‹ Leçons de clinique thérapeutique; (volume 2)Chapitre 35 sur 48 · MALADIES DE L'INTESTIN · texte numérisé non relu

MALADIES DE L'INTESTIN

PREMIÈRE LEÇON

Sommaire. — De Tanatomie et de la physiologie de Tintestin. — De la mu* queuse intestinale. — Des glandes intestinales. — Des fonctions de la muqueuse de l'intestin. — Absorption, sécrétion^ élimination. — Des fonctions de la muqueuse du gros intestin. — Recherches expérimentales.

— Des laTements de bouillon et de lait. — Leur inefficacité. — Des lavements peptonisés. — Leur pouvoir nutritif. — Leur préparation. — De l'administration des médicaments par le rectum. — Des lavements médicamenteux. — Des suppositoires. — De la couche musculeuse de Tintes-* tin. — Des mouvements de l'intestin. — Influence du système nerveuXé

— De l'antisepsie intestinale.

Messieurs, Tétude thérapeutique des maladies de l'intestin est le complément nécessaire, obligé même, des leçons que je viens de vous faire sur le traitement des affections de Testomac; au point de vue de Tanatomie et de la physiologie, comme à celui de la clinique et de la thérapeutique, on ne peut séparer Testomac de Tintestin et le lien qui les unit est si étroit, que pour rester dans la logique des faits nous devrions, non pas donner un tableau séparé de leurs affec* lions, mais les réunir dans une même description.

Avant d'aborder l'histoire du traitement des maladies intestinales qui, par leur fréquence, et surtout par les considérations thérapeutiques dont elles peuvent être l'objet, pré-

sentent pour nous le plus d'intérêt, je désire tout d'abord vous résumer en quelques mots les données anatomiques et physiologiques que nous possédons sur l'intestin, voulant ainsi faire marcher de pair, autant que possible, les applications thérapeutiques avec les connaissances physiologiques les plus récentes.

^« '• Je serai bref sur lanatomie de l'intestin, et je vous renvoie,

maqueoM *

ie rintet- à cc propos, à vos traités classiques. Vous connaissez tous les divisions, les rapports et la configuration que présentent soit l'intestin grêle, soit le gros intestin; vous connaissez l'étendue considérable de la muqueuse de cet organe et les nombreux plis qui en doublent encore pour ainsi dire la longueur; vous connaissez aussi ces villosités si nombreuses qui caractérisent la muqueuse de l'intestin grêle et leui's formes variables. Quant aux glandes qui tapissent la muqueuse, elles appartiennent, vous le savez, à trois groupes : les glandes en tube ou de Lieberkuhn, les glandes en grappe oudeBrûnner, ou glandes brunniennes (1), comme ledit Milne-Edwards, et les follicules clos isolés ou agminés, qui constituent les plaques de Peyer ; vous trouverez d'ailleurs dans un travail, sorti de l'école de Lyon et dû au docteur Garel (a), des aperçus nouveaux sur ces glandes.

Mais, tandis que les progrès histologiques nous permettent d'explorer cette muqueuse jusque dans ses plus petits replis, la physiologie, il faut bien le reconnaître, n'a pas marché d'un pas égal, et, malgré l'ardeur des recherches sur ce sujet, tous les points de cette étude physiologique sont loin

(1) Du nom de ranaloiQJste suisse Brûnner, mais bien J.-C. de Brun qui a signalé les glandes après von Hammerstein (6). Wepfer et qui s'appelait non pas

(a) J. Garol, Hechercheg ^sur Vanatomie générale comparée et la signilUêiion morphologique des glandes de la muqueuse intestinale et gastrique des animamx vertébrés, Paris, 1879.

<6) Milnç-Edwards, Leçons de physiologie, t. YI, p. lOi.

d'être éclaircis. A ceux qui prétendent que la thérapeutique ne peut s'avancer qu'appuyée exclusivement sur l'expérimentation et la physiologie, l'étude du traitement des affections intestinales donne un formel démenti. En effet, voyez par exemple les purgatifs : tandis que depuis des siècles on les ordonne journellement, la suite de ces leçons nous montrera que nous ne connaissons pas exactement, encore même aujourd'hui, l'aclion intime de ces médicaments si simples et si utiles, et vous constaterez, dans toute cette étude, que la clinique et même l'empirisme ont toujours devancé la physiologie expérimentale.

La muqueuse de l'intestin grêle remplit trois grandes Fonctioni fonctions, toutes utilisées par le thérapeute. C'est une voie „jj* J*je. d'absorption, de sécrétion et d'élimination.

L'absorption est une des fonctions les plus importantes : Absorption. elle est destinée à faire pénétrer dans l'économie le produit de la digestion, et tandis que les peptones et les matières grasses émulsionnées pénètrent par les chylifères, l'eau et les sels sont absorbés d'une façon très rapide par le système veineux. C'est par cette voie que nous faisons pénétrer la plupart de nos médicaments.

Gomme organe sécréteur, l'intestin grêle a été moins bien sécrétion. étudié, et de nombreuses discussions s'élèvent encore aujourd'hui sur les propriétés du suc intestinal. Déjà je vous en ai parlé à propos .des maladies de l'estomac (a), et malgré les affirmations de Leven (1), qui soutient que le suc intestinal est acide, je maintiens que chez l'homme ce suc est

(i) Leven dit que ses recherches tinal n*en est pas, et que les expé-

lui ont prouvé que le suc intestinal riences ont conduit à observer un

est acide et non pas alcalin ; que ce liquide complètement différent du

qu'on a considéré comme suc intes- liquide intestinal (6).

(a) Voy. Maladies de l'e»tomac : Dyspepsie intestinale.

(6) Voy. Leven, Traité des maladies de l'estomac, 1871), p. 52.

662 LEÇONS DE aiNIQUE THÉRAPEUTIQUE.

neutre et même le plus souvent alcalin. Ce qui complique singulièfepfient cette question» c'est rembarras où Ton se trouve de séparer les sécrétions des diverses glandes intestinales des liquides fournis directement par le réseau sanguin. Quoi qu'il en soit, vous verrez que c'est en augmentant cette sécrétion intestinale qu'agissent la plupart des purgatifs. . Cette muqueuse intestinale, au point de vue des sécrétions et par son étendue même, permet à la thérapeutique de pratiquer sur elle des révulsions considérables, révulsions qui, par l'énorme écoulement de sérosité qu'elles amènent, produisent un effet antiphlogistique des plus intenses et vous verrez combien, dans certaines affections inflammatoires, cet effet révulsif peut rendre de grands services, éiimiiia- Quant au rôle d'élimination, il est des plus considérables ; ^^^ les médicaments introduits dans l'économie par la peau ou par toute autre voie s'éliminent parles reins et par l'intestin; les expériences sur les alcools que j'ai faites avec le docteur Audigé(a)nous ont montré unbel exemple de cette élimination ; en effet, chez les animaux qui succombent aux suites de l'introduction de l'alcool sous la peau, on constate des désordres constitués par un ramollissement hémorragique de . la muqueuse au niveau du duodénum; nous avons montré que celte lésion était due à l'élimination de l'alcool à la surface de l'intestin. Vous n'ignorez pas du reste, messieurs, que lorsqu'on supprime les fonctions du rein ou de la peau, il se fait par la surface de la muqueuse intestinale une élimination des produits excrémentitiels, quiprovoquede ladiarrhée et souvent des ulcérations, comme dans l'urémie ou les brûlures étendues, par exemple.

Fonettont Cctte qucstiou d'absorption, de sécrétion et d'élimination, mu^iilose quï paraît si nette pour l'intestin grêle, mérite d'être appro-

du (rot

intettân. (0) Dujardin-Beaumetz et Audigé, Recherches expérimenUUei iur U pm$mnce ioxique des alcooli.

fondie si Ton s'occupe du gros intestin, et cela surtout au point de vue thérapeutique, car la muqueuse rectale est une de celles dont on use souvent pour l'introduction des médicaments.

Cette muqueuse, vous le savez, se différencie nettement R«cherde la muqueuse de Imtestm grêle par les pomts suivants : elle ne présente ni villosités, ni valvules conniventes. Quant à son rôle physiologique, au point de vue de la digestion, il a été bien éludié dans ces derniers temps par Albertoni à Padoue (1), Garland à Boston (2), Marckwald à Heidel-

rimenlalet.

(1) Albertoni a observé une femme affectée d'anus contre nature situé à la partie supérieure du côlon ascendant, et voici ce qu'il a observé.

Le suc du gros intestin est un liquide muqueux d'une coloration blanche, franchement alcalin pendant quarante-huit heures et plus; ses propriétés digestives sont peu importantes. Les œufs, l'albumine cuite, la viande introduite par l'ouverture de l'anus contre nature n'étaient pas, même après un long séjour, modifiés. Pour le lait, la partie aqueuse était absorbée, la partie caséeuse expulsée. Le sucre était absorbé.

L'auteur a fait aussi un grand nombre d'expériences avec les lavements alimentaires sur les animaux et voici ses conclusions :

1* Les substances albuminoïdes solides ne subissent dans le gros intestin aucune modification digestive ;

^ Les substances albuminoïdes liquides du lait, des œufs, etc., ne sont pas modifiées dans le gros intestin.

Si elles sont absorbées, elles pas*

sent en totalité ou en grande partie dans les urines et par conséquent ne sont pas utilisées par Torganisme;

3* Le suc du gros intestin peut émulsionner les corps gras ; toutefois, l'huile introduite dans la der* nière portion du canal intestinal est en partie expulsée ;

4*" Le sucre cristalli sable disparaît dans le gros intestin après avoir été transformé en glucose et peut-être ensuite en acides lactique et butyrique ;

B"* L'amidon n'y subit pas de modification ;

6"* Les aliments non digérés qui séjournent dans le gros intestin y prennent les caractères des matières fécales, moins la couleur;

7* Le suc du gros intestin ne décolore pas la teinture d'iode, comme le font la salive alcaline, le sérum et les autres humeurs alcalines (a).

(2) Garland a étudié le suc intestinal en employant chez les chiens la méthode de Thiry. Voici à quel résultat il est arrivé :

1* Le suc intestinal transforme l'amidon en sucre ;

(«) Albertoni, Annoiaiioni di renUiali $perimenlale nel labarataria di Padova neU'anno 1873 {Lo Sperimenlale, 1874).

berg (1), V. Czemy et Latschenberg à Fribourg (2). Ces expérimenlateurs, qui sont tous arrivés aux mêmes résultats,

f 11 agit d'une façon douteuse sur Talbumine de Tœuf coagulé, mais il dissout la fibrine et cette action dissolvante est plus active quand ou y ajoute de Tacide chlorhydrique ;

3* L'acùon de Tacide chlorhydrique seul produit aussi, mais plus faiblement, la transformation de la fibrine en peptone (a).

(1) Max Marckwald s'est servi d'un malade atteint d'anus contre nature au point où le caecum devient côlon ascendant et qui avait été opéré par Simon (de Heidelberg). Ses expériences ont montré que le suc du gros intestin ne renferme pas de ferment glycogéuique et qu'il ne pouvait digérer ni la fibrine ni Falbumine.

Quant à la résorption, le gros intestin absorbe l'eau surtout, les peptones en petites quantités, et quand elles sont formées dans l'intestin; les masses de peptones concentrées artificiellement irritent au contraire Tintestin ; l'albumine, introduite dans le gros intestin, ne rentre pas dans le torrent circulatoire, qu'elle soit ou non additionnée de chlorure de sodium.

Marckwald conclut de ses expériences que, sauf les lavements peptonisés, qui ne peuvent même suffire à la nutrition, les lavements alimentaires sont une erreur thérapeutique (b).

(2) Voici les conclusions de V.

Czemy et F. Latschenberger, de Fribourg. D'après leurs recherches :

1* Le gros intestin de Thomme et les liquides qu'il sécrète n'ont aucune action digestive, ni sur l'albumine coagulée, ni sur l'albumine soluble ni sur la graisse ;

!2* Dans l'état jnormal, ;l*albumine soluble (dissoute dans l'eau) est résorbée par le gros intestin sans être modifiée, puisque celle-ci n'a aucune action digestive sur elle. La quantité procentésimale absorbée est d'autant plus grande que le séjour dans Fintestin est plus prolongé.

Toute irritation de ce dernier entrave l'absorption ou la supprime complètement.

Le chlorure de sodium la diminue également, mais lui-même se trouve absorbé, même lorsque l'intestin est irrité et que l'absorption de l'albumine est suspendue. On sait que dans l'œuf de poule l'albumine se trouve sous une forme peu favorable à l'absorption ;

3* Le gros intestin absoii>e la graisse en émulsion ; la quantité absolue qui passe dans l'organisme est proportionnelle au degré de concentration, mais exprimée en quantité procentésimale, la masse absorbée est proportionnelle au temps pendant lequel le liquide a été en contact avec la surface absorbante ;

4* Parfois de l'amidon gonflé se trouve absorbé, mais il reste à démontrer, s'il l'est comme tel ou s'il est préalablement transformé en sucre (c).

(a) Garland, Intestinal digestion (Bost. Med. Joum.y 1874).

(6) Max Marckwald, Ueber Verdauung und Résorption und Dickdarm des Menschen (Arch, fUr path, anal. PhysioL, t. LXIV, p. 505, 1875).

(c) Czerny et J. Latschen berger, Physiologische Untersuchungen ueber die Verdauung und Résorption und Dickdarm des Menschen {Arch. fur path. muit. Pkysiol.y t. IX, liv. II).

DE L'INTESTIN AU POINT DE VlîE THÉRAPEUTIQUE. 665

ont étudié la digestion du gros intestin soit sur des individus porteurs d'anus contre nature pratiqués sur Textrémité csecale du gros intestin, soit sur les animaux, et il résulte de leurs expériences que le suc intestinal du gros intestin est par lui-même inapte à modifier les aliments et ne peut pas peptoniser les substances albuminoïdes ni modifier les matières grasses, et que c'est à peine s'il agit sur les matières féculentes. La muqueuse ne remplit donc, au point de vue digestif, qu'une fonction d'absorption, portant presque exclusivement sur l'eau et sur les cls.

Le gros intestin ne peut donc jouer aucun rôle digestif UTement* direct, et l'on ne peut songer à cette voie pour alimenter *^21V les malades par des lavements de lait ou de bouillon, l'eau et les sels de ces substances étant seuls absorbés (a) ; et, malgré les faits invoqués par Fort, Dumas (de Cette), Thermes (A), etc. , je suis persuadé, en me basant d'ailleurs sur les expériences de Carville et Bochefontaine, de l'insuffisance des lavements de bouillon et de lait (1).

Notons, à propos de ces observations, qu'une seule a trait Leur inei. à un enfant rappelé à la vie par un lavement de bouillon, "*"*^'** mais contenant en grande quantité du vin de Bourgogne et de l'extrait de quinquina; toutes les autres ont pour objet des hystériques atteintes de vomissements incoercibles. Malheureusement de pareils faits n'ont aucune valeur démonstrative pour l'action nutritive des lavements alimentaires,

(i) Carville et Bochefontaine ont l'autre deux lavements de bouillon

pris deux chiens qu'ils ont soumis à de 500 grammes par jour; les chiens

une abstinence rigoureuse ; ils ne sont morts presque en même

donnaient à Tun que de Teau et à temps (c).

(a) Voyez Maladiei de VeÈtomac. — Leçon 9ur le cancer de Veslomac.

{b) Fort, Lavements alimeniaires {Paris-médical, 27 mars 1879). — Dumas (de Cette), Joum. de thérap., 10 mai 1879. — Thermes, Sur Valimentation par le rectum (France méd.t p. 627, 1" octobre 1879). — Catillon, Soc. de thérap., juillet 1879

(e) Carville et Boehefontaiuc, Société de biologie, 1874.

puisqu'on peut leur opposer un nombre considérable d'observations d'hystériques qui, malgré une absence presque totale d'aliments pendant plusieurs mois, ont pu se maintenir sans compromettre sérieusement leur existence, et cela en ne prenant point de lavements nutritifs ; Briquet, Charcot, Mesnet, Brouardel, Joseph Michel (a), et nous-mêmes avons observé souvent de ces faits qui démontrent, grâce aux analyses journalières des urines, que sous une influence qui nous échappe les hystériques ne désassimilent pas. uvemeiiu Lcs expérienccs que j'ai faites en examinant, comme le

peptoni- r ^ fi 1

•et. recommande Bouloumié, la température et la quantité d'urée sécrétée chaque jour, m'ont démontré que le seul moyen de se servir du rectum pour l'alimentation était d'employer les lavements peptonisés; mon élève, le docteur Chevalier, a d'ailleurs consigné la plupart de ces faits dans sa thèse inau^ gurale (h).

Le gros intestin étant incapable par lui-même de modifier soit les matières grasses, soit les matières albuminoïdes, on comprend que les lavements de bouillon, de lait ou même de sérum sanguin ou de sang défibriné, comme le recommandent Andrew, H. Smith, ne puissent servir à la nutrition.

Il n'en est pas de même des lavements peptonisés (1), et

(t) Voici les différents modes de hachée sont mélangés avec un tiers

préparation des lavements pepto- de ce pancréas frais de bœuf, dé-

nisés : barrasse de sa graisse, et on verse

Leube se servait du pancréas frais sur le tout 200 grammes d'eau tiède;

de porc, que Ton désigne dans les le tout est réduit en consistance de

abattoirs sous le nom de iagovL, Flint soupe épaisse, que Ton introduit

emploie le pancréas frais de bœuf, dans le rectum, et voici comment il opère : 200 à Pour éviter Faction irritante que

300 grammes de viande finement pourrait déterminer cette bouillie,

(a) Empereur, Dt la nutrition che% les hyttériquef. Thèse inaugurale.

(6) Dujardin-Beaumetz, De l'alifnentation par le rectum (Bull, de thirap'f jtavier 1879, t. XCVIII, p. 1 et 49). — Chevalier, De ralimentation par le rectum. Thèse de doctorat, 1879.

Daremberg (i), par ses résultats chezrhomme, et Gatillon (2) , par ses recherches sur les animaux, ont montré que Ton pouvait suffire à la nutrition par des lavements de pep*

qui contient des substances non absorbablesy le professeur Mayet (de Lyon) propose la formule suivante :

il fait broyer le pancréas de bœuf a?ec de l'eau tiède à 37« environ , dans un mortier, puis exprimer la pulpe obtenue dans un linge. Le liquide recueilli est mélangé intimement au pilon et trituré avec de la viande maigre hachée et débarrassée de ses parties fibreuses et avec un jaune d*œuf. Le produit est laissé deux heures en le maintenant à la même température. Il est ensuite injecté dans le rectum, préalablement vidé par un lavement huileux simple.

Voici la préparation conseillée par Henninger et employée par Daremberg :

1* Introduire dans un ballon en ▼erre, ou un autre vase approprié, 500 grammes de viande aussi maigre que possible et finement hachée; t^* verser dessus 3 litres d'eau ordinaire ; 3* ajouter 30 centimètres cubes d*acide chlorhydrique liquide, d'une densité de 1.15. L'usage de poteries à vernis plombeux et de casseroles en cuivre ou en fer étamé doit être absolument proscrit; on pourrait employer des marmites de forme haute en fonte ématllée; 4* igouter ensuite 2*^5 de pepsine pure du commerce, au maximum d'acti- TÎté, c'est-à-dire digérant environ 200 fois son poids de fibrine humide ; 5* faire digérer à une températare de 15*' pendant vingt^quatre

heures, soit au bain-marie, soit dans une étuve; 6* transvaser dans une capsule de porcelaine, porter à l'ébuUition, pendant laquelle on ajoutera une solution de carbonate de sodium, contenant 250 grammes de sel cristallisé par litre, jusqu'à ce que la solution présente une très faible réaction alcaline. Pour atteindre ce résultat, il faut ajouter 155 à 170 centimètres cubes de la solution de carbonate de sodium; T*" passer le liquide bouillant à travers un linge fin et exprimer le résidu insoluble.

