CHAPITRE QUINZIEME
Organes de la reproduction. Les fleurs ; inflorescence.
1 OIT cet appareil d'organes qui vient de passer sous nos yeux, ces racines informes, ces nombreux clie\elus enloncés dans le sein de la terre ; ces branches , ces rameaux destinés à placer le végétal au milieu des fluides alimentaires ; ces feuilles, organes d'absorption et de sécrétiou ; ces milliers de pores sans cesse aspirans; enfin, cet assemLlage de tubes , de cellules, d'utricules, dans lesquels se balancent les fluides générateurs, tous ces attributs merveilleux qui développent, entretiennent et conservent la végétation, nous ont fait connaître la grandeur de la puissance créatrice dans cette suite d'opérations admirables.
Mais toutes merveilleuses qu'elles nous paraissent, elles ne sont cependant que les simples décorations d'un spectacle que des préparatifs aussi imposans nous annoncent devoir êire majestueux et sublime. Avant de nous en occuper, arrêtons-nous encore un instant sur ces premiers produits de la végétation, sur cette belle mécanique vivante, qui doit mettre en jeu de nouveaux organes sous les formes les plus brillantes. '
Quand même la végétation en resterait la, que d'avantages n'offrirait-elle pas déjà k l'homme et aux autres animaux ! Combien elle embellirait la face de la terre ! Ce gazon naissant, ce vert nuancé des prairies, le sombre asile des forêts rétabli par le retour des feuilles, toute la nature champêtre dans un état de fraîcheur et de jeunesse, d'abondans pâturages pour les troupeaux, des plantes potagères et des racines succulentes offertes aux besoins de l'homme: tels sont les biens précieux que nous assure la végétation nouvelle. Dans la plénitude de son bonheur, l'homme s'en tiendrait avec reconnaissance a ces bienfaits , s'il n'en connaissait pas, s'il n'eu attendait pas de plus giands \ mais le Créateur, prodigue de ses dons, les lui a promis : son but n'est pas encore rempli ^ et tous ces attributs de la végétation n ont
été produits que pour le développement et l'entretien de ceux qui vont se montrer dans peu à nos regards étonnés ; en un mot, les feuilles n'existent que pour les fleurs, celles-ci pour les fruits, et ces derniers pour les semences j source inépuisable d'abondance et de reproduction.
Déjà l'air que nous respirons est plus pur, la lumière du ciel pins sereine, nos sens plus actifs ; c'est dans cet état de bien-être qu'une scène magiqne se développe tout a coup a nos yeux par l'apparition des fleurs : les fleurs ! qui ne peuvent être comparées à aucun des autres êtres, mais qui servent elles-mêmes de comparaison pour tout ce qui brille par les formes, les grâces et la beauté! En considérant tout ce que les fleurs ont de séduisant, il semble que plus les organes sont chargés de fonctions importantes, plus la nature se complaît a les embellir. « La nature, dit l'éloquent Philibert, étale avec faste, dans les végétaux, les organes destinés a la reproduction : couleurs séduisantes, parfums suaves, élégance dans les contours, délicatesse dans le tissu, grâces dans le développement et le port : toiis ces attributs, souvent prodigués aux fleurs les plus communes, font, du temps de la floraison, c'est-à-dire de la génération des plantes, un moment de parure, de triomphe et d'éclat, et l'époque la plus brillante de leur vie. )>
Le nom de fleurs donné k ces riches productions du règne végétal a été pris long-temps dans un sens trop indéterminé : il doit être fixé. Sans nous arrêter a donner ici une définition rigoureuse des fleurs, qu'on a jusqu'alors essayée assez inutilement^ il nous suffira de dire ce qu'elles sont, c'est-a-dire de faire connaître les parties tant essentielles qu'accessoires qui les composent. Séduit par leur éclat, le vulgaire a particulièrement appliqué le nom de fleurs a ces feuilles brillantes de beauté, qui n'en sont que les enveloppes , et que l'on désigne plus ordinairement sous le nom ^Q pétales. Quand ceux-ci manquent, on dit alors qu€ les fleurs manquent ; idée erronée, puisqu'il n'est pas une seule plante qui ne produise des fleurs, je veux dire des organes propres à la régénération des individus : il faut en excepter plusieurs cryptogames, tels que les byssus, les conferves, les champignons, etc., dont le mode de fécondation n'est pas encore parfaitement connu ; quant aux autres plantes , il est hors de doute que l'essence de la fleur consiste dans
les organes sexuels, désignés, pour les mâles, sous le nom à'étamines; pour les femelles, sous celui de pistil. Ces précieux organes sont très-souvent réunis dans la même fleur, on la nomme alors hc maplu^odite ; d'autres fois, les mâles sont placés dans une fleur, les femelles dans une autre, sur le même individu : ce sont des fleurs monoïques ; ou siu' des individus séparés , alors elles sont dioiques. Très-ordinairement la nature a protégé ces organes par une double enveloppe : une extérieure, qui porte le^nom de calice; une autre intérieure, celui de corolle; mais il arrive quelquefois que l'ujie des deux et même toutes les deux manquent dans certaines espèces : d'où il suit que la fleur est complette ou incomplète ; complette ^ lorsqu'elle est pourvue d'un calice, d'une corolle, d'étamineset de pistils; incomplette ^ lorsque l'une de ces parties manque. Mais, avant de faire connaître les caractères de ces différens organes, il faut considérer la position des fleurs sur les plantes qui les produisent, ainsi que quelques autres organes accessoires qui les accompagnent. Cette disposition a été nommée injîorescejice.
