IV. Par corps étrangers. ( 4** Matières stercorales durcies
l*" Rein, utérus ou autre organe corn- \
primant Tintestin. î K te
2* Tumeurs abdominales comprimant i * ^^^^'
rintestln (fc). ,
(1) Voici les principaux symptômes soiue; selles diarrhéiques sanglantes
qui, suivant E. Besnier, permettent fétides; épreintes et ténesme anal
d'établir le diagnostic de la nature souvent très violent; ventre rétracté
de Tétranglement intestinal : au début, ballonnement tardif et
Inragination . Vomissements or- peu considérable; tumeur abdomi-
dinairement bilieux, rarement ster- nale, cylindrique, coudée, plus Ion*
coraux; constipation rarement ab- gue que large, plus saillante pendant
ia) Voir aussi le relevé fait par Melchiori {Anmdi universali de medica^ Milano, 1850).
(6) Doliger, De l'intervention chirurgicale dam les occlwiont intestinales. Thèse de Paris, n-» 417, 1872.
La constipation joue un rôle dominant : c'est l'absence absolue des garde-robes et la résistance de cette constipation à une médication purgative, qui constituent l'élément important de cette symptomatologie. N'oubliez pas, cependant^ que si l'étranglement siège à la partie supérieure de Tintestin, le malade peut avoir des garde-robes sans que l'obstacle soit levé ; l'intestin se vide simplement au-dessous de l'éti^anglement.
Un autre phénomène important, le vomissement, présente un caractère spécial sur lequel on a insisté, c'est l'apparition des matières fécaloïdes; c'est là, en effet, un des signes pathognomoniques de cette affection.
Enûn, l'accumulation des gaz au-dessus de l'obstacle détermine un météorisme plus ou moins considérable, qui permet quelquefois de juger du siège de l'étranglement. Quant à la marche des accidents, elle se montre sous deux aspects différents : tantôt ils apparaissent brusquement, tantôt, au contraire, ils se produisent d'une façon lente et progressive.
Maffnosiic Lc diaguostlc est des plus importants et porte sur deux points : reconnaître d'abord la cause de l'obstacle, puis le point où siège cet obstacle. Pour établir le diagnostic de la cause on se base sur l'apparition de quelques symptômes, sur la marche des accidents, sur l'âge du patient, etc. ; mais
les crises de coliques qu*à Tétat de Étranglement proprement dit. repos. Signes antécédents, phlegmasies pé- Rétrécissement. Signes antécé- ritonéales antérieures; signes acdents importants : maladie de Tin- tuels, douleurs excessivement intestin, état cachectique du malade, tcnses au moment de Fétranglement, alternatives fréquentes de diarrhée vomissements précoces opiniâtres, et de constipation, ventre habituel- constipation absolue, pas d'évalement volumineux, puis vomisse- cuations sanglantes, pas de tuments stercoraux, tympanite très meur (a), développée.
(a) E. Bcsnicr, Des étranglements internes de Pintestin, Paris, 1860, p. 02.
do la cause.
considéré d'une façon générale on peut dire que le diagnostic de l'occlusion se présente sous trois aspects : ou il est certain, ou il est probable, ou il est incertain.
Voyons le premier cas : le diagnostic est certain lorsqu'il wapiosac existe une tumeur pouvant être perçue par le palper ou le ^' °" toucher rectal ; le diagnostic est certain, lorsque, par le doigt introduit dans le rectum, on peut toucher l'obstacle; certain aussi lorsqu'il existe une hernie engouée et irréductible. Du reste, dans la plupart de ces cas, les accidents se produisent lentement et permettent d'établir la cause de l'occlusion.
Le diagnostic est-il probable, au contraire, on est obligé DUgnosuc de s'en rapporter à quelques symptômes spéciaux. Ainsi, ^"^ par exemple, s'agit-il d'un accident brusque d'étranglement, les garde-robes contiennent-elles du sang, le malade éprouve-t-il un ténesme anal très accusé, la palpalion du ventre vous permet-elle de sentir une tumeur allongée ayant la forme d'un boudin et qui suit les mouvements péristal tiques de Pinteslin, il est probable que dans ce cas vous avez affaire à une invagination intestinale.
Chez un autre malade, l'accident est presque subit, et, au moment où il s'est produit, le patient a ressenti dans l'abdomen une douleur excessivement vive ; les vomissements f écaloïdes sont très abondants, et lorsque vous interrogerez le malade, vous constaterez qu'il a eu autrefois des péritonites; il est probable que, dans ce cas, il s'agit d'un étranglement par bride péritonéale.
Enfin, c'est chez un vieillard que se produit l'étranglement DUgnoaue qui a été précédé d'alternatives de diarrhée et de constipa- ^^•'**^* tion; votre homme est cachectique, il a depuis longtemps des douleurs dans l'abdomen, son ventre est très volumineux, les matières qu'il rendait étaient comme laminées : il est probable que cette fois c'est un rétrécissement carcinomateux de l'intestin qui est la cause de l'étranglement.
CURiaUE TBÉRAP., 6* édit I. — 49
Le cancer de rintestin est unedes causes les plus fréquentes de l'occlusion intestinale et Ton peut poser comme une loi que, à partir de cinquante ans, tout malade qui présentera les symptômes de l'étranglement intestinal produit d'une façon lente et progressive est atteint de cancer, même lorsque l'état général est relativement excellent. On a vu, en effet, des cancers de l'intestin être compatibles avec Tapparence de la santé la plus parfaite.
Enfin existent tous ces cas, malheureusement trop fréquents, où les symptômes sont obscurs, ce qui rend le diagnostic de l'occlusion intestinale souvent fort difficile, et malgré le rapport remarquable fait par Hutchinson au congrès médical de Bath (1), la diagnose exacte de l'étranglement
(1) Voici, d*après Jonathan Hutchinson, le diagnostic différentiel des diverses variétés d'étranglement :
1* Quand un enfant présente subitement des phénomènes d'obstruction intestinale, il est très probable que Ton a affaire à Tinvagination ou ù la péritonite.
2" Quand c'est un vieillard, le diagnostic sera : obstruction par des matières fécales ou affection cancéreuse.
3** Dans Tàge adulte, les causes de l'obstruction intestinale peuvent être multiples ; mais l'invagination et le cancer se rencontreront très rarement.
i" L'invagination se reconnaîtra aux efforts de défécation, à la présence du sang ou du mucus dans les matières excrétées, à la constipation incomplète et à la présence d'une tumeur demi-molle, qu'on trouvera par l'examen des parois abdominales ou par le toucher rectal.
5* Dans Tinvagination, les parois abdominales restent généralement relâchées, et comme il y a peu de météorisme, il est toujours possible
avec l'anesthésie, de découvrir l'em-' pâtement.
6*" On soupçonnera une lésion cancéreuse lorsqu'un vieillard aura présenté depuis quelque temps des malaises intestinaux ou des périodes de constipation passagère. Dans ces cas aussi, la constipation est souvent incomplète.
T"* S'il y a une tumeur qui compromet l'intestin, on doit, en se servant de l'éther, la découvrir par la palpation, soit à travers les parois abdominales, soit par le toucherrectal ou vaginal. Il faut cependant prendre garde de ne pas se laisser induire en erreur par la présence des scybales.
8"* Si, entre des attaques graves d'obstruction, le malade a joui d'une santé parfaite pendant de lon^ intervalles, on peut soupçonner la présence d'un diverticulum anormal ou d'une bride formée par d'anciennes adhérences, ou d'une portion de l'intestin distendue en forme de poche, ou d'un volvulus.
^ Si, dès le début de l'obstruction
interne est encore un des problèfnes les plus difficiles de la clinique.
Quant au siège de Tobstacle, nous devons nous baser non Diagnostic seulement sur la cause (1), mais encore sur les renseignements fournis par le toucher rectal ; mais c*est surtout la forme de l'abdomen qui peut et doit nous guider. Laugier a , montré, en effet, que lorsque Tobstacle siège dans Tintestin
intestinale, le ventre devient dur et 15'' L'introduction de la main dans
distendu, on est à peu près certain le rectum, d'après la méthode Simon
qu'on a affaire à une péritonite. (d'Heidelberg), peu souvent donner
10* Quand on voit les mouvements de précieux renseignements (a). de l'intestin à travers les parois
abdominales, il est à peu près cer- (1) Voici quelle serait, d'après le
tain qu'il n'y a pas de péritonite. Ce docteur E. Besnier, la fréquence du
symptôme s'observe surtout chez les siège de l'étranglement dans ces di-
sujets amaigris, qui présentent une verses variétés, d'après l'analyse de
obstruction ancienne ayant son siège 183 observations :
dans le côlon. gi^ge siège
11* La tendance aux vomissements ,, ^ .„. „ . ■"'' , «""^
, Nature do l'étran- Nombre rinlc»- lo gros
sera en rapport proportionnel avec giomenu de cm. tin intes-
les trois conditions suivantes : d'à- ^'**^** '*"•
bord la proximité du siège de l'obs- InvaginaUon .... 47 13 34
truction avec l'estomac, puis l'étroi- Rétrécissement . . 26 9 17
tesse du rétrécissement et enfin la Et^anKle^ne"* par
, ,, torsion 10 z o
persistance avec laquelle on aura piexion 6 5 1
donné des aliments ou des remèdes Brides solides!!! 46 19 7
par les voies supérieures. Applicationdu
i^* Quand l'obstruction a son siège caecum 9 9 »
dans le côlon ou le rectum, lesnau- Diverticules 9 9 »
sées sont complètement absentes. Brides intesU-
13^ Les violents efforts, les vomis- '**^«* ^ ^ •
semants bilieux, sont souvent plus ^"vertures anor-
, ... j ai. . jt .. maies des re-
peniblesdansies coliques hépatiques ..^ r^^^n^^
ou néphrétiques que dans l'obstrue- néaux 11 9 2
tion intestinale. Ouvertures du
1 4** Les vomissements de matière fé- diaphragme ... 4 4
cale ne s'observent que dans les cas où Sacs péritonéaux l'obstruction ne siège pas trop bas. intra-abdomi-
Si ces vomissements apparaissent "*"^ * ^ •
de bonne heure, c'est un symptôme ^""l compression
. . ,. ' *•*• (tumeurs) 6 2 4
grave, qui indique une constnction ^ ' . . ^
très étroite. Total... 183 86 77
(d) Simon {d'iloidclbcrg), Archives vUdicules belgesy novembre 1870.
porgatifs.
grêle, c'est la partie centrale du ventre qui est tuméfiée ; lorsque, au contraire, l'obstacle siège dans le gros intestin, c'est ce gros intestin qui se gonfle en formant une bordure saillante périphérique et laissant la partie centrale déprimée. Après ces courtes explications, dont vous saisissez bien toute l'importance, abordons, si vous le voulez bien, la partie intéressante du sujet, c'est-à-dire le traitement de Tocclusion intestinale.
Traitement Vous êtcs OU présenco d'uu cas d'occlusion intestinale, l'occii^n. vous commencez par examiner attentivement votre malade, vous éludiez la marche des accidents, les circonstances qui les ont précédés, vous palpez avec soin Tabdomen, vous explorez le rectum ; puis, une fois votre diagnostic posé aussi exactement que possible, vous établissez votre thérapeutique. Par quel moyen débuterez-vous?
Dei Vous commencez le plus souvent, et cela comme moyen de diagnostic autant que comme agent thérapeutique, par administrer un purgatif; mais soyez prudents, ne recourez pas à des drastiques trop énergiques. J'ai gardé un profond souvenir d'un malade que j'ai observé lorsque j'étais chef de clinique de Béhier; c'était un homme atteint d'occlusion ; le diagnostic de la cause était incertain, on avait essayé les purgatifs douxsans pouvoirvaincre l'obstruction, on ordonna alors une pilule de croton ; sous l'influence du médicament, notre patient fut pris de douleurs atroces, de coliques épouvantables, et il mourut en rompant son intestin. L'autopsie montra la cause de la maladie ; c'était une bride péritonéale qui comprimait l'intestin. Ainsi donc, usez des purgatifs huileux, ou des purgatifs salins, voire même d'eau-de-vie allemande, mais ne dépassez pas cette dernière comme drastique. Les purgatifs réveillent la contractilité de l'intestin, votre malade a des garde-robes, l'obstacle est levé et la guérison est obtenue : tout est, dans ce cas, pour le mieux ; mais il
mercure.
n'en est pas malheureusement toujours ainsi, et le plus souvent, au contraire, votre purgatif reste sans produire d'effet. Que devez-vous faire? Usez en second lieu des moyens mé- Des caniques; on les a administrés par la bouche et par le ^^^"' rectum. "^^"""'
Par la bouche on a conseillé les corps pesants que Ton du supposait pouvoir vaincre par leur poids l'étranglement intestinal. Le mercure, à cet égard, a eu grande vogue : Zacutus Lucitanus, Ambroise Paré, Lazare Rivière, Rolland, Belluci, Bonati, Franceschini, ont cité un grand nombre de ces cas dans lesquels le mercure métallique a levé l'obstacle intestinal. On en administrait de une livre à une livre et demie en une fois, le malade était mis dans un bain, et là deux aides énergiques le secouaient pour faire tomber le mercure dans l'intestin et déterminer la disparition de l'obstruction.
Messieurs, c'est là un moyen à rejeter complètement; Hanius a montré par des expériences bien faites que le mercure introduit en grande quantité ne descend pas en masse dans l'intestin grêle, et n'y pénètre que lentement, globule à globule; et ceci est tellement vrai, que si, par hasard, l'obstacle est levé, vous ne voyez pas le malade rendre un flot de mercure; il n'en rend que quelques parcelles, et pendant des semaines on trouve du mercure dans les garde-robes. D'ailleurs, la position horizontale gardée par le malade est un obstacle à l'action directe du mercure sur l'obstruction. Aussi, malgré les faits favorables récents de Tessier, Tesson, Houdebine, Feiïlé, Pousseau, Matignon (1), je suis d'avis de repousser le mercure du traitement de l'occlusion intestinale.
(1) Matignon a examiné dans dix Voici ses conclusions : cas Faction du mercure dans l*étran- 1* Le mercure métallique, donné glement interne. dans ]*occ1usion intestinale h la dose
De* Voyons les moyens mécaniques administrés par la voie
rectale; d'abord les lavements, les lavements purgatifs aidant aux contractions intestinales, peuvent être employés ; mais vous pouvez aussi user de Teau seule ; ici ce n'est pas un simple clystère qu'il faut administrer, c'est une injection puissante dans le gros intestin. Deux moyens peuvent être utilisés pour faire pénétrer aussi haut que possible l'eau dans l'intérieur de l'intestin : ou bien vous vous servirez de l'entéroclisme, ou bien vous userez des irrigations forcées (a).
De renié- Je VOUS ai déjà montré dans les leçons précédentes ce que Cantani entendait par ce mot d'entéroclisme et comment il employait cette méthode; je vous ai montré que le meilleur entérocliseur était le tube Debove. Ce procédé vous donnera d'excellents résultats lorsqu'il s'agira de compression de l'extrémité inférieure du gros intestin par tumeur abdominale ou de dégénérescence du gros intestin; en pénétrant au-dessus de l'obstacle, la sonde permet de porter les courants d'eau au milieu des matières fécales accumulées dans ce point et peut déterminer leur issue à l'état liquide.
Doiirrig*. L'autre moyen consiste dans l'usage de pompes foulantes
tiens.
de 100 à 500 grammes, est parfaite- i*" Dans robstruction par tumeur
ment inerte en tant que remède mer- stercorale, avec ou sans corps étran-
curiel proprement dit; gers, le résultat délioitif est presque
2*" 11 agit à la fois par son poids assuré ; il en est de même dans les
et surtout en divisant les matières compressions et les rétrécissements
stercorales; les déchirures ne sont où le calibre n*est pas absolument
à craindre que si Tintestin est déjà supprimé; gravement compromis; 5» Dans les autres formes d'occlu-
3" Le mercure présente les avan- » sion (invagination et étrauglement),
tages immédiats suivants : le succès, sans être aussi certain,
a. Il est absorbé très facilement et n*est pas impossible, mais nous bien toléré par les malades; n*oserions pas conseiller de recourir
b. n supprime instantanément les à l'action du mercure à cause des vomissements et calme généralement accidents qu'il peut produire (6).
•les douleurs;
(a) Voir Leçon iur le traiiement hygiénique de la consUpation. {b) Matignon, Du traitement de Vocclunon intestinale par le mercure métallique à haute dose. Thèse de Paris, n*" 340, 1879.
puissantes qui permettent de lancer dans l'intestin un courant d'eau très énergique. C'est là un procédé qui n'est pas toujours sans danger, aussi je préfère de beaucoup l'entéroclisme à cette pratique des injections forcées. Mais que vous vous serviez de l'un ou de l'autre procédé, il ne s'adresse qu'aux obstacles siégeant au niveau du gros intestin, car malgré les faits d'Isnard (a), et ceux plus récents de Cantani, je crois que dans ]e plus grand nombre des cas la valvule de Bauhin ne peut être franchie par les injections.
D'autres fois, ce n'est plus de l'eau que l'on injecte, mais »«» n««de l'air, Hippocrate avait conseillé d'employer à cet effet un soufflet de forgeron, dont on introduisait l'extrémité dans l'anus. Cœlius Aurelianus, Wood, ont usé de ce moyen et vanté ses résultats.
On a substitué à cet l'air acide carbonique, qui, vous le i>et t^jeesavez, a une action réelle sur la contractilité musculaire, daeldo et, à ce propos, vous connaissez l'histoire de ce nègre atteint ^^ d'étranglement : le médecin américain qui le soignait introduisit dans le rectum une triple charge de ces paquets de poudre à fabriquer l'eau de Seltz; deux aides bouchèrent l'anus, le malade se sentit comme près d'éclater, mais l'obstacle fut levé et le nègre guérit.
Sans employer un moyen aussi brutal et qui peut être Des uredangereux, je vous recommande une méthode plus simple d"ta de et qui donne dans bien des cas de bons résultats; c'est l'in- ^*'***' jection d'eau de Seltz dans le rectum. L'opération est très simple : vous introduisez aussi haut que possible une canule munie d'un long tube de caoutchouc que vous adaptez ensuite à un siphon, vous pressez sur le piston et l'eau de Seltz pénètre violemment dans l'intestin. Il y a de nombreux cas de guérison par ce moyen ; usez-en donc.
(a) Isnard, Des injections forcées dans rocclusion intestinale {Gaietle médicale, 1886).
D«g lave- Je vous conseillc de repousser remploi des injections de de Ubac, tabac préconisées par certains auteurs, et en particulier par Ronzier-Joly (a), soit en fumée, comme le veulent Vicat, Wolf, Hufeland, Richter, soit en décoction, comme le préfèrent Haën, Abercrombie, Schaeffer; car, s*il n'est pas démontré que le tabac en lavement est supérieur aux autres irrigations, il reste acquis, au contraire, que ces lavements peuvent être toxiques et déterminer des symptômes d'empoisonnement mortel .
Dei ponc- Les purgatîfs, les lavements d'eau, d'eau de Seltz, ont testiMiês. échoué; que faire? Pour cela, tâchez de diminuer la distension extrême de l'intestin par les gaz, distension qui, en tiraillant outre mesure la fibre musculaire, lui fait perdre sa contractilité. Pour atteindre ce but, vous pouvez employer les ponctions capillaires aspiratrices. Ces ponctions se font très facilement, soit à l'aide de l'aspirateur Potain, soit, ce qui est encore beaucoup plus simple, à l'aide de votre seringue à injections sous-cutanées, munie bien entendue d'une aiguille assez longue pour pénétrer dans l'intestin à travers les parois intestinales. Une fois la ponction faite avec votre aiguille, vous aspirez avec le piston et vous retirez la seringue, laissant la canule en place. L'odeur qui s'échappe de la canule ou bien le bruit de sifflement qui s'y passe vous indique la sortie des gaz contenus dans l'intestin. Ces piqûres à l'aide de votre seringue ne présentent aucun danger ; elles peuvent être très multipliées. Mais il faut reconnaître que ce moyen palliatif est souvent bien insuffisant et qu'il est plus difficile qu'on ne pense de vider les anses intestinales des gaz qui y sont accumulés. En tout cas, vous pourrez recourir à ce moyen qui soulage momentanément les malades et permet, dans certains cas à l'intestin de reprendre
(a) Ronzier-Joly, Des lavements de tabac {Bull, de thirap. génér., 4857).
De U belladone.
son élasticité d'une façon suffisante pour ramener le cours des matières fécales.
Un autre moyen supérieur à la ponction, c*est l'emploi de ^« la glace, vantée par Grisolle et par son élève Masson (a). Il faut toujours y recourir; l'application du froid sur l'abdomen diminue la quantité des gaz, excite la contraction intestinale et s'oppose à la péritonite qui complique si fréquemment l'étranglement.
A côté de la glace, on a vanté la belladone. Hanus, Fiessinger, Chrestien, Giraud, Thibeaud (de Nantes) (b) et bien d'autres, ont prétendu que la belladone pouvait guérir l'étranglement. Le café à haute dose aurait le même effet ; il agirait surtout, comme l'ont soutenu Durand, Guyot, Lamarre-Picquot (c), dans l'étranglement herniaire. Le café aurait pour effet d'augmenter les contractions intestinales ; la strychnine, ayant le même effet, pourrait aussi, suivant Homolle, guérir l'étranglement. Rappelons que "^^IJ^" Hervieux, de son côté, a conseillé le marteau de Mayor ; queLogie, Richard Neale (rf), Bonnemaison (de Toulouse), ont conseillé l'inversion, c'est-à-dire de suspendre le malade par les pieds ; qu'enfin le massage et les ventouses prenant tout l'abdomen, comme le pratiquent, d'après Dobrowolsky,
(a) Masson, De ^application du froid dans rétranglement intestinal. Thèse de Paris, 1857.
(b) Becker, Belladona Kly stère gegen Iléus empfohlen (Caspefs Wochenschr, , 1841). — Drosto, Passio iliaca und Belladona wider selbige {Zeitschr. pir die Ces. Med., t. XVIII, Hefl 4, 1841). — Lamby,I>er Belladona-Rauch aU HeitmiUel in Iléus {Annover Ann., t. IV, 1846). — Chrestien (A.-T.-C), Emploi de la belladone en lavement contre niius {Joum. des conn. ckirurg., 1850). — Fiessinger. Observations sur V emploi de la belladone dans les cas étiléus et de constipation opiniâtre {Revue thirap. méd.-chir.y t. III, p. 483, 1855). — Thibeaud, Cas Socclusion intestinale, guérison par remploi de la belladone {Journal de la Société de méd. de la Société acad. de la Loire-Inféneure, t. XXXIII, p. 106, 1856).
(c\ Triger, Ga%. des hôpitaux, mai 1857. — Carrière de Marnac, Bull, de tkérap., t m, p. 34, 1857. — Lamarre-Picquot, De Vaction dynamique du café et de son emploi dans les hernies étranglées {Bull, de thérap., 1861, t. LXI). — Méplain, le Café (Étude de thérap. physiol.). Paris, 1868.
(rf) Logio, The Briti^h Med. Joum., 1881. — Richard Ncalc, London med. Re^ cord, 1879.
sage.
triclté.
les paysans russes, ont été conseillés; mais tous ces moyens ont une action bien incertaine. Aussi, après avoir usé des purgatifs, employé les douches ascendantes, appliqué la glace sur l'abdomen, si vous n'avez pu vaincre Tobstacle au cours des manières fécales, il vous reste, avant d'en arriver aux moyens chirurgicaux, une derrière ressource : Télec- Iricité (a).
^•ï'^^««- C'est Leroy d'Étiolés (4) qui, le premier, Ta conseillée; puis Duchenne (de Boulogne), Chrestien, Macario, ont cité des exemples de guérison, et récemment Bucquoy a publié sur ce point un travail important. Comment appliquer l'électricité? Jusque dans ces derniers temps on se servait exclusivement des courants induits. Un rhéophore coudé était placé dans le rectum, l'autre sur les parois abdomi-
(i) Cesi en 1826 que Leroy d*É- riot,DaI Monte, Mario Giommi (1875),
tiolles a appliqué pour la première Bulteau( 1879), et Ton arrive enfin à la
fois le courant de la pile à Tétrangle- communication faite par Bucquoy {b),
ment interne. En 1851, Duchenne qui annonce avoir employé avec sue-
renouvelacette tentative, qui fut faite ces la faradisation dans trois cas
quelque temps après par Christison, d^occlusion intestinale, et aux re-
Stokes (1865 et 1867), Keyel (1867), cherches de Tripier, Onimus, Boudet
Macario (1870), Duteuil (1872), Fleu- (de Paris).
(a) Ghnstison, Emploi du galvanUme contre ^obstruction inteilinale {Monthly Journal, 1854).-— Stokes, Iléus s* accompagnant de vomissements stercoraux, trai^ tés avec succès au moyen du galvanisme appliqué à la membrane muquekse de l'intestin {Bull, de thérap., 1865, t. LXVUI, p. 465). — Keyhel, Obstruciym intestinale guérie par la faradisation {Annales de la Société de médecine de Gond, 1867). — Macario, Observation d'iléus guéri par rélectricité faradique (Lyon médical, 1874). — Duteuil, Bull, de thérap., 1872, t. LXXXUI, p. 74. — Fleuriot,/)» traitement de l'occlusion intestinale interne par t électricité. Thèse de Paris, 1875. — Dal Monte, Occlusion intestinale guérie par l'électricité {Movimento tnedieo, 1875, n" 1). —Mario Giommi, (^tf^moit rfun cas d'obstruction intestinale parVapplication des courants induits {Ruccoglitori medico, 1875, 4* série, A* volume, p. 401). — Curci, Indication de l'électricité dans la paralysie intestinale {Ruccoglitori medico, juillet 1877, p. 65). — Bucquoy, Considérations pratiques sur le traitement de l'invagination intestinale {Joum. de thérap., n** 4 et 5, 1878). — Balbouhcy, De V électricité appliquée au traitement de F occlusion intestinale, Thèso de Paris, 1880. — Boudet de Paris, Note sur deux cas d'occlusion intestinale, traités et guéris par l'électricité {Progrès médical, 1880). — Bardot, Trait, d'électricité médicale. Paris, 1885, p. 576.
