son interne Penuel en a consigné
embaumements. les résultats dans le Bulletin de
(1) C'est le 11 novembre 1881 que thérapeutique, Debove a communiqué à la Société Cette alimentation forcée n'a jamédicale des hôpitaux les premiers mais produit entre les mains de Derésultats de sa pratique. Au début bove et de Dujardin-Beaumetz aucun des expériences, il se servait d'un accident. Cependant, dans un cas mélange de 200 grammes de viande unique jusqu'ici, Desnos aurait obiucorporée dans 2 litres de lait au- serve le passage d'une partie du quel on ajoutait dix œufs frais, non mélange alimentaire dans le larynx cuits, jaune et blanc compris. Depuis, et les bronches du malade (a).
(a) Dujardiii-Bcaumetz, De l* alimentation forcée che% les phtisiques {BulL gen. de thérap^y 15 novembre 1881). — Debove, Du traitement de la phtisie pulmonaire par l* alimentation forcée {BulL gén. de tfiérap., 30 novembre 1881). — Desnos, De quelques inconvénients ou accidents de l'alimentation forcée che% Us phtisiques et des moyens de les conjurer {Bull, gén, de thérap.j 15 janvier 1882). — Pennel, De l'alimentation artificielle che* les phtisiques {Bull, de thérep., 15 mars 1882). — Dujardin-Beaumetz, Sur un nouveau procédé de gavage {BulL gén, de thérap.j 15 juillet 1881). — Voir aussi les discussions de la Société médi^ cale des hôpitaux de Paris (Séances des 28 octobre, 23 décembre 1881 et 14 avril 1882) ainsi que celles de la Société de thérapeutique de Paris (Séances dos 9 novembre, U décembre 1881 et 25 janvier 1882). — Mœller, De Valimentation arUfi-^
DU LAVAGE ET DU GAVAGE DE L'ESTOMAC. i63
siphon Stomacal à ralimentalion des malades. Les résultats que nous obtenons, lui et moi, nous ont engagés à continuer nos premiers essais, et depuis la première communication de Debove, en novembre 4881, à la Société médicale des hôpitaux, cette méthode n'a cessé de se perfectionner et vous pourrez suivre la marche incessante de ces progrès en lisant l'excellent travail que Broca et Wins ont publié sur ce sujet (1).
C'est d'abord Debove qui, en introduisant les poudres de Tiande dans cette alimentation forcée, y a apporté les plus heureuses modifications. Nous nous servions autrefois d'un mélange de viande crue et d'œufs dans du lait; mais quelque soin que l'on mit à hacher cette viande crue, le mélange était loin d'être homogène, et bien souvent les particules en suspension, en oblitérant le tube, empêchaient la descente du mélange alimentaire. Il fallait de plus, dans ces cas, employer des tubes à diamètre considérable. Tous ces inconvénients disparaissent aujourd'hui par l'usage des poudres alimentaires.
Dans une des leçons précédentes, je vous ai parlé des poudres alimentaires, et à coup sûr une de leurs plus utiles applications, est celle qui consiste à s'en servir pour pratiquer Talimentation artificielle ou le gavage. On comprend en effet facilement que, grâce à leur ténuité extrême, ces
(I) Depuis, tous les faits ont été tatiou dans la tuberculose puimo-
résumés dans un excellent travail de naire, mais encore dans d'autres
Broca et Wins. Dans ce travail on alTections telles que les états cachée-
passe successivement en revue non tiques, l'albuminurie, les affections
seulement Faction de la suralimcn- de l'estomac, etc.
eielle des phtisiques {Revue méd. de Louvain, août et septembre 188^, p. 382). — Debove et Broca, Du lavage de Veslomac et de V alimentation artificielle dans quelques affections chroniques de V estomac {Progrès médical y 30 septembre 1882). — Quinqua'ud, V Alimentation artificielle {Revue scientifique^ 1882, p. 526). — Broca et Wins, Recherches sur la suralimentation (Bull. gin. de thérap., 1883, t. CV, p. 289, 350, 363, Ul, 4»5, 541).
poudres puissent, incorporées dans un liquide, constituer un mélange assez homogène pour passer même par des tubes de petit diamètre ; ce qui nous permettra de pratiquer faciment l'alimentation par le tube chez les personnes atteintes soit de rétrécissement de l'œsophage, soit de ces vésanies cérébrales qui, amenant un refus absolu de se nourrir, nécessitent l'introduction d'un tube œsophagien par les cavités nasales. De plus, leur puissance nutritive considérable (et à cet égard les chiffres de Quinquaud sont des plus intéressants), permet de donner sous un petit volume une quantité énorme de sub tances assimilables (4).
