II
De l'iodure d'éthyle.
vice; notre élève, le docteur Marsset a même consacré à l'étude de cette euphorbe sa thèse inaugurale {a).
J'administre Teuphorbia pilulifera sous forme de teinture et j'en donne iO h 20 gouttes par jour en ayant soin d'étendre ces gouttes dans un véhicule aqueux abondant pour éviter l'action irritante de cette euphorbe sur la muqueuse de l'estomac; j'en ai tiré quelquefois de bons effets dans la dyspnée asthmatique.
On emploie aussi le papier nitré et les papiers antiasthmatiques que l'on brûle sur une assiette, dans la chambre du malade et près de son lit. Sée leur préfère de beaucoup l'iodure d'éthyle (1), dont il fait respirer au malade de 5 à 10 gouttes lors de l'accès dyspnéique.
Au point de vue pharmaceutique, on peut se servir des préparations suivantes : soit de l'extrait hydro-alcoolique de la plante que l'on donne alors à la dose de 10 centigrammes par jour, soit da la décoction, comme le fait le docteur Tison, qui fait ainsi bouillir 15 grammes de plantes sèches dans 2 litres d'eau, et dont il donne trois et quatre verres à bordeaux par jour. Dujardin Bcaumetz se sert exclusivement de la teinture, dont il donne de 10 à 20 gouttes par jour.
(1) L'iodure d'éthyle a été découvert en 1825, par Gay-Lussac. C'est une combinaison à parties égales d'alcool et d'cide iodhydrique. Cet éther, qui a pour formule atomique C^H^l, bout à 64 degrés.
C'est Huette qui, l'un des premiers, a proposé en 1850 de substituer aux inhalations d'iode dans la
phthisie pulmonaire celles de l'éther iodhydrique.
Depuis, il n'avait pas été employé en thérapeutique. C'est Germain Sée qui a repris de nouveau ce médicament, et qui l'a appliqué à la cure des accès d'asthme. Sée a remarqué que, lorsqu'on fait respirer quelques gouttes d'iodure d'éthyle, on constate une plus grande facilité de la respiration, et ce phénomène persiste pendant quelques heures. 11 n'exisie aucun effet anesthésiant ni soporifique.
Très fréquemment il survient un accès de toux au début de l'inhalation.
D'après Rabuteau, l'iodure d'éthyle est un anesthésique cfont l'action est moins rapide que celle du chloroforme, mais se prolonge plus longtemps. Il se décompose dans l'économie en iodure de sodium et en alcool (6).
a) Marsset, Co7itribution à l'Etude botanique et thérapeutique de l'Euphorbia, Th. de Paris, 1884.
(b) Huette, Thèse de Paris, 1850. — G. Sée, Du traitement de l'asthme par
Plus récemment encore, Germain Sée a proposé d'em- ^^ '* nndim. ployer la pyridine (1) qu'il considère comme supérieure aux injections de morphine pour arrêter l'accès asthmatique. Voici comment s'administre cette pyridine : On verse 4 à 5 grammes de cette pyridine sur une assiette après avoir eu soin de placer le malade dans une chambre close jaugeant 25 mètres cubes environ et trois fois par jour on fait séjourner
(1) La pyridine est une base que l'on retire de la distillation des os, des scliistes bitumineux, du goudron de houille et même du tabac. Elle a pour formule C'H'Az. C'est une triamine qui constitue le premier terme d'une série do bases analogues, la picoline, la lutidine, la coUidine, etc.
La pyridine est un liquide incolore très mobile et d'une odeur particulière très pénétrante ; elle constitue avec les acides des sels tels que l'azotate, le bromhydrate, etc.
Expérimentée par Sée et par Bochefontaine sur des grenouilles ou des cobayes, les expériences démontrèrent d'une façon irréfutable la diminution de la réflectivité de la moelle et du centre respiratoire ou bulbe ; elles prouvèrent un autre fait non moins important qu'on observe chez le chien; à l'état normal, la pression sanguine qui est de 14 centimètres de mercure, monte à 32 par l'excitation centrale des pneumogastriques sectionnés au cou; après des injections d'un gramme de pyridine (nitrate) pratiquées vingt fois, la tension artérielle tombe graduellement, et si alors on répète l'excitation centripède des nerfs grands sympathiques, la pression reste invariable; c'est que la substance grise du bulbe a perdu son pouvoir réflexe.
L'effet de la faradisation des nerfs cardiaques, avant comme après l'injection, c'est l'abaissement de la pression jusqu'à 2 centimètres de la colonne mercurielle.
Administrée eninhalationsla pyridine fait disparaître complètement chez certains malades leurs accès de suffocation. Chez d'autres, l'action physiologique des inhalations l'atténue au bout de six à dix jours ; il devient alors utile d'y adjoindre le traitement ioduré.
Les observations de Germain Sée, au nombre de quatorze (trois femmes et onze hommes, âgés de trente à soixante-huit ans) portent sur neuf asthmatiques et cinq cardiaques. Dans trois cas d'asthme nerveux, les accès disparurent complètement après huit à quinze jours de traitement. Chez les trois autres malades atteints d'asthme catarrhal avec emphysème datant d'au moins un an, les accès devinrent moins intenses et moins fréquents.
Le septième cas se rapporte à une bronchite grave anciennne, putride avec dilatation des bronches ; le malade est en voie de guérison. Le huitième cas a trait à un asthme permanent datant de l'enfance; amélioration très marquée. Enfin le neuvième cas se rapporte à un asthme ayant douze ans de date; le malade
l'iodure de potassium et l'iodure d'éthyle {Bull, de Tliérap., 1878, t. XCIV, p. 97).
— Gougeon, Traitement de L'asthme et de V emphysème par l'iodure de potassium.
— Rabuteau, Gaz. des hop., 1878.
le malade dans cette chambre pendant vingt à trente minutes.
Telles sont, messieurs, les principales indications du traitement de l'asthme; elles sont, comme vous le voyez, nombreuses et méritent toute votre attention. Je me propose de terminer ces quelques leçons sur les maladies du poumon par l'étude de la thérapeutique de la phthisie pulmonaire.
fut obligé, à cause des vertiges et des nausées, de suspendre son traitement.
La deuxiènae catégorie comprend cinq cas d'asthme cardiaque, tous compliqués d'œdème et d'albuminurie, la plupart avec une hypertrophie du cœur droit, les deux autres avec une lésion concomitante de l'aorte et une insuffisance des valvules aortiques destinées à ne fermer plus la communication avec le cœur gauche. Tous ces cardiaques accusèrent une amélioration immédiate et très prononcée au point de vue de la respiration qui était entravée.
I. — Quelle que soit la forme de l'asthme, qu'il soit primitif ou d'origine goutteuse ou dartreuse, l'ioduration constitue la vraie méthode curative. Quand l'iodisme survient, c'estla pyridine qui trouve son emploi et doit être considérée comme le moven le
plus certain de guérir les accès :
c'est le meilleur palliatif, l'iode est le remède efficace.
II. — La pyridine est supérieure à l'injection de morphine, son action est plus durable est plus inoffensive.
Dans l'asthme neuro-pulmonaire simple, on peut faire cesser ainsi les accès d'une manière complète. Dans l'asthme grave compliqué des lésions pulmonaires permanentes la durée du traitement doit dépasser huit à dix jours pour consolider l'amélioration obtenue. Lorsqu'il s'agit enfin de l'asthme cardiaque avec ou sans complications rénale et hydropique, la pyridine peut encore rendre les plus grands services pour combattre le plus persistant, le plus pénible des phénomènes qui tourmentent les cardiaques : c'est l'oppression soit contenue soit paroxystique (a).
(a) Germain Sée. Traitement de l'asthme névro-pulmonaire et de Vasllime cardiaque par la pyridine. [Acad. des sciences, Séance du 2 mai 1885).
NEUVIEME LEÇON
Sommaire. — Du traitement de la phthisie. — Difficulté du sujet. — Cura,bilité delà phthisie. — Curabilité définitive. — Curabilité relative. — Division des médicaments. — Médication antiparasitaire. — Du benzoate de soude. — Du microbe de la tuberculose. — De la créosote. — Des balsamiques. — Des opiacés. — Des expectorants. — Des inhalations médicamenteuses. — Des pulvérisations. — De la médication révulsive. — Des médicaments agissant sur la nutrition. — De l'arsenic. — Des huiles de foie de morue. • — Des phosphates. — Du fer. — Du traitement des symptômes et des complications. — Du traitement de l'hémoptysie. — Des astringents végétaux et minéraux. — Du traitement des sueurs. — De l'atropine. — De l'agaric. — Du phosphate de chaux. — Du traitement de la diarrhée. — Du traitement de la fièvre. — Des traitements antiseptiques. — Du traitement thermal. — Des eaux sulfureuses. — Leur action. — Indications et contre-indications. — Des eaux arsenicales.
Ce n'est pas sans de nombreuses hésitations que j'aborde aujourd'hui ce sujet, si important, du traitement des phthisiques. J'avais bien des raisons pour être hésitant : d'abord, la phthisie pulmonaire est une phase locale d'une maladie généi^ale, la tuberculose, et il eût été plus logique et peut-être plus instructif, même au point de vue thérapeutique, d'étudier la marche des tubercules dans tous les points de l'économie. De plus, la phthisie pulmonaire est une de ces maladies que nous observons malheureusement trop souvent il est vrai'' dans nos salles d'hôpital, mais qui se prête peu, dans ces conditions spéciales hospitalières, à des études thérapeutiques.
J'ai vu bien peu de tuberculeux améliorés dans mon service, malgré les soins les plus attentifs dont je lésai entourés, et cela résulte des conditions nosocomiales défectueuses dans
lesquelles ils se trouvent placés ; l'hôpital est donc un mauvais terrain pour juger les moyens thérapeutiques dirigés contre la phthisie. Je ne pouvais donc, comme je l'ai fait pour les autres leçons, baser mon dire sur des faits que vous puissiez constater chaque jour, et j'étais obligé de m'en rapporter à la pratique de la ville. Enfin une découverte de la plus hauteimportance, celle du principe contagieux de la phthisie faite par Koch en 1882, vient de révolutionner les notions jusqu'ici acquises sur la tuberculose.
Mais vous avez insisté près de moi pour que je vous expose ce traitement, qui, dans la pratiqu, vu le nombre toujours croissant des phthisiques, a une importance capitale, et j'ai cédé à vos désirs. Mais n'attendez pas de moi des leçons très étendues sur de pareilles matières ; il faudrait un volume pour exposer d'une façon complète le traitement de la tuberculose pulmonaire; je serai donc bref, et vous dirai non ce que l'on a fait, mais ce qui me paraît le plus utile de faire dans la cure des phthisiques; j'y consacrerai deux leçons; dans l'une je vous enseignerai les moyens pharmaceutiques dont vous pouvez disposer; dans l'autre, beaucoup plus importante, je vous exposerai le traitement hygiénique de la phthisie pulmonaire. De Cependant il est une question préalable à vider, avant
d'entrer dans le cœur même de notre sujet : c'est de savoir la phthisie. quelles sont les conditions de curabilité dans la phthisie.
La phthisie est curable, cela est un fait indéniable, et on peut dire même qu'elle est curable à toutes ses périodes. Cela est basé, d'une façon indiscutable, sur les observations chniques et même sur les constatations nécroscopiques; d'une part, des individus possédant des cavernes tuberculeuses, observés pendant la vie avec le plus grand soin, ont vu leurs symptômes cavitaires disparaître ; de l'autre, nous trouvons souvent, à l'autopsie, des cicatrices résultant d'anciennes cavernes pulmonaires.
la curabilité de
D'ailleurs Grancher nous a montré d'une façon très nette, en se basant sur l'étude histologique même du tubercule (1), cette marche spontanée vers la guérison. La granulation
(1) Rien des théories, bien des opinions ont été émises sur le tubercule et la tuberculose, qu'on divisait et subdivisait. Portai admettait quatorze espèces de phthisies, Rayle en décrivait six. Aujourd'hui, depuis Laënnec, en France on admet généralement l'unité de la phthisie, en Allemagne la dualité.
Laënnec refusait au tubercule la nature inflammatoire, et le considérait comme une production accidentelle, une sorte de parasite organisé, vivant; pour d'autres, le tubercule était ou du sang transformé, ou du pus.
En 1845, Lebert décrit le corpuscule tuberculeux et admet la spécificité du tubercule. En 1856, parait le travail de Reinhardt, qui démontre la nature inflammatoire du tubercule, et cette opinion est admise par beaucoup de médecins; en France, elle est adoptée par Cruveilhier et par Andral. En 1854, Robin, en France, étudie avec Lorain le tubercule et la granulation tuberculeuse, qu'il considère comme un produit spécial difl'érent du tubercule. Virchow, à Rerlin, étudie la caséification et décrit alors la granulation comme étant la seule expression anatomique de la tuberculose : pour lui, la caséification n'a rien qui appartienne spécialement à la tuberculose et la pneumonie caséeuse ne ressemble pas au tubercule.
