CHAPITRE DIX-SEPTIEME
Des enveloppes florales.
Le calice.
(joMMENT signaler le calice j cette enveloppe extérieure des fleurs , produite par le prolongement de Técorce , destinée a protéger la ci^i'olle et les organes sexuels ? Si le calice présentait constamment les mêmes caractères ; si la corolle existait dans toutes les fleurs, cette définition n'aurait aucune difficulté, et le calice serait toujours facile a reconnaître: mais beaucoup de fleurs sont sans corolle, et, dans ce cas, il n'existe qu'une seule enveloppe. Sera-t-elle désignée comme calice ou comme corolle? La question est d'autant plus difficile a résoudre, que ces deux organes paraissent chargés des mêmes fonctions. Sous ce rapport , on aurait pu les indiquer sous les noms d'enveloppe extérieure et d'enveloppe intérieure, ainsi qu'on l'a fait depuis, mais en termes de l'art, par les expressions de pi'ri^oue ^ ou de périantjie simple et périanthe double. Quand le périantbe est double , on rappelle alors les noms de calice et de corolle 3 mais, comme ce sont deux organes différens , il restera toujours à décider auquel des deux appartient le périanthe simple : c'est donc éluder la difficulté et non la résoudre; c'est, sous une même dénomination, réunir, confondre deux organes qui doivent être séparés. Nous avons vu ailleurs, par un abus opposé, les modifications du même organe désignées comme autant d'organes différens : conservons donc le nom de calice avec les attributs qui lui ont été assignés par Linné, mais seulement pour celui qu'il a nommé périanthe. Cet homme célèbre a cru devoir rapprocher du calice l'involucre des ombelles, la spalhe des fleurs monocotylédones, les écailles des fleurs en chaton, celles des graminées, la coiffe des mousses, le volva des champignons. Ces organes, quoique destinés en partie aux mêmes fonctions que le calice, ont plus de rapports, les trois premiers
( itio ) avec les bradées; les antres à un ordre de plantes avec lesquelles ils seront mentionnés. J'exposerai plus bas, en traitant de la corolle^ les différences qui existent entre elle et le calice proprement dit.
Le calice n'a ni les grâces ni les formes agréables et variées de la corolle : c'est ordinairement une enveloppe grossière, un simple épanouissement de Técorce a l'extrémité du pédoncule, qui souvent se divise en plusiein\s segmens. Ne méprisons pas ces formes rustiques du calice, elles conviennent h ses fonctions. C'est par la puissance et la force qu'on protège et défend, et non par l'élégance des formes ou le prestige du luxe. Comme enveloppe extérieure de la fleur, le calice doit offrir plus de résistance aux dangers du dehors ; sa constitution répond k son emploi : on trouve cependant quelques calices qui rivalisent en élégance et en beauté avec la corolle, et qui, même quelquefois, attirent seuls l'attention : tel est celui de notre bel hortensia, du fucbsia, etc.
C'est encore abuser des termes que de donner, presque indifféremment aux enveloppes extérieures de certaines fleurs, le nom de calice ou d'involucre, surtout quand cette enveloppe extérieure est double, comme dans la plupart des malvacées , ou qu'elle entoure plusieurs fleurs , comme dans les composées. On évitera cette erreur en observant avec soin les fonctions et les attributs de ces deux organes en apparence si rapprochés. YJinvolucre est une enveloppe destinée à protéger la fleur en bouton lorsque toutes ses parties sont encore dans un état de faiblesse tel, qu\uî air un peu trop froid, un brouillard humide, ou un rayon de soleil trop ardent occasioneraient sa perte : à la vérité, le calice existe déjà, mais il n'a pas encore acquis la vigueur d'un défenseur. Si, au moment de leur apparition, vous dépouillez ces sortes de fleurs de leur involucre, vous les verrez presque toutes s'altérer ou périr.
L'involucre est placé sur le pédoncule, souvent, à la v^érité, vers son sommet, mais il n'en est pas l'épanouissement terminal; il ne fait point partie du réceptacle comme le calice. Dès que le bouton de fleur est fortifié, l'involucre s'écarte, il cesse ses fonctions; s'il persiste, ce n'est plus que comme auxiliaire des feuilles, dont il n'est qu'une modification. Dans les fleurs qui s'ouvrent et se ferment; selon Tetat
( iCn ) de Tatmosplière , assez généralement l'involucre ne participe pas à ces mouvemens , tandis que le calice se rabat sur la corolle. Le calice est une partie intégrante de la fleur; il la protège dans son développement, continue ses services tant qu'elle a besoin de son secours , et les étend même jusqu'aux fruits quand cela est nécessaire; il termine toujours le pédoncule, entoure souvent le réceptacle par sa base, ou semble même en faire partie, comme je l'ai dit ailleurs.
D'après cet exposé, on conçoit que c'est confondre les expressions, bouleverser les idées, que de donner le nom d'involucre au calice commun des composées, au double calice des malvacées; on concevra encore que c'est également faute d'entendre les termes ou d'en bien déterminer le sens , que l'on a donné aux balles, glnmes ou écailles des fleurs dans les graminées , le nom de feuilles avortées , d'involucre ou de bractées. Ces écailles, dans cette famille de plantes, remplissent évidemment les fonctions de calice et de corolle ^ elles n'abandonnent pas les fleurs après leur épanouissement ; elles restent même beaucoup plus long-temps que les enveloppes dans les autres fleurs. Dans combien d'espèces ne voit-on pas les deux écailles intérieures qui représentent la corolle, persister sur la semence, et former autour d'elle une sorte de péricarpe? Ces cupules, qui accompagnent les fruits du noisetier, du chêne, du châtaignier, me paraissent appartenir plutôt au réceptacle qu'aux mvolucres , parmi lesquels on les a placées.
