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caustiques ou thermiques, la vésication n'est pas à craindre et la douleur est diminuée.
c Bien entendu, l'intensité de la pile doit être surveillée avec soin, comme nous l'avons vu plus haut, de manière à ne pas dépasser le but à atteindre. C'est surtout quand on opère dans le voisinage de l'œil ou du cou que les précautions doivent être grandes. Dans ces régions, en effet, les dérivations de courants qui se produisent sur les nerfs ophtalmiques ou sur les ganglions cervicaux déterminent facilement la production de phosphènes, de vertiges, qui peuvent aller jusqu'à la syncope.
c Aussi doit-on augmenter très doucement l'intensité du courant et ne pas dépasser quatre, cinq, dix milliampères au maximum, selon la sensibilité du sujet. Si, par hasard, le malade accusait des vertiges, gardez-vous surtout d'interrompre brusquement le courant, car cette maladresse amènerait presque fatalement une syncope. Diminuez, au contraire, peu à peu l'énergie, soit en ramenant au zéro la manette de votre collecteur (1), soit, mieux encore, en augmentant successivement la résistance du circuit à l'aide d'un rhéostat (2)
t Telles sont, messieurs, les principales considérations qui peuvent diriger le choix et l'application des appareils électriques. Assurément, le peu de temps que j'ai pu consacrer à cette revue rapide ne m'a pas permis de m'élendre suffisamment sur la technique électrique; je suis donc obligé de vous renvoyer aux traités spéciaux, et particulièrement au Traité pratique d'électricité médicale que j'ai publié il y a
(1) C'est justement la perspective d'une pile, des bobines de résistance de ces accidents qui nous fait dire variable, c'est-à-dire à fil plus ou que toute pile médicale doit posséder moins long et fin, de manière à un collecteur. diminuer l'intensité du courant sans
(2) Un rhéostat est un appareil qui diminuer le nombre des couples en permet d'introduire, dans le circuit action.
CLINIQUE THÉRAP., 6* édiL III. — 5
quelques années. Vous y trouverez développées, a un point de vue exclusivement pratique, la théorie ayant à dessein été reléguée au second plan, toutes les considérations que je n'ai pu vous indiquer dans cette courte leçon.
« Enfin, messieurs, avant de terminer, je vais vous expliquer le tableau que j'ai fait insérer ici ; il a pour but de permettre au praticien d'employer en connaissance de cause les piles généralement utilisées dans la pratique médicale. Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, il est nécessaire de connaître Pintensilé du courant employé; agir autrement est aussi peu sage que d'user d'un médicament très actif, sans prendre la peine de le doser. De plus, dans beaucoup, de cas, il est intéressant de savoir quelle est la résistance de la partie du corps sur laquelle on opère. Pour résoudre ces deux petits problèmes, deux instruments sont nécessaires, un galvanomètre d'intensité et un rhéostat. Or, tout le monde ne possède pas ces instruments, et beaucoup de fabricants ne les ajoutent pas à leurs appareils (1).
(i) La première colonne verticale 1,35 et enfin 1,55* Prenez la pile Dafenferme les intensités à obtenir de niell, deux résistances, 6 à 15 ohms, de 1 à 50 milliampères. Cinq grandes sont indiquées; à la résistance 6 cordivisions renferment ensuite les in- respondent les éléments Callaud, dications découplés à employer avec moyen modèle, et à la résistance 15 des résistances variées de R = 500 les petit modèles du même genre et à R = 2500 ohms, suivant qu'on les piles Onimus, Trouvé, Chardin, emploie tel ou tel des éléments A la pile Leclauché je rattache la usuels. pile Gaifle au chlorure de zinc, les
J'ai pris trois types d'éléments, résistances 2 et 6 correspondent resauxquels peuvent se rapporter toutes pectivement aux grands et petits moles piles employées dans la pratique, dèles. Enfin, la résistance 2, celle de grâce à la précaution prise de donner l'élément au bisulfate à simple impour chaque type deux résistances. mersion, genre Trouvé ou Chardin, Pour plus de clarté dans l'explica- et la résistance 3 est celle de la pile tion, suivez la première division où du même genre munie d'un vase figure la résistance 500 : trois types poreux, ou pile Marié-Davy. sont indiqués, Daniell, Leclanché, Un exemple va de suite nous faire bisulfate de mercure avec les forces comprendre l'usage de ce tableau, électro-motrices respectives, de 1 puis Supposons qu'on ait à choisir entre
DE L'ËLEUTHICITÉ MÉDICALE. H7
c C'est pourquoi nous avons dressé le tableau que vous avez sous les yeux, afin qu'étant donnée une observation, il puisse toujours être facile de se placer dans des conditions semblables, môme en se servant d'une pile différente. Ce tableau détaché du livre que je viens de vous citer m'a demandé beaucoup de temps et de patience : mais j'espère avoir, en le faisant, rendu service aux praticiens, qui ne peuvent, sous prétexte d'électricité médicale, posséder un véritable cabinet de physique. »
des petites piles Trouvé au sulfate de cuivre, Trouvé au bisulfate et Gaifle au chlorure de zinc, grand modèle.
Combien d'éléments faut-il employer pour obtenir une intensité de 20milliampéres avec une résistance de 1500 (qu'il faut considérer comme la moyenne)? Suivez la première colonne verticale jusqu'à 20, puis prenez la ligne horizontale jusqu'à la 3e division R = 1500. Vous voyez qu'il faudra, en se reportant aux piles correspondantes, i2 éléments au cuivre, 21 couples Gaifle et 19 au bisulfate. De même, sachant que dans un cas semblable on a employé 42 élé-
ments Trouvé au sulfate de cuivre, on peut dire, sans galvanomètre, que l'intensité est sensiblement de 20 milliampères. Enfin, on pourra de même obtenir approximativement la* résistance du corps humain, sachant qu'avec 21 couples Gaiffe de faible résistance on a une. intensité de 20 milliampères. Dans ce cas, on suit la ligne horizontale faisant suite dans le tableau au nombre 20 de la première colonne verticale jusqu'à ce qu'on arrive dans la colonne Leclanehé au chiffe 21, et l'on voit que ce chiffre se trouve dans la division correspondant à une résistance de 1500.
QUATRIÈME LEÇON
Sommaire. — Des névralgies. — Définition. — Pathogénie et causes de névralgies. — Influence du systi'me nerveux. — Influence de la circulation. — Influence des maladies du sang. — Traitement des névralgies. — Médication symptomatiquc. — Médicaments nervins. — Morphine. — Atropine. — Chloral. — Chloroforme. — Injections de chloroforme. — Aconit et aconitine. — Gelsemium et gelsémine. — Électricité. — Hydrothérapie. — Traitement chirurgical. — Névrotomie. — Névrectomie. — Elongation. — Médication révulsive. — Frictions cutanées. — Vésicatoires. — Cautérisation. — Injections à effet local. — Acupuncture. — Réveilleur de vie. — Aquapunclure. — Galvanopuncture. — Médication empirique. — Phosphore. — Guarana. — Sulfate de cuivre. — Médication pathogénétique. — Névralgies essentielles. — Rromure de potassium. — Névrites. — Révulsion. — Névralgies congestives. — Aconit. — Névralgies par anémie. : — Morphine. — Névralgies dyscrasiques. — Chlorose. — Arsenic. — Névralgie intermittente. — Sulfate de quinine. — Névralgie syphilitique. — Névralgie arthritique, dartreuse. — Traitement de certaines variétés de névralgie. — Névralgie du pied. — Sciatique. — Névralgie utérine et vésicale. — Névralgie iléo-lorabaire. — Névralgie intercostale. — Névralgie trifaciale. — Odontalgie. — Tic douloureux. — Traitement de la migraine.
Messieurs, je me propose de consacrer cette leçon au traitement des névralgies. C'est là (1) une affection des plus
(1) C'est à Cotugno, en 1765, que culier, connaissait la névralgie fa- Ton doit la première description ciale; en 1756 André avait lui-môme exacte des névralgies. Cotugno dé- donné une bonne description de la cri vit la névralgie sciatique et Pat- névralgie.
tribua à un liquide acre, qui, prove- Il faut arriver au commencement
nant du canal rachidien, descendait de ce siècle pour avoir des données
le long du cœur. certaines sur les névralgies. En 1841 ,
Avant ce travail, les anciens Chaussier tait paraître son travail,
avaient cependant quelques notions où il donne une description de la
sur les névralgies ; Hippocrate, Are- névralgie, puis vient l'important tra-
tée, Celse décrivent les symptômes vail de Valleix, qui a insisté avec
de la névralgie ; Arétée, en parti- raison sur les points douloureux qui
communes et que vous aurez maintes fois l'occasion de combattre, il est donc nécessaire que vous connaissiez d'une façon exacte et positive les armes dont vous devez vous servir en pareil cas et que vous sachiez ce que vous pouvez attendre des différents agents médicamenteux que vous mettrez en usage.
