La bronchite capillaire
5° La broncho-pneumonie subaiguë et chronique.
(1) La grippe est une fièvre catarrhale épidémique caractérisée par du coryza et les signes d'une bronchite ordinaire, mais avec fièvre, céphalalgie, brisement des membres, courbature, affaissement général, enfin un ensemble de symptômes généraux qui ne sont nullement en rapport avec l'état local.
Cette maladie, à peu près inconnue des anciens, n'a été décrite que dans le courant du seizième siècle; elle a sévi épidémiquementetavecune certaine gravité en 1520, en 1557, 1574 et 1580. Willès donne la description
de l'épidémie en 1658, et Ettmuler et Sydenham décrivent celle de 1676 ; Lœw relate celle de 1729, qui fut très meurtrière, surtout à Paris et à Londres. En 1732, la maladie débute à Edimbourg et s'étend ensuite en Europe et en Amérique ; — à Paris on la désignait sous le nom de follette; — elle règne dans différents pays pendant les années 1734, 1735, 1736 et 1737. En 1743, Sauvages étude la maladie qu'il désigne sous le nom de grippe, et Huxham la décrit sous le nom d'influenza.
Depuis cette époque des épidémies de grippe fort graves et meurtrières ont été constatées, en 1762, à Londres; en 1775, en 1780, 1803, 1830, 1833, 1837, etc. Mais aujourd'hui la maladie n'offre plus un grand caractère de gravité et elle n'est redoutable que pour les vieillards ou les sujets cachectiques,anémiques ou atteints de lésions graves ou de complications pulmonaires.
La grippe est de tous les âges : et se montre sous tous les climats et sous toutes les températures; cependant dans toutes les grandes épidémies anciennes on a remarqué qu'elle s'était montrée après des chaleurs sèches et prolongées suivies d'un hiver humide et après des vicissitudes rapides de l'atmosphère.
Au début de la grippe, les person-
Du traitement de la grippe .
A60 LEÇONS DE CLliMQUE ÏHÉRAPEUTIUUE.
La bronchite épidémique, la grippe, Vinfluenza, ne fait plus aujourd'hui les ravages qu'elle occasionnait autrefois et qui avaient fait considérer ces épidémies comme plus meurtrières que celles du choléra ; la grippe même n'est plus épidémique, elle est endémique et nous la voyons se reproduire chaque année à des époques saisonnières fixes. Que ferez-vous contre cette sorte de bronchite? Vous emploierez, messieurs, deux médicaments surtout : le sulfate de quinine et l'aconit.
Le sulfate de quinine a été conseillé par Moutard-Martin, qui avait été frappé de l'intermittence, ou plutôt de la forme rémittente que prennent les accèsfébriles dansla grippe. Vous donnerez donc de 25 à 50 centigrammes de sulfate de quinine.
L'aconit réussit merveilleusement pour calmer les maux de tête qui accompagnent si fréquemment la grippe et qui ont même fait décrire une variété de grippe, dite grippe encéphalique; vous ordonnerez, bien entendu, l'alcoolature de
nés frappées seplaignent de malaise, de courbature, de brisements des membres, de céphalalgie frontale plus ou moins violente, exaspérée par la lumière et la toux et accompagnée souvent de vertiges, de bourdonnements d'oreille. Le malade accuse des frissonnements, des crampes, des nausées, des vomissements parfois, de l'anoxerie, et, par-dessus tout, une prostration extrême.
La face est altérée et exprime une grande fatigue, les yeux sont larmoyants et la muqueuse nasale est d'une congestion plus ou moins vive.
La fièvre est ordinairement modérée, mais présente une légère exacerbation le soir.
La toux, d'abord sèche, quinteuse, fatigante, fait bientôt place à une expectoration muco-purulente assez abondante.
""a l'auscultation on n'entend dans
la poitrine que des râles sibilants, ronflants, sous-crépitants ou muqueux.
Quelques malades se plaignent souvent de dyspnée, d'oppression, sans quel'examenstéthoscopique en donne l'explication.
Selon le germe épidémique du moment, la maladie peut^e montrer avec des symptômes, prédominant soit du côté du cerveau, soit [du côté de la poitrine, soit du côté de l'abdomen; d'oîi les diverses formes décrites dans cette maladie : grippe encéphalique, pectorale, abdominale.
La grippe a une durée assez courte dans les formes bénignes, et la convalescence est rapide; dans les cas graves cependant, il n'est pas rare de voir persister assez longtemps de la faiblesse et de l'amaigrissement comme après une grave maladie.
racines d'aconit. Vous pourrez même associer l'aconit et le sulfate de quinine en faisant des cachets médicamenteux contenant 10 centigrammes de sulfate de quinine et un quart de milligramme d'aconitine.
A propos de cette aconitine, comme il en existe de nombreuses variétés dont l'action est variable, je crois qu'il est bon de spécifier qu'il s'agit d'aconitine cristallisée et vous pourrez même ajouter le nom de son inventeur : Duquesnel. Vous pourrez faire prendre de deux à quatre de ces paquets par vingt-quatre heures, un toutes les quatre heures.
Souvent il est nécessaire de déterminer une crise salutaire qui dissipera l'intensité des phénomènes généraux; on arrive à ce résultat par le jaborandi. Gubler, Robin et plus récemment Toulaigne nous ont montré tout le parti que l'on pouvait tirer de ce médicament dans la cure des bronchites (a). Vous userez soit du jaborandi en infusion à la dose de 4 grammes, soit du nitrate de pilocarpine en injections sous-cutanées à la dose de 2 centigrammes; sous l'influence de ce médicament sialagogue etsudorifique,la toux devient moins pénible, l'expectoration plus facile, et les phénomènes s'atténuent souvent dans une notable proportion. Il est bien entendu que vous ajouterez aux moyens que je viens de vous énumérer les préparations béchiques que je vous ai décrites (1). Vous pourrez
(1) On a conseillé contre la grippe conseillé l'éniétique, mais Graves ne
les émissions sanguines. Graves les l'a jamais employé, il n'usait que de
considérait comme utiles, seulement l'opium, il vantait surtout la potion
au début de la maladie et dans les suivante :
premières heures du mai: cependant, ■;■ , • j- i m.i
r . . 1, 1- ■ 1 tmulsion d amandes l'Jz gr.
il reconnaissait que 1 application des ^-^^^^^^ ^^ p^t^^^^ 4
sangsues pouvait être faite dans les Liqueur de chlorhydrate
deux ou trois premiers jours, et il ^e morphine 2
plaçait huit ou dix sangsues au bas
du cou, immédiatement au-dessus de Graves repousse d'ailleurs les vési-
la fourchette sternale. On a aussi catoires comme absolument inutiles.
(a) Toulaigne, De la pilocarpine dans lex bronchites. — Robin, Journal de Thérapeutique, 1875, p. 168.
De l'asthme des foins.
même user de la poudre recommandée par Noël Gueneau de Mussy (1).
Tel est le traitement de la grippe. A côté de cette bronchite épidémique, permettez-moi de placer une maladie encore mal connue et qu'on décrit sous le nom à' asthme des foins et qui devrait plutôt porter celut de coryza des foins (2).
Le docteur Peebles recommande l'eupatoire et voici comment il formule la tisane :
Feuilles sèches d'eupatoire (eu-
patorium perfoliatum) 30 gr.
Eau bouillante 500
Laisser infuser et administrer une tasse toutes les demi-heures. Après la cinquième tasse, il y a des nausées et des vomissements, puis une expectoration et une transpiration abondantes; on se contente alors d'administrer la tisane par tasse à trois ou quatre heures d'intervalle (a).
(1) Noël Gueneau de Mussy fait piiser au malade atteint de grippe la poudre suivante :
Poudre de gomme arabique. llo.O
Racine de belladone 1.0
Chlorhydrate de morphine.. 0.1
Dans d'autres cas, il fait toucher la muqueuse laryngée avec la mixture suivante :
Chorhydrale de morphine. Osi.20
Glycérine neutre 20.00
Borax 2 .00(è).
(2) L'asthme des foins, l'asthme d'été, est surtout fréquent en Angleterre, où il a été étudié par Heberden, Bortock, Gordon, Ellioston, Prater,King,Mackensie,etc.;il frappe
le plus souvent des personnes nerveuses appartenant à la classe aisée; on ne l'a pas vu se développer après l'âge de quarante ans (Parrol). Les hommes y sont beaucoup plus sujets que les femmes. La maladie est caractérisée par des éternuementsplus ou moins fréquents, du larmoiement, du coryza, de la gêne respiratoire et même parfois des accès de suffocation. Au bout de quelque temps, les symptômes s'amendent et il y a souvent une expectoration abondante, et la maladie disparaît après une durée de deux à trois mois, pour reparaître souvent l'année suivante, à la même époque.
Les plantes qui auraient surtout la propriété de déterminer le hay asthma sont : Vanthoxantiim odoratum, le seigle en fleurs, le lobium perenne, le phleum, Valopecurus, Vagrotis, etc.
Quant à la nature même de l'asthme d'été, tout le monde est loin d'être d'accord. Salter considère l'afl'ection comme un asthme et le rapproche de celui que déterminent certaines poudres de nature végétale, celle d'ipéca, la balle d'avoine, etc.
Sée pense que l'asthme des foins se rapproche plus des affections catarrhales que de l'asthme simple.
(a) Graves, Clinique médicale, trad. de Jaccoud, t. 1% p. 540. — Preebles, The American Journal, et Revue médico-chirurgicale de Paris, janvier 1848.
[b) Noël Gueneau de Mussy, De quelques formules béchiques {Soc. de Itierap., 9 février 1881).
Au printemps, au moment de la floraison des foins, on voit chaque année se produire, chez certains individus, avec une régularité pour ainsi dire mathématique, un catarrhe nasal d'une haute intensité s'accompagnant de bronchites et d'étoufîements. Les yeux sont rouges, le nez gonflé, la face bouffie, et ces phénomènes durent pendant des mois. J'ai tout essayé contre ce catarrhe spécial et je n'ai obtenu aucun résultat; me basant sur la nature parasitaire de ce coryza, opinion généralement admise par la plupart des médecins, j'ai employé les pulvérisations avec des liquides antiseptiques : acide phénique, chloral, résorcine, sulfate de quinine, etc.; j'ai même usé des irrigations nasales avec l'irrigateur si commode de Weber. Tout a échoué, sauf toutefois l'iodure de potassium, qui, à l'intérieur, m'a donné quelques résultats avantageux. Avons, messieurs, de chercher une médication plus active contre cette maladie si incommode et si ennuyeuse.
Enfin il me resterait à vous parler des rapports si impor- ues bronchites tants, au point de vue thérapeutique, des diathèses avec la aiathÏÏiqucs. bronchite aiguë, mais c'est là un sujet sur lequel je reviendrai lorsque je vous exposerai le traitement de la bronchite chronique (1).
Telles sont les principales indications que je voulais vous
Dechambre croit que le hay feveret l'asthme des foins sous le nom de
l'asthme sont deux affections dis- rJiino-bronchique spasmodique et
tinctes; la première étant caracté- le rattache à l'arthritisme (a), risée par la réunion de deux élé- (1) Schlemmer a bien étudié dans
ments :1e spasmodique etlecatarrhal. ces derniers temps l'action des dia-
Parrot admet que le hay fever des thèses sur les bronchites aiguës et
Anglais est bien un asthme véri- voici comment il a divisé ces diffé-
table. Noël Guéneau de Mussy décrit rentes phlegmasies des bronches.
