DS LA DYSPEPSIE BUCCALE
troduits par le bout inférieur de l'intestin, au niveau de l'anus ' contre nature, et furent retrouvés dans les matières fécales complètement vides. Il n'est donc pas douteux que le suc intestinal ne possède par lui-même une action digestive, sinon considérable, mais du moins bien réelle, et c'est là un fait d'une certaine importance et qui sert de base à l'opération proposée par Surmay (de Ham) dans les cas d'oblitération du pylorC; opération qui consiste à ouvrir le duodénum et à pratiquer l'entérostomie.
Quant à la bile (1), les physiologistes sont encore en oeiabu désaccord ; les uns voulant que ce liquide soit seulement excrémentitiel, les autres lui faisant jouer un rôle important et notable dans la digestion. Ici encore, la clinique nous montre de quel côté est la vérité; en effet, chez les individus à fistule biliaire, chez lesquels la bile sort au dehors au lieu d'être déversée dans l'intestin, il survient des troubles profonds dans la nutrition; ils maigrissent et succombent au désordre apporté à la digestion intestinale.
Il faut donc que ce liquide ait une action réelle dans la digestion intestinale, action qu'on peut résumer ainsi : la bile excite par sa présence les contractions intestinales, tout en lubrifiant les parois de ce conduit, et ceci est si vrai, que, chez les individus atteints d'oblitération des conduits biliaires, la constipation est presque toujours la règle; la présence de ce liquide alcalin facilite encore la pénétration du chyle à travers la muqueuse intestinale ; aussi, peut-être, la bile, par ses propriétés alcalines, vient-elle aider l'émulsion des ;graisses et compléter l'action du pancréas; enfin la bile, par • ses propriétés antifermentescibles, vient modifier la fermentation putride que subit le bol alimentaire, fermentation putride qui joue un rôle prépondérant, comme le montre
(1) Voir Leçons sur le traitement des maladies du foie.
Du pancréas.
5/a LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
Bouchard, dans la production de certains symptômes morbides de l'économie. Je reviendrai d'ailleurs sur ce point lorsque je m'occuperai du traitement des affections intestinales proprement dites (a).
S'il existe de nombreuses controverses sur l'action digestive réelle du suc intestinal et de la bile, tous les physiologistes sont d'accord pour reconnaître l'action prédominante du suc pancréatique (1) dans cette digestion intestinale, suc pancréatique qui possède les trois propriétés suivantes :
(1) Le suc pancréatique est versé dans le duodénum par deux canaux distincts : celui de Wirsung et le canal pancréatique accessoire. La sécrétion de ce suc est intermittente et, comme la bile, est plus abondante au moment des repas. Cl. Bernard a démontré aussi que lorsqu'on pratique une fistule à un animal, le liquide recueilli au commencement de l'expérience est filant (ce serait le suc pancréatique normal), tandis qu'à la fin de l'expérience il devient aqueux.
L'action de ce suc a été étudiée par beaucoup d'auteurs (Tiedemann et Gmelin, Purkinje et Pappenheim), mais surlout par Valenlin, à Berne, en 1844, et par Bouchardat et Sandras à la même époque, à Paris, Valentin, Bouchardat et Sandras se servaient, pour ces expériences, de suc pancréatique artificiel obtenu par la macération dans l'eau de morceaux de pancréas. C'est Eberle qui,, le premier, en 1834, signala l'action du suc pancréatique sur les graisses.
Bouchardat et Sandras ont insisté particulièrement sur les propriétés saccharifiantesde ce suc, etDonders, par des expériences sur des animaux auxquels il pratiqua une fistule, a mis ce fait hors de doute.
En 1846, Cl. Bernard montre la propriété qu'a le suc pancréatique d'émulsionner les corps gras en les dédoublant en acides gras et en glycérine.
La propriété de digérer les matières albuminoïdes a été contestée par Keferstein et Hallwachs, admise par Corvisart, Brinton, Meissner, etc.
Nous donnons deux analyses de suc pancréatique, l'une due à Tiedemann et Gmelin, l'autre à Bidder et Schmidt.
Suc pancréatique du chien.
(Tiedemann et Gmelin.)
Eau 91.72
Matière organique analogue à l'albumine (et sels insolubles) 3,55
Matière soluble dans Talcool (et sels solubles dans Talcool) , 3.8B
Matière soluble dans l'eau
(et sels solubles dans l'eau) . 1.53
Suc pancréatique du chien.
(Bidder et Schmidt.)
Eau 90.08"
Af * i Pancréatine. . ) ç. r..
Mat. org. ' , 9.04
* ( Mucus )
Sels 0.84
{a) Voir Leçon sur l'intestin au point de vue thérapeutique, t. I.
d'abord, comme l'ont démontré Bouchardat et Sandras à Paris, et Yalentin a Berne, de saccharifier les matières albuminoïdes; puis de transformer les matières albuminoïdes en peptones, et ce fait, entrevu parEberle, Purkinje et Pappenheim, a été définitivement démontré par les expériences de Claude Bernard et de Gorvisart; enfin, il jouit aussi de cette curieuse propriété d'émulsionner les matières grasses, en les dédoublant en glycérine et en acides gras {a). Et, messieurs, ne croyez pas que ces trois actions soient peu marquées; les chiffres suivants vous montrent la puissance digestive du suc pancréatique :
Ainsi, la pancréatine, produit actif que Defresne a retiré en faisant agir l'éther sur le pancréas, peut convertir neuf fois son poids d'amidon en sucre, émulsionner vingt-quatre fois son poids de corps gras et peptoniser trente fois son poids d'albumine cuite. Le pancréas est donc, vous le voyez, une des glandes les plus actives et les plus puissantes au point de vue de la digestion de l'intestin, et l'on comprend le rôle important qu'elle doit jouer pour compléter l'action digestive des cavités buccale et intestinale.
Cette digestion pancréatique a été d'ailleurs l'objet de travaux récents fort importants; Heidenhain, Kuhne, Podo-
[a) Purkinge et Pappenheim, Zur Kentniss der Verdauung im gesunden und kranken Zusland, 1836. — Magendie et Rayer, Compt. rend, de l'Acad. des se. — Cl. Bernard, Recherches sur les usages du suc pancréatique dans la digestion [Ann. de chimie, XXV, 1845). — Bouchardat et Sandras, Ann. de Tliérap., 18io, id., 1845. — Cl. Bernard, A^males de chimie, XXV, 3" partie, 1846, et Cours de phijsiologie professé au Collège de France, 1855-1856. — Lenz, De adipis concoctione, etc., Mitaviœ, 1850. — Bidder et Schmidt, Tr.aité des maladies du foie, trad. franc, par Dumesnil et Pellagot, 185^2. — Corvisart, Sur une fonction peu connue du pancréas {Gaz. hebd., 1857). — Fonction énergique du pancréas sur les aliments azotés {Gaz. hebd., 1860). — Brinton, Observ. on the action of the pancreaiic juice on albumen (Dublin Quarterly Journal of Médical Science, 1859). — Van den Corput, Union pharmaceutique, i'" année, 1864, et Union médicale, 3^ série, t. VIII, 1869. — Chauvin, Note sur le suc pancréatique {Bull, de VAcad. de méd., t. XVIII, 1869, et Union médicale, 8* série, t. VIII, 1869). — Laborde, Tribune médicale, décembre 1874, p. 118. — Huchard, Union médicale, ^^ série, t. XVII, 1865, p. 776 et 779. — Defresne, Recherches expérimentales sur le rôle physiologique et thérapeutique de la pancréatine, 1875.