On devra concentrer le liquide au bain-marie et ramener le tout à 1,500 ou 1,800 centimètres cubes dont on administrera la moitié chaque jour en un lavement.

Si on se sert de peptones toutes préparées, on devra, dans un verre d'eau tiède additionné de 4 à 5 gouttes de laudanum, ajouter de deux à trois cuillerées de ces peptones (a).

(1) Daremberg, dans un cas de rétrécissement organique de l'œsophage ne laissant passer aucun aliment, a fait vivre pendant quatorze mois son malade avec des lavements peptonisés en maintenant le chiffre de l'urée de 15 à 20 grammes par jour.

Dans un cas de pharyngite ulcéreuse, il a obtenu le même résultat, et le chiffre de l'urée, de 10 grammes qu'il était avant les lavements, est monté à 17 grammes (b).

(2) Gatillon prend un chien du

(a) Brown-Séquard, De l'alimentation par le rectum {Ga*. hehd.y 1879). — Daremberg, De l'alimentation par les peptones (Gai. hebd.), — Mayet, Des lave^ ments alimentaires (Ga%. hehd.y décembre 1879).

(h) Daremberg, De l'alimentation par les peptones (Ga%, hehd.y 1879).

lones. Cependant des lavements de bouillon el de lail soulagent les malades ; mais ce résultat provient de ce fait que l'eau et les sels, en pénétrant dans l'économie, apaisent dans une certaine mesure la soif intense qu'éprouvent les malades. On m'a objecté que ces sels et ces substances pouvaient être peptogènes et l'on m'a renvoyé à l'expérience de Schiff, expérience que je vous ai signalée lorsque j'ai étudié devant vous ces substances peptogènes (a). Oui, je le reconnais, les peptogènes peuvent passer et la dextrine être absorbée parle rectum, mais c'est là unbien triste avantage, véritable supplice de Tantale, de faire sécréter du suc gastrique à un estomac qui ne peut recevoir d'aliments.

Il est bien entendu que j'élimine de la question les lavements vineux ou alcooliques ; ces derniers, en effet, sont rapidement absorbés par l'intestin et peuvent, par leur action stimulante et comme médicaments antidéperditeui-s, jouerun certain rôle chez les malades affaiblis qui ne peuvent supporter d'aliments par l'estomac.

Ainsi donc, l'alimentation par le rectum, en dehors des peptones, est une illusion thérapeutique, et tant qu'on ne démontrera pas que par ces lavements de bouillon et de lait on élève la température d'une part et qu'on augmente d'autre part la quantité d'urée sécrétée en vingt-quatre

poids de 10 kilogrammes et ne lui les lavements, et au bout de quinse

donne pour unique nourriture, cha- jours on voit le chien perdre S'TSt*

que jour que deux lavements com- de son poids et sa température sV

posés chacun de trois œufs, addition- baisser de deux degrés ; pois on lui

nés de 6 grammes de pepsine liquide donne trois lavements de 100 gram-

à la glycérine; au bout de trente- mes de sang par jour : ces lavements

sept jours, le chien a conservé sa ont un effet déplorable, la perte di-

température et son poids (9^250), sa minue, la température s'abaisse, et

santé parait excellente ; on cesse l'animal succombe (6). alors de mettre de la pepsine dans

(a) Comptes rendus de la Société de thérapeutiquey 1879. (6) Voir Maladies de l'estomac : Des aliments complexes.

heures, je me crois en devoir de refuser toute valeur nutritive à ces lavements. En un mot, les lavements de bouillon ou de lait soulagent les malades, mais ne les nourrissent pas.

D'ailleurs, messieurs, l'opinion que je soutiens a été défendue, il y a déjà bien longtemps, par un médecin qui a fait sur les lavements un des plus intéressants traités : je veux parler de Régnier de Graaf (4), qui, dès 1688, émettait des doutes nombreux sur la valeur des c clystères nourrissants >.

Pardonnez-moi d'avoir insisté si longuement sur cette question de l'alimentation par le rectum ; mais, dans ces derniers temps, cette question a été vivement discutée, et j'ai voulu vous montrer que c'était avec connaissance de cause que j'avais pris parti dans cette discussion.

Mais ce n'est pas tout de savoir que les lavements peptonisés seuls peuvent servira la nutrition, il faut que vous connaissiez comment ils doivent être préparés, et comment on peut faire supporter par la muqueuse du rectum à sécrétion alcaline des peptones dont la plupart ont une réaction franchement acide. Voici comment je procède en pareil cas. Je fais d'abord précéder chaque lavement peptonisé d'un grand lavement à l'eau pour nettoyer la muqueuse rectale. Puis, je fais prendre le lavement suivant que le malade devra garder :

Dans un verre de lait additionné d'un jaune d'œuf, j'introduis deux cuillerées à dessert de peptones solides ou bien

(1) Voici ce que dit de Graaf à nous ne voyons pas comment des

propos des clystères nourrissants : substances effectivement uourris-

€ Il faut pour nourrir, autre chose santés pourraient, en quantité sufiB-

que du spiritueux ou tout autre ma- santé, et par cette voie, parvenir

tiére qui s'évapore facilement, et jusqu'au cœur (a). >

(a) R. de Oraaf, Traci. de clysleribus, La Haye, 1688. — L'iMtrument de Molièrs. tmd. 1878, p. at.

deux cuillerées à soupe de peptones liquides, puis cinq gouttes de laudanum et enfin cinquante centigrammes de bicarbonate de soude si les peptones sont acides.

Vous savez, en effet, que Ton trouve des peptones acides et des peptones neutres et comme, ainsi que je viens de vous le dire tout à l'heure, la sécrétion du gros intestin est alcaline, il est important que les lavements nourrissants soient neutres ou alcalins pour s'opposer à Tinntation de la muqueuse intestinale, irritation qu'il est bien difficile d'éviter malgré toutes les précautions que Ton prend à cet effet lorsqu'on est forcé de prolonger pendant longtemps l'administration de ces lavements nutritifs.

Mais il est une autre condition qu'il faut remplir pour rendre absorbables les lavements nutritifs, c'est de les porter le plus haut possible dans l'intestin : vous y arriverez en vous servant du procédé par l'entéroclisme. Lorsque je vous parlerai des irrigations locales («),je vous tracerai l'histoire de cette méthode conseillée par Cantani ; il me suffit aujourd'hui de vous dire que le meilleur moyen de porter aussi haut que possible ces mélanges nutritifs dans l'intérieur du gros intestin, c'est de vous servir du tube de Debove, que vous introduisez cette fois non par la bouche mais par l'anus. Par la rigidité et la souplesse que présente son extrémité vous pouvez le faire pénétrer très haut dans l'intestin, et selon la hauteur que vous donnez à l'entonnoir, vous augmentez l'intensité et la force du courant.

Malgré tous les perfectionnements que l'on a apportés à

l'alimentation par le rectum, il faut reconnaître que c'est là

un procédé exceptionnel et qu'il est difficile de prolonger

pendant longtemps.

D«s uve- Mais si le gros intestin ne peut suffire à une alimentation

ments médicamentcux. ^f^^ Yoy. Leçon êur le trailement hygiénique de la consUpaliom

prolongée, il faut reconnaître, au contraire, qu'il est une voie utile pour l'administration des médicaments. Briquet (l),puis Demarquay (2) en France, Savory (3) en

(1) Briquet, dans un mémoire à TAcadémie, a étudié l'absorption du sulfate de quinine par le rectum.

Voici les conclusions de ce travail :

1<* Le liquide qui constitue les lavements peut assez facilement aller jusque dans le cœcum, et par conséquent élre en contact avec une surface absorbante fort étendue ;

2* La membrane muqueuse du gros intestin et les liquides qui baignent sa surface n'ont aucune action chimique sur les substances introduites dans le gros intestin, où il n'y a d'absorbé que ce qui est primitivement en dissolution ;

3» Quand on administre en lavement des sels solubles de quinine à des doses au-dessous de 1 gramme, un peu plus d'un tiers de la quantité administrée est éliminé et par conséquent a été absorbé ;

4* Quand on administre des doses supérieures à 1 gramme, celles-ci sont mal tolérées, et il n'y a qu'un cinquième ou un sixième delà quantité administrée qui soit absorbée ;

h"* On n'aperçoit de traces d'élimination, et par conséquent d'absorption, qu'une heure après l'administration d'un lavement, et à ce moment l'élimination est peu considérable ;

5* La durée de l'élimination est, en général, assez courte, et ordinairement de deux à trois jours au plus;

7* La dilution plus ou moins grande, mais pourtant limitée à un certain degré, la nature plus ou moins vis-

queuse du liquide, et enfin l'addition des sels de morphine aux alcaloïdes du quinquina ne modifient pas sensiblement l'absorption ;

8"* Les jeunes gens absorbent mieux que les adultes; les vieillards de l'un et de l'autre sexe absorbent très mal;

9^ Les alcaloïdes du quinquina, administrés en lavements à des doses au-dessous de 1 gramme, peuvent rendre, par celte voie, tous les services qu'on peut attendre de ces alcaloïdes donnés à faible dose par la bouche, et peuvent très bien les remplacer ;

10* 11 n'en est pas de même pour les cas où il faut des doses élevées; celles-ci ne sont jamais absorbées en assez grande quantité pour produire des effets stupéfiants, énergiques ;

11"* On ne peut faire généralement tolérer au gros intestin plus de 5 grammes de sulfate de quinine à la fois (a).

(2) Demarquay donnait des lavements de 200 grammes contenant 1 gramme d'iodure de potassium, et recherchait ensuite l'iode dans les liquides de l'économie. Toujours l'absorption a été plus simple par le gros intestin que par l'estomac, et au bout de cinq minutes, en moyenne, Fiode était dans la salive, après un lavement ioduré (b).

(3) Savory a étudié sur des animaux Fabsorption de la strychnine, le cyanure de potassium, l'acide cyanhydrique, la nicotine, adminis-

(a) Briquet, Bulletin de V Académie de médeciney t. XII, p. 237.

(b) Demurqutijt Recherchet sur l'absorption des médicaments faites sur l'homme ilnion médicale y 3' série, 1877).

Angleterre, nous ont montré la rapidité d'absorption que présente la muqueuse rectale pour certaines substances» qui peut même, dans quelques cas, surpasser celle des médicaments donnés par la bouche.

Do vancf. Qn a même été plus loin et on a proposé de se servir du

thosle par *^ '^ ^

le rectum, rectum et de la facilité de Tabsorption de sa muqueuse pour pratiquer Tanesthésie. Signalée pour la première fois par Pirogoff,enl847, l'anesthésie parle rectum a été de nouveau étudiée par MoUière (de Lyon) qui a montré tous les avantages de cette nouvelle méthode anesthésique, qui présente cependant un sérieux inconvénient, celui de ne pouvoir doser la quantité d'éther absorbé. Malgré cet inconvénient, la plupart des chirurgiens français ou étrangers qui ont expérimenté cette anesthésie par le rectum sont unanimes à reconnaître les avantages qu'elle présente lorsqu'il s'agit d'opérations portant sur la tête ou sur la trachée. Le procédé d'application est des plus simples : dans un vase gradué vous placez une certaine quantité d'éther ; ce vase est terminé par un tube de caoutchouc de la grosseur du petit doigt, on introduit ce tube dans l'anus, et pour dégager les vapeurs d'éther, il suffit de tremper le vase dans un bainmarie à 50**.

Malgré les avantages de l'anesthésie par le rectum, ce procédé a été abandonné parce que l'impossibilité de mesu-

trés soit par la bouche, soit par le deux voies ; la nicotine est plus ac*

rectum. Voici les conclusions de son tive par Testomac;

travail : 2* La présence d'aliments dans

Testomac ne modifie en rien Té-

1" La strychnine en solution a une nergie ni la rapidité d'action de la

action plus rapide par le rectum que strychnine ;

par Testomac ; le cyanure de potas- 3* Si Ton donne la strychnine en

sium et Tacide cyanhydrique agis- poudre, eUe est absorbée mieox et

sent avec la mémo activité par les plus vite par l'estomac (a).

(fl) Savory, The Lanctt^ mars 1864.

rer l'absorption du médicament a été cause dans certains cas de sérieux accidents.

C'est sur cette propriété d'absorption de la muqueuse rectale que sont basés deux modes d'administration des médi^ caments : les lavements médicamenteux, etlessuppositoireSj^ agents thérapeutiques excellents et fort employés. Déjà je Tousai parlé, à propos du chloral, des avantages que présente son administration par le rectum ; vous verrez, par la suite de ces leçons, que d'autres médicaments sont aussi fort utilement administrés par cette voie. Quant aux suppositoires, ils nous rendent journellement, surtout ceux à base d'opium et de belladone, d'excellents services (1).

Mais jusqu'ici nous n'avons étudié que la muqueuse in- couche testinale. N'oublions pas que ce n'est là qu'une tunique de iTusTâe cet intestin : il possède aussi une couche musculeuse, qui **^*®»""joue un rôle important dans les fonctions intestinales ; c'est elle qui produit les mouvements péristaltiques dont est animée la masse intestinale, mouvements inconscients à l'état normal, mais pouvant, à l'état pathologique, devenir douloureux et constituer ainsi ce que nous appelons des coliques. Legros et Onimus (a) nous ont donné une bonne étude de cette locomotion intestinale. ♦

Les mouvements intestinaux sont sous la dépendance du système nerveux ; mais notons cependant que la tempéra-

(1) Les suppositoires ont pour base Extrait d'opium 2 centigr.

un corps gras et. le plus souvent le Extrait de belladone 1 centigr.

beurre de cacao; leur poids Tarie Beurre de cacao 5 granunes.

autre 5 et 7 grammes, et Ton y in- pour un suppositoire, troduit les diverses substances mé- Pour rendre la pâte plus homo-

dicamenteuses. L'un des plus em- gène, Berquier a proposé de les

ployés est le suivant : fondre dans un moule spécial (b).

(a) Legros ot Onimus, Recherchet expérimentales iur Uê mouvements des intestins {Journal de Robin, 1866, p. 187).

(6) Berquier, Sur les suppositoires {RéperL de pharm., 1879, p. 593). CUNIQOB thArap., 6* édil. I. — 43

ture et surtout la circulation ont sur eux une influence marquée. Horvath (de Kiew) (a) a montré, en effet, que chez les animaux, une température au-dessous de lO"" paralysait les mouvements intestinaux et que ces derniers étaient d'autant plus intenses que la circulation intestinale était plus active.

Système Lc systèmc nerveux intestinal est des plus complexes.

bte^un^. L'intestin reçoit non seulement des filets du pneumogastrique, mais encore des filets du grand sympathique et delà moelle lombaire. Ces nerfs se rendent à deux plexus : l'un placé sous la couche sous-muqueuse, c'est le plexus de Meissner ; l'autre entre les couches musculaires, c'est le plexus d'Auerbach ; puis ils fournissent dçs branches aux muscles, aux glandes, aux vaisseaux.

Quelques-unes de ces branches président aux mouvements péristaltiques ; d'autres branches ont sous leur dépendance la sécrétion intestinale. Déjà Moreau nous avait montré qu'il suffisait de sectionner tous les nerfs qui se rendent à une anse intestinale pour voir s'y s'accumuler unequantité notablede liquide; mais c'est àVulpian que l'on doit l'étude la plus complète de l'action du système nerveux sur la sécrétion intestinale, il a mis en lumière ce fait important que la sécrétion et la circulation intestinales étaient non seulement sous la dépendance des systèmes ganglionnaire et médullaire, mais encore que certaines parties des centres nerveux encéphaliques avaient une influence marquée sur ces fonctions de l'intestin.

Micro- Tel était, messieurs, il y a quelques années à peine, Tétat organbmes ^^ j^ physiologlc de l'intcstiu; les mouvements de l'intestin, l'intostin. |g^ sécrétion de ses parois, étaient seuls étudiés ; malheureusement cette apparente simplicité des phénomènes de digestion et d'absorption était loin d'être réelle, et la découverte

(a) Alexis Horvath» Zur Physiologie der Darmerregungen (Ceniralbl., iS'îi, n- 38, 40, M et 42).

DE L'INTESTIN AU POINT DE VUE THÉRAPEUTIQUE. 675 de raction des micro-organismes a fait entrer l'étude des réactions chimiques intestinales dans une nouvelle phase. S'il me fallait ici vous exposer dans tous ses détails l'histoire complète de l'action des microbes dans le tube digestif, plusieurs leçons ne sufGraient pas à cette tâche, et quel que soit l'intérêt qui s'attache à cette étude, je suis obligé de la laisser de côté pour ne pas m'écarter outre mesure de mon sujet. Je me contenterai de vous exposer succinctement comment l'étude des micro-organismes intestinaux a une grande importance au double point de vue de la physiologie et de la pathologie, et comment la thérapeutique a su profiter de ces notions pour la cure ou la prophylaxie d'un grand nombre d'affections et particulièrement des maladies infectieuses.

Les micro-organismes de l'intestin ont été étudiés par un grand nombre d'observateurs; et si ces travaux n'ont pas encore déterminé d'une façon définitive l'action des microbes qui pullulent dans le tube digestif, on ne peut nier qu'ils ont singulièrement éclairé la physiologie de la digestion.

Parmi ces travaux, il faut citer surtout ceux de Nothnagel, Escherich, Brieger, Canisida, Bienstock, Comil et Babès,et surtout Vignal (4). Ce dernier auteur a pu isoler de

(1) Les micro-organismes des ma- d'ailleurs les conclusions du travail

tières fécales ont été étudiés d'à- de Vignal :

bord par Nothnagel et Escherich, qui Les aliments entraînent avec la

a surtout décrit ceux qu'on trouve salive un grand nombre de micro-

chez le nouveau-né. Brieger, de son organismes, et, si un certain nombre

côté, a décrit ce bacille appelé Ba- se trouvent détruits dans l'estomac

eillui cavicidaf trouvé dans les ma* par suite de l'action du suc gastrique,

tiéres fécales. Bienstock a fait un en nombre considérable d'autres ne

travail très complet sur les bactéries le sont pas et pénètrent avec le bol

des selles de l'homme et il a trouvé alimentaire dans l'intestin ; là, dans

cinq espèces de bacilles. Gomil et un milieu neutre, ils recouvrent

Babès ont aussi retiré du mucus in- toute leur activité et ils contribuent

testinal cinq espèces de bactéries, par leur action à rendre les substan-

Vignal en décrit dix espèces ; voici ces ingérées solobles, c'est-à-dire

nombreuses espèces de microbes et déterminer pour la plupart d'entre elles leur action sur les substances alimentaires principales que nous introduisons dans notre tube digestif. D'où proviennent ces micro-organismes qui peuplent ainsi notre tube digestif? Chez le fœtus et chez Tenfant nouveauné qui n'a pas encore été en rapport avec le monde extérieur, le tube digestif est exempt de micro-organismes; mais ceuxci ne tardent pas à pénétrer avec les premières tétées, et trop facilement hélas ! par Tusage du biberon. Les micro-organismes de notre tube digestif sont en quantité innombrable, et ils sont puisés à diflférentes sources. Ils peuvent provenir des aliments que nous absorbons, de l'air que nous respirons et qui renferme comme vous pourrez le voir par la suite, un nombre prodigieux de ces micro-organismes; mais c'est surtout l'eau que nous buvons qui est le véhicule principal des microbes intestinaux. La connaissance de ce fait, bien mise en lumière par Proust (1), est des plus importantes, car

assimilables par les chylifères ; leur Coiomct

ftombre, qui s'élève à plus de 20 B»"«- P»f

millions par décigramme de matières "" ' ^

fécales, montre que le milieu inles- ^«^ ^\ ^ ^*^« ^^-^

tinal leur est favorable et que leur E««dela Vanne ayantséjourné

., j , . - A« j !• dans un réservoir 10.000

rôle, dans la transformauon des ali- ^^^ ^^ ^^^^ ^^ j,^ ^^

ments, doit être considérable (a). ^^ ^e l'hôpital Lariboisière. 7.000

(1) Proust et Henri Fauvel, par le Eau de la Seine prise à Saintprocédé de culture parla gélatine, . Ouon, route de la Révolte.. 90.000 ont étudié le développement des Pau de la Seine prise à Glichy proto-organismes qui se dévelop- en amont du collecteur.... 116.000 pent dans les eaux potables et en ^" d® ** Seine prise à Clichy particulier dans les eaux du dépar- „ ^°,^^f ^ ^\ collecteur 242.000

tement de la Seine; à l'aide de la- ^^;! ^? \ ?f'°^ P"f ? ^aint- „ j -iw A j -11- Denis à ramont do la pnse

melles quadrillées ayant deux milli- d'eau. 40 000

mètres décote, ils ont pu mesurer g^u de Seine prise' à Sainl-

le nombre de colonies de culture et Denis à l'aval de i'égout dé-

voici à quels chiffres ils sont arrivés : partemental 48.000

(a) W. Yigna), Recherches sur le* micro-organUmes des matières fécales et sur leur action sur les substances alimentaires (Arch, de physioL, n* 6> 15 novembre

par Feau ne pénètrent pas seulement des microbes banaux, inoffensifs, qui ne jouent qu'un rôle digestif, mais aussi des organismes inférieurs, germes de grandes maladies parmi lesquelles il me suffira pour vous édifier de citer la fièvre typhoïde, le choléra, etc.