(«) Bortock, Ofthe Catarrhus œstivus or Summer Catarrh (Trans. of Med. and Surg. Soc- of London, 1819, t. X. p. 1). — Philipp Pliœbus, Der tijpische Fruhsommer-Katarrh, Giessen, 1862. — Louis Henry, De l'asthme des foins [Journal du Progrès, 1859). — Dechambre, De V asthme des foins [Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1860, p. 69). — Parrot, art. Asthme du Dictionnaire des sciences médicales. — Noël Gueneau de Mussy, Clinique médicale, t. l"', p. 519 et 539,
464 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTigUE.
donner sur le traitement des bronchites aiguës, mais il me reste encore à vous exposer le traitement de la bronchite chronique : j'y consacrerai ma prochaine leçon.
\° Bronchites des arthritiques. Ces bronchites sous la forme aiguë se font remarquer par leur allure érétliique et par leur allure fluxionnaire et .nipcrficielle. Elles sont presque toujours accompagnées d'accès dyspnéique vu la susceptibilité des éléments nerveux chez les arthritiques.
D'après Schlemmer ces bronchites arthritiques ne se signalent pas par un caractère qui puisse être appelé pathognomonique et l'on devra toujours chercher dans leurs récidives si elles ne se sont pas développées sur un terrain arthritique.
!2° Bronchite rhumatismale. La bronchite aiguë rhumatismale serait surtout caractérisée par les symptômes suivants : rapidité de l'apparition, promptitude de la disparition, mobilité des phénomènes sthéthoscopiques; puis par le caractère quinteux de la toux, les paroxysmes nocturnes, la douleur recto-sternale et enfin l'impressionnabilité aux influences atmosphériques.
3° Bronchites des goutteux. Les bronchites aiguës et subaiguës chez les goutteux sont remarquables par leur caractère congestif, par l'intensité de la dyspnée, par les allures quinteuses de la toux, par l'aspect
généralement visqueux et acre de l'expectoration, et parla spontanéité de leur apparition qui s'observe aussi bien en été qu'en hiver.
i°Bronchites des herpétiques. Chez les herpétiques la bronchite aiguë se caractérise par la résistance au traitement ordinaire, par les récidives et par l'alternance ou le balancement avec les aff'ections cutanées. On remarque aussi dans cette bronchite des accès de dyspnée et une certaine acreté dans les sécrétions pituiteuses.
^° Bronchites des scrofuleux. Les caractères des bronchites aiguës d&s scrofuleux seraient les suivants :
courte durée delà période irritative, l'aspect rapidement muqueux et puriforme des crachats, leur récidive et leur tendance à la chronicité.
6° Bronchite syphilitique. On peut voir chez les sujets syphilitiques se produire des bronchites aiguës souvent fébriles et apparaissant généralement dans le cours de la bronchite secondaire. Ces bronchites sont caractérisées par leur disparition prompte, soit sous l'influence d'un traitement spécifique, soit consécutivement à l'éruption de syphilides secondaires {a).
[a] Schlemmer, Etudes sur les bronchites dans leurs rapports avec les maladies coimlilulionnelles. Thèse de Paris, 1882.
SIXIEME LEÇON
TRAlTEiMENT DU CATARRHE PULMONAIRE.
Sommaire. — Du traitement du catarrhe pulmonaire. — Division des catarrlies pulmonaires. — Caractères communs. — Indications thérapeutiques.
— Des balsamiques. — Du copahu. — De la térébenthine. — Des bourgeons de sapin. — Du goudron, — Ses préparations. — De la créosote. — Son action. — Des baumes. — Baume de Tolu. — Baume du Pérou. — Des plantes à huiles essentielles. • — • De l'eucalyptus. — De l'eucalyptol.
— Du buchu. — Du boldo. — Des gommes-résines. — Du galbanum. — Du sagapénum. — De la gomme ammoniaque. — Ses préparations. — Du chlorhydrate d'ammoniaque. — Des sulfureux. — Des eaux sulfureuses. — Eaux sulfatées calciques. — Eaux sulfatées sodiques. — Leurs grandes variétés. — Eaux sulfureuses artificielles. — Action des eaux sulfureuses.
— Administration des balsamiques et des sulfureux. — ■ Inhalations. — Pulvérisations. — Fumigations. — Des injections trachéales. — Des expectorants. — Du tartre stibié. — Des toniques des bronches et des astringents. — Du tannin. — Des calmants. — Du phellandrium aquaticum.
— Du traitement aérothérapique. — Du traitement hygiénique. — De l'influence des diathèses sur la bronchite chronique. — Des indications du traitement thermal. — Eaux sulfureuses. — Eaux bicarbonatées sodiques.
- Eaux arsenicales.
Le traitement des bronchites chroniques, des catarrhes pulmonaires, comme on le dit, mérite de nous arrêter quelque temps, et cela non seulement parce que les moyens thérapeutiques pour traiter ces affections sont nombreux et importants, mais surtout parce que ces catarrhes sont les maladies les plus fréquentes de l'âge mûr.
Dans l'étude de ce traitement, nous ne suivrons pas la pathologie interne, c'est-à-dire que je ne vais pas étudier devant vous les nombreuses variétés des bronchites chroniques (i).
(1) La bronchite chronique s'ob- symptomatique ; elle peut succéder serve à tous les âges de la vie; elle à l'état aigu, mais aussi être chropeut être simple, idiopathique ou nique d'emblée chez les gens affai-
CLINIQUE THÉRAP., i^ édil. II. — 30
Altdl'ations des bronches.
Vous savez que, pour mettre plus d'ordre dans la description de ces bronchites, on a admis, depuis Laënnec, des catarrhes secs, pituiteux, etc. Ce qu'il nous importe seulement de connaître, ce sont les modifications qui se produisent, sous l'influence de l'inflammation, dans les parties constituantes de la bronche.
La première de ces altérations est le trouble apporté dans la sécrétion de la muqueuse bronchique, sécrétion qui devient abondante, mucoso-purulente et prend même, dans certains cas, comme dans les bronchites fétides, une odeur des plus désagréables ; la seconde est une modification plus ou moins profonde de cette muqueuse, caractérisée par son ramollissement et son ulcération; la troisième consiste dans la paralysie de la couche musculaire de la bronche, qui lui fait perdre son élasticité et entraîne sa dilatation. Cette dilatation
Llis, chez les diathésiques rhumalisants, goutteux, scrofuleux, chez les malades déjà atteints de dartres, d'eczéma, etc. Elle survient aussi chez les ouvriers exposés à respirer des poussières (charbonnier, aiguiseurs, couteliers, tailleurs de silex, etc.); mais parmi les causes les plus fréquentes sont les tubercules pulmonaires, les affections cardiaques et l'emphysème, surtout chez les vieillards.
Les lésions anatomiques sont les suivantes : les bronches épaissies offrent une dilatation tantôt régulièrement cylindrique, tantôt fusiforme avec étranglement de distance en distance, formant une sorte de chapelet, tantôt ampullairesi la dilatation ne porte pas sur tout le calibre de la bronche. La muqueuse est aussi plus épaisse, irrégulière, rouge, livide, violacée par places, quelquefois pâle, recouverte d'un mucus plus ou moins épais, jaune
ou verdâtre ; le mucus abonde sui*tout dans les dilatations, ce qui explique les bruits de gargouillement perçus à l'auscultation.
Comme conséquence de la maladie, on constate souvent une stase dans la circulation pulmonaire et de la dilatation des cavités droites du cœur.
La marche de la bronchite chronique n'est pas continue ; elle suit un peu les variations atmosphériques; faible en été, la maladie est plus grave en hiver et présente des exacerbations.
La gêne respiratoire varie avec l'étendue des lésions; souvent fort peu importante, elle devient inquiétante, s'il y a complication d'emphysème et d'affections du cœur, et si la maladie gagne les petites bronches; dans ces cas, elle peut aller jusqu'à l'orthopnée, et à l'asphyxie.
La toux, un des symptômes les plus constants de la maladie, est plus ou moins pénible, parfois quinteuse,
est quelquefois telle, qu'elle produit une véritable caverne pulmonaire.
Les principales indications qui découlent d'un semblable Des
,,, , . ,-, ., T/^ modificateurs
état de la muqueuse pulmonau^e sont les suivantes : modifier ^e la d'abord la sécrétion bronchique, entraîner ensuite au dehors ^^^ZmIo les produits qui tendent à s'accumuler dans l'arbre aérien, puis tonifier les parois bronchiques et calmer enfin les phénomènes congestifs et douloureux qui sont la conséquence d'un pareil état. Pour remplir la première de ces indications, vous vous adresserez aux balsamiques, aux gommes-résines et aux sulfureux.
En tête des balsamiques, je place le copahu ; j'avais été du copahu. conduit à l'application du copahu dans la bronchite par l'action physiologique même de cette substance, qui, comme je vous l'ai déjà dit à propos du traitement des maladies des reins (1), subit dans l'économie une double élimination, le principe le plus fixe, la résine, étant excrété par les reins, le
mais plus fréquente le malin. Elle des bronches, on peut entendre des est accompagnée d'une expectora- gargouillements, des râles crépitants, tion souvent très a])ondante (broii- Les phénomènes généraux, nuls chorrhée). Les crachats sont, ou si la maladie est légère et bénigne, visqueux et collants, ou fluides, sont caractérisés par de la fièvre muqueux, transparents comme des plus ou moins vive, avec exaspérablancs d'œufs; parfois aussi, épais, tion le soir, de l'anorexie ; un aff'aiverdâtres ou jaunâtres, nummu- blissementgénéral, si l'inflammation laires, nageant dans un liquide sali- est vraie, gagne les dernières ramivaire abondant; leur odeur est nulle lîcations; et s'il y a des complicaou fade, et dans certains cas très tiens aiguës, quand il y a coexistence fétide. d'une maladie du cœur assez avan-
Si l'on percute la poitrine, qui cée, on note de la cyanose de la face
souvent est déformée et bombée en et de l'œdème des extrémités.
avant, on trouve de la sonorité, quel- Le pronostic de la bronchite chro-
quefois même exagérée. nique n'est pas grave, si la maladie
A l'auscultation, on constate que est simple; il ne le devient que par
la respiration est plus rude; il y a les complications qui peuvent surve-
des râles sonores, sibilants, ronflants; nir et par l'Age du malade,
dont la tonalité diffère selon l'état (1) Voir Traitement des maladies
des sécrétions; si le mucus est en (Zes rems ; Leçon sur le rein au point
grande abondance, s'il y a dilatation de vue thérapeutique.
principe le plus volatil s'éliminant par la muqueuse pulmonaire. Gomme j'avais obtenu par ce moyen des résultats fort avantageux, j'avais pensé trouver là une nouvelle application du baume de copahu, mais, lorsque je consultai, à cet égard, les ouvrages spéciaux, je vis que depuis longtemps cette application avait été faite, et que Hamstrong, Bretonneau, Laroche, Reverdy, Saucerotte, Philippart (1), avaient montré tout le parti que l'on pouvait tirer de ce baume dans le traitement des bronchites.