(6) Bucquoy, Journal de thérapeutique, 1878,
nales. Mais Boudet de Paris (1) a tracé les règles que Ton doit suivre en pareil cas. Ces règles sont les suivantes :
Il faut se servir non pas de courants faradiques, mais de courants galvaniques, et introduire par Tanus un électrode spécial constitué par une sonde en caoutchouc dans laquelle se place un mandrin métallique qui ne peut atteindre l'extrémité de la sonde, de telle sorte que la muqueuse n'est jamais en contact direct avec le mandrin. On fait aboutir le courant négatif à l'extrémité du mandrin métallique, tandis qu'au contraire le courant positif est appliqué sur l'abdomen. La force du courant ne doit pas dépasser 10 à 15 milliampères, et chaque séance doit durer une vingtaine de minutes. Il faut avoir soin d'interrompre le courant de temps en temps. Bardet a modifié fort ingénieusement l'excitateur rectal : il a employé un instrument tout à fait analogue à celui dont il se sert pour l'électrisation directe de l'estomac. Cet appareil permet non seulement de provoquer l'électrisation intestinale, mais encore de provoquer Tentéroclisme.
Enfin, quand vous aurez calmé les vomissements par des boissons glacées, quand vous aurez diminué la douleur par des injections de morphine, qui, par elles-mêmes, d'après James Martin, peuvent combattre l'étranglement, vous avez épuisé toutes les ressources de la thérapeutique médicale ; le rôle du chirurgien doit commencer. Et quoique cette question sorte du domaine de ces leçons, permettez-moi de vous retracer en quelques lignes ce que doit être cette intervention chirurgicale.
(1) Les travaux de Boudet de Pa- les muscles des parois abdominales,
ris datent de 1880. Cet auteur a Ha cité plusieurs cas de guérison
montré que les courants continus par le procédé qu*il préconise,
agissaient plus particulièrement sur Bardet, en employant le même
la contraction des fibres lisses de procédé, a aussi obtenu d*heurcux
rintestin, tandis que les courants résultats, intermittents agissaient surtout sur
vendon cbinirgfctie.
termtnaison de
De noter- c'est là UH des problèmes les plus graves de la thérapeutique, problème que vous aurez souvent à résoudre. 11 faut donc que vous soyez instruits de l'issue de l'opération et du manuel opératoire, pour émettre un avis motivé dans la discussion si grave qui s'établit en présence de ces cas d'étranglement résistant à tous les moyens médicaux. Dell Dans quelles circonstances faut-il intervenir, à quelle époque faut-il faire cette intervention et comment doit-on
l'oceiiifion la faire? Pour répondre à ces questions, je puiserai surtout otie. mes arguments dans un travail fort intéressant de mon collègue Le Dentu (a) et dans une discussion qui a eu lieu à la Société de chirurgie et où Le Fort, Terrier, Lucas- Championnîère, etc., prirent la parole.
Dans quelles circonstances faut-il intervenir? Comme l'occlusion intestinale est une affection incompatible avec la vie, si l'on ne vient pas à enlever l'obstacle au cours des matières, le malade est condamné à une mort fatale; il n'y a qu'un cas où la nature puisse amener à elle seule la guérison, c'est dans l'invagination intestinale; on a vu quelquefois le boudin invaginé, commeon dit, être éliminédans les garde-robes (1). D'après une statistique due à Leichtenstein, qui a réuni 593 cas d'invagination la [mortalité générale est de 73 pour 100 et les chances d'élimination croissent avec l'âge, c'està-dire que, au-dessous de cinq ans on a 6 pour 100 de chances d'élimination, et à soixante ans, au contraire, 60 pour 100, mais, en revanche, avec l'âge croissent les chances de mort.
(1) L'élimination du boudin d*în- Cette élimination se fait du onzième yagination ne se fait que lorsque la au vingtième jour, en moyenne, et maladie a déjà une certaine durée, elle se produit (Le Dentu) :
(a) Le Dentu, Des conditions de succès de Vintervention chirurgicale dans Vocclusion intestinale (Joum, de thérap.^ 1876, p. 485; Comptes rendus de la Société de chirurgie, juin et juillet 1879). — Des conditions de succès de P intervention chirurgicale dans Pocclusion intestinale {Joum. de thérap.. de G&bler, 1876, p. 539).
D'autre part, si on se reporte aux cas de gastrotomie connus, on voit une mortalité de 60 pour 400; il résulte donc que chez les personnes d'un certain âge atteintes d'iléus, on a autant de chances de guérison sans opération qu'avec l'opération.
Sauf ces cas d'invagination, où Ton peut discuter les probabilités de guérison avec ou sans l'intervention chirurgicale, dans tous les autres cas, au contraire, il faut intervenir, et ici deux opérations se présentent : l'entérostomie, c'est-à-dire l'ouverture de l'intestin et la création d'un anus contre nature, ou bien la laparotomie, qui est l'ouverture des parois abdominales.
Cette dernière opération, quoique conseillée dès 1672 par De u u- D. Barbette, avait été négligée; mais, grâce aux méthodes p'"**""*®antiseptiques, le péritoine est devenu un nouveau domaine conquis par la chirurgie moderne; aussi cette opération estelle aujourd'hui mieux appréciée. L'anus contre nature présente, en effet, de sérieux inconvénients : d'une part, c'est rincerlitude du point où l'on ouvrira l'anus, d'autre part c'est l'impossibilité de maintenir l'existence si l'anus est pratiqué en un point trop élevé de l'intestin. Et puis, ramener à la vie un malheureux pour le condamner à une existence de dégoût et d'ennui, par la présence d'une infirmité repoussante et puante, est une question à discuter.
Aussi paraît-on aujourd'hui revenir sur l'ostracisme dont la laparotomie avait été l'objet et apprécie-t-on mieux les résultats que l'on peut obtenir de cette opération, qui doit
Avant an an seulement la mortalité se gradue de la manière
- <*an8 2 p. 1 10 dos CAS. suivante selon les âges :
Entre 2 et 5 ans 6 —
— 6 et 10 ans .... 38 — De 6 à 10 ans. Mortalité. 42 p. 100 des cas.
— 11 et 40 ans... 40 — — llàïOans. — 28 — Entre 41 et 60 ans. . . 44 — —21 à 40 ans. — 32 — Au delà do 60 ans. .. 46 — — 41 àSOans. — 36 —
—51 à 60 ans. — 0 — ' Dans le casoùTéliminationalieu, Au delà de 60. — 83 —
être conseillée toutes les fois que Ton a affaire à un cas d'étranglement, soit par bride, soit par invagination, soit par torsion de Tintestin.
De lente- Au coutralre, voug devez réserver l'entérostomie pour les ^ "**'* cas de tumeur de l'intestin, et lorsque l'obstacle siège sur le gros intestin. L'apus contre nature doit toujours être pratiqué, bien entendu, au-dessus de l'obstacle et vous aurez alors à discuter en quel point vous ferez Tentérostomie; rappelez-vous, à cet égard, que, d'après les Anglais, la méthode de Calyssen ou d'Amussat, où l'on pratique l'ouverture d'un anus en arrière et au niveau du caecum, donnerait des résultats supérieurs à )a méthode employée en France, qui consiste à pratiquer l'anus en avant, dans le flanc gauche, au niveau de l'S iliaque.
Aussi donc, après avoir tenté les moyens médicaux sans succès, si vous vous décidez à recourir à une intervention chirurgicale, que ce soit le plus près possible du début des accidents, et ne laissez pas passer huit jours sans procéder à l'opération.
Du lavage Mals, avaut de faire intervenir le chirurgien, vous devez rcstomae. daus Ic cas d'étranglement, en particulier dans ceux qui se compliquent de vomissements, ce qui est ordinairement la règle, pratiquer le lavage de l'estomac, et vous en obtiendrez toujours de bons effets. Noi;i pas que ce lavage lève l'obstacle, mais il s'oppose aux phénomènes secondaires graves qui résultent de l'accumulation des matières septiques dans l'intestin et de la pénétration des toxines dans l'économie. lia stercorémie est en effet une des complications les plus redoutables de l'occlusion intestinale, quelle qu'en soit sa cause, et les lavages de l'estomac combattent cette complication; vous emploierez ici le lavage avec l'eau naphtolée, comme je vous l'ai dit dans ma leçon sur le lavage de l'estomac, et je passe maintenant à l'étude du traitement de la diarrhée.
SIXIÈME LEÇON
Sommaire. — De la diarrhée : Causes et pathogénie de la diarrhée. — Diarrhée Alimentaire, diarrhée vaso-motrice, diarrhée parcontractilité exagérée, diarrhée diathésique. — Indications thérapeutiques. — On ne doit pas guérir toutes les diarrhées. — Du traitement hygiénique de la diarrhée.
Du lait et de la viande crue. — De l'influence du froid. — Traitement
pharmaceutique. — Des poudres dites inertes. — Du sous-nitrate de bismuth, de la craie. — Des poudres calcaires. — De Toxyde de zinc. — Des astringents. — Du tanin, du ratanhia. — Des substances anexosmotiques. — De Topium, de la morphine. — De Tassociation de ces différentes substances. — Des lavements d'ipéca. — De la diarrhée des enfants. — Du choléra infantile. — Traitement de la diarrhée chez les enfants. — De la diarrhée paludéenne. — De la diarrhée des pays chauds. —De la diarrhée de Gochinchine. — Des eaux thermales dans la diarrhée.
La diarrhée, dont je veux aujourd'hui, messieurs, étudier le traitement, est un symptôme qui est l'opposé de la constipation; car, tandis que la rareté et la dureté des matières fécales permettent de reconnaître cette dernière, c'est au contraire leur abondance et leur état liquide qui caractérisent la diarrhée.
Malgré cette opposition, les causes qui déterminent ces symptômes sont identiques tout en étant contraires, et de même que nous avons vu soit les substances alimentaires, soit les modifications apportées aux sécrétions intestinales, soit enfin les perturbations qui ont pour siège la tunique musculeuse produire la constipation, nous verrons de même ces causes provoquer la diarrhée.
Ainsi, nous avons eu une diarrhée de cause alimentaire, do« causes diarrhée a crapula, due à une ingestion d'aliments pris en dia^héc.
ISi LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE,
trop grande quantité, ou mal préparés, ou mal supportés par Diarrhées la muqucuse intestinale. Lorsque je vous ai tracé l'histoire ukir de l'alimentation, j'ai longuement insisté sur l'influence de la quantité et de la qualité des aliments sur la diarrhée; je ne reviendrai donc pas sur ce sujet et je vous renvoie à ces ^ leçons {a).
Durrfaées Daus d'autrcs circonstances, ce sont les troubles apportés moVricê». à la fonction de la muqueuse qui causent le flux abdominal. C'est un trouble vaso-moteur, comme l'a bien montré Vulpian, qui est la cause initiale de cette hypercrinie intestinale, et ce trouble a le plus souvent pour point de départ un acte réflexe; c'est ainsi que la diarrhée peut être produite par le froid ; c'est ainsi que la dentition peut être le point de départ des troubles intestinaux; c'estainsi que la diarrhée nerveuse peut être expliquée. L'inflammation elle-même agirait de la même manière, et c'est l'irritation de la muqueuse qui, par action réflexe, détermine une vascularité plus grande de l'intestin et, par cela même, une exagération dans la sécrétion intestinale. Enfin, les troubles mécaniques de la circulation abdominale peuvent produire la diarrhée, et c'est pourquoi les altérations de la veine porte s'accompagnent de diarrhée séreuse.
Diarrhées Daus d'autrcs cas, la diarrhée résulte de l'élimination de toxique», produits nocifs par la muqueuse intestinale. Et de même que nous voyons des diarrhées urémiques et sudorales se produire par la suppression de certains émonctoires de l'économie, comme dans l'urémie ou la suppression brusque de la sueur, de même certains poisons, soit celui qui détermine l'impaludisme, soit l'air vicié respiré dans les amphithéâtres, peuvent produire le même efl^et. Il existe en effet une diarrhée palustre tributaire, comme vous le verrez, du sulfate dequi-
(a) Maladies dtCezlomac : Des aliments et dt l'alimentation.
nine, et vous connaissez tous les diarrhées dues au séjour prolongé dans les amphithéâtres de dissection ou provoquées par Tautopsie de sujets dans un état de putréfaction trop avancée. Il y a plus, je vous ai montré le rôle important que les microbes et les plomaïnes jouaient dans la digestion intestinale, en provoquant de véritables diarrhées infectieuses, diarrhées que Ton doit combattre, comme nous le verrons tout à l'heure, par une médication spéciale à laquelle on a donné le nom de médication antiseptique intestinale.
Mais il ne faudrait pas croire que la muqueuse soit seule DUrrhëe* en cause dans la pathogénie de la diarrhée, et Trousseau a tracuuié. eu raison d'appeler l'attention sur les flux intestinaux produits par une exagération des mouvements péristaltiques : c'est ce qu'il appelait la diarrhée par tonicité exagérée.
Telles sont, esquissées à grands traits, les causes de la diarrhée, et si je vous les ai signalées, c'est que vous savez que je fais entrer l'étiologie dans la thérapeutique. Vous aurez donc grand soin, toutes les fois que vous serez appelés à traiter un flux de ventre, de remonter à sa cause, pour vous efforcer de le faire disparaître et, par cela même, de guérir votre malade (1).
(i) Voici les principales divisions tiens morales, la commotion du cer-
adoptées par les auteurs dans la clas- veau) ;
sification de la diarrhée : 4** Diarrliée chronique apyrétique ;
Sauvages a admis vingt et une 5<> Diarrhée sèche,
espèces de diarrhées, dont il serait Rostan pense que la diarrhée,
trop long de donner ici Ténuméra- comme toute augmentation de Texha-
tion. latlon muqueuse, dépend :
Broussais, sans traiter spéciale* 1* D'un travail inflammatoire;
ment de la diarrhée, distingua les 2* D'une maladie chronique éloi-
espèces suivantes : gnée;
1° Diarrhée inflammatoire; 3<* D'une disposition organique par-
2* Diarrhée bilieuse; ticulière, seulement probable, de la
3* Diarrhée par action de la mem- membrane muqueuse ;
brane musculaire des intestins (celle 4* De l'influence du système ner-
que déterminent la frayeur, le froid veux,
des pieds, les odeurs fortes, les aff'ec- Les auteurs du Compendium de
CLUflQDl!: THiRAP., 6* édit. I. — 50
Diarrhée! diathé- •iquos.
Indications thérapentiqncs.
Diarrhées que l'on
doit respecter.
Au point de vue thérapeutique, les diarrhées se présentent surtout sous trois aspects principaux : tantôt ce ne sont que des accidents passagers qui disparaissent avec la cause qui les a produits, tantôt, au contraire, la diarrhée est persistante, durable, et tient alors souvent à des lésions profondes delà muqueuse intestinale; enfin, dans d'autres circonstances, les flux de ventre sont une des manifestations d'un état diathésique général, tel que Tarthritisme, Therpétisme; ce sont ces diarrhées goutteuses, dartreuses, sur lesquelles Noël Guéneau de Mussy a appelé l'attention (a).
Les indications thérapeutiques sont ici fort différentes, et tandis que Ton doit combattre très énergiquement certaines diarrhées, il faut, au contraire, respecter soigneusement certains flux abdominaux, et c'est là, il faut le reconnaître, un des points les plus délicats du traitement des diarrhées.
En règle générale, lorsque la diarrhée n'est pas très abondante, lorsqu'elle dure peu de jours, lorsque surtout elle n'affaiblit pas le malade, il ne faut pas trop se hâter dans l'application des moyens thérapeutiques. Quand, au con-
médccine ont admis trois grandes classes de diarrhées :
1** Diarrhée idiopathique;
2» Diarrhée symptomatique;
3" Diarrhée critique.
Trousseau admettait sept espèces dediarrées : la diarrhée calarrhale ou phiegmasique, la diarrhée sudorale, la diarrhée nerveuse, la diarrhée suite d'un flux intestinal excessif, la diarrhée par excès de tonicité de rintestin et enfin la diarrhée duc aux diverses maladies organiques intestinales.
Spring adopte la classification sui-
vante : diarrhée crapuleuse, diarrhée toxique, diarrhée supplémentaire, diarrhée catarrhale, diarrhée des enfants, diarrhée bilieuse, diarrhée cholérique, diarrhée ulcéreuse, diarrhée dépuraloire, diarrhée dyshémique, diarrhée nerveuse.
Le professeur Sée a pris pour base de sa division Tétat des matières fécales, et il admet, selon que les matières fécales renferment du mucus, ou de la sérosité, ou de la bile, ou de Talbumine, des diarrhées muqueuses, séreuses, biliaires, albumineuses (6).
(a) Gueneau de Mussy, CLinique médicale, t. II, p. 92.
(b) Sauvages, Nosologie médicale. — Broussai?, Histoire des phlegmasies, t II. — Rostan, Leçons de clinique médicale, t. Il, p. iOi. — Sprinjç, Symptomatologie, l. !•*, p. 184. —Trousseau, Clinique médicaUy i862, t. II, p. 411.
traire, ce flux tend à s'établir d'une manière chronique et qu'il devient alors une cause de dépérissement pour l'économie, vous devez agir d'autant plus énergiquement que la diarrhée est plus abondante et plus rebelle. Il est bien entendu que je laisse ici de côté tout ce qui a trait aux diarrhées fébriles dues à des états muqueux; ce sont là des épiphénomènes qui demandent toujours à être respectés. Une fois ces réserves faites, je vais aborder l'histoire du traitement des diarrhées et surtout des diarrhées chroniques, et je commencerai par l'hygiène, qui joue ici, comme toujours, un rôle prédominant.
Un très grand nombre de diarrhées tiennent à des causes Tniitemont alimentaires, soit que l'on mange trop ou pas assez, soit que nique. l'on digère mal ; aussi ayez toujours bien soin d'examiner attentivement le régime des individus atteints de diarrhée d© rauchronique, et vous trouverez, dans la plupart des cas, la "*^°^" '"*"' cause et le remède de celte affection. Comme je me suis déjà longuement appesanti sur ce sujet à propos des maladies de l'estomac, je passerai immédiatement sans insister davantage aux deux aliments qui occupent la première place dans la cure des diarrhées chroniques; je veux parler du lait et delà viande crue.
Le lait est le meilleur médicament de la diarrhée chro- Leuiu nique, c'est quelquefois le seul, et n'oubliez pas de combattre ce préjugé ridicule qui veut que le lait détermine des flux abdominaux. C'est là une profonde erreur, car, au contraire, la diète lactée amène toujours la constipation.
Quant à la viande crue, dont je vous ai déjà entretenu à u viande maintes reprises (a), voici comment Weisse (de Saint-Pétersbourg) fut amené à l'employer. Il soignait un jeune enfant atteint de diarrhée chronique rebelle à tous les traitements ;
(a) Maladies de l^ettomac: Des aliments complexes*
cni9.
un jour, Tenfant mordit à belles dents dans un morceau de viande crue et en mangea un peu; à rencontre de ce que l'on redoutait, il se produisit une amélioration immédiate et une diminution dans le nombre des garde-robes. Frappé de ce résultat, Weisse songea à faire entrer la viande crue dans la thérapeutique.
Je ne puis ici vous tracer les règles qui président à l'administration de la diète lactée et du régime végétarien, je vous renvoie pour cela aux développements dans lesquels je suis entré à propos des maladies de Testomac. Mais ce que je puis vous dire, c'est que le régime végétarien uni au régime lacté amènent la guérison, lorsqu'il existe, bien entendu, du côté de l'intestin des désordres peu considérables.
Voici la conduite que je tiens en présence des diarrhées chroniques. Je soumets d'abord le malade au régime exclusivement lacté pendant une huitaine de jours; puis, je commence à donner au malade quelques féculents, en commençant, bien entendu, par les plus digestibles: bouillies au lait et au gruau de blé ou au gruau d'avoine, purées de lentilles, purées de maïs, purée de pommes de terre; puis j'essaye les œufs très peu cuits, puis le mélange d'œufs et de lait, les crèmes. Si tous ces aliments passent sans provoquer la diarrhée, je fais alors quelques tentatives, avec des légumes verts comme la purée de Julienne, les salades, puis j'use des viandes très cuites telles que le poulet au riz, le bœuf à la mode, le fricandeau et enfin j'arrive aux viandes saignantes; mais il faut avoir soin d'aller, dans la prescription de ce régime, avec une extrême lenteur et s'empresser de retourner en arrière et même au régime lacté exclusif lorsque les garde-robes sont trop abondantes. C'est surtout dans les diarrhées des pays chauds, diarrhées si souvent rebelles, même lorsque les malades sont revenus dans des climats plus cléments, que j'ai obtenus mes plus beaux succès. Je
bV TRAITEMENT DE LA DIARRHÉE. 789
dois VOUS rappeler à propos de cette alimentation que Basile Féris (a) a conseillé d'unir les peptones au lait dans le traitement de la diarrhée de Cochinchine.
D'ailleurs, à propos de l'alimentation dans la diarrhée, il y a une diflférence très importante à établir entre les flux abdominaux qui ont pour siège l'intestin grêle et ceux qui ont pour point de départ le gros intestin. C'est dans les premiers seuls que le régime lacté et le régime végétarien ont une action curative, action qui cesse lorsqu'il s'agit de diarrhée du gros intestin.
 côté de ces aliments, il faut placer quelques substances, telles que les coings, qui jouissent de propriétés astringentes, comme presque tous les corps contenant du tanin et qui, par cela même, peuvent faire disparaître la diarrhée (1).
Le riz (2), comme l'amidon, jouirait de quelque propriété spéciale dans la diarrhée (3); il en est de même du blanc d'oeuf; on a beaucoup vanté l'eau albumineuse; je crois que cette albumine agit en ne réclamant aucun travail de l'intestin et en laissant reposer l'organe. Le vulgaire prétend que le blanc d'œuf amène l'accolement des intestins : c'est une erreur, puisque, étant peptonisé, il pénètre dans l'économie.
(1) CoingSj fruits du coignassier (3) Vamidon, qui est retiré plus (Pyrus sidonia L.)t Rosacées; ori- particulièrement du froment, se ginaire de Crète. On fait usage des donne en décoction, de 8 à 16 gramfruits et des semences. mes par litre d'eau ; en lavements, de
Le sirop de coings se donne à la 8 à 16 grammes pour 500 grammes
dose de 50 à iOO grammes en potion d*eau.
oa pur; les semences se donnent en II est bon, lorsqu'on donne Tami-
macération, 10 à 30 grammes par don en lavement, de le faire un peu
litre d*eau. Cette préparation est ré- décocter avant de le mêler à Feau à
. servée àTusage externe. injecter : on obtient un meilleur ré-
(2) Riz (Oryza sativa L.). Grami- sultat qu'en le mettant tout simplenées. L. On donne la décoction de ment en poudre dans Teau du laveriz en boissons et en lavements. ment.
(a) Basile Féris» Du traitement de ta diarrhée de Cochinchine par les peptones {Société dethérap., 25 octobre 1882).
790 I^ÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEIJTIQIE.
innuonco Apfès le régime alimentaire, et presque au même niveau, " '^ 'il est une circonstance qui a un rôle prédominant, c'est l'action du froid humide. C'est là une des causes les plus fréquentes des diarrhées saisonnières ; aussi n'oubliez jamais d'ordonner aux personnes qui supportent difficilement les moindres modifications atmosphériques de porter une ceinture de flanelle sur l'abdomen. Dans les pays comme l'Algérie, où le passage du jour à la nuit est si rapide, l'ordonnance militaire exige que Ton porte une ceinture de flanelle, et c'est là une précaution qui préserve les soldats des diarrhées si fréquentes dans ces contrées. Enfin, chez les diarrhéiques, éviter les émotions qui augmentent souvent d'une manière si notable cette tendance^ l'exagération des garde-robes. J'ai hâte de passer aux moyens pharmaceutiques que nous possédons pour combattre la diarrhée. Traitement La pharmacic nous fournit soit des poudres inertes, soit cMtTûi. ^^s médicaments astringents, soit des substances qui s'opposent aux mouvements osmotiques qui se passent dans la muqueuse ; enfin, nous avons aussi des moyens locaux que nous pouvons mettre en usage. Voyons rapidement ces divers moyens et jugeons leur valeur.
^^* Les poudres dites inertes occupent le premier rang : elles diiej» agissent par action locale et peut-être par une action spéciale qu'elles puisent dans les corps dont elles sont comsou«- posées. Nous avons d'abord le sous-nitrate de bismuth (i),
nitrate de bismuth.
(1) Sous-nitrate de bismuth (sous- fure noir de bismuth insoluble dans
azotate de bismuth, blanc de fard, Feau.
magistère de bismuth). Se présente D'après S. Regnauld (a), le bismuth sous forme d'une poudre blauche, doit être considéré comme un puisinsipide, inodore, insoluble dans santabsorbantderacidesulfliydrique Teau froide; il noircit au contact de excrété dans le tube digestif; et ce Tacide sulfhydrique et, au bout d'un sel doit agir, au moins en certains certain temps, se transforme en sul- cas, comme un modificateur topique
{a) S. Hcgnauld, Dici. encycl. des se. médic.
DU TRAITEMENT DE LA DIARRHÉE. 79i
qui est le médicament le plus usuel. On a proposé le souscarbonate, le lactate et le tannate de bismuth, mais tous ces corps sont abandonnés, et c'est le sous-nitrate qui seul triom'phe. Cependant je lui préfère le salicylatede bismuth, qui est un excellent médicament que vous devrez surtout prescrire dans les diarrhées infectieuses ou putrides, et toutes les fois que les garde-robes ont une odeur trop répugnante. Ce .médicament s'administre aux mêmes doses que le sous-nitrate de bismuth.
Le sous-nitrate de bismuth s'administre en poudre, en potion, en pastilles et même en crème. C'est un médicament sans goût et qui est pris généralement sans difficulté, même par les enfants ; comme il n'est pas toxique, on peut le donner à très hautes doses, et vous savez que Monneret, qui a tant fait pour la généralisation du sous-nitrate de bismuth, l'employait à doses excessives : 20 à 30 grammes par jour. Le plus souvent 1,2 ou 3 grammes suffisent, mais on peut en donner davantage (1).
Dans ces derniers temps Camot a soulevé une question
de l«i muqueuse des intestins, par l'acide nitrique mis en liberté sur tous les points où s'opère la formation du sulfure.