Les micro-organismes qui pénètrent dans le tube digestif rôic avec les ingesta ont souvent du mal à résister à Faction des Jc7o. acides de l'estomac, et un grand nombre sont détruits dans 3"gX'' cet organe; il y a là une barrière naturelle qui s'oppose à la "»««• pénétration d'un grand nombre de germes; mais une fois cette barrière franchie, ils trouvent dans l'intestin un milieu alcalin très favorable à leur développement. Aussi leur nombre en est immense, et c'est cette immensité numérique même qui nous fait comprendre l'action digestive de ces êtres : cette action est d'ailleurs assez simple, elle consiste dans la peptonisation de l'albumine, dans la transformation des matières amylacées en sucre par les diastases qu'ils sécrètent. Vous pensez bien que la connaissance de ces faits a remis en question toutes les connaissances que nous croyions posséder sur la digestion intestinale et nombre de physiologistes se livrent actuellement à l'étude des digestions sans microbes, qui mènera sans doute à la connaissance de l'action chimique véritable des sucs intestinaux.

Vous voyez les bénéfices qu'a retirés la physiologie de l'étude des organismes inférieurs ; nous allons voir que les conquêtes de la pathologie à ce sujet sont encore beaucoup plus importantes.

Comme toute cellule vivante, les micro-organismes ne se

Un habitant de Paris bavant un 2,750,000 colonies ; un habitant de

▼erre d*eau de la Vanne (en suppo- Glichy, à l'aval du collecteur, absor-

sant que le verre contienne 250 cen- bera dans un verre de même capa-

timètres cubes d'eau) absorbera cité 60,500,000 colonies (a).

(a) Proust, Académie de médçcine. Séanco du 2.1 octobre 1884.

contentent pas de tranformer ralburaine et les substances hydrocarbonées pour suffire aux nécessités de leur nutrition, ils sécrètent en même temps un certain nombre de produits excrémentitiels, de déchets organiques, qui sont toxiques pour eux-mêmes et pour d'autres cellules vivantes. Les microbes de Tintestin n'échappent pas à cette loi universelle de la physiologie cellulaire, et naturellement ils déveisent leurs déchets dans la cavité intestinale où ils peuvent être résorbés; mais nous allons voir que ces substances toxiques peuvent avoir encore une autre origine.

Il est aujourd'hui démontré que les matières fécales contiennent des substances toxiques que Bouchard en 1882 a Tun des premiers isolées (1). Ces substances toxiques ont les réactions des alcaloïdes et appartiennent à ce grand groupe des ptomaïnes et des leucomaïnes, si bien étudiées par Selmi et par le professeur Armand Gautier.

Les matières fécales contiennent de plus des produits tels que rindol, le phénol, le skatol (2), qui résultent de laputré-

(1) Bouchard a trouvé des alcaloï- maliéres contenues dans le daodédes dans les matières fécales, en 1882, num. Claude Bernard Ta constaté ces alcaloïdes seraient multiples. Les dans le pancréas. Kûhne montre que uns seraient solubles dans l'éther, c'est un produit de la putréfaction les autres insolubles. Ces alcaloïdes et, en 1878, Hadziejewski démontre sont éminemment toxiques. que Tindol est un élément constant

En 1883, Arnold a aussi retiré des des selles. On a émis deux opinions

matières fécales des alcaloïdes toxi- sur Forigme de cet indol dans Tin-

ques (a). testin. Hoppe-Seyer et Salkowski

(2) On trouve dans les matières soutiennent qu'il est dû à Factivité fécales des substances qui résultent du suc pancréatique pur. Kûhne, de la putréfaction, ce sont Tindol, le Nencki, Brieger, Uuener, prétendent phénol et le skatol. que Tindol est le résultat de Tacti.

L*indol est une substance qui, sous vite des bactériens du tube digestif,

rinfluence du chlore, prend une co- Cet indol passe dans les urines sous

loration rosée. Tiedmann et Gme- une forme spéciale décrite sous le

lin Tout signalé en 1826 dans les nomd*indican.£n effet Jaffé, en 1872,

(a) Bouchard, Soc, de biol.^ 3 août 1882. ~ Arnold, PtovMine und Ptomaine, Mhnliiche Substamen (Areh. /*, Pharmacie, 1883).

faction des substances animales. Elles contiennent en outre de la leucine et de la tyrosine, qui proviennent de l'action du pancréas sur la pepsine , et enfin de nombreux dérivés tels que la stercorine, Texcrétine, etc.

Mais de toutes ces substances les plus importantes de beaucoup sont les substances alcaloïdiques, à cause de leur extrême toxicité. Ces alcaloïdes ont une double origine : ils proviennent soit de l'action des micro-organismes; soit des modifications apportées dans la constitution des peptones par les sucs intestinaux. En ce qui concerne les micro-organismes, les travaux de Miquel et de Marié-Davy (4) nous ont

a démontré que l'indican urinaire On chloroforme des cobayes et on

est augmenté à la suite des injec- les autopsie vivants avec des instru-

tions sous-cutanées d'indol, et il pa- ments plongés au préalable dans un

rait démontré que cet indîcail uri- bain de glycérine chauffé à 140";

naire exprime Findol absorbé dans puis, avec des stylets d'argent passés

rintestin et oxydé dans son passage dans la flamme d*un bec de Bunsen,

dans le sang. on prenait une certaine quantité de

Quant au phénol, c'est Baumann mucus que Ton plaçait dans des

qui le premier Ta trouvé dans les conserves de liquides nutritifs alté-

selles, on le trouve aussi dans les râbles, et Ton observait s'il se déve-

urines, comme Font montré les re- loppait des bactéries,

cherches de Stœdèler (a). Diaprés ces 'expériences, on ne

(i) Miquel et Marié-Davy ont re- trouverait des bactéries que dans le

cherché la présence des micro-orga- poumon et dans Tintestin. Dans l'in-

nismes dans les différentes parties testin, l'altération des bouillons de

de réconomie et voici comment ils culture a été d'autant plus prompte,

ont procédé dans leurs expériences, que la portion mise en expérience

(a) Tiedmann et Gmelin, Recherches sur la digestion, trad. 1828. -- Claude Bernard, Mémoire sur le pancréas, 1856 ; Leçons sur les principaux liquides de réconomie. — Kuhne, Erfahrungen und Bemerkungen ûber Euiyme und Fermente, 1877 ; Untersuchungen aus dem physiologischen Institute der Universitât Heidelberg, 1. — Radziejewski, Zur physiologischen Wirkung der Airûhrmittel {Arch. f. Anatomie, 1870). — Hoppe-Seyler, Ueber Gàhrungs Proiesse (Z, fur physiologische C hernie). — Salkowski, Ueber Bildung des Indols im Thierkôrper {B. der deutsch. chemischen Gesellschaft), — Ncneki, Zur Kenntniss der Skololdung {Z. f, physiologische Chemie, 10 juillet 1880) ; Ueber Indol aus Eitveiss (B. der deutschen chemischen Gesselschaft, 1875). — Brîegor, Zur Kenntniss der Faulnissalkaloide {Z. f. physiologische Chemie, VHI, 1883). — Huefner, Untersuchungen ûber ungefomite Fermente {Journal f, praktische Chemie, N. F. V., 2, 1881). — Jaffé, Centralbl. fur Med., 1872. — Baumann, Beitràge iur Kenntniss der aromatischen Substamen {Z. fur physiologische Chemie, I, 1877). — Stœde- 1er, Annalen der Chemie und Pharmacie, t. XC.

montré qu'ils sont d'autant plus abondants et nombreux qu'on se rapproche davantage de l'anus; de sorte que c'est à la fin du gros intestin, c'est-à-dire dans les matières fécales, qu'on trouve la plus grande toxicité.

Le second point est des plus intéressants, et c'est à Tanret que revient le mérite de l'avoir signalé, en 4884, en nous montrant qu'il suffisait de mettre une substance alcaline en présence des peptones pour obtenir un corps ayant la réaction des alcaloïdes. Depuis, Brieger (4) a aussi obtenu des alcaloïdes toxiques en faisant agir le suc gastrique sur la fibrine. Ainsi donc à l'état physiologique, dès que les peptones passent de l'estomac dans l'intestin, elles y subissent des modifications qui transforment certains de leurs éléments en ptomaïnes et leucomaïnes.

Ainsi donc, comme vous le voyez, à l'état physiologique et normal l'intestin renferme une certaine quantité de produits toxiques, mais ces substances n'infiuent pas d'une façon fâcheuse sur l'économie à l'état habituel, grâce à un concours spécial de circonstances. Tout d'abord, grâce à

était plus proche de Touvertare pas tout formés dans les peptones,

anale (a). mais s*y produisent par Faction des

(1) Tanret a montré que les pep- alcalis,

tones se transformaient en alcaloïdes; En 1883, Brieger a aussi retiré de

il sufGt pour cela de traiter de la ces peptones des alcaloïdes. Il fait

peptone par des carbonates neutres agir du suc gastrique sur âOO gram-

ou de la potasse caustique et d*a- mes de fibrine, il évapore jusqu'à

jouter de Téther. Celui-ci dissout consistance sirupeuse et fait agir

une petite quantité de liquide vola- Talcool amylique et butylique ; il

til à réaction alcaline qui présente obtient ainsi un corps amorphe qui

touslescaractéres des alcaloïdes. Si on a les réactions des alcaloïdes, qui

laisse putréfier les mêmes peptones, tue une grenouille à la dose de 5 â

il se forme de plus une quantité no- 10 centigrammes et de 1 gramme

table d*un alcaloïde non volatil. Pour pour un lapin (b). Tanret ces alcaloïdes ne se trouvent

(a) Marié Davy, Annuaire de Vohservaloire de MonUowit, 1882, p. 494.

(6) Tanret, Peptones et Alcaloïdes (Compte» rendus de V Académie dessciencet^ 1881). — Brieger, Zur Kenntniu der aromatischen Substamèn {Z. fur phytiologische Chemie, VIII, 1883).

DE L'INTESTIN AU POINT DE VUE THÉRAPEUtiQUE. 681

leur sortie journalière, les matières fécales entraînent au dehors une bonne partie de ces produits toxiques, et la chimie permet de les y retrouver. Celles qui pénètrent dans l'économie par suite de l'absorption intestinale rencontrent le foie sur le trajet de la veine porte ; cet organe détruit ou retient dans ses cellules les substances alcaloïdiques qui le traversent, et il me suffira de vous renvoyer pour le détail dés expériences aux beaux travaux de Bouchard et de Roger (a), qui nous ont montré que Torgane hépatique constitue une barrière pour les toxines qui sont fabriquées et résorbées sur la surface de l'intestin; grâce à lui, la majeure partie de ces toxines sont détruites avant d'avoir pu exercer leur action sur l'organisme. Quant à la petite quantité des substances toxiques qui ont pu traverser le foie, elles sont éliminées par divers émonctoires, dont le principal est l'appareil urinaire. Tel est l'état normal ; mais qu'une circonstance fâcheuse vienne à troubler cette harmonie, et nous verrons alors survenir une série de symptômes qui résulteront de l'empoisonnement déterminé par ces alcaloïdes toxiques. Ces circonstances fâcheuses seront produites soit par un trouble apporté au fonctionnement du tube digestif, soit par la pénétration d'une trop grande quantité de micro-organismes infectieux, soit par la non-élimination de ces substances (1).

(i) Hombert, en 1873, avait appelé tiual et rembarras gastriqae, dans

l'attention déjà sur les septicémies le second la fièyre typhoïde, les sup*

intestinales, mais à ce moment on ne purationsdela bouche et du pharynx,

connaissait ni rexistence des micro- Bouchard considère les poisons

bes, m celle des ptomaïnes intesti- i„tesUnaux comme étant la cause

nales. Humbert divise ces septicé- principale des accidents urémiques.

mies en deux groupes suivant qu il L^accumulaUon de quantités consi-

y a ou non rétention de matières ^^^^^lés de ptomaïnes dans le sang

dans Tin tes tin

Dans le premier groupe il place suivantes la constipation, Tétranglement intes-

proviendrait des quatre conditions

(a) Roger, De l'action du foie sur les poi9ons. Thèse de doctorat.

De lanii. Coiume VOUS le voyez, messieurs, il découle de tous ceà intesunaie. falts des conséqueuces cliniques très importantes et sur lesquelles je ne saurais trop appeler votre attention, mais il en découle aussi des conséquences thérapeutiques qui portent sur la nécessité de régler ou d'arrêter ces phénomènes putrides intestinaux. Nous allons examiner maintenant par quels moyens on peut réaliser cette antisepsie intestinale.

On peut résumer en quelques mots Tantisepsie intestinale : il faut favoriser l'élimination des toxines formées, empêcher la production de nouveaux alcaloïdes, et nous pouvons y parvenir, soit par l'introduction directe de médicaments par l'intestin, soit par leur administration par la bouche.

L'élimination des toxines sécrétées est favorisée par la méthode purgative, qui est certainement un puissant adjuvant à la médication antiseptique intestinale; mais j'aurai l'occasion de traiter ce sujet dans les leçons ultérieures où j'aborderai l'étude dés purgatifs et je ne saurais mieux faire que de vous y renvoyer. Quant à la question des lavements antiseptiques, nous verrons leur application surtout à propos du traitement de la fièvre typhoïde.

Un grand nombre de substances ont été préconisées pour réaliser cette antisepsie intestinale; c'est ainsi que furent successivement proposés, la créosote par Pécholier, les sul-

1* Défaut d'élimination par les 3* Excès d'absorption an niveau

reins ; de l*intesUn ;

2** Défaut de destruction par le 4"* Excès de production au même

foie; niveau (a).

(a) Humbert, Des septicémies intestinales. Thèse do Paris, 1873. — Bouchard, Du rôle pathogénétique de la dilatation de Vestomac {Soc. méd. des hâp., juin 1884). — Comby, Du rôle pathogénétique des alcaloïdes qui se forment dans le tube digestif {Progrés médical, 31 mai 1884). — Nelter, Des poisons chimiques qui apparaissent dans les matières organiques en décomposition et des tmladies qu'ils peuvent provoquer {Arch. gén. de méd., septembre et octobre 1884, p- 447). — Bouchard, 2)e« autO'intoxications.

naphtoU

DE L'INTESTIN AU POINT DE VUE THÉRAPEUTIQUE. 683 fîtes et les hyposulfitesparPoIli, les préparations cupriques par Burcq et Moricourt, le calomel par Wunderlich et Lieberméister, l'acide salicylique sous diverses formes. J'ai moi-même, avec mon élève le docteur Sapelier, proposé l'emploi du sulfure de carbone sous forme d'eau sulfo-carbonée; mais toutes ces substances sont aujourd'hui plus ou moins délaissées, et je vous conseille de vous en tenir aux règles qui ont été magistralement posées par le professeur Bouchard.

Bouchard, qui a réuni tous les faits de septicémie intes- dh tinale pour en constituer une véritable doctrine médicale, a tracé l'emploi des substances dont on doit se servir pour l'antisepsie intestinale. Après avoir successivement vanté l'iodoforme, le charbon, la naphtaline, Bouchard a fixé ses préférences sur le naphtol. C'est le naphtol |3 qu'il conseille à la dose de 2 gr. 50 dans les vingt-quatre heures et qu'il administre par fraction de 20 centigrammes toutes les heures, ou bien dans un mélange granulé dont voici la formule :

Naphtol P 2 gr. 50

Salicylate de bismuth 2 gr. 50

Charbon 50 grammes.

Sucre , Q. S. pour granules.

On fait prendre ce mélange par granules ou par cuillerées à café toutes les heures dans la journée.

Si l'on en croit les expériences de Maximovitch (a), il faudrait préférer le naphtol a au naphtol /S, le naphtol a étant moins toxique et plus antiseptique.

Vous pourrez aussi employer le salicylate de bismuth, que j'ai été, je crois, le premier à employer en thérapeutique;

(a) Maximovitch, Nouvelles Recherches sur les propriétés antiseptiques du naphtol (Comptes rendus Acad, des se, 1889).

Du falol.

celte substance, que vous pourrez employer soit seule, soit coramerafait Bouchard associée au napthol, trouvera surtout son application dans le traitement des diarrhées putrides. Vous l'administrerez par cachets d'un gramme et vous pourrez en donner chaque jour 6 à iO grammes répartis dans les vingt-quatre heures.

A côté de ces substances se place le salol ; ce corps, qui est une combinaison d'acide phénique et d'acide salicylique, se prête merveilleusement à l'antisepsie intestinale, et il donne à ce point de vue d'excellents résultats. J*ai déjà eu d'ailleurs l'occasion de vous parler du salol en étudiant la digestion stomacale et je vous ai montré que cette substance nous avait fourni un procédé pour apprécier la durée de cette digestion stomacale.

Tout d'abord, le pouvoir toxique du salol est très faible, et à ce point de vue les expériences faites dans mon laboratoire par le docteur Dubief sont très concluantes, expériences que vous trouverez consignées dans la thèse d'un de mes élèves Lombard (a). Ces expériences nous ont montré qu'on pouvait administrer jusqu'à 3 grammes dé salol par kilogramme de poids d'un lapin sans provoquer d'accidents toxiques : le seul phénomène observé est un abaissement notable de la température. Un autre point que ces expériences ont également mis en relief, c'est la lenteur de l'élimination de ce médicament, une fois qu'il a pénétré dans l'économie.

Un des inconvénients de la médication par le salol, c'est l'insolubilité presque absolue de cette substance dans les véhicules habituels; vous devrez donc le prescrire en cachets. Vous prescrirez des cachets de un grai* ^ et vous ferez prendre de trois à six de ces cachets dans la journée

{a) Lombard, Du salol- Thèse doclpralo^

à votre malade. Je pourrais prolonger ces considérations sur Tantisepsie intestinale, mais j'en aurai dit assez, je pense, pour vous faire entrevoir l'importance de ce sujet. Je me réserve d'ailleurs de revenir en détail sur la médication antiseptiqueintestinale lorsqueje vous parlerai du traitement des maladies infectieuses et en particulier de la fièvre typhoïde. Je vais aborder maintenant la thérapeutique des maladies de l'intestin, et je me propose de la limiter à l'étude presque exclusive du traitement de deux grands symptômes que vous aurez à combattre bien des fois, la constipation et la diarrhée. Dans la prochaine leçon, nous étudierons le premier de ces symptômes.

DEUXIÈME LEÇON

Sommaire. — De la constipation, définition. — Marche du bol alimentaire. — Calculs intestinaux. — Défécation. — Des matières fécales, leur corn* position. — Dangers de la constipation. — Traitement hygiénique de la constipation. — Influence de Falimentation. — Du régime herbacé. — Du pain de soja. — De la fromentine. — Des fruits. — Des boissons. — De Teau. — Du climat. — De Texercice. — De la gymnastique. — De rhabltude. — Des influences morales. — De Thydrothérapie. — Des applications d'eau froide. — Des douches. — Du lavement» son histoire, son origine. — Modifications dans Tinstrument. — Siècle des lavements. — Action des lavements, leurs avantages, leurs inconvénients.