Mais, dira-t-on, pourquoi l'involucre, cet organe protecteur du bouton, n'existe-t-il pas dans toutes les fleurs? Je demanderai a mon tour pourquoi y a-t-il des fleurs privées de calice ou de corolle, quelquefois de l'un et de l'autre? Un bon observateur ne fera jamais cette question, ou plutôt il en cherchera la réponse dans la nature ; il verra qu'elle donne un protecteur aux parties les plus faibles; qu'elle abandonne à leurs propres forces celles auxquelles , dès leur naissance, elle a donné plus de vigueur; qu'en un lïiot , elle varie ses procédés à l'infini , et qu'il faut se défier de ces généralités établies d'après quelques observations particulières.
Les termes qui désignent les formes variées du calice, ou sont faciles à entendre , ou bien ils ont été déjà expliqués ailleurs : c'est pourquoi je me bornerai à un très-petit
iioin}3re. Je dois seulement rappeler ici que la portion de certains calices, sur laquelle s'insèrent les étamines et la corolle, et que j'ai dit appartenir au réceptacle, est citée par la plupart des auteurs comme partie inférieure et tubulée de ces mêmes calices : d'oii vient alors l'expression de calice supérieur et de calice inférieur; mais, d'après ce qui a été dit plus haut, ces expressions doivent être supprimées, et appliquées seulement à la corolle dans le même sens, ainsi qu'a l'ovaire, sans qu'il soit question du calice. La nature, il est vrai, n'a pas toujours mis entre ces deux organes, le réceptacle et le calice, des limites extérieures que Tœil puisse saisir , mais elle l'a fait pour leurs fonctions; l'un soutient et nourrit , l'autre défend et protège : il n'en faut pas davantage à l'observateur.
Le calice est monophjlle ou d'une seule pièce lorsque ses divisions ne s'étendent pas jusqu'à la base, comme dans l'œillet (pi. 21, fig. 4)^ 1^ primevère, dans les fleurs labiées (pi. 19, fig. 8) ; il est poljphrlle ou composé de plusieurs pièces ou folioles lorsque ses divisions s'étendent jusqu'à la base, ou jusqu'au réceptacle, avec lequel il est souvent confondu, comme je l'ai dit plus liant, et, dans ce cas, le calice paraît monophylle. Parmi les calices polyphylles, les uns n'ont que deux folioles, comme le pavot, la fumeterre, la balsamine; d'autres en ont trois, l'alisma, le tradescantia, la ficaire; d'autres quatre, le chou, la rave et toutes les crucifères (pi. ig, fig. 6) : on en trouve cinq dans le lin, les renoncules, etc.; six dans l'épine-vinette, etc. Le calice est entier lorsqu'il n'offre à son limbe aucune division, ni lobes, ni dentelures , comme dans lejïssilia; il est rongé quand le bord est inégal j crénelé j denté ^ incisé, bifide, trifidey etc.
On distingue encore, 1°. le calice propre, qui ne renferme qu'une seule fleur : il est simple lorsqu'il n'est composé que d'une seule enveloppe; douhle ^ quand il offre deux ou plusieurs enveloppes remarquables, toutes distinguées/de la corolle, comme dans la plupart des malvacées. Quelques-uns rangent l'enveloppe extérieure parmi les bractées ou les involucres. 2*^. Le calice commun^ aujourd hui plus généralement considéré comme lui involucre, renferme plusieurs fleurs, toutes placées sur le même réceptacle, comme dans la scabieuse, le chardon, la laitue ^ etc. : il est
simple quand il n'est composé que d'une seule pièce, comme celui de l'œillet d'Inde {tagetes)^ ou d'un seul rang d'écailles, mais qui ne se recouvrent pas les unes les autres, comme dans le salsifis : ce calice est caliculé quEiud il est garni à sa l)ase extérieure de quelques petites écailles courtes. On nomme calice imbriqué celui qui est composé d'écaillés ou de folioles disposées sur plusieurs rangs, et qui se recouvrent les unes les autres comme les tuiles d'un toit, l'artichaut, le chardon, etc.
Je dois prévenir, en terminant cet article, qu'aujourd'hui le calice n'est plus qu*une feuille avortée , gênée dans son développement. On aurait hien dû nous dire par quelle cause , par quel accident cette feuille se trouvait gênée dans son développement , et ce qu'il faut entendre par avortenient. J'ai toujours cru que cette expression s'appliquait a tout organe qui, par un accident quelconque, n'était pas ce qu'il devait être : or, le calice est une enveloppe florale dont la position, la forme, les fonctions sont hien déterminées, en un mot c'est un calice et non une feuille manquée, pas plus que le pied n'est une main avortée, malgré les grands rapports qui existent entre ces deux organes. Au reste, nous verrons les avortemens jouer un grand rôle dans la nomenclature des modernes; nous verrons les halles des graminées converties également en bractées avortées, etc.^ et les bractées que seront-elles ? Sans doute des feuilles avortées. Enfin l'amour des termes nouveaux est porté aujourd'hui à un tel excès, que, par une contradiction remarquable, après avoir fait une feuille du caHce, on ne veut pas que ses divisions, lorsqu'elles sont profondes ou séparées, soient des folioles : on y a substitué le nom de sépales y dans la crainte sans doute d'être trop bien entendu en continuant a parler français. Ainsi on a des calices ou des feuilles avortées monosépales , poly sépales ^ bisépales, trisépales ^ etc., expressions qui du moins ont l'avantage de mettre en harmonie les sépales avec les pétales: ainsi se perfectionne tous les jours le langage scientifique , et des grâces toutes nouvelles s'introduisent dans la langue française!