Cette opinion, admise par Niemeyer, Hoffmann, Rindfleisch etbeaucoup d'auteurs allemands, a été fortement combattue et l'objet de travaux remarquables. Les mémoires
importants de Grancher, Hérard et Thaon, les leçons du professeur Charcot ont nettement démontré la nature tuberculeuse de la pneumonie caséeuse, et, en France, l'unité de la phthisie paraît à peu près universellement admise.
Virchow considère la granulation comme ayant une origine lymphatique, et pour certains auteurs, toujours ou presque toujours, le tubercule débute dans des vaisseaux et les ganglions lymphatiques ; Rindfleisch décrit la tuberculose pulmonaire sous le nom de lymphangite noueuse.
A côté de cette opinion, il en est une qui a eu et a encore surtout en Allemagne de nombreux défenseurs; c'est celle qui fait de la cellule géante la caractéristique du tubercule et a donné naissance à la théorie de la tuberculose locale. Pour quelques autres, en eff'et (Koster et Friedlinder), toutes les tumeurs qui contiennent des cellules géantes, des Riesenzcllen, sont de la tuberculose locale. Cette opinion est fort combattue et les travaux de llering, Thaon W. Fox, Heindenhain, Ziegler, Weiss, Jacobson montrent que ces cellules ne doivent pas être considérées comme tuberculeuses et qu'on les rencontre dans beaucoup de produits qui n'ont rien de tuberculeux.
Grancher définit le tubercule : une néoplasie fibro-caséeuse, nodulaire et caractéristique d'une maladie diathésique; la tuberculose se développant dans les poumons sous trois formes cliniques différentes : forme aiguë ou pneumonique (pneumonie
tuberculeuse donne lieu, en effet, à deux processus : l'un qui amène sarégressiongranulo-graisseuse; l'autre, au contraire, véritable travail cicatriciel, qui permet aux tissus de réparer l'ulcération tuberculeuse. Malheureusement, le plus souvent, de ces deux processus à tendances opposées, c'est le premier qui l'emporte et, par suite de poussées successives, la phlhisie suit une marche progressive et fatale.
Cependant, dans certaines circonstances, le processus
tuberculeuse), forme lente ou commune, forme aiguë ou granuleuse.
Le tubercule est une néoplasie d'abord embryonnaire, composée de cellules formant un petit nodule microscopique, et pouvant devenir fibreux et constituer la granulation grise ou devenir caséeux et constituer la granulation jaune ou tubercule miliaire jaune : dans ce dernier cas, si les granulations sont confluentes dans un poumon, elles se fusionnent et vont constituer le gros tubercule pneumonique. Dans certains cas, on peut rencontrer ces deux états dans le même individu.
Dans la pneumonie tuberculeuse à marche rapide, on ne trouve que les tubercules miliaires fusionnés pour constituer le gros tubercule pneumonique ; dans la phthisie suraiguë, dans la phthisie suffocante, on ne voit souvent que des granulations grises ; dans les phthisies rapides, catarrhales ou broncho-pneumoniques, on rencontre les granulations grises et les tubercules miliaires, et ces derniers forment, par places, des lobules de broncho-pneumonie tuberculeuse, c'est-à-dire histologiquement des tubercules pneumoniques (Grancher).
Grancher considère le tubercule pneumonique comme une affection localement plus grave que la granu-
lation miliaire; il est à proprement parler une maladie d'organe et la granulation est une véritable graine de diathèse qui va répandre le poison tuberculeux dans toute l'économie.
Le tubercule pneumonique, s'il guérit, se limite par une coque fibreuse et subit en son centre la dégénérescence calcaire : le tubercule miliaire peut guérir par sclérose et cette guérison est une loi de l'évolution du tubercule. « Toute granulation qui se développe lentement devient fibreuse et guérit, c'està-dire se transforme en un produit anatomique scléreux et inoffensif. »
(Grancher.)
Pour H. Martin, qui admet pour le poumon deux formes distinctes de la néoplasie tuberculeuse : tubercules, petites cellules rondes ou caséo-sarcomateuses, tubercules à cellules géantes ou caséo-épithéliales, « l'inflammation est la cause unique du tubercule pulmonaire, qui n'est en somme qu'une variété de pneumonie, tout comme il ne serait qu'une variété d'hépatite, s'il siégeait dans le foie ; une variété d'orchite, s'il avait le testicule pour siège...» Le tubercule n'étant qu'une inflammation parenchymateuse du poumon, ses caractères spéciaux sont dus à l'existence et au mode de combinaison de l'endartérite, de l'endo-
fibreux ou cicatriciel domine et, s'il ne se fait pas de nouvelles productions de granulations tuberculeuses, le malade guérit d'une façon complète et définitive. Mais, si la phthisie est curable, elle l'est plus ou moins, et ce sont ces conditions dont je vais vous dire maintenant quelques mots.
Au point de vue de la curabilité (1), la tuberculose se divise en deux groupes : dans l'un, la phthisie est acquise; dans l'autre elle est héréditaire, la première étant infiniment plus
bronchite et de l'endalvéolite, de sorte que le mot de tubercule est absolument synonyme de pneumonie tuberculeuse.
En résumé, dit Martin, « le tubercule pulmonaire est une artéro-broncho-pneumonie, caractérisée par la marche et le mode de combinaison des lésions prolifératives qui évoluent simultanément dans les vaisseaux, les bronches et les cavités alvéolaires. »
Aujourd'hui que nous connaissons le bacille de la tuberlose nous savons quelle est la cause de cette inflammation spéciale et oomme l'ont montré les recherches de Cornil et de Babes, c'est la présence du bacille tuberculeux qui provoque cette inflammation particulière dans les parois du réseau capillaire et cela s'observe surtout parfaitement à propos de la tuberculose méningée.
(1) Jaccoud étudie les conditions de la curabilité de la phthisie dans trois chapitres distincts: celles qui résultent de l'étiologie, celles qui résultent de la forme anatomique, celles qui résultent des symptômes que présente le malade.
Au point de vue étiologique, il distingue trois espèces de phthisies :
la phthisie héréditaire, la phthisie innée et la phthisie acquise.
La phthisie héréditaire est la
moins accessible à la thérapeutique, mais elle est surtout tributaire d'un traitement prophylactique. La phthisie innée est celle qui résulte de ce que les parents, tout en n'étant pas tuberculeux, sont cependant affaiblis par la scrofule, la syphilis, le diabète, l'alcoolisme, ou par tout autre cau?e d'épuisement de l'organisme.
Celle-ci est moins incurable que la précédente et est encore sous la dépendance d'un traitement prophylactique. Quant aux phthisies acquises, il faut les diviser en deux groupes ; dans l'un, la phthisie est primitive et résulte de la débilité générale :
ce sont les plus curables de toutes les phthisies, surtoutlorsqu'ellessont tardives. Les phthisies acquises secondaires résultent des conditions diathésiques, comme la scrofule, l'arthritisme, la syphilis. Toutes ces phthisies sont incurables.
Quant à la forme anatomique Jaccoud distingue deux formes: la granulose lente ou forme commune et la forme pneumonique, la forme pneumonique étant beaucoup plus curable que la forme granuleuse.
Au point de vue des phénomènes symptomatiques qui influent sur la maladie, il faut placer en première ligne : les accidents gastro-intestinaux, les lésions pharyngées et l'intensité de la fièvre, qui sont ton-
curable que la seconde. De plus les chances de curabilité sont d'autant plus grandes que les lésions seront moins avancées et surtout que les poussées tuberculeuses seront plus rares, et comme ces poussées sont toujours accompagnées de fièvre, on peut dire d'une façon générale que chez un tuberculeux, moins il y a de fièvre, plus il y a de chance de guérison.
Curabilité Jusqu'ici ie ne vous ai parlé que de la curabilité complète
relative. . . . . . • .
de la phthisie; mais au point de vue thérapeutique, il est une curabilité relative qui a la plus haute importance; nous pouvons, en effet, non pas guérir complètement le phthisique, mais lui permettre de vivre longtemps avec sa lésion, et nous voyons chaque jour des tuberculeux atteindre un âge avancé, quoique porteurs de lésions pulmonaires assez étendues, et cela grâce à un traitement méthodique et surtout hygiénique. Vous devrez donc vous efforcer d'atteindre, chez vos malades, ces deux buts : curabilité complète, ce qui vous arrivera bien rarement; curabilité relative, que vous* obtiendrez beaucoup plus fréquemment.
Quels sont les moyens pharmaceutiques que vous pourrez employer pour atteindre votre but? Pour vous les exposer le plus brièvement possible et dans les conditions même où je me suis placé, je vais suivre le phthisique dans les diverses manifestations qu'il présente et voir quelles sont les différentes médications que nous pouvons opposer à ces divers symptômes.
Lorsqu'on embrasse d'un coup d'œil général les différents
tes des circonstances aggravantes. périodes de rémission plus ou
Peter distingue trois formes chro- moins prolongées, qui sont moins cu-
niques de la tuberculose : les formes râbles; enfin la forme pyrétique sans
apyrétiques, les plus curables; les rémission de fièvre, qui est intrai-
formes incidemment pyrétique avec table (a).
(a) Jaccoud, Curabilité et Traitement dé la phthisie pulmonaire. Paris, 1881. — Peler, Leçons de clinique médicale, t. II, 1879.
agents thérapeutiques qui ont été conseillés contre la tuberculisation pulmonaire, on voit qu'ils peuvent être groupés en trois grandes classes : les uns s'adressent à l'élément tuberculeux lui-même, ou pour parler plus exactement à l'agent virulent de la maladie, au bacille de la tuberculose: ce sont de véritables médications spécifiques ou antimicrobiennes; les autres aux complications pulmonaires; enfin, les troisièmes, à l'état général du malade et à sa nutrition. Examinons chacun de ces groupes.
Les récents travaux sur la tuberculose ont fait faire un pas .^'î ^''""^ ^^
■i la tuberculose.
considérable à la phthisie et nous connaissons aujourd'hui d'une façon précise la nature de ce tubercule. Villemin en nous montrant la contagion du tubercule avait placé (1) la phthisie dans les maladies virulentes contagieuses et transmissibles; de là à la nature parasitaire de la maladie, il n'y avait qu'un pas, il a été franchi par Klebs, Toussaint et Koch. Ce dernier, dans son remarquable travail paru en 1882, nous a montré l'existence du bacille de la tuberculose et par des expériences conduites avec le plus grand soin
(1) Depuis les travaux de Villemin Toussaint, en 188d, a obtenu aussi (1865) qui a montré l'inoculabilité un autre organisme transmissible de la tuberculose, on a recherché la par l'inoculation ; ce serait un microcause de cette contagion. Klebs a coccus qui n'offrirait guère qu'un découvert, en 1876, une bactérie à diamètre de 0'^'",0001 à O-^^jOÛO^. laquelle il a donné le nom de monas Koch, en 1882, atrouvéun troisième tuberculosum. Cette bactérie se pré- organisme auquel il a donné le nom sente sous forme sphérique à peine de bacillus tuberculosus, ou bacillus visible même avec un grossissement A^oc/mï. Ce bacillus serait différent de de 1200 diamètres. Ce microrga- celui de Toussaint puissqu'il a un nisme a été cultivé et aurait trans- diamètre de 0""",002 à O'^'^jOOS. Ce mis la tuberculose par des injections bacillus, inoculé à des cochons d'Inde trachéales. Reinstadler en a fait en et à d'autres animaux a développé 18791e sujetd'un mémoire important. toujours la tuberculose (a).
(a) Villemin, Etude sur la tuberculose. Paris, 1868, p. 620. — Reinstalder (F. -A.), Ueber Impftuberculose (Archiv. f. experimentelle Pathologie und Pharmakologie von Klebs, ImWci 1879. • — Toussaint, Sm/' le parasitisme de la tuberculose {Comptes rendus de l'Acad. des se, août 1881, p. 350). — Koch, Berliner kli7iische Wochenschrift, 10 avril 188-2.
556 LEÇONS 1>E CLINIQUE THERAPEUTIQUE.
il nous a indiqué le moyen de cultiver ce schyzomicète.
Aujourd'hui tout le monde est d'accord, médecins, physiologistes, hygiénistes, pour reconnaître que l'agent infectieux de la phthisie pulmonaire réside dans ce bacille et la phthisie doit être désormais rangée dans le groupe des maladies parasitaires.