La constipation, messieurs, est caractérisée par la rareté !>• ^ absolue ou Tinsuffisance des matières fécales, et la sèche- uon. resse ou la dureté des matières expulsées. Dans cette étude, je laisserai de côté la symptomatologie et le diagnostic de la constipation, mais j'insisterai sur la pathogénie et Tétiolo- rithog^gie, parce que ces deux parties de notre sujet ressortissent plus spécialement à la thérapeutique ; car le vieil adage : sublata causa, tollitur effectns est ici un des plus applicables. Mais, pour bien connaître celle pathogénie et celte étiologie, il faut recourir à la physiologie et avoir une notion exacte de la marche du bol alimentaire et des modifications qu'il subit dans Tintestin ; ce qui me permettra |de compléter ainsi les quelques indications que je vous ai déjà données dans la précédente leçon.

Le bol alimentaire, après avoir subi dans Testomac Tim- M«rche du prégnation du suc gastrique et après que les matières albu- menttire. minoïdes ont élé en grande partie transformées enpeptones.

passe dans rintestin. Là, le milieu change ; il était acide, il devient alcalin au niveau de Fampoule de Vater, et cette alcalinité est due à l'action de la bile versée en ce point dans rinstestin ; puis le bol alimentaire, grâce à la lubréfaction des parois intestinales, grâce aux mouvements incessants de l'intestin, descend peu à peu jusqu'à la valvule de Bauhin, qu'il franchit, et pénètre dans le gros intestin.

C'est là, comme le fait remarquer Spring, que commence la copropoièse, c'est-à-dire c'est là que commence la formation des matières fécales proprement dites, qui se mouleront sur les parois de l'intestin de façon à reproduire, comme chez certains animaux, la forme même de cet intestin (i). oa eccam. Âu momcut OÙ Ic bol alimentaire a franchi la valvule iléocsecale, il pénètre dans un diverticulum du gros intestin qui, s'il ne joue pas un rôle important dans la digestion, du moins chez l'homme, offre cependant au point de vue de la constipation un grand intérêt, je veux parler du caecum. Les matières peuvent en effet s'y accumuler et si la conlractilité musculaire de ce réservoir s'affaiblit, on comprend que leur présence puisse déterminer des inflammations graves que l'on décrit, comme vous le savez, sous le nom de lyphlite et de pérityphlite.

Cette accumulation de matières fécales dans le caecum présente encore cet autre caractère, c'est que, grâce à la position déclive de ce réservoir placé au-dessous de l'embouchure de l'intestin grêle, le séjour prolongé de ces matières peut se produire sans constipation, puisque les liquides

(1) En Angleterre, dans les ter- des empreintes à spirales, ce qui a

rains jurassiques, à Lyme-Regis, on permis d*établir la structure et la

a trouvé des coprolithes de i'ichthyo- forme du tube digestif de cet animal

saure ; ces coprolithes présentaient antédiluvien (a).

(a) Buckland, On the DUcovery of Coprolithes or Fouil Facei, in Ike Lias at Lyme-Regis and other Formations (Transact, of the Geologicat Society, 1829, new séries, Ul, p. 224).

constamment fournis par Tintestin grêle trouvent une voie libre dans le gros intestin.

C'est aussi surtout dans le gros intestin que se remarquent caicuis in. les calculs intestinaux (1) ; ces derniers, rares, il est vrai, chez l'homme, où Laboulbène (a) les a fort bien étudiés (2),

iesiinaaz.

(1) Les calculs intestinaux qu'on rencontre chez les animaux, principalement les ruminants et les solipèdes, on été appelés bézoards.

Les bézoards étaient considérés comme possédant de grandes vertus médicales ; on en distinguait de deux espèces : les uns dits orientauxj provenaient de Festomac de la]chévre ou de celui de la gazelle; les bézoards dits occidentauxy étaient apportés d'Amérique et se trouvaient dans l'estomac des lamas. Enfin, sous le nom de bezoard d'Allemagne, on désignait ceux que Ton rencontre dans l'estomac des chevaux et des bœufs.

Chez ces animaux, les poils sont souvent le point de départ de ces corps étrangers auxquels on donne le nom d'égagropiles. Tous ces corps ont été analysés et sont constitués presque exclusivement par des phosphates et des carbonates calcaires.

L'ambre gris serait aussi une con-

crétion intestinale qu'on trouve dans les cachalots.

Chez le cheval, ces concrétions sont considérables; elles peuvent atteindre 7 kilogrammes.

Bouley a présenté à l'Académie un calcul intestinal trouvé chez un cheval et ne pesant pas moins de 2,870 grammes ; pour Colin, ces calculs ne se développeraient que dans une seule région do Tintestin appelée diaphragmatique ou gastro-diaphragmatique, et pourraient séjourner dans ces dilatations sans y produire d'accidents (Académie de médecine, séances de septembre et octobre 1878) (b).

(2j Chez l'homme, les concrétions de l'intestin ont pour point de départ souvent un corps étranger, comme un noyau de fruit, un pépin, un calcul biliaire; ils sont constitués soit par des carbonates ou phosphates calcaires, ou bien encore par des substances grasses. Quelquefois,

(a) Laboulbène, Sur les sables inleslinaux {BulL de VAdad. de méd., 2* série, t II, p. 1383, 1873) ; Arch. gén. de médecine, 6« série, t. XXII, p. Wi, 1873, et Anatomie palholog., 1878.

{b) Laugier, Mém. sur les concrétions qui se forment dans le corps humain, ^825. — Brando, On the Bad Effecti on the Incautions Use of Magnesia (/. of the Royal Institution, 1816, t. I"). — Bérard, Cours de physiologie. — Cloquet, Mém. sur les concrétions intestinales, 1855. — Douglas Maciagen, On the Constitution of Intestinal Concrétions {London and Edinburgh Monthly), Journal of Médical Science, 1841. — Jatçcr, Veber die Darmsteine der Menschen und der Thiere, Berlin, 1834. — Caventou et Columbat de Chaumont, Bé%oard humain {Arch. gén. de médecine, 1828, t. XII). — Lassaigne, Joum. de chimie médicale, 1825. — VauqiieUn,5tfr la formation des bétoards {Ann. de chimie, iHi'i, t. LXXXIII). — Fourcroy et Yauquelin, Mém. sur les caractères distinctifs des différents matériaux qui forment les calculs, les béwards et les diverses concrétions des animaux (Ann. du Muséum d^histoire naturelle, 18U1). — Milne-Edwards, Leçons sur la physiologie et Canatomie comparée des hommes et des animaux, 1862.

CLINIQUE thArap., 6* édit. 1. ^ it

sont fréquents chez les animaux, tels que le cheval, par exemple.

i>oïa Poussées ensuite par les mouvements péristaltiques du gros mtestm, les matières fécales parcourent 1 mtestm en se desséchant, séjournent quelque temps dans TS iliaque, puis descendent dans le rectum. Par leur présence en ce point, elles déterminent du côté de lanus cette sensation spéciale qui amène bientôt un syndrome complexe qui permet à l'anus de s'entr'ouvrir, et qui fait agir simultanément tous les muscles qui concourent à la presse abdominale, en même temps qu'il augmente les contractions de Textrémité inférieure du gros intestin; les matières fécales sont ainsi expulsées au dehors par l'acte de la défécation.

O'Beim, de Dublin, avait soutenu que les matières fécales s'arrêtent toujours à TS iliaque et ne séjournent pas dans le rectum, c'est là une erreur, et il suffit de toucher une femme pour savoir combien souvent, au contraire, on trouve accumulées dans l'extrémité inférieure du rectum des matières fécales soulevant plus ou moins la face postérieure du vagin.

Dos Qu'est-ce que ces matières fécales? Ce sont les résidus des aliments ; elles sont composées en grande partie des substances qui n'ont pas été utilisées par la nutrition; vous y trouverez surtout de la cellulose, des végétaux et de la substance cartilagineuse, du tissu épidermique et des graisses provenant des substances animales. 11 fut même une époque

ces corps étrangers forment un vé- été observé par Huss et Mossonder ; ritable sable appelé sable intestinal, son diamètre était de i6 centimètres, et qui est constitué surtout par des Enfin, on peut trouver dans Tintesparties siliceuses entourées de phos- tin de Phomme des calculs fournis phate ammoniaco- magnésien. Ce parla magnésie: Brande, Simon,* sable intestinal résulte d*une ali- Bérard, Cloquet, et plus récemment mentation presque exclusivement Blondeau en ont observé des exemvégélale. L'un des calculs intestinaux, pies (a), le plus volumineux de Thomme a

(a) Blondoau, Sur un calcul inleslinal {Sociélé ds Ihérap.y iHVJ),

ma lie rc s fticulc;

OÙ ron a employé en thérapeutique un de ces produits, véritable résidu fécal, je veux parler de V album grœcum (1).

La quantité de ces matières est variable et dépend, comme je vous ai montré dans mes leçons sur T alimentation, du régime auquel Thomme est soumis (2). Elles ont une réaction alcaline, et leur couleur, comme leur odeur, dépend en grande partie des modifications subies par la bile versée dans l'intestin (3) ; on trouve, en effet, dans les matières fécales tous les corps qui dérivent des éléments biliaires, acides cholinique, fellinique, dyslysine (4), excrétine (5), etc. Elles contiennent aussi, comme nous l'avons vu dans la der-

(1) On donne le nom d'album grœ^ cum à des excréments blancs et friables provenant de chiens nourris exclusivement d'os de mouton et que Ton privait de boisson. Ce médicament, qui était admis par l'ancien Codex, n'est plus employé de nos jours; on en fait usage contre la dysenterie et dans les maladies de la gorge, Guyton-Morveau Ta vanté dans les affections du gosier.

On a môme été plus loin, et, sous le nom d'album nigrum, on a donné des crottes de souris et de rats à des malades, et les médecins qui prescrivaient ces sortes de médicaments avaient pris un surnom spécial : on les appelait médecins stercoraires.

(2) Wehsarg, qui a fait une étude toute particulière des fèces, a montré que chez l'homme, la quantité totale des excréments rendus journellement variait entre 67 et 306 grammes et était en moyenne de i31 grammes ; les matières solides contenues dans ces fèces ont varié

entre 16 et 57 grammes, en moyenne 30 grammes.

Quant à la quantité de substance alimentaire non digérée, la plus forte a été de 8 grammes par jour et la plus faible de 0,8 (a).

(3) Valentin (de Berne) a montré que le précipité, fourni par la bile de l'homme en décomposition, répand l'odeur des matières fécales ; cependant, il faut reconnaître que Talimentation a aussi une influence sur celte odeur (6).

(4) L'acide choléique ou taurocholique donne lieu en se décomposant, à la taurine et à de l'acide cholalique, qui lai-raéme donne lieu à une substance neutre : la dyslysine, qui a été découverte par Berzélius.

(5) Marcel a trouvé dans les ma^* tières fécales de l'homme une substance spéciale qu'il a décrite sous le nom d'excréline. Celte substance, qui aurait pour formule C'H'sSiO*, proviendrait de la décomposition de la taurine (c).

(a) Wehsarg, MiJcrotkopische und cliemische Untersuchungen der Fœces gesunder erwachsener Menschen, Giesson, 1853.

{b) Valentin, Lehrbuch der Physiologie des MemcUn, 1847, t. 1", p. 369.

(c) Marcel, An Account of Ihe Organic Chemical Conslituans on immédiate Principles of the Excréments of Man and Animais {Philos. Trans.y 1851, p. i05).

Dos causes

do la conslipt-

UOD.

nière leçon, des produits de putréfaction, tels que Tindol, le skatol, le phénol, etc. ; puis des micro-organismes (1), et enfin des ptomaïnes et leucomaïnes.

Voyons, maintenant que nous sommes fixés sur la marche et la nature du bol alimentaire arrivé à l'extrémité inférieure du tube digestif, quelle est la pathogénie de la constipation.

La rareté des garde-robes reconnaît différentes causes (2) ;

1*" Elle peut résulter d'un obstacle mécanique, qui empêche le bol de parcourir sa route ; c'est la constipation par obstacle mécanique ; j'y consacrerai une leçon spéciale;

(1) D'après Nelter, Leeuwenhœck, aurait signalé des micro-organismes dans les matières fécales ; il les avait observés sous deux étals : étal corpusculaire et état d'anguillules. Frerichs décrit cinq formes de champignons dans le tube digestif. Ce sont :

!• L'algue buccale ^' la levure de bière ; 3* un champignon à mycélium ; 4" les pustulaires et en particulier le cryptococcus guttulatui; h" les sarcines. Nothnagel décrit aussi cinq espèces :

1<* Bactéries arrondies et bâtonnets. Chaque selle en renferme des centaines de millions. Les bâtonnets sont plus abondants dans les selles liquides» les cocci dans les consistantes. Les cocci peuvent être disposés en chapelets ou agglutinés dans une gangue gélatineuse;

2* Bacillus subtilis de Cohn;

3"* Le SaccharomyceSy champignon de la levure ;

i* Clostridium, organisme en bâtonnet elliptique ou en losange, se

colorant en bleu par Tiode, et qui rappelle le ferment butyrique de .Prazmowski;

5® Organisme plus petit, se colorant également par l'iode et qui est peut-être le Mycodenna pasteurianum.

Tout récemment M. Stahl a annoncé au Congrès des médecins allemands avoir pu constater et cultiver !fô espèces de bactéries normalement présentes dans le tube digestif 'a).

(f) Voici les diverses divisions proposées pour la constipation. — Piorry admet trois espèces de constipation : Tune, de cause alimentaire, c'est la stercorentérectasii ; la seconde résulte de la difficulté des selles par un obstacle mécanique, cîest la dyscoprotie; enfin, la troisième résulterait de la paralysie de J'intestin, c'est la rectonervie.

Colomb divise la constipation en trois groupes : dans le premier se rangent les causes qui ont leur point de départ dans l'intestin lui-même;

(a) Nottcr, Des poisons chimiques qui apparaissent dans les matières organiques en voie de décomposition {Archives gén, de médecine^ sept, et cet. 1884). — Leeuwenhœck, Anatomia seu interoria rerum tum animatorum tum inanimatO' rum {Lettre à Hoocke, p. 321, Leyden, 1787). — Frerichs. Verdauung inHsndworterbuch des Physiologie von Wagner, — Nothnagel^ Ueber die im narmalen Darmenflœrungen vorkommenden] niederiten pflanlischen Organismen {Zeitsckrift fur klinUche Mediûn, 1881, III).

2** Dans d'autres cas, la constipation est de cause alimentaire ; déjà, dans les leçons sur les aliments et le régime, j'ai longuement insisté sur les faits de Voit (a) qui montre que la quantité des matières varie suivant l'alimentation, et que plus les substances inutiles à la nutrition sont prédominantes, plus les fèces sont considérables, et que, réciproquement plus les substances sont assimilables, moins abondantes sont les garde-robes.

3* Dans un troisième groupe rentrent les constipations qui dépendent d'un défaut de sécrétion des sucs intestinaux. La bile d'une pari, le suc intestinal d'autre part aident au cheminement du bol alimentaire; que l'un ou l'autre fasse défaut, sa marche est ralentie et il y a arrêt des matières.

4** Enlin, la tunique musculaire joue un rôle considérable dans la marche du bol alimentaire ; grâce aux mouvements péristaltiques, le bol parcourt sa route ; qu'une circonstance quelconque diminue la contractilité, et vous verrez les matières s'arrêter dans leur route et la constipation survenir.

5** Dans un dernier groupe, enfin, aucun obstacle ne s'oppose au cours des matières ; mais, au moment où doit s'elFec-

dans le second se rangent les altéra- 5** la constipation spasmodique, que lions de la paroi de Tintestin, enfin, l'on observe dans les grandes nédans le troisième, toutes les causes vroses;6'> la constipation paralytique, qui siègent en dehors de Tintestin. due à la paralysie de Tintestin ou Spring admet les divisions sui- des parois abdominales; 7" la consvantes de la constipation : i^^la cous- tipation hyperhémique, qui est protîpation saburrale, qui est due à pre à rhyperhémie chronique de ralimentation ; 2' la constipation 1 intestin ; 8» la constipation hypocritorique, produite par des poisons ou nique, qui résulte de la sécheresse des médicaments; 3" la constipation de Tintestin; 9^ la constipation cérécholestatique, provoquée par Tab- brale, que Ton observe dans les afsence de sécrétion de la bile; A" la fections du cerveau; 10* la constipaconstipation gastrique, qui accom- tion sténotique, due à un obstacle pagne les affections de Testomac ; mécanique (6).

(a) Voir Maladies de Veitomac : le Régime.

\h) Spring, Sijmptomatolfujie^ t. I", p. 177.

rbygiène.

tuer la défécation, il peut se produire deux ordres de phénomènes : ou le malade, comme cela arrive aux individus atteints d'affections médullaires, perdra cette sensation particulière qui est le point de départ de l'action réflexe qui fait expulser au dehors les matières, ou bien, au contraire, il éprouve une telle douleur au moment de la défécation, qu'il fait un effort inconscient pour éviter la dilatation de l'anus et empêche ainsi l'impulsion des matières fécales; c'est ce qui arrive, vous le savez, dans la fissure à l'anus.

Telles sont, messieurs, les causes qui peuvent amener la rareté des garde-robes; vous verrez que chaque groupe mérite une mention spéciale et que chacun a un traitement particulier. Mais, avant d'aborder l'étude de chacune de ces divisions, je désire vous exposer quelques considérations

De hygiéniques sur le traitement de la constipation. L'hygiène, en effet joue un rôle considérable, et je dois vous résumer les principaux préceptes applicables dans ces cas.

Des En premier lieu se place l'alimentation. Lorsque je vous

ai parlé du régime à propos des maladies de l'estomac, j'ai insisté sur l'abondance considérables des garde-robes qui i^ésultent d'aliments renfermant des substances non absorbables et je vous ai signalé les faits de Voit. Je n'y insisterai pas davantage, vous rappelant seulement, que, plus un individu prendra une a.imentalion azotée et facilement assimilable, plus les garde-robes seront rares, tandis que, au contraire, plus l'alimentation sera végétale, plus les fèces seront abondantes.

Aussi devrez-vous, auprès des personnes constipées, insister sur l'usage de ces aliments végétaux, et, à coup sûr, la réputation de quelques-uns, tels que les épinards, résulte de ce fait que ces substances renferment une grande quantité de cellulose, ce qui produit une augmentation de la masse de résidu fécal. C'est ainsi que l'emploi du pain de son, ou

bien encore du pain de seigle, produit des garde-robes très abondantes chez les individus qui en font usage.

Au pain de son et au pain de seigle déjà employés, il faut nn pain do ajouter le pain de soja, la froraentine et la légumine. Au point de vue alimentaire, le soja, ce haricot du Japon, sert à plusieurs usages ; on en fait une sauce qui porte le nom de stiso et de sûju, mais le point le plus curieux c'est qu'on a pu en retirer une sorte de fromage, et pour ceux qui voudraient être renseignés sur la fabrication de ce fromage, je les renverrais à l'article si complet qu'Égasse a consacré au soja (a).

La panification du soja n'est pas sans difficulté, à cause de l'huile grasse très abondante que contient ce haricot. Cette huile, comme Ta montré Léon Petit, est très purgative et peut remplacer, au point de vue thérapeutique, l'huile de ricin. Aussi faut-il débarrasser la farine de cette huile pour la rendre apte à nos usages domestiques.

Mais cette séparation n'est jamais assez complète pour enlever au pain de soja son action purgative. Le pain de Lecerf, à Paris, pris en trop grande quantité, est réellement purgatif, et celui de Bourdin (de Reims), qui renferme à la fois du gluten et du soja non débarrassé de son huile, l'est davantage ; et, n'était le goût toujours un peu fort de ces sortes de pains, nous aurions là, il faut le reconnaître, un des agents les plus actifs du traitement de la constipation habituelle.