Avant l'invention du tube de Debove, tube résistant qui se prête à une introduction facile, j'avais imaginé une gaveuse qui m'a rendu de grands services. Aujourd'hui, j'ai absolument abandonné cettegaveuse etne je me sers que du tube Debove de petit diamètre que j'ai soin de n'introduire que dans la moitié de l'œsophage, lorsque je veux pratitiquer exclusivement le gavage. La cocaïne, en diminuant les réflexes, a rendu très facile l'introduction de ces tubes.
J'ai l'habitude, dans tous les cas de lavage de l'estomac, de terminer ce lavage par un gavage, je me sers alors du siphon stomacal pour introduire un mélange alimentaire consistant en un verre de lait dans lequel j'incorpore d'une à deux cuil-
Gr.
(1) Quinquaud a fait des recherches Viande hachée humide 8.44
expérimentales sur la digestion arli- Poudre de viande 9.13
ficielle des divers aliments, lia Albumine coagulée humide 5.40
cherché à voir quel poids de ces Viande hachée et sèche 3.^
substances était digéré en soixante ^**"^'^ ^^ ^"'^ ^'^
heures par la pepsine purifiée de 11 ne faut pas oublier que la poudre Boudault ; le poids total de la ma- de viande correspondant à quatre tière soumise à la digestion était de fois son volume de viande crue, les 50 grammes. Nous lui empruntons 9"" 13 du tableau précédent réponles chiffres suivants : dent, comme valeur nutritive, à
36" 52 de viande crue (a).
(a) Quinquaud, V Alimenlalion artificielle (Revue Bcientif.y 1882, p. 526).
lerées k soupe de poudre de viande. Je verse le tout dans le siphon, puis j'ai soin d'introduire en terminant un peu de lait et je retire le tube de restomac. Cette introduction du lait a pour but de débarrasser l'extrémité du siphon de la poudre de viande qu'il pourrait contenir, poudre qui, ramenée par la sortie du tube au niveau du pharynx, donne au malade un goût désagréable. Ce gavage après le lavage a pour but de mettre en contact avec la muqueuse de Testomac, qu'on vient de laver et panser, les substances qui activent le plus son fonctionnement physiologique.
Dans d'autres cas, le gavage est appliqué à la cure des consomptions. Grâce à cette méthode du gavage, nous voyons l'appétit revenir, le poids du corps augmenter, les forces renaître, et les faits signalés par Debove et ceux que j'ai obtenus moi-même montrent le parti qu'on peut tirer de cette médication qui s'adresse à tous les cas où la nutrition ne peut se faire.
Telles sont les indications que je tenais à vous fournir sur le gavage et le lavage de l'estomac. Maintenant que vous connaissez les bases de la thérapeutique générale des affections stomacales, nous allons entrer dans Pétude du traitement de chacune d'elles, etje consacrerai la leçon prochaine à l'étude du cancer de l'estomac.
CLINIQUE THÉRAP., 6* é(lit. 1. — 30
NEUVIÈME LEÇON
Sommaire. — Du diagnostic du cancer de l'estomac. — Des variétés du cancer de l'estomac. — Signes cliniques. — Aspect du malade. — Age du malade. — Durée de la maladie. — Troubles fonctionnels. — Douleur. — Anorexie-Hématéraèse. — Vomissements alimentaires. — Examen local.
— Atrésie et dilatation de Testomac. — De la tumeur stomacale. — De l'œdème des extrémités. — Des ganglions périphériques. — De l'examen du suc gastrique. — Examen des urines. —Difficultés du diagnostic.
— Du pronostic. — Des formes lentes. — Du cancer compliquant l'ulcère.