CLINIQUE THÉRAP., 4^ édit. - !• — ^^
5i6 LEÇOiNS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
linsky, Herzen, ont montré que dans le pancréas il n'existait pas de ferment, mais une substance, le zymogène, qui peut le produire (i).
Toutes les actions digestives que nous venons d'énumérer se produisent presque exclusivement dans l'intestin grêle et paraissent cesser dans le gros intestin. Aussi, les physiologistes qui veulent faire jouer un rôle important au caecum, dans la digestion intestinale, sont-ils forcés de prendre leurs exemples non chez l'homme, mais chez certains herbivores qui ont cette portion de l'intestin très développée.
Chez l'homme, le caecum n'est plus qu'un vestige (2), et le rôle qu'il est appelé à jouer dans la digestion intestinale est De très minime, si tant est même qu'il existe; aussi sommes-nous !iéo''-cœcaiT poï'l'é ^ croire que cette variété de dyspepsie, admise par Bachelet (de Lyon), sous le nom dHléo-ccecale, n'a réellement pas droit de cité dans le groupe des troubles fonctionnels de la digestion, et ne mérite pas une description spéciale (3).
(J) Le zymogène se transformerait dernier tiers de la vie intra-utérine ;
en pancréatine après la mort ; Herzen il se montrerait donc plus tard que
prétend que, sous l'influence des ma- celui de l'estomac (a).
tièrespancréatogènes contenues dans C^) Ce sont surtout les herbivores
le sang, le pancréas se charge de zy- quiont lecajcum le plus volumineux;
mogène; mais que ce zymogène ne ainsi chez le cheval il forme une
devient pancréatine que lorsque la poche ayant une capacité de 35 litres;
rate lui a fourni un ferment spécial. il est aussi très grand chez les ron-
Cette théorie expliquerait les faits geurs herbivores, tels que le lapin,
avancés par Schiff, qui veut que la le lièvre, le porc-épic, etc. ; il existe
rate donne au pancréas son ferment à peine, au contraire, chez les ani-
spécial. maux qui se nourrissent de substances
Albertoni a démontré que le pou- animales, tels que les chiens et les
voir digestif du pancréas sur les ma- chats ; il y est aussi rudimentaire
tières albuminoïdes se manifesterait chez le lion et le tigre,
chez le fœtus au commencement du (3) Bachelet (de Lyon) insiste beau-
(a) Podolinsky, Beitrag zur Kentniss cler Pancreatiseiweissement {Arch. de Pfiûger, t. XIU, p. 422, 1876). — Weiss, Pancreasverdauung {Virchow's Archiv., LXVni, p. 413). — Kuhne und Lea, Uebei^ die Absondenmg des Pancréas {Heidelb. nat. hist. med. Verth., t. II, 1879. — Herzen, Lezioni sulla digestioni, Firenze, 1877. — Albertoni, Sulla patenta dlgerente del pancréas nella vita fœtale {lo Sperimentale, fasc. 7, 1878).
Lorsque je vous ai exposé la dyspepsie buccale ou amylacée, je vous ai fait voir que les symptômes de cette dyspepsie se traduisaient par des phénomènes stomacaux; à son tour, la dyspepsie stomacale peut produire des phénomènes intestinaux. Je \ous ai montré que, dans la dyspepsie putride, dans laquelle la sécrétion du suc gastrique n'est pas suffisante, les matières albuminoïdes passent sans être peptonisées dans le tube digestif, et si la sécrétion du suc pancréatique n'est pas assez abondante pour compléter cette digestion, on comprend que ces substances non digérées agissent comme corps étrangers dans l'intestin et déterminent des coliques plus ou moins vives.
D'ailleurs, vous en avez le tableau exact dans l'indigestion acrapnlâ, dans laquelle non seulement lesindividus vomissent les aliments ingérés en trop grande quantité, mais encore éprouvent des coliques et une diarrhée plus ou moins abondante.
Mais il est un point de la question fort intéressant, c'est de connaître ce que deviennent les subtances peptonisées lorsqu'elles arrivent dans la première portion du duodénum. jNous savons que la peptonisation gastrique ne se fait que dans un milieu acide; arrivées à l'ampoule de Vater, à laquelle aboutissent les canaux biliaires et le canal pancréatique les substances peptonisées trouvent un milieu alcalin et
coup sur les rapports anatomiquesdu comme l'assimilation des graisses et gros intestin, qui recouvre à peu près des féculents ne peut se faire dans l'estomac, et, pour lui, les douleurs ce cas, il expliquerait ainsi, non seuprétendues stomacales dont se plai- ' lement l'amaigrissemimt considégnent un grand nombre de dyspep- rable que présentent certains dyspeptiques, auraient pour siège le côlon tiques, mais encore les altérations transverse. De plus, Bachelet attribue de la respiration qu'on remarque au gros intestin et au cœcum la di- dans ces cas (a). gestion des aliments non azotés, et
(a) Bachelet, Nouveau Guide du dyspeptique. Recherches sur la dyspepsie ilèocœcale {Union médicale, n° 116, 1874, et Paris, 1865).
le travail de peptonisation par le suc gastrique doit cesser; il n'existe plus alors que les parapeptones de Meissner, c'està-dire cette précipitation qui se produit dans les peptones acides lorsqu'on vient à les neutraliser.
Ce phénomène est de toute évidence, il montre que la théorie deLeven, qui veut que les substances alimentaires ne fassent que traverser l'estomac pour passer dans l'intestin, seul point où s'accompliraient les actes chimiques de la digestion, n'est pas absolument conforme aux faits physiologiques, puisque nous voyons cette peptonisation cesser au niveau du duodénum. Il faut donc admettre, avec Richet, que les aliments restent dans l'estomac un temps suffisant pour que la peptonisation des matières albuminoïdesse fasse, et que ce n'est qu'après l'accomplissement de cet acte que les peptones passent dans l'intestin et sont absorbées à l'état neutre ou'alcalin parles vaisseaux de l'intestin.
Ce fait est important; il nous montre que le passage trop rapide des aliments de l'estomac dans l'intestin, par suite d'un travail exagéré de la tunique musculaire, sera une cause de dyspepsie intestinale, dyspepsie résultant de la présence dans l'intestin d'une trop grande quantité de substances devant être digérées par le pancréas.
D'autres fois c'est le pylore qui, n'accomplissant pas son rôle de portier de l'estomac (tiuXyj, porte; ovpoç, gardien), laissera passer des substances non peptonisées. Cette incontinence du pylore, que Louis de Séré a signalée l'un des premiers, a toujours pour conséquence des troubles dyspeptiques intestinaux (1).