Définition Malgré les nouvelles recherches dont le système nerveux Tnigtol. a été l'objet, nous n'avons pas encore de données précises et certaines sur la névralgie, nous en sommes réduits à définir cette affection par les principaux caractères (1)
on sont pour lui les caractéristiques, très doulours analogues, et sur les- Depuis, les travaux se sont multi. quelles la pression, convenablement plies, et Ton doit citer, en particu- exercée, est plus ou moins douloulier en Allemagne, ceux de Nothna- reuse. >
gel, Erb, Eulenburg, Rosenthal; en Fleury et Monneret donnent de la
Angleterre, ceux de Anstie ; en Bel- névralgie la définition suivante : gique, celui de Vanlair, et en France c Une névrose du sentiment ou
ceux de Vulpian, Charcot, Lasègue, névrose douloureuse, c'est-à-dire une Fernet et Landouzy, Rigal, Hallo- maladie apyrétique, intermittente ou peau, Martinet, etc. (a). rémittente, irrégulière ou pério-
(1) On a donné plusieurs défini- dique, fixe ou se déplaçant avec une tions de la névralgie (de vtOpov, nerf, grande facilité, ayant son siège dans et âx-pç, douleur). Les plus connues un point quelconque du système sont les suivantes. nerveux cérébro-spinal ou trisplanch-
c La névralgie, a dit Valleix, con- nique, principalement caractérisée .iste dans une douleur plus ou moins par une douleur très vive, qui suit le violente, ayant son siège sur le trajet trajet des branches nerveuses superd'un nerf, et disséminée par points ficielles, ou qui se fait sentir dans circonscrits, véritables foyers dou- les viscères profonds, accompagnée loureux, d'où partent, par intervalles de troubles fontionnels, qui varient variables, des élancements ou [d'au- suivant l'organe affecté, qui ne peufa) Dominicus Cotugno, De ischiade nervosa Commentarius. Noapoli, 1764. — J. Chaussicr, Tableau synoptique de* névralgie*. Paris, 1822. — Valleix, Traité des névralgies. Paris, 1841. — Martinet, Essais sur les névralgies. Thèse de Paris, 1878, n° 70. — Rosenthal, Deobacht. ùber Neuralgien (Wïen. ail. med. Zeitung, 1874). — Erb, Galvanotherap . Mitlheilungen (Arch. f. klinische Med., t. III, 1867). — Nothnagel, Storungen bei Neuralgien (Arch. fur Psychiatrie, t. II, 186'J). — Kulenburg, Functionnelle Servenkrankh., 1871. — Anstie, Neuralgia and the Diseuses that ressemble, etc. London and New-York, 1871. — Landouzy et Vulpian. Leçons sur l'appareil vaso-moteur, 2* vol., 1876. — Hallopeau, art. Névralgie du Dictionn. de méd. prat. — Riga!, Causes et pathogénie des névralgies. Thèse de concours, 1870. — Vanlair, les Xéiralgies, leurs formes et leur traitement. Bruxelles, 1882, 2* édit.
qu'elle présente, et la névralgie paraît encore aujourd'hui un symptôme plutôt qu'une unité pathologique. Sans entrer ici dans un débat approfondi entre les affections proprement dites des nerfs et des névralgies, véritables névroses, je crois que ce symptôme douloureux se produit toutes les fois qu'une altération ou qu'une modification moléculaire vient frapper les nerfs sensitifs. Je repousse donc l'idée de névralgies véritablement essentielles, et je suis persuadé qu'à mesure que nous connaîtrons mieux la physiologie et la pathologie du système nerveux, ce mot essentiel, qui cache notre ignorance et notre incertitude, disparaîtra du cadre nosologique.
Ce qu'il nous importe de bien connaître au point de vue Patho^ie du traitement des névralgies, c'est leur pathogénie et leur Tr"^. étiologie (1), et vous me permettrez d'insister sur ce point pendant quelques instants.
fent être expliqués par aucune lésion trajet de leurs troncs, branches ou
appréciable au tissu nerveux. > rameaux. >
Spring veut que, pour que le mot Anstie définit ainsi la névralgie :
névralgie soit applicable, il existe c La névralgie est une maladie du
deux conditions: l«la forme paroxys- système nerveux qui, dans la majo-
tique de la douleur; 2° l'absence rite des cas, est unilatérale, sem-
d'une lésion périphérique ou cen- ble occuper le trajet de certains nerfs
traie. et se ramifier tantôt dans quelques-
Comme le fait remarquer Lere- unes seulement, tantôt dans la tota-
boullet, on ne peut définir la névral- lité des branches terminales de ces
gie que par ses symptômes, et alors nerfs, i
on est forcé de comprendre, sous la Vanlair a donué, lui, une défini-
même dénomination, bien des mala- tion différente et que voici : c C'est
dies distinctes. une affection dont le symptôme essen-
Axenfeld a donné la définition sui- tiel consiste dans une douleur pavante de la névralgie : c Affection des roxystique, reconnaissant pour cause nerfs cérébro-rachidiens, avec cette exclusive une altération spéciale et particularité que, le plus souvent, la encore indéterminée des éléments césouffrance est ou parait dans ces rébro-spinal ou ganglionnaire (a). > nerfs eux-mêmes circonscrite au (1) Les causes de la névralgie ont
(a) Monncret et Fleury, art. Névralgie du Compendium. — Spring, SymptomatologUy t II, p. 80. — Lcrcboullet, Dicl. des se. m éd., art. Névralgie. — Axcnfcld, Des névroses. Paris, 186i, p. 156. — Anstie, \euralgia and Diseases lhal ressemble, etc., London, 1871. — Yanlair, les Névralgies, leurs formes, leur
Pour que le fonctionnement du système nerveux se fasse d'une façon régulière et normale, il faut, vous ai-je dit dans la première leçon, que les trois conditions suivantes soient remplies : intégrité du système nerveux lui-même (centres et conducteurs), intégrité de la circulation qui anime ce système nerveux, enfin intégrité du sang qui lui est porté. Le système nerveux sensitif ne fait pas défaut à cette loi, et toute circonstance qui viendra modifier soit les conducteurs sensitifs ou leurs centres, soit la circulation, soit l'état du sang, produira des modifications qui pourront être le point de départ des phénomènes douloureux. Examinons successivement chacune de ces causes : in.h.enco X\x point de vue du système nerveux, toutes les altérations, ncrv«i». depuis les modifications profondes de la névrite jusqu'aux simples troubles moléculaires, peuvent être le point de déété groupées de différentes façons, qui agissent directement sur les nerfs Monneret et Fleury les ont divisées (traumatisme, compression); 3* les en causes prédisposantes et causes causes qui agissent par interniédéterminantes. diaire du sang (maladies diathési-
Jaccoud les classe en trois grou- ques et infectieuses); 4° causes pes : 1° modification intrinsèque et agissant par sympathie ou action primitive de l'excitabilité du nerf, réflexe; 5° les causes associées; (]• les depuis son noyau d'origine jusqu'à causes inconnues, ses expansions terminales; 2° lésions Hallopeau étudie les causes de la
extrinsèques qui agissent directe- maladie sous deux chapitres : causes ment ou indirectement par action prédisposantes et causes occasionréflexe; 3* état constitutionnel qui nettes.
modifie l'excitabilité nerveuse, le Ces dernières causes se divise-
plus souvent par l'intermédiaire de raient en trois groupes comme il 1 altération du sang. suit: 1° par lésions directes des
Rigal classe les causes de la façon nerfs ou de leurs racines ; 2° par léque voici : 1° les causes banales sions plus ou moins éloignées; 3° (âge, sexe, hérédité) ; 2° les causes par maladies générales (a).
traitement, édit., 1882, p. 5. — Axcnfeld et Henri Huchard, Traité des névroses, p. 34, Paris, 1883.
(a) Moantrct ot Fleury, Compendium de médecine pratique. — Jaccoud, Traité de pathologie interne, t. l*r, p. 451. — Rigal, Causes et Pathogénie des névralgies, p. 12, 1872. — Hallopeau, art. Névralgie (Nouveau dictionnaire de méd. et de chir.).
de la circulation.
part du syndrome clinique que l'on décrit sous le nom de névralgies ; plaies des nerfs, irritation nerveuse, compression nerveuse, inflammation du névrilème, névrite proprement dite, sont autant de causes de névralgies persistantes. On a même voulu que toujours les névralgies rebelles lussent des névrites. Je crois que si l'inflammation du nerf donne lieu en effet à des névralgies rebelles, il ne faut pas en conclure que toute névralgie persistante est d'origine inflammatoire, car il est des prosopalgies très tenaces qui peuvent avoir une origine différente.
Quant aux troubles circulatoires, ils ont une influence influence manifeste sur la production des phénomènes névralgiques, et l'on peut distinguer à cet égard deux sortes de névralgies, celles qui résultent du défaut de circulation, névralgies anémiques, et celles qui proviennent d'un afflux sanguin trop considérable, névralgies congestives, sur lesquelles Gûbler (a) a appelé le premier l'attention.
C'est à ces troubles circulatoires que l'on a voulu rapporter les névralgies dues à l'impression du froid et qui sont, vous le savez, si fréquentes; les uns invoquant l'anémie qui se produit à l'extrémité cutanée des nerfs sensibles, les autres, au contraire, invoquant la congestion des centres nerveux. La question est beaucoup plus complexe qu'on ne suppose, et il est aujourd'hui impossible de la trancher dans un sens ou dans l'autre.
Enfin, dans certains cas, ce sont les altérations du sang innuence qui sont le point de départ de la névralgie; c'est ainsi que la chlorose, certains empoisonnements, l'intoxication palustre, certains états diathésiques, comme la goutte, peuvent être l'origine de véritables névralgies dyscrasiques.
Qu'il s'agisse d'altération du sang, ou de troubles circu-
dos altérations du un n g.
(a) Pcehedimadji, De* névralgie* congestives. Thèse de Paris, 1867.
latoires, ou d'altération du système nerveux, ces diverses modifications peuvent frapper le nerf sensible dans trois points de son étendue : à son extrémité, sur son trajet ou au centre nerveux lui-même.
Névralgies A la périphérie, toute cause qui viendra modifier sous phiriquet. l'influence d'un traumatisme ou de modifications atmosphériques l'extrémité des nerfs sensitifs pourra déterminer une névralgie qui peut s'étendre à toutes les ramifications des nerfs sensibles, et je ne connais pas de meilleur exemple à vous citer, à cet égard, que la névralgie dentaire. Voici une dent cariée qui amène une altération du bulbe dentaire, celle-ci provoque à son tour une irritation du nerf dentaire, qui produit de proche en proche des phénomènes douloureux dans toutes les branches du trijumeau. Les annales médicales sont d'ailleurs pleines de faits analogues, où nous voyons des névralgies persister des années par suite de la présence dans les tissus de corps étrangers qui viennent irriter l'extrémité périphérique de certains nerfs sensibles. Névmiçili Mais pour qu'il y ait sensation douloureuse, il faut que la cellule sensitive soit touchée, et c'est là un point sur lequel Vulpian, Anstié et surtout Vanlair (1), dans son beau traité
(1) Vanlair a donné une bonne centraux. La névralgie dépendrait
analyse physiologique et clinique de essentiellement d'un changement
la douleur. Il soutient que la douleur dans l'état de la cellule sensitive.
n'est qu'une sensation; elle dépend Voici, d'ailleurs, les aphorismes qui
de l'altération de la sensibilité nor- résument sa manière de voir sur la
maie, mais elle n'est pas elle-même douleur :
cette altération. Cette dernière s'ap- I. Nonobstant la variété de ses expelle YalgésiCy et la douleur n'en est pressions, la douleur est une dans son que l'expression consciente. Il faut, essence.
d'après lui, distinguer l'hyperesthé- II. Elle a lieu sans l'intervention
sie de l'algé^ic ; l'une est l'exaltation des appareils terminaux des nerfs,
de la sensibilité et l'autre de la dou- III. Les expressions douloureuses
leur. n'ont pas de libres spéciales dévolues
Pour Vanlair, pour qu'il y ait à leur transmission,
douleur il faut qu'il y ait modifica- IV. Mais il existe des cellules ner-
tion moléculaire dans les appareils veuses exclusivement préposées à
centrales.