Ce puissant modificateur de la sécrétion bronchique n'a qu'un inconvénient dans la pratique, c'est sa mauvaise réputation; qui dit copahu, dit blennorrhagie, et si vous trouvez quelques clients assez consciencieux pour accepter, sans broncher, ce médicament, il en est beaucoup d'autres, et des dames en particulier, auxquels vous ne pourrez le prescrire. Aussi, ai-je tourné la difficulté en associant le goudron au copahu; je tire de cette association les avantages suivants : d'abord le goudron évite, dans une certaine mesure, les rapports nidoreux du copahu, ensuite il complète l'action du copahu au point de vue du traitement des bronchites, enfm il me
(1) Halle avait déjà signalé l'appli- jusqu'à ce qu'il fût parvenu à 60 ou
cation du copahu dans les catarrhes 80 gouttes par jour,
purulents, mais c'est surtout John Bretonneau utilisait dans le même
Hamstrong, en 1818, qui a insisté cas les lavements du copahu.
sur ce moyen. Voici comment pro- Laroche employait le copahu dans
cédait Hamstrong; il donnait ce mé- le catarrhe chronique à la dose de
dicament dans de l'eau ou dans un 25 gouttes dans une hoisson aroma-
mucilageàladose de 30 ou 40 gouttes, tique.
trois fois par jour; puis il augmen- Archarabault-Revcrdy donnait, lui,
tait cette dose de 5 ou 10 gouttes, le copahu à dose purgative (a).
(a) Hamstrong, Edinburgh Med. and Chir. Joiirn., 1818. — Bretonneau, Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique, 1877, t. II, p. 992. — Laroche. American Med. and Chir. Journ., 1862. — Archambault-Reverdy, Gazette médicale, mai 1836. — Saucerotte, Influence remarquable du copahu dans quelques bronchites {Bull, de Thérap., t. XLVII, p. 3U, 1854). — Philippart, lYote sur l'emploi du copahu dans la bronchite chronique (Annales de la médecine belge, mars 1877).
permet de prescrire cette préparation sous le nom de capsules balsamiques ou de capsules de goudron composées. Vous ordonnerez donc des capsules renfermant 50 centigrammes d'un mélange en parties égales de copahu (1) et de goudron, et vous ferez prendre à votre malade, selon la tolérance de l'intestin, de 4à8de ces capsules. Vous pourrez même, dans ces cas, procéder comme l'a fait le pharmacien Paquet et ne donner alors que l'essence de copahu privée de sa résine (a) .
A côté du copahu, qui est en résumé une térébenthine, se
Des rcbenthincs
(1) Le baume de copahu est fourni par plusieurs copayers (légumineuses), mais surtout par le Copayer offidna.l{Copaiferaofficinalis), arbre de taille moyenne qui croît à la Trinité, au Venezuela, en Colombie et dans la partie méridionale et occidentale de l'Amérique du Nord. Ce baume est contenu dans des conduits résinifères qui, d'après Karbten, ont parfois un pouce de large et traversent toute la tige; on l'extrait en pratiquant à l'arbre de larges incisions. 11 est d'abord très fluide et transparent, puis il jaunit et s'épaissit en vieillissant ; il est constitué par un mélange de résine (contenant un principe cristallisable (acide copahivique) et un corps incristallisable) et d'huile essentielle. Le copahu a une odeur et une saveur toutes spéciales, il est soluble dans l'alcool rectifié et dans l'éther.
On l'administre par la bouche et par le rectum. On le donne soit pur, soit mélangé à du goudron, du cubèbe, du tannin, du cachou, etc. ; pour le mettre en pilules, il faut l'associer à de la magnésie calcinée, qui permet dele solidifier ; le plus souvent
on prescrit le copahu en capsules.
Appliqué sur la peau, le copahu est à peu près sans effet; sur les plaies et les muqueuses, il provoque une irritation plus ou moins vive.
Ingéré par la bouche à petites doses, il est assez bien toléré par l'estomac; à doses un peu fortes, il amène la perte de l'appétit et provoque souvent des vomissements et de la diarrhée. D'api'ès Gub!er,il accélère la circulation, élève la température du corps et produit de la céphalalgie congestive. Il s'élimine par différentes voies, l'huile volatile passe par les poumons (haleine caractéristique) et parles glandes sudoripares (éruption copahique par irritation des glandes de la peau) ; l'oléorésine s'élimine par le rein et provoque parfois une albuminurie passagère.
Le copahu s'administre à l'intérieur, surtout dans les affections des organes génito-urinaires, blennorrhagie et catarrhes vésicaux ; on l'a donné aussi contre certaines atïections de la peau, lichen et psoriasis, et contre le croup ; dans cette affection, on le prescrit soit seul, soit uni au cubèbe.
(a) Paquet, Des capsules d'acide copahivique {Soc. de Thérap., h
i^Terpine et terpinol.
placent les térébenthines proprement dites ; en particulier l'essence de térébenthine, qui s'élimine aussi par la surface pulmonaire. Nous nous servons en thérapeutique surtout de deux espèces, l'une dite de Bordeaux, qui se retire du pinus maritima, l'autre appelée térébenthine de Venise, et qui est fournie par le larix eiiropea (1). L'application de la térébenthine au traitement des bronchites est de date très ancienne, témoin des bols d'Arétée (2) , qui renfermaient cette substance ; vous prescrirez le plus ordinairement cette essence de térébenthine sous forme de capsules ou de perles et vous donnerez quatre ou six ces capsules, suivant le besoin.
Mais ce qui me paraît aujourd'hui supérieur au copahu même et à l'essence de térébenthine, ce sont les dérivés de cette térébenthine : la terpine (3), et le terpi-
(1) Les térébenthines proviennent d'un grand nombre d'arbres appartenant à la famille des conifères ; le nombre de ces conifères est assez considérable: le pinus maritima fournit la térébenlhine dite de Bordeaux, Vabies pectinea la térébenthine dite de Strasbourg, le laiHx europea la térébenthine de Venise, Vabies excelsa, la poix de Bourgogne, le pistaciaterebenthina, la térébenthine de Chio, Vabies balsamea le baume du Cansida.,\e pinus australis la térébenthine de Boston, le pinus strobus la térébenlhine d'Amérique, le pi7ius mugus, la térébenthine de Hongrie.
L'essence de térébenthine 'est composée en grande partie de térébenthène (C'oH'6) bouillant à 156 degrés et de carbures plus volatils. Cette essence de térébenlhine est lévogyre et quelquefois dextrogyre ; elle a quelquefois le même pouvoir rotatoire que celui de la térébenthine dont elle est extraite; d'au-
tres fois ce pouvoir est inverse.
(2) Voici la formule des bols d'Arétée :
Miel 15 gr.
Térébenthine 8
Galbanum 56
Faire cuire des substances ensemble, puis, avec cet opiat, faire des bols de la grosseur d'une fève ou d'une noisette, puis en prendre une ou deux matin ou soir.
(3) La terpine, qui a pour formule C'oH'6(H20)2 ou bihydrate de térébenthène, se prépare de la façon suivante :
On mélange : alcool à 80° trois parties, essence de térébenthine quatre parties, acide azotique ordinaire une partie; le tout est réparti dans des flacons de Woolf qui sont, autant que possible, exposés au soleil. On fait passer, à l'aide d'un ventilateur, un rapide courant d'air dans le liquide, pendant quatre jours; au début, le liquide s'échauffe ;
nol (1). Déjà le professeur Lépine (de Lyon) avait signalé l'emploi thérapeutique de la terpine, ce qui m'a conduit à employer le terpinol.
Lorsqu'on distille en présence d'un alcali la térébenthine, on obtient un hydrocarbure spécial ayant pour formule G^°H^^ c'est le térébenthène.
dès le deuxième jour l'odeur de l'es- nait par les reins et était diurétique,
sence est déjà parfaitement modifiée. puisque par son élimination, par les
Après le quatrième jour il faut dé- bronches il devenait expectorant; à
canter la couche supérieure du li- haute dose cette terpine produirait,
quide et ajouter de l'eau à la couche selon lui, des accidents toxiques,
inférieure ; en même temps on lave Guelpa considère ce corps comme
le liquide décanté et l'eau de lavage très peu actif à cause de son insolu-
est réunie au liquide qui formait la bilité.Il a pu le donner à très haute
couche inférieure; au bout de quel- dose chez l'homme et chez les ani-
ques heures ce mélange laisse dépo- maux (plus de k grammes) sans
ser une certaine quantité de cristaux produire de phénomènes physiolo-
jaunâtrcs très transparents. Ces cris- giques appréciables (a).
taux, comprimés dans des doubles (1) Le terpinol est un corps assez
de papier à filtre, puis purifiés singulier, à fonction chimique diffi-
ensuite par cristallisation, après tile à déterminer; il a pour formule
dissolution dans l'alcool ou l'eau (C'«Hic)2,H2 0 et peut être considéré,
bouillante, donnent de la ter])im d'après les analyses de Tanret, comme
pm,g un monohydrate de térébenthène.
La terpine s'emploie à la dose de On le prépare en faisant bouillir
20 à 60 centigrammes (Lépine) et '^s cristaux de terpine avec de l'eau
même jusqu'à un gramme (Dujar- acidulée d'acide chlorhydrique ou
din-Beaumetz), en solution alcoo- sulfurique, lavant le produit obtenu
lique faible édulcorée avec un sirop : ^'^^e^ une eau légèrement alcaline,
rectifiant ensuite et ne recueillant
Eau commune 100 gr. que les vapeurs qui passent à 168°.
''^^^°° " ^ rn On obtient ainsi un produit très mo-
erpine .o \y\\% très réfringent, neutre, doué
Sirop de cachou oU i, , . i , i
d une odeur très suave, rappelant la
pour une potion à prendre dans les jacinthe, mais plus fine. Le terpinol
24 heures. On peut aussi la dissoudre est insoluble dans l'eau et soluble
dans du vin blanc. dans l'alcool et l'èther.
Lépine a trouvé que ce corps Guelpa a étudié l'action de ce ter-
était un puissant modificateur des pinol qui s'élimine rapidement par
sécrétions catarrhales, qu'il s'élirai- les poumons et modifie très promp-
(a) Lépine, Sw l'ejnploi de la terpine en thérapeutique {Revue de médecine, 1885). — Guelpa, De la terpine et du terpinol (Bull, de Thérap., t. CVUl, 30 avril 1885, p. 337). — Bardet, Terpine et terpinol. Les nouveaux remèdes (15 avril 1885, p. 25). — Dujardin-Beaumetz, Des nouvelles médications pulmonaires {Bull, de Thérap., t. CVIll, 15 avril 1885).
Ce térébenlhène en s"hydratant fournit un corps blanc, solide, de forme cristalline, c'est le bihydrate de térébenthène ou terpine. Cette terpine^en présence de l'acide sulfurique ou chlorhydrique, se transforme en un corps huileux ayant une odeur très fine rappelant l'odeur de certaines tubéreuses et du gardénia en particulier, c'est le terpinol. Lépine donne le premier de ces corps, la terpine, aux catarrheux à la dose de 40 à 50 centigrammes et a observé une heureuse modification dans l'expectoration. Cette modification est encore plus sensible, comme l'a montré mon élève, le D' Guelpa, avec le terpinol que l'on donne soit sous forme de capsules, soit sous forme de pilules, associé comme l'a montré Tanret au benzoate de soude à la dose de trois à cinq capsules ou pilules au déjeuner et au dîner.