Cette découverte du bacille a pris une telle importance que lorsque vous voudrez affirmer le diagnostic, vous devrez toujours rechercher avec le plus grand soin la présence du bacille de la tuberculose dans l'expectoration de vos phthisiques et leur présence ou leur absence vous permettront d'affirmer ou d'infirmer votre diagnostic. Ces moyens de recherche sont d'ailleurs des plus faciles et vous les voyez chaque jour employés dans ce service et, sans être très au courant des pratiques microscopiques, vous pourrez toujours arriver à la constatation de ces bacilles en suivant scrupuleusement les règles qui sont adoptées dans notre laboratoire par mon excellent élève, le D' Sapelier. Je lui donnerai, à ce propos, la parole à la fin de cette leçon.
Les agents médicamenteux que nous allons mettre en usage dans le traitement de la tuberculose devant avoir pour effet de s'opposer au développement des bacilles ou de les détruire, ils devront donc tous appartenir au grand groupe des médicaments aseptiques. Mais avant d'aller plus loin, il me paraît nécessaire d'exposer les recherches expérimentales qui ont été faites à ce sujet; pour ne pas donner à ce sujet un trop grand développement je ne \ous parlerai que des travaux faits en France;ilssuffiront d'ailleurs amplement à ma démonstration. Recherches Hippolytc Martîu a d'abord établi ce premier fait, c'est que
expérimentales ^
sur le bacille par l'inoculatiou nous avons le meilleur moyen de recon-
tuberculeux. , . ,
naître la nature réelle du tubercule. Lorsqu on inocule, en effet, à des animaux, cobayes ou lapins, des corps étrangers ou septiques, on détermine chez ces animaux des granula-
tions plus ou moins généralisées dans tous les viscères et qui macroscopiquement et microscopiquement sont identiques aux tubercules.
Mais ce qui permet de distinguer ces pseudo-tubercules du vrai tubercule, c'est qu'ils sont impuissants à reproduire la même affection chez d'autres animaux, tandis qu'au contraire, le vrai tubercule reproduit pour ainsi dire indéfmiment chez les animaux auxquels il est inoculé la tuberculose; de telle sorte qu'avant même la découverte du bacille, dès 1881, Hippolyte Martin avait pu établir expérimentalement cet axiome : Le tubercule engendre seul le tubercule.
11 résulte de ces expériences ce fait capital : que lorsque l'on voudra juger de la valeur réelle des substances antiseptiques sur la destruction du bacille de la tuberculose, il ne suffira pas de pratiquer une seule inoculation, cette seule inoculation pouvant entraîner la production de granulations pseudo-tuberculeuses, mais bien des inoculations par série, et tous les expérimentateurs qui n'ont pas pris soin d'éviter ces causes d'erreur, devront considérer leurs résultats comme sujets à discussion.
Renouvelant les expériences d'Arloing, Cornevin et Thomas (1), qui avaient essayé contre les bactéries charbonneuses
(]) Hippolyte Martin expérimente tité donnée du médicament à ex-
particuliérement sm' le cobaye et il périmenter, et c'est ainsi qu'il a
injecte dans le péritoine de ces ani- expérimenté l'acide salicylique, le
maux les liquides à expérimenter. Il brome, l'acide phénique, la créosote,
a toujours soin, lorsque l'animal suc- la quinine et le sublimé,
combe avec des granulations généra- Pour l'acide salicylique, les solu-
lisées, d'inoculer ces granulations à tions à 1/500 sont impuissantes à
d'autres cobayes et il constate alors détruire le tubercule. Le brome
si les granulations transmettent la en solution à 1 pour 10 000 et à
tuberculose. 1 pour 1000. Ce nombre est tout
Voici commentil procède : il écrase aussi inefficace ; à 1/500, l'action sc-
et presse des portions de viscères rait plus marquée, mais à ce degré
criblés de tubercules, et le suc qui ses solutions sont caustiques. Pour
sort de cette pression est mis dans l'acide phénique, les solutions au
du liquide amniotique frais de bre- millième n'ont aucun effet, et à 3
bis, que l'on additionne d'une quan- ou 6 pour 100, l'action est douteuse,
les différents agents antiseptiques, Hippolyte Martin a, de son côté, expérimenté ces mêmes agents contre le bacille de la tuberculose. Il a montré que l'acide salicylique, le brome, la créosote, l'acide phénique, la quinine et même le sublimé étaient impuissants à détruire le bacille tuberculeux, l'acide fluorhydrique seul serait capable de le faire à la dose de 1 pour 3000.
Les expériences faites par le professeur Goze et le D' Simon (deNancy) viennent confirmer entièrement celles d'Hippolyte Martin et leurs résultats ont été tout aussi négatifs (1).
mais les effets caustiques sont manifestes. La créosote si vantée dans les affections tuberculeuses, n'a pu détruire le bacille de la tuberculose, soit même à 1 pour 1000. II en a été de même pour la quinine. Enfin, le sublimé, que l'on considère à juste titre comme un des plus puissants antiseptiques, s'est montré même à la dose de 1 pour 1000 sans action sur le micro-organisme de la tuberculose.
L'acide fluorhydrique seul à la dose de 1 pour 3000 et même de 1 sur 4000 détruirait le tubercule. La chaleur lorsqu'on dépasse 85 degrés aurait le même effet (a).
(1) Le professeur Coze et le D"' Simon ont divisé leurs recherches en trois groupes : dans une première série, ils ont mélangé 40 centigrammes de crachats de phthisiques dans lesquels ils avaient préalablement constaté la présence de bacilles, avec différentes substances antiseptiques, puis après un contact de qua-
quarante-huit heures, ils ont injecté ces mélanges à des cobayes dans la région de l'aine.
Dans une seconde série d'expériences, ils injectaient la matière tuberculeuse seule, puis ils pratiquaient immédiatement après, et cela pendant plusieurs jours, des injections antiseptiques au niveau même de la première inoculation tuberculeuse.
Enfin, dans une troisième série d'expériences ils ont essayé si l'on pouvait, chez des animaux en pleine voie d'évolution tuberculeuse, arrêter le développement de la maladie.
Ils ont ainsi expérimenté dans leurs trois séries d'expériences le sublimé, l'eucalyptol, l'hydrogène sulfuré, la créosote, l'hélénine, le thymol, etc.
Les deux dernières séries de recherches n'ont donné que des résultats négatifs, et pour la première la créosote seule leur paraît avoir entravé le développement local de la tuberculose (b).
(a) Hippolyte Martin, Sur la transformation du tubercule vrai ou infectieux en corps étranger inerte sous Vinfluence de hautes températures et de réactifs divers {Arch. de physiol., 1881, p. 93; Revue de niédecine, t. II, novembre 1882, p. 905, et t. III, octobre 1883, p. 209).
(b) Cozc et Simon, Recherches de pathologie et de thérapeutique sur la tuberculose {Bull, de Thérap., 1884, t. CVI, p. 241).
Cependant tous les expérimentateurs ne sont pas arrivés à ces mêmes conclusions, et je dois citer tout particulièrement les expériences de Vallin qui a montré que l'acide sulfureux à raison de 30 grammes et le sublimé à i pour 1000 détruisaient les propriétés virulentes des bacilles tuberculeux (1) ainsi que les recherches de Niepce (d'Allevard) et de Pilate qui considèrent l'acide sulfhydrique comme pouvant produire le même résultat (2).
Que faut-il conclure de toutes ces recherches expérimentales? Faut-il admettre que chez l'homme le bacille de la tuberculose résiste à tous nos moyens thérapeutiques? Nullement, messieurs, ces expériences nous montrent que chez des animaux, tels que le cobaye et le lapin, qui présentent pour le développement de la tuberculose un terrain extraor-
(1) Vallin (a), dans une communi- sont imbibées d'eau distillée, et le
cation faite en 1883 à l'Académie de liquide obtenu par expression est
médecine, a montré que le soufre à injecté dans le péritoine de cobayes
la dose de 30 grammes par mètre bien portants.
CLibe détruit les propriétés virulentes (2) Niepce a soutenu que l'acide
du suc tuberculeux. Le sublimé aurait sulfhydrique détruisait les bacilles
la même action à la dose de 1 pour de la tuberculose dans les crachats
1000 même à 1 pour 2000, ses effets des phthisiques et que ces cra-
seraient inefficaces; enfin lenitrosyle chats ainsi modifiés par l'acide sul-
à la dose de 66 centigrammes par fhydrique devenaient impuissants à
mètre cube amènerait aussi la neu- inoculer la tuberculose aux ani-
tralisation du suc tuberculeux. maux.
Le procédé de Vallin est un peu Un élève de l'école de Montpellier,
différent de celui d'Hippolyte Martin. le D'' Pilate, a repris, avec l'aide des
Il se sert de bandelettes de papier à D"^" Cavalier et Mairet,les expériences
filtre imbibées d'eau distillée, entre de Niepce et il affirme que de tous
lesquelles on écrase des produits les agents qu'il a mis en expériences
tuberculeux, puis on dessèche ce tels que l'iodure mercurique, le
papier à l'air libre, et on le soumet sublimé, l'hélénine, le thymol, l'iode,
ensuite à l'action de divers agents l'acide phénique, l'acide borique, le
désinfectants, puis ces bandelettes plus actif est l'acide sulfhydrique (6).
(a) Vallin, Note sur les neutralisants du suc tuberculeux [Revue d'hygiène, 1883, n" 2, p. 89).
(b) Niepce, Etude clinique sur les eaux sulfureuses d'Allevard. — Pilate, Recherches expérimentales sur le bacille de la tuberculose. Th. de Montpellier, 1885.
dinairement favorable, nos agents médicamenteux se montrent impuissants à détruire ce bacille. Mais il n'en est plus de même lorsqu'on opère sur des espèces qui résistent mieux au développement de ce bacille, comme le chien, par exemple, et ici nous voyons les inoculations bacillaires échouer bien souvent; il en est de même chez l'homme, et avant comme après la découverte de Koch, nous possédons des observations non douteuses de phthisie bacillaire parfaitement guérie. Aussi, tout en reconnaissant les utiles indicacations fournies par les recherches expérimentales, il faut, pour en apprécier la juste valeur se rapporter toujours à l'observation clinique.
Tinitement La découvcrtc du bacille et les expériences que nous venons
umibacillaire. • t
d enumérer nous mdiquent les \oies thérapeutiques que nous devons désormais suivre et qui comprennent deux routes principales : l'une par laquelle nous tâcherons de nous opposer par des moyens médicamenteux à la multiplication des bacilles, et l'auLre par laquelle nous nous efforcerons de modifier, par des moyens hygiéniques, le terrain de culture de ces mêmes bacilles.
Le professeur G. Sée, dans son ouvrage sur la phthisie bacillaire, a d'ailleurs insisté sur la nouvelle direction que devait suivre la thérapeutique de la tuberculose depuis la découverte de Koch et sur les conditions que devaient remplir les agents antivirulents, qu'il appelle nêcrophy tiques, pour atteindre leur but (1).
Nous allons donc examiner rapidement les différents agents
(1) Voici pour Sée quelles sont les les limites du cantonnement pulmo-
indications générales du traitement naire et cela à l'aide du traitement
de la phthisie bacillaire (a). anliparasitaire.
i" Empêcher les parasites de vivre 2° Il faut que les moyens antipa-
ou de se multipUer ou de franchir rasitaires tout en étant destructeurs
(a) G. Sée, Considérations générales sur le traitement antivirulent de la phthisie {Bull, de Thérap., 1884, t, CVU, p. 49, et Phthisie bacillaire. Paris, 1884).
pharmaceutiques qui peuvent détruire le bacille de la tuberculose, en un mot nous allons établir les bases de la médication antiparasitaire. Ces médicaments sont : le benzoate de soude, le sublimé, la créosote, l'iode, l'iodoforme, les balsamiques.
Ces médicaments peuvent être introduits par différentes voies. On peut les administrer à l'intérieur ou bien les introduire par des inhalations et des pulvérisations, ou bien même, comme on l'a pratiqué en Allemagne, on peut les injecter directement dans la caverne pulmonaire. Je n'insisterai pas sur ce dernier mode de traitement, dit traitement chirurgical de la tuberculose, et les quelques tentatives faites en Allemagne, par Hiller; en France, par Lépine et Turc (a) n'ont donné jusqu'ici aucun résultat favorable.