THAITEMENT DES NÉVRALGIES. 75
des névralgies, ont particulièrement insisté; il est donc bien entendu que, s'il existe au point de vue théorique des névralgies périphériques, pour que les manifestations douloureuses se produisent il faut toujours que la névralgie soit centrale.
Une fois ces prolégomènes posés, nous pouvons aborder Traitele traitement des névralgies ; mais pour passer en revue les «évrainombreux moyens thérapeutiques qui ont été conseillés en gi°8' pareil cas, je vais être forcé d'établir un certain nombre de divisions.
Les agents thérapeutiques applicables à la névralgie peuvent être classés en deux groupes distincts : les uns s'adresseront au symptôme douleur, qui caractérise la névralgie, c'est la médication symptomatique ; les autres, au contraire, seront dirigés contre la cause même de ces phénomènes douloureux, c'est la médication pathogénétique.
La médication symptomatique se subdivise elle-même en Médication trois groupes. Dans le premier se trouvent tous les médica- ^mau^c. ments qui agissent en modifiant plus ou moins profondément les fonctions du système nerveux et que l'on décrit sous le nom de médicaments hypnotiques, anesthésiques, analgésiques, antinévralgiques, etc., etc., tels que l'opium, le chloral, le chloroforme, l'aconit, et tous les nouveaux analgésiques antithermiques. Le second groupe renferme les médicaments qui agissent en substituant à la douleur une
l'exercice de la sensibilité algésique. toujours une cause centrale et aurait
V. Toutefois, ces cellules, desti- son siège dans le trac tu s sensoriel,
nées primitivement à une autre Les cellules nerveuses du tractus
fonction, peuvent devenir, dans cor- sensoriel seraient modifiées dans leur
laines conditions, des cellules à nutrition, et cette modification serait
douleur. la cause efficiente des névralgies (a). Pour Jewell, la névralgie aurait
<«) Vanlair, les Névralgies, leurs formes et leur traitement, 2e édit., 1882, p. W. — Jewcl, Pathogénie de la névralgie (The Journal of Xervous and Mental Uiseases, avril 1877).
autre douleur, ils constituent la médication révulsive ou substitutive: c'est ici que nous placerons les vésicatoires, les cautérisations, les injections sous-cutanées substitutives, etc., etc. Enfin le troisième groupe a pour base la médication empirique; il renferme les substances antinévralgiques dont le mécanisme n'est pas encore connu, telles sont la térébenthine, le guarana, le sulfate de cuivre, etc.
Nous allons d'abord passer successivement en revue les médicaments qui se groupent dans les trois divisions de la médication symptomatique, ensuite nous examinerons les bases de la médication pathogénétique, enfin nous terminerons par l'examen du traitement de certaines formes de névralgies.
Pour le premier groupe des agents médicamenteux qui constituent la médication symptomatique, je désire surtout appeler votre attention sur l'opium et ses dérivés, le chioral et le chloroforme, Paconitine et la gelsémine, 1b piscidia érythrina,les nouveaux analgésiques, l'électricité et l'hydrothérapie.
opium et L'opium est, à coup sûr, un des moyens les plus employés pour le traitement de la douleur dans la névralgie, et depuis que Wood a introduit dans la médecine la pratique des injections sous-cutanées, on peut dire que c'est par les injections de morphine que l'on obtient le plus facilement la disparition de la douleur, du moins d'une façon momentanée. Je vous ai déjà parlé de la pratique de ces injections souscutanées (a) de morphine à propos du traitement des maladies aortiques. Je ne reviendrai donc pas sur ce sujet et je ne désire appeler votre attention que sur quelques points relatifs au sujet qui nous occupe.
D'abord est-il toujours nécessaire d'appliquer l'injection
(a) Voy. t. I,r, Traitement des maladies du cœur. Leçon sur Us lésion* de V orifice aor tique.
sous-culanée aussi près que possible des points douloureux? Quelques médecins, et Chouppe en particulier, ont soutenu qu'il était toujours avantageux de faire l'injection in loco dolenti; je ne partage nullement cette manière de voir. Si la morphine soulage dans la névralgie, ce n'est pas en agissant sur le nerf lui-même ou sur son extrémité, mais bien en modifiant le centre nerveux sensitif ; le point où Ton injecte la morphine ne joue donc qu'un rôle absolument secondaire, puisqu'il faut que la morphine pénètre dans la circulation générale et arrive ainsi au cœur, qui la portera vers l'axe cérébro-spinal pour qu'elle y produise les effets voulus. De* injcc-
Vous pouvez donc, pour le traitement des névralgies, user ^"pwi». des points où les injections sous-cutanées se font le plus facilement, c'est-à-dire les cuisses, les fesses ou la région du dos. Smirnoff nous a indiqué à cet égard le point où les injections sous-cutanées peuvent être pratiquées avec le moins d'inconvénients. Ce point est le sillon placé derrière le grand trochanter, qu'on a appelé le sillon rétro-trochantérien.
Vous emploierez pour vos injections des solutions au cinquantième, et n'oubliez pas que vous devez toujours user de liquides antifermentescibles,commereaudistilléede lauriercerise, qui contient de l'acide cyanhydrique, ou de l'eau distillée d'ulmaire, qui renferme de l'acide salicylique, ou bienencorede l'eau bouillie, comme le veut Constantin Paul. Ces liquides s'opposentau développementdesmucédinéesqui se produisent si facilement dans les solutions de morphine ; mucédinées qui non seulement altèrent par leur présence les solutions ; mais qui encore aident k la transformation de la morphine en apomorphine, comme l'a montré Bardet.
Ces injections soûs-cutanées de morphine, qui ont détrôné tous les autres modes d'administration des substances opiacées dans le traitement des névralgies, présentent cependant un grand inconvénient, c'est l'accoutumance ; et bientôt le
malade, et surtout la malade, ne cherchent plus dans ces injections un calme à la douleur, mais un excitant qui leur est désormais nécessaire. Ce serait un curieux chapitre de pathologie que celui où Ton décrirait les progrès de la morphinomanie à notre époque; il vous montrerait que c'est presque toujours le traitement d'une névralgie qui a été le point de départ des funestes habitudes contractées par le malade.
Au début de la méthode hypodermique, Wood, puis Béhier, employèrent d'abord l'atropine; mais ce médicament fut promptement abandonné, à cause des dangers qu'il présentait et des phénomènes délirants qu'il produisait facilement. Cependant, vous pourrez tirer un bon parti de l'association de ces deux médicaments, et je vous rappelle ici la formule dont je me sers habituellement et que je vous ai maintes fois donnée :
y Sulfate d'atropine 1 centigramme.
Chlorhydrate de morphine 10 —
Eau distillée de laurier-cerise. ... 20 grammes.
Un centimètre cube, c'est-à-dire une seringue de cette solution, renferme un demi-milligramme de sulfate d'atropine et un demi-centigramme de chlorhydrate de morphine.
Des On a soutenu que les injections d'eau pouvaient donner, au point de vue de la douleur, les mêmes effets que les injections de morphine, et Dieulafoy s'est fait le défenseur de cette manière de voir. J'ai démontré, en 1872 (a), que les injections de morphine seules calmaient la douleur, et que si celles d'eau purepeuvent arriver au même but, mais beauta) Dujardin-Beaumetz, Expériences comparatives des injections d'eau et des injections de morphine (Huit, et Mèm. de la Soc. de thérap., t. IV, 1870-73, p. 116, ot Gaietlc médicale, 1872).
tijections d'eau.
coup plus rarement, c'est par un tout autre mécanisme, qui résulte de la distension ou de la rupture de certains faisceaux musculaires (1).
Le chloral est un des meilleurs calmants de la douleur que nous connaissions; il ne présente qu'un inconvénient, c'est qu'il ne peut être administré longtemps, chez le même individu, sans déterminer par son action caustique et irritante une inflammation chronique du tube digestif. Aussi vous savez que j'ai conseillé, pour obvier à cet inconvénient, de donner surtout le chloral (2) par la voie rectale et que je
Du chloral.
(1) Maraby, Rickards, Bonnemaison ont employé, comme Dieulafoy, les injections d'eau dans le traitement des névralgies, et cela quelquefois avec succès. Pour expliquer cette action bienfaisante, on a invoqué la rupture de certaines Gbres musculaires, ou bien encore la douleur de la piqûre, on bien encore l'imagination. Bonnemaison veut que Ton pratique ces injections d'eau le long de la colonne vertébrale (a).
(t) Le chloral (hydrure de trichloracétyle, Wûrtz) a été obtenu pour la première fois par Liebig, en dirigeant un courant de chlore sec sur l'alcool absolu (1831); il a été étudié ensuite par bien des chimistes, et surtout par Dumas (1834), Regnault, Stoedeler, Kekulé, H. Koop, Wûrtz, Roussin, Personne et Byasson.
C'est en 18G9 que ce corps commença à entrer dans la thérapeutique, préconisé par Liebreich.
Il y a deux espèces de chloral :
l'anhydre et le chloral hydraté, seul employé.
Le chloral anhydre est un liquide très fluide, incolore, gras au troucher, d'une odeur vive, pénétrante, d'une saveur amère et piquante ; en contact avec l'eau, il se combine, avec une forte élévation de température, et donne naissance à un hydrate solide ; traité par les alcalins, il se dédouble en chloroforme et eu formiate alcalin; chauffé dans un tube scellé à la lampe, il devient gélatineux, solide, insoluble et donne naissance au meta chloral qui, chauffé vers 200 ou 220°, redevient chloral anhydre (Regnault).