A côté de la térébenthine et de ses dérivés je placerai le goudron (i), qui jouit d'une grande réputation dans la cure
lement l'expectoration, On l'adrai- ou du Nord, extrait du pmws rwôra,
nistre soit dans les capsules, soit et celui des Landes, extrait du pmzts
sous forme de pilules. Tanret a maritima.
donné une bonne formule de ces Le goudron contientune résine em-
dernières qui est la suivante : pyreumatique, une huile pyrogénée,
de la colophane, de l'huile de téré-
erpino... âà 10 centiOT. benthine, de l'acide acétique, del'eau,
Benzoate de soude. i , . , , i, • i i
j, OS ^ créosote, de 1 eupione, de la
pyrélaïne, etc., etc. llest soluble dans
pour une pilule, l'alcool, l'éther, les -huiles fixes et
On donne par jour 8 à 10 de ces volatiles; chauffé il laisse échapper
capsules ou de ces pilules (a). de Facide acétique, de l'eau et une
(1) Le goudron végétal peut être huile volatile, huile de goudron, con-
obtenu par la combustion incomplète tenant : acétone, acétate de méthy-
de tous les arbres résineux, pins et lène, benzine, xylène. On administre
sapins. le goudron à l'extérieur (pommade.
En pharmacie on distingue deux glycéré) et à l'intérieur: solution
sortes de goudron : celui de Norvège aqueuse, pilules, capsules, dragées,
(a) Guelpa, De la terpine et du terpinol {Bull, de Tliérap., t. CVUI, 30 avril 1885, p. 337). — Dujardin-Beaumetz, Des nouvelles médications pulmonaires (Bull, de Thérap., t. CVOI, 15 avril 1885, p. 288). — Tam-et, Sur la terpine et le terpinol {Soc. de Thérap., mars 1885). — Bardet, Terpine et terpinol. Les nouveaux remèdes (15 avril 1885).
des affections pulmonaires; sans partager l'enthousiasme de D" goudron. ceux qui vantent surtout, à la quatrième page de nos journaux, les vertus curatives du goudron, je crois que ce médicament peut rendre quelques services, mais je place son action comme bien inférieure à celles du copahu et des térébenthines. Quoi
Des
qu'il en soit, on a proposé de nombreuses préparations du préparations
, . . de goudron.
goudron (1). Les plus usitées sont les capsules, puis viennent
^irops (30 à 100 grammes en potion).
Le goudron minéral, ou coaltar, est obtenu par la distillation de la houille. Gomme le goudron végétal, il est noir, semi-fluide ; il a une odeur désagréable, il bout et s'emflamme à 90 degrés, il contient: 1° des acides phénique et rosalique;2°de l'aniline, quinoléine, pyrrhose,cryptidine, collidine, lukidine, példnine, picoline, pyrédine, parooline ; 3° de la benzine, naphtaline, paranaphtaline, toluène, cumène, chryséne, pyrène et des carbures d'hydrogène.
On emploie le coaltar comme désinfectant et antiputride, en applications externes, soit en émulsions à parties égales avec du savon et de l'alcool, soit en mélange de 1 à 3 parties de coaltar pour 1000 de plâtre en poudre (poudre Corne-Demeaux). On emploie aussi une préparation de goudron saponifié (1000 grammes de coaltar pour 2400 grammes de teinture alcoolique de saponine) (Le Beuf).
(1) Voici la plupart des préparations internes du goudron.
Eau de goudron.
Goudron fluide 20 gr.
Eau bouillante 1000
Mettez le goudron dans un pot de faïence, versez un peu d'eau bouillante, agitez vivement pour que le goudron soit très divisé, ajoutez le reste de l'eau et laissez refroidir. Un
verre (150 grammes) représente l'infusé de 3 grammes de goudron (Doschamps).
Eau concentrée de goudron.
Goudron fluide 500 gr.
Eau.... 1000
Le tout étant mis dans un grand ballon bouché légèrement, on fait chauffer dans un bain-marie bouillant, pendant six heures, en agitant de temps en temps : laissez refroidir et filtrez. Un gramme de cette eau représente les principes solubles, dans cette circonstance, de 50 centigrammes de goudron.
Le Codex donne la préparation suivante :
Eau de goudron.
Goudron 1 gr.
Eau distillée ou eau de pluie. . . 30
Laissez en contact un jour, en agitant de temps en temps avec une spatule de bois ; rejetez cette première eau; ajoutez une nouvelle quantité de 30 grammes d'eau distillée ou d'eau de pluie ; laissez en contact pendant huit jours; agitez souvent, décantez, filtrez.
Eau de goudron (Magne-Lahens). Goudron semi-liquide.... 15 gr.
Sable lavé sec.
Mettez dans un mortier de porcelaine ; introduisez le mélange dans l'appareil à déplacement ; ajoutez :
474 LEÇOr^S DE CLINIQUE THERAPEUTIQUE.
les préparations liquides connues sous le nom d'eau de goudron ou d'extrait de goudron. Les capsules sont une assez bonne préparation, mais vous pourrez les remplacer par des
Eau commune à -f- 20». . 1200 gr.
Laissez éccouler et rejetez lOOgrammes d'eau ; recueillez le reste, dont la quantité sera égale à 1 000 gramuies. Cette eau, parfaitement limpide, retient 1,75 pour 1000 de goudron.
Sirop de goudron (Cod. fr.)
Eau de goudron du Codex... 525 gr.
Sucre blanc ICOO
Faites dissoudre au bain-marie; filtrez.
Sirop de goudron (Péraire).
Goudron 4 parties.
Eau distillée 1
Faites digérer au bain-marie pendant douze heures, agitez de temps en temps; laissez refroidir et filtrez.
Liqueur fdtrée 500 gr.
Sucre (sirop de) 1000
Faites dissoudre dans un vase fermé ; laissez refroidir et passez.
Tablettes de goudron (Chauvet).
Goudron de bois 20 gr.
Alcool à 86 degrés.. . 30
Eau de goudron 250
Gomme adragante ... 2
Sucre 450
Essence de citron.... 25 gouttes.
Pour des tablettes de 1 gramme.
Dissolvez le goudron dans l'alcool, mêlez le soluté cà l'eau de goudron, concentrez pour avoir 45 grammes, laissez refroidir, filtrez et faites le mucilage avec ce liquide.
Bols de goudron (Ph. italien.).
Goudron de bois 15 centigr.
Baume du Pérou 15
Racine de réglisse pulvérisée 3 décigr.
Iris pulvérisé 4 décigr.
Faites un bol gélatinisé. Doses :
10 à 40 par jour.
Électuaire de goudron (Mignot).
Goudron de Norvège 5 gr.
Baume du Pérou '. . . 5
Racine d'iris de Florence
pulvérisée 4
Doses : 2 à 4 grammes.
Êmulsion de goudron (Adrian).
Goudron 2 gr.
Jaune d'œuf 3
Eau commune 15
Triturez le goudron avec le jaune d'œuf; ajoutez l'eau peu à peu en triturant.
Êmulsion de goudron (Jeannel).
Carbonate sodique cristallisé pulvérisé 10 gr.
Goudron de bois 10
Eau commune 100
Mettez le goudron et le carbonate sodique dans un mortier de porcelaine; introduisez le mélange avec l'eau dans unfiacon de deux litres de capacité ; agitez fortement jusqu'à l'émulsion complète du goudron; filtrez.
Extrait de goudron de Guyot.
Goudron 1000 gr.
Carbonate de soude. . . , . 100 Eau 4000
Le Beuf (de Bayonne), pour obtenir une êmulsion très stable de goudron, emploie la teinture de quillaïa saponaria.
Pour obtenir une division et une solubilité plus grande du goudron, Adrian se sert de coke finement pul-
pilules que vous formulerez ainsi, d'après les conseils de Noël Gueneau de Mussy:
"if Goudron purifié 1 gramme.
Renjoin de Siam pulvérisé 1 —
Poudre de Dower 50 centisrr.
pour 10 pilules roulées dans de la craie ou de la magnésie.
Quant aux extraits de goudron, ils sont des plus nombreux: les uns ont employé, comme Guyot, les liqueurs alcalines
vérisé; Magne-Lahens emploie aussi la sciure de bois de sapin.
On a, en résumé : 1° l'eau de goudron du Codex, liquide faiblement acide, coloré en jaune clair, et contenant de un demi à 1 pour 100 de principes fixes ou volatils au-dessus de 100 degrés; 2" l'eau de goudron préparée par les procédés Adrian, Magne-Lahens, Dreyer,Freyssinge, etc. ; liquides acides ou très acides, colorés en jaune brun, et contenant par litre, en plus de l'acide acétique, de 5 à 10 grammes de principes fixes ou volatils au-dessus de 100 degrés; 3" la liqueur de goudron de Guyot et ses similaires : liquides alcalins, quelquefois neutres, ceux àl'ammoniaque, colorés en brun rouge, contenant par litre de 5 à 10 grammes de principes fixes ou volatils au-dessus de 100 degrés, déduction faite des carbonates alcalins.
Le Fort, dans ses recherches sur le goudron, est arrivé aux conclusions suivantes :
1° Le goudron de Norvège ou du Nord et le goudron des Landes cèdent à l'eau des quantités presque identiques de matières solubles ;
2° Pour la préparation de l'eau de goudron médicinale, il est indifférent de se servir de goudron exotique ou de goudron indigène;
3" Le goudron dense, liquide, est préférable au goudron épais ;
hP L'eau de goudron, préparée à chaud en vases clos, représente mieux les principes naturels du goudron, elle est plus constante dans sa composition que l'eau obtenue à froid à la suite d'une longue macération au contact de l'air;
5" L'eau de goudron obtenue à chaud renferme en moyenne 2 grammes de principes fixes et volatils par litre ;
6° L'eau de goudron est constituée principalement par de l'huile de térébenthine pyrogénée, de la créosote, des principes résinoïdes volatils; par un ou plusieurs des acides picrisylvique et pinarique; enfin, par des acides acétique et oxyphénique;
7° L'iode se dissout dans la proportion de 75 centigrammes à 1 gramme par litre d'eau de goudron, et le liquide qui en résulte, tout en conservant ses propriétés physiques contient des acides phénique et oxyphénique iodés;
8° L'eau de goudron iodée ne laisse apercevoir par les réactifs aucun des caractères qui appartiennent à l'iode libre ou aux iodures.
Claude Verne a repris récemment cette étude. Il propose de se servir
De
la créosote.
pour obtenir cette dissolution; les autres, comme Le Beuf, se sont servis de la saponine. Je crois, messieurs, que tous ces mélanges, s'ils sont utiles au point de vue de la dissolution du goudron, présentent, au point de vue thérapeutique, certains inconvénients et en particulier celui d'introduire dans cette préparation des substances étrangères au goudron, aussi je leur préfère de beaucoup celles obtenues sans l'introduction d'un corps actif; Magne-Lahens nous a donné, à cet égard, un excellent procédé, qui consiste à diviser le goudron par une substance inerte, elle que le sable ou la sciure de bois, pour rendre la dissolution plus facile, ce qui nous permet d'obtenir une eau de goudron à réaction acide, comme le veut le Codex.
Vous pourrez donc donner soit les capsules ou les pilules de goudron, soit l'eau de goudron, soit enfin les sirops de goudron.
Le goudron végétal contient un principe qui y a été découvert en 4 830 par Reichembach : c'est la créosote, qui, comme vous le savez, n'est pas un produit bien défini, mais une combinaison de la créosote avec un hydrogène carboné. Cette créo-
d'un goudron soluble sodé. Voici sa On porte le tout à l'ébullition.
formule: Les eaux mères saturées sont
^ , , ,, ,, , „ ainsi composées: '
Goudron soluble sodé de Verne.
Goudron des Landes 1000 e;r.
Goudron des Landes.... 1000 gr. Soude sèche UO
Soude sèche 140
Eau 800
Faire dissoudre et ajoutez :
Eau 800
Faire dissoudre et ajouter:
Eau 9200 gr.