De Viiiflot'escence.
iJiufloi'escence est donc la disposition des fleurs sur le végétal. Ces fleurs sont ou sessiles, c'est-a-dire placées immédiatement sur les tiges, les rameaux ou à leur extrémité, ou bien elles sont soutenues par un support auquel on a donné le nom de pédoncule. Comme l'inflorescence dépend en grande partie de cet organe ;, il faut commencer par le faire connaître avec ses accessoires.
Le pédoncule est la queue des fleurs et par suite des fruits, comme le pétiole est celle des feuilles j mais dire que le pédoncule est aux fleiu^s ce que le pétiole est aux feuilles, c'est seulement indiquer la forme extérieure d'un organe, très-difiérent d'ailleurs de celui auquel on le compare : en effet, le pétiole, comme nous l'avons vu, est un faisceau de fibres très-serré, mêlé de tissu cellulaire. Ces fibres s'écartent entre elles a l'extrémité du pétiole, se divisent en ramifications, qu'on a nommées nervures et veines; le tissu cellulaire , plus dilaté, en occupe l'intervalle. Ainsi se forme la lame ou la feuille proprement dite, qui n'est en réalité que la dilatation de l'extrémité du pétiole. 11 n'en est pas de même
du pédoncule : celui-ci donne naissance à des organes trèsdifférens^ il est ordinairement plus ou moins renflé ou élargi à son sommet : ce renflement est un réceptacle qui soutient et d'où sortent les parties de la fructification, alimentées par les sucs qui leur parviennent au moyen des vaisseaux contenus dans le pédoncule. Ces sucs ne peuvent plus être les mêmes que ceux qui coulent dans les pétioles, ou, s'ils sont tels 5 il est très-probable qu'ils changent de nature dès qu'ils arrivent dans le réceptacle : c^est de la qu'ils pénètrent dans les organes de la fructification, où l'on trouve dés substances d'une natiu^e particulière, et qui très-ordinairement n'existent pas dans les autres parties des plantes , telles que le pollen des anthères, la pulpe des fruits, l'arôme des pétales, la liqueur mielleuse du nectaire, etc. Il ne peut donc y avoir identité d'organes dans les parties des plantes qui fournissent des produits diflérens ; mais la modification de ces organes à peine perceptibles échappera toujours a nos sens, même aidés des meilleurs instrumens d'optique. Il suit de ces considérations que, quoique le pédoncule ne soit pas toujours apparent, comme dans les fleurs sessiles, son existence n'en est pas moins réelle, et qu'alors il semble se confondre avec le réceptacle de la fleur.
Le pédoncule varie par sa forme; il est cylindrique, cannelé ou anguleux, trigone ou tétragone, filiforme ou capillaire, renflé ou aminci vers son sommet, géniculé, roide ou flexible, incliné ou pendant; en spirale, comme dans le vallisneria; très-long, médiocre ou très-court, simple, composé, dichotome, k plusieurs divisions : les premières prennent le nom de pédoncules partiels; les dernières, celles qui se terminent par une fleur, cûin àe pédicelles. Lorsque le pédoncule part immédiatement de la racine, il porte le nom de hampe ; j'en ai parlé en traitant des tiges. La partie du pédoncule qui supporte les fleurs sessiles ou pédîcellées, se nomme axe; on le nomme spadice, lorsqu'il est enveloppé d'une spathe, comme dans Varum. La situation et la direction des pédoncules constituent Viiiflprescence^ qui exige des développemens particuliers.