L'hydrate de choral C»HCl30,HOv, dont la vapeur est composée, d'après Dumas, par un volume de chloral anhydre et un volume d'eau, est solide, blanc, cristallisé (primes rhom-* boldaux obliques), onctueux, gras au toucher, d'une odeur de melon, d'une saveur acre et brûlante, déliquescent.
Soluble dans l'eau, l'alcool, la glycérine, l'éther, le chloroforme; se liquéfiant en présence d'une trace de
(a) Dieulafoy, De* injection* *ou*-cutanée* d'eau {Gai. de* hôp.y J876, n° 99). — Mambj, The Subculaneou* Injection* of Water (Brit. Med. Journ., 15 janvier 1877). — Rickards, Subculaneou* Injection* of Warm Water (Brit. Med. Journ., \b janvier 1877). — Bonnemaison, Des injection* hypodermique* dan* le* névralfie* {Clinique médicale, Toulouse, 1874, p. 82).
me sers pour ces lavements de la formule de Gorrequer- Griffith, et qui consiste à placer dans un verre de lait additionné d'un jaune d'œuH ou 2 grammes de chlorai (l).Mais
camphre. Densité, 1,57; fond à 16% bout à 97°. Comme le chlorai anhydre, il se dédouble en chloroforme et formiate alcalin, en présence des alcalins, soude et potasse caustique; la même réaction, mais plus lente, se produit avec les bicarbonates alcalins.
De nombreux procédés de préparation du choral ont été employés ; ils ne sont que des modifications successives de celui de Liebig.
Pour 0. Liebreich, les impuretés du chlorai sont la cause des accidents ou de sa non-efficacité comme hypnotique. L'irritation gastrique et l'excitation générale observées dans certains cas seraient ducs à ce que l'hydrate de chlorai est devenu acide par la composition d'un corps étranger, de l'acide chloro-carbonique, qui donne lieu à de l'acide chlorhydrique. Lorsque le chlorai, donné à trop hautes doses, produit les effets toxiques, le pouls et la respiration sont ralentis ; lorsque, au contraire, les accidents dépendent du chlorai impur (qui irrite facilement l'estomac et produit la céphalagie et les nausées), le pouls est bondissant, et on note plus ou moins d'excitation nerveuse (Liebreich).
D'après 0. Liebreich, c les cristaux de chlorai qui ne sont pas secs et transparents ne doivent pas inspirer de confiance ; il en est de même des cristaux en aiguille.
(1) Action du chlorai. — Administré par la bouche à la dose de 1 à 3 grammes chez l'adulte (dose variables, du reste, selon les sujets), l'hydrate de choral amène bientôt le sommeil ; on constate d'abord un peu
de salivation, d'excitation de la muqueuse stomacale, un peu d'engourdissement, quelquefois de la somnolence, puis le sommeil au bout de quinze à vingt minutes. Dans certains cas le sommeil vient brusquement ; dans d'autres cas il est précédé d'excitation, d'une sorte d'ivresse, parfois même d'un véritable délire, assez violent même. L'excitation parait tenir à la dose; les petites doses la produisent, les grosses la font disparaître ; pour quelques auteurs, ces faits sont dus à l'impureté du médicament employé.
Le sommeil est calme, paisible, sans rêvasseries, peut durer pendant quelques heures, puis le réveil se fait graduellement, et le malade ne ressent pas après la lourdeur de tête et l'hébétude qui suivent si souvent l'administration des narcotiques.
Si on donne des doses excessives, le sommeil fait place à la stupeur, avec pâleur des téguments, mydriase, affaiblissement des contractions du cœur, ralentissement de la respiration, abaissement de la température ; si la dose est toxique, les battements du cœur s'affaiblissent de plus en plus et la mort arrive (Gûbler). Pendant le sommeil chloralique, Hammond (de New- Work) admet qu'il y a d'abord congestion, puis anémie cérébrale.
Le cœur et la respiration sont peu influencés à doses faibles : chez l'enfant, selon Rouchut, le pouls devient petit fréquent, serré: a doses fortes, il y a accélération, puis ralentissement; à doses massives, excitation violente ou arrêt brusque ; le chlorai agirait alors comme poison du cœur.
ce mode d'administration ne peut être prolongé au delà de quelques jours à cause de l'irritation qu'il détermine du côté de la muqueuse rectale.
On a essayé de substituer au chloral des dérivés de ce du oroton-
chloral.
Dans la première période du sommeil la sensibilité esta peine émoussée, mais peu . à peu la résolution musculaire arrive, et on constate l'anesthésie (on obtient ce résultat avec des doses un peu fortes, de 6 à 12 grammes).
Tous les auteurs n'admettent pas que le chloral soit un anesthésique.
Demarquay niait le pouvoir anesthésique, et accordait au contraire une puissance hyperesthésique. Pour le professeur Gùbler, le chloral nfest qu'un anesthésique insuffisant ot dangereux ; il ne fait cesser la douleur que parce qu'il endort, et il n'est anesthésique qu'à des doses élevées qui peuvent compromettre la vie du malade. Pour Personne, suivant les doses on obtient une anesthésie légère ou complète; pour Ranvier, l'anesthésie succède à l'hypnotisme, mais a une courte durée. Pour Oré, le chloral employé en injections in tra- veineuses (à la dose de 4 ou 6 grammes, solutions à parties égales d'eau et de chloral) est le plus puissant des anesthésique s.
Pour Germain Sée, le chloral agirait : Ie comme hypnotique; 2° comme modérateur du pouvoir réflexe de la moelle épinière; 3° comme régulateur de l'action du cœur en tant que nombre et force; A9 comme dépresse ur de la tension vasculaire; 5 comme réfrigérantet modificateur de la respiration.
Mode d'action du chloral. — C'est en constatant le dédoublement en chloroforme et en formiate alcalin du chloral en présence des alcalis que
CLIXIQl'E THÉRAP., 6* édit.
Liebreich fut conduit à employer l'hydrate de choral : il supposa que le sang étant alcalin, la môme réaction se produirait dans l'économie et que le chloroforme agirait alors sur le malade. 11 administra alors le médicament avec succès à des aliénés; il considéra le chloral comme n'agissant que par le chloroforme produit au contact du sang, et dit qu'on peut comparer son action à la chloroformisation la plus lente qu'on puisse imaginer.
Cette théorie de l'action du médicament a été vigoureusement attaquée et non moins vigoureusement soutenue.
Richardson, Personne Boussin, Byasson, Horand etPench, Willième, Napieralski, Lissonde, etc., sont pour le dédoublement du chloral dans l'économie. Demarquay, Vulpian, Labbé et Goujon, Gùbler, Dieulafoy, et Krishaber, Giraldès, Giovanni et Ranzoli, Bajeski, Heidenhaïn, etc., combattent cette théorie.
Le professeur Gùbler nie ce dédoublement; il ne pense pas que les bicarbonates alcalins puissent l'opérer et il refuse surtout ce pouvoir au sang, à cause môme de sa faible alcalinité. Pour lui, le chloral agit directement par lui-même, et non parce qu'il se transforme en acide formique et en chloroforme; le sang ne peut, en présence du chloral, que déterminer la production de 25 à 30 centigrammes de chloroforme par heure, et la petite proportion formée ne sert qu'en qualité d'anesthésique pour compléter les effets sein. — 0
dernier et Ton a surtout vanté le croton-chloral (1), qui a été conseillé par Liebreich, Benson-Baker, Georges Gray, Marhkam-Skerrit, Bruennich, et en France par Worms, Weilet Léoni; ce croton-chloral ou butyl-chloral s'administre à la dose de 30 centigrammes à 1 gramme toutes les trois heures jusqu'à disparition de l'accès; malgré les avantages qu'il a donnés dans le traitement de la prosopalgie, ce médicament est peu ou pas employé. Il mérite pourtant de l'être, s'il est vrai que la fonction respiratoire reste intacte après son absorption, môme lorsque la dose a été poussée jusqu'à l'anesthésie. A ce point de vue il serait préférable au chloral quand il s'agit de malades atteints d'affections organiques du cœur (2).
datifs el hypnotiques du chloral.
Pour Byasson, le chloral possède une action à lui propre, distincte de celle du chloroforme : elle serait la résultante des actions du chloroforme et de l'acide formique, mais il agit surtout par le chloroforme.
Le docteur Lissonde, qui a fait de nombreuses expériences et publié un important travail sur ce sujet, partage la même manière de voir que Byasson; il a démontré par l'analyse chimique le dédoublement du choral dans l'organisme et a constaté qu'on retrouvait dans les produits d'expiration de l'animal chloralisé du chloroforme en nature.
(t) Récemment, on a proposé dans le traitement des névralgies, ou plutôt des insommies causées par la douleur, un nouveau médicament, Thypnal. Désignée encore sous le nom plus complexe de monochloralantipyrine, cette substance est une combinaison bien définie mais moins soluble que ses composants, chloral et antipyrine, dont elle réunit d'ailleurs les propriétés hypnotique
et analgésique, ce qui en fait un médicament précieux. L'hypnal présente sur le chloral l'avantage appréciable de ne posséder ni odeur ni saveur caustique. Les doses nécessaires pour la production des effets hypnotiques ne représentent guère que le tiers ou la moitié des doses de chloral nécessaires pour obtenir des effets équivalents (Mme Frenkel.
Th. de Paris, 1890).
(2) Le croton-chloral s'obtient par l'action du chlore sur l'aldéhyde chloré de l'acide crotonique. Liebreich a étudié son action physiologique; ses effets hypnotiques seraient dus à la décomposition, en présence des alcalins bichlorallylènes, qui agirait sur la moelle et le cerveau.
Le croton-chloral est un corps très peu soluble; il a été employé dans le traitement des névralgies par Benson-Baker et Skerrit. Ce dernier administre ce médicament sous forme de pilules à la dose de 30 centigrammes répétée toutes les trois heures, et il a donné jusqu'à 5 gram-
TRAITEMENT DES NEVRALGIES.
Le chloroforme est aussi d'un usage courant dans le Irai- »<" «■*«• tement des névralgies, on remploie presque exclusivement cutanée» localement, et, plus rarement, en inhalations dans les cas 0f^[°" de névralgies très douloureuses. Localement, on peut employer deux méthodes : ou les applications sur la peau, ou les injections sous-cutanées. Aran, Dupuy de Frcnel et d'autres ont conseillé, il y a longtemps, de traiter les névralgies par l'application de compresses imbibées de chloro-
mes, et même 6 grammes de crotonchloral par jour. Ce croton-chloral déterminerait souvent des vomissements.