Le sous-nitrate de bismuth n'est pas toujours pur; il renferme de Tarsenic; aussi le pharmacien doit-il essayer ce sel avant de le livrer à la consommation. Il peut aussi contenir des sels ammoniacaux, s*il n'a pas été très bien lavé. On y rencontre aussi du plomb; et ces différents produits ont donné lieu à beaucoup de recherches surtout en médecine légale (a). Camot a analysé des sous-nitrates de bismuth préparés
pour la pharmacie, et toujours il a trouvé, dit-il, des traces d'oxyde de plomb, ordinairement 1 à 3 pour 1000, mais dans certains cas la quantité s'est élevée à 6 et 10 pour 1000. D'un autre côté, Riche a analysé des échantillons provenant de neuf fabriques différentes, et il conclut de ses recherches qu'il n'y a pas à redouter que le plomb existant dans le sous-nitrate puisse amener des désordres dans l'économie.
Ces échantillons contenaient, en effet, au maximum un milligramme de plomb (6).
(1) Potion au bismuth:
(a) Camot, liép. de pharm.y n" i, 1878. (6) Riche, Ibid.y n" 7, 1878.
intéressante à propos de ce sous-nitrate de bismuth, il a montré que ce sel contient ordinairement du plomb ; aussi Bouchut a-t-il soutenu que la présence du plomb n'est pas un mal et que c'est grâce à cette impureté que le sous-nitrate de bismuth devait d'être le meilleur antidiarrhéiquc. Quoi qu'il en soit, qu'il soit pur ou impur (Riche nous a donné le moyen d'obtenir ce sel absolument pur), il agit à la fois comme poudre inerte, comme médicament antiacide et comme absorbant ; le bismuth est un sel très basique qui détruit l'acidité exagérée des sécrétions intestinales ou stomacales ; de plus, il absorbe les gaz produits dans l'intestin, gaz qui entrent pour une certaine part dans la production de la diarrhée, et l'hydrogène sulfuré ainsi absorbé transforme le bismuth en sulfure de bismuth, ce qui amène une coloration noire des matières fécales ; c'est là une circonstance dont il faut prévenir les malades qui pourraient s'en effrayer. De la Mais le bismuth est cher et on s'est efforcé de lui créer des
craie.
Sous-nitraie* deliîs- Tablettes de bismuth (Trousseau) :
mulh i à 10 grammes. ^ . . . . ,^.v
Gomme adragante.. 1 gramme. Sous-nitrate de bismuth. 100 grammes.
Hydrolat de laitue. . 120 grammes. ^"^''® , ^^ ""
Sirop simple 30 grammes. Mucilage de gomme
*^ *^ • adragante Q. S.
Poudre antidiarrhéique (Trous- « ,
ggj^y\ . F. S, A. des tablettes de 1 gramme,
chaque tablette contenant 10 centi-
Sous-carbonate de fer 1 décigr. j^^ammes de sous-nitrate de bismuth-
Yeux d écrcvisse 2 — "
Sous-nitrato de bismuth.... 3 — Pastilles de Paterson :
Sucre blanc 3 — « •! i j ».. *.. ca
t A ^ A c A u A *A Sous-nitrate de bismuth. 50 grammes.
Laudanum de Sydenham. ... 1 goutte. ^^^^^^.^ bihydratée. . . 50 -
Pulvérisez, mêlez et faites un pa- Sucre en poudre fine. . 150 -^
quet. Un paquet toutes les deux Mucilage Q. S.
heures. F. S. A. Pastilles de 1 gramme (a).
(a) Récamier et Trousseau, Ga%, méd, de Paru, février 1838. — Aran, Bull, de thérap., t. XL. — Monneret, De l'emploi du soui-nUrate de bUmuth à hautes doses dans le Iraitement de pltisieurs maladies (Bull, de Ihirap., 185i}. — Brossac, Du sous-nilmle de bismuth, pharmacologie, toxicologie, physiologie, thérapeutique (Arch, de méd. navale, 1869). — Orftla, Recherches sur plusieurs poisons tirés du régne minéral (Annales d'hygiène, 1841).
succédanés ; c'est dans les sels de chaux que se trouvent les principaux. Nous avons Teau de chaux, que Boisseul (a) considère comme le meilleur médicament de la diarrhée ; cette eau de chaux seconde, comme on dit en pharmacie, est très employée chez les enfants, et à chaque instant on la prescrit en coupage avec le lait dans notre crèche.
Puis vient la craie (i), dont on fait des préparations plus Des ou moins complexes. Enfin le phosphate de chaux, triba- calcaires. sique et insoluble, ou acide et soluble, qui agit surtout en déposant sur l'intestin une couche de poudre insoluble (b). Je vous ai déjà parlé de ce fait dans mes leçons sur la dyspepsie ; je n'y reviendrai pas, vous signalant seulement la grande utilité qu'on retire des différents phosphates pour la cure des diarrhées.
Dans les anciennes pharmacopées on utilisait plusieurs
(1) Craie y ou carbonate de chaux fossile de petits êtres organisées de
impur. Ce sel s'obtient à Tétat pur au la famille des polythalamies et des
moyen du chlorure de calcium fondu natuUites.
(^00 grammes) et du carbonate de Comme astringent et antiacide, la
soude cristallisé (520). poudre suivante est assez employée :
Les deux sels sont dissous sépa- Craie composé (Pharmacopée an-
rément et mélangés, puis on lave le glaise) : précipité par décantation, et on trochisque.
Cest une poudre blanche, pulvé- pôûâre de toraentnïe. ) ^
rulente, insipide, inodore, insoluble — dégomme.... ) ""
dans l'eau , soluble avec etTerves- — de poivre long. 15 ^
ceuce dans les acides étendus. Mêlez
11 est donné comme antiacide ab- rw \ j ■ *
sorbant et antidiarrhéique, à la dose .. ^" P?"' f"^'" "^" '^' '* P'^P"*»j a o * A in tion suivante :
de z, 8 et même 16 grammes par
jour, dans du pain azyme, ou dé- Craie préparée iO grammes.
layé dans de l'eau, en potion, en Sous-nitrate de bismuth. 20 ccnligr.
pastilles. Opium brut pulvérisé... 20 -
En Angleterre, on emploie la craie Mêlez, divisez en dix-huit paquets, préparée, ainsi que la craie naturelle, Un paquet avant le déjeuner et le
formée, on le sait, par la dépouille dincr.
(a) Boisseul, Sur l'eau de chaux (Joum. de méd. de Bordeaux, juillet 18i6). (6) Voir Maladies de Vestomac : Dyspepsie des nouveau-nés.
Craie préparée 450 grammes.
Poudre do cannelle 112 —
de zinc.
substances empruntées au règne animal et ayant une action par les sels de chaux qu'elles renferment ; c'est ainsi que la poudre de crabe, les yeux d'écrevisse (1), les coquilles d'œuf et les écailles d'huître ont tour à tour été proposés pour la cure des flux abdominaux. Ces préparations sont abandonnées aujourd'hui, sauf une seule qui mérite une certaine attention, c'est la corne de cerf calcinée. Cette corne de cerf sert de base à un des apozèmes les plus utiles dans la cure des diarrhées, à la décoction blanche de Sydenham (2). ^VZl^*" Enfin Gûbler, reprenant la pratique d'Adair et J. Henly, a remis en honneur l'oxyde de zinc, qui donne d'excellents résultats à la dose de 3*' 50, associé à 50 centigrammes de carbonate de potasse, administré en quatre paquets dans la journée. Bonamy (de Nantes), Puygautier, Jacquier (a) ont montré, par de nombreuses observations, les bons effets de cette préparation.
Ainsi donc, pour nous résumer au point de vue des poudres inertes, nous avons : d'abord le sous-nitrate et le salicylale de bismuth ; puis l'oxyde de zinc ; et enfin les sels de chaux,
(1) YetiXd'écrevisse{Oculi'cancrO' Mio de pain de froment. 10 grammes. r?t?»). Ce sont des concrélions for- Gomme arabique pUlvémées de carbonate de chaux, qui se "«^® {Acacia vera), . . 10 — trouvent dans Testomac de Fécre- ^"^'^^ î'*^"^ {Saccharum ylsse(Asta,asfluviamiscmsi.cêe^ nySaTr£u;;d';;a;: " décapodes), au moment de la mue, «er . . . lo — et qui sont destinées au renouvelle- Eau commune Q. S. pour 1 litre, ment du test. .
Doses : 6 grammes et plus. Triturez la corne de cerf et la
(2) Décoction blanche de Sydenham «omme; ajoutez la mie de pain et (Codex français) : '« ^^^!^y ^''^^^''^^ de nouveau; faites
bouillir avec Teau pendant quinze Corne de cerf calcinée et minutes; passez, exprimez légère-
porphyrisée 10 grammes. ment, ajoutez Thydrolat.
(a) Adair et J. Henly, Lapis calaminaris {Carmia naliva) in alvi fluxibui cachéeticorum (Gmelin, App. med., 29i). — Bonamy, De l'oxide de iinc dans la diarrhée {Bull, de thérap., mai 1877, p. 251). — Puygautier, De remploi de Voxyde de %inc dans la diarrhée. Thèse de Paris, 1874, n* 250. — Jacquier, De Voxyde de zinc dans la diarrhée. Thèse de Paris, 1878, n« 120.
auxquels vous ajouterez la décoction blanche de Sydenham.
Les astringents, et surtout ceux qui sont tirés du règne Dcûstrin. végétal, ont une action prédominante dans la cure des diar- *''"^*' rhées. Ainsi le tanin (1) est un bon médicament dans les
(1) Tanin ou acide tannique.
C*est un produit végétal, essentiellement astringent, qui existe dans les végétaux dits astringents : noix de galle, écorce de chêne, de quinquina, d'orme, sumac, cachou, kino, bistorte, fraisier, potentille, rosier, caféier, etc.
Le tanin employé en médecine est ordinairement celui qu*on extrait de la noix de galle. l\ est blanc jaunâtre, incristallisable, inodore, d'une réaction légèrement acide et d'une saveur très astringente; soluble dans l'eau, moins dans l'éther et l'alcool ; dans les huiles grasses et volatiles.
11 précipite de leurs solutions l'albumine, la gélatine.
Les tanins de la noix de galle, du chêne, colorent les sels ferriques en bleu noir; les tanins de quinquina, cachou, café, rhubarbe, kino, saule, orme, fougère, légumineuses, fleurs des labiées, les colorent en vert; les tanins de ratanhia, absinthe, arnica, véronique, verveine, etc., les colorent en gris verdàtre. On a même, d'après les diverses colorations provoquées par les tanins en face des sels ferriques, établi les dénominations suivantes :
i^ Acide gallotannique, du tanin de la noix de galle;
^ Acide quercitannique, ou du chêne rouvre ;
3* Acide cafétannique ou de café ;
4* Acide cachou tannique ou mimotannique ou du cachou;
5* Acide morintannique ou du bois jaune;
6"* Acide quinotannique ou du quinquina;
7^ Acide cocotannique ou du kino.
La tanin se combine avec les métaux pour former des tannâtes (de plomb, de zinc, de bismuth, d'alumine).
Le tanin est employé comme tonique et comme astringent dans les hémorragies, les flux muqueux, séreux et purulents; dans les diarrhées, les sueurs profuses. On le prescrit à l'extérieur (lotions, collyres, gargarismes, lavements, pommades, sup* positoires); à l'intérieur, en poudre, pilules, potions, électuaires.
Substances incompatibles. Alcaloïdes, sels métalliques, fer, antimoine, plomb, mercure, émétique, gélatine, albumine, émulsions, eau de chaux.
Glycéré de tanin (Codex français) :
Tanin là 2 grammes.
Glycérine 10 —
Pilules de tanin (Voiliez) :
Tanin 15 ccnligr.
Mucilage de gomme. Q. S.
Pour une pilule. Hémoptysies, sueurs.
Doses: deux àdix piln'es par jour.
Gargarismes :
Electuaire astringent :
Tanin 50 centigr .
Laudanum de Sydenham. 10 gouttes.
Conserve de roses 10 grammes.
diarrhées chroniques: on l'administre en pilules à la dose de
10 à 50 centigrammes et même davantage. Le ratanhia (i)
Lavement astringent :
Tanin 1 gramme.
Laudanum de Sydenham. 6 gouttes.
Eau 300 grammes.
(1 ) Ratanhia (Krameria iriandra), Polygonacées. Le ratanhia est an petit arbuste ligneux des Cordillères, du Pérou et de la Bolivie. On fait usage de ses racines ou plutôt de Técorce de sa racine, qui seule contient les principes actifs. Les petites racines jeunes sont plus actives que les grosses et vieilles.
La racine de ratanhia, dont Técorce est rouge brun, fibreuse, à saveur astringente, non amère, contient d*après Witsteln (1851), une sorte de tanin {iO p. 100) nommé acide ratanhia-tannique , fournissant avec les chlorures ferriques un précipité verdâtre; elle contient aussi de Textractif, de la matière colorante, du rouge de ratanhia, substance insoluble dans Teau, de la gomme, quelques sels et un sucre incristallisable.
Les nombreuses espèces de Krameria fournissent d*autres ratanhias, dont les plus connus sont : l<^la Savanilla ou ratanhia de la Nouvelle- Grenade {Krameria tomentosa) ; 2* le ratanhia du Para (R. de Breuil; R. des Antilles, Krameria argentea).
La ratanhia se prescrit dans les cachexies, les hémorragies, les diarrhées : en poudre, 1 à 10 grammes; en infusion, 20 pour 100; extrait aqueux 40 à i5 grammes, en potion et sirop ; teinture 20 à 30 grammes, en tisane ou potion.
A l'extérieur on remploie en lotions, à rintérieur en injections, lavements (50 pour 100).
L'extrait de ratanhia se donne en pilules ou en potions (50 centigrammes à 10 grammes); à Textérieur, en pommades et en suppositoires.
Stib$tance$ incompatibles : alcalis, carbonates, sels métalliques, gélatine, émulsions.
Potion astringente au ratanhia (Codex français) :
Extrait de ratanhia 5 grammes.
Eau commune 100 —
Sirop de coings 50 —
Faites dissoudre l'extrait dans l'eau, filtrez, ajoutez le sirop.
Une cuillerée à soupe toutes les demi-heures.
Tisane de racine de ratanhia :
Racine de ratanhia. ... 20 grammes. Eau 1000 —
Edulcorez avec sirop de ratanhia, 50 grammes.
Lavement de ratanhia :
Racine de ratanhia 25 grammes.
ou bien :
Extrait de ratanhia 2 grammes.
Eau 500 —
Faites bouillir une demi-heure et passez.
Sirop de ratanhia (Codex français) :
Extrait de ratanhia 1 gramme.
Eau distillée 2 grammes.
Sirop simple 39 —
Faites dissoudre l'extrait dans l'eau distillée chaude ; mêlez du sirop bouillant; faites bouillir jusqu'à ce que le poids du sirop soit à 40. Passez.
Doses : 20 à 100 grammes en tisanes ou potions.
fournit aussi une tisane et un extrait. Le cachou (i) est moins employé, et cependant on a vanté beaucoup son action. Il en est de même du Colombo et du guarana, que Hervé de Lavaur et Denucé (a) ont conseillés, le premier en potion, le second
(1) Le cfichou est un suc astrin- le 5<rop, à la dose de 20 à 100 grammes,
gent, obtenu par décoction : Le cachou de Bologne, employé
1<^ Du bois de V Acacia catechu {Mi- par les fumeurs, contient de l'extrait
mosa catechu) j arbre de 9 à 12 mè- de réglisse, de la gomme, du mastic,
très de haut, avec un tronc de 1*20 à de la cascarille, du charbon, de Tiris
i'SO de circonférence, et de TA cacta de Florence, de Thuile volatile de
lttma(ikftmosasuma. Légumineuses); menthe, des teintures d'ambre et de
2« Des graines (noix d'arec) de VA- musc, et du cachou.
reca catechu (Palmiers) ; Tablettes de cachou (Codex fran-
3* Des feuilles et des bourgeons çais) :
fraîchement cueillis du gambir : Nau- Cachou pulvérisé (£/ncarta
clea gambir ou Uncaria gambir, vi- gambir) 50 gramme».
goureux arbuste grimpant, et Vnca- Sucre blanc 20 —
ria acida. Micilage de gomme adra-
Le cachou est ordinairement ex- ^f"® •* "" .
porté en pains du poids de 100 à ^^'^^^ ^«s tablettes de 5 déci-
425 grammes; il est inodore, d'une grammes,
couleur brun rougeâlre, d'une saveur ^^^^ • quatre à trente tablettes,
astringente, sans amertume, complè- Potion contre la diarrhée (Réveil) :
tement soluble dans l'eau bouillante, Sirop de coings 30 grammes.
l'alcool cbaud, incomplètement dans Teinture de cachou 10 —
Peau froide. Il précipite en vert noi- ^a" <*« cannelle 50 —
ràtre par les persels de fer. *** *:*';''*; ^ "~
t '^ u A' 4 j é • Eau de Rabel 2 —
Les cachous conUennent du tanin ^^^^^^^^ ^^ Rousseau... 10 gouttes.
(36 à 60 pour 100), de la catéchine ""^ "", nousseau... lu gou los
ou acide cachétique, de l'acide caté- , ^/ ^A - A prendre en deux ou
chu-tannique, de Facide catéchutique ^'''' ^''' ^^""^ la journée.
(Bûchner) et de la quercétine. tisane de cachou :
n y a dans le commerce plusieurs 2*^*^^" concassé 8 grammes.
sortie de cachou : le cachou de Ben- ^^^ »'«"»"*'**^ *^ -
gale, le cachou de Bombay, le cachou ^a^^s infuser une heure,
ofûcinal et le cachou de Pégu. Lavement de cachou :
Lecachouentredansdenombreuses Cachou pulvérisé.... 2 à 10 grammes.
préparations (externes ou internes); Eau chaude 250 —
il ne doit pas être prescrit avec : émé- Tisane de riz-cachou :
tique, sels de fer, alcaloïdes, émul- Tisane de riz 500 grammes.
sions et substances albumineuses. •— de cachou 500 —
La t«tn(ure de cachou se donne en Édulcorez avec sirop de grande
potions, à la dose de 2 à 30 grammes ; consoude, 6i grammes.
(a) C. Denucé, Journal de médecine de Bordeaux^ juillet 1857. ^ Hervé do Lavaur, Bull de Ihérap,, t. LU, p. 418.
De Vhyi'
terionica
Bayla-'
huen.
en pilules pour combattre la diarrhée. EnjBn, les plantes contenant du tanin, telles que le fraisier, la tormentille (1), la potentille si vantée par Bonnard, la bistorte, que Leviat- Ferroton a préconisée, enfin la feuille de noyer, que Scotti a signalée comme médicament antidiarrhéique, peuventêtre mises en usage ; mais elles sont peu employées.
Je dois faire une exception pour une plante provenant du Chili et sur laquelle le docteur Gesvello a appelé mon attention et que j'ai expérimentée le premier en Europe, c'est Vhysterionica Baylahuen; on fait avec le Baylahuen une infusion qui m'a donné d'excellents résultats dans les diarrhées rebelles; vous trouverez ces observations dans la thèse de mon élève Baillé {a).
Tels sont, en résumé, les principaux médicaments astrin-
(\) Grande conêoude {Symphytum officinale L.), Oreille d'âne , langue de ïache, herbe aux charpentiers, aux coupures. — Borraginées L. On utilise la racine.
Le sirop se donne à la dose de 50 à 100 grammes en potion ou en tisane.
Les plantes indigènes astringentes sont très nombreuses. Parmi elles, nous citerons les suivantes :
Fraisier (Fragariavesca L.), Rosacées.
TormentiUe (Tormentilla erecta L.), Rosacées L. — Décoction, 15 à 30 grammes pour un litre.
Bistorte {Polygonum bistorta)^ Polygonacées. Décoction, 30 à 60 grammes par litre.
Noyer (Juglans regia L.), Juglandées. Décoction de feuilles fraîches, 15 à 30 grammes par litre.
Potentille {Potentilla ansenna)^ Rosacées,
Benoîte (Geum urbanum L.), Ro-
sacées. Décoction de la racine : sèche, 30 à 60 grammes; fraîche, 60 à 100 grammes par kilogramme d*eau; teinture, 15 à 30 grammes en potion^
Boses rouges (de Provins), Rosacées. Infusion 8 à 16 grammes par litre; conserve, 58 à 120 grammes ; sirop, 30 à 60 grammes.
Aigremoine {Agrimonia eupaiO" rtaL.), Rosacées. Infusion de feuilles, 5 à 15 grammes par 500 d'eau.
Argentine onpotentille^ Rosacées.
Décoction, une poignée pour un litre d'eau.
Benouée {Polygonum aticularc L.), Polygonacées. Décoction, deux poignéea pour 1 ou 2 litres d'eau.
BourM à pasteur (Thlaspi bursa pastoris L.), Crucifères. Décoction 30 à 40 grammes |nu* litre d'eau; infusion, 100 grammes d'herbe fraîche pour un litre d'eau bouilhnte; deux heures d'infusion.
(a) Baillé {Etude thérapeutique [sur l*hy s terionica Baylahuen^ thèse de Paris, 18«9, Gl Bull, de thér., 1889, t. CXVl, p. 160).
genls administrés à l'intérieur contre la diarrhée. Passons maintenant aux médicaments opiacés.
Il existe, vous le savez, des médicaments qui augmentent Médicaou diminuent les échanges osmotiques qui se font à travers anwwmola muqueuse intestinale ; on a donné le nom d'anexosmo- '*'"®'tiques aux préparations qui empêchent cette action dialytique, et on a utilisé ces médicaments ancxosmotiques pour la cure des diarrhées.
L'opium est la substance anexosmotique par excellence; oa et si on joint à cela l' affaiblissement amené dans les mouvements péristaltiques, on comprend la grande utilité de ce médicament dans la cure des flux abdominaux. Mais, et c'est là un point important, les préparations d'opium ne sont pas indifférentes : tandis que les unes n'ont qu'une action limitée, les autres ont un eff^et remarquablepour la cure de la diarrhée.
Les deux préparations à utiliser sont : le diascordium et Dudi.«cc^ le laudanum. Cette vieille préparation, le diascordium, due à Fracastor, et qui prend son nom de la germandrée qu'il renferme, Teucrium scordium (i), contient un grand nombre de plantes qui toutes ont une action contre la diarrhée, telles que la bistorte, la tormentille, etc. ; et c'est probablement à l'association de ces principes tanniques avec les alcaloïdes
(1) Voici la formule de Télectuaire diascordium :
Feuilles sèches de scordium 48 grammes.
Fleurs de roses rouges. 16 —
Racine de bistorte ... . 16 —
— de gentiane... 16 —
- de tormentilUe. 16 —
Semences d*épine-vi- l»«**^^ j- j i» * •* j» •
.. ^ 16 __ ^ ^^^^^ dissoudre lextrait d opium
Gin^mbre. *.../...'.*.. 8 - ^*"J* '® vin; ajoutez le miel rosat li-
Poivro long 8 — quéfié/puis peu à peu toutes les autres
Catsia lignea 16 — substances dont vous aurez fait une
Cannelle 16 — poudre fuie, et agitez bien la masse, de
Diclanic de Crète 16 — manière ù obtenir un mélange exact.
styrax calamité
grammes.
Galbanum ,
Gomme arabique
Bol d'Arménie préparé.
Miel rosat dépuré et
rapproché en consis-
tance de miel ordi-
naire
Vin d'Espagne
Des laudanums.
de Topium que l'on doit cette action élective du diascordium dans la cure des flux intestinaux. Vous pouvez donc vous servir du diascordium ou de la préparation qui lui a été subslituée par Bouchardat, et administrer ces médicaments à la dose de 1 à 8 grammes sans inconvénient, en vous rappelantque le diascordium contient par gramme6milligrammes d'extrait d'opium et que la formule deBouchardat renferme par gramme 2 milligrammes de morphine. '
Le laudanum est aussi dans ces cas une bonne préparation : vous emploierez, soit celui de Sydenham, soit celui de Rousseau, car malgré les tentatives de Béhier et de Delioux de Savignac (i), ces deux vins d'opium restent encore inébranlables. Vous pourrez user aussi de l'électuaire de Guéneau de Mussy (2).
Conservez rélectuaire dans un pot pour Tusage. Le diascordium renferme 2 centigrammes et demi d'opium pour i grammes d'électuaire.
Voici la modification proposée par Bouchardatà cette formule beaucoup trop complexe :
Chlorhydrate de morphine. 3 centigr.
Tanin 50 —
Teinture de baume de Tolu. 10 grammes
Conserre de roses 6 —
Phosphate de chaux porphyrisé 3 —
i gramme de cette préparation contient 2 milligrammes de morphine.
(i) Delioux de Savignac, pensant que la cannelle et le girofle détruisaient certaines propriétés de Topium, à cause du tanin qu'elles renferment, a proposé la formule suivante de laudanum :
Extrait d'opium 7 grammes.
Safran 5 —
Alcoolat de menthe 30 —
Alcoolat de mélisse 25 ~
Hydrolat do cannelle.... 30 — Sucre blanc 16 —
Béhier voulait flaire disparaître le goût désagréable que donne le safran au laudanum, et voici comment il formulait son laudanum :
Alcool i 85"* 50 grammes.
Eau 12 —
Cannelle 2 —
Girofle 1 gramme.
Laissez macérer quinze jours en bouchant bien, filtrez et joutez essence de menthe quantité suffisante.
Pour les formules de Topium, voir les leçons sur les névroses de l'estomac.
(2) Voici la formule de Télectuaire de Noël Guéneau de Mussy :
Poudre de colombe 5 grammes.
Extrait de ratanhia 6 —
Cachou 4 —
CascariUe 4 —
Poudre d'anis ) .. ^
- de fenouil..)^ * <?^"»"'^-
Essence de menthe 50 centigr.
Extrait thébaïque 40 —
Conserves de roses Q. S.
Divisez en quatre-vingts pilules, à conserver dans un mélange de 1 00 grammes de craie précipitée et de 3grammes de sous*nitrate de bismuth.
On a proposé d'utiliser les alcaloïdes de Topium, et Rabu- do la morteau les a môme classés selon leur action anexosmotique. '^''"°' De tous les alcaloïdes de Topium, deux seuls s'opposent au courant exosmotique : la narcéine et la morphine, et l'action de la morphine est supérieure à celle de la narcéine; de là l'application de la morphine à la cure de la diarrhée. Jusque dans ces derniers temps on l'administrait par la bouche; mais Béhier (a), puis Vulpian ont montré qu'en injections hypodermiques l'action était plus manifeste, et Legagneur, dans sa thèse, a réuni plusieurs faits qui semblent à cet égard concluants (b).
Mais ce qui donne les meilleurs résultats dans la cure de la diarrhée, c'est l'association des opiacés avec les astringents et les poudres inertes. L'une de ces préparations est des plus connues, c'est l'union du diascordium avec le sous-nitrate de bismuth sous forme de bols de 50 centigrammes administrés en nombre variable trois à six fois par jour.