Passons maintenant aux médicaments antiparasitaires que du benzoate
. do soude.
l'on prend à Imterieur. En Allemagne on a beaucoup vanté le benzoate de soude, et on a voulu baser, sur des expériences bien discutables de Schueller (de Greifswald) (i),
du parasite soient reconstituants de et chez lesquels il introduisait des
l'économie. En d'autres termes l'anti- particules tuberculeuses, il dévelop-
viruientdoit être un moyen trophique. pait la tuberculose et amenait Ja
3° L'agent anlivirulent ou nécro- mort de l'animal ; mais il pouvait
phytique doit agir sur les organes éviter cette terminaison en faisant
respiratoires, c'est-à-dire qu'il doit chez l'animal des inhalations de ben-
ètre un médicament respiratoire. zoate de soude à dose de 50 centi-
4° Tous les autres traitements ne grammes à 1 gramme par kilogramme
sont que des auxiliaires de la théra- du poids de l'animal,
peutique antibacillaire. Rokitanski, piofesseur àinsbruck,
(1) C'est en Allemagne, et parti- a fait, en suivant les indications de
culièrement à la clinique d'Insbruck, de Schueller, des inhalations au
que l'on a vanté l'action du benzoate benzoate de soude à quinze tubercu-
de soude dans la phthisiti. leux. Il leur faisait inhaler 50 gram-
Schueller (de Greifswald) a fait à mes de benzoate de soude en solution
ce sujet, le premier, des expériences; aqueuse à 5 pour 100; par ce moyen
chez des lapins qu'il trachéotomisait il aurait vu des guérisons complètes
(a) Turc, Des injections intra-parenchymateuses dans les tuberculoses pulmonaires, in Lyon médical, 3 mai 1885, p. 5, t. XLVHI.
CLINIQUE THÉRAP., i" édit. U. — C6
l'action spéi;iale de ce médicament sur l'évolution tuberculeuse. Malgré les résultats miraculeux que Rokitanski dit avoir obtenus, Senator, Waldenburg, Fritsche, Wolff, Wenzel, Murri, nous ont montré l'infidélité de cette méthode et son peu de succès.
Des sels de Les sels dc mcrcurc, administrés à l'intérieur, n'ont donné
mercure.
de résultats dans la phthisie pulmonaire que lorsqu'il s'agissait de phthisie syphilitique; dans la phthisie bacillaire les effets en ont toujours été nuisibles. Cependant Hiller a essayé, et cela sans succès, d'injecter directement du sublimé dans les cavernes pulmonaires au moyen d'une seringue à injection sous-cutanée. Miquel, de son côté, a expérimenté le biiodure, mais en pulvérisations (1).
De la créosote. La créosotc cst uu puissaut antimicrobien et son élimi-
chez des phlhisiques qui étaient près la méthode de Rokitanski et n'en a
de succomber. pas obtenu des effets bien appré-
Klebs a prétendu qu'avec des in- ciables. Il reconnaît d'abord l'impos-
halations et en administrant 20 à sibilité de faire inhaler par jour
30 grammes de benzoate de soude, 50 grammes dc benzoate de soude
on produisait toujours une amélio- en solution à 5 pour 100; c'est à
ration sensible, mais ces résultat^ peine si l'on arrive à 16 grammes,
ont été, même en Allemagne, très L'unique avantage de cette méthode
vivement contestés. est de calmer la toux (a).
Guttman a montré que jamais il (1) 3Iiquel a proposé de faire chez n'avait obtenu d'amélioralion par les phthisiques des pulvérisations de ce moyen, si ce n'est une améliora- biiodure de mercure avec une solution dans la toux et l'expectoration, tion à 1 gramme pour 2000. Voici que l'on obtient aussi bien avec la d'ailleurs la solution qu'il emploie : pulvérisation de vapeur d'eau simple.
Senator, Waldenburg, Fritsche, Biiodure de mercure... Sflcentigr.
A^r„iff- ' * 1 . ' . Laudanum de Sydenham 10 grammes.
Wolti, n ont obtenu aucun succès, „ ,-.-,,■ ^^nn
^,T 1 ■ . , Eau distillée lUOO
Wenzel aurait même vu s aggraver
la phthisie. Miquel prétend avoir obtenu de
Murri (de Bologne) a aussi étudié bons etfets de ses pulvérisations (b).
(a) Schueller, Zur Behandlung cler Tuberculose {Berlin, klin. Wochens., n" 45, p^ 674, 10 novembre 1879). — Guttmann, Ueber Inhalaiionen von Benzeôsauren Natron hei Lmigenschivindsucht (Soc. méd. de Berlin, 5 novembre 1879). — Wenzel, Veher Anivenduny und Wirhung des Natrum benzoïcum bei Phthisie Berlin, kliv. Wochens., n» 49, p. 727, 8 décembre 1879). — Peletti, Du traite- {ment de la phthisie pulmonaire par le benzoate de soude.
{b) Miquel, Annuaire de r Observatoire de Montsouris, 1884, page 563.
nation par le poumon en fait un agent applicable à la tuberculose. Dans leurs expériences, Goze et Simon (de Nancy) ont soutenu que la créosote était le seul médicament qui neutralisât l'agent tuberculeux.
C'est à Bouchard et Gimbert (de Cannes) que l'on doit l'application méthodique de la créosote (i) dans le traitement de
(])Ilya deux sortes de créosotes :
la fausse qu'on relire du goudron de houille et qui a l'odeur de l'acide phénique; la vraie, qui est obtenue par la distillation du goudron de hêtre. Celle-ci a été découverte en 1830 par Heichenbach (de Blausko, en Moravie). C'est un liquide huileux, incolore, se colorant en brun ambré à l'air et à la lumière, d'une saveur brûlante et caustique, d'une odeur forte de goudron; sa densité est de 1066. La créosote bout à 203 degrés sans se décomposer et se volatilise; elle est soluble dans l'alcool, l'éther, le sulfure de carbone, les acides, les huiles, le naphte, très peu soluble dans l'eau; elle dissout l'iode, le soufre, le phosphore, les l'ésines, les matières grasses et beaucoup de sels et des oxydes alcalins.
La créosote vraie dissoute dans l'alcool et très diluée, puis traitée par une solution étendue de perchlorure de fer, donne une coloration verte qui passe rapidement au brun : la créosote du commerce ou fausse, dissoute et traitée par le perchlorure de fer, donne une coloration bleue, puis violette persistante (Bouchard); la créosote fausse coagule le collodion en gelée ; la vraie n'a pas cette action.
La créosote, dés la découverte de Reichenbach, a été prescrite dans la phthisie pulmonaire; on a compté des succès, puis des insuccès, et le médicament, après avoir joui d'une
grande vogue, est tombé dansl'oubli, partageant ainsi le sort de bien d'autres médications, qui, peut-être comme elle, seront reprises un jour.
Dans ces derniers temps, Bouchard et Gimbert (de Cannes) ont expérimenté à nouveau, et d'une manière sérieuse, la créosote, et ils sont arrivés à des résultats encourageants, en donnant ce médicament à l'intérieur, non à l'extérieur, en inhalations, comme firent Miguet et Martin- Sol on.
Sur quatre-vingt-treize phthisiques, pris à des degrés divers, et soumis presque sans interruption à l'action de la créosote pendant toute la durée du traitement, avec dose initiale de iO centigrammes de créosote par jour (la plupart ont pris 40 centigrammes pendant toute la durée du traitement, d'autres ont pris 60, 80 et même 1 gramme), Bouchard et Gimbert ont observé :
Vingt-cinq guérisons apparentes (disparition de la toux et de l'expectoration, cessation de la fièvre et de la consomption, retour de l'embonpoint, suppression des râles bullaireset modifications graduelles des signes physiques; ;
Vingt-neuf améliorations (retour de l'embonpoint ou suppression de la consomption, diminution durable de la toux et de l'expectoration, diminution ou état stationnaire des signes physiques);
Dix-huit insuccès (états stationnaires et aggravations); 21 morts.
la phthisie, et l'on peut dire qu'aujourd'hui cette méthode est adoptée par le plus grand nombre des praticiens. Cette créosote de goudron de bois de hêtre est irritante et il faut
Le tableau suivant montre les ré- ladie, quand la médication a comsultats qui ont été obtenus suivant mencé. le degré auquel était arrivée la ma-
/ Guérisons 5 62 pour 100.
.„ -, , o \ Améliorations 3 30
1" dogre, 8 cas. ' , , ^ ,
^ I Insuccès 0 0
( Morts 0 0
1 Guérisons 20 29 —
2e degré, 67 cas. Améliorations 20 30 -
I Insuccès 15 23 —
\ Morts 12 18 —
/ Guérisons 0 0 — •
3= degré, 18 cas. améliorations 6 33 -
^ I Insuccès 3 17 —
V Morts 9 50 —
"sF "93"
On voit que la médication a été médecins, ne provoque pas l'hémo-
surtout avantageuse dans le premier ptysie et au contraire la rend plus
degré de la phthisie, dans plus de la rare. Elle exerce en même temps
moitié des cas au deuxième degré, une action stimulante sur l'estomac,
dans le tiers au troisième degré, et réveille l'appétit, fait disparaître les
qu'elle a échoué dans les deux tiers enduits de la langue et permet une
des cas au troisième degré, dans alimentation plus complète,
moins de la moitié au deuxième Du travail de Bouchard et Gimbert
degré, et dans aucun cas au premier. on peut conclure que la créosote
D'après Bouchard et Gimbert, la bien dissoute et fortement diluée
créosote n'exerce aucune action sur peut être donnée dans tous les cas
la toux, ou plutôt aucune action fa- de phthisie chronique et que deux
vorable ; au début du traitement la circonstances seules peuvent s'oppo-
toux paraît au contraire augmenter, ser au traitement : l'intolérance de
puis elle diminue de fréquence avec l'estomac pour le médicament et l'ag-
l'apaisement de la maladie pulmo- gravation de la toux et de la dys-
naire. Dans quelques cas, cependant, pnée dans certaines formes asthé-
la créosote exaspère assez la toux niques de la maladie,
pour qu'il soit impossible de conti- Le docteur Hugues, dans sa thèse,
nuer le traitement. arrive aux même résultats.
La purulence de l'expectoration se De ses observations portant sur modifie rapidement, l'odeur fétide et vingt-sept malades soumis au traitenauséeuse des crachats disparaît mentpendant deux mois en moyenne, aussi assez rapidement au bout de il résulte que la créosote a surtout huit à quinze jours. été utile à ceux qui étaient à une pé-
En général, la créosote, contrai- riode peu avancée de la maladie : les
rement à l'opinion de beaucoup de malades au premier et au deuxième
mettre, dans son usage, de certains ménagements. Contrairement à l'avis de Bouchard et de Gimbert, je suis d'avis de n'ordonner que de faibles doses de créosote ; aussi ai-je baissé de moitié la quantité prescrite par ces médecins. Voici la formule que j'adopte le plus ordinairement (i).
?-■ Créosote de goudron de hêtre 3 grammes.
Alcool 100 —
Vin de Bagnols 300 —
Sirop de sucre 100 —
Je donne à la fmdes repas une cuillerée abouche de cet élixir
dans un verre d'eau édulcorée avec du sirop de groseilles.
Vous pourrez aussi user de glycérolé de créosote, ou bien
degré ont été notableiBcnt améliorés, Alcool de Montpellier 250gr.
ceux qui étaient au troisième ont été ^'in de Malaga Q. S.
soulagés, et cela d'autant plus que p^^^^, |-.^,-,,g ^^^.^ |-^,,g
les lésions étaient moins avancées et q^^ ^^^^^^^ ^^^^^ < ^^[^^^^^^ cuillerées
que l'état général était meilleur. ^ bouche de ce mélange en vingt- Bouchard et Gimbert prescrivent quatre heures; chaque cuillerée dans la créosote sous forme d'alcool créo- ^^^ verre d'eau soté, de rhum créosote, de vin créosote ou d'huile créosotée. Huile créosotée'
Huile de foie de morue. 150 gr.
Créosote pure de goudron de bois 1 à 2 (a).
(1) Voir t. P'-, p. 508.
(a) Bouchard et Gimbert, Note siir l'emploi de la créosote vraie dans le traitement de la phthisie pulmonaire, 1877. — ,T.-L. Hugues, Quelques considérations sur le traitement de la phthisie pulmonaire par la créosote vraie, 1878. — Reichenbach, De la créosote et de ses propriétés {Arch. de méd. et Bull, de Thérap., 1834; Créosote et sa préparation (Bull, de Thérap., Journ. de pharm., 1833). — Fremanger, Recherches sur la créosote (Bull, de Thérap., 1833). — Kunckel, Sur quelques faits recueillis à Paris sur Vaction de la créosote [Bull, de Thérap., 1833). — Mignet, Recherches cliniques sur la créosote, sa préparation, ses propriétés, son emploi. Paris, 183i. — Granjean, Action de la créosote dans un cas de phthisie pulmonaire (Bull, de Thérap., 1834). — Brescht, Essai sur la créosote à ri'Iôtel-Dieu (Bull, de Thérap., 1834). — Martin-Solon, Rapport à l'Acad. de médecine, 1835. — Louis, Traité de la phthisie pulmonaire, 1837. — • Kœltler, Recherches sur Vaction de la créosote à Vhôpital de la Charité de Berlin, analjsé dans le Bull, de Thérap., 1836. — A. Gubler, Commentaires thérapeutiques du Codex, 1872. — A. Bouchardat, Formulaire magistral. — Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière médicale, 1877.