Gray a associé l'hydrate de crotonchloral au bromure de potassium, et foici la formule qu'il conseille :
Hydrate de croton-chloral 1 gramme»
Bromure de potassium. 4 grammes.
Eau distillée 250 —
A prendre une cuillerée à bouche toutes les deux heures jusqu'à ce que la douleur soit calmée.
Worms emploie la formule suivante :
Croton-chloral. . . . 1 gramme.
Glycérine 60 grammes.
Bau 60 —
Essence de menthe III gouttes.
Sirop simple 25 grammes.
A administrer aussi par cuillerée à
bouche de deux heures en deux heures (a).
Weill conseille les préparations suivantes, soit en potion :
Croton-chloral , 2 grammes.
Glycérine • 6 —
Extrait de réglisse.. 4 —
Eau ) xx ir
Sirop de sucre )
ou bien en pilules :
Croton-chloral )
Poudre de réglisse... > àà I gramme.
Conserve de roses.... )
Pour vingt pilules.
Léoni use de la potion suivante :
Croton-chloral 1*50
Glycérine 16 grammes.
Eau distillée de lauriercerise 16 —
Chaque cuillerée de la solution contient 4 centigrammes de crotonchloral (b).
(a) Voy. t. I", Traitement des maladies du cœur. Leçons sur les congestions passive* des différents viscères.
(h) Liobreieh, De faction et de Vemploi de V hydrate de croton-chloral (Brit. Med. Journ.y 20 décembre 1873). — Bcnson-Bakcr, De Vemploi du croton-chloral dans les névralgies {Brit. Med. Journ., 1874). — Georges Gray, Effets de l'hydrate de ekloral comme anesthésique et comme analgésique {Brit. Med. Journ.,tè mars 1874, p. 414). — Worms, Xote sur l'action du croton-chloral {Bull, de thérap., 1874, t. LXXXV1, p. 447). — Markham-Skcrrit, The Lancct, p. 776 et 814, 2 et !> décembre 1874. — Bruennich, Kroton-chloral und Prosopalgie, 1874. — Weill. Dm croton-chloral hydraté. Thèse de Paris, n° 4U4, 30 décembre 1874. — Léoni, Sur le croton-chloral {Marseille médical, avril et mai 1877, p. 129 et 2511).
forme et, récemment, Brown-Séquard a expérimentalement démontré l'action analgésique de ces applications locales. Mais c'est surtout en injections sous-cutanées que ce médicament peut donner de bons résultats (1).
Introduite dans la thérapeutique par Robert Bartholow, puis par Doë (de Boston), la pratique des injections souscutanées de chloroforme n'est devenue courante dans notre pays que depuis les communications d'Ernest Besnier. J'ai moi-môme expérimenté ce procédé, et mon élève le docteur Henry Fournier a consigné toutes ces expériences dans sa thèse. Pour que les injections de chloroforme donnent des effets favorables, il faut les pratiquer sur les points douloureux et in troduire profondément le liq uide dans le tissu cellulaire, et c'est parce que l'on n'avait pas suivi exactement les règles fixées par Ernest Besnier que l'on a vu, au début de l'expérimentation, des accidents.se produire à la suite de ces injections. Vous ferez donc pénétrer l'aiguille de la canule
(1) C'est Hobert Dartholow qui, en nier à la Société de thérapeutique. 187i, employa le premier les injec- Dujardin-Deaumetz a expérimenté tions de chloroforme contre les né- la même méthode et a montré tous vralgies. Stedmann, en 1877, cite les avantages qu'on pouvait en tirer, huit cas de névralgies guéries parce et a surtout insisté sur les phénomoyen. La même année, Doë (de mènes généraux qu'on peut obtenir Jloston) traita par le même moyen lorsqu'on injecte des quantités notaune névralgie consécutive au zona; blés de chloroforme (de 4 à 10 grammais cette pratique n'est devenue mes). Son élève Henry Fournier a générale, au moins en France, que consigné dans sa thèse un grand depuis la communication faite, le nombre d'observations relatives à ce II novembre 1877, par Ernest Bes- sujet (a).
(a) Bartholow, On Ihe deep injection of chloroforme for tht relief of Ihe doulourous (The Practitioner, juillet 1874). — Ernest Besnier, Des injections souscutanées de chloroforme, et particulièrement de leur emploi dans le traitement de la douleur {Bull, de thérap., t. XC111, p. 433. — Stedmann, Huit Cas de névralgies traitées par les injections profondes de chloroforme (Boston Med. and Surg. Journ., 21 mai 1877). — Dujardin-Bcaumetz, Des injections hypodermiques de chloroforme {Bull, et mém. de la Soc. de thérap., 2° série, t. IV, p. 158, 1877, et t. V, p. 1, 3(J, 40, 1878). — Henry Fournier, Des effets généraux du chloroforme en injections hypodermiques. Thèse do Paris, 1878. — Duran, Des injections liypod:nniques de chloroforme. Thèse do Paris, 1878.
perpendiculairement dans les tissus et vous renfoncerez jusqu'à la garde. Aussi cette méthode n'est-elle applicable le plus souvent qu'au traitement de la névralgie sciatique, où l'on peut sans danger pratiquer profondément des injections irritantes.
Par ces injections sous-cutanées chloroformiques vous pourrez obtenir deux résultats différents : ou la disparition de la douleur locale, lorsque vous n'emploierez que des doses faibles ; ou des phénomènes généraux caractérisés par du sommeil, lorsque vous injecterez 2, 3, 4 et même jusqu'à 10 grammes de chloroforme, sans toutefois pouvoir obtenir l'anesthésie chirurgicale, et je vous ai montré la cause de ce fait dans les considérations générales sur le poumon au point de vue thérapeutique (a). Du reste, il ne faut pas oublier que l'absorption du chloroforme est susceptible de provoquer l'albuminurie chez des individus jusque-là indemnes ou d'exagérer une albuminurie préexistante. On devra tenir compte de cette éventualité et faire précéder toute tentative d'injection chloroformée d'un examen préalable des urines du patient (b).
J'aborde maintenant l'histoire si intéressante de ces nouveaux médicaments, tous tirés de la série aromatique et auxquels on a donné le nom d'analgésiques antithermiques. Dans mes Nouvelles Médications (1™ et 2° série) j'ai consacré plusieurs leçons à l'étude de ces précieux agents thérapeutiques. Pour ceux qui voudraient approfondir ce sujet, je les renverrai à ces conférences (c).
Je place d'abord en première ligne parmi les analgésiques, do i\™r.-
pyrino.
(a) Voy. t. II, Traitement des maladies du poumon. Leçon sur le poumon au point de vue thérapeutique.
yb) Patein, Thèse de Paris, 1888.
(c) Dujardin-Beaumetz, Des nouvelles médications, 4# édit., in série. — Des •mlgésiques antithermiques. — Des nouvelles médications, 2° s^rie. — Des nouveaux analgésiques.
l'antipyrine (1 ) : c'est là pour le sujet qui nous occupe un admirable médicament. L'antipyrine a été employée d'abord comme antithermique, et j'aurai à vous dire dans des leçons ultérieures qu'à cet égard elle ne nous a pas donné tout ce qu'on en attendait. Mais la découverte de ses propriétés analgésiques a été, on peut le dire, une véritable révolution en thérapeutique, en permettant de substituer à la morphine un analgésique puissant qui ne possédait pas tous les inconvénients de cet alcaloïde. Dès 1884 Alexander l'avait employé pour calmer les douleurs aiguës du rhumatisme articulaire; il fut suivi dans cette voie par nombre de cliniciens; puis nous voyons successivement Khomiakofï, Luvoff, White et Spirmont l'employer au traitement de la migraine ; mais c'est surtout aux recherches du professeur Sée que nous devons la connaissance et la généralisation de l'usage de l'antipyrine comme calmant de la douleur (a). C'est en diminuant le pouvoir réflexe de la moelle épinière que ce médicament, ainsi qu'il ressort des expériences de G. Sée et de Chouppc, amène l'analgésie.
La solubilité de l'antipyrine rend son administration facile, et vous pouvez l'employer soit en cachets, soit en solutions ; pour les solutions, il faut savoir que l'antipyrine
(1) L'antipyrine on diméthyloxy- membre qui a reçu une injection
quinizine a été découverte par Knorr. d'antipyrine, parfois même dans le
C'est un corps soluble en toutes pro- membre opposé. L'excitation élec-
portions et sur la composition duquel trique du nerf sciatique cbez Pani-
nous entrerons à propos du traite- mal antipyriné ne produirait plus
ment de la fièvre. Sée(6) a insisté sur qu'une contraction réflexe très amoin-
les propriétés analgésiques de l'an- drie. Chouppe (c) a montré de son
tipyrine ; il a démontré que chez les côté que l'on peut empêcher la mort
animaux il y avait une diminution d'animaux par la strychnine en in-
très notable de la sensibilité et jectant de l'antipyrine dans le sys-
môme une véritable analgésie dans le tème veineux, ce qui prouverait que
(a) G. Sée, De l'antipyrine contre la douleur (Acad. des sciences, 18 avril 1887). (6) Caravias, De l'antipyrine. Thèse de Paris, 1887. (c) Chouppe, Soc. de biologie, 1887.
a un goût désagréable; aussi, pour le faire disparaître, fautil aromatiser la solution avec un peu de rhum ou de kirsch. G. Sée conseille de dissoudre l'antipyrine dans une cuillerée d'eau que le malade avale, puis immédiatement après, il boit quelques gorgées de grog au rhum ou au kirsch. Pour moi, j'emploie le plus souvent le café noir comme véhicule de l'antipyrine.
Vous pouvez donner à la fois 1 gramme d'antipyrine, et renouveler cette dose, de manière à administrer de 2 à 6 grammes par jour du médicament (1). Ces doses n'ont aucun inconvénient, si ce n'est de produire parfois une éruption scarlatiniforme qui ne présente aucun danger.