Je vous conseille aussi d'employer une potion antidiarrhéique que je prescris souvent dans le service et dont voici la formule :
:y Laudanum de Sydenham X gouttes.
Sous-nitrate de bismuth 10 grammes.
Eau de menthe 10 —
Infusion de bistorte 60 —
Sirop de ratanhia 30 —
A prendre par cuillerée à bouche.
Les moyens locaux jouent un rôle dans la cure de la diar- p^, rhée. Ce sont d'abord les cataplasmes ou bien la ouate ap- «"«y*^* *^* pliqués sur le ventre, entourés d'un taffetas gommé et maintenant ainsi la chaleur sur la surface de l'abdomen. On a proposé aussi de recouvrir le ventre d'une couche de collo-
(a) Constantin Codrescii, Des injections sous-cutanées de morphine dans la diarrhée des phtisiques. Thèse de Paris, 1866.
{b) Legagneur, Des injections hypodermiques de morphine dans le traitement de la diarrhée. Thèse de Paris, 1866, n« 476.
CLINIQUE THÉRAP., 6* édit. I. — 51
eaux*
Dos lavonionts.
dion, et on a soutenu que Ton pouvait ainsi faire disparaître les diarrhées les plus rebelles. C'est un moyen peu dangereux dont vous pouvez user, mais sans en espérer les effets merveilleux qu'on lui attribue. D'ailleurs, ce moyen agit surtout en réchauffant le ventre, et il peul être employé principalement dans certaines diarrhées cholériformes accompagnées d'algidité.
Les lavements (1) ont une action réelle dans la cure de la diarrhée; on emploie, suivant les cas, les lavements simples émollients, amidonnés ou renfermant du laudanum. Vous pourrez même y ajouter une substance astringente, du ratanhiaou du tanin et même du sous-acétate de plomb. Barthez, Guéraud ont signalé les bons eflfets de ces lavements à Feau blanche (5 grammes de sous-acétate de plomb pour 250 grammes d'eau).
Dans ces derniers temps, Bourdon et Chouppe ont vanté l'ipéca concassé en lavement. Chouppe (2) a donné une
(i) De?ergie a conseillé les lave- Racine d*ipéca 20 grammes.
ments suivants 2 Eau distaiée 500 —
A ^tate d 1 b 4 ram S On fait subir à la racine trois dé-
CarbonatoVetoude::::: 2 *^ -™' * f^^*»^»^ successives dans le tiers de
Laudanum do Sydenham. 10 gouttes. la quantité d eau, pendant dix mi-
Eau Q. S. nutes chaque fois, puis on mêle le
produit des trois décoctions, qu*on Pour un lavement (a). f^j^ ^^duire à UO grammes pour (!2} Ipécacuanha {Cephœlit ipéca- deux lavements, à chacun desquels cuanha)y Rubiacées. MM. Bourdon et il faut ajouter 5 à 6 gouttes de lau- Chouppe ont expérimenté avec succès danum de Sydenham. Pour les enles lavements d'ipéca dans la diarrhée fants, la dose est moitié moindre, et cholériforme des jeunes enfants, et Ton n'ajoute pas de laudanum, dans la diarrhée des tuberculeux. 11 était donné deux de ces lave- Sur 17 observations publiées par ments par jour, le premier entre sept Chouppe on constate : guérison, et huit heures du matin, c'est-à-dire 13 cas; amélioration, 2; insuccès, 2. au moins trois heures après le der- Voici comment étaient préparés les nier repas.
lavements (6). M. Bourdon nous a dit dernière-
On prend : ment qu'en ville il ne donnait plus
(fl) Devergie, Des lavemenU astringenti {Bull.de ihérap., t, LXYIII, p, 518). (b) Chouppe, Bull, de thérap.y t. LXIXYI, et Progrès médical^ 1871. — D'Or-
formule complexe de ces lavements que je vous propose de simplifier ainsi :
Mettez dans 250 grammes d'eau chaude iO grammes uvement d'ipéca concassé, faites bouillir une minute et administrez en lavement après avoir ajouté, si vous le voulez, quelques gouttes de laudanum.
C'est une excellente préparation qui donne de bons résultats dans la diarrhée des enfants, et surtout dans sa forme la plus dangereuse : le choléra infantile. J'y ai eu recours et je m'en suis bien trouvé.
Et, messieurs, puisque je vous parle de la diarrhée des u aiarenfants, je dois vous dire deux mots du traitement de cette ^^^^^^^^ diarrhée qu'on observe si communément dans les crèches de nos hôpitaux. La diarrhée des enfants s'observe sous deux formes principales : tantôt c'est l'entérite simple, qui produit ce phénomène aujourd'hui bien connu de la diarrhée verte ^ tantôt c'est le choléra infantile. Je n'ai pas à vous indiquer ici les symptômes qui caractérisent ces deux maladies, vous en trouverez la description dans les livres de pathologie infantile; j'appellerai seulement votre attention sur la distinction capitale qui les sépare. En effet, tandis que la diarrhée verte, même dans ses formes sérieuses, guérit le plus souvent et est très accessible à notre thérapeutique, le choléra infantile, au contraire, est une redoutable affection très souvent mortelle et contre laquelle nos moyens d'action sont souvent inefficaces.
La diarrhée verte peut se déclarer d'emblée, mais le plus dc u dur. souvent elle attaque les enfants atteints de diarrhée simple, '*»^«^«'^^-
la racine d^ipéca concassé, il recom- racine en très petits morceaux, qu*on mande de casser à la main cette fait encore décocter.
nellas. Gaz. méd, de Paris, 1873, et BulL de thérap., 1873. — E.-À. Polichronie, Etude expérimentale sur Vaciion thérapeutique et physiologique de Vipécacuanfia et de son alcaloïde. Paris, 1874.
d'où la nécessité d'arrêter cette dernière, qui crée un milieu favorable à l'éclosion de l'agent infectieux : c'est que, en effet, la cause de cette diarrhée verte est un bacille aujourd'hui bien connu, bacillB qui sécrète cette substance spéciale qui donne aux selles leur coloration particulière. Déjà en 1884 Damaschino et Clado avaient signalé (a) la présence de bacilles dans la diarrhée verte, mais c'est surtout depuis le travail d'Hayem et Lesage (b) que l'origine microbienne de la diarrhée verte a été bien établie. La démonstration de ce fait a amené les auteurs à faire connaître une thérapeutique rationnelle de cette affection : ils ont montré que l'acide lactique arrêtait complètement le développement du bacille dans les cultures et pouvait être considéré comme le médicament spécifique de la diarrhée verte.
Acide lac- Vous administrerez donc cet acide lactique, mais vous aurez soin de ne pas faire de solution à un titre qui dépasse 2 pour 1 00, car au delà le médicament est mal supporté. Voici d'ailleurs la formule que je vous propose :
:f Acide lactique 20 grammes.
Eau de fleurs d'oranger 30
Eau simple 1000 —
tiquo.
Traitement de la diarrhée des
Vous administrez cette solution par petites cuillerées à café toutes les deux heures, toutes les heuresou plus souvent cnfanu. sl la diarrhéo est très abondante. Vous réussissez par ce traitement à arrêter la diarrhée verte ; cependant il faut bien reconnaître que l'acide lactique échoue souvent dans ces formes chroniques, qui sont un des accidents principaux de Vathrepsie.
En ce qui concerne le choléra infantile, c'est une toute
(a) Damaschino et Clado, Société de hiologity 18S4.
(b) Haycm et Lesage, Comm. Académie de médecine, 14 mai 1887. — Hayem, Bull, de thérap.y t. CXII, p. 441. — Lesage, De la diarrhée verle det enfants du premier âge (Journal des conn, méd.y décembre 1887).
autre affection bien plus redoutable, et dans quelques cas les accidents acquièrent une rapidité foudroyante : les selles prennent un caractère séreux, elles se répètent coup sur coup, elles se décolorent et bientôt apparaissent les vomissements accompagnés d*une soif ardente et d'un terrible changement dans la physionomie : le faciès de Tenfant se grippe, ses traits s'altèrent, ses yeux s'excavent, sa voix s'éteint, sa peau se refroidit, et il succombe souvent en quelques heures.
De toute façon, il est fréquentde voir ces redoutables maladies attaquer les sujets antérieurement atteints de diarrhée vulgaire, et, dans tous les cas, vous devez intervenir énergiquement et cela dès le début de la diarrhée; il est toujours imprudent de laisser s'établir un flux abdominal chez les très jeunes enfants, et tandis que chez l'adulte vous pouvez et devez même respecter certaines diarrhées, votre devoir, au contraire, dans le premier âge, est d'arrêter au plus vite le flux intestinal, quelle qu'en soit la cause. On a voulu cependant faire une exception à cette loi générale à propos de la diarrhée de la dentition; se basant sur un aphorisme d'Hippocrate (i), on a soutenu qu'il fallait ne point combattre cette diarrhée. Je ne puis admettre cette exception, et, pour ma part, dès qu'un enfant qui fait ses dents a une diarrhée trop abondante, dès que, surtout, ses garde-robes deviennent verdâtres, je me hâte d'intervenir.
Il faut donc combattre de bonne heure ces diarrhées, et je crois que la diarrhée la plus simple peut créer un milieu favorable à l'éclosion des germes infectieux de la diarrhée verte et du choléra infantile. Pour arriver à votre but, usez
(1 ) Voici Taphorisme d*Hippocrate : titione alvu$ multoties abdtieiiur iis
€ Les enfants qui ont des flux de minas convelluntur^ qunm quitus
ventre durant la dentition ont rare- ita paucies, » (Hippocrate, Liber de
ment des convulsions :Oui&tMtn(f^n- dentihus.)
du sous-nitrate de bismuth et de Teau de chaux (i); soyez extrêmement prudents avec le laudanum. Parrot, lui, le repousse absolument; et si vous le donnez, faites-le avec réserve, c'est-à-dire ne dépassez jamais une ou deux gouttes. Les enfants, en effet, supportent mal ce médicament (a).
Vous pourrez aussi user de la méthode de René Blache, qui donne de bons résultats et qui consiste dans l'union de Thuile de ricin, i à 2 grammes, avec parties égales de sirop de gomme. C'est une bonne médication dans le traitement de la diarrhée des enfants.
Du choi6r« Ne comptez pas trop sur les lavements, et, à cet égard, je partage entièrement l'opinion de Parrot, qui montre leur complète inefficacité dans la cure de la diarrhée des enfants, diarrhée qui dépend des troubles fonctionnels de l'intestin grêle et non du gros intestin. Mais, surtout, surveillez Talijnentation, c'est là le point capital de votre thérapeutique, et je vous renvoie à ce que je vous ai dit à propos de la dyspepsie des nouveau-nés .
Traiiement Pour Ic choléra infantile, les moyens antidiarrhéiques ne
du choléra ' J ^^
infantile, suffiscut pas ; il faut relever les forces des malades ; faites-le avec du vin sucré, des potions au rhum, faites faire des frictions énergiques sur tout le corps, recourez même à la pratique de Trousseau, qui conseillait dans ce cas les grands bains sinapisés (S).
(i) Voici les potions conseillées par administre, toutes les dix minutes, Parrot dans les cas de diarrhée : et fait prendre altematiTement, une
Sous-nitrate de bismuth. «grammes. ^"^"f^*^ \ *^^ ^f, ^«'^ ^^'^^^"^ Siropdegrandeconsoude placées, préparées 1 une avec :
ou sirop de coings. . . 100 - ^^^^^^ ^.^„^ ^^ ^^^^^
Six à huit cuillerées dans les vingt-
Eau 200 grammes.
quatre heures, avant les tétées. L'autre avec du bouillon de bœuf
(2) Pour Tathrepsie aiguë, Parrot dégraissé, fait sans légumes.
(a) Parrot, De Vathrepsie, Paris, 1877, p. 437.
Et puisque je vous trace ici aussi rapidement que possible Diarrhées les indications thérapeutiques qui découlent de certaines tioMoi. formes de diarrhée, permettez-moi de compléter ce sujet en vous rappelant que certaines d'entre elles sont tributaires d'une thérapeutique spéciale. Il existe des diarrhées infectieuses, et je vous ai montré qu'elles résultaient non seulement de la présence des micro-organismes spéciaux dans les matières fécales, mais encore de ptomaïnes. La pénétration de ces produits infectieux dans l'organisme détermine des symptômes très analogues à ceux de l'urémie, et c'est à cet ensemble symptomatique que Bouchard a donné le nom de stercorémie. Nous pouvons agir activement contre ces diarrhées infectieuses en introduisant dans le tube digestif des substances destinées à détruire ces produits de putréfaction.
Bouchard (1) a surtout conseillé la naphtaline, puis le naphtol; ce dernier médicament se montre très supérieur
Denx k trois fois, dans la journée, et pins antiseptique. Le naphtol n'est
pendant cinq minutes, Tenfant sera toxique par le tube digestif qu'à la
maintenu dans un bain d'eau à 35", à dose de 50 centigrammes par kilo-
laqnelle on aura ajouté, par 25 litres, gramme, lorsqu'il est en dissolu-
de 50 à 60 grammes de farine de tion. Quand il n'est pas dissous, il
moutarde, que l'on pourra mettre faut 3"50 par kilogramme pour
dans un sac et que l'on malaxera entraîner la mort de l'animal. Le
dans l'eau. tableau suivant montre l'action anti-
(1) On a conseillé d'abord la naph- septique et toxique des médicaments
taline, qui a été expérimentée par antiseptiques intestinaux : Rosbach, puis par Bouchard; ce médicament a été abandonné, parce qu'il Dose Dose Dose détermine des éruptions, de la dysu- tniisep- toxi- pathorie,duténesme vésical et même des "^"«* *ï"®- >'»^'ï"^' escarres. Chez les animaux, Bouchard '***"*' **^'
a déterminé avec la naphtaline des ,odoforme... 1.27 0.50 0.05
cataractes. Aujourd'hui Bouchard (a) iq^jqI 2.75 2.17 1 .24
préfère le naphtol àla naphtaline, et Naphtaline... 1.51 3.40 1.00
cela parce qu'il est moins toxique Naphtol 0.40 3.80 1.10
{a) Bouchard, De l^antisepsie inteftinale (Acad. des se, 1887).
au premier. Ce naphtol est très peu soluble ; on Tadministre sous forme de pilules ou de cachets médicamenteux, et Ton peut atteindre par jour la dose de S^'^ôO; on doit la fractionner par doses de 10 à 20 centigrammes, que Ton administre toutes les heures. Vous pouvez aussi associer le naphtol au salicylate de bismuth, qui agit dans le même sens et contribue pour sa part à l'antisepsie intestinale.
Pour ma part j'use surtout du salol qui est, comme je vous l'ai dit maintes fois, le meilleur des antiseptiques intestinaux, et j'associe le salol au salicylate de bismuth sous la forme suivante :
:^ Salol i .
Salicylate de bismuth ) ^ '
En trente cachets médicamentaux, et je doime de deux à quatre de ces cachets par jour.
DUrrbées Acôté dc CCS diarrhécs infectieuses il faut placer les diar- **"" *' rhées palustres. Jules Simon, Guyot, Potaia ont montré que, dans certains cas, le sulfate de quinine faisait disparaître comme par enchantement les diarrhées rebelles à tout autre médicament. Aussi, toutes les fois que vous trouverez, soit dans l'étiologie, soit dans la marche des symptômes, la trace d'une influence paludéenne, n'hésitez pas à recourir au plus vite à la quinine.
Diarrhées Ccci mc couduit à vous entretenir des diarrhées chroniques ch*audr des pays chauds, qui sont si fréquentes aux colonies ; ici le seul traitement efficace, du moins lorsque nous retrouvons ces malades en France, c'est le lait et l'eau de Vichy. A propos de ce lait, Talmy a montré que lorsqu'il fait défaut, comme cela arrive pendant la navigation, on peut employer du lait conservé, et il a même conseillé l'usage exclusif du sucre de lait comme pouvant guérir cette diarrhée chro-
nique (I). Enfin, plus récemment encore, Féris (2) a signalé les grands avantages des peptones dans ces cas de diarrhée des pays chauds.
. Je ne vous parle pas de la diarrhée de Cochinchine, la Diarrhée question est encore à l'étude; les uns affirment qu'elle est ''^cMne!"* parasitaire et que la médication doit s'adresser à Tanguil- Iule qu'on trouve dans l'intestin^ d'autres soutiennent que cette anguillule ne joue qu'un rôle secondaire et que toute médication anthelminthique ne peut réussir. Je n'étudie pas cette diarrhée, parce que nous n'avons, ni en ville ni à l'hôpital, de ces cas à traiter. Cependant je dois vous signaler les bons effets que l'on a obtenus, suivant mes conseils, dans la cure de celte maladie avec l'eau sulfocarbonée, et je vous renvoie aux observations si intéressantes de Maurel et de Palasme de Champeaux (a).
Il me reste à exposer en quelques mots les eaux auxquelles du on adresse les diarrhéiques. Autant nous étions riches en *7hermt" eaux purgatives, autant nous sommes pauvres en sources jj„"^^. thermales guérissant les flux chroniques. La première et presque l'unique de ces eaux est Vichy, et encore rappelezvous qu'on ne doit l'administrer qu'en bains, car l'eau thermale est très mal supportée en boisson; puis nous avons
(1) Le docteur Talmy administre quentes dans la cure de la diarrhée de 50 à 300 grammes de sucre de lait des pays chauds, en employant les par jour, quand les malades ne peu- peptones au lieu de la diète lactée; vent plus supporter le lait. il se sert des peptones solides; il en
(2) Féris a montré que la durée du ^0»»^ l^ois à six cuillerées à bouche traitement est de beaucoup plus par jour et administre de plus un courte et les récidives moins fré- ^*^'*® ^^ '^'^ W*
(a) Maurel, Note sur l'emploi de Veau sulforcarbonée dans le traitement des affections intestinales des pays chauds (Bull, de thérap.y t. CXII, p. 206). — Palasme de GhampeauX) Traitement de la diarrhée chronique par l'eau suljocar» bonée{Bull. de thér,, t. CXI, p. 398).
(h) Basile Féris, Traitement de la diarrhée chronique de Cochinchine au moyen des peptones (Société de thérap.y Comptes rendus, 25 octobre 1882, p. 202).
Plombières et les eaux qui s'adressent non aux flux abdominaux, mais aux diathèses dont la diarrhée est un épiphénomène, et, selon que les individus sont herpétiques ou arthritiques, vous devez varier le choix de vos thermes. Tels sont, résumés rapidement, les moyens dont on dispose pour combattre la diarrhée. Dans la prochaine leçon j'étudierai un flux spécial, la dysenterie, dont le traitement mérite des indications particulières.
SEPTIÈME LEÇON
Sommaire. — De la dysenterie : aspect des matières fécales aux diverses périodes. — Traitement pharmaceutique. — Emissions sanguines. — Calmants. — Astringents. — Galomel. — Ipéca. — Méthode brésilienne. — Pilules de Segond. — Ailante glanduleux. — Cataplasmes. — Traitement hygiénique.
Messieurs, je veux consacrer cette leçon à Tétude du traî- De u tement de la dysenterie, et j'ai pour en agir ainsi bien des ^""^"'^®' raisons : d'abord la colite ulcéreuse est une maladie que vous observerez souvent dans votre clientèle rurale; déplus, c'est une maladie de nos armées, et avec les nouvelles conditions faites par la loi de recrutement, qui vous oblige presque tous à remplir les fonctions de médecin militaire, vous aurez sans doute, malheureusement trop souvent, à appliquer les conseils que je veux, aujourd'hui, vous donner; mais la raison dominante, c'est que la dysenterie est une maladie qui réclame une thérapeutique puissante et énergique, presque toujours efficace, si vous pouvez lutter dès le début des accidents.
Je n'ai pas à vous faire ici l'histoire des symptômes de la Dos cardedysenterie, je vous renvoie pour cela aux traités de pathologie, et ne veux insister que sur un point important, qui permet d'établir le diagnostic et le pronostic, et même le traitement : je veux parler de l'état des garde-robes. On peut dire, en effet, que le diagnostic de la dysenterie se fait dans le pot de chambre du malade, et que c'est là que vous pour-
81Î LEÇOiNS DE CLINIQUE THÉKAPEUTIQUE.
rez puiser le plus sûrement les éléments de votre pronostic et les principales indications de votre thérapeutique.
Première Au début, Icsmatiôres fécales sont glaireuses, spumeuses, présentent des grumeaux comparables au frai de grenouille ; on trouve quelques filets de sang, un peu de graisse et quelques scybales nageant au milieu de ce liquide; d'ailleurs, pas de coloration biliaire, et c'est là un signe important. L'odeur est fade et ne présente nullement celle des matières fécales, et cela se comprend, puisque cette odeur dépend, comme je vous l'ai dit, des altérations subies par certains éléments de la bile; et comme cette bile fait défaut, l'odeur fait défaut aussi ; c'est la première période de la dy-
secondc scnterie. Dans la seconde, la couleur des matières est rou-
^"^ ''' geâtre, il y a des débris membraneux provenant de la muqueuse, flottant dans un mélange de pus et de sang, qu'on a comparé à la lavure de chair ou à de la raclure de boyaux. Jusque-là le pronostic est favorable; vous pouvez, vous devez guérir la maladie à ces périodes.
Trouièmo H n'cu cst plus dc même à la troisième période ; ici le plus
pôrlodo. 11» • •
souvent les ressources de 1 art sont impuissantes, et vous porterez un pronostic grave. Dans cette période, la couleur sanguine est plus accusée, et on a comparé ces matières à des fraises ou à des framboises écrasées : c'est le degré ultime de l'aifection. Dans ces trois stades de la maladie, le flux biliaire fait défaut, et c'est là une circonstance importante au point de vue du traitement et du pronostic, car la guérison se produira lorsque, par votre médication, vous aurez xamené la présence de la bile dans les matières fécales.
Ces matières sont rendues plus ou moins abondamment et accompagnées d'un spasme décrit sous le nom de ténestne qui peut porter sur le rectum et sur la vessie : ténesme rectal, ténesmevésical. Le nombre des garde-robes est quelquefois considérable, et Trousseau, pour les caractériser, a eu
un mot heureux et qui devra rester; il appelle cet ensemble symptomatique, les crachats deVintestin. Le plus souvent, chaque émission de matières fécales est suivie de soulagement; dans l'intervalle, les douleurs abdominales sont vives et siègent le long du gros intestin.
Tous ces symptômes s'accompagnent de phénomènes gé- symnérauxplus ou moins graves, et selon la prédominance de ^n^^uf tel ou tel ensemble symptomatique on a décrit des variétés nombreuses de dysenteries : dysenterie bilieuse, dysenterie hémorragique, dysenterie typhoïde, dysenterie algide, dysenterie cholérique, dysenterie rhumatismale. Enfin le mal peut passer à l'état chronique, et l'on a affaire alors à la dysenterie chronique. Je n'ai pas à entrer dans la discussion de ces formes, et je vais aborder le point essentiel de ces leçons: le traitement de la dysenterie. Nous avons deux ordres de moyens thérapeutiques, qui nous sont fournis par l'hygiène et par la pharmacie.
Les traitements pharmaceutiques varient selon les opi- TraUcmcm nions émises sur la nature de la colite ulcéreuse ; les uns p^*'""-
' ceuiique.
conseillent les antiphlogistiques et considèrent la maladie comme appartenant au groupe des phlegmasies ; les autres emploient les calmants, pour combattre l'élément douleur ; d'autres conseillent une médication antidiarrhéique, pour s'opposer à la multiplicité des garde-robes ; d'autres enfin proposent une médication substitutive ou évacuante. Je vais passer en revue ces moyens et discuter leur valeur.
S'il est une maladie pour laquelle la doctrine de Broussais Deséunv a produit les plus funestes eff^ets, c'est bien la dysenterie. **^'„cr Pendant lonptemps, le novateur avait imposé aux médecins des armées de terre et de mer un traitement désastreux ; c'était celui basé sur les émissions sanguines répétées, et vous ne sauriez croire la quantité innombrable de sangsues appliquées sur l'abdomen et de saignées faites pour com-
battre la colite ulcéreuse. C'est une thérapeutique à repousser complètement et à jamais ; elle n'a d'autre conséquence que d'augmenter la mortalité, déjà si considérable, de la dysenterie.
Les calmants, et à leur tête l'opium, qui avaient pour but de diminuer la douleur et d'arrêter la diarrhée, sont aussi à repousser, car ils ne donnent aucun résultat favorable. Ce que je vous dis de l'opium, conseillé par Sydenham, je le dis du diascordium et de la thériaque, je le dis aussi des solanées. Cependant Lecler (de Tours) et Hamon (de Fresnay) ont vanté, l'un l'emploi de la belladone, l'autre les cataplasmes de feuilles de pommes de terre (1). Je crois que ces moyens n'ont qu'une action douteuse, et je ne fais que les signaler, sans en conseiller l'emploi.
J'ai, vous le voyez, déjà repoussé les émissions sanguines et les calmants ; j'agirai de même pour les antidiarrhéiques. Songez qu'il ne s'agit pas ici d'une diarrhée ordinaire et que le rôle du médecin consiste plutôt à déterminer l'apparition des matières fécales, qui sont très rares dans les garde-robes si abondantes des dysentériques. Je ne vous conseille donc ni l'emploi des astringents (2) ni les poudres inertes, bien que Monneret (a) ait soutenu qu'avec le sous-nitrate de bis-
(i) Leclerc faisait appliquer sur le la bouche ou le rectum, de ropium;
ventre, au-dessus du pubis, un large il donnait aussi des purgatiDs et des
emplâtre d'extrait de belladone ou lavements albumineux (c).
de datura stramonium, composés Tun (2) Poudre dysentérique d'Hoff-
et Tautre d*au moins 50 grammes mann :
d'extrait préparé au bain- marie. Il Saft-an de Mars astringent. 30 grammes,
faisait laterner ces deux cmplàtres(6). Cornede cerf calcinée... 15 —
Hamon (de Fresnay-sur-Sarthe Racine de bisforto 8 —
faisait sur le ventre des fomentations Racine de tormeniille.... 8 —
avec une décoction concentrée de Cinnamome 1«^5
feuilles vertes de solanum tubero- AcéUte de plomb 1"^
«um, et donnait en même temps, par Doses : 1.25.
(a) Monneret, Gazelte médicale, 1840, et BulL de thérap., 1854, t. XLYIl.