(1) Voici comment s'exprime L. de ses propriétés de contraction et res-
Séré à propos de cette incontinence ter relâché; cette incontinence a pour
du pylore : effet d'empêcher le séjour des ali-
« Le pylore peut commettre bien ments dans l'estomac et de suppri-
des négligences, il peut même perdre mer ainsi la digestion stomacale.»
Toujours est-il que la dyspepsie intestinale, qu'elle résulte soit d'une digestion incomplète de substances albuminoïdes et amylacées, soit d'une abondance trop grande de substances grasses, soit d'une sécrétion insuffisante du suc pancréatique ou de la bile, se traduit, en résumé, par les symptômes suivants : Le malade éprouve, à une période assez avancée de la digestion (1), des douleurs abdominales plus ou moins vives, il a des borborygmes, des coliques, une distension plus ou moins considérable des anses intestinales; et enfin, il survient une diarrhée plus ou moins abondante. Quel traitement devons-nous opposer à cet ordre de symptômes?
De même que nous avons conseillé la pepsine contre les troubles fonctionnels de la digestion stomacale, la diastase dans la digestion buccale, nous emploierons ici la pancréatme, et Defresne a rendu un véritable service à la thérapeutique en introduisant cette substance dans la matière médicale.
La pancréatine, obtenue par l'action de l'éther sur le pancréatme. pancréas, se présente à l'état visqueux, se prend en masse par la chaleur, et est précipitée de ses solutions par les alcools; à la température de 70 degrés, la pancréatine est
De Séré ajoute que dans d'autres nale. Il pense que la digestion s'o-
cas, aucontraire, il y a spasmes dou- père à la fois dans toute l'étendue,
loureux du pylore, et que cet état, qui des portions actives du tube digestif.
est dû le plus souvent à une irrita- — La digestion intestinale commen-
tion duplexus solaire, supprime éga- cerait, pour lui, en même temps que lement la digestion de l'estomac en ■ la digestion stomacale. Enfin, Caulet
paralysant la sécrétion du suc gas- admet que la dyspepsie tardive ap-
trique {a). partient à l'estomac et caractérise-
(1) Caulet a émis l'opinion que rait surtout la dyspepsie atonique.
l'apparition tardive des phénomènes {Société d'hydrologie, t. XVIII. 26,
dyspeptiques n'était point suffisante 4872-1873. pour admettre la dyspepsie intesti-
(a) Louis de Seré, Du rôle de Veslomac et du pylore dans la digestion. Paris, 18/4, p. 24.
détruite ; les acides et les alcalis énergiques détruisent ses propriétés digestives, propriétés qui se manifestent cependant dans un milieu très faiblement acide ou alcalin.
Defresne a composé plusieurs préparations de cette pancréatine;il a fait des poudres, des pilules et un élixir. La poudre se donne soit dissoute dans l'eau, soit dans un cachet médicamenteux, à la dose de 30 à 60 centigrammes (l).Les pilules, contenant 20 centigrammes de pancréatine, se donnent à la dose de 3 à 5 avant les repas (2). L'élixir, enfin, est une bonne préparation, dont chaque cuillerée contient 25 centigrammes de substance active (3).
Toutes ces préparations seront administrées soit au commencement, soit au milieu des repas, car la pancréatine doit être prise avec les aliments, dont elle aide la digestion. Enfin, vous devrez aussi prolonger l'emploi de ces substances; c'est là un point sur lequel insiste notre collègue Huchard, qui
(1) Defresne prépare la pancréatine lution de pancréatine; le précipité
de la façon suivante : Les pancréas soluble dans l'eau ^est le ferment
fraisde porcs, étantbroyés,sontplacés pancréatique, tandis que la partie
avec de Féther dans un récipient; le liquide est inerte,
tout est soumis àvine température de D'après Defresne, 1 gramme de
45 degrés pendant vingt-quatre heu- pancréatine digère indistinctement :
res. Après ce laps de temps, les par- 120 grammes de fibrine, 45 grammes
ties glandulaires se trouvent compté- de viande fraîche, ou 30 grammes
tement résolues en suc pancréatique, d'albumine cuite,
andis que le tissu fibreux flotte à la (2) Pilules de pancréatine (De-
Pancréatine 4 gr.
Miel 50 cent.
Poudre inerte Q. S.
surface du liquide. Ce suc pancréati- fresne) que éthéré est ensuite évaporé dans l'espace d'une heure, sous l'influence d'un fort courant d'air, à la température de 40 degrés. Obtenue par ce procédé, la pancréatine se présente F. S. A. 20 pilules argentées consous la forme d'une poudic jaune tenant chacune 20 centigrammes depâle, très soluble dans l'eau, d'une pancréatine. saveur franche et animalisée; sa so- (3) Élixir de pancréatine :
lution est visqueuse comme le suc Pancréatine 4
pancréatique lui-même ; elle se prend vj,-^ ^lanc sec 120
en masse par la chaleur, comme du sucre cristallisé 175
blanc d'œuf. L'alcool précipite la so- Teinture de café 10
nous a fait connaître. le parti que l'on peut tirer de la pancréatine dans la dyspepsie gastro-intestinale {a).
Cependant n'oubliez pas, comme pour la pepsine, que la pancréatine est un ferment, c'est-à-dire une substance très altérable et que souvent les effets thérapeutiques obtenus avec cette substance seront presque nuls par suite des modifications profondes que ce ferment a subies dans sa préparation; aussi le rôle le plus important appartient encore ici à l'hygiène. Recommandez donc à vos malades atteints de dyspepsie intestinale de surveiller leur nourriture et de ne prendre que des aliments très nourrissants, mais sous un petit volume, pour ne pas trop faire fonctionner cette partie du tube digestif. Ordonnez un régime azoté sous un petit volume et évitez autantquepossibleles graisses, dont la digestion est faite exclusivement par le pancréas. Mais surtout, proscrivez absolument le sucre de canne du régime de votre malade ; vous savez, en effet, d'après les travaux de Claude Bernard, que la transformation du sucre de canne en glycose se fait exclusivement dans l'intestin.
Nous aurions encore à nous occuper du traitement des coliques et des gaz intestinaux qui se développent dans ces cas. Nous avons vu, en effet, dans la dyspepsie stomacale, les perturbations apportées aux fonctions de la couche musculaire entraîner des désordres dyspeptiques spéciaux; de même, si on analyse les troubles produits dans la dyspepsie intestinale, on verra qu'il faut faire une part aux troubles apportés à cette couche musculaire, et que, selon que les mouvements péristaltiques sont exagérés ou abolis, il survient des troubles plus ou moins profonds dans l'acte digestif: c'est ce que Sée a décrit sous le nom d'atonie intestinale et qu'il
(a) Huchard, De la pancréatine dans les dyspepsies {Union médicale, 1874., t. XVni, p. 493 et 766; 1878, p. 181).
Préparations eiipeptiques.
considère comme des pseudo-dyspepsies '(a). Mais, comme je me propose de consacrer une série de leçons au traitement des affections intestinales, je reviendrai sur ces points lorsque je vous exposerai la thérapeutique de la diarrhée et de la constipation.