— Du siège du cancer. — Cancer du cardia, du pylore, en nappe, de la petite courbure. — Du traitement. — Antisepsie stomacale. — Lavage. — Régime alimentaire. — Traitement chirurgical.
Messieurs, il pourra paraître étrange à quelques-uns d'entre vous que je consacre une leçon tout entière à la cure d'une affection réputée incurable. Les motifs que je puis invoquer à Tappui de ma manière de faire sont de deux ordres : d'abord que, dans notre pratique, nous ne pouvons distinguer les cas curables des cas incurables, et qu'il nous faut toujours soigner nos malades, qu'ils soient cancéreux ou non (i). Mais les motifs les plus puissants sont que le
(1) Le cancer de Pestomac est le trente ans (1 p. 100), comme après
plus fréquent des cancers. D'après soixante-dix ans (4.4 p. 100); il
Virchow, la proportion des cancers est fréquent de trente et un à
de Testomac par rapport aux autres soixante-dix ans (34.6 p. 100). Cette
affections carcinomateuses est de fréquence atteint son maximum de
^.9 pour 100; d'après Wyss (de quarante et un à soixante ans
Zurich), il compte pour 35.6 pour 100 (60.7 p. 100).
parmi les affections chroniques de L'hérédité semble exceptionnelle,
Pestomac. d'après Lebert» pour le cancer de
D'après d'Espine et Lebert, le l'estomac. Enfin, les femmes seraient
cancer de l'estomac est rare avant plus atteintes que les hommes (a).
(a) Lebert, Ueber Magenkrebt in œticlogischer und pathogenetUcher Beûehung (0. Arch. f. klin. Med., 1877).
Du
408 LEÇONS DE CLliNIQUE THÉRAPEUTIQUE.
diagnostic de ce cancer et les problèmes qui en découlent sont les points les plus intéressants de Tétude clinique des affections de l'estomac. Enfin, je trouverai dans cette discussion les moyens d'apprécier les méthodes nouvelles dont je vous ai parlé dans la dernière leçon.
Autrefois, ce diagnostic du cancer de Testomac était pour dû wnccr. ainsi dire classique, et il semblait que rien ne fût plus facile de séparer, des autres affections chroniques de l'estomac, le cancer de cet organe. Aujourd'hui, nous sommes loin d'avoir la même assurance, et l'on peut dire que, dans un grand nombre de cas, il est non seulement difficile de diagnostiquer le cancer, mais qu'il est presque impossible de le faire.
Dos Ceci résulte de bien des causes, mais tout particulière-
ment de notre ignorance réelle sur la nature du cancer, et en particulier du cancer de l'estomac. Parcourez les ouvrages de nos plus éminents anatomo-pathologistes, ceux du professeur Cornil, par exemple, vous verrez que ses conclusions sont presque formelles : le mot de canc^ n'a aucune valeur, il doit disparaître de notre cadre nosologique. Il indique seulement une affection maligne d'un organe; mais les formes sont si variées, les marches si difl'érentes, qu'il est difficile de réunir sous cette même épithète les diverses affections auxquelles nous attribuons communément l'épithète de cancéreuses.
Pour le cancer de l'estomac en particulier, nous ignorons sa marche, et il est impossible de confondre dans une même description clinique ces cancers encéphaloïdes qui bourgeonnent avec une extrême rapidité à la surface de la muqueuse, remplissant ainsi la cavité de l'organe, avec ces cancers atrophiques à peine appréciables à l'œil nu, et qui s'accompagnent d'unépaississement et d'une induration des parois stomacales.
cancer
do
l'estomac.
DU CAiNCER DE I/ESTOMAC. m
Il est cependant probable que toutes ces formes de cancer ont pour point de départ Tépithélium des glandes stomacales, et que de cet épithélium partent des prolongements, véritables boyaux cancéreux, qui atteignent progressivement les autres tuniques de Testomac. Mais ce que je tiens à vous rappeler, c'est la richesse de cet organe en lymphatiques, ce qui explique la propagation du cancer aux organes voisins, et en particulier au système ganglionnaire.
Si Tanatomie pathologique ne nous fournit que des ren- si,?nc9