La fromentine provient des embryons de blé, que de lh,^ nouveaux procédés de mouture permettent d'obtenir et que "»^n""*l'on peut isoler par des procédés de blutage particulier. Ces embryons contiennent, comme les grains de soja, une certaine quantité d'huile, l'huile de blé, qui est purgative et,

(a) Egassc, Le soja^ ses applications économiques et thérapeutiques {Bull, de thérapeutique, 1888, t. CXV, p. 433).

comme l'huile de soja, peut aussi remplacer Thuile de ricin. C'est également la présence de l'huile qui gêne beaucoup la panification de la fromentine.

Vous voyez que certains aliments, plus que d'autres, prédisposent aux garde-robes et peuvent ainsi combattre la constipation. Dans ce^groupe vous placerez les fruits mûrs et en particulier les prunes et surtout les pruneaux qui servent souvent à préparer des tisanes purgative. De même les raisins, et je ne puis vous rappeler ici ce que je vous ai déjà dit sur les eflfets obtenus par la cure de raisin (a). Peuvent aussi entrer dans ce groupe les corps gras, qui, mal ou incomplètement absorbés par l'estomac, déterminent une action purgative. Je reviendrai du reste sur ce sujet en étudiant les purgatifs huileux; enfin certains sucres, tels que les miels, ont, vous le savez, une action purgative manifeste. D© retu. Mais c'est l'eau, considérée comme boisson alimentaire, qui est un des plus grands éléments de la rareté ou de l'abondance des garde-robes (b). A cet égard les eaux potables doivent être considérées, comme Ta fait remarquer Armand Gautier dans son remarquable travail sur les eaux potables, aux trois points de vue suivants : la température, la quantité et la qualité. La température de l'eau a, en eflet, une grande influence sur les troubles intestinaux, et dans les leçons sur les maladies de l'estomac je vous ai montré que l'usage de l'eau glacée déterminait très promptement la diarrhée. Quanta la quantité, moins on boit d'eau pluslesgarderobes sont rares; elles augmentent, au contraire, lorsqu'on en absorbe une grande quantité. Enfin, pour la qualité de ces eaux, celles qui |sont crues, c'est-à-dire contenant trop de principes calcaires, déterminent une constipation persis-

(a) Voir Cure de raisin et stations pour la cure de raisin. Leçons sur les maladies du cœur et sur les maladies de l'estomac.

(b) Ar.iiaîîd Gautier, Etudss sur les eaux potables. TUhse inaugurale, Montpellier,

tante; renferment-elles, au contraire, beaucoup de matière azotée, elles produisent une diarrhée plus ou moins abondante, et c'est par l'usage de ces eaux qu'on s'explique comment la diarrhée ou la constipation apparaît lorsqu'on se déplace et qu'on va séjourner dans des localités différentes. Ainsi les provinciaux, à 'Paris, ressentent presque toujours de l'usage de l'eau delà Seine, riche en matières organiques, des effets purgatifs, tandis que le Parisien éprouve un effet opposé lorsqu'il va à la campagne, parce que l'eau qu'il boit renferme alors, plus souvent, les produits calcaires.

D'autres boissons peuvent aussi déterminer la diarrhée, et sans parler du vin doux, je vous signalerai le, poiré et le cidre, qui agissent de la sorte chez les personnes non habituées à leur usage ; il en est de même pour la bière. Mais il est un liquide accusé bien à tort de déterminer la diarrhée, c'est le lait; il est démontré, en effet, par de nombreuses observations, qu'établie sur des bases rigoureuses, la diète lactée ne provoque pas la diarrhée, mais bien au contraire, la constipation. Cependant, je reconnais que le lait mélangé à du café favorise les garde-robes et, chez quelques personnes, ce mélange produit chaque matin un effet purgatif réel.

Je joindrai, si vous le voulez bien, à l'hygiène alimentaire, du tabac. le tabac qui provoque souvent la diarrhée. Vous entendrez en effet beaucoup de fumeurs vous assurer que lorsqu'ils cessent de fumer, ils sont constipés, et que le tabac après le repas détermine et favorise les garde-robes.

L'exercice a aussi une influence incontestable sur la con- De stipation, et on peut dire qu'après l'alimentation il n'y a pas de cause plus efficiente. La paresse intestinale et celle des muscles de la défécation marchent de pair avec l'affaiblissement musculaire général, et moins on fait d'exercice, plus on est disposé à la constipation. Aussi presque toujours, si

ce n'est toujours, voil-on la constipation chez les gens sédentaires, et on peut affirmer que chez la femme la constipation habituelle résulte de l'inaction dans laquelle elle est le plus souvent plongée. Ordonnez donc Texercice, soit la marche, soit la gymnastique et vous devrez autant que possible favoriser non seulement le jeu régulier du diaphragme, mais encore celui des muscles abdominaux, et insistersur les exercices corporels qui peuvent augmenter la force du groupe musculaire qui entre enjeu dans les efforts de la défécation.

Si la constipation est due à une atonie de la couche musculaire de l'intestin, vous pourrez avoir recours au massage; cette pratique a été récemment remise en honneur par le docteur Berne {a). Je vous ai déjà parlé de l'influence heureuse de ce procédé thérapeutique dans certaines affections de l'estomac, vous pourrez également l'appliquer au traitement de la constipation, car le massage méthodique de l'abdomen aidera sans doute la progression du bol fécal le long de l'intestin.

Dans mes leçons sur les applications thérapeutiques du massage, j'ai indiqué les manœuvres qu'on devait mettre en usage pour arriver au but; je vous renvoie donc à ces leçons {b).

Il est certains mouvements spéciaux qui favorisent la diarrhée; ainsi, par exemple, la trépidation du chemin de fer et de. la voiture; un autre exercice, au contraire, l'équitation, ou bien le séjour sur un navire en marche, prédisposerait à la constipation. Ce sont là, je le sais, des faits individuels, mais ils méritent cependant d'être notés, ï*** L'habitude joue, elle aussi, un très grand rôle dans la pa-

(a) Berne, Traitement de la constipation parle maaage abdominal, Paris, 1887. (6) Dujardin-Beaumetz, Conférences de Vhôpital Cochin, 1886-1887. — L'hygiène thérapeutique. — Leçons sur la masso thérapie^ p. 83. Paris. 1888.

Dll TRAITEMENT HYGIÉNIQUE DE LA CONSTIPATION. 699

thogéniede la constipation; il est des personnes, des femmes surtout, qui peuvent rester sans trop d'inconvénients huit et quinze jours sans aller à la garde-robe ; ce sont là, je le veux bien, des cas exceptionnels, mais on peut dire qu'ordinairement les femmes vont à la selle seulement tous les deux jours; les hommes, au contraire, se trouvent constipés s'ils ne sont pas exonérés une ou deux fois par jour.

L'heure est encore un point important dans la production Heure de» des garde-robes; certaines personnes ont l'habitude d'aller ^bet* à la selle à une heure fixe de la journée. Utilisez ce fait, et si vous avez affaire à des gens constipés, recommandez-leur de se présenter pendant quelque temps, chaque jour, à la même heure et surtout le matin au lever, â la garde-robe, dussentils, les premières fois, ne pas avoir de selles.

Les affections morales ont une influence marquée sur la De« constipation, et sans parler ici des névroses, comme l'hys- mln\^! térie, ou des perversions mentales, comme la folie, qui s'accompagnent si fréquemment de constipation opiniâtre, je vous signalerai l'influence réciproque du moral sur la constipation et de la constipation sur le moral, influence encore mal connue, mais qui n'en est pas moins exacte, et ce qu'a écrit Voltaire (1) à ce sujet est et sera toujours vrai. D'ailleurs, Vulpian, par les expériences qu'il a faites et que je vous ai signalées dans la leçon précédente, en nous montrant l'action de certaines parties encéphaliques sur la cir-

(I) c Les personnes qui ont de ces personnes, qui sont, par ce fait,

l'embonpoint, les entrailles velou- favorisées de la nature, sont douces,

lées, le cholédoque coulant, le mou- affables , gracieuses, prévenantes,

vement péristaltique aisé et régulier, compatissantes, officieuses. Un non

qui s'acquittent tous les matins, dès dans leur bouche a plus de grâce

qu'elles ont déjeuné, d'une bonne qu'un oui dans la bouche d'un con-

selle aussi aisément qu'on crache ; stipé (n). >

{a) Voltaire, Romans, les Oreilles du comte de Chesterfield et le Chapelain Goudmarty ch. vu.

culation intestinale, a mis en lumière le lien si étroit qui unit les fonctions cérébrales à celles de Tintestin. Influences L'influencc des circonstances extérieures est aussi indu-

exlé-

riourci. bitable dans le développement ou la cure de la constipation, et ce serait chose banale de dire que les changements de climat produisent ou la constipation, ou plus souvent la diarrhée. Ce dernier phénomène est même habituel dans Tacclimatement des pays chauds.

Du froid. L'influence du froid humide sur Tabdomen étant une des causes les plus habituelles de la diarrhée, vous comprenez bien qu'on ait conseillé ce moyen pour combattre la constipation, et qu'on ait appliqué sur le ventre des gens constipés des linges mouillés ou de l'eau froide sous forme de douches.

Cette hydrothérapie est un bon moyen dans la cure de la constipation. Sauvages (a), dans sa Nosologie^ signale des cas de constipation opiniâtre traités ainsi par Chaplal; Scheidel (b) relate aussi cette cure qui a fait autrefois du bruit et a tant contribué à la réputation de Priessnitz; c'est celle d'un fils unique d'un prince deLichtenstein, qui atteint d'une constipation rebelle à tous les traitements, fut guéri par l'application de l'eau froide.

Comment agit le froid pour combattre la constipation? C'est en exagérant les mouvements péristaltiques de l'intestin; et cette exagération n'est point due directement à l'abaissement de la température, qui, au contraire, comme nous l'avons vu, aurait un effet opposé; mais bien parce que ce refroidissement de la périphérie entraîne, sans doute, une activité circulatoire plus grande de l'intestin et par cela même une augmentation dans les contractions intestinales.

Toute cause vaso-motrice d'ailleurs qui pourra amener cette congestion active intestinale produira cet effet et c'est

(a) Sauvage, Nosologie médicale, t. UI.

{h) Schei«lel, Examen critique de l'hydrothérapie^ p. 31.

ainsi que nous pouvons expliquer certains faits curieux, comme par exemple celui de ce duc de Ferrare, qui ne pouvait aller à la garde-robe qu'en marchant pieds nus sur les dalles froides.

Outre Tapplication du froid et de l'eau froide, signalons Des aussi un autre moyen qui peut rendre de grands services : je nnLT. veux parler des douches périnéale, anale et rectale, qui agissent directement, non seulement sur la paroi musculaire du rectum, mais encore sur l'ensemble des muscles qui prennent part à l'acte de la défécation, et ceci me conduit à vous parler des lavements, qui jouent un si grand rôle dans nés la cure de la constipation. Permettez-moi de vous résumer *'^"**""' en quelques mots l'histoire de cet utile agent thérapeutique.

On fait remonter, vous le savez, l'origine du clystère fort Huioirc loin, et si Ton en croit la fable, c'est à la cigogne ou à l'ibis UTenTenis. qu'on devrait l'invention de ce moyen thérapeutique. Un de ces oiseaux, gêné par la constipation, aurait, dit-on, puisé dans son long bec une certaine quantité d'eau et, la lançant dans l'anus, se serait ainsi débarrassé de son incommodité (1). Hippocrate, Celse, Galien, Oribase, Asclépiade, adoptèrent sans hésitation celte origine; ils prescrivaient souvent les lavements, qu'ils administraient en se servant d'une vessie adaptée à un tube de sureau ; ce dernier était introduit dans l'anus et, par des pressions plus ou moins énergiques sur la vessie pleine d'eau, on faisait ainsi pénétrer le liquide dans l'intestin; c'est la bourse à clystère en usage pendant si longtemps. De nos jours même, dans quelques pays encore peu au courant des progrès de la civilisation (2) on se sert

(1) Guy de Chauliac dit : Enœme en riniroductoire des médecins, f

ou clystère a été prins de l'oiseau (t) D'après le docteur Mondière,

nommé cigogne, laquelle ayant dou- les habitants delà cdte d'Or d'Afrique

Jeur de ventre, prend de l'eau de la se servent comme seringue d'une

mer dans son bec et la jette par courge sèche, ayant la /orme d'un

le derrière, comme Galien raconte matras à long tube recourbé, dont

d'un appareil encore plus primitif; c'est une corne de rumi* nant; on introduit Textrémité percée d'un trou dans Tanus et remplissant la cavité de la corne du liquide à injecter, on le fait pénétrer dans le rectum.

La bourse à clystère s'est depuis bien perfectionnée; déjà en 1496, la seringue, pour ainsi dire classique, était en usage; c'est à Guatinaria (a) qu'on en doit l'invention; cet instrument fut promptement amélioré du reste (1 ). L'une des modifications les plus importantes est celle que lui fit subir de Graaf, et dans la traduction du traité Z>^ clysterihus (i), due, dit-on, à lun de nos plus savants et plus spirituels collègues, on voit l'importance énorme que ce médecin attachait à la découverte qu'il a faite, et qui consistait à adapter à la seringue, au lieu d'un tube rigide, un tube souple plus ou moins long (2). Puis on a songé à courber à angle droit l'extrémité de la canule très allongée, de manière àpermettre au malade de prendre lui-même le lavement (3). Ensuite, on

ils introduisent la petite extrémité, tée de Delft, 14 mars 1669, René de

dans Tanus et ils font pénétrer le Graaf, après avoir montré les diffî-

liquide, soit avec la main, soit à cultes qu'il a vaincues pour obtenir

Taide du souffle d'une personne qui, ce tube flexible, termine ainsi sa

en appliquant la bouche sur la grosse missive: c Tel est illustre maitrc,

extrémité, pousse le liquide dans le Tinstrument que, pour vous être

rectum. agréable, pour obtempérer aoxpriè-

(i) D'après Golson, ce n'est pas à res de mes amis et pour soulager les

Guatenaria ou Guatinaria, médecin souffrances de l'humanité, j'ai cru

qui mourut en 1496, mais bien à devoir rendre public (d). >

Avicenne que l'on doit la découverte (3) C'est dans Ambroise Paré que

de la seringue classique, dont il l'on trouve la première description

aurait donné la description complète de cette modification apportée & la

dans ses ouvrages (c). seringue. Voici comment il s'exprime

(2) Dans sa lettre à Plempius, pro- à se sujet, : c Or, il se trouve cer-

fesscur à l'Académie de Louvain da- taines femmes qui pour mille choses

(à) M. Guatinaria, De caHs xgretudinum parlicularium Noni AlmansorU prû" tica uberrenia. Lyon, ib'SÎ.

(b) L'Instrument de Molière, Irad. du Traité des clystères, par Réguler de Graaf, Paris, 1878.

(c) Golson, De la méthode intestinale* Thèse do Paris, 1867» (rf) R. de Graaf, Tract, de cltjsteribuSi etc. La Haye, 1868.

fit une pompe aspirante et foulante, c'était le clyso-poaipe; et depuis, tous ces instruments ont disparu pour faire place à i'irrigateur dû au docteur Éguisier, qui a inventé, on doit le reconnaître, un des appareils les plus commodes pour Tadministration des lavements.

Tous les médecins ont, depuis les temps les temps les plus reculés, conseillé l'emploi des clystères et administré ce remède (i). Au moyen âge, le lavement fut en vogue et Guy de Chauliac ne sortait jamais sans sa bourse à cly stère sous le bras. Mais l'époque à laquelle celte vogue atteignit son apogée fut le règne de Louis XIV, et on peut dire que le siècle du grand roi fut aussi le siècle du clystère.

On ne peut pas se figurer jusqu'où va la folie du lavement Apogée à cette époque ; pour vous en donner une idée, il faut par- uvemênu. courir les mémoires du temps, et vous y verrez ce fait, qui nous paraît aujourd'hui invraisemblable, que lors d'une réception royale, la Dauphine se fit administrer subrepticement un lavement par une femme de chambre. D'ailleurs les médecins du grand roi ont noté avec soin tous les clys-

ne voudraient prendre un clystère de préhensible, le lavement que n'exige

la main d'un homme, pour une ver- pas une circonstance indispensable,

gogne et honte qu'elles ont de se Des autorités respectées, telles que

montrer; à ceste cause, j'ai fait por- Djaral, Mondjahed, Haçan, Tâous

traire cet instrument, duquel elles Amir et nombre d'autres déclarent

se pourront aider à recevoir un clys- que le clystère n'est point répréhen-

tère, le mettant par devant (ayant un sible. D'après Hhallàl, Abd Allah

peu les fesses levées), la canule dans (probablement le fUs du calife Omar),

le siège, puis versera la liqueur de- condamnait le lavement, puis plus

dans la boite (a). > tard l'autorisa dans le sens de médi-

(1) Les Arabes ont repoussé le la- cament. D'après ce même Khallâl,

Tement comme contraire aux près- qui cite ses autorités, le second ka-

eriptions du Coran. Dans sa thèse, life, Omar, considéra le clystère

M. Colson s'exprime ainsi à cette comme une chose à tolérer, c J'ai

égard : questionné, dit Djàber, Mohammed,

c L'iman Ahmed a établi des textes fils d'Aly, au sujet du lavement. —

qui désapprouvent, comme chose ré- Il n'y a rien de mal, me répondit-il,

(a) .Vmbroiflo l*arc, Edilion de Malgaigne, t. ïll, p. 557.

téres administrés à leur auguste client, et le nombre en est considérable (i).

11 nous est même resté à propos de cet engouement pour

à prendre le lavement, c'est un médicament comme un autre médicament. > Âbou Bekr El-Mouroûji, parlant au père d*Abd Allah des avantages des clystères, lui posa cette question : c Prendre un lavement, est-ce rompre le jeûne ou non ? i

A ce sujet les casuistes différent d'opinion (a).

Brochin, dans une note à son article Lavehent du Dictionnaire encyclopédique des sciences mèdicaleSy cite le fait suivant : lorsque Abd-el- Kader fut indisposé à Amboise, le médecin qui le soignait ayant ordonné un lavement, Fémir refusa formellement en disant : c Que la volonté de Dieu soit faite 1 > et le remède ne fut pas administré.

(1) Voici quelques-unes des formules des lavements ordonnés au roi Louis XIV par ses médecins ordinaires, Fagon, Vallot et d'Aquin :

Lavement calmant pour le roi, 1652 (Vallot) :

Huile d*ainandcs douces.. 30 grammes.

Miel violet 45 —

Êlectuaire Icnitif 15 —

Dissoudre dans une décoction d*orge et faire un clystére à prendre le matin.

Lavement purgatif pour le roi, 1G53 (Vallot).

Manne.

grammes.

Faire bouillir légèrement dans une suffisante quantité d'eau de décoction

de farine d'orge et de graine de lin.

Dissolvez dans la colature.

Miel violet 45 grammes.

Êlectuaire lénitif 30 —

Huile d'amandes douces.. ^ —

Faites un clystére à prendre le matin.

Lavement pour le roi en son flux de ventre, 1653 (Vallot) :

Confection minérale.... 15 grammes.

Uuile d'amandes douces.. 30 —

Miel do roses 15 —

Eau de roses 1^ —

Faire dissoudre dans uue décoction de graines de lin et de farine d'orge.

Autre lavement, 1653 (Vallot),

Jalap d'Alexandrie 15 grammci.

Confection minérale... 24 —

Huile d'amandes douces.. 31 —

Eau de roses 120 —

Versez dans 500 grammes de décoction de farine d'orge et de graines de lin.

Faites un clystére.

Lavement laxatif pour le roi, 1673 (D'Aquin).

Manne 60 grammes.

Lénitif 60 —

Miel violet 120 —

Huile d'amandes douces.. 60 —

Dissolvez une décoction d'orge et graines de lin (b).