Vin créosote.
Créosote pure de goudron
de bois
Teinture de gentiane
13ff.50 80.80
encore de la créosote dissoute dans de l'huile de faîne ou de l'huile de foie de morue; j'administre ces préparations au moment des repas. Sous l'influence de ce médicament on voit se produire deux ordres de phénomènes, une diminution très nette de l'expectoration et souvent une augmentation notable de l'appétit; mais n'oubliez pas que si vous élevez trop la dose, ce médicament, déjà désagréable à prendre à cause des ardeurs qu'il fait naître dansl'arrière-gorge, devient très difficile à avaler et qu'il produit alors facilement une inflammation gastrique, qu'il faut éviter à tout prix. iJ-^s Puis viennent, après la créosote, toutes les substances bal-
Ijalsaraiques. . i r i •
samiques, goudron, térébenthmes, gommes-résines, etc., dont je vous ai parlé à propos du traitement du catarrhe pulmonaire et qui peuvent trouver leur emploi dans la cure de la tuberculose pulmonaire. Parmi ces substances, permettezmoi de vous signaler l'eucalyptus ou plutôt l'eucalyptol dont Bonamy (de Nantes) («) nous a montré la puissante action antiseptique; vous pourrez surtout l'utiliser en le mélangeant à l'huile de foie de morue , par cette association vous masquez, dans une certaine mesure, le goût si désagréable de l'huile tout en introduisant dans la préparation un médicament utile.
Des Les préparations iodées administrées à l'intérieur ont joué
préparations ^ iii i iiii-- t
iodées, un rôle notable dans la cure de la phthisie et on explique facilement ce fait, aujourd'hui, par l'action antimicrobienne de l'iode et de ses dérivés. L'iodoforme a été aussi vanté surtout par les médecins italiens qui ont bien mis en lumière l'action antiparasiticide de ce corps; mais c'est particulièrement en inhalations que l'iode et l'iodoforme ont été surtout employés et ceci me conduit à vous parler de ces inhalations et de ces pulvérisations.
(a) Bonamy, De l'eucalyptus comme antiseptique dans certaines affections de l'appareiljespiratoire. {Bull, de Tliérap., 1885, t, CVUI, p. 396.
On a fondé, sur les inhalations (1) des substances médica- ^""^
^ inhalations
menteuses, des espérances qui ne sont pas complètement médicamen-
tfiUSêS
réalisées, et tour à tour l'iode, l'iodoforme, le goudron, la créosote, l'acide phénique ont été vantés. Je crois que ce traitement est utile, et cette utilité est aujourd'hui démontrée par la découverte du bacille de la tuberculose et par l'action antimicrobienne des substances employées, mais il ne faut pas exagérer la valeur de ces inhalations car en nous reportant aux expériences précédentes on a pu se convaincre de la résistance du bacille de la tuberculose aux agents antiseptiques.
Parmi les médicaments que l'on peut employer en inhalations on peut placer en première ligne l'iodoforme qui présente cette double qualité d'être un médicament antisep-
(1) On a proposé de nombreuses même résultat. On a aussi conseillé
inhalations; les plus vantées sont les fumigations de styrax (Billard),
les suivantes : les inhalations de vapeur d'une
Gannat et Cottereau ont conseillé solution de 23',50 de nitrate d'argent
les fumigations chlorurées; elles se dans 100 grammes d'eau distillée
pratiquaient avec un flacon de Wolf, (Freund, Payne, Cotton).
dans lequel on verse 120 grammes Chéron emploie des inhalations
d'eau et deux à quinze gouttes de d'essences oxygénées, telles que
chlore liquide; ce moyen est aujour- celle du laurus camphora ou celle
d'hui abandonné. du cèdre, et prétend arrêter ainsi
L'iode a eu°plus de succès. Chante- la marche delà phthisie.
mille, Macario, Piorry, employaient On a fait vivre les phthisiques
les inhalations de teinture d'iode. dans une atmosphère de vapeur de
Baron et Morton conseillaient les goudron,
inhalations du mélange suivant : Crichton, Fauteur de cette méthode, faisait bouillir dans les
'^ ^ u!i''.i,5 chambres des malades un mélange de
Hydrolat de potasse 0 .15 , , , , , j ,
r, ,r,i' .r. nr^ goudrou et do carbouate dc potassc .
Eau distillée 15U .00 ., i /.• , - • ■.
j^jgçjQj ^ QQ Sales-Girons employait aussi le
Teinture de ciguë.!"..... 25.00 goudron, mais pour désoxygéner
Fair : c'était une sorte de diète res-
Champouillon n'aurait obtenu au- piratoire. cun effet de Fiode sur cent dix-neuf Chevandieremploieles inhalations
phthisiques; Pereira est arrivé au résineuses du pin Mugho (a).
(a) Cottereau, Arch. (jén. de méd., 1" série, 1830, t. XX, p. 289, t. XXIV, p. 347. — ChantemiIle,B!<ZL de l'Acad. de méd., 10 août 1833, t. XVOI, p. 1109.
tique, d'une part, et de l'autre un puissant sédatif delà toux. Rien d'ailleurs de plus facile que de pratiquer ces inhalations ; il suffit de prendre un flacon laveur et de faire passer l'air que le malade aspire à travers le mélange médicamenteux. Pour l'iodoforme, vous devrez chauffer le mélange de l'eau et de l'iodoforme, soit au bain-marie, soit directement avec une lampe à alcool. Haro a conseillé pour ces inhalations un appareil assez complexe qu'il a mis en usage à Amélieles-Bains (1).
Mais parmi ces inhalateurs il en est un que je vous recommande comme des plus simples et des plus économiques, c'est celui de Le Fort (de Lille), qui consiste dans un flacon à large tubulure présentant sur sa partie latérale une ouverture plus étroite placée au milieu de sa hauteur. On remplit le flacon du liquide à inhaler jusqu'au niveau de l'orifice latéral, puis le malade respire par l'orifice supérieur, et grâce au courant d'air qui s'établit alors dans le flacon à travers ces deux ouvertures, le malade fait pénétrer facilement, dans l'intérieur de la poitrine, de l'air chargé des vapeurs médicamenteuses. Je me suis servi avec avantage, dans mon service, de ces inhalateurs avec le mélange
(l)Haro a conseillé deux inhala- lampe à alcool. Le second inhalateurs. Le premier peut servir à trois teur est plus simple, il consiste en personnes: par un mécanisme d'hor- un simple flacon laveur dans lequel logerie on met en marche un venti- on fait passer l'air à l'aide d'un lateur qui chasse de l'air dans un soufflet; une lampe à alcool maintient mélange d'eau et d'iodoforme main- en ébuUition le mélange d'eau et tenu en éhullition à l'aide d'une d'iodoforme (a).
— Piorry, Bull, de l'Acad. de méd. Paris, 1853-185i, t. XIX, p. 335. — Macario, Efficacité des vapeurs isolées dans un cas de phthisie pulmonaire {Bull, de Thér., 1851, t. XL, p. 27). — Champouillon, Gaz. des hôp., décembre 1858. — Jules Chéron, De Varrêt de la destruction du poumon dans la phthisie par l'inhalation des vapeurs des essence'^ oxygénées {Gaz. hebd., 20 décembre 1872). — Crichton, Practical obs. un the effects of ihe vapor of boiling far in chest diseases ■ London, 1823. — Chevandier, Gaz., méd. de Lyon, juillet 1880.
(a) Haro, Sur un nouveau genre d'inhalations employées à l'hôpital d' Amélie les-Bains (Bull, de Thérap., 1884, t. CVf, p. 409).
IHAITEMEiNT PHARMACEUTIQUE UE LA PHTIIISIE. 5Ô9
d'iode, de camphre et de goudron, proposé par Le Fort (i).
Quant aux pulvérisations, vous savez que je ne leur fais jouer aucun rôle dans la cure de la bronchite tuberculeuse. Je vous ai dit en effet que, jusqu'à preuve du contraire, cette méthode, excellente pour le traitement des affections du pharynx,ne peut donner aucun résultat dans la cure des maladies de la trachée et du poumon, puisque le liquide ainsi pulvérisé ne peut y pénétrer. Et je passe maintenant au second groupe de médicaments à employer dans le traitement de la tuberculose, agents qui ont pour but de modifier le terrain de culture et de s'opposer au traitement de la tuberculose. Ce sont des agents trophiques qui agissent exclusivement sur la nutrition.
La nutrition a, chez le tuberculeux, la plus haute importance; c'est elle qui est, pour ainsi dire, la clef de la curabilité complète ou relative de la tuberculose, puisque, en modifiant le terrain elles favorisent ou empêchent le développ3ment du bacille. Elever le taux de la nutrition et la favoriser doit donc être une préoccupation incessante dans la thérapeutique de la phthisie pulmonaire. On arrive à ce but surtout par les moyens hygiéniques ; cependant quelques médicaments peuvent vous rendre des services en pareil cas, ce sont : l'arsenic, l'huile de foie de morue, la glycérine, les phosphates, le fer, etc.
De même que j'ai placé en première ligne, parmi les substances qui agissent contre la tuberculose, la créosote, de même aussi je placerai l'arsenic, en tête des reconstituants; je suis un des plus chauds partisans de la médication arse-
(1) Le Fort (de Lille) use dans son Goudron 40 gr.
inhalateur du mélange suivant : Teinture d'iode 40
Liqueur d'Hoft'niunii 1U
Camphre ^0 gr.
{Cl} Le Fort, Sur un nouvel inhalateur' et son action dans les affections pulmonaires (Bull, de Thérap., t. Cl. p. 342).
Des nilvérisations.
Dos médicaments agissant sur la nutrition.
De l'arsenic.
Dos huiles
do foie lie luorue.
nicale et j'en ai vu, pour ma part, des résultats merveilleux. Vous userez donc de l'arsenic sous toutes les formes, granules de Dioscoride, arséniate de soude, liqueur de Fowler, eau de la Bourboule. Je ne connais qu'une seule contre-indication à cette médication : c'est la diarrhée.
Après l'arsenic je place l'huile de foie de morue; si l'on s'en rapportait aux expériences de Joanny Rendu (de Lyon) (i), c'est l'inverse qui devrait exister. Cependant, malgré ces recherches, je maintiens mes conclusions et voici pourquoi : c'est que, tandis que l'arsenic est toujours bien supporté par les tuberculeux, sauf les cas de diarrhée, il est bien des estomacs rebelles à l'usage de l'huile de foie de morue. C'est là, il faut le reconnaître, un des plus sérieux incon-
(1) Joanny Rendu a étudié à l'hôpital de Lyon comparativement, sur trente phtliisiqiies, dans des conditions extérieures semblables, l'action de l'huile de foie de morue et de l'arsenic. Ces malades étaient divisés en trois catégories de ,dix malades. Les premiers ont été soumis à un traitement tonique simple; les seconds' à un traitement tonique, plus l'arsenic; les troisièmes à un traitement tonique, plus l'huile de foie de morue. Tous les huit jours, les malades étaient pesés. La moyenne du traitement a duré de deux mois et demi à trois mois.
Voici les résultats de ces expériences ; les malades qui ont été souniis au régime tonique simple ont diminué de 5 kilogrammes par rapport à 100 kilogrammes de poids du malade. Les malades traités par l'ar-
senic ont également diminué de poids (4'', 703 pour 100 kilogrammes). Les malades qui ont pris de l'huile de foie de morue ont augmenté de "poids (2 kilogrammes pour 100).
Malheureusement, les lésions pulmonaires ne sont pas influencées par ce dernier traitement.
Rendu a noté aussi que l'élévation do la température et les sueurs sont d'autant plus accusées que l'individu a un poids moindre.
Dans des expériences comparatives faites par Cutler et Rradford sur le fer, l'huile de foie de morue et la liqueur de Fowler, ces auteurs auraient trouvé que l'huile de foie de morue et la liqueur de Fowler augmenteraient, même chez l'homme sain, le nombre des globules blancs et des globules rouges (a).