Nous avons vu que pour le traitement des dyspepsies stomacales on avait fait des préparations multiples s'adressant à plusieurs formes de dyspepsie; on a fait aussi le même travail pour la dyspepsie en général, c'est-à-dire qu'on s'est efforcé de réunir dans les préparations multiples les principaux ferments de la digestion, et on a ainsi composé des mélanges de diastase, de pepsine et de pancréatine. Telles sont les préparations eupeptiques de Tisy, le vin de Chassaing à la pepsine et à la diastase, l'élixir de Grez, etc., etc. Je crains que ces associations ne soient plus nuisibles qu'utiles et je crois (i) que, dans la plupart des cas, l'étude attentive des différents symptômes présentés par le malade pourra permettre d'établir à quel ferment vous devrez plus particulièrement vous adresser.
Dans la prochaine leçon, je me propose d'étudier devant vous la thérapeutique des dyspepsies secondaires.
(1) Déjà nous avons vu, à propos de n'étaient pas incompatibles; mais,
la pepsine, que Mourrut et Vulpian selon lui, la pepsine et la pancréa-
s'étaient élevés contre l'association tine ne pourraient être associées
des différents ferments. Portes a (Journal des connaissances médi-
montré que la pepsine et la diastase ca/es, août 1879).
(a) Sée, Des dyspepsies gastro-intestinales. Paris, 1881, p. 202.
QUATORZIEME LEÇON
Sommaire. — Dyspepsies secondaires. — Dyspepsies cardiaque, hépatique, tabétique. — Dyspepsie chlorotique. — Inconvénient de la médication ferrugineuse. — Dyspepsies diatiiéçique, scrofuleuse, herpétique, arthritique. — Des désordres consécutifs aux dyspepsies. — Des troubles nerveux d'origine gastrique. — Du vertige stomacal. • — De l'angine abdominale. — Formes multiples des dyspepsies. — Conclusions.
Messieurs, lorsque je vous ai tracé le cadre des dyspepsies et les divisions que j'établissais dans ce groupe de ti^oubles fonctionnels de Testoniac, je vous ai dit qu'il existait des dyspepsies secondaires qui nécessitaient un traitement spécial s'adressant plus à la cause même du trouble fonctionnel qu'au désordre de l'estomac. Sans traiter ici complètement ' ce sujet, ce qui exigerait plusieurs leçons, sujet que vous trouverez d'ailleurs bien exposé dans la plupart des ouvrages et en particulier dans la remarquable étude de mon collègue Raymond sur les dyspepsies («), je veux cependant appeler votre attention sur deux ou trois variétés de ce groupe des dyspepsies.
Ici nous avons à nous occuper des dyspepsies à deux points de vue principaux : d'abord, par rapport aux affections dont elles sont une manifestation;' puis, par rapport aux maladies qui peuvent à leur tour avoir pour origine les troubles fonctionnels de l'estomac.
Les affections locales qui peuvent se manifester par ces ^"^ dyspepsies
^ '■ '^ secondaires.
symptômes stomacaux sont nombreuses, et nous avons déjà
(a) Raymond, Des dyspepsies. Thèse d'agrégation, 1878.
Dyspepsie cardiaque.
Dyspepsie hépatique.
Dyspepsie tabétique.
parlé, à propos d'un traitement du vomissement, des dyspepsies qui ont pour point de départ l'utérus et les reins. Je ne reviendrai donc pas sur ce point et ne veux vous signaler ici très rapidement que les troubles fonctionnels de l'estomac qui accompagnent les maladies du cœur, celles du foie et les lésions du système nerveux.
Raynaud et plus récemm.ent le professeur Germain Sée ont montré que certaines affections du cœur à forme larvée pouvaient se traduire par des troubles de la digestion; ce sont là de véritables dyspepsies cardiaques. Quant au foie, Sénac nous a signalé l'importance des troubles fonctionnels de l'estomac pour le diagnostic de la gravelle hépatique; on voit en effet, en dehors des crises douloureuses, se montrer, presque conslammentj chez les individus qui portent des calculs dans les voies biliaires, une dyspepsie plus ou moins tenace, à forme douloureuse, et revenant chaque jour par accès, apparaissant surtout vers le soir; ces symptômes de dyspepsie hépatique ne disparaissent que lorsque le malade est débarrassé de tous ses calculs biliaires.
Pour le système nerveux, vous connaissez, tous, les vomissements qui surviennent à la suite des affections cérébrales et en particulier de celles des méninges ; les lésions de la moelle ont aussi une action marquée sur le développement des troubles dyspeptiques et c'est là une des formes les plus rebelles au traitement. Lorsque je vous parlerai {a) de la cure des myélites chroniques, j'insisterai plus particulièrement sur ces troubles de l'estomac et que Gharcot, l'un des premiers, a décrit avec soin. Mais ce que je peux vous dire, c'est que ces troubles, qui sont surtout caractérisés par des crises de dyspepsie douloureuse, se montrent souvent bien des années avant l'apparition des phénomènes médullaires. Aussi,
(«)Voy. t. ni, Traitement des maladies du système nerveux. — Leçon sur les myélites chroniques.
toutes les fois que vous observerez chez un malade ces crises douloureuses, se reproduisant à intervalles plus ou moins éloignés et rebelles à tous les moyens de traitement, examinez avec le plus grand soin les phénomènes qui se produiront dans les membres inférieurs, ou bien du côté de la vue, et vous trouverez là, souvent, des indications précieuses au point de vue de l'origine de cette dyspepsie.
Les altérations du sang donnent lieu aussi à des dyspepsies, Dyspeps^ et l'une des plus fréquentes est, à coup sûr, celle que l'on '=*ii°™"'i"*'constate chez les anémiques. Presque toutes les chlorotiques sont dyspeptiques et c'est là un fait qui, par sa fréquence, s'impose à l'observation. Je ne puis ni ne veux étudier entièrement le traitement de la chlorose et de l'anémie, et vous renvoie à cet égard aux Leçons que je consacrerai à ce sujet (a). Mais, dès maintenant, je désire vous mettre en garde contre les inconvénients d'une médication habituelle dans ces cas, je veux parier de l'emploi du fer.
Le fer, en effet, dans bien des cas, au lieu de soulager le malade atteint de dyspepsies, ne fait qu'augmenter l'état gastralgique, quelque soin d'ailleurs que vous mettiez à choisir votre préparation ferrugineuse. Aussi, dans tous ces cas de dyspepsie douloureuse des anémiques, je préfère de beaucoup l'arsenic au fer, et je joins à la médication arsenicale les moyens diététiques appropriés, c'est-à-dire l'usage des viandes saignantes ou crues et des poudres de viande, l'hydrothérapie, le grand air, les exercices de gymnastique, etc., etc.
Quant aux diathèses, elles ont une influence très marquée sur les dyspepsies; ce sujet a été bien étudié dans ces derniers temps (1) par Pidoux, Bourdon, Durand-Fardel,et, plus
(1) Voir à cet égard l'importante 1865, à la Société d'hydrologie de discussion qui s'est élevée en 1864- Paris, sur la dyspepsie et les maladies
(fl) Voy. t. III, Traitement des maladies générales. — Leçon sur l'anémie et la chlorose.