{a) Colson, De la méthode intestinale. Th(«so de Paris, p. 12, 1867/

{h) Journal de la santé de Louis XIV, de l'année 1^47 à l'année 1711, écrit par

Vallot, d'Acquin et Fagon, tous trois ses premiers médecins, avec introduction,

notes et réflexions critiques, etc., par J.-A. Le Roi.

les clystères un document fort curieux; c'est le procès intenté à un chanoine de Troyes, François Bourgeois, par une garde-malade (l),Étiennette Boyeau, qui, ayant admi-

(1) Voici le mémoire composé par ravocat Grosley, dans ce procès mémorable :

€ Mémoire pour Élienneite Boyeau garde' malade, contre maître François Bourgeois, chanoine de Vinsigne église collégiale et papale de Saint-Urbain de Troyes. — Le sieur Bourgeois se trou?ait depuis quelque temps fatigué d'une intempérie chaude des viscères, et de cette espèce d'acrimonie du sang qui en fait extravaser la partie rouge. Ayant consulté sur sa maladie, on lui ordonna Tusage fréquent d'une espèce de lénitif connu vulgairement sous le nom de clystère. La Faculté ayant parlé, il ne s'agissait plus que de trouver quelqu'un pourvu de talents nécessaires pour en exécuter l'ordonnance. On aurait pu s'adresser au sieur Gentil, le phénix des apothicaires de cette ville, mais le sieur Gentil gagne beaucoup d'argent dans sa boutique, et ne se déplace qu'à grands frais.

Tiennette jouissait alors de la réputation la plus brillante. Elle avait l'honneur de servir les personnes les plus qualifiées de (a ville, qui se louaient également de son zèle et de sa dextérité. D'ailleurs quoiqu'elle ne fût pas riche, elle ne prenait que deux sous six deniers par représentation, ce qui la faisait passer poar une femme d'un désintéressement peu commun.

c Le sieur Bourgeois jeta les yeux sur elle; il la pria de venir le voir. 11 lui fit confidence de sa maladie, de la consultation des médecins et des services dont il avait besoin. Tiennette lui ayant donné un essai de son savoir-faire, il la combla des

CLINIQUE THÉRAP., 6* édit.

éloges les plus flatteurs, et la pna de lui continuer par la suite ses bous offices.

€ Deux ans entiers se passèrent de la sorte, c'est-à-dire le sieur Bourgeois toujours un peu échaufië, et toujours se rafraîchissant : Tiennette toujours officieuse, et toujours prête à le rafraîchir : elle y procédait au moins une fois par jour, et souvent jusqu'à six.

€ Cependant elle avait besoin d'argent, et le sieur Bourgeois ne voulait point lui en donner. Trois cents fois, dans les moments les plus intéressants et dans la posture la plus suppliante, elle le pria d'avoir égard à ses besoins, sans qu'il se laissât attendrir.

€ Enfin, après diverses péripéties inufiles à rapporter ici, elle le traduit en justice, et l'exploit est donné le 5 mai 1756.

€ Elle conclut à la modique somme de 150 livres, tant pour avoir mis en place 1200 lavements, que pour avoir fourni la seringue et le canon. >

Après avoir montré, en s'appuyant sur les autorités les plus respectables combien il est mal de retenir la récompense du mercenaire, l'avocat continue :

c Si des services ordinaires doivent être suivis d'une récompense prompte, combien doit l'être davantage la récompense de ces services secrets, de ces services auxquels l'humanité répugne un peu, de ces services, en un mot, qu'on ne rend point en face !

€ Comment se défendra le sieur Bourgeois? Opposera-t-il la fin de non-recevoirf Mais depuis le dernier I. — 45

nistré 2,190 clystères à ce chanoine en deux ans, réclamail à son client la somme de 2 sols 6 deniers par lavement.

Molière a d^ailleurs donné une peinture fort exacte de cet entraînement vers le lavement, dans son immortelle comédie du Malade imaginaire^ et le compte de l'apothicaire Fleurant est d'une exactitude parfaite et conforme à ce qui était alors écrit dans les traités de médecine (!)•

lavement jusqu'à Fexploit il ne s'est écoulé que deux mois. Déniera-t-il les services de Tiennette ? tous ses voisins et amis sont prêts d'en rendre témoignage. Dira-t-il que Tiennette s'acquitte maladroitement de ses fonctions ? La voix de tous les honnêtes gens s'élèverait contre lui.

€ Peut-être se retranchera-t-il à dire que la somme de 150 livres est exorbitante, que des lavements ainsi que toute autre chose doivent être moins chers en gros qu'en détail ; et que lui, qui en prend tous les jours, et plutôt six qu'un, doit en avoir à meilleur marché qu'une personne qui n'en prend qu'un en passant.

Cette réflexion du sieur Bourgeois est judicieuse, mais par un calcul fort simple on va lui prouver qu'il en fait une application peu juste.

c Tiennette a servi le sieur Bourgeois pendant deux ans consécutifs :

le fait n'est pas douteux. Chaque année est composée de 365 jours, ce qui fait pour deux ans 730 jours. Or, le sieur Bourgeois prenait au moins un lavement par jour, et souvent il en prenait six. Ainsi en excluant chaque jour, l'un dans l'autre, à trois lavements (et cette évaluation n'est pas excessive), il se trouvera pour les 730 jours, un capital de 2,190 lavements, lesquels à deux sous six deniers pièce, qui est le prix courant, forment la somme de 273 livres 15 sous.

€ Tiennette veut bien restreindre ces 2,190 lavements à 1,200, et aa lieu de 273 livres 15 sous qu'elle avait droit de prétendre, elle réduit sa demande à 150 livres. Comment donclc sieur Bourgeois ose-t-il se plaindre !

et Tiennette pouvait-elle porter le désintéressement et la modération plus loin?

. € L'intérêt propre du sieur Bourgeois doit l'engager à faire justice à Tiennette, car enfin il n'est pas parfaitement guéri de sa maladie. S*il ne satisfait pas Tiennette, qui désormais voudra lui rendre des services qu'il sait si mal récompenser? Qui les lui rendra avec autant de xèle et dextérité?

c Qu'il vienne à résipiscence, et Tiennette oubliera le passé. Ou s'attache aux gens par les bienfaits; elle est véritablement attachée à lui par ceux qu'elle lui a rendus. Qu'il lui fasse justice et il la verra retourner à côté de son lit avec plus d'empressement que jamais. »

(1) Voicile passage de l'immortelle comédie rehitif aux lavements :

c Plus un petit clystère insinuatif, préparatif, émoUieut pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles

de Monsieur plus un bon clystère

détersif composé avec catholicon double, rhubarbe, miel rosat et autre suivant Fordounance pour balayer, laver, nettoyer les entrailles de Monsieur, trente sols, plus un clystère

ments.

Que nous enseigne la physiologie au point de vue de l'ad- Expéministration des clystères ? Malgré leur aversion pour les ^M ull!' lavements, c'est dans les auteurs anglais que nous trouvons les expériences les plus complètes sur ce sujet. Christison, Anthony Thomson, Denman, Graves, Marshall-Hall (a), nous ont donné des faits très intéressants à cet égard et qui montrent que pendant la vie les lavements ne peuvent franchir la valvule iléo-caecale ; le nom de barrière des apothicaires est donc bien applicable à cette valvule, comme le soutenait d'ailleurs depuis longtemps René de Graaf (1). Ces expériences nous montrent aussi qu'avec les moyens ordinaires d'injection les lavements pénétrant dans le rectum atteignent difficilement l'S iliaque et que la quantité du liquide ne dépasse pas habituellement 500 à i,000 grammes (2).

carmin atif pour chasser les veut s de pénétrer de 4 à 8 pintes d'eau et

Monsieur» trente sols... » (b). remplir tout Tintérieur du gros in-

(1) Quelques auteurs ont cependant testin et franchir même la valvule soutenu que les la?ements et même iléo-cœcale (de 4*64 à 7'44). des suppositoires pouvaient être ren- Sur le vivant, Hall a fait pénétrer dos par la bouche. Kerkringius a jusqu'à 5 pintes {i^5) d'un liquide soutenu que la valvule pouvait être huileux, et la percussion a permis, franchie, Hegnier de Graaf nie que dans et cas; de reconnaître la préce fait puisse se produire et cite ce- sence de ce liquide dans toute Tétenpendant les observations de Galien. due de l'intestin. Sennert, Paré, Barlholin, etc. Col- Dans ^une autre expénence, faite son, dans sa thèse, rapporte aussi sur un jjsune^ homme qui fut placé quelques observations des auteurs horizontalement sur le côté gauche, anciens (c). on fit pdnétrel* d'abord 3 pintes

(i,) Hall a fait une série d'expé- (2'79) de liquide ; puis, comme Fin-

ricnces pour savoir quelle quantité jection ne pouvait aller plus loin, on

de liquide peut contenir le gros in- reconnut que le licfuide avait pénétré

testin et à quelle hauteur peuvent jusqu'à l'union des oôlons transverse

monter les injections qui y sont et ascendant,

faites. Sur le cadavre, il a pu faire On plaça alors le sujet sur le c6té

(a) Anthony Thomson, ElimenU de matière médicale et de thérapeutique, -* Denman, Traité (t accouchements y 2* édit.

(b) Molière, Malade imaginaire, acte I*% scène V,

(c) B. Golson, De la nUthode intestinale. Thèse de Paris, 1867, q* 118.

Bien entendu, je ne parle pas ici des injections forcées faites dans le gros intestin; lorsque je m'occuperai du traitement de Tocclusion intestinale, vous verrez qu'on peut porter, par des moyens appropriés, le liquide beaucoup plus loin et lui faire ainsi parcourir une grande étendue du gros intestin, et même, si Ton en croit Gantani, de l'intestin grêle.

Gantani, en effet, par la méthode dite de l'entérôclisme, aurait fait franchir à des corps gras tels que Thuile, la valvule iléo-caecale. Il prétend que, dans trois cas, il a vu les lavements d'huile introduits par sa méthode, méthode que je vous exposerai complètement lorsque je vous parlerai du traitement de l'occlusion intestinale, déterminer des vomissements contenant l'huile ainsi introduite par l'anus. Malgré la rigueur scientifique avec laquelle ont été prises ces observations, je crois cependant que ce sont là des faits exceptionnels et qui viennent confirmer la règle qui veut que la valvule iléo-caecale constitue une barrière le plus souvent infranchissable aux liquides introduits dans le rectum. AranUffet Qucls sout les avautagcs des lavements simples ? Quels ^Té^onu sont leurs inconvénients ? On a beaucoup critiqué l'abus des clyslères, on a prétendu qu'ils amenaient la paresse des fibres musculaires du rectum, et que l'usage prolongé en était mauvais. Je crois, messieurs, qu'on a grandement exagéré ces inconvénients: on peut éviter cet affaiblissement si souvent invoqué comme conséquence des lavements trop fréquents, en usant de l'eau froide au lieu d'eau tiède. L'eau froide, en effet, excite par la réaction qu'elle produit la contraction des fibres musculaires, brise les matières fécales et permet leur expulsion au dehors.

droit ; on put constater, par la per- Ton put faire alors pénétrer trois cussion, que le liquide passait dans nouvelles pintes de liquide (â'79). le côlon transvei*se et descendant, et

des lavfmonU.

C'est donc un bon moyen pour combaltre la constipation; mais n'oubliez pas ce point important que, si la constipation dure depuis longtemps, le lavement ne peut la vaincre par lui seul, car il ne pénètre pas dans le rectum ; la canule introduite par Tanus se fixe en effet dans les matières fécales, qui en obturent l'ouverture et empêchent ainsi Teau de passer dans l'intestin. Dans ces cas il faut intervenir directement soit à l'aide d'une cuiller, soit à l'aide du doigt pour briser ce bol fécal et en entraîner les portions hors de l'anus. Ce sont là des procédés auxquels on est souvent obligé de recourir chez les vieillards.

Tels sont, messieurs, les différents moyens hygiéniques dont nous pouvons disposer pour la cure de la constipation. Dans la prochaîne leçon, je vous ferai l'étude des moyens pharmaceutiques et je vousexposerai l'histoire desdiflférenls purgatifs.

TROISIÈME LEÇON

Sommaire. — Des purgatifs. — Classification des purgatifs. — Par leur effet. — Par leur action physiologique. — Expériences physiologiques sur les purgatifs. — Procédés d'expérimentatio». — Recherches sur les purgatifs salins. — Expériences de Colin, Moreau, Vulpian. — Interprétation des faits. — Action sur la tunique musculeuse. — Division physiologique des purgatifs. — Des purgatifi salins. — Actions toxiques différentes des sels de soude, de magnésie et de potasse. — Sels de soude. — Sulfate de soude. — Sels de magnésie. — Sulfate de magnésie et citrate de magnésie. — Sels de potasse. — Eaux purgatives. — Eaux chlorurées sodiques, sulfatées magnésiennes.

Dans la leçon précédente, nous avons étudié les moyens hygiéniques dont le médecin dispose pour combattre la constipation; nous allons maintenant passer en revue les agents pharmaceutiques dont on peut user pour faire disparaître ce symptôme.

Ces moyens sont puisés dans un ordre de médicaments qui Des forment en thérapeutique un groupe naturel, les purgatifs, p"*^'"*- Et, puisque j'aborde cette question si intéressante des purgatifs, permettez-moi de la traiter complètement et de vous dire sur quelles bases nous devons établir Tétude et la classification de ces précieux agents médicamenteux.

Les purgatifs ont toujours joué un grand rôle en thérapeutique et vous ne serez pas étonnés qu'on ait cherché, pour les étudier plus complètement, à les grouper et à les classer d'une façon méthodique. Il y a deux grandes bases à ces classifications; Tune, déjà ancienne, s'appuie sur les effets purgatifs divers obtenus par ces médicaments; l'autre, plus

récente et plus scientifique, prend pour point de départ Taclion physiologique de ces substances. Alibert, Hartmann, Tomasi, Trousseau et Pidoux, Bouchardat et d'autres auteurs (1) ont classé les purgatifs suivant leurs effets, d'une façon presque identique et vous trouverez un résumé clair et méthodique de ces classifications dans la thèse de Requin (a).

Les purgatifs, pour ces auteurs, se divisaient en trois classes ou tribus. Dans la première on classait les laxatifs, c'est-à-dire les purgatifs doux, appelés aussi minoratifs, lénitifs, coproliques : c'étaient la manne, la casse, le tamarin, les pruneaux. La deuxième classe comprenait les cathartiques doux, représentés par la magnésie calcinée; les cathartiques moyens, dont la rhubarbe et le séné sont de bons exemples; et enfin les cathartiques quasi drastiques comme le jalap et la scammonée. Dans une dernière tribu étaient les purgatifs irritants, les drastiques, tels que la coloquinte et le croton.

cussiflca- L'autre base de classification repose sur l'action physiolo-

tion physiolo-

giqao. (1) Giacomini classe les purgatifis purgatifs d*orîgine végétale, en pnr-

dans le groupe des hyposthénisants gatifs salins, en purgatifs émoliicnts

entériques. et en purgatifs mécaniques.

Trousseau et Pidoux ont divisé les Fonssagrives admet la classifica-

purgatifs en deux grandes classes : tion suivante des purgatifs : 1* al-

ceux qui sont tirés du régne végétal calino-salins; ^ purgatifs salins;

et ceux qui sont fournis par le règne 2^ purgatifs antimoniaux ; i* purga-

minéral. tifs mercuriels ; 5® purgatifs résineux ;

Bouchardat, dans son Formulaire, &* purgatifs sucrés ; 7<* purgatifs aci-

adopte la classification en drastiques, dulés; 8"* purgatifs convulsivants ;

cathartiques et laxatifs; dans sa 9^ purgatifs mécaniques; 10* pur-

Matière médicale y il les divise en gatifs composés (b).

{a) Requin, Thèse de concours pour la chaire de matière médicale^ 4839.

(b) Giacomini, traduit par Mo^jon et Rognetta. Paris, 1873. — Alibert, Eléments de thérapeutique et de matière médicale. Paris, 1826. — Hartmann, Farmacologia dinamica per uso academico^ trad. di Andréa et Angero Bufllai. Pavia, 1827. — Trousseau et Pidoux, Traité de thérap. et de matière médicale, 1855. — Bouchardat, Traité de matière médicale et de thérapeutique , t. Il, p. 11. — Fonssagrives, Traité de thérapeutique, t. Il, p. 469.

gique de ces purgatifs, et je dois d'abord vous expliquer celte action et vous rappeler les expériences qui ont permis de faire cette étude ; des recherches ont été faites en France par Colin (1854), par Moreau (1868-1870) et par le professeurVulpian; en Angleterre par Lauder Brunton (1874)} en Allemagne par Thiry (1864), par Radziejewski et par Brieger (1878) (a). Mais, avant de vous exposer à quel^ Procédé* résultats sont arrivés ces expérimentateurs, je vous dois Tex- rZLi, plication des procédés mis en usage.

Les procédés sont de deux ordres : le procédé de Thiry, Futuie de dit fistule de Thiry, et celui établi par Colin. Le procédé de ^*''*^* Thiry est des plus compliqués : il consiste à séparer par deux sections perpendiculaires une portion de l'intestin, tout en la laissant adhérente au mésentère, puis à fermer l'une des extrémités de celte anse isolée et à appliquer l'autre à une ouverture pratiquée à la paroi abdominale. On a ainsi un caecum ouvert à l'extérieur et vivant de la môme existence que le reste de l'intestin, grâce à la portion mésentérique qui lui reste attachée; puis les deux bouts sectionnés de l'intestin sont réunis ensuite pour maintenir la continuité de ce tube. En introduisant dans ce cul-de-sac des médicaments irritants, ou bien en faisant pénétrer par le tube digestif les médicaments, on observe ce qui se produit dans la portion intestinale en expérience.

Le procédé de Colin est plus simple et de beaucoup pré- p^^é férable ; c'est celui qu'ont employé Moreau, Vulpian, Lauder **• ^^""• Brunton et Brieger. Il consiste à placer, sur une portion de l'intestin, deux pinces qui empêchent cette portion de com-

(fl) Colin, Physiologie comparée^ t. !•', \^ édit., p. 649, 1054. — Moreau, Mi-' moirei de physiologie, 1847-1854, p. 126. — Yulpian, Appareil vaso-moteur y i. I*, p. 483. — Brunton, Of Ihe action of the purgatives medicines (The Practitionner^ n* 71-72. 1874). — Thiry, Ueber eine neue }fethode den Dunndarm su insoliren^ 25 février 1864. — Radziejewski, Zur physiologischen Wirkung der Abfûhrmittely 1876. — Brieger, Zur physiologischen Wirkung der Abfùhrmittely 1878.

lu LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

muniquer avec le reste du tube digestif : on a soin, avant d'appliquer les pinces, de presser Tintestin pour en chasser tous les produits qu'il renferme; on pratique ensuite une injection du liquide purgatif dans Tanse séparée que Ton veut étudier; on la rentre après dans l'abdomen; puis on sacrifie l'animal et on examine ce qui s'est produit dans cette anse.

N'oubliez pas aussi que pour juger des mouvements intestinaux et de leur intensité, vous pouvez user de la méthode graphique, qui nous a donné une si grande précision dans nos expérimentations, en introduisant dans l'intestin, comme l'ont fait Legros et Onimus, Oulmont et Laurent, une arapoule d'air communiquant avec un appareil enregistreur do Marey.

Eipé- C'est avec ces procédés qu'on a étudié certains purgatifs l^rltî salins et drastiques, ainsi que l'action de quelques solanées; '^Miiîl^' les recherches sur les purgatifs salins ont été de beaucoup les plus nombreuses et voici ce qu'on a observé. Si, à l'exemple de Moreau, vous injectez de 20 à 35 centimètres cubes d'une solution de sulfate de magnésie au cinquième dans une anse séparée par le procédé de Colin, vous observerez qu'au bout de six à vingt-quatre heures cette anse renfermera, selon le laps de temps écoulé, de 70 à 336 centimètres cubes d'un liquide contenant du mucus, des leuco* cytes et du suc intestinal (1).

(1) Nous donnons dans le tableau ci-contre les quantités de liquide qui ont été trouvées par Moreau dans Tanse intestinale d*un chien auquel on avait administré de la solution de sulfate de magnésie au cinquième.