La nature réunit dans ses productions l'élégance des formes k l'utilité des organes, et ce que nous regardons comme lui simple agrément, est souvent, dans la plante, la disposition la plus favorable pour la conduire au but de sa création ,
( >Î3) et je suis persuade que la distribution des pédoncules et de leurs ramifications est telle, qu'elle ne pourrait être autrement daiis chaque espèce sans nuire à son développement. Nous chercherions en vain à rendre raison de cette belle variété de formes, la nature ne nous a pas toujours confié son secret; il nous arrive quelquefois de le deviaer, plus souvent il nous échappe; du moins nous est-il accordé de jouir, sans étude et sa'S fatigues, de ces modèles gracieux que nous fournissent les pédoncules dans leur arrangement sur les plantes : ce sont des grappes, des épis, des bouqints, des aigrettes, des panaches, des pyramides, des girandoles, des guii'landes, eic, que l'art n'aurait jamais pu imaginer, s'il n'en eût trouvé le type dans les végétaux. Mais ces expressions trop générales devaient être caractérisées avec plus de précision : on a essayé de le faire par les définitions; elles sont utiles sans doute, mais elles ne pourront jamais faire sentir ces nuances délicates par lesquelles riiiiioresceace passe d'une finme a une autre; et je pré\ iens de ne point attacher un sens trop rigoureux aux caractères que je vais exposer.
Les fleurs sont sessilcs ou pédoncvdées, solitaires ou géminées, ou ternées, etc.; aggrégées, quand elles sont réunies en paquets ; on les dit encore agglomérées : elles sont alternes ou opposées; unilatérales, quand elles sont toutes placées du même côté; distiquées, c'est-a-dire placées sur deux rangs opposés; radicales, caulinaires, terminales, éparses, axillaires , dressées, pendantes, inclinées, etc. Tous ces termes n'ont pas Lesoin de définition; d'ailleurs plusieurs ont déjà été expliqués. Cette disposition des fleurs forme l'inflorescence simple.
Dans l'inflorescence composée, on distingue : i". le chaton (pi. i4, fig- I ) '. Les fleurs sont placées le long d'un axe commun , séparées les unes des autres [)ar des écailles ou bractées qui tiennent lieu de calice, et sur lesquelles très-souvent les fleurs sont attachées. On donne encore le nom de chaton aux fleurs des pins (pi. i/j-, fig- 2), quoiqu'il y ait des différences très-remarquables, comme je le dirai en traitant des familles naturelles : dans les fleurs, où
' J'ai suivi, dans la distribution des diiïércutcs sortes d'inflorescence, Tordre adopté par M. Mirhel.
les sexes sont sépaiés, le chaton des fleurs mâles est souvent très-différent de celui des fleurs femelles. Il est beaucoup plus court, plus ramassé dans ces dernières; plus grêle, plus allongé pour les fleurs mâles (pi. i4, fig. S et 6). Le chaton est simple ou composé de ramifications très-courtes, solitaire ou aggloméré, sphérique, ovale ^ cj-lindrique , grêle, épais, compacte; interrompu, quand les fleurs sont réunies par petits groupes séparés et distans. Voyez les fleurs du bouleau, du saule, du noisetier, et celles de la plupart de nos arbres indigènes.
2". LV/.;z"(pl. i4, fig- 4? ^)- L^s fleurs sont sessiles ou presque sessiles, disposées le long d'un axe commun, ordinairement remarquable par sa roideur dans une position verticale; l'épi est simple ou ramifié ; les rameaux sont ordinairement très-courts, serrés contre Taxe commun, chargés de fleurs sessiles. L'épi est digité lorsqu'il se divise jusqu'à sa base en rameaux simples ; ces rameaux sont ou étalés ou rapprochés en faisceau, fascicules, interrompus et disposés par verticilles autour de l'axe commun : le plantain , le froment, le seigle, etc.
3"*. \jdi grappe (pi. 14, fig- 3 et to), peu différente de l'épi, s'en distingue par les fleurs toutes pédicellées, réunies sur un axe «u un pédoncule commun , souple , point ramifié, souvent incliné ou pendant; les fleurs sont solitaires a l'extrémité de chaque pédicelle : le prunus padus y le cytisus lahuvnum^ etc.