Il existe une autre voie d'introduction de ce médicament, c'est la voie sous-cutanée; dans sa communication à l'Institut (a), G. Sée a montré que sous cette forme, l'antipyrine pouvait dans bien des cas être substituée à la morphine; le docteur Lebert (de Colombey-1 es-Belles), en 1886, avait déjà utilisé ces injections contre les névralgies. Ces injections se font avec des solutions à parties égales, et peuvent se renouveler de deux à quatre fois dans les vingt-quatre heures, mais elles sont quelquefois un peu douloureuses et il faut alors étendre la solution et se servir de la formule suivante :
V Antipyrine 5 grammes.
Eau 10 —
ce médicament a une action très (1) Voici une formule de potion à
réelle sur la diminution du pouvoir l'antipyrine.
réflexe de la moelle. Caravias (b) Eau 120 grammes.
dans sa thèse a reproduit les tracés Sirop do menthe 30 —
qui montrent cette diminution de la Antipyrine 10 —
sensibilité musculaire et nerveuse Une cuillerée à bouche renferme
sons Tinfluence de l'antipyrine. exactement 1 gramme de médicament.
(ë) G. Sée, De l'antipyrine en injecliont sous-cutanées (Acad. des science*, 11 juillet 1887).
(à) G. Sée, De l'antipyrine contre la douleur (Acad. des se, 18 avril 1887 ; Acmd. de médecine, 1887-1
nilidc.
et injecter ce mélange par seringues entières plusieurs fois dans la journée (1).
Ces propriétés analgésiques ne sont pas exclusivement réservées à Tantipyrine et on peut dire, comme je l'ai montré à l'Académie, que tout le groupe des nouveaux médicaments antithermiques possède ces mêmes propriétés. Il était de connaissance banale parmi les chirurgiens que les solutions d'acide phénique concentrées diminuent la sensibilité des mains, qu'elles gênent souvent l'opération. Pour l'acide salicylique, on sait combien ce médicament est efficace dans le traitement de certaines névralgies rhumatismales et Vulpian avait montré ses effets analgésiques.
do l'Méta- Enfin, il est un autre médicament d'application récente à la thérapeutique, l'acétanilide ou antifébrine (2), qui jouit de propriétés analgésiques presque égales à celles de l'antipyrine. Introduite dans la thérapeutique en 1886 par deux assistants de la clinique deKussmaul,Kahnet Hepp, comme médicament antithermique, c'est à Lépine(de Lyon) que l'on doit la découverte de ces propriétés analgésiques et deux de mes élèves, Weill et Reyes, ont réuni dans leurs thèses les
(1) Les injections sous-cutanées médical, cette acétanilide doit être d'antipyrine sont douloureuses etir- parfaitement pur et ne pas contenir ritantes, c'est pourquoi on a conseillé de traces d'aniline libre. Voici les d'introduire dans les solutions une caractères qu'elle doit présenter certaine proportion de chlorhydrate d'après Yvon : 1 ° elle ne doit posséder de cocaïne, de 10 à 20 milligrammes aucune odeur; 2° elle doit être parpar injection (G. Sée). faitement blanche; 3° chauffée sur
(2) L'acétanilide a été découverte une lame de platine, elle doit donner par Gerhardt en 1835. Elle a peur un liquide incolore; échauffée, elle formule C8H3Az0. Elle peut être con- ne doit pas donner avec l'hypobromite sidérée comme de l'aniline dans de soude un précipité orangé. — laquelle un atome d'hydrogène a été L'acétanilide telle qu'on la trouve remplacé par un radical acétyle : on dans le commerce est une substance pourrait l'appeler phénylacétamide. d'un blanc nacré, bien cristallisée. Elle s'obstient en faisant réagir l'acide Insoluble dans l'eau, soluble dans acétique sur l'aniline. Pour l'emploi l'alcool.
expériences et les observations que j'ai faites à ce sujet dans mon service (1).
L'acétanilide est un corps peu soluble, aussi l'administret-on presque toujours à l'état de poudre, sous forme de cachets médicamenteux renfermant 50 centigrammes de principe actif. L'on peut ainsi donner par jour trois à quatre de ces cachets médicamenteux. Vous pourrez aussi vous servir de dissolutions alcooliques de la môme substance, en utilisant soit la solution dans l'élixir de Garus, selon la formule d'Yvon, soit l'élixir de Tercinet.
L'acétanilide est généralement bien supportée. Cependant, elle détermine quelquefois aux doses de 2 grammes des phénomènes de cyanose passagère qui se produisent vingt minutes après l'administration du médicament. Pour ma part, je n'ai jamais vu d'autre accident se produire, malgré l'emploi de l'acétanilide pendant des mois.
L'acétanilide donne d'admirables résultats dans le traitement de certaines névralgies et en particulier de celles qui
(1) Wei! (a) et Reyes (b) ont étudié à trente-six heures après l'ingestion, l'action physiologique de l'acétani- On constate chez les animaux ainsi lide. À la dose de 2 à 4 centigrammes empoisonnés une diminution très par kilogramme d'animal, l'acétani- considérable de l'hémoglobine, qui lide reste sans aucune action mani- tombe de 12.5 pour 1000, chiffre norfeste sur l'homme et sur l'animal à mal chez le lapin, à 5.5 pour 1000. l'état physiologique. A la dose élevée Lépine et Aubert ont trouvé de la de 25 à 50 centigrammes par kilo- mçthémoglobine et Hénoque (c) la gramme d'animal, l'acétanilide est diminution de Foxyliémoglobine. toiique ; l'animal tombe dans Tanéan- L'acétanilide ne jouirait d'aucune tissement et la stupeur. Les mouve- propriété antifermentescible ; malroents deviennent difficiles et hési- gré les recherches les plus minutants; la sensibilité disparaît, mais tieuses, on n'a pas retrouvé F ac étala mort ne survient que vingt-quatre nilide dans les urines (d).
(«) Weill, De l'acétanilide. Thèse de Paris, 1887.
ib) Arturo Rcyès y Sardina, Contribution à l'élude physiologique et thérapeutique de Cacétanilide sur le système nerveux. Thèse de Paris, 1887.
(c) Hénocque, Action de l'acétanilide sur le sang (Soc. de biologie, 23 juillet 1887).
(d) Dujardin-Beaunietz, Nouvelles Médications, 3* édit., Pari?, 1887, p. 207.
résultent de l'altération des nerfs, par exemple dans les névrites dentaires, dans les névralgies par compression et surtout dans les douleurs fulgurantes des tabétiques où ce médicament agit d'une manièreparticulièrement efficace (1). De Bardet et moi (a) avons appliqué à la thérapeutique un
l'examine dérivé de Tacétanilide, la méthylacétanilide, à laquelle nous avons donné le nom d'exalgine.
Cette exalgine a des propriétés analgésiques très intenses et cela à faible dose. De nombreuses expériences physiologiques que vous trouverez consignées dans la thèse de mon élève Gaudineau ont montré que ce médicament agissait surtout sur les centres nerveux. Depuis, de nouvelles recherches faites en France et à l'étranger par Desnos, Fraser (d'Edimbourg), Moncorvo (de Rio-de-Janeiro),Ferreira,ont confirmé nos premiers résultats, et tout le monde est unanime à reconnaître la puissance analgésique de cette méthylacétanilide. C'est un médicament très toxique et qu'il faut administrer avec une certaine prudence; et quoique Desnos ait donné jusqu'à 1 gramme par jour de cette exalgine, je crois qu'il faut se tenir à la dose de 50 centigrammes par jour, par fraction de 25 centigrammes. C'est un médicament peu soluble. Le plus ordinairement je me sers de la préparation suivante :
9 Exalgine 2 gr. 50
Alcoolat de menthe 10 gr.
(1) On a proposé de substituer le ces propriétés sont médiocres, infé-
mot antifébrine au mot acétanilide, rieures à celles de l'antipyrine, delà
pour caractériser les propriétés an- quinine. 11 est donc préférable de
tithermiques du médicament. Mais conserver la première appellation.
(a) Dujardin-Beaumetz et Bardet, De V exalgine, Académie des sciences, 1888. — Gaudineau, De Vcxalgine. Thèse de Paris, 1889, et Bull, de thér., 1889, t. CXVII, p. 207. — Desnos, De la méthylacétanilide ou exalgine. Académie de médecine, décembre 1890. — Frazer, Action analgésique de l' exalgine (The Britith. Médical, 15 février 1890, p. 34i, et BulL de thér., 1890, t. CXVM, p. 203). — Moncorvo, De
Et ajouter :
Eau de tilleul 120 gr.
Sirop de fleur d'oranger. 30 gr.
Une cuillerée à bouche à prendre matin et soir.
Vous pouvez aussi dissoudre les 25 centigrammes dans de l'eau sucrée additionnée d'eau-de-vie, de rhum ou de kirsch.
À côté de l'anlipyrine, de l'acétanilide et de l'exalgine, Dcl»phénous devons placer un médicament, la phénacétine, dont il existe trois isomères de la môme formule : ortho- métapara-; cette dernière est employée à peu près exclusivement. La dose thérapeutique est de 0*r50 ou 1 gramme dans les vingt-quatre heures. On peut observer consécutivement des sueurs profuses et de la cyanose. Les indications sont à peu près les mêmes que celles de l'antipyrine, dont la phénacétine partage les propriétés antithermiques et analgésiques.
La phénacétine est peu soluble; aussi doit-on l'administrer en cachets médicamenteux. Mais en revanche elle n'est pas toxique, et l'on peut en donner des doses considérables chez les animaux sans déterminer la mort. Mon élève, le docteur Gaiffe, a consigné dans sa thèse la plupart des expériences entreprises dans mon service avec ce médicament. Les docteurs RilFat et Mirsachi (de Salonique) ont aussi fait de nombreuses recherches sur la phénacétine ou phénétinide qui confirment entièrement nos résultats (a).
Aujourd'hui, grâce à ces analgésiques antithermiques nous
Pexalgine (Bull, de thér.y t. CXX, 1891). — Fcrreira, De l'exalgine {Bull, de thér.> L CXIX, 1890).
<«) Gaiffe, Des phénacétine*. Thèse de Paris, 1888, et Bull, de Ihér., 1888, L, CXV, f. 71. — Mirsachi el ftiffat, Elude sur la phénacétine {Bull, de thér., 1888, t. CXIV, f. «1).