Nous indiquons également le temps écoulé entre l'injection et Fexamen de Tanse intestinale, ce qui est d'une certaine importance.

Quantité

de solutioa

iiyccltSo.

Tomps écoulé.

QuanUté

de liquide

trouTée.

Gont. cub.

Heures.

Cent. cub.

Cette expérience, vous la verrez toujours réussir et ce pre- sôcréuon mier fait d'une sécrétion exagérée de liq uide sous l'influence '***^'^"' des purgatifs salins nous permettra de repousser l'opinion exclusive de Thiry et Radziejewsky, qui veulent que l'action des purgatifs ne s'explique que par l'exagération des mouvements intestinaux; cette exagération avec les purgatifs salins n'existe pas, comme l'ont montré Legros et Onimus (a) dans leurs expériences, et il faut attribuer l'effet purgatif, au contraire, au liquide sécrété en plus grande abondance par la muqueuse intestinale.

Mais quel est le mécanisme de cette sécrétion ? Tout Théorie d^abord on a trouvé une explication des plus naturelles et ji'i^yj*^ des plus physiologiques; on soutint qu'il se faisait entre la substance saline introduite dans l'anse et les glandes intestinales et les nombreux vaisseaux sanguins qui parcourent l'intestin un double échange osmotique. On était d'autant plus en droit de soutenir cette opinion que les expériences fort précises de Rabuteau (é), de Jolyet et Frémy (c), de Vulpian avaient montré ce fait important : c'est que lorsqu'on injecte une solution purgative dans les veines d'un chien, au lieu d'avoir un efïet purgatif comme le soutenait Claude Bernard (d), on produit au contraire de la constipation; comme vous le voyez, l'explication était pour ainsi dire complète et l'on disait : lorsque vous introduisez certains sels dans 1- intestin, vous déterminez le passage osmotique de la sérosité des vaisseaux sanguins vers l'intestin, d'où Tefïet purgatif, tandis que, au contraire, si vous faites pénétrer la solution dans les veines, le passage se fait en sens inverse, d'où diminution de sécrétion, d'où constipation.

(a) Legros et Onimus, Recherches expérimentales sur les mouvements de /'mieslin {Journal de Robin, 1869, p. 187). (6) Rabuteau, Soc. de biologie, 1869.

(c) Jolyet et Fr<^my, Arch. de physiologie de Brown-Séquard, 1869. {d) Cl. Bernard, Leçons sur les substances toxiques et médicamenteuses, 1857.

purgAtir.

Do« Permettez-moi de m'arrèter un instant sur cette action

hypodor* des substances purgatives introduites par les veines ou par puT^uvcs. l^pe^u- Elles donnent, à hautes doses, des résultats négatifs; mais il n'en est pas de môme à petites doses : d'après Vulpian, chez le chien, des petites doses de sulfate de magnésie, injectées sous la peau, produisent des selles diarrhéiques. Luton avait déjà soutenu l'effet purgatif, chez l'homme, des injections sous-cutanées de sulfate de magnésie (1). Malgré la concordance de ces recherches, j'avone que j'ai souvent employé ce moyen et que je n'ai jamais obtenu de résultats certains, et je crois donc, jusqu'à nouvel ordre, que nous ne possédons pas un agent thérapeutique qui, introduit sous la peau, puisse combattre la constipation et produire des effets purgatifs.

cutarrho Mais rcveucus à la question de l'échange osmolique des solutions salines introduites dans l'intestin. Déjà Vulpian, tout en montrant que les sels de magnésie étaient absorbés et passaient dans les urines, avait insisté sur l'état de la muqueuse toujours congestionnée et sur l'examen du liquide sécrété, pour montrer que les purgatifs salins agissaient surtout en déterminant un catarrhe passager de la muqueuse intestinale. Les nouvelles expériences de Moreau (2) ont démontré que l'action osmotique n'était que passagère et

(1) Luton a obtervé sur lui-même, rhée pendant la nuit qui a sui?i Tin-

puis sur des malades de THôtel-Dieu jection. L'expérience, répétée deux

de Reims, qu'une injection sous-cu- fois, a donné les mêmes résultats,

tanée de 10 centigrammes de sulfate Lorsqu'on injecte des quantités beau-

de magnésie provoque des selles coup plus considérables de sulfate de

diarrhéiques. magnésie, 10 grammes par exemple.

Chez un chien, Vulpian a injecté on n'obser?e aucun effet intesti-

10 centigrammes de sulfate de ma- nal (a).

gnésie dans 2 ou 3 grammes d'eau (â) De nouvelles expériences de

distillée; le chien a eu de la diar- Moreau (b), communiquées à l'Aca-

(a) Luton, E/fet purgatif des injections hypodermiques de sullate de magnésie {Bull, de la Soc, de Reims, p. 126, si^ance du 3 août 1873). (6) Moreau, Hull. de VAcadémie de médecine^ 1879.

ne pouvait exister qu'au début de Faction de substances salines. 11 faut donc admettre que les purgatifs salins déterminent un véritable catarrhe intestinal, et que c'est ainsi que doit s'expliquer leur action, dont Vulpian a fort bien décrit le mécanisme intime (1).

Avec les solutions salines, nous avons vu que la muqueuse Purçatî^»

drasUqnos.

demie, ont montré combien la question de Faction purgative des solutions salines était complexe. Voici ces expériences : dans une anse in- Ti*stinale, préparée comme Je l'ai indiqué plus haut, Moreau injecte du sulfate de magnésie, puis du cyanofcmire jaune de potassium, sel dont on peut retrouver les traces dans l'urine. La présence de ce sel permet de constater que, s*il y a double é Jiange, il se fait au début de Texpérience et que ce double échange cosse bientôt.

Colin a répondu que ce fait n*est pis une démonstration évidente, pdurce que, au bout de peu de temps, la muqueuse de Tintestin s'enflamme et ne présente plus les conditions normales pour Fabsorption (a).

(1) c En résumé, dit Vulpian, les purgatifs introduits dans les voies digcstives agissent en irritant la jucmbrane muqueuse de ces voies, c Cette irritation détermine des modiûcations de Tépithélium intestinal, et une excitation des extrémii^s périphériques des nerfs intestinaux centripètes. Celte excitation est portée jusqu'aux ganglions nerveux thoraciques inférieurs et intraabtlominaux (ganglions des plexus solaires et mésentériques, ganglions t!es plexus de Meissner et d'Auer- ]:ach), puis elle se réfléchit, par les nerfs vaso-moteurs, sur les vaisseaux

des parois intestinales, et, par les nerfs sécréleurs, sur les éléments anatomiques de la membrane mu« queuse, entre autres sur ceux des glandes de Lieberkuhn. 11 en résulte une congestion plus ou moins vive de la membrane muqueuse intestinale (action réflexe vaso-dilatatrice) ; une desquamation épithéliale, avec production rapide et abondante de mucus, diapédèse ou non, de leucocytes, et une sécrétion active du suc intestinal, auquel se mêlent sans doute, dans certains cas, les produits d*une transsudation profuse, formés surtout d'eau et de certains sels du sang, et due au travail exagéré et vicié, dont les éléments de la membrane sont le siège.

€ C'est là, ce me semble, ce qu'il y a d'essentiel dans le mécanisme de Faction des substances purgatives, quelles que soient, d'ailleurs, ces substances.

€ Dans un certain nombre de cas, les actions réflexes, dues à l'irritation déterminée par les purgatifs, ne s'efi'ectuent pas uniquemeut en suivant les arcs diastal tiques que je viens d'indiquer; l'excitation peut être assez vive pour être transmise jusqu'à la moelle épinière et pour provoquer des douleurs. Tel est le mode de production des coliques :

on sait qu'elles se manifestent, et plus fréquemment et avec plus d'in-

(<i) Colin, Bull, de r Académie de médecim^ 1879,

était seule atteinte, tandis que la tunique musculeuse ne présentait aucune modification dans ses fonctions : il n'en est plus de même lorsqu'on expérimente les purgatifs drastiques. Ces purgatifs, dont Faction locale est beaucoup plus vive et qui produisent une véritable inflammation de la muqueuse intestinale, déterminent aussi, comme l'ont montré Vulpian, Legros et Onimus, des contractions exagérées de la tunique musculeuse et augmentent ainsi les mouvements de l'inleslin.

purgRiifs Enfin, certains médicaments, rangés avec raison dans ce "j^rc»" groupe de purgatifs, limitent leur action à cette seule tunique musculeuse, et sans vous parler des strychnos et des médicaments tétanisants, permettez-moi devons signaler des faits fort intéressants sur l'action des solanées.

Oulmont et Laurent (a) ont montré que l'hyoscy aminé et la daturine, à faibles doses, activaient les contractions de l'intestin ; Legros et Onimus (b) ont obtenu les mêmes effets de l'atropine, qui agirait directement sur le grand sympathique et augmenterait la contractilité intestinale. C'est là un fait d'une grande importance, qui permet d'expliquer nettement l'action purgative des solanées. Division Telles sont, messieurs, les expériences physiologiques d'après lesquelles nous pouvons établir une classification scientifique des différents purgatifs (4); voici celle que je vous propose.

ieiisilé, lorsqu'on fait usage de cer- purgatifs en deux grandes classes :

tains purgatifs (les drastiques) que !• évacuants purgatifs, et 2* piu^-

lorsqu'on en emploie d'autres (pur- tifs véritables,

gatifs salins) (c). » Les évacuants se subdivisent en

(1) Sée a proposé de diviser les deux genres, ceu& qui agissent d'une

(a) Oulmont cl Laurent, Elude sur Vhyoscy aminé et la daturine {Arch, de phy* iiologie, 1870, p. 331).

(6) Legros et Onimus. Journal d^analomie et de phytiologie de Ch. Robin, 1^. (c) Vulpian, Appareil vaso-moteur, t. V\ p. 516.

des ptirgnlirs.

Dans un premier groupe, j'examinerai d'abord les purgatifs agissant en augmentant la sécrétion intestinale, sans exagérer pour cela les mouvements péristaltiques.

Dans le deuxième groupe, groupe interméditaire, je placerai les substances purgatives qui agissent en augmentant la sécrétion eten exagérant aussi les contractions intestinales; ici nous étudions deux groupes de purgatifs, les uns agissant surtout sur la sécrétion intestinale proprement dite, ce sont les drastiques; les autres ayant une action spéciale sur la bile, se sont les cholagogues.

Le troisième groupe sera constitué par les médicaments qui produisent une action purgative en agissant exclusivement sur la tunique musculaire ; ce seront, si vous le voulez, les purgatifs musculaires, et parmi eux se trouvent Tatropine et les strychnos.

Il est enfin un dernier groupe dans lequel rentrent les substances qui agissent par une action mécanique. Ce sont les purgatifs mécaniques.

Je commencerai par le premier groupe, c'est-à-dire j'étudierai les purgatifs qui augmentent la sécrétion intestinale sans exagérer les contractions intestinales. Il y a dans ce groupe trois ordres de purgatifs : 1*" les purgatifs salins: 2" les purgatifs sucrés; 3" les purgatifs végétaux non drastiques.

Ces purgatifs salins sont à base de soude, de magnésie, do« de potasse ; et, avant de donner un rapide aperçu de ces pur- ""^nl^* gatifs, permettez-moi de vous faire remarquer qu'au point

façon mécanique et ceux qui agissent tenant de l'acide catliarlique (séné,

sur la constriclion des muscles in- rhubarbe); 3* les glycosides anhydres

testinaux. (coloquinte et aloès); 4' les corps

Les purgatifs proprement dits sont gras (huile de ricin); 5' les mannites

subdivisés en cinq genres : i^ les (sucres et surtout sucre de lait) (a), sels neutres; 2* les substances con-

(a) Séo, Des dyspepsies gastro^intestiMles. Paris, 1881, p. èiîi

Action de vue de leur action novice, il y a de grandes difiFérences d J"eude entre ces trois sels; à cet égard les expériences de Grandeau, potasse ?t Jolyet et Cahours, Rabuteau, Moreau sont absolument con- ***, lirmatives (a). Les sels de soude introduits dans le sang ne sont pas toxiques. On peut injecter jusqu^à 20 grammes de sulfate de soude dans les veines d'un chien sans produire d'accidents, mais 2 à 6 grammes de sulfate de magnésie, ou bien encore 2 à 3 grammes de sulfate de potasse déterminent chez l'animal des accidents mortels, et si Ton avait à classer par ordre toxique ces différents sels, on devrait placer ici, en première ligne, les sels de potasse, puis viendraient les sels de magnésie et en dernier lieu les sels de soude.

Sels de Les sels de soude fournissent un grand nombre de purgatifs ; nous avons le sulfate, le tartrate, le citrate et le phosphate qu'on peut utiliser. Mais, à coup sûr, le plus employé et l'un des meilleurs est le sulfate de soude, appelé aussi sel sulfate de rf^ Gluuber (1). C'est un excellent purgatif qui, à la dose de 30 à 50 grammes, donne de merveilleux résultats sans provoquer de coliques trop vives.

(i) Sulfate de soude {se\ d*Epsora, tique, â plus fortes doses (30 à 50 de Lorraine, sel de Glauber, soude grammes), il agit comme purgatif vitriolée), cristallise en prismes efflo* et donne des selles séreuses. On rerescents, blancs, très solubles dans marque souvent de la constipation FeaUy insolubles dans Talcool, d'une après un usage prolongé de ce pursaveur amère et désagréable. U existe gatif.

dans beaucoup d'eaux minérales et Le sulfate de soude entre dans la

dans certaines plantes marines ; on composition de plusieurs prépara-

Tobtient aussi par Tévaporation des tiens : eau fondante, sel de Goindre,

eaux salines de Lorraine. tisane royale et médecine noire du

A petites doses (1 à 3 grammes) le Codex, lavements purgatifs (15 à 60

sulfate de soude agit comme diuré- grammes pour 500 grammes d*eau).

(a) Rabuteau, Etudes expérimentales sur les effets physiologiques des fluorures, et des composés métalliques en général. Paris, 1867. — Grandeau, Expériences sur l'action physiologique des sels de potassium^ de sodium et de rubidium {Joum. d'anatomie et de physiologie, 1864). — Jolyot et Cahours, Action physiologique des sulfates de potasse, de soude et de magnésie {Arch, de physiologie, 1869). — Rabuteau, Arch, de physiologie de Brown-Séquard.

DES PURGATIFS SALINS. 7il

Souvent à la consultation vous m'avez vu ordonner une eau purgative que j'appelle eau purgative de r hôpital Saint- Antoine^ et qui consiste dans le mélange suivant :

7f Sulfate de soude \

Sel de Seignette ^àââO grammes.

Crème de tartre )

pour un litre d'eau. Vous faites prendre un ou plusieure verres de cette solution tous les matins. C'est un purgatif bon marché qui s'adresse bien à la clientèle de nos consultations hospitalières.

Potton et Guidon (de Lyon) (a) ont vanté le citrate de citrate ao soude, mais ce médicament est presque oublié aujourd'hui à cause de ses eflfets tardifs (1).

Delioux de Savignac (2) a préconisé le tartrate de soude, Tartmiede mais ce sel est aussi délaissé. Il en est de même duphos- ^^l^^^^^^ phate de soude, ou sel admirable perlé, qu'on ordonnait à ^e wude. la dose de 30 à 60 grammes dans le bouillon aux herbes (3). On a même fait avec ce sel une eau purgative gazeuse.

(1) Le citrate de soude neutre est cristaux transparents, inaltérables à incolore, inodore, d'une saveur salée, Fair, s'efXleurissant par la chaleur, non amère; il cristallise en pyrami- solubles dans Teau froide, plus dans des à six faces» est efflorescent à Fair Teau bouillante» insolubles dans Talsec, très soluble dans l'eau. Il se cool.

donne à la dose de 40 à 60 grammes. Le tartrate neutre de soude a peu

Ce sel a été proposé par Guichon, de saveur, et une solution de ce sel

pharmacien à Lyon ; Potton, médecin aromatisée avec du sirop de limons,

de l'Antiquaille, Ta expérimenté et a fleurs d'oranger, framboises, etc.,

vu que 40 grammes ont suffi pour constitue, d'après Delioux de Savi-

purgerlesjeones sujets, 55 grammes gnac, un breuvage d'un goût extrè-

pour des sujets plus âgés. moment agréable. La dose habituelle

On peut donner ce sel dans une est de 40 grammes (6).

limonade gazeuse. (3) Le phosphate de soude (sel ad-

(2) Le tartrate de soude est en mirable perlé, sel purgatif insipide),

(a) Potton, Galette médicale de Lyon^ et Bouchardat, Manuel de matière médicale, de thérapeutique et de pharmacie, t. H, p. 100, 1873.

(b) Delioux de Savignac, De Cemploi du tartrate de soude comme purgatif. Pari», 1851.

CUKIQUE THÉBAP.» 6* édit« t. — > 46

SuUSofTinato de soadc.

Chlorare de fodium.

Enfin, pour en finir avec les sels de soude, je vous signalerai le sulfovinate de soude, introduit en 1870 dans la thérapeutique par Rabuteau et aujourd'hui abandonné à cause de son instabilité (1). Ce sulfovinate de soude se transforme en effet, en bisulfate, sel des plus acides et des plus irritants (2).

Le chlorure de sodium devrait être rangé dans ce groupe, car les solutions de chlorure de sodium et même l'eau de mer sont conseillés comme purgatifs. Rayer avait été plus loin et avait pensé que Teau de mer, outre son action purgative, pouvait avoir une action curative du cancer, et

cristallise en prismes rhombcidaux terminés par une pyramide à quatre faces. Incolore, d'une saveur fraîche, non désagréable, très soluble dans l'eau, purge sans nausées, ni coliques, et provoque des évacuations séreuses et bilieuses comme le sulfate de soude.

11 se donne à la dose de 30 à 60 grammes.

Bouillon aux herbes ou apozème d'oseille composé :

Feuilles fratchos d'oseille 60 grammes.

Feuilles de laitue.... 30 —

— de poirée ou

bette 15 —

— cerfeuil 15 —

Kau 1500 —

Faites bouillir jusqu'à cuisson et ajoutez :

Beurre firais 10 grammes.

Sel marin 3 —

Bouillon de veau :

Veau 200 grammes.

Eau 1 litre.

(i) Le sulfovinate de $oude^ ou éthysulfate de soude, cristallise en

tables hexagonales; il est blanc, d'une saveur fraîche, sans amertume, très soluble dans l'eau, l'alcool Caible et la glycérine, insoluble dans Péther, un peu dans l'alcool fort. D'après Rabuteau, !25 grammes dissous dans trois verres d'eau ordinaire ou d'eta de Seltz amènent chez l'adulte de 5à6 selles; 10 grammes suffisent chez les enfants.

(2) Le chlorure de sodium (sel marin, hydrochlorate de soude, muriate de soude, sel commun) est en dissolution dans l'eau de mer, ou à l'état solide sous forme de bancs, 4e sel gemme. On le rencontre ainsi en France, à Dieuzc (Meurthe), à Montmeros et à Salins (Ardennes), à Chàteau-Salins; à Salins (Basses-Pyré* nées); en Pologne à Wieliczka.

Le chlorure de sodium est incolore, inodore, d'une saveur salée et fraîche; il cristallise en cubes ; il est soluble dans l'eau froide, plus dans l'eau bouillante, insoluble dans Falcool absolu.

Administré à petite dose, le sel est stimulant; à haute dose il est purgatif; comme purgatif on l'emploie surtout en lavements; une cuillerée de sel pour 500 grammes d'eav.

pour rendre cette eau plus supportable il avait imaginé de la rendre gazeuse. Lebert a repris celle idée et conseille Teau de mer gazeuse comme laxatif (a). Quoi qu'il en soit, dans nos ports de mer il est fréquent de voir les marins, pour se purger, prendre plus ou moins d'eau de mer et obtenir ainsi des effets purgatifs des plus manifestes.