(6) Leclerc, Bull, de thérap,, 1859, t. LVII.
(c) Hamon (de Fresuay-sur-Sartho), BulL de thérap., 1854, t. XLVH.
muth à la dose de 70 grammes par jour en pouvait guérir la dysenterie.
La vraie, la seule thérapeutique de la dysenterie consiste Dos sui,. dans l'emploi d'une méthode substitutive permettant d'amener l'écoulement de la bile, c'est-à-dire dans l'emploi des purgatifs. C'est la pratique de StoU, Zimmermann, Degner, Pringle,Bretonneau et Trousseau (a) ; c'est la seule logique; elle seule peut amener la guérison.
Quels purgatifs employer? N'oubliez pas que le gros in- do» purtestin est le siège d'une inflammation vive, et qu'il faut éviter tous les purgatifs drastiques ayant une action irritante sur la muqueuse; on n'a à sa disposition que les purgatifs doux, salins et cholagogues. Parmi les premiers, on a vanté la manne et le tamarin (1), et c'est avec ces substances que Sydenham avait composé sa potion purgative qui a rendu de si grands services dans la cure des dysenteries. Zimmermann préférait la crème de tartre et le tamarin; Degner, la manne ; Stoll, les sels neutres, et Barailler, le sel de Seignette.
Il faut reconnaître que ces purgatifs, quoique supérieurs ï)«« p«faux autres médications, sont cependant inférieurs aux pur- ugogucs gatifs cholagogues que je vais étudier.
J'ai déjà insisté sur l'absence de la bile dans les selles
(i) Zimmermann donnait la crème un à deux litres d*eau. Baraillier,
de tartre à la dose de 2!i grammes ; le dans le traitement des dysenteries
tamarin, à 96 grammes aux adultes, légères, donne chaque jour 15 gram-
64 aux enfants du premier âge. Ces mes de sel de Seignette dans une
médicaments étaient mélangés dans potion (6).
(a) Zimmermann, Von der Ruha unter dem Volkôf 1765. Zurich, trad. franc, par Lefebrre de Villeprune. Paris, 1776. — Pringle, Obterv. on the Diseases of the Army. London, 1772, trad. firançaise, 1793, Paris. — StoU, Aphorismes et Médecine pratique, trad. par Mahon. Paris, 1809. — Trousseau, Clinique médicale de VHôtel^Dieu de Parii, t. III. — Trousseau et Parmentier, Mém, tur une épidémie de dysenterie qui régna dant le département d'Indre-et-Loire (Arch. généralet de méd., 1827).
(6) Baraillier, Union médicale, 1861.
dysentériques , je vous ai dit que la guérison se produit lorsque la bile apparaît de nouveau dans les garde-robes. Vous comprenez donc l'importance, dans la cure de la dysenterie, de l'emploi des purgatifs cholagogues. caiomci. Parmi ces derniers, Pringle (4) a vanté la rhubarbe; mais le calomel surtout est préconisé; employé beaucoup par les Anglais, il est administré de deux façons : à doses massives, 50 centigrammes à 1 gramme ; ou bien à doses fractionnées, 20 à 30 centigrammes par paquets de 25 milligrammes, un toutes les heures. Sans nier les bons effets du calomel, je le considère comme inférieur à l'ipéca (2), médicament par
(1) Pringle, après un vomitif initial, prescrivait chaque jour 2 à i grammes de rhubarbe à doses fractionnées.
(2) Ipécacuanha {Cephœlis ipécacuanha), Rubiacées. Petit arbuste de 20 à 25 centimètres de haut, à tige ascendante, â racine un peu rampante, du Brésil et d'autres parties de l'Amérique du Sud. Il y a plusieurs espèces d'ipécacuanhas, parmi les- -quelles nous devons remarquer surtout les suivants :
1" Ipécacuanha offîcinal ou annelé (Radix ipécacuanha) ;
2* Ipécacuanha strié ou ipécacuanha noir (Radix psychotreœ) ;
3*" Ipécacuanha blanc ou ipécacuanha ondulé (Radix richarsoniœ).
On fait usage de la racine, principalement de celle de Tipécacuanha annelé ; elle est très épaisse et longue de 8 à 10 centimètres, grosse comme un tuyau de plume, flexueuse, offrant une série d*anneaux transversaux très rapprochés et de fins sillons longitudinaux. Son odeur est nauséeuse; sa saveur amère et un peu acre ; sa cassure est granuleuse, à aspect résinoïde, blanche ou grisâtre.
L*ipécacuanha doit ses propriétés
à Témétine ou à Tacide ipécacuanhique, corps amorphe, rouge brun, amer, appartenant au groupe des glucosides (Reich.).
I/émétine, qui est en plus grande quantité dans l'ipécacuanha officinal, a été découverte eu 1817 par Pelletier et Lagendie ; c^est une substance inodore, incolore, d'une saveur amère, très soluble dans l'eau chaude, moins dans l'eau froide, soluble dans le chloroforme, peu dans Téther. Elle fond à 70 degrés centigrades.
La poudre d'ipéca oud'ipécacuanha est un irritant : en contact avec la peau dépouillée de son épiderme elle produit une irritation et une inflammation vives : eu contact avec les muqueuses, elle occasionne d'abord de la rougeur, puis de l'inflammation parfois très vive, ainsi qu'on l'a observé chez des animaux ayant succombé à un empoisonnement parl'émétine.
Ingérée dans l'estomac, la poudre d'ipéca produit d'abord des nausées, puis des vomissements plus ou moins abondants ; lorsque ceux-ci n'ont pas lieu, on observe ordinairement un effet purgatif. Si on ne veut obtenir qu'un effet nauséeux, on prescrit
excellence de la dysenterie el qui joue à l'égard de cette maladie le rôle du quinquina à l'égard de la fièvre intermittente.
Vous savez que cette rubiacée a été connue, dans son De npcc«. principe, comme médicament antidysentérique et que c'est en 1686 qu'un négociant de Paris, Grenier, remit cette racine à un médecin en vogue, le docteur Dafïbrty, qui fit peu de cas de l'ipéca comme moyen de guérison de la dysenterie ; mais il n'en fut pas de même d'Helvétius, son élève, qui observa bien l'action du médicament et sut en tirer parti.
ripéca à la dose de 5 à 15 centigrammes ; pour avoir Faction vomitive, il faut 1 ou !2 à 3 grammes de poudre délayée dans Peau, le malade prend cette dose en deux ou trois fois, à quinze minutes d'intervalle, et dès qu'il a eu un effort de vomissement on lui fait avaler de Teau tiède afin de favoriser les vomissements. Pour rendre l'ipéca plus actif, on donne souvent en même temps du tartre stibié (5 centigrammes).
On a essayé de remplacer la poudre d'ipéca par de Témétine administrée par voie hypodermique ; les résultats ne sont pas aussi satisfaisants qu'avec la poudre ingérée dans Festomac.
Donné en doses très faibles, c'està-dire 1 centigramme, par exemple, toutes les heures ou toutes les deux heures, l'ipéca produit un état de malaise, avec sueurs profuses, tendance à la lipothymie, etc.
Comme expectorant, on prescrit 5 centigrammes à la fois, en poudre ou bien en pastilles d'ipéca, à la dose de i ou 6 par jour :
Substances incompatibles : les substances tauniques.
On prépare avec l'ipéca des infusions, décoctions, teintures, des extraits, des vins, un sirop, des pastilles.
CLINIQUE THÊRAP., 6* édit.
Sirop d'ipéca :
Extrait alcoolique d'ipé-
cacuanha 1 gramiiio.
Eau distillée 8 grammes.
Sirop de sucre 90 —
20 grammes de sirop représentent 2 décigrammes d'extrait alcoolique d'ipécacuanha.
Donné comme vomitif aux enfants, il est bon d'ajouter au sirop prescrit un peu de poudre d'ipéca.
Pastilles d'ipécacuanha :
Ipécacuanha pulvérisé. 100 grammes.
Sucre blanc 4.900 —
Gomme adragante 40 —
Eau de fleurs d*oranger. 340 —
Faites [des tablettes de 50 centigrammes, dont chacune contient 1 centigramme de poudre d'ipéca.
Sirop d'ipéca composé ou de Desessarts :
Ipécacuanha concassé.. 30 grammes.
Feuilles de séné 100 —
Serpolet 30 —
Fleurs de coqueliquot. . 125 —
Sulfate de magnésie .... iOO —
Vin blanc 740 —
Eau de fleurs d'oranger. 750 —
Eau bouillante 750
Sucre blanc y. s.
Dose : 16 à Gi grammes.
brësilionnc.
818 LEÇONS D£ aiNIQUE THÉRAPEUTIQUE.
Helvétius guérit de nombreux cas de dysenterie et garda le remède secret ; mais Louis XIV, après avoir consulté son médecin d'Âquin et son confesseur le père La Chaise, acheta son remède pour mille louis d'or à Helvétius, qui garda toute la somme, malgré les réclamations de Grenier.
Mais, comme le fait remarquer Humbert Mollière (a), Pison signalait dès 1648 les propriétés de Tipéca et en particulier son usage à l'état de décoction dans le traitement de la dysenterie.
Mais ce n'est pas tout de savoir que l'ipéca guérit, il faut encore savoir l'administrer, et c'est Ik un des meilleurs exemples à citer de la nécessité de connaître, non seulement le médicament, mais encore son mode d'administration. De même que l'ipéca vient du Brésil, de même la façon de l'utiliser a été puisée dans ce pays, et c'est à la méthode brési* lienne qu'on a recours, ipéc. à u Quelle est cette méthode? La voici : on prend 8 grammes d'ipéca concassé; on les met infuser dans 200 grammes d'eau, l'on filtre, et on administre par cuillerée à bouche ces 200 grammes, le premier jour; le deuxième jour, on reprend ces 8 grammes qui ont servi et on les fait infuser de nouveau dans 200 grammes d'eau, on décante une deuxième fois et on prend cette infusion le deuxième jour; le troisième jour, toujours sur ces 8 grammes, on verse 200 grammes d'eau bouillante, on ne décante pas, on mélange la racine d'ipéca avec le liquide, et le tout est pris par cuillerée à bouche; si les garde-robes ne sont pas modifiées, on recommence cette série jusqu'à ce que la bile paraisse dans les garde-robes.
La méthode brésilienne est compliquée, et je lui préfèi^e, de beaucoup, le procédé de Delioux de Savignac, ce médecin
(<t) Humbert MoUière» Un Mol hUtorùiue sur r ipéca. Lyon, 1889.
qui a tant fait pour l'étude et le traitement de la dysenterie. Voici la préparation de Delioux de Savignac :
if. Poudre d*ipéca i grammes.
Faites bouillir cinq minutes dans eau. 300 —
Filtrez et ajoutez :
Sirop d'opium 30 gi*ammes.
Hydrolat de cannelle 30 —
A prendre par cuillerée à bouche d'heure en heure.
L'opium introduit dans cette formule a pour but de favovoriser la tolérance de l'ipéca, car pour obtenir l'action antidysentérique il faut éviter les effets vomitifs.
Vous administrerez cette potion par cuillerée à bouche, d'heure en heure, en ayant soin de les espacer davantage s'il survenait des vomissements. La potion, dans les cas de dysenterie grave, doit être prise dans les vingt-quatre heures; quand la maladie est légère, vous pourrez ne donner, dans le même laps de temps, que la moitié de cette potion. Vous devez continuer l'administration de l'ipéca jusqu'à ce que la bile apparaisse dans les garde-robes. Cet effet est souvent obtenu dans les vingt-quatre heures ; dans d'autres cas, il faut prolonger la médication pendant deux ou trois jours. Bérenger-Féraud, dans son remarquable ouvrage sur la dysenterie, a proposé une variante de l'ipéca à la brésilienne, qui consiste à donner ce médicament simplement dans l'eau froide, modification qui aurait pour avantage de pouvoir administrer le remède immédiatement (1).
Comment agit l'ipéca? On a invoqué plusieurs actions : Modo diopour les uns, il détruit le virus spécial propre à la dysen- ^iJ^ci.
(I) Voici comment procède Béren- d*ipéca, sur laquelle on verse ensuite
ger-Féraud. On prend une fiole à 100 grammes d'eau ordinaire à la
potion de la contenance de 150 gram- température ambiante. On agite et
mes. On introduit dans son intérieur on peut aussitôt commencer k en
â ou 3 et même i grammes de poudre donner une dose au malade (a).
(a) Bérenger-Féraud, TraiU théorique et clinique de la dysenterie, p. 610. Paria, 1883.
DeraiUnio glanduleux.
terie ; pour d'autres^ il agit en stimulant l'intestin et en favorisant la sécrétion biliaire. A ces actions il faut joindre celle de l'émétine, qui s'élimine par l'intestin et modifie localement les ulcérations intestinales ; quoi qu'il en soit, c'est un remède héroïque de la dysenterie. Dans certains cas, pour augmenter cette action, on associe le calomel et l'ipéca, et cette association constitue les pilules de Second (1), médecin en chef de la Guyane française, pilules assez usitées dans la marine.
Dans ces derniers temps on a proposé de substituer à l'ipéca une plante aujourd'hui commune en France, Vailante glanduleux o\x vernis du Japon (2). On utilise sa racine de la façon suivante :
if Pilez 20 à 48 grammes de racine fraîche dans un mortier avec cinq cuillerées d'eau, puis exprimez le tout à travers un linge.
A prendre par cuillerée à soupe.
C'est un moyen employé par Robert à bord de la Belligueuse. Giraud et Dugat-Estublier ont montré les avantages de cette préparation, que j'ai le premier expérimentée avec
(1) Pilules de Segond :
Ipécacuanha en poudre... 40 centigr.
Calomel à la vapeur 20 —
Extrait d*opium 4 —
Sirop do nerprun • Q- S.
Pour six pilules.
(â) Allante glandtUeux {Ailanttis glandulomj arbre du ciel, vernis du Japon, vernis de Chine, faux vernis), Térébinthacées. Grand et bel arbre qui croit naturellement en Chine et au Japon, dans les Moluques, les Indes, et qui s'est très bien acclimaté en France. Son tronc est très élevé (tO à 30 pieds), sa cime est étalée en parasol, ses feuilles sont alternes, composées, à folioles allon-
gées, aiguës ; fleurs en grappes, petites, très nombreuses, d'une couleur verdàtre etd'une odeur désagréable; ses racines sont très étendues.
Les parties employées sont Fécorce et la racine.
En traitant Fécorce sèche et pulvérisée de Tailante par Talcool, réther, Teau, etc. (Dugat-EstubUer, thèse de Paris, 1877), on iroave pour iOO parties : eau hygroscopique 13.5; matière soluble dans 1 étber S.i; dans l'alcool 10.4 ; dans Tcau i ; dans Teau ammoniacale i.O ; matière incrustante soluble dans la potasse et Tacide chlorhydrique D.t; ligneux et cellulose 5 i.5; cendres et matières minérales d.t. Les
succès en France. L'ailante glanduleux est un éméto-cathartique puissant dont Taction se rapproche de celle de ripéca , mais son goût est désagréable, et il faut avoir le palais marin pour avaler la drogue de Robert; je l'ai donnée en lavement et j'en ai obtenu de bons effets, inférieurs cependant à ceux que donne l'ipéca.
Dans cette rapide énumération des moyens pharmaceutiques dont vous pouvez user à l'intérieur, dans le traitement de la colite ulcéreuse, je ne vous ai signalé que les médications principales, laissant de côté celles qui n'ont point fait leurs preuves, comme l'usage de la noix vomique, conseillé par Hagtrœm, Hufeland, Geddings (de Baltimore), de l'ergot de seigle, employé par Delioux de Savignac, et du perchlorure de fer, indiqué par le même médecin.
cendres contiennent : des chlorures, des carbonates alcalins, du phos* phate de chaux, de la silice.
L'ailante appliqué sur la peau produit une légère vésication, et, introduite dans l'intestin du chien, la poudre amène de la purgation (Hetet). Mâchée, Técorce de Tailante a une saveur amère, provoque un peu après un malaise général, un sentiment de faiblesse, des éblouisse* ments, une sueur froide et des nausées (Dnjardin-Beaumetz).
Si on emploie à une dose un peu forte l'infusion, qui est très amère, on voit presque toujours survenir des nausées et quelquefois des vomissements, une diminution dans le nombre des pulsations, un ralentissement, puis tout rentre bientôt dans Tordre.
Les feuilles et les racines, de l'ailante ont été employées comme an-
thelminthiques. Dugat-Estublier, Robert, Giraud, ont expérimenté les propriétés antidysentériques de l'ailante. Dugat conseille le mode d'administration suivant : on prend 60 à 80 grammes d'écorce, fraîche de préférence, de racine d'allante, qu'on triture dans un mortier, en ajoutant de deux à cinq cuillerées d'eau pendant ropération. On exprime fortement à travers un linge. Avant d'administrer le remède, on l'agite et on donne le matin, à jeun, une cuillerée à café dans une tasse de thé léger. On répète la même dose pendant trois jours. Comme régime, le malade devra prendre les premiers jours exclusivement du lait, puis peu à peu des fécules, des panades, etc. Ce régime doit durer une quinzaine de jours. Si au bout de ce temps le malade n'est pas guéri, on recommence le traitement (a).
(fl) Robert, Archives de médecine navale^ 1874. — Giraud, De l'ailante glanduleux. Thèse de Paris, 1874. — DujardÎD-Beaumetf., Société de thérap.y mars 187 i. — Dugat-Estublier. Thèso de Paris, 1877. De Vemploi de l'ailante glandu-
Tous ces médicaments ont été abandonnés. Il en est d'autres cependant dont vous devez user ; je veux parler des toniques et des stimulants. C'est ainsi que l'arnica a été considéré par Stoll (1) comme le spécifique de la dysenterie, et que le quinquina a été employé par tous les médecins comme le tonique par excellence. Vous pouvez y joindre la cannelle, qui, pour Delioux, était un des meilleurs stimulants dans l'adynamie provoquée par le flux dysentérique; la muscade et le simarouba doivent être rangés aussi dans la même catégorie (2).
Des uvo. Le lavement est un moyen important du traitement de la
"*"'** dysenterie. Comme la maladie siège dans le gi'os intestin et
vers son extrémité inférieure, on comprend qu'on ail pensé
à faire le traitement local des ulcérations du gros intestin ;
aussi a-t-on conseillé les lavements modificateurs plus ou
Laroinenu mciuspuissauts. L'uu dcs plus simplcscstlc lavement astringent, et, quant à moi, j'ai recours à ce moyen; je commence par administrer l'ipéca; puis, lorsqueles garde-robes deviennent bilieuses, j'emploie le lavement à l'extrait de Saturne (renfermant 3 à 5 grammes pour 250 grammes d'eau).
urcmonts Trousscau a conseillé un moyen très actif, le lavement au nitrate d'argent, et notre regretté ami Gros insistait sur les bons résultats obtenus par cet agent dans la dysenterie des jeunes enfants. On administre le lavement à la dose de 5 à 10 centigrammes pour 120 grammes d'eau aux enfants, à la dose de 25 à 50 centigrammes pour 200 grammes aux
(1) StoIl donnait la poudre de ra- (2) On emploie le simarouba, dans
cined*arnica, par dose de 4 grammes la dysenterie, en infusion; il se
toutes les deux heures, jusqu*à faire donne à la dose de 8 à 20 grammes
prendre 45 grammes dans les vingt- par jour pour 500 k iOO grammes
quatre heures. d'eau.
leux dam la dysenterie et les diarrhées des pays chauds. — Bâillon, Diet. encyclopédique des sciences médicales. — Cazin, Traité pratique des plantes médicinales indigènes.
•siringentt.
au nitrate d'argent
adultes. Delioux de Savignac a modifié cette formule (i); il employait les lavements albumineux avec le nitrate d'argent, mais il leur préférait les lavements iodés (2), qu'il avait le premier préconisés.
N'oubliez pas, enfin, que l'ipéca peut être pris en lavements, qui donnent, comme je vous l'ai déjà dit, de bons résultats dans la diarrhée cholêriforme de l'enfance, vous pouvez les utiliser, suivant la pratique de Bourdon et de Chouppe (3), dans la cure de la dysenterie.
La dysenterie est, comme vous le savez, une maladie épi- ^'«»;»«« démique qui se développe sous des influences multiples, mique». météoriques, alimentaires et infectieuses. Les variations c.use»«iatmosphériques sont une des causes principales de la dy- riquc*. senterie, et cela de deux façons ; sous l'influence d'une chaleur atmosphérique très élevée, ou après des abaissements brusques de la température. C'est ce qui fait qu'on a observé surtout ces épidémies dans nos climats, pendant les années exceptionnellement chaudes comme celles de 1822, 1844,1846.
(1) Voici la formule des lavements Pour un lavement que l*on renoualbumineux au nitrate d'argent : dis- velle deux fois dans les vingt-quatre soudre un blanc d'œuf dans 200 heures.
grammes d'eau, et y verser simul- Les lavements au nitrate d'argent
tanéraent deux solutions, l'une de et à l'iode ne sont pas les seuls que
O^'^SO de nitrate d'argent, l'autre de l'on ait proposés dans la dysenterie;
0^50 de chlorure de sodium. c'est ainsi qu'on a conseillé les lave*
(2) Voici la formule de Delioux de ™«"^ ^^ ^'^ÎSf l" oL '"' *^^^"^^"î^ Saviffnac • charbon (20 à 30 grammes de
^ ' poudre de charbon dans 500 gram-
Teinturc alcool. mes de décoction de graine de lin
<*'*<><*« ^^«'•- * ^«'•- épaisse); les lavements chlorés
lodure de potes- (4 grammes de liqueur de Labar-
gium 50 ccntier. a 1 jrr. *' , j^n j» v •
Eau distillée.... 200 .^ 250 gr. raque dans 150 grammes d'ean); les
lavements d infusion de camomille
Eimer a proposé la formule sui- (lo grammes pour iOO grammes
vante : d'eau). Ces derniers sont très vantés
Iode pur 25 à 50 ccntigr. par Delioux de Savignac.
lodure de potassium. Q. S. pour dissoud.
Eau disUllée 30 à 90 grammes. (3) Voir la Leçon sur la diarrhée.
Gtuses aii. L'alinieiitation joue aussi un certain rôle dans la producaentaires. ^^^^ ^^ |^ dyseuterie, et toutes les fois qu'elle est insuffisante ou constituée par des aliments de mauvaise nature, comme les fruits verts ou les viandes salées en excès, on voit se développer des dysenteries. Mais, à coup sûr, c'est aux eaux de mauvaise qualité, et en particulier aux eaux stagnantes, comme l'a montré Colin (a), que Ton doit attribuer l'influence la plus considérable sur la production de la colite ulcéreuse. Toutes les fois que les eaux destinées aux usages alimentaires seront souillées par des matières végétales ou organiques en putréfaction, enverra se produire deux affections qui ont bien des points de contact, la fièvre intermittente et la dysenterie, causeï in- Quaut auxcauscs infectieuses, elles résultent surtout de la viciation de 1 air par 1 encombrement, et c est ce qui vous explique comment la dysenterie est, par excellence, la maladie des agglomérations d'hommes, la maladie des armées ; et, comme le dit fort bien Colin,*son rôle sur la mortalité humaine est bien autre que celui de la peste, de la fièvre jaune et du choléra ; il n'est pas de guerre prolongée, sur quelque point du globe que ce soit, qui n'ait été accompagnée de dysenterie (1).
DeUcoB- La dysenterie est-elle contagieuse? C'est là encore *u dys"! une question qui est fort discutée, et tandis que Kreysig admet un miasme dysentérique et que W. Budd et Dou-
(1) Pendant les guerres de ces constitué un effectif considérable dernières années, la dysenterie a fait dans les maladies observées, de grands ravages ; lors des expédi- En Amérique, lors de la guerre tioDs de Crimée (1854-56), d'Italie de Sécession, sur six millions d'en- (1859), du Mexique (1860-65), et trées dans les hôpitaux, deux mildans la désastreuse campagne de lions concernaient aussi des cas de 1870-71, la dysenterie a toujours dysenterie (6).
(fl) Colin, De Vingestion des eaux marécageuses conme cause de la dysenterie et des fièvres inter mil tentes {Annales d'hygiène y 1872). (/») Colin, Traité des épidémies, p. 705.
teiie.
non affirment qu'il existe, dans cette maladie, nncontage de nature parasitaire, Colin, au contraire, nie toute contagion.
Les moyens prophylactiques découlent des détails dans Traucment lesquels je viens d'entrer. Éviter les refroidissements brus- **7ique" ques par des vêtements appropriés, surveiller Talimentation,ne permettre que les eaux de bonne qualité (1), combattre, autant que possible, les effets de Tencombrement, telles sont les mesures préventives à prendre pour éviter les épidémies de dysenterie. Enfin, sans prendre parti pour ou contre la contagion, je crois qu'il est utile de désinfecter et de détruire le plus promptement possible les garde-robes des dysentériques.
Une fois l'épidémie déclarée, vous aurez soin de mainte- Traitement nir dans la chambre du malade et surtout dans les salles aique? des hôpitaux une aération suffisante, et vous redoublerez d'attention pour les soins de propreté. Vous exigerez que le malade ne quitte pas son lit pour aller à la garde-robe ; il faut qu'il réclame le bassin, car, dans ces pérégrinations, le dysentérique peut prendre froid et contracter une maladie intercurrente qui acquiert rapidement un hautdegré de gravité.
La chaleur est une condition importante dans le traitement du malade, dont la température s'abaisse rapidement sous l'influence du flux intestinal. On voit le patient, grelottant dans son lit, se coucher en chien de fusil pour tâcher de perdre le moins de calorique possible. Il faut donc entretenir la chaleur du corps par tous les moyens en usage en pareil cas : couvertures, frictions chaudes, boissons stimulantes, cataplasmes sur le ventre, bains chauds excitants^etc. (2).
(1) Douiion propose comme moyen (2) Hélye (de Romans) (Drdme) a
prophylactique de la dysenterie des même soutenu que la calorification
pays chauds Tébullition de l'eau des- était le seul traitement de la dysen-
tinéc a la boisson. terie.
Quant à ralimentation, vous devrez aussi la surveiller avec grand soin. Vous soutiendrez le malade par du vin et par des aliments qui sont absorbés dans leur totalité et laissent, par cela même, peu de résidu, comme le lait, le thé de bœuf et même la viande crue. Bodin de la Pichonnerie (1) et Mondière ont vanté Talbumine et ont prétendu que, par cet aliment, on guérissait la dysenterie. Je crois que c'est là un moyen curatif bien secondaire et qui n'occupe qu'un rang très inférieur dans les médications antidysentériques.