ïtë LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
pouvons presque en toutes circonstances abandonner l'opium et ses alcaloïdes ainsi que les autres alcaloïdes végétaux dont je vais vous parler tout à l'heure, et les remplacer par ces analgésiques. Je me suis efforcé de fixer à chacun d'eux la place qu'il doit occuper dans le traitement des diverses manifestations douloureuses.
Dans le traitement des migraines, c'est l'antipyrine qui occupe le premier rang. Pour lesviscéralgies c'est à l'exalgine que vous devez avoir recours. Contre les douleurs fulgurantes des affections de la moelle, c'est l'acétanilide qu'il faut employer. Enfin pour combattre les douleurs fugaces des névropathes et des hystériques, c'est la phénacétine qu'il faudra conseiller.
nci-a- A côté de ces médicaments, il faut placer l'aconit et raconuin/. l'aconitine (a), qui donnent de bons résultats dans certaines variétés de névralgie et en particulier dans la névralgie faciale à forme congestive (1). Les expérimentateurs ont
(1) L'aconitine, principe actif de extraite de l'aconit de l'Inde est dite
l'aconit, a été découverte par Brandes, pseudo-aconitine ; toutes deux peu-
étudiéeparGeiger et Heisseen 1853, vent être obtenues amorphes ou
par Von Planta en 1850, qui l'ont cristallisées (Groves).
obtenue à l'état de masse amorphe Wrigh et Groveri ont retiré aussi
brillante, pulvérulente et incolore; des racines de VAconitum napel'
en 1852, Morson a pu la présenter lus un alcaloïde incristallisable,
en cristaux, et Groves a obtenu un amer et inerte, c'est la picroaconi-
chlorhydrate, un iodhydrate et un ni- fine.
trate cristallisés. En 1857, Hûbsch- Quant à la pseudoaconitine, que
mann a découvert dans l'aconit napel Ton retire de VAconitum ferox, le
une substance, dite napelline, amor- bish des Indiens, elle peut perdre
phe, pulvérulente, blanche, soluble un équivalent d'eau et se transfor-
dans l'eau, le chloroforme et l'alcool, mer en apopseudoaconitinc, et cette
insoluble dans l'éther et la benzine, dernière, chauffée à 100° avec une
Th. et A. Smith ont trouvé un corps solution alcoolique de soude, se
qu'ils ont appelé aconilline. transforme en acide diméthylycoto-
L'aconitine la plus usitée estreti- catéchique et en pseudoaconine; la
réc de l'aconit napel; celle qui est pseudoaconine peut perdre un équi-
(a) Voy. t. I«r, Traitement des maladies du cœur. Leçons sur les congestions passives des différents viscères.
montré que l'aconitine avait une action toute spéciale sur l'innervation sensitive et particulièrement sur celle du trijumeau, et c'est cette action qu'Oulmont, Séguin, Frances-
valent d'eau et se transformer en apopseudoaconine.
D'après Oulmont, Laborde, l'aconitine varie d'activité selon la provenance de la racine dont elle a été extraite. Pour le docteur Oulmont, l'aconit des Vosges est le plus régulier dans son action et on doit le préférer aux aconits de Suisse, des Pyrénées et du Dauphiné, qui sont très toxiques. Pour le professeur Gùbler, ces variétés d'action pourraient dépendre des conditions climatériques différentes qui peut-être amèneut des variations dans les principes immédiats et donnent naissance a des alcaloïdes différents.
On trouve dans le commerce diverses aconitines : l'aconitine cristallisée de Duquesnel, les aconitines amorphes de Morson et Hôttot (celle que préparait llepp, à Strasbourg, avait la même égalité d'action), l'aconitine ordinaire du commerce et l'aconitine allemande, qui est vingt et même cinquante fois moins active que les aconitines amorphes.
L'aconitine extraite par Duquesnel, en 1871, de l'aconit napel est anhydre et presque insoluble dans l'eau, même à la température de 1 00°.
Sa formule est OH"Az05; elle est inodore, d'une saveur amére, cristallisée en plaques rhombiques et hexagonales; son action physiologique se traduit par une sensation de picotement et de fourmillement qui se développe principalement au pourtour de la langue (Duquesnel). Elle est do beaucoup la plus active des aconi-
tines; ainsi Duquesnel, expérimentant sur un animal, sur un moineau, a vu que, en injectant sous la peau un demi-milligramme de substance dissoute dans deux gouttes d'eau très peu acidulée, la mort arrivait : par l'aconitine cristallisée, en une minute ; par l'aconitine du Codex (Hôttot), en quinze minutes; par l'aconitine allemande (de Merck) en une heure quinze minutes; par l'aconitine française (du commerce), en deux heures. Par la napelline (Hûbschmann), on obtient un sommeil profond, non suivi de mort.
Duquesnel conseille d'employer l'azotate d'aconiti ne, sel bien cristallisé et facile à préparer. Oulmont en a fait usage en pilules ou granules d'un quart ou d'un demi-milligramme; Gûbler Ta donné en injection sous-cutanées, en débutant par un demi-milligramme.
Gûbler recommande, si on donne l'aconitine par la voie stomacale, de l'administrer à jeun, afin que, l'absorption se faisant rapidement, la substance médicamenteuse, éminemment altérable, n'ait pas le temps de se détruire.
L'aconitine du Codex se donne à la dose d'un demi-milligramme et on peut aller, en quelques jours, graduellement, avec prudence, à la dose de 2 à 3 milligrammes; les granules d'aconitine de Hottot sont à un demimilligramme; les granules de nitrate d'aconitine de Duquesnel sont à un quart de milligramme (a).
t«) Stcinaclier, Sur V Aconit napel {Jour. gén. de méd., 1800). — Pereira (Jon.), Sur Us effets physiologiques de V « Aconitum ferox » {Uull. des se. méd., 1831).—
chini, Laborde ont utilisée dans le traitement des névralgies (1). Vous devez vous servir du nitrate d'aconitine cristallisé, et comme dans le commerce il existe des aco-
(1) Pour Franceschini et Laborde, teraent leur peau. Cette sensation l'aconitine agirait d'une façon pré- générale de demi-anesthésie est surdominante sur la portion bulbaire tout sensible dans les parties innerspéciale du myencéphale, puis con- vées par le trijumeau, sécutivement sur le grand sympa- En résumé, les phénomènes ohthique, et, par leur intermédiaire, sénés dans l'action de Faconit elle exerce une influence plus ou peuvent se grouper de la manière moins profonde sur les principales suivante : fonctions de l'économie. 1° Modification spéciale de l'inner-
Gûbler a insisté sur les phéno- vation sensitive appréciable surtout
mènes que détermine cette aconitine dans la sphère d'action du nerf tri-
à dose faible. On observerait alors jumeau;
les phénomènes que voici : une demi- 2° Paralysie des extrémités périheure après Finjection, on constate phériques des nerfs moteurs par des fourmillements dans tout le une action analogue à celle du cucorps, un engourdissement général, rare;
des picotements dans le nez, dans la 3° Paralysie des muscles de l'appointe de la langue, des troubles du pareil respiratoire, puis dépression goût. La sensibilité lactile s'émoussc, du système vasculaire et arrêt du la torpeur survient et les malades cœur par une action spéciale sur le éprouvent la sensation d'une bande système sympathique (a), de caoutchouc qui enserrerait étroi-
Flcmming, An Inquiry inlo the phys. and med. Properlies ofthe Aconit. London, 1813. — Dcgland, Observ. sur des empoisonnements par la teinture d'aconit napel {Journ. gén. de méd., 1889). — Tcssicr, Gaiette médicale de Lyon, 1850. — Hirtx, Etudes cliniques sur la valeur des extraits les plus usités : extraits d'aconit, de belladone, etc. (Bull, de thérap., 1861). — Liégeois et Hottot, Action de l'aconiline sur l'économie animale (Journ. de Brown-Séquard, 1861 ). — Marrotte, Sote sur Valcoolature d'aconit contre la mélrorrhagie (Bull, de thérap., 1862). — Hottot (E.), De l'aconitine et de ses effets physiologiques. Thèse de Paris, 1863. — Hahn, Essai sur l'aconit. Thèse de Strasbourg, 1864. — Giiblcr, Becherches sur l'action thérapeutique de l'aconitine (Bull, de thérap., 186i). — Réveil, Des préparations d'aconit et de son influence fâcheuse sur la pratique médicale (Bull, de thérap., 1864). — Hirtz, Aconit (f)iclionn. de médecine et de chirurgie pratiques, 1861). - Grchant et Duquesncl, Bévue scientifique. - Levon, Société de biologie. — Bâillon, Histoire des plantes. — Duquesncl, De l'aconitine cristallisée, 1872. — Guillaud, De Vaconit et de l'aconitine. Thèse de Montpellier, 1874. — J. de Molènes, De l'aconitine cristallisée et de son azotate. Thèse de Paris, 1874. — Franceschini, Action physiologique et thérapeutique de l'aconitine. Thèse de Paris, 1875. — DuqucSncl, Elude clinique et pharmacologique sur l'aconitine cristallisée et les préparations d'aconit. -- Oulmont, De l'aconit, de ses préparations et de l'aconitine (Académie de médecine et Gazette hebdomadaire, 1877). — Laborde, Société de biologie. — Fliickigcr, D. Hanbury et de Lancssan, Histoire des drogues d'origine végétale, 1878, traduction par de Lancssan.
(a) Franceschini, Sur l'aconitine. Thèse de Paris, 1875.— Laborde et Duquesncl, Etude chimique, physiologique, toxicologique et thérapeutique sur l'aconitine
nitines impures, vous pourrez spécialement indiquer celle fabriquée par Duquesnel, qui a le premier retiré cet alcaloïde à l'état pur.
Vous formulerez donc des granules de nitrate d'aconitine de Duquesnel, renfermant un quart de milligramme, et vous donnerez un de ces granules toutes les trois heures jusqu'à huit granules en vingt-quatre heures.
L'aconitine cristallisée est un poison des plus énergiques et vous devez rarement dépasser plus de 2 milligrammes par jour; même, chez certains malades très susceptibles, cette dose ne pourra être atteinte et vous pourrez toujours arrêter l'administration de ce médicament lorsque le malade éprouvera une sensation toute spéciale de rétrécissement de la bouche et des yeux et de picotement de la langue qui caractérise les premiers effets de son action toxique.