4". Le thyrse (pi. i5, fig. i ). Lorsque la grappe est médiocrement ramifiée, que ses ramifications sont courtes, que les fleurs sont réunies en petits groupes distincts, qu'elles forment par leur ensemble une sorte de pyramide plus souvent redressée que pendante, comme dans le marronnier d'Inde; cette inflorescence prend le nom de thyrse.
5''. l^a pmiicule (pi. i5, fig. 7). Très-rapprochée du thyrse, elle offre, dans ses ramifications plus allongées, des divisions plus ou moins nombreuses, souvent trèsétalées, variables dans leur en.semble; lâches, lorsque les ramificatiolis sont éloignées les ujies des autres ; divariquées , quand elles s'écartent dans tous les sens et iorment des angles trcs-ouverls ; serrées , lorsqu'elles sont serrées contre Taxe; feuillées, quajul elles sont eniremèlées de feuilles : la plupart des graminées, la patience, le gypsophiia, etc.
6^ Le corjmhe (pi. i5, fig. 2). Les ramifications cl a pédoncule partent de différens points, et parviennent tous à {3eu près a la même hauteur. Le corymbe est simple quand es pédicelles, sans ramifirations , partent immédiatement du pédoncule commun ; il diffère alors très-peu de la grappe : il se rapproche de la panicule lorsqu'il est composé, c'est-àdire lorsque les pédicelles se divisent en ramifications disposées dans le 'même ordre que les pédoncules, comme dans la millefeuilie. Quand les neurs s'élèvent exactement à la même hauteur et qu'elles forment un plan horizontal , on les à\lfastigiées.
7°. La cjme (pi. i5, fig. 3). Les fleurs sont en cyme lorsque les divisions du pédoncule commun partent tous du même point, comme dans les ombelles, et que les divisions secondaires partent de points différens, et arrivent a peu près à la même hauteur, comme dans le cornouiller et le' sureau.
8". lue faisceau (pi. i5, fig. 5). Les fleurs sont tellement rapprochées, si serrées, les pédoncules si courts, qu'elles paraissent réunies en tête, quoiqu'elles soient en effet disposées en cyme, eu corymbe ou en panicule : tel est l'œil le t barbu.
9°. U ombelle, (pi. i5, fig. 4)- Disposition des fleurs très-remarquable : les pédoncules partent tous du même point, arrivent à la même hauteur, divergent et s'écartent comme les rayons d'un parasol ouvert. L'ombelle est simple quand elle n'est formée que d'un seul ordre de rayons; elle est composée lorsque chaque rayon porte à son som.met de petites ombelles ou orabellules; elle est sessile quand les fleurs ne sont point soutenues par des pédoncules, comme dans le chardon roland {eiyiigiuni). L'ensemble de toutes les parties d'une ombelle composée, forme l'ombelle universelle ou générale : l'ombelle partielle ou ombellule est formée par les pédicelles ou les seconds rayons , placés à l'extrémité des premiers. L'ombelle est radiée ou irrégulière lorsque les fleurs de la circonférence sont différentes de celles du centre, ordinairement plus grandes, irrégulières ^ à pétales inégaux, comme dans la coriandre.
Les ombelles et les ombellules sont très-souvent entourées a leur base de petites folioles ou bractées auxquelles ou a donné le nom àHnvolucre ou de collerette; celles qui
accompagnent les ombelliilcs se nomment hwoîucelles. Les ombel es sont nues quand elles sont dépourvues d'invohicre.
On a encore donné le nom à'omhelléc^s ou de iausses ombelles aux fleurs dont la (iisposiîion approche des véritables cmLx lies, mais qui n'en ont pas les autres caractères, telles que le jonc llenn {huUmius),
10°. le vtrtiiiUo (pi. i5, fig. 6). Les fleurs, dans le verticille, sont di>posées en anneau autour d'un axe commun, comme dans la plupart des labiées; elles sont à demi verticillees quand elles n'entourent qu a moitié l'axe qui les porte, comme dans l'oseille {tumejc acetosa, Lin.).