Eaux mères 12400 gr. Sel marin 2500
Acide chlorhydrique Carbonate de soude cris-
étendu à 1100 deden- tallisé 1250
site 250
Sel marin 175 Faire dissoudre. Porter à l'ébulli-
Bicarbonate de soude.. 75 tion et décanter (a).
(a) Adrian, Bull, de Tliérap., t. LXXH. — Le Fort, Bull, de Thérap., novembre 1868, — Claude Verne, Du goudron soluble sodé. Grenoble, 1881.
sote a été aussi appliquée à la cure des affections pulmonaires, et vous verrez tout le parti qu'on en a tiré dans le traitement de la phthisie pulmonaire, lorsque je vous entretiendrai de cette affection.
Vous pourrez ordonner dans la bronchite, la créosote sous trois formes, soit dans des capsules, dissoute dans l'huile de faîne, soit sous forme d'élixir, soit enfin à l'état de glycérolé. Voici les formules que je vous conseille d'employer; pour rélixir, vous ordonnerez :
^ Créosote de goudron de hèlre 3 grammes.
Alcool 100 —
Vin de Bagnols 300 —
Sirop de sucre 100 —
Pour le glycérolé, vous formulerez ainsi :
2^ Créosote végétale ■ 3 grammes.
Glycérine neutre iOO —
Vous ferez prendre d'une à deux cuillerées à bouche, matin et soir, de cet élixir ou de ce glycérolé dans un verre d'eau sucrée édulcorée avec du sirop de groseille.
Pardonnez-moi d'insister ainsi sur ces formules, mais la spécialité a tellement envahi ces produits créosotes, qu'il me paraît nécessaire de réagir contre cette tendance fâcheuse, en exigeant que chaque médecin formule lui-même ces préparations.
La liste des balsamiques est loin d'être épuisée et il faut que je vous dise maintenant quelques mots des baumes et des gommes-résines.
Pour les baumes (1), si le baume du Pérou est peu
Cl) On donnait autrefois le nom de En matière médicale, le nom do
baumes aux compositions destinées baume est réservé à des résines
à l'usage externe auxquelles on unies à des huiles essentielles et
attribuait des vertus souveraines. renfermant ou de l'acide benzoïque
Des baumes.
Des gomraes-
De
la gomme
ammoniaque.
478 LEÇONS DE CLllNIQUE THÉRAPEUTIQUE.
employé (1), le baume de Tolu (2) est en grand usage dans le traitement de la bronchite et on le donne surtout sous forme de sirop de Tolu, qui sert à édulcorer le plus souvent nos tisanes pectorales.
Je placerai à côté des baumes du Pérou ou de Tolu les gommes-résines, qui sont fournies, comme vous le savez, le plus souvent, par la famille des ombellifères. Parmi les résines, je vous citerai l'assa fœtida, le galbanum (3), qui a eu aussi son moment de célébrité; enfin la gomme ammoniaque, que Delioux de Savignac a remise récemment en honneur; ce médecin prétendait que ce médicament, qu'il ne faut pas con-
çu de l'acide cinnamique ; on a même basé sur la présence de l'un ou de l'autre de ces acides une division des baumes.
D'après Dulong (d'Astaforl), les résines des baumes prendraient, sous l'influence de l'acide sulfurique concentré, une magnifique couleur rouge.
Les principaux baumes sont : le benjoin, le baume de Tolu, le baume du Pérou, le styrax,
(1) Le baume du Pérou ou des Indes provient d'une légumineuse, le myroxylum peniferum; il se trouve dans le commerce sous deux états :
le baume du Pérou solide ou blanc, et le baume du Pérou liquide ou noir; ce dernier proviendrait, suivant Guelmon, d'un autre arbre que le baume blanc.
Ces baumes renferment une huile volatile, de l'acide cinnamique, de la cinnaméine, de la métacinnaméine.
Ces baumes sont très solubles dans l'alcool, mais peu solubles dans l'élher.
(2) Le baume de Tolu (baume d'Amérique, de Saint-Thomas ou de Carthagène), produit d'une légumineuse, le myroxylum ou myrospcr^
mumtoluiferum,Sirhre qui croît aux environs de la ville de Tolu et de Carihagène (Amérique méridionale); il s'écoule des incisions pratiquées dans le tronc de l'arbre et est recueilli dans des boîtes de fer blanc ou dans des calebasses. Le baume est d'abord liquide, transparent, puis il devient plus ferme, mais peut être ramolli par la chaleur; il est formé de résine, d'huile volatile, de cinnaméine, d'acide cinnamique et d'acide benzoïque.Il estsoluble dans l'alcool et dans l'éther ; il fond au feu et brûle en répandant une odeur agréable.
On donne le baume de Tolu en pilules, en pastilles, en teinture et en sirop ; le sirop se prescrit à la dose de 30 à 60 grammes et plus par jour.
(3) Le galbanum est fourni par plusieurs ombellifères. On le trouve dans le commerce en gouttes, en larmes ou en masse à l'état mou {galbanum Icvanticum) ou à l'état sec; il est jaunâtre, d'une odeur aromatique spéciale, non alliacée, d'une saveur amère et désagréable.
11 contient de la résine, de la gomme, du mucilage végétal, une huile vo-
fondre avec une préparation ammoniacale, mais qui est une gomme-résine provenant du dorema ammo7dacum et que l'on a proposé d'appeler, pour éviter toute confusion, de ce dernier nom d'ammoniacum, avait des vertus héroïques dans la cure des catarrhes du poumon (1). Vous trouverez cette gomme ammoniaque dans une préparation inscrite autrefois au Codex sous le nom de pilules balsamiques de Norton (2) . Miiis les meilleures préparations de gomme ammoniaque dans le catarrhe pulmonaire sont les pilules de von derCorput (3) et la solution de Delioux de Savignac (4) ; ce dernier insistait surtout sur la
latile, de l'eau et des matières insolubles. Fondue avec de la potasse, cette résine donne de la résorcine ; traitée par l'acide azotique, elle donne de la trinitrorésorcine. On emploie le galbanum pour l'usage interne et pour l'usage externe. Les Allemands lui attribuent une action toute spéciale sur l'utérus, et ils l'appellent résine utérine.
On le prescrit à la la dose de 09,25 à ] gramme et plus en pilules ou en émulsion avec ua jaune d'œuf dans une solution de gomme arabique. On fait aussi des teintures, des emplâtres. Le galbanum entre dans la composition de la thériaque, des emplâtres, diachylon gommé, mélicot, oxycroceum , diabotanum, etc., dans le baume de Fioraventi, etc.
(1) La gomme ammoniaque, ainsi nommée parce qu'on la trouvait autrefois prés du temple de Jupiter Ammon, est formée par une ombellifère,le dorema animoniacum, plante herbacée, abondante en Perse.
Dans le commerce, on trouve cette gomme sous deux aspects; en larmes et en masses; elle a une odeur forte, un peu alliacée, une saveur amère, acre, nauséeuse ; soluble dans l'eau, l'alcool, l'éther et le vinaigre. Elle
contient: résine, gomme soluble.
bassorine, huile volatile et eau.
A l'intérieur, on donne la gomme ammoniaque à la dose de 0,60 à 2 ou 8 grammes en pilules, en émulsiori dans une infusion d'hysope ou de lierre terrestre et en syrop.A Texterieur, on l'emploie sous forme d'emplâtre.
Elle entre dans la composition du diachylon gommé et dans l'emplâtre de ciguë ,etc.
(2) Voici la formule des pilules de Morton :
Poudre de cloportes ...... 72 gr.
Gomme ammoniaijue 3G
Fleurs de benjoio 24
Poudre de safran i
Baume de Tolu sec -i
— de soufre anisé.... 24
Faire des pilules de 20 centigrammes.
(3) Von der Corput vante dans le traitement du catarrhe pulmonaire la préparation suivante :
Extrait de scille O^'fio à O'J^S
Gomme ammoniaque 0'-i'',10
Chlorhydrate de morphine 5 milligr.
Pour une pilule. On en prendra deux à quatre par jour.
(4.) Voici la formaile de la prépa-
Des
nécessité de prescrire, pour en obtenir tous ses effets, la gomme ammoniaque à la dose relativement forte de 2 à 8 grammes par jour.
Je vous signalais, tout à l'heure, la confusion qui pouvait s'établir entre la gomme ammoniaque ou ammoniacum,avec les préparations d'ammoniaque, et si, je reviens sur ce point, c'est qu'un médecin, Delveau, a proposé le chlorhydrate d'ammoniaque à la dose de 1 à 3 grammes par jour dans le traitement des catarrhes chroniques du poumon, plante^ huile Lcs plautcs à huilc essentielle, comme le boldo, le buchu, essentielle, j^^ ^Qurgcons dc sapin (d) et l'eucalyptus, etc., etc., peuvent aussi être utiUsées dans la cure des bronchites chroniques. Je vous signale tout particulièrement l'eucalyptus, que nous retrouverons d'ailleurs dans le traitement de la phthisie. L'alcoolature d'eucalyptus a été employée, avec grand succès, à la dose de 2 grammes, dans les bronchites fétides, par Bucquoy (a).
Vous savez, en effet, que souvent la bronchite* chronique se complique d'une dilatation avec gangrène superficielle de la muqueuse, qui produit une expectoration d'une odeur des plus repoussantes. En Allemagne, Gruschmann, Fraenkel, Sénator emploient contre ces bronchites fétides des masques ou muselières renfermant des solutions d'acide
ration de Delioux de Savignac : bourgeons, remplacés du reste assez
Gomme-résine ammoniaque... 20 gr. souvent par des bourgeons de pin,
Vin blanc généreux 100 sont recouverts d'une matière rési-
Sucre 160 neuse, formée de résine et d'essence.
Une cuillerée à soupe dans une On emploie les bourgeons de sapin
tasse de tisane. i'i l'intéi'ieur et à l'extérieur sous
(1) Les bourgeons de sapin sont forme de: eaux distillées, infusions
les sommités fleuries du sapin vrai, (8 à 16 grammes pour 100 grammes
abies pectinata, abies taxijfolia,pi- d'eau), décoctions, extraits, teinture
nus picea, conifcres-abiétinées ; ces et sirop.
(a) Bucquoy, De l'emploi à l'irdérieur de la teinture d'eucalyptus dans le traitement de la gangrène pulmonaire [{Bull, de Thérap., 1875, t. LXXXIX, p. 108).
phénique ou de térébg^ithine (1) ; je conseille d'utiliser dans ces cas l'eucalyptol (2) ou le lerpinol, que vous donnerez à l'intérieur dans une potion ou en pilules.
Comme les balsamiques, les térébenthines, les gommes- Des si.ifuicu.\ résines, etc., qui doivent leurs propriétés curatives, dans les bronchites chroniques, à l'élimination par le poumon de certains de leurs principes volatils, les sulfureux produisent aussi les mêmes effets par suite de l'élimination de l'hydrogène sulfuré à la surface de la muqueuse pulmonaire, comme l'a d'ailleurs fort bien montré Claude Bernard.