^^ Dans nos climats, la dysenterie passe rarement à Tétat chronique, chrouiquc, mais il n'en est pas de même dans les pays chauds, et nous retrouvons malheureusement souvent, en France, de ces cas de dysenterie chronique contractée par nos compatriotes dans nos diverses colonies de l'Extrême- Orient et de l'Afrique.
Cette affection réclame un traitement basé exclusivement sur l'hygiène ; il faut soumettre rigoureusement à la diète lactée les individus atteints de dysenterie chronique ; je dis rigoureusement, parce que, après une légère amélioration, le malade, se croyant guéri, reprend son alimentation habituelle, ce qui amène une rechute, et le malade atteint le terme fatal en allant ainsi d'améliorations passagères à des rechutes de plus en plus fréquentes. Vous ordonnerez aussi à vos malades une saison à Vichy ; c'est la seule eau qui puisse donner de bons résultats en pareil cas, et encore
(1) Bodin de la Pichonnerie don- Ajoutez sirop de sucre. 90 grammes,
nait un litre d'eau avec six blancs Eau de fleurs d*oranger. Q. S. d*œuf. Moudièrc allait plus loin et
administrait, par jour, six litres de î* donnait des lavements albumi-
la tisane suivante : "«"x, composés de trois blancs
d*œuf, de sorte que le malade pre-
Eau simple 1000 grammes. «ait pa' jour près de 100 grammes
Blancs d'œuf n* 6 d'albumine.
rappelez-vous que ces eaux ne peuvent être prises qu'en bains, car pour leur absorption à Tintérieur elles demandent de grands ménagements.
Telles sont, messieurs, les considérations thérapeutiques que je voulais vous exposer au sujet de la dysenterie. Je me propose de consacrer la prochaina leçon à l'étude du traitement de quelques affections du rectum.
HUITIÈME LEÇON
Sommaire. — Des hémorroïdes. — Dés veines hémorroîdales. — Leur trajet. — Etiologie des hémorroïdes. — Causes mécaniques. — Spasme anal. — Causes actives. — Causes diathésiques. — Symptomatologie. — Flux hémorroîdaire. — Indications thérapeutiques. — Faut-il guérir les hémorroîdaires ? — Traitement hygiénique. — Traitement pharmaceutique. — Des purgatifs. — Des médicaments antihémorroldaires. — De Vhamamelis, — Traitement local. — De la dilatation forcée de l'anus. — Mode opératoire. — Traitement chirurgical. — Procédés divers. — Du bourrelet hémorroïdal. — Du prolapsus de Tanus. — De la création des hémorroïdes.
Je veux consacrer cette leçon à quelques indications thérapeutiques sur certaines maladies du rectum et en particulier sur les hémorroïdes; affection d'ailleurs très fréquente et dont le traitement mérite des développements particuliers.
Nous connaissons aujourd'hui, d'une manière nette et dcs précise, grâce aux beaux travaux de Gosselin et de Verneuil, la nature exacte de ces tumeurs rectales et anales que Ton décrit sous le nom d'hémorroïdes. Ce sont, comme vous le savez, les dilatations variqueuses des veines hémorroîdales ; et, selon que ces varices portent sur les veines hémorroîdales internes ou sur les hémorroîdales externes, on a ce que l'on appelle des hémorroïdes internes ou des hémorroïdes externes.
Ces veines hémorroîdales sont aujourd'hui bien connues, dc» veioea Gosselin, Verneuil, Dubreuil et Paul Richard, et surtout Dure t («), nous en ont donné une description fort complète.
{a) Gosselin, Leçons sur les hémorroïdes^ Paris» 1866. — Verneuil, Anatomie palhoL {Hull, de la Soc. anat,, 1855, t. XXX, pp. 175 et 191). — Dubreuil et
hémorroides.
hënorroîdales.
Les hémorroïdales internes, dites supérieures^ s'abouchent, comme vous le savez, avec la petite mésaraïque et appartiennent par cela même au système de la veine porte. Les veines hémorroïdales externes, au contraire, sont des branches de Thypogastrique et de la honteuse interne, et par cela même appartiennent au grand système veineux général (1). Mais le point le plus intéressant de cette disposition, c'est que ces deux systèmes veineux, au lieu de correspondre largement entre eux, comme on le pensait autrefois, ne sont réunis que par de petites veinules extrêmement rares et dont la présence ne peut être démontrée que par des mjections très fines et très déliées.
N'oubliez pas non plus, messieurs, la présence de ces anneaux musculaires qui ont été démontrés par Verneuil, Dubreuil et Richard, qui ^itourent les veines hémor-
(1) Voici la distribution anatomique parallèles et serrées les unes contre des veines du rectum et de Tanus, les autres jusqu^à 10 à 12 centimèd*aprés Gosselin, Verneuil et Duret : très; là elles se recourbent brusque- Les hémorroïdales supérieures, ment et perforent perpendiculairequi se jettent dans la petite mésa- ment la paroi rectale; elles sont, an raïque, se distribuent à la muqueuse niveau de la tunique musculaire, du rectum jusqu'à la marge de Tanus entourées de véritables boutonnières et communiquent, par des vaisseaux musculaires dépourvues d*anneaux extrêmement rares et déliés, avec fibreux protecteurs, les hémorroïdales moyennes et in- A leur partie supérieure et au férieures qui proviennent de Thypo- niveau de l'ampoule dont nous venons gastrique et de la honteuse interne, de parler, les veines rectales se con- Duret a décrit à cet égard trois ré- tinuent avec une petite veinule qui seaux veineux : sous-sphinctérien, passe à travers les sphincters de péri*sphinctérien et rectal. l'anus pour aller se jeter dans les Les veines rectales semblent nat- veines hémorroïdales externes. Voir \H à 2 centimètres du pourtour de à ce sujet les figures qui accompal'anus par de petites ampoules ova* gnent le travail publié par Duret laires; puis elles montent flexueuses, dans les Archives (a) •
P. Richard. Veines du rectum; physiologie pathologique des hémorroïdes {Arch. physiol.y t. Wf p. 233). — Duret, Notes sur la disposition des veines du rectum et de Vanus et quelques anastomoses peu connues du système porte (Communication à la Société anatomique, séance du 23 mars 1877).
(a) Duret, De la pathogénie des hémorroïdes {Archives de médecine, décembre 1879, p. 643).
roïdales supérieures lorsque ces dernières traversent les parois du rectum pour joindre les veines du système porte. N'oubliez pas non plus que ces anneaux contractiles, formés par le sphincter ou plutôt par les sphincters de l'anus, entourent les veines qui font communiquer les deux systèmes veineux hémoiTOÏdaires, l'inférieur et le supérieur. Vous verrez, par la suite, quel rôle important on doit faire jouer à ces boutonnières musculaires, non seulement dans la pathologie des hémorroïdes, mais surtout dans leur traitement.
Les hémorroïdes ont des causes nombreuses; je ne puis éiioiogi. ici vous les exposer toutes; mais comme cette étiologie joue '^"ïd^r un rôle important dans la thérapeutique de ces affections, permettez-moi de vous signaler les principales.
Nous avons toutd'abord le groupe des causes mécaniques, causes qui produisent, comme le dit Vemeuil, des hémorroïdes nT^. passives. Ce sont tous les arrêts apportés à la circulation de la veine porte : tumeurs intra-abdominales, grossesses,altérations cirrhotiques du foie, affections qui s'accompagnent toutes d'hémorroïdes plus ou moins considérables.
C'est dans le même groupe de ces causes mécaniques qu'il faut faire entrer la constipation comme point de départ des hémorroïdes. Ici, la cause a un double effet : nous avons d'abord la présence des matières fécales qui gênent la circulation en retour des veines intestinales, puis les efforts de défécation, qui augmentent la tension veineuse en ce même point ; pour Duret, les efforts domineraient presque exclusivement la pathogénie des varices rectales. Les hémorroïdes, une fois produites, empêchent la défécation, et par cela môme déterminent de la constipation, qui à son tour entretient les hémorroïdes.
Le spasme anal, sur lequel on a longuement insisté, qu'il spaimo soit primitif, comme le veut Fontan (a), ou secondaire,
(a) J. Fontan, Traitement det hémorroïdes par ta dUalalion forcée (Mon. thérap.
anal.
comme raffirmeVeraeuil, agit aussi comme moyen mécanique en comprimanl les veines qui font communiquer le système hémorroïdal supérieur avec Tinférieur; il agit comme le fait la bande que nous appliquons sur le bras pour provoquer la distension des veines et pratiquer la saignée. Causes Daus d'autrcs circonstances, les hémorroïdes ont une •cthfcs. çg^ygg active ; c'est ce qui arrive toutes les fois que Ton irrite la membrane muqueuse rectale, ou bien lorsque des maladies congestives se produisent du côté de la vessie et de la prostate chez l'homme, de Tutérus et des ovaires chez la femme.
Diaihètes. Enfin, les hémorroïdes peuvent être une manifestation diathésique, et il faut reconnaître que c'est là un des faits les plus fréquents. La diathèse qui a le plus d'influence dans la production des hémorroïdes est, à coup sûr la diathèse arthritique. Interrogez la plupart des hémorroïdaires, et vous verrez qu'ils ont, soit des manifestations arthritiques non douteuses, soit dans leurs antécédents héréditaires des parents goutteux ou rhumatisants.
La diathèse herpétique aurait aussi une influence sur la production des hémorroïdes; mais à l'égard de ces diathèses on a été même plus loin, et l'on a constitué de toutes pièces une diathèse spéciale : la diathèse hémorroïdaire (1).
(1) Voici, suivant Montègre, com- cheveux noirs, un feu sombre anime
ment on pourrait tracer le portrait ses regards; il est brusque, emporté,
d^un hémorroîdaire: c 11 est grand, ses passions sont violentes, ses réso*
plutôt maigre que gras; il a le teint lutions sont tenaces; il est mangeur,
plombé et jaunâtre ; de grosses veines mais indifférent sur le choix des ali-
serpentent sur ses bras, ses mains, ments; souvent tourmenté de flatuo-
ses jambes et ses pieds; il a les sites et toujours constipé. >
de PariSy 1875, n* du 1" novembre). — Mémoire 9ur le même gujet. Parii, 1877, — Th. Anger, Happori sur le mémoire de M. Fonfan (RuU. de la Soc. de ckir., t. 111, p. 141). — DiMCMsion sur le traitement deê hémorroïdet (/6frf., p. 186, séances des 21 et ^ février 1877).
Il ne faut pas s'exagérer celle influence diathésique des hémorroïdes et tomber dans le défaut de Stahl, qui avait fait de ces varices un des points les plus importants de la pathologie, et tout en acceptant l'influence diathésique non douteuse, il faut reconnaître aussi l'action souvent dominante des causes locales.
Si je me suis si longuement étendu sur cette pathogénie, TUérapcuc'est que, comme vous allez le voir, nous avons, au pointde vue thérapeutique, bien des problèmes à résoudre à propos de ces hémorroïdes. Faut-il les guérir ou doit-on les respecter, ou bien encore est-il nécessaire de les créer de toutes pièces? Ce sont là des questions importantes auxquelles je vais m'efforcerde répondre; mais il est nécessaire, pour bien apprécier ce sujet, de résumer en quelques mots la marche des symptômes chez les hémorroïdaires. Les hémorroïdes (1) peuvent rester pendant toute la vie, sym-
ptônius
(1) Gosselin a décrit les hémor- Elles ne contiennent pas de sang, ce
roîdes externes et internes. qui résulte de ce qu*à une période
Pour les externes, il admet trois de leur évolution il s'est fait un cail-
subdivisions : l*» les hémorroïdes lot dans la veine dilatée, et ce caillot
flasques; 2* les hémorroïdes turges- s*est résorbé, centes ; 3" les hémorroïdes externes Les externes turgescentes ne se
indurées. montrent qu'à certaines périodes;
Pour les internes, il existe deux quant aux externes indurées, elles
groupes : 1* les hémorroïdes in- résultent de la disparition des veines
ternes proprement dites, c'est-à-dire et de Pbypertrophie de la trame
restant cachées dans le rectum ; 2<* les fibreuse qui les entoure, procidentes, qui peuvent être réduc- Les hémorroïdes internes non
tibles ou irréductibles. procidentes ne sont constituées que
Voici quelques-uns des caractères par des veines dilatées et par la mu-
de différentes hémorroïdes : queuse rectale non hypertrophiée
Les externes flasques sont toujours qui les recouvre immédiatement* situées en dehors de Fanus ; elles sont Gosselin insiste sur cette non-altérasolitaires ou multiples, et leur gros- tion de la muqueuse dans les hémorseur varie entre un pois et une noi- roîdes internes. Ces dernières peusette. Elles sont toujours sessiles, vent être réductibles ou irréductibles c'est-à-dire n'ont pas de pédicule, selon les cas (a).
(a) Gosselin, Leçons sur les hémorroïdes»
CLINIttlF. TlIÉRAP., C érllt. I. —53
surtout si elles sont externes, à l'état de petites tumeurs non douloureuses et n'apportant aucune gêne à Téconomie. Dans d'autres circonstances, ces tumeurs augmentent, surtout lorsqu'il s'agit d'hémorroïdes internes; elles gênent la défécation, elles entretiennent du côté de l'anus une sensation désagréable de chatouillement et de pesanteur, à ce point qu'elles sont souvent une cause d'hypocondrie; de plus,elles produisent une irritation spasmodique de l'anus ; enfin, par leur poids et grâce aux efforts de défécation, elles entraînent au dehors la muqueuse rectale et déterminent un prolapsus du rectum. Ainsi hémorroïdes, contracture spasmodique de l'anus, prolapsus du rectum, sont des symptômes qui s'enchaînent successivement, et qui, comme vous le verrez, réclament une thérapeutique analogue.
pi« Les hémorroïdes peuvent aussi être le siège d'hémor-
'cwijr* ragies, et deviennent fltientes; ces hémorragies sont tantôt périodiques, tantôt irrégulières, et donnent lieu tantôt à un écoulement de sang peu abondant et souvent favorable, tantôt à des hémorragies notables, qui affaiblissent et anémient considérablement le malade, constituant ainsi une véritable cachexie hémorroïdaire.Eafin, ces varices peuvent être le point de départ d'inflammations plus ou moins graves et même de phénomènes gangreneux. Telle est, en résumé, la symptomatologie de ces hémorroïdes : nous pouvons maintenant aborder avec plus de fruit l'étude de leur thérapeutique.
Indications Faut-il guérir toutes les hémorroïdes ? Non, messieurs;
li^^cr et sans partager les exagérations d'une autre époque, je crois que nous devons, dans un grand nombre de cas, n'opposer aux hémorroïdes qu'un traitement palliatif.
Nous avons tout d'abord ce grand groupe d'hémorroïdaires, produits de goutteux et de rhumatisants et chez lesquels bien souvent, les hémorroïdes ne déterminent que des
symptômes locaux insignifiants ; il suffit chez ces individus de surveiller Talimenlation, d'ordonner de Texercice, d'exiger surtout une grande régularité dans les garde-robes, pour maintenir ces hémorroïdes à un état latent qui ne gêne en rien l'économie.
Puis vient un second groupe d'hémorroïdaires à congestions périodiques et à flux qui dure pendant quelques jours ; dans ces cas encore j'hésite beaucoup à intei'venir, surtout lorsqu'il s'agit d'individus d'un certain âge, quarante à cinquante ans, à tendance congestive manifeste et qui trouvent dans cette congestion anale et dans les hémorragies périodiques un véritable soulagement à leurs céphalalgies et à leurs congestions cérébrales. Je prescris un traitement actif, au contraire, chez les malades qui éprouvent des hémorragies anales trop abondantes ou bien chez lesquels les hémorroïdes amènent, soit des douleurs trop vives du côté de l'anus, soit une contraction spasmodique de cet orifice, soit enfin un prolapsus du rectum.
Mais, avant de vous exposer les moyens thérapeutiques que producaon vous pouvez mettre en usage, je veux dire quelques mots de '^nuZ' la nécessité de la création d'hémorroïdes chez certains individus. C'est dans ce groupe qu'entrent les hémorroïdaires qui, après la suppression de leurs varices anales, voient survenir des accidents plus ou moins graves; on doit alors s'efforcer de rappeler les hémorroïdes le plus promptement possible. Les individus sanguins et pléthoriques, à tendance congestive manifeste, et chez lesquelsl'apparitiondes hémorroïdes parait produire un réel soulagement, sont dans le même cas.
Enfin, il existe un certain nombre d'individus chez lesquels les manifestations nerveuses les plus complexes peuventdisparallre par la création d'hémorroïdes. Je sais combien est difficile à expliquer le lien qui peut exister entre la pléthore
abdominaleet les troubles nerveux; je sais aussi combien ont étéobscures les explications de Slhal et desonécole,maisje n'enreconnaispasmoins Faction favorable des hémorroïdes chez certains névropathes, et je pourrais vous en citer de nombreux exemples puisés surtout dans la pratique de mon maître, le docteur Moissenet. Comme vous le voyez,au point de vue du traitement, nous aurons donc à étudier ici non seulement les moyens propres à guérir les hémorroïdes, mais encore ceux qui peuvent les provoquer ; c'est ce que je vais faire maintenant.
Traitement L'hygièuejoue un grand rôle dans le traitementdes hémorï'y^é- roïdes. Pour diminuer ces varices rectales et anales, vous
nique. '
recommanderez au malade d'éviter toutes les circonstances qui peuvent congestionner les organes du petit bassin, de ne pas faire d'efforts, de ne pas rester assis trop longtemps, de repousser surtout ces coussins percés d'un troua leur centre malheureusement si en usage dans les bureaux et qui, au lieu de diminuer les hémorroïdes, les augmentent au contraire ; vous lui recommanderez aussi de ne pas monter à cheval ; tels sont les conseils que vous pouvez donner aux hémorroïdaires.
Qu'ils évitent aussi une alimentation trop abondante ou trop excitante et qu'ils aient toujours soin de faire entreries légumes, et surtout les fruits mûrs, comme l'a fort bien dit Teissier (de Lyon), dans leur alimentation. Mais qu'ils surveillent surtout leurs garde-robes; il faut qu'un hémorroïdaire aille tous les jours à la selle, et Nélaton insistait surtout pour que ce fût après le repas du soir et avant le coucher, de manière que, pendant le décubitus horizontal, les hémorroïdes pussent rentrer. Vous devrez aussi recommander aux malades de ne pasresterplus de quelques minutes à la garde-robe, car il fautsavoirque laprésencedes hémorroïdes provoque de fausses envies qui font faire des
efforts pour expulser un bol fécal imaginaire et augmentent ainsi la congestion hémorroidaire.
On devra souvent faire précéder ces garde-robes d'un la- , '^««
* ^ ^ laToments
vement froid, et Garvin exigeait qu'un hémorroidaire n'allât froide. jamais à la selle sans cette précaution. Ces clystères froids jouent un rôle. très important dans le traitement de cette affection, et il est bon d'y insister. Vous pouvez aussi recommander les douches périnéales et rectales, qui tonifient ces organes et peuvent donner dans ce cas de bons résultats.
Puis viennent les moyens pharmaceutiques, qui s'adres- Traitement sent, les uns à la constipation, les autres aux hémorroïdes Liitiquc. elles-mêmes et aux douleurs, ainsi qu'au flux sanguin dont elles sont le siège.
Comme la régularité des garde-robes est une nécessité ^""IJ^^' absolue pour s'opposer aux progrès des hémorroïdes, il faut tenir la main à ce que la constipation n'existe jamais chez un hémorroidaire, et je vous renverrai à cet égard aux leçons que j'ai consacrées à ce sujet; mais n'oubliez pas qu'il est tout un groupe de purgatifs drastiques, qui irritent l'intestin et favorisent plutôt qu'ils ne combattent les varices rectales; l'aloès surtout, qui a une action si élective sur la congestion de la muqueuse rectale, doit être absolument repoussé.
Vous userez des purgatifs doux, sucrés ou huileux. Van Ryna même soutenu que l'huile de lin guérissait spécialement les hémorroïdes (1). Vous emploierez aussi les purgatifs salins, et c'est dans ce cas que Ton peut prescrire avec avantage des eaux purgatives. La glycérine rentre dans ce groupe ; suivant David Young, elle faciliterait, à la dose de 6 à 10 grammes, matin et soir, les garde-robes et ferait disparaître les hémorroïdes.
Après avoir établi la liberté du ventre, vous pourrez vous
(i) Le docteur van Ryn admiaistré à l'intérieur rhuile de lin récente h la dose de 2 onces, matin et soir.
adresser aux hémorroïdes elles-mêmes. On a conseillé à Tintérieur certains médicaments comme ayant une action spéciale curative sur les hémorroïdes; c'est ainsi que Lazare, Rivière, Alberti, Hufeland, et plus récemment le professeur Teïssier(de Lyon), ont vanté l'emploi de la millefeuille (1) ; c'est ainsi que Berlemont (de Joncourt) (2), Van Holseek, ont signalé la petite chéhMoine comme ayant aussi des vertus antihémorroïdaires ; c'est ainsi que le piment (3) a été vanté par Allègre.
Sauf le piment, que j'ai quelquefois expérimenté avec certain succès, je n'ai sur les autres substances aucune indication thérapeutique personnelle àvous fournir; ce que je puis
(1) La mille-feuiUe {Achillea mille' foliuniy Synanthérées) est une plante fort commune dans nos champs. Son nom d*AchiUea lui viendrait de ce qu'Achille Faurait employée pour guérir les blessures.
L. Rivière, Alberti, Arnaud de Villeneuve, Schuster, Hufeland, et plus récemment, Teissier (de Lyon), Gazin, vantent remploi de la millefeuille pour arrêter les flux hémorroïdaux; cette mille-feuille s'administre à l'intérieur sous forme d'infusion ou de jus exprimé (a).
(2) La ficaire ou petite chélidoine, herbe aux hémorroïdes {Ficaria ranunculoides), a été conseillée par Berlemont (de Joncourt) contre les hémorroïdes. Cette plante a été étudiée par Stanislas Martin, qui a reconnu la présence de l'acide ficarique et de la ficarine. On emploie surtout les tubercules à la racine, que l'on administre à l'intérieur, soit en tisane, 50 à 60 grammes par kilo-
gramme d'eau; soit en alcoolature, à la dose de 1 à 4 grammes en potion; soit enfin en extrait, à la dose de i à 4 grammes en bols. La poudre peut être aussi administrée à la dose de 2 à4 grammes.
Van Holseek a toujours observé à la suite de ce traitement la disparition des hémorroïdes.
(3) Piment annuel {Capsicuman* itttttm, Solanées). Cultivé dans nos jardins. Originaire de l'Inde et de l'Amérique méridionale.
Le docteur Allègre a proposé le Capsicum annuttm contre les hémorroïdes, et la commission nommée par l'Académie a reconnu de véritables avantages A cette méthode. Ce piment s'emploie sous forme de pilules ou en poudre à la dose de 75 centigrammes à 1 ou 2 grammes par jour, ou bien à l'état d'extrait aqueux à la dose de 60 à 80 centigrammes, moitié le matin, moitié le soir (b).
(a) Teissier (de Lyon), Traitement det flux hénwrrotdaux trop abondants par Vusage de la mille-feuille {Bull, de thérap,, t. LH, p. 170). (6) Comptes rendus de l'Acad, de mid,, septembre 1865.
VOUS dire, c'est que ces médicaments ne sont pas dangereux et que Ton peut toujours en essayer Tusage.
A toutes ces substances et à leur tête il faut ajouter une plante qui jouit en Amérique d'une grande réputation pour le traitement des hémorroïdes, c'est VBamamelis tirginica. On fait avec les feuilles et les tiges de cet arbuste, qui croit en abondance dans les terrains marécageux qui bordent le Mississipi, un hydro-alcoolat auquel les Américains ont donné le nom d'extrait fluide d'hamamelis, de Pound's extract (1) , et même à'hazeline^ nom qui provient de l'appellation spéciale de noisetier de la Sorcière {Wilch hazeJ) attribuée à Vhamamelis. On fait aussi avec les mêmes parties de la plante des teintures et des extraits.
Signalée pour la première fois par Mérat et Delens, en 1832 (2), commejouissant de propriétés curatives spéciales,
Do
Yhamame-'
lit virgi-
nica.
(i)L'Aamamf/t« appartient à une famille naturelle à laquelle on adonné ce nom parce qu*elle porte en môme temps les fleurs et les fruits (dc{it,a, en même temps, et p.YiXov, fruit). Cette plante est appelée noisetier de laSor* ci ère, fleur d'hiver, noisette cassante, aune mouchetée. C'est un grand arbuste dont le sommet peut atteindre une hauteur de vingt pieds. Son aspect est assez étrange et on attribue à ses rameaux des propriétés mystérieuses ; aussi en fait-on des baguettes magiques pour découvrir des sources et des gisements d*or et d'argent.
L'analyse de l'écorce et des feuilles n'a permis de reconnaître jusqu'ici aucun alcaloïde, et la partie active parait être constituée par une huile essentielle que Mougin a isolée. On y trouve aussi une matière cireuse, du tanin et des matières extractives diverses.
Les préparations dont on fait usage sont les suivantes : un extrait
fluide qui n'est qu'un hydro-alcoolat renfermant 10 pour 100 d'alcool. On emploie aussi des teintures, et enfin un extrait solide auquel on donne, en Amérique, le nom ^'hamamelin. L'extrait fluide se donne à la dose d'une cuillerée à café toutes les deux heures. La teinture s'administre à la dose de dix gouttes trois fois par jour. Enfin on fait avec cette teinture à^hamamelis une pommade ayant la formule suivante :
Teinture d'hamamelU, . . 3 grarames Vaseline 30 —
On peut aussi faire des supposi toires ainsi composés :
Extrait d'hamamelis. ... 10 centigr.
Beurre de cacao 5 grammes.
(2) Vhamamelis a été signalée pour la première fois, en 1832, par Mérat et Delens dans leur Dictionnaire de thérapeutique. D'après eux, cette plante aurait été introduite en
l'étude de Vhamamelis a été reprise pendant les dernières années, surtout par les médecins homéopathes, et j'ai moimême étudié l'action physiologique etthérapeutique de cette plante. On a soutenu que Vhamamelis jouissait d'une action hémostatique, et même d'une véritable action élective spéciale sur le système veineux; et que, administré à l'intérieur, il guérissait non seulement les hémorroïdes, mais encore les varices. J'ai obtenu en effet dans certains cas d'hémorroïdes des eff'et curatifs réels, maisj'aiéchouécomplètement dans le traitement des varices. Cette action antihémorroïdaire de cette plante ne trouve aucune explication dans ses effets physiologiques qui sont absolument nuls chez les animaux. D'ailleurs,vous trouverez dans l'excellente thèse de mon élève Guy (a), le récit détaillé de toutes ces recherches.