Lorsque vous n'aurez pas d'aconiline, vous pourrez vous servir d'alcoolature de racines d'aconit; je dis racines, parce que, comme je vous l'ai souvent répété, notre vieille formule d'alcoolature de feuilles est absolument inefficace, et vous administrerez tous les trois heures 10 gouttes de cette alcoolature. Cette dernière préparation est bien inférieure à l'aconitine, du moins dans le traitement de la névralgie faciale. Ce dernier alcaloïde est, avec les analgésiques antithermiques, le meilleur médicament dans le traitement de la prosopalgie, et pour ma part, depuis que je le prescris, j'ai obtenu la guérison dans bien des cas, et toujours une amélioration.
Au-dessous de ces médicaments, mais à un degré bien
(Tribune méd., 1881). — Gilblcr, Nouvelles Recherches sur l'action thérapeutique de ïmconUine (Bull, de thérap., 1864, t. LXVI, p. 384. et Commentaires du Codex). — Dajardin-Bcaumetz, art. Aconitinb, in Dictionn. de thérapeutique, 1882. — Seguin, Report on Aconitis in trigeminal neuralgia (The New-York Sledic.Journ.y décembre 1878). — Mary, Du nitrate [d'aconitine dans les névralgies faciales. Thèse de Pari», 1880.
Du
gelsemium
cl de la
Kclbctuino.
inférieur, il faut placer le Gelsemium sempervirens (1) et la gelsémine. Dans les terrains humides de la Virginie et de la Caroline croît un arbuste grimpant à fleurs jaunes et que Ton décrit sous le nom de jasmin de Virginie, c'est le gelsemium sempervirens. On retire de la racine et des tiges de ce gelsemium un alcaloïde découvert par Fredigke, la gelsémine. On fait avec ses tiges et ses racines une teinture que
(1) Le Gelsemium sempervirens, que les Américains décrivent sous le nom d'electrical fébrifuge, est une plante employée depuis longtemps, eu Amérique, contre les fièvres intermittentes ; le classement botanique de cette plante est encore fort indécis, et on Ta placée successivement dans les Scrofulariées et les Apocynacées; des recherches plus récentes l'ont placée dans la famille des Loganiacées.
Les racines et les tiges de cette plante renferment surtout deux substances : l'acide gelsémique, découvert par Wormby, et la gelsémine, trouvée par Fredigke. Ce dernier corps a été trouvé à l'état cristallin. L'action physiologique de la gelsémine a été étudiée par Sydner Ringer etMurrel. Cette substance agirait sur le système musculaire et sur le cœur : elle produirait des phénomènes paralytiques analogues à ceux du curare, et il y aurait môme antagonisme entre la strychnine et le gelsemium.
La teinture de gelsemium produit des phénomènes toxiques. Du jardin- Beau me tz et Eymery ont déterminé la mort de lapins en deux heures, en injectant 2 centimètres cubes de cette teinture.
On observe souvent chez l'homme des cas de mort. Freeman cite le cas de trois enfants qui ont succombé après avoir pris 2 grammes de teinture de gelsemium.
Le docteur Marin et le docteur Courtright (de Lithopolis, Ohio) ont vu 2 grammes de teinture de gelsemium déterminer des symptômes d'empoisonnement. Chez une malade de Dujardin-Beaumetz, 2 centimètres cubes, administrés par la bouche, ont déterminé des symptômes paralytiques de la plus haute gravité.
Presque tous les auteurs qui se sont servis de teinture de gelsemium en ont usé à la dose de 20 gouttes par jour. Seul, Massini a employé jusqu'à GO gouttes en vingt-quatre heures (a).
(a) OU (Isaac), Physiological Action of Gelsemia and Gelsemic Acid (Philadelphia Médical Times, 31 mars 1877). — Cordés (do Genève), Sole clinique sur le « gelsemium sempervirens » (Journal de thérapeutique, n° 5, 1877). — W.-C. Hull, De Vemploi du « gelsemium sempervirens » (Philad. Med. andSurg. Déports, t. XXX, jaavicr 1875). — Sydnor Ringcr et William Murrcl, On a gelsemium sempervirens » (Lancety p. 1)07, 25 décembre 1875). — Spencer, Thompson, The Lance t, 1875. — Suraszc, Centralblat, juillet 1875.— Eymery, Sur le & gelsemium sempervirens ». Thèse de Paris, n° 362, 3 août 1877. — Massini, De la racine de « gelsemium » comme antinévralgique (Corr. Dl. f. schweiz. Aente, n° 12, p. 368, 15 juin 1878). — Pulrcysc (Félix) et Routée (de Liège), Action physiologique de la gelsémine. Bruxelles, 1878.
Ton administre à la dose de dix gouttes toutes les deuxheures. Cette teinture donnerait, d'après les expériences de Wickam Legg, Cordés (de Genève), Bul (de Philadelphie), Spencer, Thomson, Sydner Ringér, William Murrel, Massini, Suraszc (de Heidelberg) des résultats remarquables dans le traitement des névralgies faciales, surtout des névralgies à forme d'accès.
J'ai expérimenté le premier en France cette teinture de gelsemium, et mon élève le docteur Eymery-Heroguelle a consigné dans sa thèse les résultats de cette expérimentalion. J'ai obtenu de la teinture de gelsemium quelques bons résultats, mais ces résultats étaient incertains ; de plus, les teintures de gelsemium n'étaient pas comparables entre elles, et ceci résulte probablement de ce que pour les préparer on employait indistinctement les tiges aériennes ou les racines, ce qui faisait qu'avec les mêmes doses on obtenait tantôt des résultats nuls, tantôt des phénomènes toxiques. Chez une de nos malades, il s'est même déclaré, sous l'influence de cette teinture, des phénomènes d'empoisonnement de la plus haute gravité, symptômes qu'on a déjà souvent observés ; et Freeman, Hanna, Marin, Courtright ont signalé des cas de mort ou des empoisonnements des plus graves par cette teinture de gelsemium. J'ai donc abandonné dansle traitement des névralgies l'emploi de cemoyen comme incertain et dangereux. On pourrait peut-être obvier à ces inconvénients en se servant de la gelsémine ; mais c'est là une substance peu étudiée et peu connue et dont l'action parait de beaucoup inférieure, au point de vue antinévralgique, à celle de l'aconitine. De plus, l'inégalité de composition des différentes préparations de gelsémine en rend le maniement à peu près impossible. Lorsqu'elle est pure, 1 milligr. constitue déjà une dose importante; mais on a pu, d'autre part, l'administrer jusqu'à la dose de
CLINIQUE THÉRAP., 6* édit. IIF. — 7
Du
Piscidia
erythrina.
i)8 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.
60 centigr., c'est-à-dire qu'il est impossible de compter sur elle.
A côté de Taconitine et à côté àuGelsemiurn senipervirens il faudrait placer le Piscidia erythrina, que j'ai aussi expérimenté. Vous trouverez d'ailleurs mes recherches consignées dans la thèse de mon élève, le docteur Legoy. Préconisé en 1844 par Hamilton (de Plymouth), étudié au point de vue physiologique par Ott(de Philadelphie), et par Nagle; introduit en France par Paul Landowski, le Piscidia erythrina s'administre sous forme de teinture que l'on donne à la dose de quarante à cinquante gouttes par jour. La même observation que je viens défaire à propos du Gelsemium sempervirens s'applique au Piscidia erythrina, et selon les racines employées et les pays où elles ont été récoltées on observe des résultats dissemblables. Aussi je crois que la vogue de ce médicament sera des plus passagères (1).
(1) Le Piscidia erythrina est un arbuste de la famille des Légumineuses papilionacées, qui pousse dans l'Amérique du Sud, aux Antilles, et principalement à la Martinique, où il est communément désigné sous le nom de bois ivrant, bois à enivrer.
Son nom indique à la fois la couleur éclatante de sa fleur rouge (Ipu6pdç) et l'action stupéfiante que son écorce exerce sur le poisson (piscidia). Les Anglais désignent cette substance sous le nom de Jamaïca dogwood> bois de chien, ou cornouiller de la Jamaïque.
L'écorce de la racine, dont on se sert surtout en médecine, se trouve, dans le commerce, en morceaux de 10 à 12 centimètres de longueur sur 3 à 4 centimètres de largeur. La surface extérieure de quelques morceaux est de couleur gris brun sombre, tandis que d'autres sont de couleur jaune foncé: l'écorce est fréquem-
ment parsemée de protubérances aplaties d'une couleur plus claire que le tissu environnant. La partie centrale de l'écorce est beaucoup plus claire, et, quand elle est fraîchement brisée, elle est humide ; sa couleur est bleu vert. La partie intérieure de l'écorce est d'un brun sombre et très fibreuse; cette écorce a une odeur désagréable d'opium, elle est très acre et produit dans la bouche et à la gorge une sensation brûlante.
Quant à la composition de cette racine, voici les résultats obtenus :
Dans une première série d'expériences. Garette a cherché à isoler un alcaloïde, et il est arrivé à fixer ainsi qu'il suit la composition de l'écorce du piscidia :
1° Une ammoniaque composée;
2° Une résine jaune;
3° Une substance térébenthineuse ;
4° Une fécule;
5° Des sels et les substances qui
Dans le môme groupe de médicaments il faut placer ^élec- dc îéieciricité et l'hydrothérapie, qui modifient plus ou moins directement le système nerveux.
composent ordinairement les fibres En poudre on peut prescrire :
libériennes. Ecorce dc Piscidia ery
Dans une seconde série entreprise thrina , 4 grammes .
dans le même but, le résultat a été
absolument négatif; aucun principe En huit cachets médicamenteux.
actif ne put être isolé.* A prendre quatre fois dans la jour-
D'autres chimistes, Bruel et Tan- n^e»
ret, chacun de son côté, ont cher- 9n peut aussi emPloyer l'extrait
ché à isoler l'alcaloïde contenu dans fluide.
cette écorce et ont obtenu, l'un un Cet extrait peut se prendre pur ou
sulfate de piscidine, le second une en potion. Voici les formules les plus
piscidine cristallisée. généralement employées :
En Amérique, Edw. Hart en a f Extrait fluide de Pisci-
retiré un alcaloïde cristallisable. Une dia ery thrina 10 grammes.