Dyspepsie herpétique .
Dyspepsie arthritique.
récemment par les docteurs Cornillon et Sénac-Lagrange (a). Nous aurons à nous occuper successivement de l'influence de la scrofule, de l'herpétisme et de celle de la goutte et du rhumatisme sur le développement des dyspepsies.
De toutes ces diathèses, la scrofule est celle qui a le moins de déterminaison sur l'estomac; il n'en est pas de même de l'herpétisme, et vous savez que Pidoux, qui a grandement étendu le domaine de cette diathèse, considère le plus grand nombre des dyspepsies, et surtout celles qui sont douloureuses, comme ayant pour point de départ l'herpétisme (1).
Si l'on discute encore sur l'existence de la dyspepsie herpétique, tout le monde est d'accord pour admettre l'influence sur la dyspepsie de l'arthritisme, cette source unique, pour Bazin et Pidoux, de la goutte et du rhumatisme.
De même, en effet, qu'il est de règle de voir dans le rhumatisme articulaire aigu le cœur frappé, de même il est rare de trouver un goutteux sans troubles de l'estomac. Aussi
dyspeptiques, discussion à laquelle ont pris part Durand-Fardel, Bourdon, Pidoux, Hédouin, Labat, etc.
{Annales de la Société d'hydrologie, t. XIII, p. 42, 163, 171,229, 273, 386).
Voir aussi le travail de Cornillon (de Vichy) sur les rapports des dyspepsies avec les maladies constitutionnelles.
(1) M. Pidoux est porté à considérer comme herpétique toute maladie chronique indéterminée qu'on ne peut faire rentrer dans l'arthritisme, la scrofule ou la syphilis (p. 233).
Cette diathèse herpétique serait la cause de quinze dyspepsies sur vngt. Pour lui, voici quels seraient les principaux signes de cette dia-
thèse : A défaut de la dartre, dit-il, il faut vous contenter, au besoin, d'une desquamation furfuracée du cuir chevelu; d'un suintement dans le sillon caché derrière le pavillon de l'oreille; d'un bordlibre des paupières couleur du maigre de jambon; d'une coloration haute et plaquée des joues; d'une peau irritable, sèche, rude, facilement prurigineuse; de démangeaisons habituelles de la vulve; du prurigo podicis et d'une alopécie à laquelle d'anciennes maladies soient étrangères. Faites attention aux rhumes fréquents, à toux sèche et habituelle; surtout voyez l'isthme du gosier {Société d'hydrologie, i. XII, p. 242).
(a) Sénac-Lagrange, De la nature des dyspepsies et de leurs conditions vitales dévoilées par les eaux sulfureuses, notamment les eaux sulfureuses de Cauterets {Bull, de Thérap., t. CVI, 1884, p. 197).
toutes les fois que vous rencontrerez chez des malades une dyspepsie tenace, profonde, résistant aux moyens habituellement employés, soyez persuadés que vous avez affaire soit à un goutteux, soit à un produit de goutteux, et dans votre clientèle, messieurs, vous trouverez à chaque pas la confirmation de ce fait.
Dans ces cas, le traitement s'adressera non seulement à l'estomac, mais encore a l'élément goutteux et à la diathèse urique qui existe dans cette sorte de dyspepsie. Employez les préparations alcalines et surtout les préparations de lithine; surveillez en même temps l'alimentation, de sorte que les matériaux azotés soient en proportion directe du travail musculaire et de l'exercice du malade. Pour le régime, guidez-vous d'après les excellentes indications formulées par Bouchardat (1) et recommandez en même temps l'exercice et l'activité fonctionnelle. Lorsque je vous parlerai de la goutte, je reviendrai, du reste, sur ce point et je vous montrerai l'importance du traitement des désordres de l'estomac chez les podagres (2).
(1) Voici le traitement hygiénique Pour les excrétions, il recom-
préconisé par le professeur Bouchar- mande d'aller tous les jours à la
dat* dans la polyurique (imminence garde-robe et de vider complètement
de gravelle urique et de goutte) : sa vessie toutes les six heures au
Pour l'alimentation il recommande moins. Enfin, il recommande l'exer-
de s'abstenir d'oseille et de tomates, cice et les soins de la peau, et pour
d'user modérément de viande, et en ces derniers il conseille un bain cha-
particulier de celles des poissons et que semaine ainsi composé :
des crustacés. Les légumes de saison carbonate de potasse 100 gr.
doivent intervenir tous les jours Essence de lavande fine. . 2
dans l'alimentation. Le radis ordi- ' Teinture debenjoin vanillée 5
naire, le radis noir, le cresson, les Pour un bain.
salades sont indiqués. 11 défend
l'usage des alcools et recommande de Faire des frictions et des massages
boire tous les jours 1 litre d'eau, dans après le bain {Bull, de Tliérap.,
lequel on fait dissoudre une ou deux 1776, t. XCI, p.-iQS.
cuillerées à café de poudre de sel de (2) Voir t. III. Traitement des ma-
Seignette (tartrate de potasse et de ladies générales. — Leçon sur la
soude). goutte.
La constipalion a une influence des plus marquées sur la dyspepsie; chez les goutteux, dont je yous parlais tout à Fheure, on observe presque toujours une dyspepsie atonique €ompliquée de constipation opiniâtre, et comme la tunique musculaire de l'estomac et de l'intestin est continue, il semble que la parésie de l'une agisse sur la parésie de l'autre. Surveillez donc les garde-robes et provoquez-les par de légers purgatifs salins ou par un purgatif amer, aloès, rhubarbe, afin d'entretenir la liberté du ventre. Dans ces dyspepsies goutteuses avec constipation, le petit-lait et la cure de raisins, certaines eaux purgatives et en particulier celles d'Aulus (1) donnent d'excellents résultats.
Quant à l'influence de la dyspepsie sur le développement des affections diathésiques,la question n'est pas encore jugée, et malgré les affirmations de Beau, qui avait écrit que dans des périodes secondaires et tertiaires les troubles généraux de l'économie pouvaient avoir pour point de départ le trouble fonctionnel de l'estomac, on est loin d'admettre cette opinion, qui partait à coup sur d'un point de vue exagéré, c'est que la dyspepsie entraîne toujours une aglobulie.
Si en effet, dans bien des cas, la dyspepsie peut entraîner des troubles profonds de la nutrition , il faut reconnaîCre aussi que, dans beaucoup d'autres, la lenteur de la digestion ne s'oppose pas à une assimilation complète des aliments, et que, dans ce cas, la nutrition n'est nullement compromise. D'ailleurs, il est bien difficile de savoir si les manifestations dyspeptiques ne sont pas plutôt les effets du début des affections diathésiques que la cause de ces dernières.
(1) Alriq a montré que les eaux de la veine porte et agiraient surtout
d'Aulus avaient, outre leur action dans les cas de dyspepsie atonique
laxative, un efifet excitant sur le sys- avec constipation (Annales de la So-
tème nerveux ganglionnaire : elles ciété d'hydrologie médicale, t. XXIV,
régulai'iseraient aussi la circulation 1878).