(a) Joanny Rendu, Elude expérimentale et comparée sur l'arsenic et Vhuile de foie de morue dans le traitement de la phihisie pulmonaire {Lyon médical, 14 avril 1878). — Cutler et Biadford, Action du fer, de riiuile de foie de morue et de Varsenic sur la richesse glokulairé du sang [The American Journal of Medicin. Se, janvier 1878).
vénients de cette huile, et quel que soit l'artifice que l'on emploie pour masquer son goût désagréable ou en rendre la digestion plus facile, il faut bien reconnaître que beaucoup de phthisiques ne peuvent la supppoiter. Mais quand elle est tolérée, elle possède souvent, chez le tuberculeux, une action merveilleuse, elle augmente son poids, favorise sa nutrition et a un véritable rôle curateur, surtout chez les strumeux. Parmi les huiles de foie de morue, laquelle choisirez-vous? Il y a, vous le savez, plusieurs sortes d'huiles (i), des brunes
(1 ) L'huile de foie de morue est fournie ordinairement par la morue fraîche ou cahillaud, gndus morrhua L., morrhua milgaris CL; mais elle provient aussi d'autres poissons : gadiis calarias, gadus carbonarius, lola viilgaris, Iota molva, bromicus vulgaris.
On ti'ouve dans le commerce différentes huiles dites : d'Islande, de Norvège, de Terre-Neuve, de Dunkerque; on les distingue aussi en blanche, ambrée, blonde, brune, selon leur coloration.
On obtient l'huile incolore et presc[ue inodore en chauffant au bainmarie les foies frais, remuant continuellement jusqu'à ce que l'huile se sépare et soumettant ensuite à la presse (Codex); l'huile au contraire est brune et d'une odeurdésagréable si on la prépare avec des foies de poissons venus d'Islande et de Terre- Neuve, ayant longtemps séjourné dans les tonneaux dans lesquels ils ont fermenté, puis soumis aune haute température ou abandonnés à la fermentation avant d'être mi s à la presse.
Pour obtenir une huile blonde ou d'un jaune doré, on emploie des foies de morue bien débarrassés des membranes qui y adhèrent et coupés en tranches minces; on les fait bouillir dans une bassine étamée, et on passe
avec expression dans un linge de laine l'huile qui se sépare des foies et vient sui'nager; après un repos de quelques jours, on passe de nouveau cette huile dans un filtre en papier.
L'huile vierge, qui est légèrement ambrée, est obtenue par l'expression à froid des foies frais entassés dans les tonneaux, au lieu même de leur production.
Caries a démontré que l'huile vierge était beaucoup mieux digérée et mieux assimilée que l'huile brune enipyreumatique.
(3n rejettera les huiles décolorées au charbon, ou après un certain nombre de manipulations chimiques qui altèrent leur qualité.
L'huile contient, d'après Jongh, de l'acide oléique avec de la gaduine et les substances suivantes : acide margarique, glycérine, acide butyrique, acide acétique, acide felléniqueetcholiqueavecdepetitesquantités de margarine, d'oléine et de bilifulvine; acide bifellénique, et deux substances particulières : principe soluble dans l'alcool, principe soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, iode, chlore et traces de brome ; acide phosphorique,sulfurique, phosphore, chaux, magnésie, soude et fer.
A cette huile naturelle, on a ajouté
eL des claires; les premières à goût très désagréable, les secondes plus supportables; vous préférerez toujours ces dernières, car il n'est pas démontré que la putréfaction des foies, qui donne lieu à l'huile de foie de morue la plus colorée et au goût le plus prononcé, soit préférable comme préparation à la simple expression des foies frais qui produit, au contraire, l'huile claire et peu odorante. Vous donnerez, et c'est là une condition des plus importantes, ces huiles aux repas, pour que, mélangées avec les aliments, elles puissent être plus facilement digérées. Quant à la dose, vous devrez l'élever autant que l'estomac le supportera. Jaccoud ne craint pas de donner jusqu'à 300 grammes d'huile par jour (1).
diverses substances, telles que le fer, l'iode, le brome, le phosphore, et l'on a fait des huiles ferrées, iodées, broraées, phosphorées et même iodobromo-phospborées.
On administre l'huile à la dose de une à quatre cuillerées par jour, aux adulles, de préférence au commencement des repas. Certains malades ne peuvent la supporter et elle provoque chez eux des vomissements, de la diarrhée, de l'anorexie et des renvois gazeux abondants : dans ce cas, il faut supprimer le médicament. Lorsqu'au contraire il est bien supporté, c'est un véritable reconstituant; sous son influence, l'appétit renaît peu à peu, les fonctions digestives se font mieux, et au bout de quelque temps on note une augmentation de poids.
Parfois, si surtout on a fait usage d'une huile de mauvaise qualité, on voit survenir des éruptions cutanées; c'est du reste, un fait assez rare avec les bonnes huiles.
Comment agit l'huile de foie de morue? est-ce par association entière de tous ses éléments? est-ce
par l'un d'eux? est-ce parles éléments biliaires (Williams) qu'elle contient?
est-ce comme corps gras, comme élément respiratoire? Ce sont autant de questions qui ne sont pas résolues.
Les maladies tributaires de l'huile de foie de morue sont surtout le rachitisme, la scrofule, la tuberculose ; et, d'une façon générale, elle est utile dans tous les cas de misère physiologique.
Bazin l'a administrée k des individus atteints de scrofulides malignes, de lèpre, aux doses énormes de 200, 300 et 400 grammes par jour.
Les ditférents auteurs qui se sont occupés de l'huile au point de vue de la phthisie, paraissent d'un avis unanime : c'est de supprimer le médicament dans les formes inflammatoires, congestives, avec héraoptysies, et Fonssagrives, qui le prescrit dans la première période de la phthisie, ne le donne à la troisième période que si les lésions pulmonaires sont peu étendues et s'il n'y a pas de symptômes graves de colliquation.
(1) Jaccoud donne 100 grammes d'huile de foie de morue par jour. Il
TRAITEMEiNT PHARMACEUTIQUE DE LA PHÏHISIE. 573
Vous repousserez le plus ordinairement tous les mélanges que l'on a proposés (i) pour masquer la saveur de l'huile de foie de morue; et pour débarrasser la bouche du malade du goût désagréable et surtout persistant qui résulte du passage de l'huile, vous le ferez mordre dans un citron ou dans une oranoe, ou bien vous vous servirez de ces cuillers si effilées
Des
succédanés
lie l'huile
de foie
de iiiorue.
considère cette dose comme à peine suffisante, en bien des cas il a administré de 200 à 300 grammes par jour. 11 cite un malade qui a pu prendre ces 300 grammes d'huile de foie de morue, c'est-à-dire vingt-cinq cuillerées, sans inconvénients pendant quarante-huit jours.
11 donne cette huile de foie de morue eu dehors ou pendant les repas, et associe à l'huile, quand elle est mal supportée, des alcools (eaude-vie, rhum, kirsch, \vhiskey,oubien de l'éther, ou bien 1 milligramme de stychnine par dose d'huile (a).
(1) On a proposé un grand nombre de procédés pour enlever à l'huile de foie de morue son goût désagréable.
Beauclair et Vigier ont proposé le mélange suivant :
Huile, de foie de morue ... 20 gr.
Sucre porphyrisé 25
Carbonate de potasse 1
Essence de menlhe iV gouttes.
Essences d'amandes amères. U —
Fonssagrives conseille la formule suivante :
Huile de foie de morue
blonde iOO gr.
lodoforme 25 centigr.
Huile essentielle d'anis. . X gouttes.
Grimaut use de la nitro-benzine; sept à huit gouttes de cette substance sufliraient à désinfecter 100 grammes d'huile de foie de morue.
Jeannel agite l'huile de foie de morue avec l'eau de laurier-cerise, puis on décante.
On a aussi proposé de saler l'huile de foie de morue. Fonssagrives a adopté cette pratique.
Ferrand indique le moyen suivant :
se laver la bouche avec de l'eau sucrée, mouiller l'intérieur d'un verre et y verser une quantité d'eau, puis ajouter l'huile ; boire le tout très rapidement et prendre après une gorgée d'eau aromatique.
On a aussi conseillé les pastilles de menthe, l'eau-de-vie, le citron ou l'orange.
Dans d'autres cas, on a solidifié l'huile de foie de morue., Denedetti solidifiait l'huile avec l'arrow-root.
Beauclair et Viguier faisaient, eux, une véritable saponification, Mouchon une gélatinisation. Voici lafoi'mule d'une de ces potions :
Huile de foie de morue ... 60 gr.
Blanc de baleine 10
Sirop simple Q- S.
Rhum de la Jamaïque. ... 25 gr.
On a aussi fait des pains à l'huile de foie de morue, des salades avec la mémo huile (Deschamps, d'Avallon), des sardines à l'huile de foie de morue (Giiichard) ; enfin, en émulsion, l'huile de foie de morue avec la pancréatine (Defresne) et le suc pancréatique (Horace Dobell).
(a) Jaccoud, Du traitement et de la curabilité de la phthisie, p. 170.
et si longues, munies d'un couvercle, qui permettent de verser l'huile jusque dans l'isthme du gosier, ou bien encore du procédé si simple de Ferrand.
On a proposé bien des succédanés à l'huile de foie de morue (1). En première ligne se placent les huiles de squale, qui sont absolument analogues aux huiles de morue; puis viennent les huiles artificielles, préparations très incomplètes, qui ne remplacent en aucune façon l'huile de foie de morue, et que je vous conseille de ne pas employer.
La glycérine (2), ce principe doux des huiles que l'on a
(1) Les succédanés de l'huile de foie de morue sont nombreux :
1° L'huile de foie de squale {squalus catulus), riche en phosphore et en iode, mais contenant moins de brome ec de soufre que l'huile de morue;
2° L'huile de foie de raie {oleum rajœ), riche en iode;
3° L'huile de foie de requin, de scie;
i" l/huile dite de poisson, retirée de toutes les parties du corps des cétacés, et non pas seulement du foie ;
5° L'huile de pied de bœuf;
6" Les huilesd'olive(o/(?a europœa), d'œillette ou de pavot, de lin {linum usitatissimian) ; ■
7° Le lard à peine frit, recommandé parPoplien, à la dose de 8 grammes, suivi de l'absorption d'un potage contenant la partie graisseuse qui s'est écoulée du lard par l'action de la chaleur, et une heure après, d'une tasse de café de glands avec des tartines de pain beurrées. Le malade fait usage aussi de jambon bien fumé, mangé cru, et de bonne bière non fermentée;
• 8° Le beurre seul ou additionné d'iodure de potassium, de bromure
de potassium, de chlorure de sodium et de phosphore (Trousseau) :
Beuire frais 3909.00
lodiire de potassium 0.05
Phosphore 0.003
Bromure de poLussiam... 0.30
Chlorure de sodium 1 .00
A- prendre en trois jours sur du pain ;
9° La crème fraîche à laquelle on ajoute du sel, du sucre et du rhum ;
10° Les pâtés de foie gras de Strasbourg ou de Nérac, auxquels Gubler attribut les mêmes vertus qu'à l'huile de morue ;
1;!" Les escargots, les huîtres, les moules, les clovisses (Gubler) ;
12° L'hélicine, préparée avec le suc extrait de Vhelix pomatia (escargot des vignes ou limaçon des vignes) ;
1 3° La propylamine, le caviar, etc. ;
14° Les sirops phosphatés, les sirops an chlorhydro-phosphate de chaux.
(2) La glycérine (HaH^O^) a été découverte en 1777 par Scheele, qui lui donna le nom de principe doux des huiles; elle a été étudiée par Chevreul, Pelouze, Redtenbacher ; mais c'est Berthelot qui, en 1861, montra
considéré comme un succédané des huiles de foie de morue, doit être rangée dans un tout autre groupe; vous savez, en effet, que depuis les savantes recherches de Bertheiot, la glycérine appartient à la classe des alcools triatomiques, et de plus j'ai démontré, dans mes recherches avec Audigé, qu'administrée à haute dose chez les animaux, cette substance déterminait un ensemble de symptômes auquel j'ai
la véritable constitution de ce corps, qui joue le rôle d'un alcool triatomique, car il fournit avec les acides trois séries d'étlier que l'on a appelée glycérides.
La glycérine pure a une densité de i,'i6 à 15". Elle doit être incolore, inodore, d'une saveur douce et sans arrière-goùt acre ni amer; elle ne doit pas rougir le papier de tourne sol, ni verdir le sirop de violettes.
Il existe, en dehors de la glycérine propylique, quiestla seule habituellement en usage, deux autres glycérines : la glycérine amylique, découverte parBauer, et la glycérine butylique, étudiée par Prunier.
Employée d'abord en applications externes et étudiée à cet égard par Demarquay, la glycérine a été utilisée pour la première fois dans la phthisie, en 1853, par Crawcourt; puis Lindsay (d'Edimbourg) a montré qu'on pouvait la substituer à l'huile de foie de morue. Bavasse et Benavenle ont partagé le même avis.