La magnésie (1), comme la soude, fournit à la thérapeu- seu do tique de nombreux purgatifs. Tout d'abord, nous avons : ""■*^"^*^*' la magnésie dite calcinée^ étudiée surtout par Fonssagrives et qui, au point de vue pharmaceutique, se présente sous deux états, ou bien, comme substance légère, privée d'eau Magnésie. et appelée magnésie française ^ par opposition à la magnésie anglaise, qui est lourde, pesante, et s'appelle aussi magnésie de Henry ou de Howard.

Cette substance est un excellent purgatif surtout pour les enfants, et je ne connais pas de meilleur médicament à la

(1) La magnésie^ ou oxyde de 50 à 60 centigrammes, aux adultes

magnésium, s'obtient en calcinant à la dose de 6 à 8 grammes,

rhydrocarbonate de magnésie. Elle On administre la magnésie soit en

se présente sous l'aspect d'une poudre tablettes, soit dans du chocolat, soit

blanche, légère, sans saveur, infu- en sirop, soit en potion» soit aussi

sible aux plus hautes températures ; sous forme granulée, granules ma-

elle est insoluble dans Teau si elle a gnésiens effervescents préparés en

été fortement calcinée. Angleterre principalement. On re-

On fait usage de deux sortes de proche à la magnésie d'être parfois

magnésie : i* la magnésie lourde, ou le point de départ de concrétions in-

magnésie blanche^magnésie anglaise, testinales, de bézoards plus ou moins

magnésie de Henry; cette magnésie volumineux.

lourde se présente en petits grains La magnésie faiblement calcinée a

durs; elle est beaucoup plus lourde été proposée comme antidote dans

que la magnésie calcinée, et est in- les empoisonnements par Tacide ar-

solable dans Teau ; ^ la magnésie sénieux et comme neutralisant dans

légère ou magnésie française, ma- les empoisonnements par les acides

gnésie calcinée ordinaire; elle se minéraux. donne aux jeunes enfants à la dose de

(a) Lebert, Sar C emploi à V intérieur de \Veau de mer (Archives de médecine, octobre 1879).

Sulfate do magnésie.

lii LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

dose de une ou deux cueillerées à café pour provoquer chez

eux les garde-robes.

On peut la conseiller aussi pour les adultes ; mais ses effets s'épuisent et Ton voit quelquefois à Teffet purgatif succéder une constipation plus du moins opiniâtre et même dans certains cas Tabus de cette magnésie peut produire des calculs intestinaux. En pharmacie, on a fait deux bonnes préparations avec la magnésie : Tune est dite médecine à la magnésie^ formule de Mialhe, l'autre est appelée lait de magnésie (i).

A côté, vous placerez le carbonate, ou mieux le souscarbonate de magnésie (2), décrit sous le nom de magnésie blanche; elle est peu usitée et employée plutôt pour combattre l'acidité trop grande de l'estomac.

C'est encore la magnésie qui fournit le sel le plus employé comme purgatif: le sel d'Epsom ou de Sedlitz, qui n'est que du sulfate de magnésie (3), et c'est avec ce sel dissous dans

(1) Médecine de magnésie (Mialhe) :

Magnésie calcinée 8 grammes.

Eau 40 —

Faites bouillir ^ minutes et ajoutez :

Sucre 50 grammes.

Eau de fleurs d*oranger. 20 —

Cette médecine agit cinq ou six heures après avoir été prise : on la prendra le matin à jeun, et après son administration on boira un demiverre d'eau froide.

Lait de magnésie :

Magnésie calcinée 10 grammes .

Eau pure 80 —

Eau de fleurs d'oranger. 10 —

Après l'administration de ce lait, boire un liquide sucré.

(t) Carbonates de magnésie. — 11

y a trois carbonates de magnésie :

1* un neutre ; 2* un bicarbonate et 3* un sous-carbonate appelé anssi magnésie blanche, magnésie carbonatée, carbonate de magnésie.

Ce sel se présente sous forme de masses cubiques, d*un beau blanc, doux au toucher, insipide, inodore, inaltérable à Tair, insoluble dans Teau, soluble dans Tacide chlorhydrique. On Tadministre, soit en poudre à la dose de 50 centigrammes à 5 grammes, soit en eau purgative, eau magnésienne, bonne préparation qui purge légèrement et peut être donnée comme absorbant des acides de l'estomac. *

(3) Sulfate de magnésie (sel d'Epsom, sel de Sediitx ou d'Egra* sel cathartique amer). — C'est un sel blanc, inodore, d'une saveur amère et désagréable, cristallisé en pris-

Teau et additionné d'acide carbonique en plus ou moins grande quantité que se font les eaux de Sedlitz artificielles. Si vous formulez sans fixer la quantité du sel que le purgatif doit renfermer, Teau de Sedlitz est à 30 grammes de sulfate pour 650 grammes d'eau gazeuse. Il est donc nécessaire, si vous désirez augmenter la dose, de bien le spécifier.

Le sulfate de magnésie a été pendant longtemps le sel le curato de plus employé, mais en 1847 un rival dangereux lui fut suscité par un pharmacien d'un petit village de l'Aisne (Anisyle-Château), Rogé, qui s'est acquis, par sa découverte du citrate de magnésie (1), une grande renommée. Il y a plu-

mes quadrangulaires terminés par une pyramide à quatre faces, il s'effleunt à Tair, est soluble dans Feau et insoluble dans Talcool. On le prescrit à la dose de 30 à 50 grammes dans deux ou trois verres d*eau, pour l'adulte. On l'administre aussi soit sous forme d'eaux de Sedlitz gazeuses artificielles, soit sous forme d'eaux minérales naturelles (Sedlitz»

PûUna, Birmenstorf), soit encore en lacements.

Souvent le sulfate de magnésie du commerce est mélangé avec du sulfate de soude. Liebig a proposé le moyen suivant pour déceler la fraude. On ajoute à la solution de sulfate de magnésie, du sulfure de baryum, qui précipite toute la magnésie en même temps qu'il se dépose du sulfate de baryte ; on ajoute à la liqueur filtrée de l'acide suliurique en petit excès pour décomposer l'excès de sulfure de baryum et séparer tout le baryum à l'état de sulfate de baryte ; si la magnésie est pure, il ne reste en dissolution que de l'acide sulfurique qui se dissipe par évaporalion ; s'il y a du sulfate de soude, il reste dans les liqueurs, et on l'obtient pour résidu de leur concentration.

(i) Citrate de magnésie, — Ce sel dépourvu de la saveur amêre et désagréable du sulfate de soude, est blanc, à peine sapide, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool. C'est un purgatif agréable, qui purge sans occasionner ni soif ni épreintes et donne à peine quelques coliques très légères. La dose pour l'homme est de 45 grammes et de 40 pour la femme ^Soubeyran).

Le citrate de magnésie sert à préparer de nombreuses litnonades de Garol, Thévenol, Robiquet, Bouchardat; les limonades les plus connues sont celles de Rogé (chaque bouteille contient 50 grammes de citrate de magnésie et 5'"'50 d'acide citrique libre); on a fait aussi des tablettes au citrate de magnésie qui sont prescrites surtout aux enfants.

Il est aussi une autre préparation facile à employer : c'est le citrate de magnésie granulé effervescent de Draper. Cette préparation n'est pas du citrate, mais du tartrate mêlé de citrate et de sulfate de magnésie ; on la donne à la dose de 30 à 60 grammes dans une bouteille d'eau sucrée, à boire par verres de demi-heure en demi-heure.

sieurs préparations de ce sel, qui s'emploie à' la même dose que le sulfate de magnésie et sert de base à la limonade purgative, médicament agréable à prendre, mais qui a quelques inconvénients qui restreignent un peu son usage. Ce sel, lorsqu'il est mal préparé, a des efiFets tardifs, de sorte que souvent le malade n'obtenant pas les effets désirés, mange quelque temps après avoir pris sa purgation, et il survient, sous cette influence, une véritable superpurgation. On a proposé de lui substituer le tartrate (1), et Chevalier a beaucoup vanté ses avantages, mais il n'est pas adopté.

Dorvault a entrepris quelques expériences intéressantes sur les diflérents résultats purgatifs obtenus comparativement avec les sels de magnésie et a montré que, toutes choses étant égales d'ailleurs, c'était le sulfate de magnésie qui produisait l'action purgative la plus intense (2).

(1) Le tartrate de magnésie est cristallin, peu soluble. On emploie surtout le bitartrate de magnésie, qui est plus soluble et qui entre dans la composition des limonades. Garnier a proposé la préparation suivante :

Carbonate de magnésie. 15 grammes.

Acide tartrique 22 —

Eau 600 —

Dissolvez, filtrez et édulcorez avec 60 grammes de sirop tartrique : aromatisez avec citron ou orange.

(2) Dorvault a fait des expériences sur sept jeunes gens du même âge et dans un bon état de santé.

Chacun d'eux a pris, à dix jours d'intervalle, une dose de magnésie calcinée (T^^SO), une dose de citrate de magnésie (30 grammes) et une dose de sulfate de magnésie (4i grammes).

Ces purgatifs ont été administrés dans 150 grammes d'eau, et Ton

s'est placé dans des conditions iden* tiques de préparation et de régime.

Or, voici les résultats qui ont été constatés :

i" Relativement au nombre des évacuations, il y en a eu en moyenne 2.83 avec la magnésie calcinée; 3.28 avec le citrate ; \ avec le sulfate de magnésie;

2' Relativement à la durée de l'action purgative, elle a été, pour la magnésie calcinée, de 18.83 heures; de 11 heures pour le citrate; de 8.60 pour le sulfate ;

3* Relativement au poids des évacuations, il a été, pour la magnésie calcinée, de 1*017 en moyenne; pour le citrate, de 1*771 ; pour le sulfate, de2''20O;

4» Relativement à la nature des selles ; elles ont été féculentes pour la magnésie ; demi-séreuses pour le citrate ; séreuses pour le sel d'Epsom ;

5" Relativement aux effets produits, l'action nauséeuse a été très

Enfin, si Ton s'en rapporte aux expériences de Laborde, le chlorure de magnésium comme le chlorure de sodium doit être rangé parmi les purgatifs, avec* cette différence toutefois que le chlorure de magnésium, faisant exception dans le groupe des purgatifs salins, agirait surtout en excitant et en activant les contractions intestinales (a).

Les sels de potasse sont très toxiques, comme je vous le disais, ce qui explique leur usage peu fréquent comme purgatifs. On a vanté le sulfate de potasse ou sel de Duobus^ h la dose de 4 à 8 grammes ; le tartrate à la dose de 28 grammes (1); mais ils sont abandonnés et le seul sel conservéjet qui mérite de l'être, c'est un sel double de potasse et de soude (2), le sel de Seignette^ fort vanté par Trousseau (3),

marquée avec le sulfate de magnésie, moindre avec la magnésie ; nulle avec le citrate, et certains purgatifs ont produit du ténesmc» mais le suliate de magnésie, plus que les autres (?). La soif, ardente avec ce dernier sel, a été modérée avec la magnésie et nulle avec le citrate (6).

(1) Sulfate de potasse (sel de Duobus, tartre vitriolé, sel polychreste de Glaser) : blanc, inodore, d'une saveur amère et désagréable, cristallise en prismes hexagonaux courts, inaltérable à l'air, soluble dans reau, plus à chaud qu'à froid, insoluble dans l'alcool.

Le sulfate de potasse doit être employé avec une grande prudence; comme laxatif on le prescrit à la dose de 4 à 8 grammes pour un litre de tisane ; comme purgatif on ne doit pas administrer plus de lOà i5grammes.

Il provoque des coliques assez vives.

(2) Tartrate de potasse neutre

(tartre soluble, tartre tartarisé, sel végétal) : blanc, cristallise en prismes rectangulaires, courts, terminés par des sommets dièdres; soluble dans l'eau, n a une saveur désagréable ; il agit assez promptement sans donner de coliques, à la dose de 15 à 30 grammes.

Éviter dans sa prescription de l'assQcier à des matières acides qui troublent sa solution et s'emparent d'une partie de la potasse et précipitent de la crème de tartre.

(3) Tartrate de potasse et de soude (sel de Seignette, sel de La Rochelle, découvert par Seignette, pharmacien ù La Rochelle, en 167^.

11 cristallise en prismes à huit ou dix faces inégales, efflorescent à l'air, incolore, inodore, d'une saveur amère, il est soluble dans Teau, plus à chaud qu'à froid.

11 se donne à la dose de 15 à 30 grammes.

Chloruro

de magnésio.

Sels Ae poUssQ.

Sel de Seiffnettc.

(a) Dorvault, Statistique des purgatifs magnésiens, 1851. (6) Laborde. De l'action physiologique du chlorure de magnésium {Soc. de biologie, 24 et 31 mai 1879, et Tribune médicale, n" 568, 572, 1872, 1879).

et qui est excellent. Il est agréable, non irritant et mérite de prendre rang dans la thérapeutique. Il se donne à la dose de 45 à 30 grammes.

De» Les Anglais, qui, vous le savez, ont repoussé les clysplwderi. lères, ont perfectionné Tusage des purgatifs salins et ont préparé des poudres purgatives, les sedlitz-powders^ qui sont un mélange effervescent de tartrate de potasse et de soude (1). C'est une bonne préparation dont vous pourrez vous servir avantageusement.

Tel est, messieurs, l'ensemble des purgatifs salins, purgatifs d'une haute utilité et dont vous userez à chaque instant pour combattre la constipation et obtenir des effets ^ dérivatifs sur le tube digestif; dans le cours de ces leçons je reviendrai sur l'emploi de ces sels qui présentent cet avantage d'être bien supportés par l'estomac, et de déterminer un flux diarrhéique sans trop irriter la muqueuse intestinale et sans déterminer de coliques trop vives.

De tous les sels que je viens d'énumérer, les plus employés sont : le sulfate de soude, le sulfate et le citrate de magnésie et le tartrate double de potasse et de soude. Mais ces pré-

On a proposé aussi d*einployer le on veut entretenir la liberté do

bitartrate de potasse (crème de tar* ventre.

tre), sel incolore, inodore, cristal- (i) Poudre gaiogènelaiali?e;scd-

lisé en prismes quadrangulaires, liu-powders (Codex fr.) : très courts, coupés en biseaux aux

deux extrémités, demi-transparents. Bicarbonate sodique pulv. 3 grammes.

Peu soluble dans l'eau froide, inso- Tartrate de potasse et de

lubie dans l'alcool. ««'»<'« P«*^ ^ -

Peu employé, on lui préfère la • j,^, ^^.^^ ^^ j,,^^

crème de tartre soluble (tartrate bo- '^ ^

rico-potassique), blanclie, incristalli- ^j^e tartrique pulv 2 grammes.

sable, a une saveur aigre; la crème

de tartre est très soluble dans l'eau. Faire un paquet blanc.

D'après Trousseau, il faut, pour On fait dissoudre d'abord le pa-

produire un effet purgatif, donner la quet blanc dans un demi- verre d'eao,

crème de tartre à la dose de 50 gram- on ajoute ensuite le paquet bleu et

mes : 30 grammes suffisent quand Ton fait avaler.

paradons pharmaceutiques viennent de voir s'élever contre elles une redoutable concurrence par les eaux minérales purgatives; eaux naturelles qui offrent tous les avantages que présentent les purgatifs précédents et qui peuvent être données à dose minime et à des prix relativement modérés^ grâce aux communications faciles qui unissent les différents points de l'Europe.

Je vous dois un rapide exposé de ces eaux purgatives, et si, dérogeant à mes habitudes, je n*ai pas placé cet aperçu à la suite des moyens hygiéniques dont nous disposons pour combattre la constipation, c'est que j'ai cru plus rationnel de rapprocher ces eaux de l'action des purgatifs salins auxquels elles empruntent leurs éléments médicamenteux.

Les eaux purgatives sont rangées dans trois groupes prin- Des oaux cipaux : IMes eaux qui empruntent leur principe actif aux p'^.^UYcV. chlorures, ce sont les eaux chlorurées ; 2* les autres aux sulfates sodiques, ce sont les eaux sulfatées sodiques; S"" enfin d'autres doivent leur action aux sulfates de magnésie, ce sont les eaux sulfatées magnésiennes. Et, messieurs, s'il fallait les ranger selon leur action purgative, le premier rang appartiendrait aux eaux sulfatées magnésiennes, le deuxième aux eaux sulfatées sodiques et le troisième aux chlorurées.

Je commencerai par ces dernières. Les eaux chlorurées ehux sont assez nombreuses en France ; telles sont les eaux de Balaruc, de Bourbon-Lancy, Bourbonne-les-Bains, Saliesde-Béam, Salins (Jura), Bourbon-l'Archambault, Salins- Moutiers et Niederbronn en Alsace (1); toutes ces eaux

(i) Balai-uc (France), à 12 kilo- ou six verres, celle eau esl purga-

mètres de Celle; eau clilorurée so- tive.

dique Ihermale, renferme 7*1)451; Bourbon-Lancy (France, Saônetempérature, 49*; à la dose de cinq et-Loire) renferme six sources chlo-*

chlorurées sodiques.

chlorurées sodiques, froides ou chaudes, renfermant de 2 jusqu'à 3 grammes et 20 grammes par litre de chlorure de sodium.

 rétranger, ces eaux sont sinon plus actives, du moins plus connues; ce sont: Kreuznach, Nauheim, Kissingen, Wiesbaden(4).

nirées sodiques faibles, formant 1^ de chlorure de sodium et ont une température de 28 à 56% elles sont Jaxatives à la dose de six verres par jour.

Boiirbonne - le$-Bain$ (France, Haute-Marne). Eau chlorurée sodique thermale avec 5^783 de chlorure de sodium ; température de 49 à 56\

Salies-de-Béam (France, Basses- Pyrénées). Eaux chlorurées sodiques très fortes, renfermant 230 grammes de chlorure de sodium ; température, 15^. Ne se boivent qu'à très petites doses.

Salins (France, Jura). Eaux chlorurées sodiques fortes, froides, renfermant 2^2«»747, purgatives et diurétiques à la dose de un verre le matin, un verre le soir.

Bourbon-V Ârchambault (France, Allier). Eaux chlorurées sodiques, renfermant ^•'il de chlorure de sodium; température de la source thermale de Bourbon-l'Archambault,

SalinS'MouUers (France, Savoie).

Eaux chlorurées sodiques, faibles, analogues à Tune des sources de Nauheim; température de 36 à 38% renfermant M^il de chlorure de sodium.

Niederbronn (Alsace). Eaux chlorurées sodiques froides, température

de 17% renfermant 3«K)88 de chlorure de sodium. Cette eau se boit à la dose de six à huit verres par jour, elle produit alors des effets purgatif et diurétiques.

(1) Kreuznach (Allemagne). Eaux chlorurées sodiques, renfermant quatre sources, dont Tune Elisenquelle, est froide; les autres ont une température variant entre 23 et 30*.

La quantité de chlorure de sodium est au minimum de 9*'19 et an maximum de li"^.

Nauheim (Allemagne). Eaux chlorurées sodiques, se composant de deux sources principales : le Kurbrunnen, qui renferme 14*^2 de chlorure de sodium, et le Karlsbmnnen, qui en renferme 9*^. Cette eau est purgative à la dose de un ou deux verres.

Kissingen (Allemagne). Voir plus haut, Gastrite chronique^ p. 518.

Wiesbaden{M\emsL^ne). Eaux chlorurées sodiques,renfermant plusieurs sources, dont la plus utilisée en boisson est la Kochbrunnen,à la dose de un à six verres. Cette eau qui a une température de 68*7 renferme 6*'82 de chlorure de sodium .

Voici le tableau fort complet des eaux chlorurées sodiques, que nous empruntons au travail de Gassot (a) sur les eaux minérales de France :

(a) Gassot, Des eaux minérales de la Francs {Journal de Ihérapeutique, 21 septembre 1879).

Les eaux sulfatées sodiques soat peu nombreuses en Eaus France, je ne vous en citerai que deux : Miers (1), qui con- 'odiques. tient 2 grammes de sulfate de soude et dont on boit deux à trois litres par jour, par verres d'une contenance de

Eaux

fortes.

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