On distingue encore ies fleurs eu tête ou caphées quand elles sont ramassées en boule ^ sessiles ou pourvues de pédicelles très-courts (pi. 16, fîg. 1 ) : elles forment une sorte d'épi très-court , non développé; elles sont agglomérées quand ces tètes se divisent en plusieurs petits groupes rapprochés.
Les fleurs sont dites composées lorsqu'elles sont réunies plusieurs ensemble sur un réceptacle commun, entourées d'un involucre que Linné a nommé calice commun. On distingue les fleurs composées proprement dites et les fleurs aggrégées : les premières (pi. iG, fig. 3 et 4) sont remarquables par la disposition de leurs anthères, réunies en forme de gaine ou de cylindre, au travers duquel passe le pistil : ces fleurs sont des fleurons ou des demi-fleurons; il en sera question a l'article corolle ; les fleurs aggrégées ou faussescomposées (pi. 16^ fig. a) se distinguent par leurs étamines lîon réunies en cylindre, et par plusieurs autres caractères : la scabieuse.
Il est encore quelques inflorescences remarqiiables, telles que celles du figuier (pi. 16, fig. 5), dont les fleurs nombreuses sont placées le long des parois internes d'un réceptacle commun, presque entièrement fermé, ombiliqué à son sommet. La même disposition existe pour les fleurs du dorsténia (pi. 16, fig. 6), mais leur réceptacle est plane, élargi ou un peu concave, point fermé; dans d'autres plantes, les fleurs sont placées sur le disque des feuilles ou a leurs bords, comme dans le jcjlopliilla (pi. 16, fig. 7). Dans les fougères, les organes de la reproduction naissent en paquets sur le dos des feuilles , le long des nervures ou à leur extrémité (pi. i(), fig. 8)3 dans les mousses, ces mêmes organes*
( 147 ) ont lin autre caractère, qui sera exposé ailleurs (pi. i6.
L'inflorescence éprouve quelquefois des accidens qui en troublent la disposition ou changent la forme dos corolles : ils sont occasionés par des circonstances locales, plus ordinairement par la surabondance des sucs nourriciers, qui donnent lieu a des fleurs prolifères, semi-doubles, doubles ou pleines. Une fleur est prolifère lorsque de son centre naît une seconde fleur semblables la première, ou un bourgeon garni de feuilles : l'œillet, la renoncule bulbeuse, la rose, Fanémone en offrent des exemples. Cette prolification se fait ordinairement parle pistil dans les fleurs simples; dans les fleurs aggrégées, elle part du réceptacle. On voit dans la scabieuse de nouveaux pédoncules sortir de ses bords et se terminer par des fleurs : il en est de même dans quelques fleurs composées, dans la pâquerette, le souci, quelques Ideracium^ etc. Dans les ombellifères , du centre de l'om- Lsliule naissent d'autres petites ombelles : an reste, ces sortes d'accidens sont très-variés. On voit quelquefois sur les arbres fruitiers une petite brandie, garnie de feuilles et même de boutons, sortir d'une poire imparfaite, sans pépin; on a vu également, dit M. Durande, sortir d'un gros grain de raisin un autre petit grain avec une branche chargée d'une feuille. Dans la scrofulaire aquatique, les fleurs n'offrent quelquefois que des étamines avortées, tandis que le pistil devient le support d'une petite touffe de feuilles : plusieurs de ces accidens sont dus a des piqûres d'insectes qui ont détourné le cours de la sève ou dérangé l'organisation intérieure.
La fleur semi-douhlc acquiert plusieurs rangs de pétales si elle est polypétale, ou bien il y a deux ou trois corolles l'une dans l'autre lorsqu'elle est monopétale ; ce qui est plus rare : elle conserve le pistil avec quelques étamines parfaites, ce qui suffit pour les rendre fécondes.
La fleur double ou pleine renferme un bien plus grand nombre de pétales que la précédente : il n'y reste plus d'étamines fertiles; la plupart des filamens sont convertis en pétales ou n'ont point d'anthères. Ces fleurs, si brillantes dans nos parterres, sont des monstres, de véritables eunuques qui n'ont d éclat qu'aux dépens de leur postérité. Ou désigne
( i4B ) >n(îorft par le nom ^ç Jleurs doubles^ les composées radiées lorsque tous les fleuKuis se transforment en demi-fleurons, ou les demi-fleiuons en fleurons; mais ici la dénomination est impropre, comme l'observe très-judicieusement M. Mirbel : les corolles ne font que changer de forme sans se multiplier.