En 187G, Dujardin-Beaumelz et Audigé ont montré qu'à la dose de
83'', 50 à 10 grammes par kilogramme du poids du corps, elle déterminait un ensemble de symptômes promptement mortels, auquel il ont donné le nom de glijcérisme aigu.
Catillon a repris ces recherches en 1877 et a montré que, chez les animaux auxquels on donne la glycérine, l'exhalation d'acide carbonique dans l'air expiré est augmentée, et cela à tel point que la presque totalité du carbone fourni par la glycérine serait coraburée et éliminée par les voies respiratoires. Il a aussi constaté qu'à la dose de 15 à 30 grammes par jour, la glycérine régularisait les fonctions digestives, augmentait le pouls de l'animal et la température, tout en s'accompagnant d'une diminution notable dans le chiffre de l'urée; aussi considère-t-il la glycérine comme un médicament d'épargne.
Jaccoud donne iO à 60 grammes de glycérine par jour, auxquels il ajoute une goutte d'essence de menthe et 10 grammes de cognac ou de rhum (a).
(a) Demarquay, Note sur le's avantages du pansement des plaies par la glycérine. — Grawcourt, New-Orleans Médical News and Hosp. Gaz., 1855. — • Sander, Lyndsay, Notes on Ghjcerine [Edinburgh Médical Journal, 1856-1857). — Davasse, Note de matière médicale et de thérapeutique sur la glycérine. — Bonavente, El Siglo médical, 13 avril 18G2 et 27 mai 1877. — Uujardin-Beaumetz et Audigé, Sur les propriétés toxiques de la glycérine (Soc. méd. des hôp., et Recherches expérimentales sur l'action toxique des alcools. Paris, 1879). — Catillon, Des propriétés physiologiques et thérapeutiques de la glycérine {Compte rendu de VAcad. des sciences, janvier 1877, et Soc. de Thérap., 26 décembre 1877).
donné le nom de glycérisme, comparable, jusqu'à un certain point, à l'alcoolisme. La glycérine est donc un médicament d'épargne, analogue à l'alcool, et qui peut, comme nous l'a démontré Jaccoud, rendre des services dans la cure des phthisiques. Vous administrerez cette glycérine soit dans des potions, soit à l'état pur; vous prescrirez, bien entendu, la glycérine neutre, et, malgré la pureté de votre produit, vous n'éviterez pas toujours l'irritation des voies digestives. ties A côté de ces médicam ents reconstituants il faut placer les
phosphates, pt^osphates. On a fait jouer un rôle très important au phosphore et à ses dérivés dans le traitement de la tuberculose. Les uns ont même considéré ces substances comme des spécifiques de la phthisie; les autres, comme n'ayant qu'une simple action sur la nutrition. Cette action des phosphates dans la nutrition est une des plus intéressantes de la thérapeutique, et je vous en ai dit déjà quelques mots à propos de la dyspepsie des nouveau-nés (i);elle est loin d'être résolue et mérite de nouvelles recherches; quoi qu'il en soit, je crois que l'on peut admettre que, dans certains cas, les phosphates sont utiles (2).
On a fait d'innombrables préparations de phosphates : les
(1) Voir, t. I^'', Maladies de l'esto- Poudre zootrophique de Polli. mac; traitement de la dyspepsie. Hypopliosphate de chaux... 10 parties.
(2) On a proposé contre la phthisie Phosphate de chaux tribale phosphore et les phosphates. Le sique 10
phosphore a été très peu conseillé à Phosphate de soude 15
cause des dangers de cetle médica- Carbonate de chaux 10
tion,'mais on a proposé les phos- Hyposulfate de magnésie.. . 15
phates et les hypophosphites. ^^^'''r' '^^ '"^''''" î?
^ , , 1 . • T • Bicarbonate de potasse.... 15 Les phosphates, et en particulier ^^^^^ j^ j.^^ ^^
les phosphates calcaires, ont été sur- Oxvde de mann-anèse 2.5
tout employés par iMouriès, qui en silicate de potasse 2.5
avait fait la base d'une fécule phos- T^";"
, , . r» 11- /i ,r-i s . 100 parties,
phatee. Folli (de Milan) a propose, ^
lui, une poudre beaucoup plus coin- On donne 5 ou 6 grammes de cette
plexe sous le nom de poudre zoo- poudre dans la première cuillerée
trophique et dont voici la formule : de potage.
uns ont proposé le chlorhydro-phosphate, les autres le lactophosphate; on a fait des poudres plus ou moins complexes, comme la poudre zootrophique de Polli. On a aussi employé les hypophosphites (i), et Churchill s'est fait leur défenseur; aujourd'hui cette question des hypophosphites, qui, il y a vingt-cinq ans, a passionné le public médical, est parfaitement jugée, et, si ces médicaments ont une action favorable, ce qui est encore douteux, ce n'est qu'en agissant sur la nutrition ou comme antifermentescibles.
Je n'utilise aucune de ces spécialités, et, lorsque je veux prescrire les phosphates, je me sers de la formule suivante :
^ Phosphate de soude 6 grammes.
Phosphate de potasse 3 —
Vin de Bagnols 5200 —
Sirop d'écorces d'oranges 60 —
Le malade prend la valeur d'un verre à liqueur de ce vin à la fin de chaque repas.
Cette préparation vous donnera d'excellents résultats, surtout chez les tuberculeux constipés, qui ne peuvent supporter l'usage du quinquina.
L'emploi du fer {% dans la tuberculose a donné lieu à de du fer.
(1) C'est un médecin américain, chambre, tout en reconnaissant que
le I)'" Francis Churchill, qui a mis en cette médication n'avait rien de spé-
vogue les hypophosphites; il em- cifîque, la reconnut bonne au point
ployait les hypophosphites de chaux de vue de la nutrition,
et de soude et considérait cette mé- On donne les hypophosphites à la
dication comme spécifique. Cette mé- dose de Qs^SO à 2 grammes. On a
thode fut expérimentée dans les hô- aussi proposé leslacto et chlorhydro-
pitaux par Trousseau et . Vigla en phosphates de chaux et de soude (a).
France, et en Angleterre par Quain, (2) Gallard pense que le fer n'est
sans résultats bien appréciables. Le- pas contre-indiqué dans la phthisie,
(a) Quain, Bull, de Thérap., 1869, t. LVIII, p. 555. — Polli, Influence des matières minérales dans Les processus nutritifs de l'organisme humain, 1870. — Churchill, De la cause immédiate et du traitement spécifique de la phthisie pulmonaire et des maladies tuberculeuses, 1858. — Vigla, Sur l'action des hypophosphites (Journ. de pharm. et de chim., 1858). — Dechambre, Sur les hypophosphites (Gaz. hebd. de méd., 1858).
CLINIQUE THÉRAP., 4' édlt. II. — 37
vives discussions; les uns, comme Trousseau, prétendant qu'il faut respecter l'anémie des tuberculeux; les autres, au contraire, comme Gallard, Peter, etc., soutenant que ce fer est nécessaire au relèvement des forces. Je sui^, quant à moi, peu partisan des préparations ferrugineuses dans le traitement de la tuberculose, non pas que je croie que le fer ait dans la phthisie les effets désastreux que lui attribuait Trousseau, mais parce que ces préparations irritent souvent l'intestin et sont mal supportées ; aussi au point de vue de la nutrition, je leur préfère de beaucoup l'arsenic, l'haile de foie de morue et les phosphates.
J'en ai fini avec les médicaments qui s'adressent à la tuberculose, et, pour compléter ce traitement pharmaceutique, il me reste à vous exposer les substances que l'on peut employer dans les phénomènes qui compliquent si fréquemment la phthisie. Nous allons donc étudier successivement le traitement de la bronchite, de la congestion pulmonaire, de l'hémoptysie, de la diarrhée, des sueurs et de la fièvre des tuberculeux.
Traitement Pour Ic traitcmcut de la bronchite des tuberculeux on bion'îihue peut employer le même traitement que celui de la bronchite aiguë ou chronique, traitement que je vous ai déjà exposé dans les leçons précédentes, et utiliser les balsamiques et les expectorants (1) ; pour ces derniers on a surtout utilisé dans
et voici la préparation o^u'il ordonne : mente, de 1828 à 1832, le tartre stibié
dans la phthisie àl'hôpital de Gapoue; Sous-carbonate de fer 5'jr,00 ^^, .«^ (.}^,,^j.^ -^ .^^^^.^-^ ^j^^^j^^^ ,
Extrait mou de quinquina.. . 5 .00 , . , ...
„ , ., „ • A air ce moven cent soixante-seize gueri-
Lxtrait gommeux d opium.. 0 .25 ■'., , -, ,• ^
sons; il donnait matin et soir une
Faire cinquante pilules. cuillerée à soupe d'une solution ren-
En prendre quatre par jour, deux fermants grains de tartre stibié dans
avant le déjeuner et le dîner (a). 5 onces d'infusion de fleurs de sureau
(1) Giovanni de Vittis a expéri- et 1 once de sirop.
(a) Gallard, Efficacité du fer dans la phihisie [Union méd., 29 septembre 1874. p. 181).
tuberculeux.
révulsifs.
la phlhisie le kermès, l'ipéca, le tartre stibié; Giovanni de Vittis, Lanthois, Bricheteaii ont employé surtout le tartre stibié à dose vomitive; Fonssagrives, au contraire, l'administre à dose rasorienne et s'efforce d'obtenir la tolérance. Ces médications sont aujourd'hui presque abandonnées, et il est bien peu de médecins qui usent, dans la phthisie, du tartre stibié.
Les révulsifs ont pour but de diminuer ou d'empêcher la Des congestion qui se produit du côté du poumon. S'il est un fait bien acquis dans l'histoire de la tuberculose, c'est, à coup sûr, l'influence des hyperhémies sur le développement des poussées tuberculeuses; on voit toujours, en effet, sous l'influence de ce travail congestif, les lésions tuberculeuses s'aggraver, d'une part, et une nouvelle évolution de granulie se produire, de l'autre.
Combattre la congestion pulmonaire chez les tuberculeux, c'est donc combattre la tuberculose; aussi a-t-on vanté avec juste raison l'action des révulsifs sur la poitrine; non seulement les badigeonnages à la teinture d'iode et les vésicatoires ont été employés, mais on leur a préféré des révulsifs beaucoup plus énergiques. Mon regretté maître, Béhier, vantait
Lanthois donnait de 1 à 3 grains Fonssagrives, lui, administre le
d'émétique dans 8 litres d'eau que tartre stibié à la dose de 03'',20 à
l'on donnait à boire comme tisane au 09'',30 et obtient la tolérance en ajou-
malade. - tant du sirop d'opium et de l'eau de
Briclieteau administrait de 09'",05 laurier-cerise.
à 09', 15 de tartre stibié dans 150 En Amérique, Simnions donne le
grammes d'infusion de fleurs de su- sulfate de cuivre, et Salter, de son
reau (30 grammes de sirop), une côté, le sulfate de cuivre associé à
cuillerée à bouche matin et soir. l'ipéca (a).
(a) Clark, Traité de la consomption pulmonaire et des matières scrofuleuses. Bruxelles, 1836, p. 329. — Lanthois, Théorie nouvelle de la phthisie pulmonaire. Paris, 1822. — Bricheteaii, Emploi du tartre stibié et du camphre dans la phthisie pulmonaire {Gaz.: des hop., décemhre 1855). — Fonssagrives, De la généralisation de l'emploi du tartre stibié à doses rasoriennes dans le traitement de toutes les maladies fébriles de l'appareil respiratoire {Bull, de Thérap., juillet 1859, et Thérapeutique de la phthisie pulmonaire, 2<= édition, 1880, p. 117).
beaucoup une série de petits cautères à la pâte de Vienne qu'il plaçait à la partie supérieure et antérieure du thorax. Jules Guérin, au contraire, leur préfère la cautérisation ponctuée au fer rouge ; je me range absolument à cet avis, et depuis la remarquable découverte de Paquelin, qui, grâce à son cautère, nous rend ces cautérisations si faciles, on peut, par des cautérisations ponctuées et répétées, s'opposer dans une certaine limite à la congestion pulmonaire chez les tuberculeux ; aujourd'hui presque tous les phthisiques, à une période donnée de leur évolution tuberculeuse, ont été soumis à ce mode de traitement et cela avec grand avantage («)• Les intéressantes recherches de Peter (1) sur la tempéra-
(1) D'après le professeur Peter, dée, on note une élévation locale de
partout où il y a tubercule, il y a 0^,5 à 1° et même 1°,5.
hyperthermie locale, hyperthermie Lorsqu'il y a des craquements secs
produite par la germination tuber- et humides l'élévation peut être de
culeuse, qu'il appelle hyperthermie 1°, î°,5 et même 2°; dans quelques
trophique tuberculeuse, comme hy- cas cependant, Peter n'a noté, avec
perthermie pendant l'évolution et des craquements humides, qu'une
l'involution du tubercule, et qui de- faible élévation, quelques dixièmes
vient une hyperthermie rayonnante, au-dessus delà moyenne (à36°,2);la
faisant la congestion, l'hémorrhagie température axillaire étant dans ces
et la phlegmasie. cas au-dessous de 37° (à 36°, 4).