L'application des sulfureux à la cure des catarrhes pulmonaires est de pratique courante et vous pouvez user soit des eaux naturelles, si nombreuses dans notre pays (3), soit des
(1) Israël a même pratiqué chez vertus curatives dans la fièvre inune jeune fille de dix-huit ans une termittente, qui ont été depuis étuinjection directe de liquide désinfec- diées par un grand nombre d'obsertant dans le foyer putride au moyen vateurs, en particulier par Gubler, d'une seringue de Pravaz. 11 se ser- Campion, etc. En 1870, Cloez découvait, dans ce cas, d'une solution vrit une huile essentielle, l'eucalypphéniquée au centième, dont il a toi, qui aurait pour formule C-^IPoOa. d'abord injecté i gramme, puis il a C^est un liquide plus léger que l'eau, élevé les doses; mais, par ce traite- peu soluble dans l'eau, mais soluble ment il n'a obtenu qu'une améliora- dans l'alcool; cette huile essentielle tion transitoire (a). renfermerait un hydrocarbure, Veu-
(2) Veucaluptus globulus est un calyptène.
grand arbre à croissance rapide, qui D'après Faust et Homeyer, l'eu-
a été découvert en 1792 par Labil- calyptol ne serait pas une espèce
lardière dans l'Ile de Tasmanie. Au- chimique distincte, mais bien un
jourd'hui, sa culture est répandue mélange d'un térébinthacé et de cy-
dans tout le midi de l'Europe. C'est mène (6).
Tristani et Regulus Carlotti qui si- (3) Durand-Fardel divise les eaux
gnalèrent les premiers, en 1865, ses minérales en cinq familles : sulfu-
(a) Israël, Zur Localbeliandlung der ■putriden Bronchial iind Limgenaffectionen {Berlin, klin. Wochens., n" 29, p. 429; n° 30. p. 451; n° 27, p 405- iiiillet 1879). t ' J
(b) Tristani, U compilator medico, janvier 1865. — Carlotti, Soc. méd. d'Alger, 1869. — Gubler, Bull, de Tliérap., août et septembre 1871. — Campion, L'Eucalyptus globulus et VEucalyptol. Paris, 1812. — Cloez, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 28 mars 1870. — Faust et Homeyer, Berichte der deustchen chemischen Gesellschaft, 1874, VU, 63.
CLINIQUE THÉRAP., 4"= édit. II. ;J1
préparations artificielles. N'oubliez pas que, dans l'action des sulfureux, l'élimination par les poumons de l'hydrogène sulfureux ne joue pas l'unique rôle, il faut encore faire entrer en ligne de compte la congestion si marquée que produisent sur la peau les bains sulfureux, congestion qui agit comme révulsif et qui tend à diminuer l'état phlegmasique chronique du poumon.
fies eaux ^^^ ^^^^ sulfureuses, vous ai-je dit, sont nombreuses en sulfureuses. Francc (1) et nous avons aux Pyrénées le choix le plus varié de ces eaux; je vous montrerai, à la fin de cette leçon, lorsque je vous parlerai du traitement thermal de ces bronchites chroniques, les indications de ce traitement thermal. Mais
l'ées, chlorurées, bicarbonatées, sul- 2° Sulfatées calciques : Bagnèresfatées, indéterminées, et, clans une de-Bigorre, Encausse, Aulus, Capclasse supplémentaire, il fait rentrer vern, Cambo, Saint-Amand ; les ferrugineuses. 3° Mixtes: Villel, Lavey, Bafh.
Les sulfurées se divisent en sulfu- Durand-Fardel divise les eaux en
récs sodiques : Ludion, Aix, Caute- eaux froides au-dessous de 18 degrés,
rets, Bonnes, Barèges, Eaux-Chaudes, eaux tièdes de 18 à 28 degrés, eaux
Saint-Sauveur, Amélie, le Vernet, chaudes de 28 à 36 degrés, eaux
Molegt, la Presle, Bagnols, Saint- très chaudes au-dessus de 36 de-
Honoré, Aix, Marlioz, et en sulfurées grés.
calciques : Enghien, Pierrefonds, Al- (l)Les eaux sulfureuses de France
levard, Euzet. sont nombreuses.
Les sulfatées se divisent en : l^Sul- Nous donnons, dans le tableau sulfatées sodiques et magnésiennes : vaut, la liste de beaucoup d'entre Miers, Montmirail, Sedlitz, Pullna elles, avec indication de leur tempé- Birmenstorf, et Friedrichshall; rature:
Eaux sulfureuses chaudes de France.
Olette (Pyrénées-Orientales) 25 à 75° sulfurée sodique,
Ax (Ariège). .... . = 25 à 70° sulfurée sodique.
Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orieutales)... o'2 à 62° sulfurée sodique.
Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne)... 20 à 60° sulfurée sodique.
Cauterets (Hautes-Pyrénées). 30 à 60° sulfurée sodique.
Vernet (Pyrénées-Orientales). . , 30 à 58° sulfurée sodique.
Pietra-Pola (Corse) 32 à 58° sulfurée sodique.
Bagnères de Bigorre (Hautes-Pyrénées).. 15 à 50° sulfurée, ferrugineuse, saline.
Aix-les-Bains (Savoie) ■iO à 50° sulfurée saline.
Escaldas (Pyrénées-Oorientales) 35 à 46° sulfurée sodique.
Barèges (Hautes-Pyrénées) 20 à 45° sulfurée sodique,
Bagnols (Lozère). 30 à 45° sulfureuse.
TRAITEMENT DU CATARRHE PULMONAIRE. i83
je ne désire vous signaler ici que les préparations sulfureuses, dites artificielles, préparations qui sont, en somme, très inférieures, comme effet, aux eaux sulfureuses froides ou chaudes.
On fait, vous le savez, des pastilles de soufre, des sirops de soufre (i) et enfin des poudres spéciales, comme celle de Pouillet (2), qui imitent ])lus ou moins complètement la composition des eaux sulfureuses.
J'en aurai fini avec cette longue énumération des médicaments qui agissent sur les bronchites chroniques en s'^éliminant par le poumon, en vous signalant les iodures et les bromures, médicaments sur lesquels je reviendrai lorsque je vous parlerai du traitement de l'asthme, mais il n'est pas
Thuez (Pyrénées-Orientales) 45° sulfurée sodique.
La Presle (Pyrénées-Orientales) 4i° sulfurée sodique.
Digne (Basses-Alpes) 33 à 40° sulfurée calcique.
Saint-Antoine de Guagno (Corse) 30 à 4-0° sulfurée sodique.
Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées) 20 à 40" sulfurée sodique.
Gréoulx (Basses-Alpes) 38° sulfurée calcique.
Moligt (Pyréuées-Orientdles) 25 à 38° sulfurée sodique.
Eaux-Chaudes (Basses-Pyrénées) 15 à 36° sulfurée sodique.
Eaux-Bonnes (Basses-Pyrénées) 15 à 35° sulfurée sodique.
Saint-Honoré (Nièvre) 32° sulfurée sodique.
Vinça (Pyrénées-Orientales) 23° sulfurée sodique.
Canibo (Basses-Pyrénées) 22 à 23° sulfurée calcique.
Eaux sulfureuses froides.
Picrrcfonds (Oise) 13° sulfurée calcique,
La Roche-Posay (Vienne) ........... 14° sulfurée ferrugineuse
Labassère (Hautes-Pyrénées) 14° sulfurée sodique.
Enghien (Seine-et-Oise). 12 à 15° sulfurée calcique.
Gamardes (Landes) 17° sulfurée sodique.
Saint-Christau-Cadeac... .., 17 à 18° sulfurée sodique.
(I) Voici la formule d'un de ces Sulfure de calcium
sirops : Bicarbonate de soude. . .
Sulfate de soude f parties
Foie de soufre 0j,45 dépotasse (égales.
Eau distillée. 0,80 Gomme arabique
Sirop simple 30 gr. Acide tartrique.
(2) La poudre de Pouillcl est corn- Prendre 50 centigrammes dans un
posée de : verre d'eau.
48/t LEÇONS DE CLINIQUE THERAPEUTIQUE.
douteux que ces médicaments, et surtout l'iodure (1), aient une action favorable dans la cure de la bronchite chronique.
Modes Ce n'est pas tout de connaître les médicaments qui peuvent
d'administra-
tion des modifier la sécrétion bronchique, il vous faut encore savoir
balsamiques. , i • • , r\ oo i •\-
comment vous les admmistrerez. On peut en eiiet les utiliser de différentes façons : toutes les formules que je viens de vous énumérer ne s'adressent qu'à la voie stomacale et l'on se fonde sur l'élimination par la muqueuse pulmonaire des parties volatiles de ces substances pour expliquer, dans ce cas, leurs vertus curatives; mais on a pensé qu'il était peut-être plus simple de les porter directement sur la muqueuse pulmonaire par les pulvérisations ou les inhalations.
Pour les pulvérisations, je vous ai dit ce que j'en pensais dans des leçons précédentes et je vous ai montré que cette méthode, excellente pour les affections du pharynx, ne pouvait avoir^ aucun résultat dans les affections des bronches; restent les inhalations qui ont une action réelle. On comprend, en effet, que des vapeurs chargées des principes essentiels qui se dégagent de la térébenthine, du goudron, de la créosote, etc., etc., puissent agir directement sur la muqueuse pulmonaire, et c'est ici le cas d'employer ces inhalateurs nombreux, tels que les masques, les inhalateurs permanents, les goudronnières. Je me propose d'ailleurs de revenir sur ce point avec plus de détails lorsque nous traiteterons de la phthisie pulmonaire, où ces moyens ont été employés.
(1) Spurgin vante beaucoup l'io- Spurgin fait une potion dans la-
Jure de potassium contre les bron- quelle il réunit l'iodure de potas-
chites et l'asthme. Ce médicament sium, le carbonate d'ammoniaque, la
fait merveilles {It lias acted like a teinture de belladone et le vin d'i-
clmrm). .péca (a).
(a) Spurgin, British Med. Journ., 5 septembre 1874..
On a voulu faire plus et l'on a proposé de pénétrer directement dans la trachée. Il y a vingt-cinq ans environ, un médecin de New-York, Horace Green (1), introduisit dans la trachée-artère des solutions de nitrate d'argent pour combattre l'inflammation chronique des bronches. Cette pratique souleva des discussions passionnées, et malgré les faits favorables de Bennett et de Gresinger, cette méthode fut promptement condamnée comme dangereuse et inutile.
Dans ces dernières années on est revenu de nouveau sur cette question, et l'on a proposé le traitement chirurgical des bronchites chroniques et des dilatations qui en résultent, en
Des injections trachéales.
(1) C'est en 1855 que Horace Green fit paraître son travail. Voici comment il procédait. 11 se servait d'une sonde dégomme élastique de 32 centimètres de longueur qu'il poussait à travers la glotte jusqu'à la bifurcation trachéale; il prétendait même pouvoir aller à volonté dans la bronche droite ou la bronche gauche, puis il injectait 8 grammes d'une solution de 2 grammes de nitrate d'argent dans 30 grammes. L'Académie de médecine de New-Vorlr, après une longue discussion, adopta les conclusions suivantes :
1" Le cathétérisme des voies aériennes remonte au temps d'Hippocrate. 2° Le meilleur témoignage du passage de l'instrument dans les conduits de l'air est fourni par lessignes rationnels et non par les signes physiques. 3" La facilité de l'opération dépend de la bonté de l'instrument.
Le meilleur est un lube à grande courbure ; la tige de baleine munie d'une éponge est bien moins disposée
pour pénétrer dans la trachée. 4° La baleine porte-éponge peut pénétrer dans les cordes vocales et au delà.
5° 11 n'est pas démontré aux yeux de la commission que l'instrument puisse être introduit à volonté dans la bronche droite ou dans la bronche gauche.
Go Dans la majorité des cas où l'on a cru que les injections étaient faites dans la trachée, elles auraient pénétré directement dans l'estomac.
7" Quant à l'utilité des injections au nitrate d'argent dans les poumons, les faits recueillis dans les expériences de la commission lui font regarder l'opération comme aussi dangereuse que difficile à pratiquer.