Europe par Bollinton, en 1736. De les Yarices, même administrée à
temps immorial, les Indiens s'en Tintérieur. En 1881, de Serrand a
seraient servis dans le traitement de appelé, en France, le premier, Tat-
certaines tumeurs. Durham, en 1867, tention sur Vhamamelis, qu1l a
a signalé les propriétés de cette employée dans le traitement de cer-
plante pour arrêter Tavortement. taines affections du larynx. Tison, en
Richard Hughes a indiqué le médi- 1883, est revenu sur les propriétés
cament au point de vue homéopa- de ce médicament. En 1884, Dujar-
tbique dans le traitementdes varices din-Beaumetz, à la Société de théra-
et des hémorroïdes. Ludlam Tau- peutique, et Van der Espt ont de non-
rait préconisé dans le traitement de veau étudié l'action thérapeutique
Torchite. Enfin c'est Haie qui a donné, de Vhamamelis. Enfin Campardon a
au point de vue homéopathique, soutenu que Vhamamelis pouvait
toutes les propriétés curatives mul- occasionner certains phénomènes
tiples de cette plante. Masser l'aurait toxiques (6) . considérée comme pouvant guérir
(a) Guy, Recherches sur les propriétés thérapeutiques ^ chimiques et physioUh giques de /'Hamamelis virginica, in Thèse de Paris, 1884.
(6) Durham, Atlanta Mtdic. andSurg. Journal., 1867, et Richmond Joum.y janvier 1868. — Richard Hughes, Eléments de pharmacodynamique ou action des médicaments homéopathiqueê, trad. Guérin-Menncvill^. — Ludlam, United States Med. and Surg, Journal. — Halo, Materia medica and spécial therapeutics of tke New-RemedieSf 4* édition, vol. !•', p. 345. — Dujardia-Beaumctz, Bulletin de la Soc. de thérap.f mai 1884. — De Serrand, Essais sur les médicaments nouveaux, L'Hamamelis virginica, son action thérapeutique, Paris, 1881. — Tison, le Médecin pralicient 28 juillet 1883 {Bull, de thérap., 15 avril). — Vao der Espt, mai 1884.
„ ... Mairnésie calcinée > . ,
quer sur lanus une pehte corn- s d 1 *t ( égales.
presse imbibée de la solution suivante : Mêlez avec soin. On administro
une cuillerée à café tous les matins.
Quant à Thygiéne alimentaire, il (3) Herpin conseille, dans le trai- ordonne les fruits et surtout les tement des hémorroïdes non fluentes fraises, qu'il considère, dans ce cas, et pour les réduire, la pommade sui- comme supérieures à tous les autres vante : fruits (b),
(a) Walson, Un mot sur le traitement des hémorroïdes fluentes (Ga». des hôpitaux, décembre 1846).
(h) Th. Herpin, Du traitement des hémorroïdes non fluentes {Bull, de Ihérap,^ U LX, p. 392, 1861).
locaux.
DU TRAITEMENT DES HÉMORKOlDES. 841
Si VOUS VOUS sei-vez de Vhamamelis, vous pouvez le faire aux doses que voici : une cuillerée à café, trois à quatre fois par jour de l'extrait fluide américain ou bien dix gouttes de notre teinture française répétées le même nombre de fois.
Puis arrivent tous les moyens locaux dont on peut user "«y^r»» en pareil cas ; ce sont presque toujours les astringents qui servent de base à ces préparations : lavements de sous-acétate de plomb, comme le conseille Watson (1) ; lotions à Teau blanche, comme le veut Richard (du Cantal) ; pommade au tanin, comme Tordonne Herpin (3).
Tous ces moyens ont pour but de diminuer la congestion et la distension des parois veineuses et on les applique sur les hémorroïdes fluentes ou non, mais surtout sur celles qui sont le siège d'un flux sanguin, et, dans ce cas, à tous les
(1) Watson conseille contre les Tanin 1 à 3 grammes.
hémorroïdes fluentes des lavements Cold-cream 15 —
avec racétate. de plomb : la dose La dose de tanin sera seulement
ordinaire est de 8 grammes dans jg | gramme quand les selles seront
60 grammes d'eau commune ; il laborieuses, les hémorroïdes déve-
conseille aussi l'emploi du lave- j^pp^es ou multiples; elle est de
ment suivant : 3 grammes dans les circonstances
Colophane commune opposées, de 2 grammes dans les cas
bien pulvérisée 30 grammes. intermédiaires.
Miel clarifié 150 — Comme purgatif, il conseille le
Pour un lavement (a) . mélange suivant :
(2) Richard (du Cantal) fait appli- ^^J^^T'^' -\ Parties
Acétate de plomb liquide. 1 centilitre. Eau 10 centilitres.
moyens que je viens d'énumérer, on peut ajouter le perchlorure de fer, que Ton porte directement sur les bourrelets hémorroïdaires ou que l'on emploie en lavements.
La douleur, comme je Tai dit, est un symptôme fréquent dans les hémorroïdes ; elle tient le plus souvent à l'état spasmodique des sphincters de l'anus; aussi dans ces cas, a-t-on conseillé un grand nombre de pommades calmantes. L'onguent populéum (1) est surtout très vanté, sans preuves bien sérieuses à l'appui. Puis viennent les suppositoires (2) ou les pommades à l'extrait de belladone ou d'opium.
Mais si la douleur persiste et devient intolérable, ce qui arrive lorsque les hémoiTOîdes se compliquent de fissure anale, ces moyens échouent le plus souvent, et vous devez avoir recours alors à une opération plus radicale qui donne toujours d'excellents résultats : je veux parler de la dilatation de l'anus.
Diuution Conseillée d'abord pas Maisonneuve, qui reprenait la pratique de Récamier qui avait déjà conseillé et pratiqué le massage cadencé de l'anus, et avait pris lui-même cette pratique au charlatan Moltenot(3),la dilatationforcée de l'anus
(1) Voici comment Ton prépare sîtoires calmants contre les hémop-
l'onguent populéum : roldes :
Feuilles réduites et pilées : Onguent populéum i gramme.
De pavot ^ Extrait de jusquiamo ÎO centigr.
iiA hplliHnnA / Beurre de cacao.... ^ •* « «..^«nmA.
De belladone f 4/^240 grammes. cire blanche ) ^* ^ grammes.
De jusquiame i ** ^^^^ oiancne ;
De morelle j F . S . A . un suppositoire.
Puis échauffer jusqu'à ce que Exilait d'opium.... lOcenUgr.
' ^ ^ Extrait de stramonium... 10 —
de l'anat.
l'humidité soit évaporée, dans :
Axonge 2000 grammes
Beurre de cacao 8 grammes.
F. S. A. deux suppositoires.
Puis ajouter : g^^^jj ^^ ratonhia 50 centigr.
Bourgeons de peuplier Chlorhydrate de morphine. 2 —
secs 375 grammes. Beurre de cacao 4graramcs.
Laisser digérer pendant vingt- F. S. A. un suppositoire,
quatre heures. (3) En 1838, le tribunal d'Orléans
(2) Voici la formule de supposi- condamnait un charlatan du nom de
est devenue désormais, grâce aux travaux de Gosselin et de Vemeuil, le meilleur mode de traitement non seulement du spasme anal, mais encore des hémorroïdes.
Le professeur Verneuil a bien montré en effet que dans les cas d'hémorroïdes la contraction des sphincters joue un rôle prédominant, et il suffit de vous rappeler ce que je vous ai dit au début de cette leçon, sur la disposition du système veineux de l'anus et du rectum, pour comprendre l'influence prépondérante de la contraction des sphincters de l'anus.
Ainsi donc, qu'il s'agisse d'hémorroïdes avec douleurs ou bien de sphinctéralgie, c'est-à-dire de ces douleurs avec spasmes de l'anus, ou bien encore de ces fissures, si fréquentes chez les femmes après l'accouchement, vous devez employer la dilatation anale. C'est là une opération des plus simples et que tout médecin doit être à même de pratiquer.
Moltenot, qui pratiquait pour la pre- soutinrent dans des thèses cette di-
mière fois le massage cadencé ; en latation comme applicable à la
1838, Récamier reprit cette pratique sphinctéralgie et aux hémorroïdes,
et rappliqua à la cqre des spasmes Verneuil conseilla cette opération et
de l'anus. l'appliqua surtout contre les hémor-
Gette pratique avait été aban- roTdes, en 1874, et son élève Gristo-
donnée, lorsqu'elle fut reprise en fari, dans sa thèse (1876), exposa la
1847 par Maisonneuve, sous le nom méthode du maître. Enfin, Fontan,
de méthode de la dilatation forcée, qui avait éprouvé lui-même les bons
£n 1849, Monod reprit, à la Société effets de la dilatation forcée, en fit
de chirurgie, cette question de la le sujet d'un mémoire qui fut discuté
dilatation forcée; Bernet en 1850, en 1876 à la Société de chirurgie, k
Lepelletier et Kunemann en 1851, la suite d'un rapport de Th. Anger (a).
(a) Récamier, De Vextermon du massage et de la percussion cadencée dans le traitement des contractions musculaires {Retme mid.y janvier 1838). — Lepelletier, Clinique de Maisonneuve, et Gai. de thérap,, 1849, p. 220). — Maisonneuve, Clinique chirurgicale, t. Il, p. 500. — Monod, De la dilatation forcée comme moyen de guérison de la fissure à ianus avec constriction du sphincter {Bull, de la Soc. de chir., mai 1842, t. !•', p. 220). — Cristoftri, Du traitement chirurgical des hémorroUdes et en particulier de la dilatation forcée. Thèse de Paris. — Fontan, Traitement des hémorroïdes par la dilatation forcée du sphincter anal {Mon. thérap. de Paris, 1" novembre 1875). — Th. Anger, Rapport sur le mémoire de Fontan {Bull, de la Soc, de chir., 1877, t. 111, p. 141).
Il faut endormir les malades, et cela d'une façon complète pour pratiquer cette dilatation, qui, sans cela, serait impossible. Chloroformez donc votre malade, mais en ayant soin, bien entendu, de le mettre dans le décubitus dorsal ; puis, lorsque Tanesthésie complète sera obtenue, placer le malade sur le côté, faites relever une des cuisses par un aide, puis introduisez dans l'anus et successivement vos deux indicateurs ou vos deux pouces ; quant à moi, je préfère les deux pouces ; puis dilatez largement l'anus dans les deux sens jusqu'à ce que les pouces touchent les ischions.
Vemeuil et Bichet préfèrent l'emploi du spéculum, soit de Ricord, soit de Gusco, que l'on introduit d'abord fermé dans l'anus et que l'on retire ensuite largement ouvert. Il existe aussi des instruments spéciaux pour cette opération, celui de Nicaise par exemple, qui est un dilatateur à trois branches dont l'écartement est calculé de manière à ne pas dépasser une dimension donnée.
Vous replacez ensuite le malade dans le décubitus dorsal, vous appliquez des compresses froides sur l'anus, et au bout de quelques jours votre malade sera guéri. N'oubliez pas d'avoir soin de purger le patient la veille de l'opération et faites donner un lavement quelque temps avant la dilatation. Telle est cette dilatation forcée de l'anus, opération qui vous donnera, dans la majorité des cas, si ce n'est dans tous, la guérison complète, soit des hémorroïdes, soit du spasme sphinctérien, soit de la fissure anale.
Il est cependant des cas où le volume des hémorroïdes est tellement considérable qu'il faut recourir à des opérations plus graves qui ressortissent plus particulièrement au domaine de la chirurgie. Je ne puis donc ici, sans sortir de mon sujet, m'appesantir longuement sur cette intervention chirurgicale et je ne ferai qu'une rapide énumération des différents procédés conseillés en pareil cas.
C'est d'abord la compression, que Burnes a surtout vantée, Traitement et qui n'est plus employée aujourd'hui que pour combattre gicai. les prolapsus du rectum; puis vient l'incision, préconisée par Boinet, et qui consiste, comme son nom l'indique, dans l'ouverture par la lancette des hémorroïdes les plus, volumineuses.
On a proposé dans ces dernières années de faire des injections dans l'intérieur des veines variqueuses ; c'est ainsi que Edmund Andrews (de Chicago) (1) faisait des injections d'acide phénique et aurait guéri par ce moyen un nombre considérable d'hémorroïdaires ; c'est là une pratique qui a besoin d'être expérimentée à nouveau avant d'être adoptée. La ligature est d'origine beaucoup plus ancienne, puisqu'elle remonte à Hippocrale ; elle a été surtout employée en Angleterre et en Amérique, mais elle a été peu pratiquée en France. Un autre procédé consiste à exciser les hémorroïdes, soit avec des ciseaux, comme le pratiquait Dupuytren, soit avec l'écraseur linéaire, comme faisait Chassaignac. Cette opération a eu une très grande vogue pendant un certain temps ; mais depuis les perfectionnements apportés aux procédés galvaniques, et surtout depuis l'emploi de la dilatation, ce mode opératoire est un peu délaissé. .
La cautérisation a été largement appliquée à la cure des hémorroïdes; on évitait ainsi les hémorragies graves qui surviennent à la suite de ces opérations. On a employé soit la cautérisation au fer rouge, qui remonte à la plus haute antiquité et qui est encore appliquée de nos jours, soit la
(1) Suivant Edmund Andrews (de pratique est beaucoup moins dou-
Chicago), la méthode des injections loureuse et tout aussi sûre que les
hypodermiques d'acide phénique au- autres. On fait des injections dans
rait été appliquée par trois cents rhémorroïdeelle-mème, et Ton traite
médecins à trois mille trois cents cas successivement chacune d'elles à dix
d'hémorroïdes ; d'après lui, cette jours d'intervalle (a).
" (a) Edmund Andrews (de Chicago)» Chicago Médical Joumalj mai 1879.
cautérisation avec le galvano-cautère, qui a été surtout vantée par Verneuil (1). Enfin, dans d'autres circonstances, c'est à des substances chimiques, soit solides, soit liquides, que Ton a demandé l'action destructive des bourrelets hémorroïdaux. C'est ainsi que Sédillot et Âmussat ont employé le caustique de Vienne, c'est ainsi que Houston (de Dublin), et plus récemment Gosselin, ont conseillé l'emploi de l'acide azotique monohydraté (2).
(1) Le professeur Verneuil use de la galvano-caustie, et voici comment il procède à l'opération :
c On endort le malade ; s*il préfère rester éveillé, on lui en laisse la liberté. Du reste» on a déjà opéré plusieurs fois sans anesthésie préalable, et sans que pour cela le patient ait souffert notablement. Il faut ensuite coucher le malade sur le bord du lit, tirer en dehors et retenir les hémorroïdes avec des pinces de Museux, et choisir les bosselures en respectant les petites. On prend ensuite le couteau galvanique, qu'on tient comme une plume à écrire; on eofoftce lentement Tinstrument échauffé par le passage du courant, • et qu'on essaye de maintenir aarwi^c sombre, et on le fait pénétrer grtr duellementenlemaintenantparallèle au rectum ; la direction perpendiculaire de rinstrument à la paroi doit être soigneusement évitée. 11 doit pénétrer à une distance de 6 à 15 millimètres. Ace moment, on imprime à la pointe de Tinstrument un léger mouvement de circumduction dans rintérieur de la tumeur pour agrandir Tescarre.
c Pour une tumeur du volume
d'une noisette, une ponction suffit ;
si la tumeur est plus grosse, on en
fait deux ou trois.
c L'opération est faite en quatre
ou cinq minutes; le rayonnement, presque nul, comme on sait, du galvano-cautère dispense des précautions à prendre dans le procédé cidessus. Les suites sont bénignes.
Des compresses avec de l'eau fraîche suffisent comme pansement. Les tumeurs s'enflamment modérément; les escarres s'éliminent en dix ou douze jours, et il ne reste plus à la fin qu'une petite induration circonscrite. Il n'y a guère de possibilité de rétrécissement consécutif. >
(2) Voici comment procède le professeur Gosselin dans l'application de l'acide azotique monohydi*até :
On a préparé à l'avance l'appareil instrumental, qui est très simple et se compose d'un petit pinceau ftjA. charpie, et mieux en amiante (sithutanre inaltérable aux acides), que Ton toot avec un fil sur un petit bâton, et mieux tivec un fil de fer.
On devra préférer TMâdâ monohydraté, mais à son défaut ratcide ordinaire très concentré pourra èlM employé
Gosselin ne s'est jamais servi que du monohydraté, qu'il est quelquefois difficile de se procurer en province* Le petit pinceau est ensuite trempé dans le flacon, que Ton rebouche ima.édiatement pour éviter Tévaporation, dans la chambre, de ce liquide fumant et irritant. On amène le pin*
Dans d'autres circonstances on peut combiner deux procédés, la cautérisation avec le broiement, comme la pratique Richet (1), avec la pince-cautère qu'il a inventée à cet effet, ou bien encore avec les ciseaux du nouveau thermo-cautère Paquelin.
Quelle est la valeur de toutes ces opérations? Je ne puis me prononcer ici, n'ayant pas de connaissances suffisantes pour juger et apprécier dépareilles opérations. Ce que je puis vous dire, c'est qu'il ne faut recourir à ces procédés que lorsque les hémorroïdes ont résisté à tous les autres
ceau sur rhéinorroîde, qu'on met à gent ; ce 61 replié en anse est destiné découvert le plus possible eu écar- à attirer au dehors et, par consétantrouverture anale avec les doigts; quent, à pédiculiser le bourrelet en il n'est pas nécessairede laisser long- trois ou quatre points. Alors la peau temps le caustique en place. Après du pourtour anal étant préalabledeux ou trois secondes, on voit la ment protégée par une compresse muqueuse blanchir, et Teifet est pro- mouillée ou par du collodion, on duit. il faut d'ailleurs avoir la pré- saisit la base de chaque pédicule caution de ne pas trop charger le entre les mors de la pince rougie à pinceau, pour que l'acide ne s'écoule blanc, et en moins de cinq secondes, pas autour de la tumeur; dans ce on réduit chacun d'eux, parla prèscas, on essuie avec une éponge fine sion unie à la cautérisation, à Tétat ou un linge mouillé, et on réduit d'une lame mince de tissu noirci enenfin si cela est possible. tièrement carbonisé. 11 faut avoir
(1) Le professeur Richet opère de soin, et c'est le point important, de
la manière suivante : laisser un peu de tissu sain entre
On traverse le bourrelet hémor- chaque endroit cautérisé. Cela fait,
roîdal, portion cutanée et muqueuse on retire les fils et on applique des
tout à la fois, en trois ou quatre compresses imbibées d'eau fraîche
points de sa circonférence, avec une ou une éponge humide en perma-
aiguille entraînant un gros fil d'ar- nence (a).
(a) Dupuytrcn, Leçons orales, % édit.,, 1839, t. IV, p. 119 à 172. — GennaiD, Sature et Traitement chirurgical des tumeurs himorrôidales. Thèse de Paris, 1856, n"47. — Nélaton, Pathologie chirurgicale, 1858, t. V, p. 73 à 97. — Dcmarquay, Mém. sur le traitement des hémorroïdes (Gat. méd. de Paris, 1860, p. 634 et 653). •— Benoit, Des tumeurs hémorroidales et de leur traitement {Montpellier médical, 1860). — Calraeille, Des hémorroïdes et de leur traitement chirurgical. Thèse de Paris, 1870, n" 178. — Lartisien, Du traitement chirurgical des hémor^ rdides. Tbète de Paris, 1873, n'' 262. — Lannelongue, Nouveau Dict. de méd, et de chir. pratiques, 1873, t. XVII, p. 404, art. Hémorroïdes. — Le Fort, Manuel de méd. opérât., 1877, 8* édit., p. 452. — D. Mollière, Traité des maladies du rectum el de l'anus. Paris, 1877, p. 183. — Curling, Traité des maladies du rectum, traduit par Bcrgoron. Paris, 1883.
modes de traitement et en particulier à la dilatation, et qu'elles deviennent, pour l'individu qui en est porteur, un tel sujet d'incommodité qu'il ne peut vaquer à ses occupations.
Tout en admettant que, dans la plupart des cas, l'ablation des hémorroïdes n'entraîne aucune complication grave, soit par suite de l'opération, soit comme conséquence de la suppression d'un flux sanguin habituel^ il faut reconnaître, cependant, que souvent, à la suite de ces opérations, on voit survenir certaines incommodités, telles que des rétrécissements de l'orifice anal, qui sont des plus pénibles. Élève de Chassaignac, j'ai pu voir souvent cet accident à la suite des applications peut-être trop nombreuses que faisait mon excellent maître avec l'admirable instrument dont il a doté la chirurgie.
Duboorro- Lcs hémorroïdcs s'accompagnent souvent d'une issue du *** rowSr bourrelet au dehors, et cela toutes les fois que le malade fait un effort, surtout dans la défécation. Ordinairement, il rentre lui-même ses hémorroïdes, mais il arrive quelquefois que cette réduction devient très difficile, si ce n'est impossible, par le patient lui-même ; dans ce cas vous serez souvent appelés pour réduire ces hémorroïdes. Vous y arriverez presque toujours par des pressions lentes et méthodiques, mais, dans d'autres circonstances, vous serez obligés d'attendre quelque temps pour parvenir à cç résultat et vous devrez alors appliquer des compresses d'eau froide. On a même été jusqu'à conseiller la glace pour diminuer la turgescence des varices et rendre ainsi la rentrée du paquet hémorroïdal plus facile.
Du proup. Chez les vieillards, il se joint parfois à ces hémorroïdes un prolapsus plus ou moins considérable du rectum et ils ne peuvent faire le moindre effort sans amener immédiatement l'issue d'une étendue notable de la muqueuse rectale. Vous
BUS du roctum.
devez conseiller, dans ces cas, les lavements d'eau froide, les lavements astringents (on a même proposé les badigeonnages avec le perchlorure de fer); vous ferez surtout porter à votre malade des ceintures avec bourrelets compressifs, qui, en s'appliquant sur l'anus avec une certaine force, s'opposent ainsi à la sortie de la muqueuse rectale (1).
Vous savez que chez les enfants ce prolapsus du rectum injections est assez fréquent. Dans ce cas, on peut guérir la maladie i^er^ire^ soit par des lavements et des lotions d'eau froide, soit par «***'"**• l'électricité, soit par des injections sous- cutanées de strychnine autour de l'anus, comme le pratiquaient Foucher et Dolbeau (b).
Se basant sur le pouvoir contractile de l'ergot de seigle sur la fibre musculaire, Vidal (2) a proposé de traiter le pro-
(1) C'est Schwartz {Bull, de thér.y d'une portion de la muqueuse. Dans i836)qui, le premier, a conseillé les d'autres cas, on à fait la cautérisapréparations de noix vomique dans tion, soit avec le fer rouge, soit avec le traitement du prolapsus du rectum; les caustiques, d'une portion delà puis Duchaussoy a songé à employer muqueuse. Ënfm Dupuytren et, après la méthode endermique pour faire lui, Robert ont pratiqué autour de pénétrer la strychnine ;enrm, Foucher l'anus une large perte de substances et Dolbeau ont pratiqué des injections de la peau.
hypodermiques. Pour faire ces injec- (2) C'est en 1876 que Vidal a comtions, on enfonce l'extrémité de l'ai- mencé ses premiers essais de traiguille à i centimètre de l'anus et à tement du prolapsus hémorroîdoune profondeur d'un demi-cenli- rectal par les injections d'ergotine. — mètre, et l'on injecte iO gouttes 11 se sert d'une solution d'ergotine d'une solution contenant 1 centi- au sixième, et injecte à cinq milligramme de sulfate de str}xhnine par mètres de l'anus de i5 à 25 gouttes gramme (a). de cette solution, ce qui correspond
Gosselin a proposé l'électro-punc- à 12 à 20 centigrammes d'ergotine
ture. Enfin, il existe des traitements Bonjean.
chirurgicaux de ce prolapsus, et les Guyon, Ferrand, Halma-Graud, chirurgiens ont recommandé dans ce Gérard, Laurent, ont obtenu des guécas, soit Tablalion des parties irré- risons par ce moyen (c). ductiblcs, soit l'excision partielle
(a) Schwartz, Bull, de Ihérap., 183G.
(6) Foucher et Dolbeau, Bull, de thérap,, 1862, t. LIX, p. 538. (c) Vidal, Trailement du prolapsus rectal par les injections hypodermiques d^ergotine. — Detourbe, Du traitement du prolapsus rectal et de la procidence CLi:iIQUE THÉRAP., 6* édit. I. ^ 54
roide».
lapsus hémorroïdo-reclal par des injections sous-culanées d'ergotine que Ton fait autour de l'anus. C'est là une pratique peu dangereuse dont on peut toujours faire usage avant de procéder à des opérations plus graves. De 11 créa- J'arrivo maintenant à la dernière partie du problème thé-
iion de» , ■
hémor- rapeutique que nous avons à résoudre, c'est-à-dire la création des hémorroïdes ou leur rappel. Vous savez que, sans croire aux vertus merveilleuses que le populaire a attribuées aux varices rectales, qu'il a surnommées pour cette raison veines d'or y je pense néanmoins que, dans bien des cas, il est utile de maintenir du côté de l'anus un certain état congestif. Vous obtiendrez cet effet par l'emploi d'un médicament véritablement héroïque, en pareil cas, c'est l'aloès, que vous pourrez administrer soit à l'intérieur, sous forme de pilules (1), et c'est le procédé que je préfère, soit comme médicament extérieur, à l'état de suppositoire ou de pommade, comme l'ordonnait Dupuytren (2). Trousseau vantait les suppositoires au tartre stibié et en obtenait de bons résultats (3).
J'en ai fini. Messieurs, avec ce qui a trait aux maladies de l'intestin; j'ai insisté surtout sur les affections que
(\ ) Bégin employait Taloès à Tétat Axonge 30 grammes.
de pilules à Tintérieur, et voici la Aloès «ocotrin 4 —
formule qu'il conseillait: Faites avec celle pommade, trois
Aloès socotrin K , , ^u quatre fois par jour, des fricUons
Poudre de réglisse } ^ ^ gramme. sur la région anale.
(3) Voici la formule des supposi-
Miel en quantité suffisante* toires de Trousseau :
Faites vingt pilules.