A toutes les phases de la tubercu- Au niveau des cavernes tubercu-
lisation pulmonaire, Peter a toujours leuses, il y a hyperthermie et la
constaté une élévation de la terapé- température peut être de 1°,5 à 2°, 5
rature au niveau des espaces inter- plus considérable qu'à l'état normal,
costaux supérieurs, et cette élévation Lorsque chez un malade les deux
paraît être en rapport avec le degré poumons sont atteints, on note pres-
de la lésion. que toujours aussi une disparité de
Ainsi dans un premier degré carac- la température ; le plus atteint est
térisé par la respiration sèche, avec aussi celui qui a la température la
expiration prolongée, et lorsque sur- plus élevée,
tout il n'y a que la respiration sacca- Au moment des hémoptysies, la
(a) Jules Guérin, Mémoire sur la cautérisation pointillée non suppurante (Gaz,, méd. de Paris, 27 sept. 1854.). — Vidal, De la multiplicité des cautérisations ponctuées dans le traitement des maladies des organes respiratoires {Acad. de méd., 11 juillet 1882). — Orner Marquez, -iVoie sur la valeur des cautérisations pointillées ou ponctuées dans le traitement des maladies de l'appareil respiratoire {Union méd., nov. 1882, n» 100, p. 80).
ture extérieure du thorax dans les affections de la poitrine sont venues récemment nous montrer, d'une façon fort nette, l'influence de la révulsion dans les maladies chroniques de la poitrine et nous démontrer l'utilité de cet agent thérapeutique que je ne saurais trop vous conseiller en pareil cas.
L'hémoptysie (1) est un des accidents les plus fréquents de
température locale s'élève, reste plus élevée pendant la crise et s'abaisse après ; et dans les cas d'hémoptysie au début de la tuberculisation, et alors qu'il n'y a presque aucun indice de tuberculose, la température du premier espace intercostal est ordinairement de 0°,5 plus élevée que la moyenne, quelquefois de 1°.
Pour déterminer la température locale, on opère ainsi :
Le thermomètre (à cuvette conoïde de préférence) sera placé dans le deuxième espace intercostal, la cuvette à 2 ou 3 centimètres du sternum, la tige parallèle à l'espace intercostal, la cuvette et la partie inférieure de l'instrument recouvertes d'une couche d'ouate qui permet d'exercer une compression élastique sur le thermomètre et de l'enfoncer, pour ainsi dire dans l'espace, le rapprochant ainsi le plus possible du poumon. Le tout est maintenu par une petite courroie en toile^ serrée àl'aide d'une boucle et passée obliquement autour du thorax en allant de l'aisselle au côté opposé du cou, ou plus simplement et plus exactement encore, c'est un doigt du malade ou du médecin appliqué sur lacouched'ouate qui fixe le thermomètre.
On ne doit pas recourir à l'application du thermomètre lorsque l'individu a trop chaud ou lorsqu'il vient de se livrer à un effort prolongé; il faut attendre qu'il soit reposé.
Le professeur Peter attache une
grande importance à l'investigation des espaces intercostaux supérieurs, qui permet de poser le diagnostic entre la tuberculose commençante, dans laquelle il y a toujours élévation de la température, et le dépérissement par anémie ou chlorose, dans lesquelles la température des espaces intercostaux est égale ou inférieure à la moyenne.
Mais toujours, pour pouvoir conclure, il est nécessaire que la disparité de la température soit constante et atteigne ou dépasse cinq dixièmes c'est-à-dire qu'elle soit de 0°,5, 0°,1, 1°, etc.
Dans les cas de tuberculisation pulmonaire à forme bronchitique, la température locale (pariétale) présente sur la température générale une surélévation manifeste. Mais c'est dans le cas d'infiltration tuberculeuse fébrile (pneumonie caséeuse) que le professeur Peter a noté les plus hautes températures; en effet, l'hyperthermie locale est ordinairement de plus de 3° et peut s'élever jusqu'au chiffre énorme de 4°, 5 ; elle est en généralplus élevée de 0'',5,l°et { °,5 quel'hyperthermie dans l'aisselle.
(1) On donne le nom d'hémoptysie (de c/Ji^-oL, sang, et titûcd, je crache) à l'expectoration de sang pur ou à l'expectoration de crachats presque entièrement forrnés par du sang. Les causes de l'hémoptysie sont nombreuses et Spring les divise de la façon que voici :
la phLhisie, et cette fréquence est telle, que dans le monde on assimile le crachement de sang à la consomption pulmonaire, ce qui est, comme vous le savez, une profonde erreur, puisque toute congestion pulmonaire, quelle qu'en soit la cause, qu'elle soit active ou passive, peut s'accompagner d'hém"optysie. Quoi qu'il en soit, ce symptôme est des plus effrayants (1) et pour le malade qui en est porteur et pour les
i" Hémoptysies traumatiques causées par les plaies du poumon et chez les personnes qui font des efforts trop violents;
2° Hémoptysies irritatives qui dépendent des congestions légères et qui se produisent sous les influences climatériques lorsqu'on passe brusquement du froid au chaud;
3°Hémoptysievicariante;c'estcelle qui alterne avec un flux naturel ou pathologique; on lui donne aussi le nom d'hémoptysie métastatique;
4-''Héraoptysiephlébostatique; c'est celle qui se produit chez les individus atteints de maladies du cœur ou des gros vaisseaux;
5° Hémoptysie angiolytique ; c'est le crachement de sang qui résulte de l'ulcération ou de la dégénérescence des vaisseaux du poumon;
6° Hémoptysie laryngée ; c'est celle qui est déterminée par les maladies du larynx ;
7° Hémoptysie dyshémique, produite par les maladies généi^ales qui amènent une altération du sang (scorbut, variole, alcoolisme) ;
8° Hémoptysie constitutionnelle, qui se montre au début de la phthisie pulmonaire (a).
(1) H y a souvent de grandes difficultés à diagnostiquer l'hémoptysieet l'on confond souvent le vomisse, ment de sang avec le crachement de
sang ; cette confusion est d'autant plus facile, que les efforts de toux s'accompagnent souvent d'efforts de vomissements.
Dans les cas les plus ordinaires, l'hémoptysie s'accompagne d'une toux quiuteuse, avec chatouillement désagréable du côté du larynx et des bronches. Cette toux s'accompagne d'expecloration, de crachats aérés sanglants, d'un rouge vermeil. Chaque quinte de toux ramène, pour ainsi dire, de nouveaux crachats. Puis vers la fin- de l'hémoptysie, les crachats deviennent noirâtres, et dans certains cas même on voit de véritables caillots fibrineux, moulés sur les bronches, qui sont rendus par l'expectoration.
Dans l'épistaxis, le sang provient de la cavité nasale, et on trouve de plus du sang dans le fond de la gorge; il ne faut pas oublier cependant que, lorsque le crachement de sang est très abondant, le liquide sanguin peut sortir par le nez.
Dans les hémorrhagies buccales, il n'y a pas de crachements proprement dits, c'est une sputation de salive sanguinolente ; il n'y a pas de chatouillement du côté du larynx.
Dans l'hématémèse, le sang est noir, le plus souvent mélangé à des débris d'aliments, mais il faut reconnaître que le diagnostic est très dif-
(a) Spring, Symptomatologie, t. I".
personnes qui l'entourent; vous serez donc, le plus souvent, appelés en toute hâte et il vous faudra employer les moyens les plus énergiques pour combattre cet accident.
L'hémoptysie, chez le phthisique, se présente sous deux formes : tantôt c'est un phénomène du début qui accompagne la congestion qui se produit autour de la poussée de granulie; tantôt c'est un accident beaucoup plus grave qui résulte de la rupture, dans une excavation tuberculeuse, soit d'un vaisseau, soit, comme l'a montré Damaschino (a) de véritables petits anévrysmes. Ici, la gravité du crachement de sang dépend du calibre du vaisseau lésé, et l'on comprend alors que, dans certains cas, malgré tous les efforts thérapeutiques, il puisse entraîner la mort du malade.
Quels moyens emploierez-vous pour combattre l'hémoptysie chez les tuberculeux?
En première ligne je place les préparations (1) d'er-
Du
traitement
de
l'hémoptysie
ficile entre l'hémoptysie très abondante etrhématémèse. En effet, dans les hémoptysies très considérables, il y a des eff'orts de vomissements, et réciproquement l'hématémèse peut s'accompagner d'eff'orts de toux.
Quant à la couleur du sang dans les hémorrhagies très abondantes, elle est identique dans les deux cas, et pour faire le diagnostic, il faut remonter aux symptômes locaux et aux circonstances qui ont précédé l'hémoptysie.
(1) Ergot de seigle (secale cornutum). — L'ergot est un champignon du groupe des pyrénomycètes, qui se développe sur un grand nombre de graminées ; mais l'ergot employé en pharmacie est recueilli presque exclusivement sur le seigle.
D'après Wiggers, l'ergot de seigle
contient : huile fixe particulière, matière grasse cristallisable, cérine,fongine, osmazome végétale, matière sucrée, extractif gommeux avec matière colorante rouge, albumine, perphosphate de potasse, phosphate de chaux avec traces de fer et silice, et ergotine, qui serait une substance résinoïde, d'un brun rouge, d'un gotit amer, beaucoup plus puissante que l'ergot; d'après Wiackler, il y a aussi du formiate de propylamine.
D'après Wenzell (1864), l'ergot de seigle contient deux alcaloïdes particuliers, solub-les dans l'eau, à réaction cilc&line,!' ecboline et V ergotine. L'ecboline, plus active que l'ergotine, donne un composé insoluble avec le chlorure mercurique. Les deux bases de l'ergot (Wenzell) sont combinées avec l'acide ergotique, corps vola-
(«) Damaschino, Deux cas d'hémoptysie foudroyante chez les phthisiques {Soc, méd. des hôp., t. XXI, p. 48).
got de seigle et en particulier l'ergotine (1) et l'ergoti-
til donnant des sels cristallisables.
On a retiré de l'ergot : un sucre nommé mycose, dextrogyre, cristallisant en octaèdres rhombiques (Mitscherlicg) 0,1/100; de la mannite (Mitscherlich et Friedler), de la cholestérine (Schoonbroodt, 1886, et Ludwig, 1869), de l'acide lactique (Schoonbroodt).
L'huile d'ergot, regardée par Wright et llooker comme vénéneuse, est d'un goût un peu acre, soluble dans l'alcool, l'éther et les alcalis ; elle agit sur l'utérus comme l'ergot luimême, d'après Wright, Pereira el Bonjean.
Pour le professeur Gubler, c'est à cette huile, à la propylamine ou sécaline (Winckler) et à l'ergotine (Wiggers) que l'ergot doit ses propriétés convulsivantes.
Traitée par un alcali, l'ergot ou son extrait alcoolique donne des matières albuminoïdes, de l'ammoniaque et des bases ammoniacales,, de la méthylamine (Ludwig etStahl), de la triméthylamine (Manassewitz et Wendel); la présence de ce dernier corps expliquerait les quelques succès obtenus avec ce médicament dans les rhumatismes articulaires aigus (Dujardin-Beaumetz).
Bonjean, pharmacien à Chambéry, a préparé en 1840 un extrait de seigle ergoté, qu'il a appelé ergotine, mais qui diffère complètement de l'ergotine de Wiggers.
Celte préparation, qui est un extrait par l'eau repris par l'alcool, est moins active que l'ergot lui-même, mais a l'avantage d'être soluble dans l'eau et l'alcool.
L'ergotine, malheureusement, n'est pas un agent auquel on puisse toujours se fier; il est infidèle et incertain. Comme l'a montré P. Caries
dans un travail publié dans le Répertoire de pharmacie (avril 1878), cela tient à ce que ce médicament n'est pas préparé de la même façon dans toutes les officines et qu'il n'a pas une composition toujours uniforme. Expérimentant sur diverses ergotines prises chez des fabricants et chez des pharmaciens de Bordeaux, Caries a dressé le tableau suivant, qui permet de bien constater cette variabilité du médicament :
Eau
N°s d'hydratation. Cendres.
7 15,10 Indéterminé.