Mais il est un point sur lequel je désire appeler votre attention, point des plus délicats et qui concerne les troubles nerveux qui ont pour point de départ les troubles dyspeptiques. Déjà Trousseau, sous le nom de vertige stomacal, a décrit des phénomènes fort intéressants qui résultent des troubles apportés à la digestion; mais il en existe d'autres, beaucoup plus curieux, et dont on ne trouve pas encore la description dans la plupart des ouvrages qui ont trait aux affections de l'estomac (i).
Ce sont ces troubles nerveux bizarres qu'éprouvent certains dyspeptiques et qui ont un retentissement plus ou moins marqué, soit du côté du cœur, soit du côté de la cavité abdo-
i)es troubles
nerveux d'origine
gaslrique.
De l'ang-ioe abdominale.
(1) Depuis longtemps on s'est occupé des troubles nerveux d'origine gastrique. Cullen, Fun des premiers, a signalé les vapeurs qui accompagnent si fréquemment la dyspepsie.
Barras avait aussi insisté sur la sympathie qui existe entre l'estomac et le cerveau et sur le lien qui unit l'hypocondrie aux troubles gastriques.
Chomel avait mis en lumière ce fait que, dans certains cas de dyspepsie, les troubles sympathiques prennent une telle prépondérance que le malade les signale uniquement au médecin, laissant absolument de côté les troubles digestifs.
Trousseau a insisté particulièrement sur le vertige des dyspeptiques, auquel il a donné le nom de vertigo a stomaco lœso, vertige que VVepfer
avait signalé sous le nom de vetigo per consensum ventricidi.
Beau a donné une description fort complète de tous ces troubles nerveux. Il décrit une dyspnée gastrique et une toux gastrique. Il considère la névralgie intercostale et la névralgie dorso-intercostale comme une douleur réflexe ayant son point de départ dans les troubles de l'estomac. Enfin, il trace le tableau d'une forme de dyspepsie avec prédominance névropathique, et qui produirait l'hypocondrie, l'hystérie et même la folie.
Lasègue a aussi insisté sur la névrose des dyspeptiques . Enfin Leven a décrit tout cet ensemble pathologique sous le nom de maladie cérébro-gastrique. Rueff a d'ailleurs rénni tous ces faits dans sa thèse inaugurale (a).
(«) Cullen, Eléments de médecine pratique, t. H, p. 299, traduction de Bosquillon. — Barras, Traité sur les gastralgies et les entéralgies. 1827. — Chomel, Des dyspepsies, 1857. — Trousseau, Clinique médicale, t. IH, p. M. — Beau, Traité de la dyspepsie, 1866. — Leven, De la maladie cérébro-gastrique {Société de biologie, 17 octobre 1881). — Rueff, Etude sur les troubles nerveux d'origine gastrique. Thèse de Paris, 1880.
minale, symptômes qui se présentent par crises et auxquels je donne\enomjfoHéirSinge,}e\ereconndiis,d' angineabdomiuale.
Lorsque je vous ai parlé des maladies de l'orifice aortique, je vous ai dit qu'elles s'accompagnaient souvent de troubles nerveux qui retentissent dans des points plus ou moins éloignés du cœur et qui ont pour origine des modifications apportées aux éléments nerveux des nombreux ganglions des plexus pulmonaire et cardiaque qui existent dans cette région. Les mêmes conditions anatomiques se rencontrent pour Testomac, qui est en rapport avec les nombreux ganglions du plexus solaire, véritable, cerveau abdominal, et l'on comprend facilement que les modifications apportées dans les parties constituantes de l'estomac puissent réagir sur les ganglions et y déterminer des modifications plus ou moins profondes, modifications qui peuvent se traduire dans quelques cas par des symptômes de la plus haute gravité.
C'est ce que Leven a décrit sous le nom de maladie cérébro-gastrique, affection qui est caractérisée, comme je l'ai dit tout à l'heure, par des troubles viscéraux et nerveux qui portent particulièrement sur les fonctions du poumon et du cœur et sur celles de l'axe cérébro-spinal (i); examinons chacun de ces points.
(1) Les symptômes nerveux qui ont beaucoup plus rares, cependant on a
pour point de départ la dyspepsie, constaté quelquefois de véritables
sont multiples et portent successive- convulsions et des fourmillements
ment sur la sensibilité, la motilité, dans les extrémités,
les facultés cérébrales et sur les Ne pas oublier cependant, à propos
fonctions des autres viscères, de tous ces phénomènes, que souvent
Les troubles de la sensibilité sont c'est la maladie de la moelle qui
des plus complexes et l'on constate débute et que dans ces cas la dys-
des névralgies intercostales, des pepsie, au lieu d'être primitive, n'est
douleurs plus ou moins vives le long que secondaire,
de la colonne vertébrale, de la ce- Les troubles cérébraux sont carac-
phalalgie et de l'hyperesthésie de la térisés par des vertiges à forme
peau et des muscles. giratoire et que Blondeau a distin-
Les troubles de la motilité sont gués en plusieurs variétés, et en par-
DES DYSPEPSIES SECOA'DAIRES. 561
Pour les troubles cardiaques, ils ont été surtout bien étudiés par Potain, Barié, Huchard et constituent un groupe de pseudo-angines de poitrine consécutives aux affections de l'estomac, et en particulier à la dyspepsie (1). Il est en effet un certain nombre de malades qui ne voient reparaître leur accès angineux quesous l'influence de l'acte digestif et (^ui se porteraient parfaitement bien, si l'on pouvait vivre sans manger.
Quant aux troubles nerveux, en dehors du vertige si bien décrit par Trousseau et par Blondeau, il existe des modifications curieuses de l'intelligence; le malade voit sa mémoire s'affaiblir; il devient triste, taciturne et surtout hypocondre. Le plexus cœliaque joue en effet chez l'homme, comme l'a montré Trousseau, le même rôle, comme cause prédisposante dejl'hypocondrie, que ses organes génitaux dans le développement de l'hystérie chez la femme, et bien des malades hypocondriaques ne sont que des dyspeptiques.
Enfin les troubles de la respiration sont caractérisés par des crises d'étouffement, véritable asthme gastrique
ticulier en vertige par défaut de constante entre le cerveau et le
nourriture, vertiges aômerf/à, et ver- plexus solaire, il soutient que les
tiges par nourriture trop abondante impressions ducerveausontenvoyées
vertiges a crapulà. Les autres trou- toutes au plexus solaire, et récipro-
bles cérébraux portent sur des modi- quement que les impressions ner-
fications intellectuelles, dont l'hypo- veuses des viscères transmises au
condrie est le type le plus parfait. Du plexus sont renvoyées au cerveau,
côté des viscères on observe des pal- Pour lui la vie intellectuelle et la vie
pitations et un ralentissement dans végétative se pénètrent et ne peu-
l'énergie des contractions du cœur. vent pas être distinguées comme le Potain a d'ailleurs insisté récem- . prétendait Bichat (a),
ment sur ces troubles cardiaques (1) Heberden, Wichmann, Butter,
d'origine gastrique. On constate Macqueen, ont signalé les rapports qui
aussi de la dyspnée et de la toux. unissent l'angine de poitrine aux
Leven a voulu établir une relation troubles apportés aux fonctions de
(a) Blondeau, Du vertige stomacal (Archives générales de médecine, 1858). — Laboulbène, Des névralgies viscérales, 1860. — Destureaux, De la dilatation du cœur droit d'origine gastrique. Thèse de Paris, 1881. — Rueff, Des troubles nerveux d'origine gastrique. — Leven, Estomac et cerveau. Paris, 1884.