Bennett (d'Edimbourg), et Gresinger soutinrent que i'onpénétraitbien avant et dans la trachée et dans les bronches ; malgré l'opinion de ces auteurs, on est en droit d'affirmer que, dans la majorité des cas, si ce n'est dans tous, ce médicament a été porté dans l'estomac (a).
(a) Horace Green, Injections par les bronches et les cavernes tuberculeuses {Gaz. liebcl., 18.55, p. 851). — Gresinger, Injections dans les bronches {Gaz. hebd., 1858, p. 373 et 1859, p. 300). — Bennett, Traitement des affections ■pulmonaires par les injections dans les bronches {Edinburgh Med. Journ., 1857).
i86 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
ouvrant directement la poitrine par les caustiques ou en pénétrant avec des seringues à injections sous-cutanées ou à l'aide de l'appareil de Dieulafoy dans la trachée ou dans l'intérieur des cavités bronchiques. Ce sont des médications étranges, et c'est être poli que de les classer parmi les traitements extraordinaires.
Des Par tous les médicaments que je viens de vous énumérer,
nous avons rempli la première indication de notre traitement, c'est-à-dire que nous avons modifié la sécrétion des bronches, il nous faut maintenant expulser les mucosités bronchiques, et c'est ce que nous obtiendrons par les expectorants : l'ipéca, soit sous forme de potion, soit sous forme de pastilles, le kermès et surtout le tartre stibié ont été conseillés en pareil cas.
Du C'est Gintrac (de Bordeaux) (i), qui s'est fait le défenseur
du tartre stibié dans la bronchite chronique, il administrait de 30 à 60 centigrammes de ce médicament et dans les observations qu'il a recueillies à l'hôpital Saint-André de Bordeaux, il prétend avoir obtenu par ce moyen de bons résultats. Je crois que ces doses sont beaucoup trop élevées
(l)Gintrac(deBordeaux), a résumé La toiix céda la première, puis vint
quarante et un faits de bronchite la diminution de la respiration,
chronique; le tartre stibié fut donné Schûtzenberger a montré toute l'u-
aux doses de 30, 40, 50 et 60 cenli- tilité des expectorants dans la bron-
grammes avec 3 ou 4 centigrammes chite chronique : il donnait de 1 à 2
d'opium ou sans opium. Ce traite- centigrammes de tartre stibié; Laën-
ment stibié dura chez neuf malades nec administrait de 5 à 10 centigram-
moins de cinq jours; chez treize, de mes; enfin Bernardeau (de Tours)
cinq à dix jours ; chez neuf, de dix à donnait les pilules suivantes :
quinze jours ; chez quatre, de quinze ^^^^^.^ ^^.,^. ^^^ ^^
a vingt jours ; chez trois, de vingt a ^^^^^j^ ^^ ^.^^.^^^ 6 0^
vingt-cinq jours ; chez trois, de vingtcinq à trente jours. Les effets obtenus En 25 pilules. Prendre trois pilules par cette méthode furent assez bons. par jour (b).
(a) Gintrac (Henri), Étude sw les effets du tartre stibié à haute dose (Journ. de méd. de Bordeaux, 1845; Dict. de Jaccoud, article Bronchite). — Schiitzenberger. Des expectorants {Ga:-. mèd. de Strasbourg, 1846).
et je VOUS ai déjà dit, à propos de la pneumonie, les inconvénients d'une pareille méthode. Aussi vous ne devrez donner dans la bronchite chronique le tartre stibié que comme expectorant, c'est-à-dire à petites doses, et n'administrer, comme le faisait Laënnec, que de 5 à 10 centigrammes de ce médicament. Ces doses ont même été abaissées par Schiitzenberger (de Strasbourg) et par Bernardeau (de Tours), qui donnaient, le premier de 4 à 2 grammes et le second une dose encore plus faible.
Modifier la sécrétion des bronches, faciliter l'expulsion de ces produits au dehors ne suffit pas encore pour remplir toutes les indications de la bronchite chronique ; il nous faut encore calmer la toux si pénible qui accompagne ces bronchites et nous efforcer de rendre aux bronches leur élasticité première.
Cette dernière indication serait surtout remplie par les d^s toniques
1, -11 ' 11 1 • 1 • desbronclies,
astringents et 1 on a conseille contre la bronchite chronique le tannin, le ratanhia, l'acétate de plomb, administrés de diverses façons. C'est Enderson qui a soutenu ce dernier médicament qu'il administrait sous forme de pilules (1) ; c'est une médication aujourd'hui complètement abandonnée. Il n'en est pas de même de celle par le tannin, et Woillez (2),
(1) Enderson conseillait les pilules au quinquina dans le marasme, et suivantes : que Cavarra l'a signalé comme
Acétate de plomb 2 gr. exerçant une action bienfaisante et
Extrait de jiisquiame 2 préservatrice contre la phthisie.
Scille 2 Woillez administre le tannin à la
F. S. A. quarante pilules, dont dose journalière de quatre pilules de
on prendra trois ou quatre par 15 ou de 20 centigrammes, prises
jour (a). deux par deux au moment des repas.
(2) Woillez rappelle que Pezzoni, On peut aussi employer l'extrait de médecin à Constantinople, avait déjà ratanhia.
vanté le tannin comme supérieur II faut remarquer que le tannin a
(a) Enderson, Traitement de la bronchite chroviqve par l'acétate de plom London Med, Cas., t. XXVI, p. 263, 1839-40).
nous a montré tout le parti que l'on pouvait tirer de ce médicament. Depuis que Debauque a découvert que le tannin avait la propriété de dissoudre l'iode, on a utilisé des solutions iodo-tanniques (1), avec un certain succès, dans le traitement des bronchites chroniques.
Enfin, pour calmer la toux, vous emploierez les mêmes préparations que pour la bronchite aiguë, préparations d'opium, de belladone, eau de laurier-cerise, chloral, etc., etc. Je ne vous parlerai que comme mémoire du phelkmdrium aquaticum, qui a été spécialement vanté par Michéa dans le traitement de la bronchite (2).
A tous ces médicaments vous pouvez ajouter, comme dans la bronchite aiguë, les révulsifs, surtout lorsqu'il s'agit de ces poussées si fréquentes dans le cours des bronchites chroniques; vous userez donc des vésicatoires, des emplâtres de
surtout une action favorable clans la Ce sirop contient un millième de
bronchite aiguë avec hypersécrétion; son poids d'iode.
il amènerait promptement, dans ce Le sirop de Guilliermond renferme,
cas, la diminution' des râles ; l'action lui, 0,09 d'iode, pour 30 grammes (6).
serait beaucoup moins marquée dans (2) Le phellandre (phellandrium
les bronchites chroniques (a). aquaticum), que l'on décrit sous
(1) Il y a plusieurs préparations de le nom de fenouil d'eau, est une
sirop iodo-tannique. L'une des plus ombellifère qui croît dans les lieux
complètes est, à coup sûr, celle de humides. Ileltet fils (de Lyon) au-
Guilliermond, qui est la suivante: rait retiré du phellandre un prin-
, , £, ^, cipe actif: la phellandrine. Teussiny
E°xlraiV de' ratànhià '.'.'.'.'.'. '. '. 8 *' " regardait les semences de phellandre
Eau et sucre Q. S. comme jouissant d'une action tonique
spéciale sur le poumon. Frank, Hufe-
po-ur obtenir 1000 grammes de sirop . jand, Lange, Bertini, Chioppa, Rolhe
Cette formule a été modifiée ré- ont vanté ses effets curatifs dans la
cemment de la façon que voici : bronchite chronique de la phthisie.
Iode i o-i'. Michéa employait surtout le sirop à
Alcool à 90 degrés 11 la dose de 2 à 4 cuillerées ; Sandras
Sirop de ratanhia du Codex. 900 utilisait les semences à la dose de
(ffi) Woillez, De l'emploi du tannin dans les affections des organes respiratoires et principalement dans la phthisie pulmonaire [Bull, de Thérap., t. LXIV, 18G3, p. 12, 49, 145).
(6) Guilliermond, Sur la formule d'un sirop iodo-tannique {Bull, de Thérap., t. XLVUI, p. 78).
TRAITEMENT DU CATARRHE PULMONAIRE. /tSO
thapsia et des papiers chimiques. Tels sont les principaux médicaments pharmaceutiques appUqués à la bronchite chronique; vous y joindrez, bien entendu, les tisanes béchiques, que je vous ai énumérées dans la leçon précédente; il en est même que l'on a particulièrement dirigées contre le catarrhe pulmonaire (1).
Mais ce serait une erreur de croire que par les seuls moyens pharmaceutiques on arrive à la cure des bronchites chroniques; il faut y joindre deux médications qui jouent dans ce cas un rôle prépondérant : ce sont les agents hygiéniques, d'une part, et la médication thermale de l'autre.
On comprend toute l'importance de l'hygiène dans la cure du
,, ,. ,. , , 115'pi • traitement
des bronchites chroniques, lorsqu on songe a 1 miluence si hygiénique. considérabledesmodificationsatmosphériquessurcette affection. Éviter les temps humides et les changements brusques
1 à 2 grammes par jour, incorporées Autre formule.
dans du miel (a). Mousse d'Islande [fucus
(1) Voici les formules de tisanes crisims) 46 «t.
composées que l'on a surtout em- .
ployées contre la bronchite chro- Faire cuire avec :
nique.
Eau commune 370 gr.
Grœfe conseillait la formule sui- néduire à 155 grammes.
^^^"■^ • Ajouter à la colalure :
Tisane contre la bronchite si,op ^e framboises 45 gr.
chronique.
Mousse d'Islande Ri'^hter vantait au contraire la
choisie et coupée tisane composée suivante :
{fucus crispus). . . . i/2 gros {i gr.) Garance 1 gros.
Lait de vache frais. 9 onces (250 gr.) Eryngium des champs ... 6
Faites réduire jusqu'à réduction de ^au commune Q. S.
5 onces (155 grammes). Ajoutez: faites bouillir pendant une demi- Sucre blaac 1 once 1/2 (46 gr.) heure et ajoutez vers la fin:
Eau d'amandes Racine de salep 1 gros.
araeres concentrée 1 scrupule (la', 25.) Filtrez et ajoutez :
Mêlez et laissez refroidir. Sirop de guimauve 1 once.
(«) Michéa, De L'efficacité des semences de phellandrium aquaticum dans les
affections des voies respiratoires [Bull, de Thérap., décembre 1847, t. XXXIIl).
de température, vivre autant que possible sous un climat doux et tempéré sont des conditions on ne peut plus favorables à la cure des catarrhes pulmonaires, et si les stations dites hivernales peuvent nous donner dans la cure de la phthisie pulmonaire certains éléments de succès, c'est surtout dans le traitement des catarrhes chroniques qu'elles fournissent des résultats durables et persistants. Vous enverrez donc, lorsque la chose sera possible, vos catarrheux sur les bords de la Méditerranée, à Cannes, à Menton, à Nice, etc.
Lorsque ce déplacement ne sera pas possible, vous pourrez user de l'aérothérapie (1). Les bains d'air comprimé, ou mieux encore l'emploi de l'appareil de Waldenburg, ou de Maurice Dupont, vous donneront, dans la cure du catarrhe pulmonaire, de bons résultats. Grâce à l'inspiration dans l'air comprimé et l'expiration dans l'air raréfié, il s'établit dans l'arbre bronchique un double courant aérien, qui modifie la surface de la muqueuse bronchique, aide à l'expectoration des mucosités et permet aux bronches de reprendre leur élasticité première; c'est donc, comme vous le voyez, une médication très ra/tionnelle et très physiologique.