Pi-endre de cinq à dix pilules le Twtre sUbié 10à30cenUgr.
soir avant de se coucher. **®""'® ^"^ «^^^^ ^ grammes.
(2) Voici la formule de la pommade Faire un suppositoire qu'on intro-
de Dupuytren : duit dans le rectum.
hémorroïdale par les injeclions hypodermiques d'ergotine. Thèse de Paris, p. 261, 21 juin 1880. — Jelte, Du traitement du prolapsus rectal par las injeclions àypodermiques d'ergotine. Thèse de Paris, 1882.
VOUS aurez le plus souvent à traiter, la diarrhée, la constipation et les hémorroïdes. Pour terminer cet ensemble de leçons, je désire appeler votre attention sur une affection que vous aurez à combattre fréquemment, je veux parler des vers intestinaux, c'est ce que je ferai dans la prochaine leçon.
NEUVIÈME LEÇON
Sommaire. — Des vers intestinaux; leur traitement. — Des oxyures. — LaTements anthelminthiques. — Lavements de glycérine. — Onguent napolitain en suppositoire. — Du lombric. — Migration des lombrics. — Du calomel. — De la mousse de Corse. — Du semen-contra. — De la santonine. — Des taenias. — Leur fréquence. — Du taenia inerroe et du tœnia armé. — Développement des taenias. — Des taenifuges et des taînicides, — Des semences de courge, du kousso, du kamala, de la fougère mâle, de l'écorce de grenadier. — Des pelletiérines ; leur action physiologique ; leur mode d*administration. — Dutannate de pelletiérine. — Du botbriocéphale*
Messieurs, je désire terminer ces leçons sur le traitement des maladies de l'intestin par quelques indications sur des affections pour lesquelles vous serez souvent consultés, et qui, au point de vue thérapeutique, présentent un grand intérêt, puisqu'elles guérissent toujours sous Tinfluence d'un traitement bien dirigé : je veux parler des affections vermineuses intestinales. Pour étudier cette question, je m'appuierai sur les travaux récents de Van Beneden, du professeur Laboulbène, etc., et surtout sur l'ouvrage de Davaine, véritable monument élevé à l'helminthologie.
Je ne m'occuperai dans cette leçon que des oxyures, des lombrics et des taenias, laissant de côté le trichocéphale (1)
(1) Trichocéphale de Vhomme (de une sorte de gaine cylindrique d'où
epi^, Opix<^ç, cheveu, et xs<pa(X4, tête), sort le spicule. La femelle est longue
Ce ver nématoîde a un corps allongé, de 34 à 50 millimétrés; sa partie
formé de deux parties : Tantérieure, postérieure est renflée et très peu
plus longue, filiforme ; la postérieure courbée ; la queue est en pointe
un peu renflée. Le mâle est long de mousse.
87 millimètres; sa partie postérieure Le trichocéphale a été découvert
est an roulée et porte à Textrémité en 1761. Il peut exister à tout âge ;
et rankylostome duodénal (1), que vous ne verrez sans doute jamais ; je ne vous parlerai pas non plus de Tanguillule stercorale (2), découverte récemment dans la diarrhée
mais il est plus commun chez Tadulte, surtout chez ceux qui succombent à la fièvre typhoïde.
11 se propage, comme Tascaride lombricolde, par Teau prise en boisson. Les œufs avalés avec Teau se développent dans l'intestin et donnent naissance au trichocéphale. Ce ver a pour siège de prédilection le cHBCum de Thomme.
{\)AnkylostoTne duodénal((\e dcpcù- Xo«, courbé, et <rT(j(Aa, bouche). C'est un ver cylindrique de 6 à 9 millimètres de longueur, d'une couleur gris cendré. Sa tôte est arrondie au sommet; la bouche est elliptique et munie de papilles coniques inégales terminées par des crochets permettant à l'animal de s'accrocher aux parois de l'intestin. Le mftle est long de 6 à 8 millimètres; son extrémité antérieure est amincie; l'extrémité postérieure porte une sorte de bourse, formant deux lobes à cinq rayons et contenant un pénis double. La femelle est longue de 8 à 10 millimètres; son extrémité supérieure est effilée, et la vulve se trouve un peu au-dessus de cette extrémité.
Ce ver nématoîde a été découvert à Milan, en 1838, par Dubini. 11 est connu en Egypte. Il occupe le duodénum et le jéjunum de Thomme (a).
(2) AnguiUvla stercoralis. Les anguillules (petits vers nématoîdes) ont été découvertes en juin et juillet 1876
par le docteur Normand, médecin de la marine française, à Toulon. Ces vers, qui ont été ensuite bien étudiés par le docteur Bavay, professeur d'histoire naturelle à l'École de médecine navale de Toulon, se trouvent dans la sécrétion intestinales des malades atteints de diarrhée de Cochinchine. Longs de 1 millimètre environ et larges de 0^,04, ces helminthes sont quelquefois en nombre prodigieux dans les selles des malades (jusqu'à 100,000 et plus par vingt-quatre heures).
Outre l'anguillule stercorale, le docteur Normand a découvert dans la diarrhée de Cochinchine un autre ver différent de l'anguillule stercorale, avec laquelle il se trouvait dans l'intestin du malade. Ce ver, que Bavay a étudié et auquel il propose de donner le nom d'anguiUula inU$tinaliSy a une longueur de 2— âO et une largeur moyenne de 0*'^4 ; il est plus abondant dans le duodénum, plus rare dans le jéjunum et n'a pas été vu dans l'iléon.
Laveran et Libermann, à Paris, ont pu étudier aussi cette diarrhée Yermineuse sur les militaires revenant de Cochinchine.
Le traitement qui parait jusqu'ici réussir le mieux est le régime lacté continué pendant longtemps {b).
(a) Dubini, in Omodei Ann. univert. di med, di Milano, 1843, t. GYI. — Pniner, Krankheiten des OrienUy 1847. — Vierordt», Arch, furphytiolog. Heilk,, t XIII, I. IV, p. 554.
(6) Normand, Sur la maladie de la diarrhée de Cochinchine {Comptée rendvi de l'Acad. des sciences, 31 juillet et 8 août 1876). — Bavay, Note sur F&nguilhle stercorale {Comptes rendus de VAcad, des sciences, octobre i876). *- Swr
de Cochinchine ; cette question mérite de nouvelles re* cherches et a trait d'ailleurs à une maladie qui ne s'observe pas dans nos climats.
Les oxyures (1) sont ces petits vers blancs, minces comme ^« un fil, longs de 9 à 10 millimètres, que vous observerez fréquemment à Tanus des petits enfants, où ces vers, doués de mouvements rapides, déterminent une irritation plus ou moinsvive. Ces vers sont quelquefois en nombre considérable et forment une pelote que vous trouverez dans le rectum, siège deprédilectionelpour ainsi dire exclusifde ces oxyures. Chez les petites filles, ce ver quitte l'anus et va à la vulve ou dans le vagin, où il produit une démangeaison qui est très souvent le point de départ d'habitudes de masturbation. Nous savons peu de choses sur l'origine et le développement des oxyures, nous ignorons aussi l'influence du régime sur leur fréquence.
A ces vers qui ont un siège local, nous opposerons un traitement absolument local, et nous les détruirons par des lavements ou des suppositoires.
Pour les lavements, les uns conseillent les lavements froids urcmenu
anlhelminthiqnes.
(1) V oxyure (<5^ùç, aigu, et oûpà, ailée, c'est-à-dire qu'elle porte sur
queue) est un petit ver blanc cylin- les côtés deux reoflements vésicu-
drique ou presque fusiforme. Le leux. L'œsophage est court et en
mâle est long de 2 à 4 millimètres, massue. Après l'estomac, le tube di-
a la queue renflée et contournée en gestif des oxyures se rétrécit et se
spirale. La femelle est longue de 9 à termine, en décrivant quelques si-
10 millimètres, a la queue droite nuosités, à l'anus, qui s'ouvre chez
et arquée, quelquefois légèrement la femelle â la base de la queue, et
sinueuse. La tête de l'animal est chez le mâle au milieu de la queue.
VanguiUule intestinale, nouveau ver némaloide trouvé par le docteur Normand che* les malades atteints de diarrhée de Cochinchine (Comptes rendus de VAcad. des hcienceSf février 1877). — A. Normand, Mémoire sur la diarrhée de Cochinchine. Paris, 1877. — A. Laveran, Note relative au nématoide de la dysenterie de Cochinchine {Gai, hebdomadaire de méd., janvier 1877, et Ga%, hebdomadaire, février 1877). — Libcrraann, Dysenterie chronique de Cochinchine; présentation des pièces {Société méd. des hôpitaux de Paris, mars 1877 ; France médicale, 1877, et Gai. des hôpitaux, 1877). — Davaine, Traité des entoioaires, 1878, Paris.
d'autres y ajoutent du chlorure de sodium, d'autres du sucre; d'autres, donnant à l'ail des propriétés anthelminthiques peu justifiées, ont administré des clystères à Tail. Delasiauve a proposé les lavements d'éther; Lallemand vantait les lavements avec des eaux sulfureuses naturelles ; on a proposé aussi les lavements de suie ; quant à moi, c'est la glycérine donnée en lavement que je préfère, glycérine neutre, bien entendu, et que vous administrerez mélangée avec égale partie d'eau.
Onguent Cependant, chez les enfants où l'administration des clys-
napouuin. ^^pgg ^gj difficile, OU Wcn lorsquc Ics vers sont en quantité innombrable, il est un moyen supérieur à la glycérine : c'est l'onguent mercuriel. Vous l'introduirez dans l'anus soit à l'état de.pommade, soit sous forme de petits suppositoires. Dumas (de Montpellier) se servait d'une mèche trempée dans la pommade mercurielle, etLegroux,dans un cas où l'affection paraissait plus rebelle, conseillaitd'introduire,avecune seringue, de l'onguent napolitain à moitié fondu.
Tous ces moyens amènent rapidement la guérisondes oxyures ; seulement cette maladie peut récidiver. Aussi doiton examiner souvent l'anus et s'empresser de combattre cette affection, qui ne parait rien et peut cependant, par les démangeaisons qu'elle entraîne, par la vaginite qu'elle développe, par les mauvaises habitudes qu'elle encourage, produire de véritables désordres dans la santé des enfants.
ouiombric. Tout autre est le traitement du lombric (1). Ce n'est plus
(1) Le lombric y ascaride lombri-- deux spicules courts, aigus, arqués.
coide (de dc<7xapt^6iv, sautiller) est un La femelle a de 20 à 25 centimètres,
ver cylindrique le plus souvent blanc avec la queue droite, sans spicule;
ou jaunâtre, dont le corps plus at- sa vulve est située en avant, au mi-
ténué en avant qu'en arrière pré- lieu du corps,
sente des stries transversales et quatre Les œufs sont longs de 0""075 et
sillons longitudinaux. Le mâle a une larges de 0"""058, ovoïdes, revêtus
longueur de 15 à 17 centimètres; de deux enveloppes,
sa queue est recourbée et munie de La tête de ce ver nématoîde pré-
dans le rectum, mais dans la première portion de l'intestin qu'il siège. Ce ver est plus volumineux, il a de 20 à 30 centimètres; il estblanchâtre, et ressemble, comme vous le savez, au ver de terre; il siège, vous ai-je dit, dans les premières
sente une bouche munie de trois valves charnues, dont une supérieure et deux latérales inférieures; elles sont munies de papilles, pourvues, en dedans du bord libre (Davaine), de dentelures microscopiques servant à la mastication. A la bouche fait suite un œsophage musculeux etfusiforme; Festomac est mince; Tintestin est légèrement sinueux, et se termine à un anus transversal placé à Fextrémité postérieure du corps.
I^s lombrics peuvent exister en plus ou moins grand nombre chez le même individu; ordinairement on en trouve deux ou trois; mais on en a vu en nombre considérable. G*est vers Yh.ge de cinq à dix ans qu'ils acquièrent leur plus grande fréquence. Tous les enfants peuvent en être atteints ; mais ces vers se développent de préférence chez les sujets affaiblis» scrofuleux et soumis à une mauvaise hygiène et à une mauvaise alimentation.
On les voit dans tous les pays, sous toutes les latitudes, dans toutes les classes de la société et à tout âge de la vie.
Quelques auteurs ont rapporté des faits d*endémies, d'épidémies vermineuses (Douillet, Drand, Pringle,etc.).
L*eau, prise en boisson, parait être le mode de transmission du lombric.
En effet, expulsés avec les fèces, qui en contiennent parfois des milliers, ces œufs peuventétreentrainés(pluie, fuite de fosses d*aisances) dans Teau des mares ou dans des sources oh vont boire assez fréquemment les enfants et même les adultes imprudents. Que cette eau soit absorbée, Tœuf pénètre avec elle dans Tintestin, s*y développe et donne naissance à un lombric. Pour obvier à cet inconvénient, il est donc nécessaire soit de ûltrer les eaux, soit de leur Mve subir un certain degré d*ébullition.
L'ascaride lombricoîde vit dans l'intestin grêle; on peut le trouver parfois dans Testomac et dans le gros intestin ; mais son lieu d'élection est rintestin grêle. Ce ver peut se trouver aussi, mais c erratiquement >, dans les cavités voisines du tube digestif, et Davaine cite de nombreux cas où il a été vu dans Testomac, l'œsophage, les fosses nasales, l'oreille, les voies lacrymales, le larynx, la trachée, les voies pancréatiques, les voies biliaires, la cavité péritonéale, etc. (a).
(a) Cruveilher, DicL de méd. et de chirurg, pratiquei^ Entozoaires. — Levacher, Guide médical des Antilles. Paris, 1834. — Daquin, Observatiom sing. sur des affections vermineuses {Joum. de méd. chirurg. Paris, 1770, t. XXXIY. — Douillet, Hist. de VAcad. roy. des scienceSy 1730. — Brand, Sur une dysenterie vermineuse. Acad. de Copenhague, 1677-1670. — Pringle, Observ. sur les maladies désarmées, part. 1, chap. m, traduction. Paris, 1855. — Marie, Joum. de méd. de Sédilloty t. XXJ, Paris, 1806. — Bourges, /ourn. de méd. de Sédillot, t. XXXVl, 1809. — Davaine, Recherclies sur le développ. et ta propagation du trichocéphale chei l'homme et de l'ascaride lombroide {Comptes rendus de VAcad. des se. y t. XLYI, 1858). — L. Aronssohn, Mém. sur l'introduction des vers dans tes voies
portions de rintestin,mais il peut voyager et s'éloigner plus ou moins; vous trouverez dans Davaineune excellente étude sur les migrations du lombric.
Ce qu'ilfaut retenir, c'est que par lui-même ce lorabricest incapable de perforer les parois intestinales, et que, si on le trouve plus ou moins loin de son siège habituel et hors de l'intestin, c'est qu'il existe une altération du tube digestif produite soit avant, soit après la mort, qui a détruit les parois intestinales pour permettre ainsi au ver de cheminer au dehors. Ces vers, le plus souvent, vont du côté de l'estomac et sont rendus par vomissements, ou bien ils se dirigent vers la fin de l'intestin et sont rendus dans les garde-robes.
En moyenne on en trouve de trois à cinq, mais parfois aussi en plus grande quantité. Ce que nous savons sur leur développement, c'est qu'ils sont probablement transmis par l'eau. En effet, les garde-robes des personnes atteintes de lombrics contiennent une énorme quantitéd'œufsdecesvers; et comme ces œufs peuvent rester cinq à six mois dans l'eau sans perdre leur vitalité, on comprend que toutes les fois que les matières fécales pourront être mélangées avec l'eau qui sert à l'alimentation, ce qui est si fréquent à Iacampagne,on verra se développer ces lombrics.
Ces vers déterminent des symptômes peu accusés, et le plus souvent ce n'estque lorsque l'enfant est malade, ou au début d'une affection grave, qu'on le voit rendre, et fréquemment par les vomissements, ces lombrics enplus ou moins grande
aériennes (Arch. gén, de méd.f 1* série, t. X). — Guersant, Dict. de médecine, 18^, t. XXI. — Andral, Anat. path. Paris, 1829, t. IL — Blondin, AnaU topograph. Paris, 1826. — Tonnelé, Réflexions el observ. sur les accidents produits par les vers lombrics {Joum hebd. Paris, 1829, t. lY). — Tboinœ Bartholini, Episi, medicin,f cent. I. épist. LXII, 1644, Hagœ Comitum, 1740. — Broussais, Hist. des phlegmasies chroniques. Paris. 1826, 4* édit., t. III. — Lieutaud, Historia anatomica-medica sislens, obs. 907 {Vasa Biliar lombricis obturata). Parisiis, 1767, t. 1*' — Fauconneau-Dufrosne, Précis des maladies du foie et du pancréas^ Paris, 1826. — Laënnec, Dict. des sciences médicales^ art. Ascarides. — Lebert Traité d'anat. patholog. gén. et spéc. Paris, 1857, t. l*'. — Davainc, Traité des entoioaireSy 1860.
quantité. Quoi qu'il en soit, dfts que le ver est rendu, on réclame aussitôt les conseils du médecin.
Pour combattrecesvers, on doit employer une médication interne, et, sans m'arrêter au lait avec Tail, que les bonnes femmes conseillent toujours en ce cas, je vous signalerai les principaux médicaments ayant une action curative véritable. Nous avons d'abord le calomel, déjà étudié dans une précédente leçon comme un purgatif cholagogue; nous reverrons le calomel dans les maladies du foie, où il est très employé pour son action spéciale sur la glande hépatique : ici le protochlorure de mercure se présente sous un autre aspect : comme vermifuge. On le donne à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme, avec les précautions émumérées à propos de Tadministration de ce sel.
Puis vient la mousse de Corse (1), composée,vousle«avez, de plusieurs espèces d'algues, et en particulier de la coral-
Du ca1o« mcl.
Doit
mousse de
Corse.
(i) Mousse de Corse, ou mousse de mer, ou Varec helminthocorton.
La substance donnée sous ce nom est une réunion de prés de vingt-cinq espèces d^algues, dans laquelle se trouvent les fucus : Gigartronia helminthocorton, Fucus purpureus et plumosus, la Corallina officinalis, la Conferva saniculata, etc. Les échantillons du commerce varient du reste selon la provenance de la substance. La mousse de Corse a une odeur marine très forte, désagréable, et une saveur très salée.
D'après Bouvier, elle contient pour 100 parties : gélatine végétale 60.ii; squelette végétal 11 ; sulfate de chaux li.2; sel marin 9.2; carbonate de chaux 7.5; for, magnésie, silice, phosphate de chaux 1.7. D'après Straub et Gaultier et Claubry, il y aurait un peu d'iode.
Formes pharmaceutiques :
A Vintérieur, décoction ou infusion : 5 à 15 grammes pour 150 ou 200 grammes d'eau ou de lait.
Poudre, de 1 à 8 grammes dans du lait ou de l'eau sucrée ; gelée, de 40 à 100 grammes; sirop, 30 à 100 grammes en potion.
A Vextérieur, décoction en lavement, 30 à 60 grammes.
Potion vermifuge .
Mousse de Corse 30 grammes.
Sirop simple 30 —
Eau bouillante 160 —
Faites infuser une heure ; passez, exprimez, ajoutez le sirop. A prendre en une ou deux fois.
Lait vermifuge (Bouchardat) :
Mousse de Corse 5 grammes.
Sirop simple 100 —
Sucre 20 —
A prendre en une fois pour les enfants de 1 à 5 ans.
Une officinale. On fait une infusion ou une décoction de cette plante; on donne 4 grammes de mousse de Corse pour 30 grammes d'eau ; on fait infuser douze heures pour la première de ces tisanes, et bouillir deux ou trois minutes pour la seconde. Chez les adultes, on peut élever la dose et en donner 8 à 15 ou même 20 grammes. Cette mousse est aujourd'hui abandonnée, non pas que ses effets soient mauvais, mais parce qu'on a trouvé une substance qui lui est bien supérieure, la santonine (1).
Poudre anthelminthique (Bouchardat):
Mousse de Corse 20 grammes,
SemcQ-contra SO >-
Galomel àla vapeur.... 3 —
Dose^ : 5 décigrammes à 2 grammes.
(1) Semen-contra {Artemisia contra L.)y Composées. La substance employée sous ce nom est tirée d*une petite plante qui se trouve surtout en Russie et en Perse, et est composée d*une réunion de capitules entiers, non épanouis ; elle a une odeur assez forte, analogue à celle du camphre, son goût est aromatique.
Le semen-contra contient : une huile essentielle (i p. 100), un principe amer, de la santonine découverte par Kohler en 1830, de la résine, du sucre, une graisse cireuse, des sels de calcium et de potassium, de Tacide malique et de la silice.
Le semen-contra a une amertume extrême, et peu de personnes peuvent avaler sans dégoût une infusion ou une décoction de cette substance.
On fait avec le semen-contra : des poudres vermifuges (2 à 4 grammes pour Tenfant, 4 à 8 grammes pour Tadulte), des dragées, des potions, des sirops, des lavements, des biscuits, des pains d'épice vermifuges.
Santonine, Le principe actif du semen-contra a été découvert en 1830 par Kohler, pharmacien à Dûsseldorf.
Inodore, d*un goût amer et désagréable, la santonine forme des cristaux rectangulaires, aplatis, incolores si elle est pure, jaune si elle a été exposée longtemps à la lumière du jour. Exposée aux rayons du soleil, les cristaux incolores (Méhu, 1866) prennent une belle couleur jaune, sans subir d*altération chimique.
Peu soluble dans Teau, plus dans Talcool, et celte dernière solution a une saveur très amère et fort désa-
Comme vermifuge, on donne la santonine à la dose de 5 à 20 centigrammes, dans du sucre, aux enfants et 30 à 40 centigrammes aux adultes.
On fait des tablettes, des pilules, des biscuits vermifuges àla santonine.
Tablettes de santonine (Codex français) :
Santonine pulvérisée.. 40 grammes.
Sucre blanc 3000 —
Carmin de Cochenille.. 1 gramme.
Mucilage de gomme
adragante 180 grammes.
F. S. A. des tablettes de 5 décigrammes; chaque tablette représente 1 centigramme de santonine.
Doses : cinq à vingt.
La santonine, principe actif du semen-conlra, employé oeusan autrefois comme vermifuge, se donne à la dose de 10 à 20 centigrammes ; Baillet a étudié l'action de ce médicament, qui est en général bien pris par les enfants, auxquels on l'administre sous forme de dragées, renfermant 2 centigrammes de santonine. Ce médicament n'a pas le plus souvent d'effet toxique ; mais s'il est donné à trop haute dose ou dans certaines idiosyncrasies, il peut produire des accidents (vomissements, coliques, syncopes) et amener un trouble curieux du côté de la vue : il fait voir les objets en jaune ; les urines présentent aussi une teinte spéciale jaune, caractéristique. Guermonprez (de Lille) (1) a montré que le semen-contra et la santonine ne donnaient pas toujours des résultats satisfaisants ; il leur préfère la méthode évacuante avec les purgatifs.
Il me reste à vous entretenir du taenia, qui doit nous arrêter plus longtemps, non seulement à cause des symptômes graves dont il peut être le point de départ, mais encore parce qu'il présente souvent une résistance sérieuse aux efforts de
Pilules de santonine (H. M.) : nine n*est pas toujours indiquée dans
Santonine 5 centigr. *® traitement des ascarides lombri-
Poudre de réglisse ) coldes, son action serait même nui- Miel i ^' ^' sible si les parasites sont vieux et en
Pour une pilule. Doses: un à "'"»'"« considérable Guermonprez
quatre. donne pendant cinq à huit jours trois
„. *.. ., , , , fortes doses d'une préparation amère
Biscuits yermiiuffes à la santo- / 1 tt± > a
ctujuuisca a ta 9<(miw ^j^ préfércncc sirop de quinquina,
^* sirop d*écorces d'oranges amères,
Santonine pure 1 décigr. vin de quinquina) et ensuite il admi-
^^ Q- S- nistre un purgatif (calomel ou huile
Pour un biscuit. Doses: un à deux. de ricin). — Kûchenmeister affirme
— Au-dessous de 5 ans, ne donner que les ascarides lombricoldes peu-
qu'un demi-biscuit. vent vivre quarante heures dans une
(1) Guermonprez dit que la santo « infusion de semen-contra (a).
(a) Guermonprez, Études $ur les indications thérapeutiques dans le traitement des ascarides lomMcoides, etc. {BulL de thérap,, t. Cil, p. 89). -> Kûchenmeister, ArcMv fùrphysiol. Ueilkunde.U lY, 1851.
la thérapeutique. Nous avons à étudier deux variétés de ces cestoïdes, le taenia et le bothriocéphale.
Du tcma. Chcz Thomme on observe trois taenias, le tiBnia solium ou armé, le tœniamediocanellata ou inerme, et letœnia nana{i). Je ne m'occuperai que des deux premiers, les plus souvent observés, et il faut dire que, dans ces derniers temps, c'est le deuxième de ces vers, le taenia inerme, qui a été vu le plus souvent. Vous connaissez tous la grande distinction qui sépare ces vers : le taenia solium, avec son rostre armé de cette double couronne de crochets qui surmonte les quatre ventouses constituant sa tête ; le taenia inerme, au contraire, dépourvu de crochets et de rostre ; vous connaissez aussi le volume plus considérable du taenia inerme et le cou si allongé du taenia solium comparé à celui plus court du taenia inerme. Mais ce qui, au point de vue du diagnostic, présente le plus grand intérêt, c'est de pouvoir reconnaître le ver et savant avant que la thérapeutique l'ait fait sortir de l'intestin. Nous pouvons aujourd'hui, d'une façon relativement facile, faire ce diagnostic.
Dugnotttc Le malade voit-il, malgré tous ses efforts et sans qu'il le veuille, des portions de ver sortirpar l'anus, soyez persuadés qu'il s'agit d'un taenia inerme: puis examinez avec soin les portions ainsi rendues; si vous trouvez les pores génitaux, qui, comme vous le savez, existent chez les taenias sur les parties latérales des proglottis, si vous voyez, dis-je, ces pores génitaux se succéder d'une façon irrégulière soit à
(1) Pour montrer la fréquence du Année. Koaiso. Goorge. Fougère. Grenadier, taenia, nous reproduisons dans le tableau suivant les chiffres, fournis par Regnault, de la consomma^ tion croissante des tœnifuges à la pharmacie centrale des hôpitaux de Paris (a).
(a) Regnaulty Archiva de nUdecinct 1875.
des ténias armé et Inerme.
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