CLINIQUE THÉRAP., 4^ édit. I- — 36 .
qui est sous la dépendance des perturbations apportées au fonctionnement de la digestion stomacale.
Ce qui fait l'intérêt des phénomènes nerveux, ou pour parler plus exactement de ces phénomènes vaso-moteurs déterminés par des modifications apportées au grand sympathique et au pneumogastrique, c'est qu'ils sont tributaires d'un traitement qui s'adresse en première ligne à la dys-
l'estomac. Potain etBarié ont insisté sur les caractères de ces angines d'origine gastrique.
Voici, d'après Huchard, les symptômes propres à ces angines :
1" Cette angine est de tous les âges et de tous les sexes.
2" Les accès sont moins violents que dans l'angine de poitrine vraie; leur durée est plus longue; ils éclatent souvent après les repas, ou même seulement après l'ingestion de quelques parcelles alimentaires.
'•j° La douleur existe au-devant du cœur et non dans le sternum; elle consiste dans une sensation de plénitude de la poitrine plutôt que dans celle d'étreinte et de compression ; sa durée est plus longue, d'un quart d'heure à une demi-heure et même davantage.
i^ Lorsque l'accès survient après les repas, ce qui est la règle, les malades éprouvent une gêne pour respirer, ils ont de l'anhélation plutôt que de la dyspnée (Barié). Ils éprouvent une sensation pénible au niveau del'épigastre, puis l'oppression s'exagère, le pouls est petit, les extrémités se refroidissent, la douleur survient et s'accompagne alors d'un état syncopal très marqué. Cette forme d'angine est donc caractérisée
par la production d'accidents pulmonaires et cardiaques, par l'existence d'une sorte de dyspnée ou d'anhélation, qui accompagne souvent les accès douloureux.
5° On observe fréquemment les signes d'un retentissement de l'affection gastrique sur le cœur (palpitations, intermittences, lipothymies, symptômes asystoliques, etc., augmentation de la matité précordiale, surtout dans le sens transversal, existence d'un bruit de galop droit et d'une insuffisance tricuspide plus ou moins durable, accentuation du deuxième bruit pulmonaire, etc.).
6° Dans les attaques pseudo-angineuses même les plus sévères, la guérison est la règle, la mort est extrêmement rare.
Le mécanisme de ces angines d'origine gastro-intestinale serait, d'après Potain, le suivant :
L'excitation réflexe, qui peut avoir son point de départ dans le foie, dans l'intestin, plus souvent dans l'estomac, détermine une contraction exagérée des vaisseaux pulmonaires et une élévation de tension dans ces vaisseaux d'oîi un certain obstacle dans la circulation du cœur droit et une dilatation consécutive des cavités droites du cœur (a).
(a) Barié, Sur les accidents cardio-pulmonaires consécutifs aux troubles gastrohépatiques {Revue de médecine, p. 1 et 117, 1883). — Huchard, Des angines des poitrine {Revue de médecine, 1883). '
pepsie. Vous devez donc, chez ces malades, soigner l'estomac, puis régulariser les fonctions du système nerveux par l'emploi de l'hydrothérapie. D'ailleurs, le traitement de cette névrose gastrique a bien des points de contacf avec celui du nervosisme, et nous y reviendrons plus complètement lorsque je vous exposerai le traitement des maladies du système nerveux (a).
Tels sont, messieurs, les développements que je voulais vous présenter à propos des dyspepsies; le tableau que je vous ai tracé est peut-être plus' théorique que clinique, mais il a ce grand avantage de vous permettre de saisir les indications thérapeutiques que vous devez remplir dans le traitement des dyspepsies.
Toutes ces formes, en effet, s'associent entre elles, con- ^°""''*
complexes
stituant ainsi deux grandes divisions de dyspepsies : celles à le dyspepsie. tendance atonique, à forme torpide, et comprenant surtout les dyspepsies pituiteuses, atoniques et flatulentes; l'autre, au contraire, à tendance irritative et où vous trouverez réunis les dyspepsies acides, douloureuses et le vomissement.
Mon rôle ici est terminé au point de vue des dyspepsies; le vôtre va commencer, c'est-à-dire que maintenant que vous connaissez les principales médications des dyspepsies, il vous faudra, par l'interrogatoire attentif de votre malade, reconnaître la prédominance de telle ou telle forme dyspeptique ; il vous faudra combiner et varier vos médications, de manière à répondre à chacun des symptômes ; il vous faudra aussi juger ce qui revient à la diathèse de ces manifestations dyspeptiques; en un mot, il vous faudra établir votre traitement, et toute votre habileté consistera à subordonner les unes aux autres les principales indications thérapeutiques que je viens de vous formuler.
(a) Voy. t. in, Traitement des maladies du système nerveux. Leçon sur Vhystériet
56i LEÇONS DE CLINIOUE THÉRAPEUTIQUE.
Je ne saurais mieux faire en terminant, pour vous montrer les difficultés de votre tâche, que de vous citer à cet égard les paroles mêmes de Trousseau : « C'est ici, dit-il, plus que partout ailleurs, que le médecin livré à ses inspirations est forcé de marcher en tâtonnant à la recherche desl indications, qui varient suivant les cas, suivant les individus, et qui, chez un même individu, sont susceptibles de varier d'un instant à l'autre (a). »
Je vais maintenant terminer l'étude des dyspepsies en vous entretenant d'un trouble fonctionnel intéressant, que vous observerez souvent et à propos duquel les familles réclameront de vous les conseils les plus minutieux : je veux parler de la dyspepsie des nouveau- nés.
(a) Trousseau, Clinique médicale de V Hôtel-Dieu, t. H, p, 3il, 1862.
QUINZIEME LEÇON
Sommaire. — Dyspepsie des nouveau-nés. — Athrepsie. — Du lait de femme. — Sa composition. — Ses variations. — Moyens de reconnaître la valeur du lait. — Méthode des pesées. — Examen de la nourrice. — Etat de santé ou de maladie de la nourrice. — Son influence sur le lait. — Nombre de tétées. — Allaitement artificiel. ■ — Laits de chèvre et de vache. — Biberon. — Farine d'avoine. — Sevrage. — Règles hygiéniques du nouveauné. — Constipation. — Diarrhée. — De l'emploi du phosphate de chaux.
Messieurs, la dyspepsie des nouveau-nés doit nous arrêter quelque temps; c'est un sujet important, qui demande à être traité avec quelques développements. Chaque jour, du reste, vous voyez, dans notre service de crèche, salle Sainte-Marie, des exemples variés des désordres fonctionnels de l'estomac des nouveau-nés.