Vous augmenterez encore les vertus curatives de ce traitement si vous avez soin de faire passer l'air comprimé à travers un flacon laveur renfermant des solutions balsamiques et aromatiques, solutions de goudron, de créosote, d'eucalyptol.
Enfin vous recommanderez aux malades atteints de ca-
(J) 11 y a longtemps que l'on a con- ouaté; il plaçait le malade dans un seillé l'air dans le traitement des lit bien chaud, puis, dans cette situabronchites chroniques, et le traite- tion, il faisait respirer, au moyen ment le plus connu a été celui de d'un tube, del'air qu'il faisait refroi- Drake (de New-York;, qui a conseillé dir en le faisant passer par un réserles aspirations d'air froid. Voici com- .voir contenant de la glace. Ces aspiment procédait Drake : il faisait enve- rations d'air fraisduraientuneheure ; lopper la poitrine avec un vêtement on y revenait trois fois par Jour.
tarrhes, d'éviter les causes de refroidissement ; pendant l'hiver, vous leur ferez porter soit des muselières, soit des cache-nez qui tamisent l'air froid et empêchent son action directe sur la muqueuse trachéale. Vous leur éviterez les efforts trop violents et toutes les circonstances qui viendraient augmenter le travail du cœur; travail du cœur qui, comme l'a montré Xavier Gouraud, est déjà perturbé par le trouble apporté h la petite circulation (a).
J'arrive maintenant au traitement thermal proprement dit; mais, avant d'aborder ce sujet, il est nécessaire que je revienne sur un point que j'ai laissé dans l'ombre, c'est le suivant : la bronchite aiguë et surtout la bronchite chronique ne présentent pas une marche identique chez tous les sujets ; elles prennent un caractère personnel et individuel, et ce caractère, elles le puisent dans la constitution pathologique du sujet : un scrofuleux, un goutteux, un dartreux atteints tous les trois de catarrhe pulmonaire présenteront trois formes différentes de ce catarrhe.
Le scrofuleux aura une expectoration des plus abondantes, de la bronchorrée, les symptômes généraux seront peu marqués, la forme sera presque apyrétique et le catarrhe présentera une marche lente et prolongée. Chez le goutteux, au contraire, les phénomènes prendront un caractère d'intensité considérable; la toux sera quinteuse, intense, violente; l'expectoration peu abondante, filante; la fièvre excessivement vive, allant même jusqu'au délire. Chez le dartreux, il y aura une irritabilité générale de tout l'arbre bronchique qui entraîne une toux laryngée continuelle et spasmodique; l'expectoration est presque nulle et, si vous examinez votre malade, vous constaterez presque toujours chez lui, du côté de la gorge une angine de nature granuleuse.
Du
traitement
thermal.
De l'influence
des dlathèses
sur le catarrhe
pulmonaire,
(a) Xavier Gouraud, Influences pathologiques des maladies ■pulmonaires sur le cœur droit. Thèse de Paris, 1865.
Laënnec, Graves, Jaccoud, Bazin, Pidoux, Noël Gueneau de Mussy, et plus récemment Constantin Paul, nous ont montré la réalité de ces faits (1). Ce point est important à connaître lorsqu'il vous faut diriger le traitement hydro-thermal des catarrheux, et ce n'est pas tant la bronchite que l'état diathésique qui doit vous guider en pareil cas. Vous vous guiderez aussi sur la susceptibilité du malade, qui présente un état d'atonie ou un état d'irritation marquée.
Lorsque vous aurez affaire à un goutteux ayant une atonie
(1) Laënnec, l'un des premiers, a appelé l'attention sur rinfluence des diathèses dans l'évolution des bronchites chroniques. Voici ce qu'il disait à cet égard :
« Le catarrhe sec chronique est le plus souvent une affection idiopatique ; il est commun chez les goutteux les hypochondriaques, les dartreux, et particulièrement les sujets dont la constitution a été détériorée par des excès quelconques. »
Graves est tout aussi explicite et montre que la bronchite goutteuse a uae marche chronique et qu'elle persiste jusqu'à ce qu'une attaque de goutte la fasse disparaître. Son traducteur, Jaccoud, ajoute, à ce propos, la note suivante :
« Je ne pense pas qu'on puisse révoquer en doute la bronchite et la toux goutteuse que signale ici le médecin de Dublin.
)) Outre cette toux produite par les déterminations de la goutte sur la muqueuse bronchique, on observe souvent, avant les paroxysmes de la goutte régulière, une toux avec sécrétions muqueuses abondantes.
Cette toux est alors un des signes précurseurs de l'accès et, le plus ordinairement, elle cesse lorsqu'apparaissent les douleurs articulaires. »
Quant à Bazin, voici comment il s'exprime à ce propos :
« Le catarrhe arthritique se caractérise par une expectoration claire, visqueuse, filante, par la durée de la sibilance, de l'oppression de la fièvre à l'état aigu , l'intensité des phénomènes sympathiques et ses rapports avec l'arthropathie. »
A cette bronchite intense, violente il oppose le caractère d'atonie de la bronchite des scrofuleux, et d'érétisme de la bronchite des dartreux.
Voici dans quels termes il les caractérise :
« Le catarrhe scrofuleux, après deux ou trois jours, se caractérise par une expectoration abondante de mucosités, avec oppression, suffocations intermittentes, état apyrétique, conservation de l'appétit, marche lente et longue durée de l'affection.
» Le catarrhe dartreux se distingue par la longue durée de la période irritative (catarrhe sec de Laënnec), par les accès d'asthme, par sa marche plus ou moins saccadée, ses alternances avec les éruptions cutanées. »
Pour Pidoux, les rhumes qui se développent chez les herpétiques, lymphatiques ou arthritiques, ne sont autre chose, en effet, que des poussées superficielles et mobiles vers la membrane muqueuse des voies res-
des bronches, vous l'enverrez aux Eaux-Bonnes, à Gauterets à Saint-Honoré, à Saint-Sauveur. S'agit-il, au contraire, d'un rlmmatisantayant un catarrhe à forme congestive ou irritative, vous lui recommanderez surtout le Mont-Dore, la Bourboule, Plombières.
Pour les scrofuleux atteints de catarrhe pulmonaire, vous les dirigerez sur Barèges, Aix, Ghalles, Mariiez (d), Uriage, Saint-Gervais.
Enfin chez les herpétiques vous userez surtout des eaux
piratoires, des espèces d'herpétides muqueuses rhumatico-Iymphatiques, analogues aux pityriasis de la face et du cuii' chevelu.
« Lorsque l'élément strumeux, ditil, domine chez les sujets, l'affection catarrhale est humide et sécrétante, l'expectoration est abondante, opaque, facile. Lorsque, au contraire, c'est l'élément arthritique qui l'emporte, la toux est sèche, quinteuse, l'expectoration est presque nulle , |)iluiteuse ou perlée, la tendance à l'asthme et à l'emphysème pulmonaire plus prononcée. »
Quant à Noël Gueneau de Mussy, il considère les affections des muqueuses coinme des endosmoses analogues aux arthritides, aux scrofules, etc.
Collin a constaté dans les bronchites et les congestions pulmonaires arthritiques un bruit de râles fins qu'il décrit sons le nom de froissement arthritique, qui existe surtout aux parties externes du thorax.
Constantin Paul , a donné une bonne description de la bronchite chez le rhumatisant et le goutteux;
il a insisté sur le caractère de la toux dans le catarrhe goutteux, et voici comment il s'exprime à ce sujet :
« Si vous venez à le rencontrer dans la rue, vous le reconnaîtrez immédiatement. Le goutteux tousse par quintes qui rappellent par certains côtés celles de la coqueluche. Au moment oîi la quinte commence, il est obligé de s'arrêter; puis vient la toux brusque, spasmodique, sonore, précipitant les expirations les unes après les autres, sans laisser une inspiration possible. L'effort augmente peu à peu, les yeux s'injectent; puis l'injection gagne toute la tête, le cou se gonfle, l'effort se précipite et va jusqu'à la suffocation.
» Dès le début de l'accès, les yeux deviennent fixes, puis au moment de la suffocation survient le vertige, et le goutteux est souvent obligé de se retenir après les murailles.
» L'effort d'expiration terminé, le goutteux rejette, par un mouvement d'expuition, un petit crachat gris perlé : c'est la montagne qui accouche d'une souris (a). »
(1) Challes (Savoie, France) est
{a) Laënnec, Traité de Fauscultation médiate, t. P'', p. 171, IH'IG. — Graves, Leçons de clinique médicale, traduction Jaccoud, t. U, p. -46, 1862. — Pidoux, La susceptibilité catarrhale et les Eaux-Bonnes, p. 5, 1862. — Bazin, Leçons théoriques et cliniques sur la scrofule, 2'* édition, 1861, p. 461. — Collin, Du diagnostic des affections pulmonaires arthritiques et de leur traitement par Us
iU LEÇONS DE CLINIQUE THERAPEUTIQUE.
arsenicales et vous conseillerez laBourboule, Royat, elc. Nous reviendrons sur la plupart de ces stations à propos du traitement de la phthisie.
Telles sont, messieurs, les principales indications du traitement du catarrhe pulmonaire. Il faut que vous soyez bien persuadés que, dans un pareil traitement, les moyens pharmaceutiques, quoique puissants, occupent cependant le second rang, et qu'il faut placer avant eux la cure thermale et les moyens hygiéniques. C'est donc sur ce point que votre attention doit être surtout appelée, si vous voulez obtenir, dès le début de l'affection, et avant qu'elle ait pris droit de demeure dans l'économie, un effet durable et persistant.
situé à 6 kilomètres de Cliambéry, Ce sont des eaux froides, sulfurées sodiques et iodo-bromurées. il existe trois sources : la Grande Source, la
Petite Source et celle du Puits. Leur température varie de 9°, 5 à 8 degrés.
Voici, d'après Willni, l'analyse de ces eaux pour 1 litre :
Grande Source. Petite Source.
Titré sulfliydrométrique : soufr
Gaz acide carbonique.
Azote.
„. >, t Carbonate de calcium Depot
Principes dissous
( Carbonate de magnésium
Silice
Alumine
Sulfhydrate de sodium..
Carbonate de sodium . . .
Sulfate de sodium
Chlorure de sodium
Bromure de sodium . . . .
lodure de sodium. . . . . .
Marlioz (Savoie, France), à 2 kilomètres d'Aix-les-Bains. Eaux froides, sulfurées sodiques. H y a trois sources : celles d'Esciilape, d'Adélaïde et de Bonjean. La température lie l'eau est de 14 degrés.
Willtn groupe ainsi les éléments qui constituent 1 litre de cette eau ;
Carbonate de sodium ... 0'J''.192o
Sulfhydrate de sodium.. 0.0295
Sulfate de sodium 0 . 2631
— de calcium 0 . 0605
Chlorure de magnésium. 0 .0640
lodure de sodium ...... 0 . 0015
Silice 0 . 0260
Albumine 0.0024
eaux de Saint-IInnoré. — Constantin l^aul. Du traitement de la bronchite che& les arthritiques {Ann. de la Société dliydrol. méd., t. XXIV, 1879). . (a) H. Cazalis, Ueau de Challes et ses principales indications, 1876. — E. Willni, Analyse des eaux de Challes, 1878. — Ed. Willm, Sur la composition des eaux d'Aix et de Marlioz {Bull, de la Société chimique. Paris, 1879).