L'enfant, à sa naissance et pendant les quelques mois suivants, peut être considéré comme un tube digestif servi par des organes, et encore ce tube est-il imparfait et en voie de formation. Disposé pour assimiler un aliment unique, le lait, le tube digestif se complète à mesure que l'enfant grandit et à mesure aussi qu'une alimentation plus substantielle est nécessaire à l'accroissement du jeune être.
Le lait est donc l'aliment exclusif de l'enfant; il pourvoit à Dyspepsie ses besoins et, sous son influence, le nouveau-né grandit et se '^^ athrepsie. développe. Mais, pour que ce développement se fasse régulièrement, il faut que toutes les règles hygiéniques soient rigoureusement observées, car les dérogations à ces lois entraînent non seulement des troubles fonctionnels, comme chez l'adulte, mais encore des désordres graves. A la dyspepsie,
simple modiûcalion des fonctions du tube digestif, succèdent des altérations des tissus, d'abord curables, puis bientôt incurables ; c'est alors qu'on voit se dérouler cet ensemble symptomatique dont Parrot a tracé le tableau de main de maître, je veux parler de l'athrepsie. Nous ne nous occuperons ici que de la première période de cet éLat, du prologue, pour ainsi dire, de ce drame pathologique qui entraîne fatalement la mort du petit être.
Nous étudierons donc, au point de vue thérapeutique, ces troubles fonctionnels de l'estomac, tout en reconnaissant qu'il est souvent difficile de distinguer le simple trouble fonctionnel des lésions plus avancées de la muqueuse stomacale et intestinale, et de séparer, par exemple, la dyspepsie proprement dite de la gastrite catarrhale décrite par Parrot (a). L'une, en effet, entraîne l'autre, et il nous est parfois impossible de dire quand cesse la dyspepsie et à quel moment commence l'altération de la muqueuse.
Comment se traduisent les troubles dyspeptiques du nouveau-né? Tout d'abord par des symptômes plus marqués du côté de l'intestin que du côté de l'estomac, et cela se comprend facilement quand on songe au rapide passage du lait dans l'estomac et à son séjour plus prolongé dans Tintestin; nous aurons donc à observer les signes qui caractérisent la dyspepsie intestinale. Notre collègue Jules Simon a donné une bonne description de cet ensemble symptomatique (b). Symptômes. L'cnfanl éprouvc d'abord, après chaque tetée, des cohques plus ou moins vives, il crie, s'agite et sa figure devient grimaçante; le ventre est légèrement ballonné, douloureux à la pression; il y a des borborygmes et les mouvements péristaltiques de l'intestin sont exagérés. Si, à ce moment, on examine
(a) Parrot, Gastrite caiarrhale pseudo-memhraneuse des nouveau-nés {Bull, de la Soc. anatomique, 1876, p. 98).
(b) J. Simon, Dyspepsie des nouveau-nés {Union médicale, 1876).
les garde-robes, on voit qu'elles ont perdu cette couleur jaune d'or et cet état bien lié qui caractérisent les selles des enfants en bonne santé; elles sont grumeleuses, présentent des parties blanches de caséine non digérée, ce qui leur donne l'aspect d'œufs brouillés grossièrement faits; il y a aussi issue de gaz légèrement odorants.
A un degré plus avancé, l'enfant devient chagrin, ne dort pas tranquille, son sommeil est inquiet, agité, et il réclame à tout propos le sein de la nourrice. Puis surviennent des vomissements de lait caillé et des éructations plus ou moins nombreuses. Cet état peut durer ainsi quelque temps, et, si on n'y porte pas remède, un autre ordre de symptômes apparaît; il y a de la fièvre, les garde-robes deviennent abondantes et vertes, l'enfant maigrit, et on commence à observer les troubles qui caractérisent l'inflammation du tube digestif, c'est le début de l'athrepsie.
Quels remèdes opposer à ces symptômes morbides ? C'est l'hygiène qui vous fournira ces remèdes. La thérapeutique proprement dite n'existe pas pour le nouveau-né, et à part quelques légers révulsifs et quelques poudres inertes, les médicaments ont une action plutôt nuisible qu'utile dans les affections du premier âge. Soyez donc réservés dans l'emploi des moyens pharmaceutiques pour la cure de ces maladies infantiles, adressez-vous à l'hygiène et abandonnez presque complètement les médications actives, qui ont souvent, dans ces cas, un effet désastreux. Occupons-nous donc ici de l'hygiène du nouveau-né et, en particulier, de l'hygiène alimentaire.
Le lait joue ici le rôle unique, comme nous l'avons déjà vu, et presque tous les troubles fonctionnels que présente le tube digestif de l'enfant résultent de ce que le lait est ou insuffisant, ou mal approprié. Aussi devons-nous faire l'étude de ce lait et, à cet égard, l'enfant présente trois conditions : ou bien
Traitement.
Du lait de femme.
Sa composition .
il est allaité par sa mère, ou bien par une nourrice, ou il est soumis à l'allaitement artificiel. Voyons ces trois états; les deux premiers présentent des points communs, car l'enfant, dans ces deux cas, reçoit du lait de femme, soil par sa mère, soit par sa nourrice; aussi réunirons-nous ces deux conditions dans une même description.
Le lait de femme à l'état normal présente les caractères suivants: il est bleuâtre, légèrement opalin; mélangé avec une faible quantité d'eau, il prend une teinte bleutée particulière ; il est inodore et d'une saveur légèrement sucrée; sa réaction est alcaline. La chaleur ne coagule pas ce lait, et si l'on y ajoute de la présure, on obtient une coagulation très incomplète delà caséine. Si l'on analyse ce liquide, ce qu'ont fait beaucoup de médecins et de chimistes et particulièrement Simon, Becquerel, Vernois, Doyère, Filhol, Joly et Henri Féry (1), on voit qu'il contient du beurre, du sacre de lait, de la caséine, de l'eau et des sels.
D'après les récentes analyses de Henri Féry (a), analyse faite à la nourricerie expérimentale établie à l'hospice des Enfants-Assistés, voici quelle serait en moyenne la composition de lOOO parties de lait, d'une densité de 1,03350.
Eau 9r0!i'-,10
Extrait sec 133 ,40
Beurre 43 ,43
Sucre 76 ,14
Caséine 10 ,52
Sels ;2 ,14
(1) Voici un tableau (Dict. de chi- de chaque lait, d'après les auteurs et
mie de Wurtz) qui donne l'analyse les divers procédés d'analyse em-
du lait de femme faife par différents ployés. On n'y a pas indiqué le poids
auteurs. Lapremièrecolonnehorizon- de l'eau, qui est le complément pour
taie donne la composition moyenne 100 du poids du résidu sec.
(a) Henri Féry, Etude comparée su7- le lait de la femme, de Vânesse, de la vache ■et de la chèvre, 1884.
Composition de 100 parties de lait de femni"..
AUTEURS
Moyenne o'énérale
Simon . .
kl
kl
Id
E. Marchand, i
Becquerel] et Vernois!
Doyères.
Filhol et Joly....
kl.
kl.
kl.